CHAPITRE I. — FAIT DK l'aDOPTION DIVINE
dignité naturelle, de l'autre, la faveur et la grâce ».
Le saint docteur, poursuivant son commentaire, passe au verset IS»? du même chapitre où nous lisons : « Qui ne sont pas nés du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l'homme, mais de Dieu », et sur ces paroles il continue ainsi : « Ceux, dit l'Kvangéliste, qui par la foi en Jésus-Christ ont été appelés à l'adoption des enfants de Dieu, déposent la bassesse de leur propre nature, et tout investis de la grâce de Dieu comme d'un vêtement de lumière ineffable, ils montent à une dignité surnaturelle. Car on ne les regardera plus comme les fils de la chair, mais plutôt comme la lignée adoptive de Dieu. Observez cependant la prudence de l'Évangéliste. Il allait dire que les fidèles sont nés de Dieu : craignant que quelque lecteur n'entendît mal ces paroles et ne vînt à croire ou qu'ils étaient de la substance de Dieu le Père, comme l'Unique, ou que cet Unique était lui-même improprement engendré du Père, et par conséquent créé comme eux, il prend ses sûretés contre une interprétalion si dangereuse. Comment cela, me direz-vous ? De deux manières : Ils ont reçu, dit-il, le pouvoir de devenir enfants de Dieu, et ils l'ont reçu du Fils : par où l'on voit manifestement qu'ils sont nés de Dieu par adoption et par grâce, et qu'il est le Fils par nature » (1).
3. — J'avais l'intention de m'arrêter à ce dernier texte : mais il m'est impossible de ne pas revenir encore à S. Augustin pour entendre de lui comment nous sommes adoptés, et pourquoi notre filiation est une œuvre de grâce. Désireux de mettre en pleine lumière notre renaissance spirituelle, la grâce du Nouveau Testament, comme il la nomme, le grand docteur nous reporte au texte de S. Jean : « .\ tous ceux qui l'ont reçu, il a donné le pou-
(l;6. Cjnl. AU»., L l III Juan I' < r ' T:1. p, 153 »<]q.
<4 I.IVIlE I. — HÉALITÉ DE L'aDOPTIOI* OIVIXE
voir de devenir enfants de Dieu... (1). Voilà, dit-il, la grâce de \i\ nouvelle alliance (|ui était latente dans l'ancienne, sans toutefois que Dieu cessât de l'annoncer sous le voile des prophéties et des figures, afin que l'âme connaisse Dieu et par sa grâce renaisse à lui. C'est une naissance spirituelle : aussi n'est-elle ni du sang, ni de la volonté de l'homnie, ni de la volonté de la chair, mais de Dieu. On l'appelle encore adoption : car, avant d'être les enfants de Dieu, nous étions déjà quelque chose, et c'est par un bienfait insigne que nous sommes devenus ce que nous n'étions pas. Ainsi l'enfant adopté n'était pas encore, avant l'adoption, fds du père qui l'adopte ; mnis il existait déjà comme sujet de l'adoption.
« .\ cette génération suivant la grâce ii appartuMil j)as celui qui. Fils de Dieu par nature, est venu se rendre Uls de l'homme et donner à ceux qui sont fils des honnnes par nature, d'être enfants de Dieu. Il est devenu ce qu'il n'était pas, mais avant de le devenir, il était quelque chose ; quoi donc ? le Verbe de Dieu par qui tout a été fait, la véritable lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde. Dieu de Dieu et Dieu en Dieu. Kt nous aussi, par sa grâce, nous sonunes devenus ce que nous n'étions pas, c'est-à-dire enfants de Dieu ; cependant nous étions quelque chose infiniment plus humble, je veux dire, les enfants des hommes. Sa descente est donc notre ascension : demeurant dans sa nature, il s'est fait participant de la nôtre, afin que, demeurant dans notre nature, nous participions à la sienne. Mais pourtant les conditions ne sont pas égales : car la participation de notre nature ne l'a pas dégradé, tandis qu'en participant à la sienne nous sommes excellemment ennoblis...
