VUE VI. — KOS «APPOKIS AVEC LK SAINT-ESI'IU I
J'ai lu chez quelques anciens docteurs, et notamment <laus S. Irénée, que l'Esprit de Dieu est « la semence vivante et vivifiante du Père » (1). Figure hardie, devant laquelle semblent avoir reculé presque tous les Pères venus après lui, par crainte peut-être de l'abus qu'on en pourrait faire. Kn tout cas, pourvu qu'on la purifie de tout ce qu'elle pourrait avoir de matériel, elle rend avec bonheur le double rôle de l'Esprit de Dieu dans la conception du Verbe fait homme, et dans la formation des lils adoptifs, ses copies et ses frères (2). De part et d'autre, c'est la vertu fécondante de l'Esprit de Dieu qui opère, là dans le sein de la Vierge, ici dans celui des eaux, suivant une comparaison plus d'une fois employée par l'Eglise.
Je n'irai pas |)lus loin dansce.parallèle. Ce que j'en ai dit, est plus que sutlisant, non seulement pour nous montrer dans le Saint-Esprit l'auteur et la source de notre adoption, mais encore pour nous aj)prendre quel sens il faut donner à cette formule. L'analoj^ie, je dirais presque l'identité des expressions, nous avertit assez que définir le rôle du Saint-Esprit dans la conception de l'Homme- Dieu, c'est donner aussi l'intellif^cnce de ce qu'il est dans notre naissance surnaturelle.
2. — Or, que nous enseigne la théologie sur la signification de cette formule du symbole ou d'autres équivalentes : « Conçu du Saint-Esprit ? » Est-ce que le Saint- Esprit est le principe qui, s'unissant à l'humanité du Sauveur, constituerait formellement le Dieu fait honnne? Ce serait une hérésie de le croire, et rien dans les textes n'autorise une pareille interprétation. Dirons-nous, au moins, (jue l'opération que forma Notre-Seigncur dans les
(I; s. Ireii. de Haeres., I.. IV, c. 31, n. 2. I'. tir., t. 7, p. lur.'.K (2) S. J. Damasc.de F. Ortiiod., L. III, c. 2. P. Gr., t. 94, p, »85,col. S. Tliom., H. p.. q. 32, a. 2, ad 2.
CHAliTRK III. — LE SAlNT-ESPItlT, CACBK DE LADOPTION 403
entraînes sacrées de la Vierge était l'opération propre et personnelle du Saint-Hsprit? Non encore : car la foi nous apprend <fue les opérations extérieures de Dieu, de quelque nature qu'elles soient, et quel(|ue elVel qu'elles produisent, sont communes aux trois divines personnes. « Mon l*ére, répondait .lésus aux pharisiens hypocrites et envieux qui lui reprochaient de violer le sabbat par ses œmTes miraculeuses, mon Père agit toujours et j'opère également. Tout ce (jue fait le Père, le Fils le fait comme lui » (1). l'n seul et même Dieu ne peut avoir qu'une nature, (|u'une volonté, qu'une puissance, et par suite (|u'une seide indivisible action.
Et pourquoi donc attribuer si constamment au Saint- Esprit ce qui n'est aucunement de hji comme principe formel, ni de lui seul comme cause eflicientc ? C'est ici (|u'il faut nous reporter aux lois de l'appropriation. Sans doute, l'opération mystérieu.se qui va former l'humanité ^\u Sauveur et l'unir substantiellement au Verbe élernol, nest d'aucune personne en propre. Mais cette opération, toute commune qu'elle est, présente une atlinité particulière et des analogies spéciales avec les ()ropriétés de ce divin Esprit ; et c'est le fondement de l'appropriation.
Eaissons encore une fois la parole au docteur Angéli<|UL". Après avoir déclaré que la conception du corps de N<)trc-Sfi}^neur est l'œuvre <le la Trinité tout entière, il considère trois rainons principales qni nous obligent à raltrihiirr singulièrement au Saint-Esprit (2). Il faut les IriHliiiir prcMjue en entier, puisipie, en les rap|)ortant, notis (lonnerons pnr là même ce qui fait approrprier au même Esprit le mystère de l'adoption.
(M Jo«n . V. «7-19
? s Tliom.. :î p.. > , iM^ii />iii;i(HM.
