‹ La Grand-Tronciade ou Itinéraire de Québec à la Rivière-du-Loup [microforme]Chapitre 4 sur 15 · PP DEUXIÈME CHANT · texte numérisé non relu

PP DEUXIÈME CHANT

ne à nie - He

Pendant que nous voguons, commençons la revue De tous les voyageurs que rencontre ma vue.

Miracle ! je vois tout sans le plus faible effort,

Le bruit aussi m'arrive et plus clair et plus fort, Et (res mirabilis !) ce qui surtout m’étonne,

Je devine le but qu'ici chacun se donne ;

Je sais même son nom, son rang, sa qualité.

Celui-ci qui se donne un air de dignité,

eopa none The 4

on arr ar

| il C’est un ministre élu de notre souveraine. } Voyez comme il se gourme ; il vous regarde à peine. fl Tout récemment encor il eut ses parchemins. | Depuis il a tant fait et des pieds et des mains, f

(Je ne l'en blâme pas, le cas n’est point pendable)

{: Qu’il a grandi, poussé, la chose est véritable,

De deux bons doigts au moins, ce qui l’a tout refait.

Son tailleur en resta, ma foi! tout stupéfait.

Ce n’est pas tout, monsieur s’arrondit vers son centre ! Monsieur prendde l’ampleur,monsieur a pris du ventre! Mais, bah! je ne vois là rien que de naturel,

S'il s'habille chez Fucb, il dine chez Russell.

À propos, maître Fuch t’a-til nippé ça, bigre !

Et ce capot fourré, peste, c’est du chat-tigre ;

Et puis ce casque donc, du plus soigné vison !

peine.

le) refait.

‘entre !

ventre!

Pendez-vous, pendez-vous, monsieur de Cupidon ! Ce que c’est que de nous ! on s’endort rien qui vaille,

Maigre, petit, ràpé, les côtes sur la paille, Puis on s’éveille, crac! patati! patatras !

Monsieur de Petit-Jean, ah! gros comme le bras !..,

— Un mot ici, lecteur. Dans cette pâle ébauche Faite de traits choisis tant à droite qu’à gauche, N’allez pas voir les traits de monsieur tel ou tel. Ce n’est qu’un pot-pourri constitutionnel.

L’original, aussi, peut n’être plus ministre ;

Je suppose qu’il l’est pour taper sur le cuistre.

Il pourrait, tout de même, être de Montréal, Comme tout aussi bien résider en aval.

Sur ce, vous en savez aussi long, je vous jure, Que moi qui vous en tire en croquis la figure,

En allant emprunter à chacun un détail,

Pour faire de l’ensemble utile épouvantail—

Mais citons à l’instant cet autre personnage,

Tout près du ci-devant, ou mieux dans son sillage, Ainsi qu’un frèle esquif derrière un gros vaisseau, Ou qu’à l’ombre d’un chêne un modeste roseau ; C’est un des députés de notre chambre basse, Hâbleur, et très-habile aux tours de passe-passe. De Phomme du pouvoir il est humble vassal,

DA AR A nt na

men ART ju re

RL

RS D un CO RS mg Lt, 3 ;

nn pe ee. Ales

fre

Le nes age om

Au point qu’on l’a nommé son instrument -audal. Vilain nom! faut le dire, et qu’on aurt': à taire. Moi, j'aurais préféré le faire donataire

Du beau nom d’Achatès ou de petit carlin :

On peut être poli tout en restant malin.

Mais dame politesse est souvent molestée

Quand messieurs de la gauche ont l’humeur irritée.

Suivant eux tout ministre est un madré fripon,

Tout député de droite un servile capon.

Justement, dans un coin, j’en vois un qui déclame

Devant quatre badauds que sa parole enflamme,

A l'instar de Brutus dénonçant les Tarquin....

Mais nous reparlerons de monsieur en chemin.

