‹ La grace et la gloireChapitre 7 sur 80 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Que l'adoption des enfants de Dieu, reposant sur une génération spirituelle, est une rénovatibn intérieure de notre ôtre et comme une autre création.

1. — Quand nous parlons de l'adoption liivine, gardons-nous bien de la concevoir à la façon des adoptions humaines : car elle est d'un genre incomparablement plus relevé. A défaut de tout autre motif, lestermesseulsquenos saintes Lettres emploient pour nous la révéler, sulliraient à le faire comprendre. Jamais homme, en parlant d'un fils adoptif, si loin qu'il porte l'expression de son amour, n'osera dire que ce fds lui doit la naissance et qu'il l'a engendré lui-même. Or rien n'est plus ordinaire dans la bouche de Dieu que ce langage à l'égard de ses enfants d'adoption.

Citons queUjues passages à l'appui d'une doctrine si consolante. « En vérité, en vérité, dit Jésus à Nicodémc, je vous le dis, personne, s'il ne nail de nouveau, ne peut voir le royaume de Dieu » (!)• A ces paroles du Sauveur Nicodémc sétonne : « (Comment, dcmande-t-il, un homme déjà vieux peut-il renaître ? » Et Jésus de lui répondre avec plus d'insistance : « En vérité, en vérité. Je vous le dis, nul, s'il ne renaît de l'eau et du Saint-Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair ; et ce qui est né de l'esprit est esprit. Ne vous étonne/ dfHic point que je vous aie dit : Il faut que vous

<:il«CK BT OLOIKC. — TUMB I.

18 LIVRE I. — IIKALiriC DK l'aDOPTION DIVINE

naissiez de nouveau » (1), Ces (icrnicrs mots ne rétractent rien : c'est vraiment d'une nouvelle naissance qu'il a parlé, mais d'une naissance suivant l'esprit et non suivant la chair ; d'une naissance qui donne non pas la vie du temps, mais la vie de l'éternité.

La naissance présuppose la j^énération. Henaitre c'est donc être ré^néré. Aux apôtres de nous apprendre et de nous exjiliqucr fidèlement sur ce point la pensée du Maître. Mcoutons-les nous dire par la bouche de S. Paul et ce que nous sommes sans la {^ràce d'adoption et ce que nous devenons par elle. « Autrefois nous étions insensés, incrédules, égarés, esclaves de toutes sortes de désirs et de voluptés, vivant dans la malice et l'envie, haïssables et nous haïssant les uns sur les autres. Mais lorsqu'est apparue la bonté et l'humanité de notre Dieu Sauveur, ce n'est point par les œuvres de notre justice qu'il nous a sauvés; c'est dans sa miséricorde par le baptême de la régénération, et du renouvellement du Saint-Msprit » (2). Voilà, dit-il, ce que nous étions ; et voici ce que nous sommes ou devons être : « afin que justifiés par sa grâce nous soyons héritiers, selon notre espérance, de la vie éterneUe » (3).

Il semblerait que S. Jean ne sait plus penser qu'à cette nouvelle naissance, tant elle reparait souvent dans ses pages inspirées. « Quiconque est né de Dieu ne pèche pas, parce que la semence de Dieu (cette semence incorruptible (4), principe de notre régénération), demeure en lui ; il ne peut pécher, parce (ju'il est né de Dieu » (5).

(t) Joan. 111, 4-7.

(2) Tit. 111. 3-5.

(3) Ibid. III, 6.

(4) I Pelr. I. 23.

(b| 1 Joan. lir, 9. Sur quoi il faut observer que, lant que nous sommes dans l'épreuve, rimpeccal)ilitô dotil parle ici l'apôtre, n'est

CHAPITBK II. — HENAISSAXCE El «KNOVATION !9

Et encore : « Quiconque croit que Jésus est le Christ, est né (le nieu ; et (juiconciue aime le Père qui a eiif^endré, aime aussi (jui est né du Père « (1). Kt quelques lij^nes plus loin, dans le même chapitre : « Nous savons que quiconque est né de Dieu ne pèche point ; mais la génération de Dieu (être né de Dieu) le conserve, et le mauvais ne le touche point »(2). Il faut s'arrêter: car nous serions infinis, si nous voulions mettre sous les yeux du lecteur toute la doctrine de nos saintes Lettres. Pour conclure, ajoutons encore ce texte de S. Jacques qui exprime si bien la profondeur du renouvellement opéré dans cette renaissance : « C'est volontairement (|u'il (le Père tles lumières) nous a engendrés par la parole de vérité, afin que nous soyons un conuiiencement de sa créature » (3).

2. — Prêtons maintenant l'oreille aux Saints Pères: ils nous aideront à mieux pénétrer dans ces magnificences de la filiation des enfants de Dieu, régénérés par le baptême.

Voici d'abord un disciple de S. .\ugustin, S. Fulgence, (jui, dans un excellent texte, met en contraste les deux naissances du Christ avec la double naissance des fidèles. « La première naissance du Christ est de Dieu, la seconde de l'homme ; pour nous, c'est de riiomme qu'est notre première naissance, et de Dieu (ju'est la seconde. Et parce que Dieu pour naître a pris notre chair dans un iein virginal, ù nous qui renaissons dans le baptême il a donné l'Esprit d'adoption. Ce que Dieu n'était pas par na-

|iriitic iiii|>cccabilité relative. La qualité J'enfaiit de Dieu (>st iiicoml>alil)lc avec le pôclié mortel : et si iioti» avons le malli<.-iir do IccomiiicUrc. c'est, dit .S. Augustin, connue enfants de la chair, en deve-

lanl (ils du diable.

