‹ La Grand-Tronciade ou Itinéraire de Québec à la Rivière-du-Loup [microforme]Chapitre 8 sur 15 · QUATRIÈME CHANT · texte numérisé non relu

QUATRIÈME CHANT

Cependant on s’ébranle, on part, on est parti

Avec trois passagers dont s’accroît le parti.

Je ne remarque en eux rien de bien remarquable ; Mais déjà nous avions un fond assez passable.

Pour commencer, d’abord, j’ai mes deux amoureux, Pierre et sa Malvina, nous allons parler d'eux. —Mesdames, vous voyez, cela vous intéresse ; Jusqu'ici sur messieurs j’ai discouru sans cesse, N'est-il pas de droit strict que ce soit votre tour ?

Et de quoi vous parler, si ce n’est de l’amour ? L’amour, ce sentiment qui se glisse en nos âmes Quanden fraisde charmer vous vous mettez, mesdames. Mais il faut, je le sais, qu’un peu de pruderie Viennent se marier à la galanterie ;

Et comme là-dessus, je ne suis pas très-fort,

D'un très-savant quidam j’implore le renfort.

Ce quidam, devinez, je vous le donne en mille, Il commande en tous lieux, au bourg comme à la ville ; Beau comme un petit cœur, mais armé d’un carquois, Vous l’avez embrassé, mesdames, plusieurs fois.

Moi-mèême, qui le sait ? j’en puis être coupable ; Il est si bel enfant, et partant tant aimable,

Son nom n’est pas Arthur ; bien mieux c’est Cupidon. Mesdames, n'est-ce pas, c’est un joli garçon ? —Cupidon, dieu si beau, si gentil, tant aimable,

En ce moment critique, ah ! sois-moi secourable ! Toi qui sais, quand tu veux, nous tous ensorceler, RS Dis-moi ce qu’il fant dire et ce qu’il faut céler.

Am inner

Sur le même coussin, notre couple modèle Se jure à tout propos l’amour le plus fidèle.

Avant qu’il la délaisse, ah! sa main sèchera,

Dit le bon villageois, parlant à Malvina ;

‘ Et moi, tiens, si jamais je suis encor coquette,

Je veux à mon palais que ma langue s’arrête,” Répond sa belle amie. Admirables serments

Qui rallument les feux de ces tendres amants.

Lui, les yeux tout pleins d’eau, la regarde et soupire ; Elle, la bouche en cœur, lui fait un doux sourire. Pierre adore sa blonde, il en est presque fou ;

(Sa blonde est une brune) et le chéri bijou

Paraît évidemment sentir la même flamme—

Tous les deux n’ont déjà qu’une seule et même âme : Cupidon autour d’eux voltige satisfait, Jamais il ne blessa de couple plus parfait ;

Non jamais dans Paphos et même dans Cythère, Il ne vit rien de mieux aux autels de sa mère.

Cependant la Discorde au visage hideux,

A langue de vipère, au regard venimeux, Aperçoit avec rage une telle harmonie.

Elle rugit—d’un bond, au fond de l’Arménie

Elle arrive, et soudain se trouve sur le seuil

Du temple fastueux où parade l’Orgueil, L’Orgueil le plus puissant des démons sur la terre Et dont elle est toujours la fille la plus chère.

La Discorde s’approche, et l’Orgueil dont le front Sourcilleux, gigantesque, atteint jusqu’au plafond, S’accroupit tout joyeux sur ses pieds de satyre

Et la serre en ses bras avec un affreux rire.

Alors commence entr’eux un colloque d’horreurs, Où de nos deux amants se trament les malheurs. L’Orgueil dans un baiser communique son âme La Discorde aussitôt sent circuler la flamme Qui ronge son auteur, et soudain comme lui, Elle sait les secrets d’un pouvoir inouï.

