‹ La graine humaineChapitre 5 sur 8 · I.A (iHAINK HUMAINE · texte numérisé non relu

I.A (iHAINK HUMAINE

iccordcr à Tn*vi('res stupéfait quelques concessions. Il ar<^uait :

« hv malthusianisme, c'est, comme le socialisme, la doctrine de l'avenir, lorsque les peuples se décideront à construire leur bonheur sur les véritables bases de rimnianité. Supposez Tunification sociale (le la planète accomplie par les travailleurs, ils auront un intérêt immense à ne pas augmenter inutilement le nombre des bouches à nourrir et sauront restreindre la prolilication exubérante, exagérée, mais en conservant scientifiquement toutes les jouissances de la volupté. C'est l'avenir... Vous parlez pour le présent, en opportuniste, et je veux bien vous accorder qu'en ce temps infâme, pourri, bourgeois, votre doctrine d'exploitant est la seule digne d'un économiste...»

Sans connaître les raisons qui incitaient le docteur à modérer sa propagande, Trévières se sentit enclin, lui aussi, à des concessions :

— Oui, même à notre époque, répliquait-il, je suis bien forcé de constater qu'un français de dix-huit à vingt-cinq ou trente ans doit être malthusien, sous peine de jeter le trouble dans les familles. Après son service militaire accompli, période essentiellement malthusienne, où la Graine Humaine, la bouillante sève jeune se dépense... vous savez où...

— Aux temples de la Prostitution, ce mal nécessaire encore, puisque les sciences des prostituées stériles sont inconnues aux fécondes femmes de l'Armorique ou de l'Auvergne.

— Oui, elî bien, le jeune français, après son service, devra se créer une position, période encore de malthusianisme utilitaire et pratique... Enfin, vers la trentaine, il épouse et engendre. Alors il peut, il doit engendrer le plus grand nombre d'enfants possible, pour rattraper le temps perdu.

— Ah ! fit le docteur, que son instinct sarcastique emportait malgré sa réserve momentanée, oui, quand il est épuisé par les débauches civiles ou militaires, vous exigez de lui... C'est bon à dire : le temps perdu ; mais la sève est perdue aussi...

— Cependant, nous sommes près de nous entendre, docteur.

— Je veux bien, moi, fit Ribon, redevenu placide comme un agneau.

Il avait l'air d'avoir été sucré. Trévières n'y comprenait rien, tout en se félicitant de trouver, dans le docteur, un partenaire d'éloquence digne de lui, non agressif et moins irrité qu'autrefois.

Il ignorait qu'à la suite de certains revers de fortune, le docteur sollicitait un poste d'inspecteur des Enfants assistés ou de directeur de la Maternité, et qu'en cette qualité de candidat expectant, il s'essayait à l'art de pratiquer le mouvement tournant, par dérobade et faux-fuyants, avec une casaque mise à l'envers.

Quant à lui, Trévières, à son insu, les incartades de Georges avaient affaibli sa foi dans la sève féconde, diminué son culte de la Graine Humaine, et, peu à peu, il considérait qu'effectivement — il en était un exemple probant — les plaisirs de l'a-

iii()iir,môme de l'amour légal, pouvaient très bien st' passer des déboinîs de la paternitr; [)uur riiomme, et (les souiïrances de la maternité pour la feiume. Il ignorait, certes, et ne pouvait que, par approximation, comme rage et arrachement de dents, ou tortures intestinales du choléra éprouvées par lui, apprécier les angoisses de Taccouchement maternel ; mais quant aux déboires de la paternité, il se sentait suffisamment renseigné par la demi-res[)onsabilité dont il était très accablé, grâce à la conduite (le son beau-fils.

Ne tremblait-il pas désormais, à chaque minute, en songeant que Georges, capable de tous les désordres, risquait perpétuellement de troubler la reposante paix si nécessaire au penseur? Et, cela, avec d'autant plus de gravité, que, par leur nature, les désordres auxquels se livrait cet enfant, semblai-ent autorisés par les doctrines chantées sur la lyre philanthropique du penseur. Ah ! si le jeune homme, s'était livré au démon du jeu, ou à Favarice, ou à l'ivrognerie habituelle, ou à l'orgueil démesuré, le penseur se fût senti bien plus à l'aise pour refréner de tels vices. Mais l'Amour!... Comment le philanthrope de la Repopulation s'aventureraitil à gronder, à sévir ? Il eût été bien inconséquent !