(1) I Joan. V. I.

(2) I Joan. I. I. I«.

(3) Jac. I. 18.

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turc en vertu du sa première naissance, il 1 est devenu par grâce en vertu de la seconde, afin que, nous, nous soyons par la grùce de notre seconde naissance, ce que nous n'étions pas naturellement par la première. Quand Dieu naît de l'homme, c'est une grâce qui nous est faite ; et c'est encore une grâce purement gratuite que nous recevons, quand par la munificence du Dieu né de la chair nous devenons i)articii)ants de la nature divine.

« C'est donc parce que le Fils de Dieu s'est fait fils de l'homme qu'à tous ceux qui l'ont reçu, il a donné le pouvoir d'être faits enfants de Dieu... Oui, si le Fils de Dieu qui est dans le sein du Père, Fils éternel d'un Père éternel par une éternelle naissance ; si, dis-je, ce Fils bienaimé n'avait pas daigné pour sanctifier les hommes accepter une nouvelle nai.ssance, l'homme conçu dans l'iniquité resterait pour toujours enlacé dans les liens de sa naissance terrestre» (1). Et pour exalter encore plus le bienfait de notre nouvelle naissance, il nous montre dans un autre ouvrage de quels maux elle nous délivre, en l'opposant à la première : « Ce qu'il nous suffit de savoir c'est que la première naissance nous souille, et que la seconde. nous purifie ; c'est que la première fait de nous des captifs, et la seconde, des hommes libres ; c'est que par la première nous sommes terrestres et charnels, et par la seconde, célestes et spirituels ; c'est enfin que nous devons à la première d'être enfants de colère et fils du siècle, et que nous devons â la seconde d'être enfants de grâce et fils de Dieu » (2).

Après le disciple voici le maître, je veux dire le grand

(1) S. Fulg. ep. 17, p. 14-15. P. Lat.. t. 65.

(2) Itl. de Verit. prscdest. et grat Dei, L. III. C'est en combattant pour la gratuité Je la grâce et l'existence du pôclic originel contre les Pélagiens, qui niaient l'un et l'autre dogme, que le saint docteur a écrit ces passages.

CIIAPITHR II. — nENMSSANCB ET HÉNOVATION 21

<locteur d'Hippone. Il nous fera méditer ce (lue nous rapportions tout à l'heure de l'entretien mystérieux du Seigneur Jésus avec Nicodènie. « Cet esprit et cette vie

dont Notre-Seigneur parlait à la Samaritaine au puits de (acob), il ne les goùtiiit pas encore le chef des Juifs. Nico- ■ lènie, qui vint la nuit trouver Jésus. Jésus lui dit : Quiconque ne sera pas né de nouveau, ne verra pas le royaume de Dieu. Et Nicodcme qui ne goûtait encore ({ue la chair, Nicodéme dont la bouche n'avait pas encore

;ivouré la chair du Christ : comment, dit-il, un homme <léjà vieux peut-il renaître ? Est-ce possible pour lui de rentrer au sein de sa mère et de renaître ? Cet homme ne savait qu'une naissance, celle qu'Adam et Eve peuvent donner ; quant à celle qui est de Dieu et de l'Église, il ne la savait pas. II ne connaissait d'autres parents que ceux qui engendrent pour la mort ; il ne connaissait pas les parents qui engendrent pour la vie. Les parents qui «lonnent le jour à ceux qui doivent bientôt prendre leur place, il ne les ignorait pas ; mais il ignorait ceux qui engendrent pour vivre toujours avor (^("^^ fds immortels

omme eux.

« C'est qu'il y a deux naissances, et Nitudème n'en connaissait qu'une. L'une est de la terre et l'autre du ciel; l'une

st de la chair et l'autre de l'esprit ; l'une est de la mortalité, 1 autre de l'éternité ; l'une est de l'homme et de la femme, l'autre de Dieu et de l'Eglise. Et ces deux naissances sont singulières : car ni celle-ci ni celle-là ne se peut répéter. De la naissance charncllr Nicodéme en était |)ersuadé. Ce qu'il pensait de la nais.sance suivant la chair, enlen- <lez-le de la naissance spirituelle. Qu'entendait Nicodènie ? Est-ce que l'homme peut rentrer au sein «le sa mère et naître une seconde fois ? Et vous aussi, (|uand on vous pressera «le renaître spirituellement, répondez avec Nicodéme : L'homme peut-il donc rentrer dans le sein de sa

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mère el naître de nouveau ; je suis déjà né du Christ ; le Christ ne peut m'enj^endrer encore. NM le sein de ma mère, ni les eaux du l)a|)tèmc ne peuvent me recevoir une seconde fois » (1).