Désormais invincible, elle prend son essor, Après un long baiser qu'elle reçoit encor, [d’aile, à E Et se trouve à Saint Charle en deux ou trois coups Quand les chars, juste à point, arrivent avec elle. Aussitôt, empruntant les dehors d’un brokeur

Eien connu dans Québec pour sa joyeuse humeur, Son esprit, ses bons mots, (Honoré, pour tout dire, Et certe la vaurienne aurait pu choisir pire,)

Le cigare à la bouche, et d’un air amical,

Elle salue ainsi qu’eüt fait l’original ;

(Honoré, vous savez, il connaît tout le monde,

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Résidant et vivant cent milles à la ronde ;) | Per

La Discorde le sait ; elle sait mêmeraent | Un

Le début qu'Honoré fait ordinairement. | Etc

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Aussi, pour compléter l’entière ressemblance, 4 Don

Elle prend hardiment sa pompeuse éloquence : À Qua

‘ La France est belle !.. hum !.. hum !.. {u quoque, # Qui, [Monseigneur, Ù C'es

Rosa, rosæ, rosam, Dominus, le Seigneur !. ” 1 Jam:

H Ce sublime salut est pour sa Seigneurie, 4 Pass | Qui, ne se doutant point de cette fourberie, 1 Dont | Aprrouve des deux mains ce vol audacieux, L. Or, ce

Lil Et par un calembour riposte de son mieux. Mais la Discorde au front que jamais ne colore

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Ress

Une aimable pudeur, de son masque use encore,

Et s’adresse aux lions qui, riant aux éclats, L'accueillent aussitôt en mettant chapeau bas.

— Mais, direz-vous, enfin faites-nous donc connaître Ces lions si fameux qui vont nous apparaître.

— Vous le voulez, lecteurs, eh bien! attention !

Car de ces trois Messieurs c’est l’introduction.,

Permettez-moi d’abord de vous en introduire

Un qui sous le boisseau ne cherche pas à luire, Et qui dans les salons, étant encore enfant, Trajtait déjà les cœurs en petit conquérant.

De Noirmont est son nom—kRien de plus agréable Que l’accent de sa voix et la lenteur aimable

De son expression quand il veut pérorer,

Donnant à l’auditeur tout le temps d'admirer ! Quand je le vois, je pense à ce défunt Narcisse Qui, se mirant dans l’eau, se pâma de délice... C’est James, celui-ci, Mesdames et Messieurs, Jamais plus vert galant ne parut sous les cieux ! Passant dans Halifax il fit maintes victimes

Dont il garde les cœurs en dépouilles opimes.

Or, c’est pour le butin ce qu’ont fait les Romains :

} Comme Pilate, un jour, il s’en lava les mains.

Déjà, non loin des lieux qu’on nomme Canardière,

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Il s'était signalé de la même manière.

De conquête en conquête il marche tous les jours : Son cœur est assez grand pour loger cent amours. Je vous le garantis très fort sur la tactique ; Peut-être plus encore que sur la Sfalislique.

Herman, c’est mon troisième, et non pas le moins fort, Vous pouvez en juger par sa taille et son port.

Oui, sa taille surtout en fait le plus grand homme Qu'on pourrait rencontrer de Québec jusqu’à Rome. Cependant, dans les chars, il en souffre parfois,

En heurtant son chapeau, sa tête quelquefois ;

Mais cela n’emeut point sa mâle patience, :

Il sait que l’avantage amplement récompense.

Ce que j’admire en lui, c’est surtout son grand cœur |

Qui fait, qu’en ses amours, il est toujours vainqueur. Il met cartes sur table, aussi pas de misdeale :

Si l’on voit tout son jeu, c’est qu’il est plus habile, Car franchise en amour est de fort bon aloi : Gagnant d’être connu, pourquoi blaguer, ma foi ? Tels étaient donc les trois illustres personnages

Près de qui la Discorde, amante des orages,

Entame son aiscours dans le genre Honoré :

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ins fort, Le

mine Rome.

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ind cœur … ‘À

ainqueur.

habile,

Juvenes leones, un rustre est adoré,

Dans le char, près d’ici, par une créature, Le plus charmant bijou que moula la nature.

Je m°y connais, Messieurs, vous le savez bien tous ; Eh bien ! ce beau minois à ce gars fait yeux doux, Et vous tolèreriez un tel état de chose !

Noirmont, James, Herman, vous souffririez qu’on ose Presqu’en votre présence, aimer d’autres que vous ! Vous qu’on voit dans Québec briller par-dessus toux, Vainqueurs toujours, partout, sur le fond et la forme, Flambeaux de nos salons, dieux de la plateforme ! Oui, vous dont la cravate a le nœud si parfait,

Au pantalon flottant, à l’habit si bien fait!

Et quel est ce rival? un villageois rustique,

Un lourdaud, un nigaud et toute la bouiique !