— Certe un heureux hasard ici me favorise

Et fait bien augurer quant à mon entreprise :

Je m’embarque, et, lecteurs, admirez mon destin,

Je rencontre un ministre et son susdit carlin,

Et puis de ces messieurs le fougueux adversaire.

Il faudrait maintenant que j’eusse, pour bien faire,

Un membre indépendant. Je serais au complet,

Ayant les deux partis avec le cabinet.

Un membre indépendant.... Mais il manque, et pour [cause,

Le nom en est commun mais rare en est la chose ;

Je crois même être sûr qu’il n’est pas chez Barnuin ; On louerait encor p'us son fameux Muséum.

Deux hommes aux regards d’éloqunte prière

Suivent aussi de loin l’homme du ministère.

Le plus maigre des deux est en quête d'emploi ;

L'autre, le gros ventru, d’un contrat veut l'octroi.

Ils ont su le départ du puissant honorable,

Aussi l’occasion leur semble favorable.

Mais qu’en dire après tout ? leur but n’est pas si noir;

Ne peut-on s’efforcer d’augmei ‘er son avoir ?

Et puis, qui veut la fin, doit vouloir la maniere.

Refléchissons avant de leur jeter la pierre.

— Mais constatons un fait. Notre mince aspirant,

Contracteur, député, c’est bien trois s’embarquant,

Qui, sans Phomme au pouvoir, n'auraient point pris [passage.

Que le Grand-Tronc fut donc intelligent et sage

En donnant au ministre un libre passeport !

La chose en est, ma foi ! d’un assez bon rapport,

Puisque pour un donné, c’est bien trois qu’il y gagne...

Ergo le dit Grand-Tronc est fort au Qui-perd-gagne.

Admis—Mais de messieurs, c’est assez discourir ; De nos hommes publics nous rions sans plaisir. Aussi croyez, lecteurs, j'y renonce sans peine,

Car pour notre pays c’est une triste anbaine.

Que c’est bien plus plaisant, un beau petit travers ! La nature se voit sous tant d’aspects divers !

D'un franc original, d’une heureuse binette,

D'un nez exagéré, d’une tête en tinette,

f On peut rire à son aise et l’on rit sans regret ; « Ce n’est pas l’écrivain qui place le bonnet, 1) Mais celui qui le croit fait à sa convenance,

Et si lon s’en fâchait, ce serait imprudence.

— Sur ce J'introdrirai mes autres compagnons. Et d’abord, près d'ici, ces deux êtres brouillons, Qu'on pourrait appeler vrais moulins à parole, Ne parlant que Statuts, Cujas, Pothier, Furgole, Sont de savants messieurs que l’on nomme avocats ; C’est ce qui vous explique en deux mots ce fracas.

L'un des deux qui vous a cette façon béate, Dont la bouche est en cœuret dont la main vous flatte, C'est un des vétérans du palais de Thémis,

Où toujours il pérore en vrais fils de Thespis,

De ses mots à grands frais faisant la découverte,

‘Et souvent à quia restant la bouche ouverte :

Le tout, à grand renfort de ‘ S’il plait à la Cour,” Afin d’atteindre au mot par ce savant détour.

‘Bref, en chasse aux procès il s’est mis en campagne,

Croyant trouver en bas vrais pays de Cocagne.

Bien muni des débris d’un baroque latin,

Il rêve en sa pensée un immense butin—

Contrats, testaments, faux, vice redhibitoire,

Nullité, fraude, dol et dommage notoire,

Tout ainsi que Perrette avec ses souliers plats,

Lait, veau, vache, cochon, et...,crac! tout coula bas. Il n’en est pas ainsi de son savart confrère

A la forte encolure, à la grasse crinière,

Qui voit, tous les matins, envahir son bureau

Et par mainte pimbêche, et par maint chicaneau, Lesquels charmés, ravis, par sa vaste faconde

Lui vont pour l'obtenir promettre tout Golconde. Mais aussi tout procès est pour lui merveilleux,

Tel est de votre argent l’effet miraculeux ; L’embrouillé devient clair, le clair même s’embrouille. Il ferait, ma foi! prendre un bœuf pour la grenouille, A preuve qu’on le croit un bien grand avocat, Quand il n’a de sa vie étudié Domat.