404 I.IVIiK VI. — NOS HAI'l'ORTS AVEC l.E SAINT KSPHIT
« Ce qui léclamc cette apjjropriation, dit-il, c'est tlabonr la cause de rincarnation, envisagée du côté de Dieu. Car le Saiiil-Ksprit est personnellement l'amour du Père et du Kils. Or, l'Incarnation du Fils de Dieu, dans le sein très pur de la Vierge, est excellemment une œuvre d'amour : car le Sauveur a dit lui-même en son Kvangile : Dieu a tant aimé le monde qu'il lui a donné son Fils unicpie (1 ). Ce qui la demande encore, c'est la cause de l'Incarnation, considérée du coté de la nature que le Verbe a faite sienne. En efFet, nous apprenons par là que, si riiumanité du Sauveur est entrée dans l'unité de sa personne, ce n'a i)as été mérite de sa part, comme l'ont rêvé certains liérétitpies, mais simple libéralité, bonté toute pure. N'est-ce pas au Saint-Esprit, le Don substantiel de Dieu, que l'Hcriture attribue toute grâce, suivant la parole de l'Apôtre : il y a grande diversité de grâces, mais il n'est qu'un même Esprit (2). Ce qui la demande enfin, c'est l'Incarnation, prise du côté de son terme : car elle allait à faire de l'homme, conçu par la Vierge Marie, le Saint par excellence et le Fils éternel du Père. Or, la troisième personne de la Trinité n'est-clle pas l'Esprit-Saint, l'Esprit de la sanctification (3)? »
On le voit, c'est par les trois caractères personnels que nous avons étudiés dans le Saint-Esprit, et le triple rapport du mystère avec ces mêmes caractères, que le docteur Angélique rend compte de l'appropriation faite au Saint-Esprit d'une œuvre csscntiollemciit commune ;uix trois personnes.
Que faut-il jjour que les mêmes considérations nous fassent entendre comment et pourc[uoi l'œuvre de l'adop-
(1) Joaii., III, IG.
(2) I Cor.. XII, 4.
(3) Rom., I. 4 : I.nc, I, 3').
ciixi'HHK III. — I K s\iM-Ksi>iirr. cvr^K nK i.' vimci .on 40.*»
tK)ii (.'M smL;ulUTt.Miu'iH aiiirim-o du Sainl-l-.spi'it .' (Jianger siiupleiuent les ItTines. Kilo aussi est l'œuvre de l'amour (1); elle aussi prévient tout mérite ; elle aussi va directement à la vie surnaturelle des adoptes, c'est-iV dire à la sainteté. Ajoutons cprclle est le plus haut complément de la nature raisonnable, et que, par conséquent, à ce point de vue encore, elle a son affinité spéciale avec celui qui nous est apparu comme la dernière perfection de la Trinité, le sceau des processions divines.
Il en est peut-être pour qui cette idée d'appropriation n'est f^uère qu'un mot, vide de sens, incapable de fournir l'explication des faits et des textes qu'on veut interpréter à son aide. Mais j'imagine qu'ils en jugeraient tout autrement, s'ils avaient assez médité ce qu'elle suppose et ce qu'elle renferme. N'esl-ce donc rien que de dire du Saint-Ksprit qu'il a, dans sa propriété personnelle, des raisons particulières d'être considéré comme l'auteur de notre adoption ; tics titres que ne possèdent pas les autres personnes en vertu de leur caractère liypostatique, et, par conséquent, un droit singulier h réclamer pour soi tout ce qui concourt à faire de nous les enfants ado|>tifs de Dieu '? Ht voil;^ ce (ju'est pour les Sc(il.isfi(iues et pour nous l'appropriation.
On compren»! donc pourquoi la sainte l-A-nlure, et l'Kglise après elle, voulant nous donner (pielque intelligence des mystérieuses propriétés de l'Ksprit divin, aJlirment spécialement de lui ce qui de sa nature est l'dnivre commune de toute la Trinité. On entrevoit également quel sens il faut donner soit à ces expressions, soit à d'autres du même genre, i\i\c nous citons au premier livre : « Toute créature (sanctifiée) devient participante <lu Verbe dans le Saint-Esprit : c'est par l'Esprit que nous
h llosiuel. mcJit. »ur l'Êvarig. Scrni. mir la monlagnc. 22* Jour.