Quiconque est au courant des controverses alors aji,itées dans l'Ef^lise, comprendra que S. Aui»ustin veut |)ar ces dernières paroles prémunir les fidèles contre l'erreur des Rebaptisants. Il ne dit pas qu'on ne peut recouvrer la vie spirituelle une fois perdue ; ce qu'il aflirme, c'est qu'elle ne se retrouve pas par une nouvelle naissance. Il y a des guérisons, des retours de la mort à la vie par la pénitence ; il n'y a de génération nouvelle ni dans l'ordre de la nature, ni dans celui de la grâce; et voilà jjourquoi le sacrement de pénitence peut être réitéré, le sacrement de baptême, jamais.

Suivons encore le grand docteur dans son exposition de notre Kvangile. « Le Seigneur dit à Nicodème : Kn vérité, en vérité, je te le dis : si quelqu'un ne renaît de l'eau et du Saint-Esprit, il ne peut entrer au royaume de Dieu. C'est ainsi que le Seigneur ex|)lique sa pensée. Tu n'avais en vue qu'une naissance charnelle quand tu disais: L'homme peut-il rentrer dans le sein de sa mère ? Et c'est de l'eau et du Saint-Esprit qu'il doit renaître pour le royaume de Dieu. S'il naît pour hériter temporellcment d'un père mortel, qu'il soit formé dans des entrailles de chair ; mais s'il naît pour l'héritage sans fin du Père qui est Dieu, qu'il naisse <les entrailles de l'Eglise. C'est par une femme que le père mortel engendre le fils qui prendra sa place ; c'est par l'Eglise que Dieu engendre les enfants qui demeureront éternellement avec lui. Ecoutez la suite : Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l'Esprit est esprit. 11 y a donc pour nous une nais-

(l)S. Atigtisl. In Jonn.. J r*tt XI, n. 0.

CHAPITHE II. ^— RENAISSANCE ET ICÈNOVATION l'i^

sance spirituelle, et cette naissance dans l'Ksprit vient de la parole et du sacrement. L'Esprit est lu pour donner la naissance : il est là, invisible, dans la source d'où tu nais ; parce que, toi aussi, c'est in visiblement que tu nais. Et l'Évangile poursuit : ne l'ctonnc pas si je t'ai dit : Il faut que vous naissiez de nouveau. L'Esprit souffle où il veut ; tu entends sa voix et tu ne sais où il va, d'où il vient. Personne ne voit l'Esprit. Comment donc entendons-nous la voix de l'Esprit ? I^ psaume chante, c'est la voix de rUsprit ; l'Evangile parle, c'est la voix de l'Esprit ; la parole de Dieu retentit à nos oreilles, et c'est toujours la voix de l'Esprit. Tu entends sa voix et tu ne sais ni d'où il vient, ni où il va. Et toi aussi, si tu nais de l'Esprit, tu seras tel que celui qui n'est pas encore né de l'-I-lsprit ne saura ni d'où tu viens, ni où tu vas. C'est ce que signifient les paroles qui suivent • .\insi en est-il de quiconque est né «le l'Esprit » (1).

3. — La sainte Eglise nous confirme dans la foi de notre filiution adoj»tive et de notre renaissatice : témoin le Concile de Trente dans ses chapitres doctrinaux sur la justification. « Le Père céleste, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, lorsque fut arrivée la bienheureuse plénitude des temps, envoya son Eils, annoncé et promis aux Saints Pères, soit avant la Loi, soit au temps de la Loi. » Et pourquoi l'envoya-t-il ce Fils de sa «lilection ? « Pour racheter les Juifs de la servitude de la Loi : pour amener à la justice les nations qui ne suivaient pas la justice ; et pour que tous reçussent l'adoption des enfants » (2). lleconnaissez l'adoption, fruit propre et fin du gran<l mystère du Verbe incarné-

Voici maintenant conjment cette adoption divine, à la

{\)S. AïKfQ^t. Tr. Xil in Joaii . n. r».

(2i l.i.Fii I fi. I. ni S.«» C. r ■' «

2i r.ivHK r. — ukauté de l'adoption divine

difTércnce des adoptions humaines, repose sur une mystérieuse génération : « De même, nous dit le Concile, qu'il faut que les iionnnes naissent d'Adam le pécheur pour naître dans le péché,... ainsi faut-il qu'ils renaissent en .lésus-Christ pour être justifiés : car c'est en cette renaissance que la grâce qui les justifie, leur est «lonnée par le mérite de J.-C. » (1). D'où la justification de l'impie doit se concevoir, « comme un passage de l'état dans lequel l'homme naît fils du premier Adam, à l'état de la grâce et de l'adoption des enfants de Dieu par le second Adam, Jésus-Christ, notre Sanveur. Et ce passage, l'Évangile une fois promulgué, ne peut se faire sans le bain sacré de la régénération ou le vœu de ce même bain, suivant qu'il est écrit : qui ne renaît de l'eau et du Saint-Esprit, celui-là ne peut entrer au royaume de Dieu » (2).