C’est égal ; sa science passe pour sans pareille ; Son toupet à lui seul en fait une merveille ;

Mais assez ; car je vais trahir l’incognito ;

C’est Guillaume et Xavier, va-t-on dire aussitôt ;

C’est pourquoi sans tarder, je vais sur ce me taire Pour parler sur le champ d’un Monsieur le Notaire, Qui se tient dans ce coin tout transi de terreur :

Il haït tout avocat du profond de son cœur.

Les profanes ayant dans ses actes sublimes

Critiqué quelques mots sans bon sens et sans rimes, Ses excellents contrats sont par eux tous les jours Sans cesse interprétés, commentés à rebours.

Et puis, tout récemment une alarme cruelle,

A propos du procès sur dame Evanturelle,

L’a mis en grand émoi sur plus d’un testament

Qu'il n’a pas lu, relu, ni dicté mêmement—

Aussi, de tout son cœur, envoic-t-il au grand diable Avocats, Jur patois, et leur art exécrable,

Contre eux tous il s’émeut {sainte indignation !) Disant, pour me servir de son expression,

Que tous ces avocats sont de bien grands ‘ despostes !”? Notez, que ce Monsieur est un maître des postes. Sensible père Amable, horticulteur fameux, Tremble pour tes melons et tes fruits savoureux,

Si ces brigands en toge ont un beau jour l'envie

De contenter leur faim rarement assouvie !..

Fu pâlis, tu rougis, à cet affreux tableau... Eh ! vois, de ce cûté vient un danger nouveau.

‘ Monsieur être malade et sa face être rouge.. Fautun peu saigner lui, mais que monsieur ne bouge.” A ce trait obligeant, dans cet officieux

J’ai soudain reconnu cet artificieux,

Ce docteur enragé renommé sur la côte

Dans les divers endroits dont il s’est rendu l’hôte, Voulant soigner toujours envers et contre tous, Avec votre agrément ou même malgré vous.

Il voudra vous guérir sans nulle maladie ;

Si vous avez du mal, c’est fait de votre vie !

Ce tout petit bouton est un ‘ affreux cancer,

‘ On pourra vous l’ôter, ce ne sera pas cher.”

Or il soigne cela pendant un long espace.

Jusqu’à ce qu’il appaise un instinct de rapace,

Il vous prend une vache, un porc, puis un mouton, Un autre jour l’argent, puis bonsoir le bouton.

Il a ses parchemins, mais ce n’en est que pire,

Il s’acharne après vous comine fait un vampire. ‘“ Médecin malgré lui ” ce serait demi mal :

‘ Médecin malgré vous ” c’est le pire animal. Aussi voyez la peur de ce brave notaire,

Quand il se voit traqué par cet affreux corsaire. Mais, ranimé soudain, il résiste aux assauts

5t se dérobe enfin par deux énormes sauts, Songeant avec horreur, comme il a paru belle

De tirer un écu de sa chère escarcelle,

Quand de toute sa vie, en maladie encor,

Jl n’a pu pour des soins entamer son trésor. ..., *

Or, le susdit Docteur se voyant en déroute, Vers un autre client soudain se met en route, Et rencontre à l’instant un luron de Seigneur, Qui par son apparence a besoin d’un saigneur.

Ce noble gentilhomme ami de la liesse,

A fait tout récemment assaut de politesse

Avec ce petit groupe, enjoué, tapageur,

Qui frappe des deux mains aux bons mots du Seigneur. Ce Monsieur s’embêtait au castel Bruneroche ;

Un beau jour, ayant mis force argent dans sa poche, Il prit soudain son vol vers les murs de Champlain. On le voyait dinant chez L’Hoist le lendemain,

Avec nombre d’amis alléchés par l’arôme

Des mets et des liqueurs du savant gastronome ;

À Notre Crésus payait, c'était beau de le voir, De l’air d’un châtelain au fond de son manoir.