« F,t de peur que nous n'osions pas aspirer à cet excès
10 Jo'ii. 1. 12. 1:3.
CHVI'MUK I. KAIl m. 1. ,\l)iilJlP> 1)1\1M.
d'honneur, après nous avoir parlé de cette admirable renaissance, l'a pj'jtrc ajoute: Et le Verbe s'est fait chair, et il I habité parmi nous ; comme s'il disait : O hommes, ne craijjnez pas de ne pouvoir devenir enfants de Dieu ; car le Fils même de Dieu, le Verbe de Dieu, s'est fait chair pour être comme l'un de vous. Rendez-lui donc la pareille. Devenez spirituels à votre tour en celui qui, devenu chair, veut bien habiter en vous. Non, il ne faut plus que l'homme désespère d'être jamais enfant de Dieu par la participation du Verbe, quand le Fils de Dieu lui-même est devenu lils «le l'homme par la partipation de notre chair » (1).
Telle est donc la fin prochaine, immédiate de l'union du Fils éternel avec notre nature : faire de l'homme un enfant adoptif de Dieu. Ne m'objectez pas que la Sainte Hcrlture et la tradition catholique assignent souvent il'iiulres buts i\ cette union : but de réparation, but de délivrance, but de réconciliation pour l'homme coupable et déchu : car tout cela se rapporte naturellement à la filiation qui nous est rendue parle Christ rédempteur. Ne mettons en oubli ni le mystère de notre première origine, ni le malheur de notre chute. Par celle-là nous étions sortis des mains de Dieu, tout resplendissants de la gloire des enfants de Dieu ; celle-ci nous avait dépouillés de nos |)rérogatives et réduits à la mi.sérable condition d'enfants (le colère. Pour nous relever, pour nous rétablir dans notre dignité si mallieureusement et si totalement perdue, il fallait satisfaire à la justice divine, racheter le coupable, et lui mériter l'amitié de Dieu. C'est s'i cette condition seulement que Dieu nous recevait en grâce et nous rouvrait son sein ]>aternel.
Ne m'objectez pas non plus que le but final du grand mystère du Verbe incarné, c'est la nianircstation de la
lis. Aiik'O't. C|i ad Honorât.. 14" i
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gloire de Dieu par le prodige de sagesse, de justice, de pouvoir et de bonté qu'il offre à l'admiration des anges ^t des hommes. Il est vrai, ces perfections divines y brillent d'un éclat incomparable. Aveugle qui ne le voit pas ; insensé qui le nie. Mais il a plu à notre grand Dieu d'allier indissolublement cette manifestation de sa gloire au salut de notre nature ; et le salut de cette nature, c'est d'être non plus la nature d'un esclave et d'un être dégradé, mais celle d'un enfant de Dieu. Ne m'opposez pas enfin que le fruit suprême de l'Incarnation pour les hommes rachetés doit être la pleine possession de Dieu dans l'éternelle béatitude, puisque celte plénitude de gloire et de joie n'est que la perfection dernière et l'entier achèvement des fils d'adoption. Qu'elle est donc grande, qu'elle est admirable cette grâce de la filiation divine, puisque le Fils éternel du Père n'a pas cru la paj'cr à trop haut prix par son anéantissement et l'efTusion de son sang immaculé (1) !
(I) Voici iloin textes du pape S. Léon-le-Grand qui reviennent très heureusement aui idées exprimées dans ce premier chapitre : « Dum .Salvatoris nostri adoramus ortum inveniniur nos iioslrum celebrare principiura. Generalio enim Christi origo est populi clirisliani. Habeatit licct sitiguli quique vocalorum ordinem suum, et omnes Ecclesiae niii temponim sint succossione dislincli, universa tamen summa Odelium, fonte orta baplismatis, sicut cum Christo in passione cruciQxi, in resiirrcctiono resuscitali, in ascensione ad dexleram Patris collocati, ita cum ipso sunt in nativitate congeniti. Quisquis enim hominuni in quacumque mundi parte credenlium rogcneralus in Cliristo, interciso originalis tramite vetustatis, transit in novum hominem renascendo : nec jam, in propagine habetur carnalis partis, sed in germine Salvatoris, qui ideo Filius hominis est factus, ul nosfilii Dei esse possimus ». Serm. in Nat. Dom. 6. P. L. l. 54, p. 243. Et encore : « Quamvis enim ex una eadcmquc pietate sit quidquid creaturae Creator impendit, minus tamen mirum est liomines ad divina proficere, quam Deum ad huniana descendere ». Serm. in Nat. D. 4, c. 2, Ibid., p. 20i.