Mais cette épouse mystique de Jésus-Christ, la mère selon l'esprit des enfants de Dieu, n'a pas attendu ces derniers temps pour leur expliquer le mystère de leur origine. Rien n'est instructif et souvent gracieux comme les formules ou les symboles que, dès les premiers jours de son existence, elle avait coutume d'employer à cette fin. Le baptême, elle le nommait la régénération ; les baptisés, quel que fût leur âge, étaient pour elle des enfants, des nouveaux-nés, infantes, modo geniti /n/'a/i- /fs (3): qualification que nous voyons appliquée même à des hommes de trente à quarante ans dans les inscriptions chrétiennes (4). En certains endroits, on leur donne à manger, après le baptême, du miel mêlé de lait, c'est-àdire une nourriture d'enfants. Ils prennent un nouveau

(1) Ibid., c. 3.

(2) Conc. Trident., Sess. 6, c. 4.

(3) I Pet. H. 2.

(i) Mabillon, de Re diplom. Stippl. 15. Marligny. Antiq. chrét. Baptême III.

i;HAlMTI«K II. — nEX^lNSANCE ET nÉNOVATION 25

nom, parce qu'ils viennent de recevoir une nouvelle naissance, cl parfois ce nom même exprime la renaissance spirituelle qui le motive. De là, pour citer quelques exemples, ces noms de Regeneratus, Renatus, Theogonius, Vitalis, Viventius, Zoé, et d'autres fréquemment rappelés par les Inscriptions funéraires et par nos Martyrologes (1). Les instructions spéciales qui leur sont fiiitfs par révè(jue, sont des sermons aux Enfants « Ad Infantes. »

On sait que le poisson, dans les représentations an- V iennes, symbolisait Notre-Seigneur. Les cimetières chrétiens de la vieille Rome, vulgairement appelés Catacombes, nous en fournissent mille exemples. Que seront les baptisés ? de petits poissons, nés dans les eaux du baptême par la vertu du divin Poisson Çl/hj;), J.-C. Notre- Scigncur. «r Nous autres, écrit Tertullien, petits poissons

i l'image du Poisson par excellence, Jésus-Christ, nous |)renons naissance dans l'eau. Nos pisciculi, secundum

ybj-^ nostrum Jesum Christum, in aqua nascimur » (2). De là, ces peintures où nous voyons le ministre du baptême jetant sa ligne au milieu des eaux pour en retirer

Ml petit poisson ; de là, ces images de poissons, peintes

Il sculptées, qui décoraient les anciens baptistères. Une pointure récemment découverte au cimetière de St-Calliste otlre une représentation du baptême, où nous

etrouvons la même idée. C'est un prêtre qui verse de eau sur la tête d'un enfant nu tlont les pieds baignent

tans le courant d'un lleuve ; enfant non par l'âge, mais à

a use du sacrement de régénération qu'il reçoit : car personne n'ignore combien, en ces premiers temps de notre t-re, Ifs baptêmes d'adultes étaient frê(iuents. Happcllerai-

(1) Martit;(iy. Ihid . .Noiiii de* chrclicns, 2* clastc.

(2) Tertiill. />« Haptbmo, c. 1.

20 MVIIK I. — RÉALITÉ DE I.ADOl'TION DIVINK

jo encore le phénix représenté sur les piscines ? Il était pour nos pères reniblèinc de la résurrection ; mais dans cet usajîe particulier il symbolisait la renaissance spirituelle (1). Rappellerai-je enfin ces noms de sein, de matrice, de « mère d'adoption » (2), donnés soit h l'eau, soit aux cuves baptismales, et le Saint-Hsi)rit planant sur ces caves et sur ces eaux pour les rendre fécondes, comme il féconda les ondes aux premiers jours de la terre, et,, dans la plénitude des temps, les entrailles virginales de Marie, la mère du Fils de Dieu ])ar nature, Jésus-Christ Xotre-Seigneur?

Il serait impossible de passer tout à fait sous silence nos admirables prières liturgiques. Kn écoutant celles que la sainte Eglise récite aujourd'hui, nous entendrons la voix de tous les siècles chrétiens dont elles sont le perpétuel écho. Je ne parlerai que pour mémoire du canon de la messe où le pcuplf fulrlc rst nonitnr « l.i f:imillo fie Dieu » .

(1) Voir pour ce sytnlxile et les suivants .Martife'ny, Ifictionnaire des Antiquités citréliennes, aux mots : Baptême, l^aplislère, poisson, pliénix, etc. On sait que suivant la fable le phénix renaît de ses cendres. On sait aussi pourquoi le poisson est devenu le symlJoK- de Jt'-sus- Clirist et par enlension du clirélien. Le mystère de rK<icharistie devait rester à l'abri des yeux profanes, même lorsi|u'il rHait reproduit dans les peintures ciirétiennes. Dès l'origine, les Hdèlos eurent recours au symbolisme pour l'exprimer en le voilant. La nourriture eucliaristique fut représentée sous la figure du poisson. C'e^«t qu'en prenant la première lettre des cinq mots grecs composant la formule ckigniatique : Jésus-Christ. Fils de Dieu, Sauveur, ItjIO'jÇ Xo'.îTC.; Beo'j Vtô; ituTTÎp, on a rana<iramme lyO'j;, poisson. Si le Christ est le Poisson, que sera le chrétien, si ce n'est un petit poisson, pisciciilus ; d'autant plus que ^.-S. avait dit à ses apôtres : je vous ferai pécheurs d'hommes ? Cfr. S. August. de Civit., L. XVIII, c. 25.

