‹ La Grande apostasieChapitre 10 sur 34 · ISAÏE II · texte numérisé non relu

ISAÏE II

Et, fondateur d'une Religion toute de logique, de support^ de souffrances individuelles, et de paix publique, le Sauveur ne pouvait, sans contradiction, laisser à ses Apôtres, et aux Papes qui devaient les suivre (**), le droit et les devoirs con-

(*) Le Sauveur avait horreur de la propriété , du droit, de la. force, de la simip\e judicature , ^usqna rendre impossible pour un prêtre, et même pour un laïque , le procès le plus légitime, lorsqu'il n'a pas les pauvres pour objst {V. seulement le chap. XVIII, 15-18; 23-24 de Saint-Matthieu.)

Après cela , quelle peut être la valeur, si ce n'est pas le malheur, du livre intitulé . Tractatus tractatmim; seu Oceanus iiniversi juris, imprimé à Venise en 1584, par ordre et avec le nom de Grégoire XIII , en 25 volumes in folio?

Saint Bernard, qui représente, on peut le dire . le catholicisme raison-

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traires : c'est-à-dire la force; et, si elle est insuffisante, la violence ; et même la mort particulière et la guerre publique. Le premier moyen de Gouvernement fait autant d'amis, que le second d'ennemis. Si la violence dans l'homme du monde finit toujours par appeler la violence, elle l'appelle, elle la commande en quelque sorte immédiatement, dans l'homme del'Éghse. Et c'est, selon nous, bien moins l'esprit militaire des anciens Romains, que le sacerdotal politique des nouveaux, qui a rendu naturellement,... il faut le dire, sanguinaires (*) les Italiens modernes.

nable tout entier, dit à son cher pape Eugène, dans les conseils qu'il avait à considérer le plus : NuLLUMtibi venenum, nullum gladium, plus formido , quàm libidinem tfominandi.

C'est de l'or, aussi bien que de l'Antéchrist, qu'il est écrit : « Il régnera dnns V Eglise même de Dieu, et comme en Dieu» % Thess. II , 4.

Le profond Rupert va jusqu'à dire, à propos du czVzce des deux témoins du chap. XI de W^pocalypse : Peccatum est maxime graduum Ecclesiasticonim , peccatum venalitatis et auaritiœ , qiiod nunc aspicimus, et uhique regnare vidimus, amhitione nimiâ cuncta dévastante, avaritiâ penè universâ repositâ intîis in ecclesiis dévorante.

{*) Le paysan de la campagne de Rome est demeuré sauvage et redoutable , comme au temps de Romulus. Les menaces qui sortent continuellement de ses yeux, l'aspect hagard et sanguinaire qui le caractérise, inspirèrent à Allîeri ces vers historiques :

« Yuota, insalubre région , clie stato Ti vai nomando , aridi campi , incolti; Squaliidi, oppressi , estenuati volti Di popol rio , codardo e insanguiuato. »

Dans la ville sainte, les mœurs sont encore pires : «Les Romains courent aux spectacles sanglants. Lorsqu'on lit à un criminel son arrêt de mort , ce qui se fait à minuit du jour de l'exécution, le peuple accourt dans la prison, pour voir la résistance, la fureur et le désespoir du patient; plus il en marque, plus le peuple est satisfait, et ils ne le quittent qu'après qu'il est mort. On dit que des femmes vont secrètement la nuit dans les boucheries voir égorger les bœufs. ... Les femmes du peuple de divers quartiers de Rome sont coiffées de laine rouge sanglant.

Les mœurs de l'Italie participent de celles de Rome. Les IMedicis de Florence président à nos Saint Barthélemi de Paris; et les Procida de Naples, et même des rois élus par des Papes, aux Vêpres siciliennes (celles-ci commencées le lundi de Pâques, durèrent un mois; les autres quelques jours seulement )

Les papes eux, et les plus grands, Pie V, canonisé non parce que, mdis quoique^ écrivait à Catherine de Médicis le 28 mars 1569, pour l'exhorter à n'épargner en aucune façon les ennemis de Dieu , nullo modo isullisque causis hostibus Dei parcendum est. Il terminait sa lettre (que M. de Falloux lui impute à foi, et peut-être à saintetél) en l'invitant à combattre les ennemis de la religion catho lique jusqu'à ce qu'ils fussent exterminés, usque ad internecionem ; et à livrer ces hérétiques , les plus scélérats de tous les hommes, à de justes supplices ; lif^îte homines sceleratissimi justis afficiantur suppliciis.