Depuis ce jour, gaiement on s’est mis en campagne, l Signalant chaque étape en paniers de Champagne, L Jusqu'à ce que la bourse eût demandé quartier.

Il fallut bien garder une livre en entier,

Pour payer le retour au rustique village ;

Mais tous ceux du cortège ont aussi pris passage, Le voulant escorter jusqu’aux bords de Lévi Pour, alors et là, tous lui dire : “ Grand merci,”

Le,

Pourvu que, se montrant de noble et bonne prise, Une dernière fois, à l’hôlel il les grise.

Voila le tendre agneau que ce dégénéré

Disciple d’Hippocrate au nom tant vénéré,

Se dispose à soigner dans sa brutale attaque,

A l'instar d'Abraham immolant Isaaque.

Mais la vaillante garde aperçoit le danger,

Que vont courir des jours si bons à ménager.

Ils lui font un rempart, et puis deux bras d’athlète Font faire à notre intru la plus belle pirouette, Qui Peût mené du coup tout droit à Saint Paschal, Si par malheur un banc ne l’eût pris à cheval.

L’incident mit un terme à l’audace cffrénée

De cet individu, médecine incarnée,

Qui m’a fourni du reste un épisode à point,

Pour que ce chant, lecteurs, ne vous ennuyât point. Mais voyez que toujours a inarché ja revue,

Et qu’à la fin du compte on n’a point la berlue, Puisque tout en parlant du docteur mal-appris,

On vous a présenté trois messieurs, Jui compris. Quelques mots seulement, et puis dans ce passage, Vous saurez avec qui je ferai le voyage.

Convenez-en, lecteurs, je ne puis clore ici,

Ce chant où d’amoureux le couple manque ainsi,

Sans ce couple charmant, que voulez-vous donc faire ? Le sel me manquerait dans toute mon affaire.

Puis où voyage-t-on sans trouver d’amoureux ?

Je voudrais bien savoir ce pays curie’x ?

Or, à propos d’amour, cette charmante blonde, Accourut, l’autre jour, se lancer dans le monde Et le but du trajet de notre belle enfant

N’était ni plus, ni moins qu’une chasse à l’amant. Elle avait bien pourtant un amant au village, Mais elle était coquette, et partant fort volage, (Qualité qu’a parfois le sexe féminin ;)

Elle voulut tâter un peu du citadin,

D'abord, tous, pleins d’amour l’adoraient jusqu’à terre ; Mais la belle gardait toujours son caractère,

Et bientôt tout le monde eut déserté sa cour.

Il fallut bien alors redemander l’amour

Du brave vilageois dont le nom était Pierre.

Quand on aime bien fort on n’a pas l’âme fière : Le fidèle garçon est venu la chercher,

La belle jurant bien ne plus jamais pécher.

Et Pierre avec grandeur à l’ingrate pardonne... Nous verrons dans les chars ce que fit ia friponne.

ure ?

he

erre ;

Parcourons maintenant d’un rapide regard, Les autres compagnons que nous fait le hasard ; Notons bien ce shérif, cette digne commère, Deux jeunes écoliers avec leur tendre mère ; Ajoutons trois bourgeois, un poète, un marchand, Trois lions citadins, puis un gros habitant, Des filles à foison, dont l’une vierge antique, Un grave marguillier très fort sur la rubrique, Et puis un colonel, un major, et de plus, Quelques et cæœtera pour les cas imprévus ; it nous voyagerons en telle compagnie, Qu'on pourrait bien penser que nous l’avons choisie. Mais pendant ce temps-là le vapeur a marché:

Aux bords de Soulh-Quebec sa carène a touché. Là commence à deux pas notre pélérinage :

On débarque, on embarque, et puis. .tournez la page.

Fin du deuxième Chant,

Page 1