(2) « A'jTij; (le baptisé) é-'<. Tf^y jxr,-:é&a r?,; v'ioOEîia; è'oxs'x'. » Dionys. Areop. de Ecd. Hierar, c. 2, Ç 7. I». Gr., t. 3. p. 396. Lnda genitalis dans des inscriptions.

CHAPITUE II. — HKNAI--X /.i I. t.i .,r..>..» aTION 27

C'est roiliee du samedi-saint, jour autrefois consacré tout speciaieinent au baptême des catéchumènes, qui nous offre les plus beaux témoignages. « O Dieu, Père suprême, ... qui multipliez dans l'univers entier les fils de votre promesse par reffusion tle ki grâce d'adoption,... donnez à vos |)euples d'entrer dignement dans la grâce de votre vocation sainte (1) » « O Dieu tout-puissant et éternel, remplissez de votre présence les mystères de votre grande piété, et pour recréer les peuples nouveaux que la fontaine du baptême vous engendre, envoyez votre Ksprit d'adoption (2) » .

« O Dieu, dont l'Esprit était porté sur les eaux, dès les premiers jours du monde, pour leur inoculer à l'avance une vertu sanctilicatrice... jetez les regards sur votre Kglise et multipliez en çlle les renaissances. Vous qui la réjouissez des torrents de votre grâce et qui jiour le renouvellement des peuples ouvrez par tout l'univers les sources baptismales ; nous vous en prions, que, par le commandement de votre majesté, elle reçoive du Saint Ksprit la grâce de votre Fils unique. Que ce même Esprit féconde par un secret mélange de sa divinité ces eaux prc|)arées jjour la régénération des hommes, afin qu'une lignée céleste conçue dansla sainteté sorte du sein immaculé de la source divine, comme une créature renaissante et renouvelée ; et que la grâce, leur mère, engendre pour une enfance nouvelle ceux que distingue ou le sexe dans \v COI [S, ou l'âge dans la durée » (3). Et plus loin dans le lucuic texte : « Que la vertu du Saint-Esprit descende sur la plénitude de cette fontaine, et remplisse la substance entière de ces eaux d'une vertu qui régénère... Que tout

(I I Mi>*al llom Sabb. Saiicto. Oral. po»t. 3*" prophct r.i /' 1 ' '>rat ail Itrnedict. Konli«. : / lut. KoiiU». Co« orai«ori< *c retrouvent dans le»

l>l<i> ,ii:> > II- ^1 > I >.<iilairoa. C'eat la foi do loua !«« ai^lca.

28 I.lVltE I. — RÉAMTÉ DE l'aDOPTION DIVINK

homme enfin qui entrera dans ce mystérieux sacrement de la régénération, renaisse enfant avec la perfection de J'innocence. »

A ces magnifiques prières répond merveilleusement une inscription gravée par ordre du pape Sixte III dans le baptistère de S. Jean de Latran, où elle se conserve encore aujourd'hui : « Ici, la race à consacrer pour le ciel naît d'une auguste semence ; et l'Esprit-Saint l'engendre des eaux fécondées par sa vertu. A cette source l'Eglise, notre mère, enfante de son sein virginal les fils qu'elle a conçus sous le Souflle de Dieu. Espérez le royaume du ciel, ô vous qui renaissez de cette onde : car la vie bienheureuse est pour ceux qu'elle a régénérés. C'est une fontaine de vie qui, jaillissant du côté du Christ, inonde l'univers entier. Plonge-toi donc, ô pécheur, dans ce torrent sacré, pour y laisser tes souillures ; descendant avec ta vétusté native, tu sortiras renouvelé. Toi qui veux être innocent, purifie-toi dans ce bain, que ce soit le crime de ton premier père ou le tien qui pèse sur toi. Entre les régénérés plus de distance : ils sont un par l'unité de la source, l'unité de l'esprit, l'unité de la foi. Que personne ne désespère pour le nombre et la grandeur de ses crimes ; il sera saint quiconque naîtra de cette eau » (1).

(1) GenssacranJa polis hic seminc nascitur almo

Qiiam fœcundalis Spirilus cditaquis.

Virgineo fœtu gcnilrix Ecclesia nalos

Qiios, spirante Deo, concipit, amne parit. Cœloriim regnum sperale lioc fonle renali :

Nanti recipit felix \ita scmel genilos.

Fons hice«t viisqui lotiiin diliiit orboiii,

Sumnns de Cliristi viilnerc principium.

Mcrgerc, peccator, sacro purgande lluenlo :

Quem vetcrem accipict. profcrct iinda noviim.

CIIAPITRK II. — RKNAISSANCg ET UÉNoVVTION 2Î>

Ces considérations suflisent, si je ne nie trompe, pour montrer combien notre filiation surnaturelle surpasse en vérité, celle que l'adoption commune peut donner parmi les hommes : car elle est une régénération spirituelle, une véritable renaissance en Dieu (1).