Un être qui jamais ne £'assit chez Banslery,

Qui jamais ne dansa chez Mistress Macaffrey ! Quelle comparaison vraiment pourrait-on faire

De vous, jeunes lions, à lui ce dromadaire ?

Oh! Quoüsque tandem ! 6 lempora ! mores !

En avant, en avant, juvenes leones !

Hum !.. Rome est dans les fers, la sauver, quelle gloire! Brennus sera vaincu.... volez à la victoire !

Elle dit, et soudain comme des lionceaux

Qui se sentant un jour les rois des animaux,

Bondissent dans les bois secouant leur crinière,

Nos héros, pleins d’orgueil, dressent leur tête altière,

S’élancent en avant, se flattant dans leurs cœurs,

Que de ce grand combat ils vont sortir vainqueurs.

Cependant avant eux la Discorde s’élance, |

Four ouvrir le combat et commencer la danse. À

Alors, toujours s’aidant des dehors d’Honoré, | Elle aborde Alvina de qui son adoré, S’éloigne par hasard ; et connaissant la belle,

à fl Elle affecte d’avoir pour sa cause un grand zèle.

Ce discours familier, elle fait mot pour mot :

if ‘ Alvina, permettez, vous roucouliez tantôt, à 4 ‘ Avec un campagnard d’assez bonne figure, EL: ‘6 Mais qui n’est pas créé pour vous, je vous le jure. 4 H ‘ Avec vos traits divins, votre goût pour le bal, j

nil ‘ Vous n’êtes pas, croyez, pour rester en aval. 4 111 ‘A la ville, ah! bien, 1à, vous seriez très heureuse ! À ‘ On vous adorerait, vous seriez orgueilleuse.

‘Tenez, de ce côté, jetez votre regard :

“ Voici trois citadins, des lions, quel hasard ! ‘ Faites-leur de doux yeux, ils sont votre conquête, ‘ Après ça mariage, et puis c’est toujours fête ! ; | ‘“ Voyez ces jolis nœuds, ce parfumé toupet, | ‘ Voyez la chaîne d’or qui pend à ce gousset.... in ‘ De Por, c’est le bonheur.... Vous avez la berlue | ‘ D’épouser ce faquin qui n’a que sa charrue.”

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Pendant ce beau discours, nos lions s’avancçaient Bien gantés, frais et beaux, comme suit ils marchaient : Herman, James, et puis Noirmont l’arrière-garde..… La belle curieuse en coulisse regarde. .....

Et déjà ce regard trouble ses sentiments ;

Son cœnr bat et palpite en mille mouvements... Eiie commence à voir que Pierre est un peu gauche, Que son humble surtout ne doit pas son ébauche Aux ciseaux de Morgan ; il semble moins joli;

Il a bon cœnr, c’est vrai... mais point de patchouli... L'étoile du bon Pierre a päli, puis s’efface..….

L’Ange des vrais amours pleure et voile sa face...

Herman, au premier rang, sonne le branle-bas,

Et remparts devant lui bientôt tombent à bas.

Ses saluts très fréquents, sa haufe courtoisie,

Son habit de chez Fuch, son aristocratie,

Font que la belle enfant, le prenant en faveur,

Lui fait baiser sa main, baiser plein de saveur ! James que ce bienfait de grande ardeur enflamme Avec de grands clins d’yeux un même don réclan.e : Second baiser offert, second baiser donné.

Noirmont de tels succès devient tout étonné : +

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‘ Comment murmure-t-il en son âme orgueilleuse, ‘ Avec si peu de frais, ils ont eu amoureuse,

‘ Ces novices galants ! Que ferai-je donc moi ?

‘ A la belle, à coup sûr, je vais dicter la loi.”

Il dit, puis aussitôt, avec ronflante emphase,

Il émet lentement sa plus pompeuse phrase, Celle que la lettre 4 peut remplir jusqu’au bord... La belle étend les bras, ferme l’œil et s'endort. Noirmont, tout enchanté, crût qu’elle expire et n’ose De son grand élixir renouveler la dose.

Ses amis plus futés comprennent qu’elle dort

Et s’éclatent de rire au résultat si fort

d Qu’a produit de Noirmont l’éloquence divine : Jamais rien de plus prompt n’opéra la morphine ! Par bonheur que du char un brusque mouvement Réveille l’endormie et que, dans un moment, Elle est à la hauteur de son important rôle.