A ces instants d'irritation sans issue, où il souffrait dans sa demi-paternité, il envoyait volontiers à tous les diables la sotte carrière où il s'empêtrait, et maudissait la Re-po-pu-la-tion.

Il ressemblait alors au prêtre dont la foi a déserté le cœur, mais qui se croit obligé de la con-

server sur ses lèvres, n'osant pas encore jeter le froc aux orties.

D'ailleurs, Trapu n'était plus là pour lui suggérer les arguments dont il s'emparait et qu'il digérait au point de les couler dans sa propre substance. Et il regrettait le secrétaire.

Aussi allait-il parfois à la Revue hebdomadciire (TEconomie; mais, à supposer qu'il eût l'intention de reprendre Trapu comme factotum littéraire et social, il ne trouvait chez celui-ci aucun acquiescement. En fait de Repopulation, Trapu « ne voulait rien savoir ». Ah! non, ce n'était pas ça « qu'il prendrait pour ses douleurs » ! Trévières, lassé lui-même, n'insistait plus devant l'évidente hostilité du paier familias.

Trapu, en eft'et, lâchant un instant les bestiaux, les grains, les huiles, les suifs, le houblon, le sucre, les alcools, les matières premières, etc., etc., auxquels il se vouait désormais, se donnait l'ironique plaisir de relater à son ancien patron les faits les plus décourageants pour l'Idée repopulatrice.

C'était, par exemple, une famille de cinq personnes qui venait de se livrer à un suicide en commun, le suicide coopératif; puis deux jeunes gens que leurs parents empêchaient de s'épouser qui se noyaient sans retour, et encore une famille livrée au charbon mutuel, et aussi un couple en proie à la manie du revolver réciproque... Trapu étalait ces effroyables misères sous les regards attristés du philanthrope, et ses yeux rougis fixaient d'un air impératif la belle barbe en éventail, très impressionnée.

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Ah ! la mauditu Repopulation! Il y a peut-être trop de monde au banquet de la vie, puisque tant et tant s'en vont, faute de j)lace, semblait dire le nez interrogateur du secrétaire.

Et la barbe demeurait muette, sans souffle, morne éventail.

La terrible parole de Labatut, l'académicien, si heureusement devenu père, sonnait sans pitié : « Il faut des pauvres, beaucoup de pauvres, alin que la main-d'œuvre tombe à vil prix, et que le commerce et l'industrie prospèrent ! » Sentence barbare contre laquelle protestaient les miséreux en s'enfuyant par bandes, vers le néant, d'où on ne les tirait que pour enrichir l'industrie et le commerce. Non plus Graines Humaines, les pauvres! mais engrais humain.

Le philanthrope, apitoyable en somme, tant que sa bourse ou sa quiétude vaniteuse n'étaient pas en jeu, ne savait plus que croire, tandis que Trapu répétait :

— Je ne prends plus ça a pour mes douleurs ». Et quand il articulait ironiquement le mot « douleurs », le secrétaire appuyait. Cependant, tout allait mieux pour lui, à peu près. La Revue ne lui payait pas avec une extrême exactitude ses appointements; mais elle payait. Seulement, la mère Trapu prenait une attitude parfois inquiétante. A la place des violences antérieures, c'étaient de sournoises révoltes, dont la batterie de cuisine supportait les jets brusques. Les enfants n'étaient point trop houspillés, mais Todeur de l'absinthe à trois sous le verre, au parfum d'encaustique, traînait dans l'ap-

partement de la rue TrufTaut, qu'on n'avait jamais pu quitter, à cause des frais de déménagement. Et ce logis exaspérait la mère Trapu. Parfois, seule, elle en frappait les murailles avec l'énergie d'une folle. Et quel service ! Certains soirs, où la femme, vieillie avant l'âge, cuvant son poison devant le feu éteint, somnolait sans souci du repas, le père Trapu emmenait sa smala dîner dehors. Les deux aînés juraient alors que, à la moindre aubaine, ils fuiraient cet enfer, et Trapu s'interposait faiblement, car il sentait qu'ils avaient raison. Les deux cadets ne soufflaient mot, ahuris, et songeant que l'école était bien plus agréable, et qu'on y jouait au cheval fondu ou à la balle. La petite de six ans, Jenny-Titine, se souvenant des « torgnoles », se contentait de manger avec avidité ; elle semblait un peu imbécile.