4. — Il est d'autres expressions, souvent répétées dans nos saints livres, qui nous prouvent plus éloquemment encore combien réelle est celte filiation, combien sublime notre renaissance. C'est d'abord le mot de créalion qu'ils emploient pour exprimer l'origine des fils adoptifs de Dieu. Plus tard, il nous sera facile d'entendre jusqu'à quel point précis l'adoption divine se rapproche d'une action créatrice. Qu'il nous sufllse, en ce

Inson» esse volens islo inuiiJarc lavacro,

Seu palrio premoris crimiiie, $eu proprio. Nullarenascenliiiin est dislaiilia, quos facit unum,

Unus fons, uiius 5pirit(i<, una fides.

Nec numenis quemquam fcelcrum nec forma suorum.

Tcrreat : liociialus flumine sanctuscril. (I) 1a: grand publicUle ciirélicn, L. Veuillot. raconte dans un de ses oiivraKe»fl>».Vu{te*. I"éd. p. 201 et suiv.) un fait singulièrement propre à nous faire goûter la faveur de notre adoption divine. Le voici en abrégé. De pauvres gens avaient adopte pour l'amour de Dieu deux orphelins, un gan^on tout à fait idiot, et une illlc affligée d'un goitre (|ui la rendait impotente. Or, il arriva que le mari tomba gravement malade. L'idiot était, lui aussi, gisant sur son grabat, et l'on ju^'i-ail qu'il allait mourir. Tout d'un coup il se lève, et va jusqu'au lit de son père adoplif. <t Mon père, dit-il à son bienfaiteur, je vous remercie de tout ce que vous avez fait pour moi. » « Que dis-tu, Matthias », «'•■cri .1 1.1 i:>)itr>'iise sa sœur, saisie comme tous les assistants dune stupeur prorotide. en entendant sortir une parole humaine d'une l>ouchequi n'avait {Kxissé Jusque-là que des sons inarticulés « Oh I reprit l'idiot eu regagnant sa couche, après avoir baisé pieusement le front de son p<'^re. <( je m'en retourne, je tfais à la maiton. » Ce disant, il remonta sur son lit. mit ses bra» en croix, leva les yeux au ciel. l>oussa un soupir... C'était le dernier. Matthias était mort, ou plutôt le lïls était parti pour la maison du Père qui est auxcioux.

30 LIVHK I. — IIKALITK DK l'aDOPIION DIVINK

moment, de prouver par quelques passages avec quelle insistance les apôtres ont usé de ce mot pour caractériser l'œuvre de notre adoption spirituelle. « Hcvètezvous, dit S. Paul, de l'homme nouveau qui a été créé selon Dieu dans la justice et la sainteté de la vérité » (1). Et encore : « Nous sommes son ouvrage, créc^ d.in^ le Christ Jésus pour les bonnes œuvres... » (2).

Voilà ce qu'il écrivait aux chrétiens d'Kphèse. iMênie langage aux (ialates : « Kn Jésus-Christ ni la circoncision n'a de valeur, ni l'incirconcision, mais la nouvelle crénlion » ('^). « Si donc (pielqu'un est dans le (Christ, il est une créature nouvelle ; ce qui était ancien a passé ; voilà que tout est nouveau » (4). C'est dans le même sens que S. Jacques écrit à son tour : « Il nous a engendrée» volontairement, afin cpie nous soyons quelque commencement de sa créature » (5). Texte doublement remarquable, puisque tout en nous rappelant notre génération de grâce, il la rattache à l'idée de création.

Au reste, bien que les autres textes ne mentionnent pase xpressément la filiation adoptive, ils nous y rapportent, en nous mettant devant les yeux l'idée de renouvellement : car l'homme renouvelé est l'homme redevenu fils de Dieu, de fils de colère qu'il était par suite de la chute originelle, .\ussi, le baptême où naissent les enfants de Dieu, s'appelle-t-il le sacrement de rénovation. C'est encore S. Paul qui nous l'apprend dans un endroit de l'épître aux Hébreux, trop souvent emjjloyé pour étayer des doctrines désespérantes. « Il est impos-

(1) Kphes. il, 8-10.

(2) Ihid. IV, 24.

(3) Gai. VI. lô.

(4) Il Cor. V, M.

(5) Jac. I, 18.

CHAPITHE II. — URNAIS>:aNi:R ET UKNOVATION 31

sible que ceux qui ont été une fois illuminés (c'est-à-dire baptisés) (1), ont goûté le don parfait, et ont été faits participants de l'Hsprit saint... cl qui sont toml>és, se renouvellent par la pénitence, crucifiant derechef en eux-niènies le Fils de Dieu et renouvelant ses opprobres « (2) ; c'est-à-dire, il est impossible de recevoir par la répétition du baptême ce parfait renouvellement de vie qu'il produit dans les âmes.

Pourquoi ? Farce que nous sommes baptisés dans la mort du Christ ; parce que le baptême est pour nous la représentation vivante de la mort et de la sépulture de r Homme-Dieu, de cette mort et de cette sépulture par la vertu des(|uelles nous mourons au péché, et nous sommes comme ensevelis spirituellement avec le Christ pour

<nailrc à une vie toute nouvelle. Or il n'y a eu pour le tlhrist qu'une seule mort et qu'une seule sépulture. Donc aussi la rénovation baptismale est unique. C'est ainsi qu'ont exposé notre texte S. Augustin (3), S. Ambroise (4), S. Jean Damascène, S. Jean Chrysoslôme, S. Kpiphanc et bien d'autres, et S. Thomas après eux (5). Le même

pùtre avait exprimé plus brièvement cette idée de rénovation dans le baptême et par le baptême, quand il appelait celui-ci « le bain de régénération et de rénovation du Saint-Msprit » (6).