Noirmont se mord la lèvre, il désirait, le drôle,

! Qu’au dernier jugement elle dormit encore,

| Pour l’immortaliser par cette prompte mort.

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Herman, James, chacun en lui-même jubile, Pensant que la victoire en sera plus facile ; Mais du cœur féminin, cet obscur carrefour, Ils connaissaient bien peu chaque petit détour ; Ils ignoraient aussi, ce qu’il est bon qu’on sache, Que derrière l'amour, Plutus souvent se cache. Car pendant ce temps-là, la belle calculait ; Elle lorgnaït Noirmont, l’escomptait, l’estimait ; De sorte qu’entre eux trois, la chance était égale : La victoire hésitait tout ainsi qu’à Pharsale. Ce Malvina vainement cherche à fixer son cœur ;

De James elle admire et les airs et l’ardeur ; n'ose Elle adore d’Herman l’étonnante franchise ; Mais Noirmont comme Enée est un peu fils d’'Anchise.

t Or il advint alors ce qu’il advint, un jour, A ce fameux coursier du nom de Beauséjour, Lequel étant placé près de deux tas d’avoine Egaux, creva de faim. Le cas était idoine, A cela près pourtant qu’elle n’en mourut pas, Mais que ses amours seuls subirent le trépas ; Car nos trois cavaliers comme trois égoïstes, Retraitèrent bientôt tandis que sur leurs pistes La Discorde riait de son rire d’enfer, Et puis disparaissant devenait Lucifer.

Alors, à pauvre enfant, ton astre, hélas ! vacille... Tu trembles maintenant de rester vieille fille... Vieilie fille ! rt pourtant tu fus l’idole un jour,

De Pierre tendre et bon dont tu brisas l’amour ! Mais dans ce cœur aimant a résonné le glas ;

Il est mort et bien mort, il ne reviendra pas...

Mesdames, qui de vous ira jeter la pierre

A la femme sans cœur assassine de Pierre ?

Avancez, s’il vous plait, celles qui, dans le cours D'une vie embellie au prisme des amours,

Pouvez compter au moins vingt bals dans le grand | [monde !

(J’inclus dans cet appel toute la mappemonde) Fidélité, constance, où sont donc %os élus ?

Sur plusieurs millions j’en vois deux et pas plus... Cieux, voilez-vous la face! et vous pleurez, à terre ! Mais Jupiter, de grâce, oh ! retiens ton tonnerre !

Ces femmes, après tout, c’est notre seul trésor :

Elles charment nos yeux en nous donnant la mort.

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PRE Vous qui lisez ceci, mesdames du beau sexe,

Ne vous tourmentez pas en votre âme complexe ;

N’allez pas, vous donnant de grands med culpà,

Vous mettre tout en pleurs, vous meurtrir l’estomac !

Non, non, l’humanité vous absout par ma bouche

De tout ce que vos cœurs peuvent offrir de louche,

Si de vous amender vous avez le désir,

Et constantes restez jusqu’au dernier soupir.

Or, voyez, l’entreprise est aisée et facile,

Jetez les yeux sur l’homme, est-ce bien difficile ?

Voyez, comme il est stable en toutes ses amours :

Sa règle, son molo, c’est jamais ou toujours. .....

N’allez pas rire, au moins, bouches malicieuses ;

S ‘ Ces couleurs, dites-vous, sont trop avantageuses ‘ Au sexe masculin; si nous l’avons trahi

rand ‘ Il a bien plus encore envers nous mal agi.”

erre ! Il se peut qu’en amour vous soyez la mailresse ; Mais le maitre, fi donc! c’est contre la sagesse. Mesdames, cependant, comme vous plaire est doux,

t. Et qu’il vaut mieux enfin ne faire aucun jaloux, Disons en concluant, sans nous confesser pires Qu'amantes, amoureux, sont de cruels vampires !... Pendant, qu’en mon esprit, ainsi je ruminais Sur le drame émouvant qu’alors j’entrevoyais,

Je me sens tout-à-coup devenir incrédule ;

Tout ce qui s’est passé me paraît une bulle. ..... C’est que la poïte alors, s’ouvrant avec fracas, La voix du conducteur a crié: Suint Thomas.

D A D éd

Fin du quatrième Chant.

sn érasilias | SRE

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