Un soir, l'aîné, Eugène Trapu, déclara qu'il ne rentrerait pas à la maison. Il gagnait quatre-vingtdix francs par mois à seize ans; c'était beau, n'estce pas ? Il avait trouvé une « cambuse » à quinze francs qu'il partagerait avec un copain de l'imprimerie ; il mangerait à sa fantaisie. Le père se récria, puis céda. Mais il ne put s'empêcher de reprocher à la mère d'être la cause d'un tel exil. Ce fut une scène lamentable, où la rage de la femme s'étala en plaintes contre tous ceux qui la persécutaient : le boucher et aussi un sergent de ville qui la regardait de travers, et surtout la concierge. En proposincohérents, en phrase larmoyantes, elle vida son fiel. Puis, comme Trapu se dressait sur ses ergots, elle

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I entra dans son silence sournois, entrecoupé de l)nu- L^onnements.

Un autre soir. Ironisa, ([uinze ans, ne rentra qu ;» dix heures, prétextant un travail supplémentaire.

La maison se désorganisait. Tra[>u en avait assez, et, souvent, il ne revenait pas pour le diner. 11 allait dans quelque restaurant à bon marché, puis, allumant un cigare de dix centimes, il entrait on quelque café « où Ton fait de la musique » et, <l(jvant un bock qu'il ne renouvelait pas, écoutait les variations sur le Domino noir, le Pré aux Clercs et le Chalet, qu'un orchestre versait aux consommateurs. Ce fut même là qu'il faillit recevoir l'éclat (Tune bombe anarchiste. Jamais il n'éprouva pareille frayeur. Mais ce lui fut matière à héroïsme, ultérieurement.

Telles étaient les « douleurs » de Trapu, pater faniilias. Un effroyable drame y mit le suprême coup de pouce du destin.

Une épidémie de suicide collectif sévissait. Un matin même, on put lire que sept personnes s'étaient donné la mort par asphyxie. Le récit, long et minutieux, tenait trois colonnes pleines des journaux, avec le portrait des victimes. Et cela étonnait en ce mois de juin où la nature se parait d'ombrages et de fleurs, où il faisait bon vivre. Il semblait qu'on ne dût mourir de faim ou de désespoir que durant les décembres fuligineux et glacés. Et cependant on s'en allait quand même vers le néant, parmi la poudre d'or du soleil !

Trapu, aspirant cette atmosphère de lumière

bénie, revenait de la Revue et s'attarda au square des Batignoles, où des nourrices, à figures de bonnes vaches, berçaient des poupons roses, goulus. Les saules, avides d'humidité, se penchaient vers Feau du petit lac. D'innombrables oiseaux pépiaient, sans souci du sifflet aigu des locomotives cuivrées, s'engouffrant sous le tunnel.

Trapu se laissait aller au charme de ce soir radieux, doucement, lentement. Enfin il se décida à regagner le logis redoutable.

Là, Louisa et les deux cadets Faccueillirent par cette nouvelle :

— Maman est partie avec Jenny depuis midi. Elle n'est pas rentrée.

— Avec Jenny? fit Trapu, frappé d'une terreur subite. Avec Jenny ?

Huit heures.

— Tiens, Louisa, fais dîner tes frères comme tu sauras.

Il lui donna de Fargent et sortit. Tout droit, il alla chez le charbonnier marchand de vins, où la rumeur publique lui avait appris que sa femme se rendait le plus fréquemment.

L'homme déclara que, vers une heure, madame Trapu était venue lui acheter un litre d'absinthe et a de la bonne, à deux francs choichante ». Elle était avec la petite et elle l'emmena du côté du square.

Trapu, le long de la rue, interrogea les boutiquiers, les gardiens de la paix. Oui, elle était assez connue, on savait qui il voulait dire. Partie par la gauche, disait Fun ; non, par la droite, repli-

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(|iiait Tautre. 11 alla au poste : le brigadi(;r, apiès avoir objecté (jiic piobablement (( cett(; dame reiiti'crait péremptoirement », voulut bien prendre note de ce que lui disait Trapu. 11 refusa de lui octroyer un agent avant d'en référer à ses chefs. Trapu se rendit chez le commissaire. Le magistrat consentit à ce que des hommes du poste se missent en campagne. Mais il conseilla au malheureux père de rentrer chez lui, après avoir donné le signalement (le sa femme. Un agent la connaissant parfaitement de vue, on le chargea des premières recherches. Trapu criait :

— C'est urgent, je vous jure que c'est urgent !