M» |p l>»pl^rae e»t nommé J«nt le» plus anciens moniinicnU

I parce qu'il fait p«i4«er qui le reçoit des ténèbres à la

' Christ, et qu'il lui donne comme un nouvel organe

ilro le» chose* de Dieu, la vertu de la foi. Martigny,

. au niftt baptt'mo.

«) Hcbr M. 4 V

(3) Auffutt. Kxpo». mch. ep. ad Honi., ii. I».

(4) Ambros. lie l'anit.. L. 11. c. i, n. iU et M. ("i ^ Thorô. 3 p.,q. 00, a. 'J, etc.

ii<> lit. III, \

32 I.IVIIE J. — RÉALITÉ DK l' ADOPTION DIVINE

Chez les Pères, comme dans la sainte Ecriture, ces nitMnes idées de rénovation et de réj^énération spirituelle s'allient fréquemment soit avec celle de création, soit avec d'autres équivalentes. Donnons quelques exemples.

S. Augustin, dans son exposition du psaume 103<', en arrive à ce verset : « O Seigneur, quelle magnificence dans vos œuvres, et quelle sagesse en tout ce que vous avez fait : la terre est pleine de votre créaUire. Hepleta est terra creatura tua. » Ainsi portait la version alors en usage, au lieu de l'expression « possessione tua » que nous lisons dans le texte actuel. « O Christ ! s'écrie-t-il, la terre est remplie de votre créature. Et comment ? que voyonsnous ? Qu'y a-t-il qne le Père n'ait pas créé par le Fils ? Tout ce qui marche ou rampe sur la terre, tout ce qui nage dans les eaux, tout ce qui vole par les airs, tout ce qui roule dans le ciel, en un mot, le monde entier est la créature de Dieu. Mais vous me demandez ce que le psalraiste veut signilicr ici par cette nouvelle créature dont l'apôtre a dit : Si donc quelqu'un est dans le Christ, il est une créature nouvelle : ce qui était ancien a passé ; voilà que tout est nouveau. Or, tout est de Dieu (1). La nouvelle créature qui a été faite, ce sont tous ceux qui^ croyant au Christ, ont dépouillé le vieil homme pour revêtir le nouveau (2) ».

Une page plus bas le saint Docteur revient encore sur son texte : « La terre a été remplie de votre créature. De quelle créature. Seigneur, l'avez-vous remplie ? Les arbres, les animaux, le genre humain tout entier, c'est la créature de Dieu qui remplit la terre. Nous le voyons, nous le connaissons, et dans cette connaissance et dans cette vue nous louons et nous glorifions la divine majesté :

(1) Il Cor. V, 17-18.

(2) Ephes. 22, 24.

t:H\l'llltK II. 1IKNAI'>\M K hl lll.Mi>.\ n<t>

t ni nos louanges ni notre admiration n'égalent ce qui lous monte au cœur devant les œuvres de notre Dieu. Mais il est une autre créature qui mérite encore plus notre attention ; celle dont Tapôtre a dit : S'il y a dans le Christ une nouvelle créature, ce qui était ancien a passé, et tout est devenu nouveau. Quelles choses anciennes ont passé ? Chez les peuples l'idolâtrie, chez les Juifs, la servitude de la Loi avec les sacrifices qui prophétisaient le nouveau sacrifice. Alors, c'était la vétusté le l'homme ; il est venu celui qui devait renouveler son l'uvre ; venu celui qui devait refondre son or, et frapper une monnaie à sa propre image. Et nous voyons la terre pleine de chrétiens qui croient en Dieu, de chrétiens qui, rejetant et leurs premières impuretés et leurs pratiques idolàtriques, se retournent de leurs vaines espérances passées vers l'espérance du siècle nouveau. Si ce n'est pas encore la pleine réalité, c'est une possession anticipée dans l'espérance, et par l'espérance déjà nous chantons et disons : La terre a été remplie de votre créature » (1).

II nous plairait de prolonger ces extraits des Pères. Mais c'est assez pour le moment de rapporter sommairement quelques expressions courantes, que nous empruntons à l'Orient.

Pour S. Grégoire de Nazianze la régénération est une formation nouvelle de l'image effacée par la faute d'origine, une œuvre et comme une création toute divine (2); pour S. Grégoire de Nysse, une retouche qui va jusqu'aux profondeurs de l'être, une métamorphose de notre condition de créature humaine en un état divin, un renouvellement de tout l'homme intérieur (3) ; pour S. r\ rilli-,

(U S. Augiitl. serm. 3 iti p«. 103, n. 20 ; scrm. 4. n. 3

(2)8. Grcg. Nat. Oral. 40 de Baptitmo. n.3. 4. I'. Gr. I. 30. p. 302.

t3iS. Greg. Ny»i. Oni.de Dapt <i<,i^ti. I-ai d. i. ii.. ,. r.si

GNACB rr CI.OIRI. — TOME I

34 LIVIIE I. — HKAI.ITIC DK l.'ADOI'TKtN DIVINK

une rciontc qui transforme la créaturo et U\ porte {glorieusement au-dessus «le* sa nature (1). Les mots nous manquent pour rendre dans toute leur énergie les termes employés par nos docteurs. On peut dire, sans vouloir toutefois en exagérer la portée, que ees termes ne sont parfois ni moins expressifs ni moins forts que ceux par lesquels ils expriment ou la formation naturelle de l'homme, ou même le changement opéré dans l'auguste sacrement de l'Hucharistie, tant la rénovation leur paraît profonde et réelle (2).