406 LIVRE Vf. — XOS HAPPOUTS AVKC J.E SAINT-ESPRIT
participons à la nature divine... par lui que nous sommes renouvelés » (1) ; par lui que le Christ est formé en nous (2). Car toutes ces divines faveurs ne sont pas autre chose en substance que la grâce de l'adoption.
(1) S. Atban.. ad Serap., cp. 1, n. ii-U. P. Gr.. t. 2ft, p. 582, «qq.
(2) S. CyriJ.. de Trinil., Dial. Vlll. /. cit.
Le pape S. Léon a très lieureuscmenl résumé les idées contenuesdans ce chapitre : » Cujus spiritàlcm orlginem in regenerationc quisquis consequitiir ; et omni liomini renasccntl aqiia baptismatis instar est tileri virpiiiaiis, eodem Spirilii ropleiile fontem qui replevit et Virpinem ». S. Léo M. sermo in Naliv. Dom. i. V. L. t. 54. p. 20G. ii^t encore : « Faclus est (Unigenilus) bomo nostri generis, ut nos <livinac nalurac possimus esse consortes. Originein quam sunipsil in utero Virgiiiis, posuil in Tonte l^aplisinalis ; dedlt aquac quod dedi^ niatri : vrrlus cnim Altissimi et of)urabralio Spiritiis sancti quae fecit ut Maria parcret Salvatnrcm. aedcin facit ut rcgeneret unda crtHieulem ». Idem Serm. in Nativ. Doin. 5. lind. p. 211.
Il ne sera pas inutile, en terminant ce cliapilre, do noter que Léon XIII, dans son encyclique Divinum illud munus, a confirmé de son autorité, la docirinc commune de l'appropriation. <• Non quod perfectioiies cunctae (divinilatis| atqiic opéra cxtrinsecus édita Personig divinis communia non siiit ;... vcrum quod ex comparatione quadam et propemodum aflinilalc quae intcr opéra ip^a et per.sonarum proprielalcs interccdit. oa alteri potins quam al^erl addicunlur, sive ut aiunt, appropriantur ». I)"où il suit que les œuvres sanctifiantes sont attribuées généralement au Saint-Esprit.
rîTVPTTRF IV
Conséquences des propriétés personnelles du Saint» Esprit. — Comment en lui et par lui nous avons la Grâce incréée ? De sa mission dans les âmes.
Nous avons parlé de doux éléments constitutifs de notre être surnaturel : la grâce incréée et la j^racc créée ; celleci inhérente à l'ànic cl la figurant à l'image du Fils unique ; celle-là demeurant dans l'iimc par sa substance, pour être à la fois le principe et le terme des dons surnaturels qui la transforment. Il s'agit d'étudier ce qu'est le Saint-Ksprit dans cette double grâce. Commençons par la grâce incréée.
1. — Quand les Kcriturcs et la Tradition rappellent la venue de la Trinité dans les fds d'adoption, il ne leur sullit pas d'attribuer «le préférence cette habitation mystérieuse à l'Ksprit de Dieu ; elles nous apjircnncnt encore (jue c'est par lI^sprit-SainL, et dans l'Esprit-Saint, que le Père et le Fils s'unissent aux âmes pour y faire leur demeure parmaneute. L'Orient et l'Occident n'ont qu'une voix pour l'allirmcr. « Par l'Fsprit-.Saint la Trinité tout entière habite en nous », écrit le grand évéquc d'IIippone (1). S. Basile répète avec lui : « L'union avec Dieu se fuit par l'Fsprit : car Dieu a envoyé l'ICspril de son Fils duns nos cœurs pour y crier : Abl>a, Père » (2).
n C'est dans l'Fsprit que la créature devient participante du Verbe, et nous tous nouji n'entrons en communion avec Dieu que par lui... Puis donc que nous sommes participants du Christ et de Dieu (le Père), il est manifeste
<l> S. AuffiitL. de Trinii . L. W, c. 18. n. 32. {i) S. BiMl.. de Spir. S . c. 19. P. Gr., t. 32. p. IM.