Habitués à Furgence, les hommes de la police se mirent en quête. Trapu, ayant avec eux touché barre à son domicile, et constaté de nouveau l'absence de sa femme et de son enfant à neuf heures, suivit les agents.

Il avait pris une voiture découverte.

Ce fut une pérégrination lamentable, sous un ciel de charme, plein d'étoiles. Ils suivirent une piste vers Asnières, à travers Levallois. A onze heures, le cheval étant harassé, ils s'arrêtèrent au pont de Neuilly, dans un cabaret. Là, on avait vu une femme accompagnée d'une petite fille de cinq à six ans. Elle avait demandé de Tabsinthe qu'elle avait fait verser dans une bouteille presque vide. Elle en donna à l'enfant qui semblait ivre et voulait dormir.

— A quelle heure ?

— Sept heures.

— Et de quel côté est-elle partie ?

— Elle a traversé le pont, et s'est dirigée vers Suresnes.

La voiture suivit cet itinéraire. A Suresnes, on croyait bien avoir aperçu la femme en question ; mais les avis étaient partagés quant à la direction prise ensuite.

Un agent de la police locale les renseigna ; il avait failli conduire au poste la mère qui titubait. Il regrettait bien maintenant de n'avoir pas agi de la sorte.

Au pont de Saint-Cloud, un attroupement. Des mariniers fouillaient le fleuve.

C'était là. Du haut du pont, la mère, serrant son enfant entre ses bras, s'était jetée dans l'eau vers neuf heures. On essaya de la repêcher, quand elle reparut un instant, mais ce fut impossible ; elle replongea pour ne plus revenir.

A ce moment, les mariniers ramenaient le corps de la petite Jenny. Les spectateurs apercevaient son visage tout blanc au-dessus de son tablier noir. Trapu descendit vers la berge, comme un fou, et se jeta sur le corps inanimé, en poussant des hurlements de bête. On dut lui arracher l'enfant des bras^ pour essayer de la ranimer, et les agents le maintinrent, lui, comme un criminel. Sur cette face d'une pâleur mortelle, les yeux bordés d'un cercle rouge luisaient de démence.

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Lorsque Trévières apprit ce drame, il s'efFondra. La mère Trapu, il la revoyait vraiment éloquente, d'une éloquence abrupte, réclamant la pâtée pour ses petits. Et il ne la concevait pas tuant l'un d'eux. Ah ! il conq^renait a les douleurs » de Trapu et ses colères contre la repopulation.

Et, surtout, il éprouva la plus vive contrariété, lorsque, à propos de cet événement, les journaux rappelèrent que Trapu avait été longtemps le secrétaire du fameux philanthrope Trévières, et que son prosélytisme en faveur de la repopulation n'avait pas, en l'occurrence, merveilleusement abouti. On lui reprochait presque cette mort tragique d'une enfant de six ans.

Et, de la sorte, il participa aux « douleurs » de Trapu.

Heureusement, juillet approchait, et la mer, la calmante mer, lui donnerait le repos et le loisir de la réflexion que lui refusait décidément Paris.

Il fut résolu que, Sardan ne pouvant pas aller à la plage, madame Trévières se chargerait de la petite cousine Madeleine.

Georges, dont la Galathée fuyant vers le ciel avait été refusée partout, renonçait à la peinture, ne comprenant point, d'ailleurs, pourquoi Jacques Lian, avec son tableau, obtenait une mention, tandis qu'avec l'autre toile, également brossée par lui, mais signée Doël, il ne récoltait qu'un vaste et immuable dédain. Un maître, qui avait prôné l'œuvre du (( héros » , disait en parlant de la Galathéej <( peinture d'amateur )). Cela révoltait « l'amateur )),

tandis que Jacques Lian souriait et d'une voix caverneuse clamait :

Mes pareils à deux fois ne se font point connaître !

— Tu te contentes d'une, déclara Georges.