(I)S. Cyrill. Alex, in Joan. III. 0. P. (ir., l. 73, p. 245.

(2) Il faut encore cnlcndre S. Zéiion de Véroue, dans ses Jnvilationes ad Fontem : « Qiiid .«lalis, fratres, veslrara qtios per fidem pcnilalis unda coiiccpit, per sacramenta jam parliirit ; ad desiderata quatilocius feslinatc. Solemnis liymniis ecce jam caiiiliir ; ecce vox iiifantum et diilcis vagitiis aiidiliir ; ecce parienlis tino de ventre lurba procedil... Intralc crgo felioes, omnes subilo fiituri laclantcs. — Cum omnium aquaruni nalura .sit lalis ut, cum in profundum lioinines suscepcrit vivos, evomat mortuos. aqua nostra suscipit mortuos et cvorait vivos> ex animalibus veros liomines fados, ex hominibus in angelos transiluros, si proveclus aclatis eorum infanliam non mulaverit ». Invil. 3" ; ad ncophytos post baplisma 3. P. L. t. Il, p. 478,.

CHAPITRI-: III

Multiple prééminence de l'adoption divine sur les adoptions humaines.

n est temps (le jeter un regard en arrière pour montrer Ii;ii re que nous avons vu, comment l'adoption divine i!ill«^re des adoptions humaines. Adopter, c'est accorder spontanément à une personne étrangère par son origine lo titre «le fds et les droits d'héritier. Par l'adoption parfaite le sujet de cette faveur entre si bien dans la famille «lu père adoptif, qu'il y jouit des mêmes prérogatives que s'il lui appartenait, non par privilège, mais en vertu de >a naissance. C'est ce «pie Dieu fait par amour, et c'est ainsi qu'il nous adopte. Oui, nous entrons dans sa bienheureuse famille, et par sa grâce nous appartenons A la société du Père, «lu Fils et «lu Saint Esprit. Telle est la «l«>ctrine «le nos Saints Livres, et notre infinie consolation, comme notre gloire, c'est i\c ne pouvoir en douter, iprés tant d'anirmati«)ns solennelles. « Fidèle est Dieu |)ar qui vous avez été appelés à la société de Jésus-Christ Notre-Scigneur », écrit S. Paul aux litlèlesde Corinthe (1). l'A S. Jean, l'apôtre de l'amour : « Ce que nous avons vu et entendu, nous vous l'annonçons, alin (|ue vous entriez vous-mêmes en société avec nous, et «fue notre société soit avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ » (2).

Mais admirons les difTérenccs entre l'adoption humaine

i . ' I Joaii i. t

36 LIVRK I. — riKAMTÉ DE i/aDUPTIOX DIVINE

et l'adoption divine, et voyons combien celle-ci par tous les côtés et sous tous les points '!e vue l'emporte incomparablement sur cclle-lù.

1. — Et d'abord, je trouve que du côté de Dieu l'adoption est infiniment plus spontanée, plus œuvre d'amour qu'el'e ne l'est de la part des hommes. S. Augustin nous le disait naguère, ce qui a introduit l'adoption parmi les hommes, c'est ou l'infirmité naturelle des parents, ou la perte et parfois l'indignité des enfants que Dieu leur avait donnés. La nature refuse les enfants qu'on désirerait au foyer, ou la mort les enlève ; on s'en fait par choix et par amour. Il y a i)eut-ctre quelque enfant : mais il est indigne du nom qu'il porte, et ses crimes l'ont fait retrancher de la famille, comme cela se voit encore dans l'extrême Orient ; on le remplace par un autre plus digne : tellement que l'intérêt propre n'a guère moins de part à l'adoption que la bienveillance et l'amour.

Certes, il n'en va pas ainsi de notre grand Dieu, quand il veut bien se choisir des enfants adoptifs parmi ses créatures. De toute éternité il a engendré un Fils égal à lui-même ; un Fils qui fait toutes les délices de son cœur et remplit toute sa capacité d'aimer, comme il épuise en quelque sorte la fécondité paternelle ; un Fils en un mot qu'il aime et qui l'aime d'un tel amour, qu'en s'aimant l'un et l'autre ils produisent le Saint Esprit, gage et lien infini de leur amour infini. Quel déplaisir a jamais causé cet Unique à son Père, et quel besoin celuici pourrait-il avoir d'un autre fils pour être éternellement heureux, éternellement parfait? D'où vient donc qu'ayant un Fils, né de ses entrailles, un Fils, le plus digne objet de ses complaisances, il veut pourtant nous adopter ? Si ce n'est manifestement ni l'indigence, ni la nécessité qui l'y obligent, quelle autre raison peut-i^

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