Et, pour se venger de son ironique maître, il accorda un soir à Paquita ce qu'elle demandait depuis longtemps au beau garçon avec des yeux pâmés parmi sa broussailleuse chevelure !

— Chouette !

Georges, d'ailleurs, en ces occurrences, était d'une si parfaite inconscience qu'il égalait Paquita elle-même, enfant de la Nature primitive et des Beaux- Arts si corrupteurs.

Quant à Jeanne, que voulez-vous ? On en était aux cérémonies, devant le père Labatut, heureux de considérer la nourrice portant cet héritier, naturel, grâce auquel le nom des Labatut devait se perpétuer. Quand l'enfant criait :

— Voyez, disait le père putatif, croyez-vous qu'il soit solide, mon Jacques? Voilà ce que des hommes de pensée et de cœur peuvent produire, cher monsieur Doël : la largeur des épaules n'y est pour rien.

Georges sortait de là, en proie à une hilarité qui ridiculisait tout [ce que l'amour, même simplement physique, comporte de sérieux.

Mais il s'ennuyait. La perspective de deux ou trois mois au bord de l'Océan ne lui déplaisait pas. Pays d'aventures, trains, pataches, bicyclette, hôtels, casinos.

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11 110 comptait point la j)etito cousine; mais, dès lo départ, à la gare Saint-Lazare — un miracle, la jeune llUe , son éclosion complète — Georges changea d'avis. Madelon ! Madelon ! Des baisers appuyés.

— Dieu ! que tu es belle, grand Friquet !

Il sentait contre sa poitrine les pointes des seins durs, aigus. Pour voyager, elle avait mis, au lieu de corset, un maillot cycliste et, par-dessus, une veste blanche, léQ-ère. Ses veux étaient doux et souriaient aux baisers.

Dès l'arrivée, ils furent les meilleurs amis du inonde, sous le calme regard de madame Trévières, tandis que Marco se perdait en des songeries infinies d'ambition déçue, et de revanche à tenter ; ne venait -il pas d'apprendre — ô stupeur — que le docteur Ribon était envoyé en mission pour étudier dans toute l'Europe les conditions de la natalité, l'art des nourriceries et l'élevage des enfants légitimes ou naturels, gardés en famille ou assistés par l'État, et les fondations particulières ! X\\ !

— C'était là mon rôle,- pensait-il. Et ce malthusien me le prend. Pauvre France !

Puis, il réfléchissait que les aventures de Georges étaient encore trop récentes pour être oubliées, que l'ailaire Trapu fut particulièrement nuisible et qu'il fallait attendre. Il maudissait Trapu, un peu, mais Georges!... ce terrible Georges!... Heureusement assagi, sans doute !... Il y comptait.

D'ailleurs, le service militaire, inéluctable échéance, approchait. Lentement, trop lentement.

Ah î si pour reprendre enfin sa liberté d'action, sans être lesté outre mesure par ce souci mi-paternel, il pouvait persuader Georges de devancer l'appel !

Le soir, Trévières en parlait à sa femme :

— Puisque la peinture, pas plus, d'ailleurs, que nulle autre carrière, ne lui est bonne, pourquoi ne partirait-il pas tout de suite apprendre au régiment la discipline, la tenue, le souci des devoirs? C'est une école, cela! Il reviendrait assoupli et apte à choisir une situation : l'administration, la diplomatie, le grand commerce...

La calme et souriante madame Trévières disait :

— Oui, oui, mais il ne faut pas peser sur ses déterminations.

— Je lui en parlerai à la première occasion.

— Parfaitement, mon ami. C'est ça, parlez-lui. Cette idée d'envoyer son beau-fîls dans quelque

garnison lointaine et de se décharger de toute responsabilité mi-paternelle sur un colonel, père du régiment, le séduisait et s'ancrait à lui. Volontiers, à table, il rappelait l'exemple de ces jeunes gens qui, sous le second Empire, après avoir usé et abusé de la fête parisienne, s'engageaient, partaient en Afrique et gagnaient des grades. L'un d'eux est devenu le célèbre général marquis de Calfait, et bien d'autres!... Il agitait aussi dans l'âme de Georges la vocation d'explorateur aventureux : ah ! la prise de Thuyen-Quan, les prouesses des soldats au Soudan !

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