Et, lorsque les ordres ont été exécutés, conséquent à Pie V, « Grégoire XIII Ini-même fait frapper une médaille qui représente , d'un côté, le pape eu habits pontificaux et de l'autre Y ange exterminateur armé de la croix et de l'épée, et entouré de morts et de mourants; parmi ceux-ci on distingue sur le premier plaa

Ce n'est même que pour procurer, pour fonder, pour éterniser, la sujétion et la pauvreté de la Papauté , que Jésus- Christ a souffert, a permis, sans la commander jamais, la Royauté, et surtout la plus absolue et la plus riche. Et afin que cette Royauté terrible ait seule V odieux, pendant que la Papauté consolante aurait l'amour exclusivement I

Et c'est pour cela surtout que le Sauveur voulut naître, et avoir à obéir, et voir obéir autour de lui, jusqu'à mourir, sous les Empereurs romains et les Rois de Judée les plus usurpateurs, les plus indignes, les plus despotes , les plus cruels : et les Octave (sous le nom Auguste) , et les Tibère, et les Néron, et les Hérode, et les Pilate.

Et admirez ici l'attention et la profondeur de l'Évangile de Jésus-Christ. — La première tentation qu'il suscita contre lui au démon, si bien nommé le PîHnce du monde, ce fut celle de le transporter sur une très-haute montagne, de lui montrer tous les Royaumes du monde, et de lui dire : « Je vous les donnerai tous, si en vous prosternantVous m'adorez : Assumpsit eum Diabolus in montem excelsum valdè : et ostendit ei omnia repia viundi, et gloriam eorum ; et dixit ei : Hœc omnia tibi dabo, si cadens adoraveris me. Matth.^ IV, 8, 9.

Comment le Fils de Dieu aurait-il voulu delà Royauté pour lui-même et pour ses successeurs"^ Il était venu, et il avait appelé ceux-ci à sauver le monde,... précisément de la Royauté^ et précisément par l'exemple de la sujétion !

Et les Rois contemporains aussi , et d'abord ceux de la Judée,

un chevalier dont le costume se rapporte assez exactement à celui de l'amiral de Coiigny. Ce côté de la médaille porte pour inscription ; Ugonotorum strages '|572î. Le jésuite Bonanni , qui a publié en 1690 la série des médailles papales, inscrit celle-ci sous le no 110 , et dit ; « L'ange extermine les huguenots avec la croix. Cette médaille se rapporte au célèbre massacre de la Saint Barthélémy i^ebellistatuvi Calvinirum strages). Ce changement inattendu dansl'état des choses en France , remplit le pape et les Italiens d'une joie d'autant plus vive , que leurs craintes avaient été plus grandes quant aux succès des hérétiques, qui menaçaient déjà de pénétrer en Italie. Aussitôt que le pape reçut la nouvelle de cet événement, il se rendit en grande pompe de l'église de Saint-Marc à celle de Samt-Pierre; il décréta un jubilé universel et demanda les prières de tous les peuples pour la religion du roi de France. Il ordonna en outre à George Vasari de composer pour le Vatican un tal)leau où serait représentée la mort de Coiigny et de ses compagnons; ce tableau devait être un monument de la défense de la rehgion et un trophée de sa conquête sur l'hérésie , afin que la perte d'une si grande quantité de mauvais sang ramenât la santé dans ce royaume malade , et afin que l'on sache que ce massacre na pas eU lieu sans l'aide de Dieu et sans son divin conseil, Gr9goire a ordonné que l'on frappât cette médaille.»

M. Guizot, historien assez impartial, dit que « la tête sanglante de Coiigny fut traînée jusqu'à Rome , et que Grégoire XIII ordonna des fêtes et des messes, etc.

Et , comme de l'inhumanité à la plus profonde hérésie , et même à l'athéisme il n'y a qu'un pas , l'Italie a donné le jour aux Socin , les plus fameux des Ariens ; aux Ochin, etc., les plus fameux des apostats ; aux Fanini etc., les plus fameux des athées.

DANS LE LIEU SAIÎST

et puis ceux de Rome, qui se sentaient les plus équivoques et les plus vicieux de tous, et ne pouvaient concevoir une autre royauté, une autre religion que la leur, la jugèrent hypocrite. A la première nouvelle de la naissance seulement de l'enfant-Dieu, à Bethléem, leur premier mouvement a été l'effroi : Audiens autem Herodes rex^ turbatus est. Mattk. II, 3. Leur premier crime, plus horrible, s'il est possible que le déicide de Judas, est le massacre impartial de tous les Innocents pour n'en pas manquer un; et le second, la décapitation, pour le seul menu plaisir d'être agréable à une danseuse, de celui que le Sauveur lui-même a proclamé le plus gr^ancl d'entre tous les enfants des hommes... » (Matth. XIV; et surtout Marc. VI).

Ils furent, à vrai dire, les plus grands ennemis du christianisme et de l'apostolat ; mais ils furent aussi les premières victimes de Dieu lui-même, qui avait juré le progrès du christianisme et de l'apostolat. Et cela est dit formellement par les Apôtres. Hérode, qui avait mis saint Pierre en prison, fut frappé instantanément de mort, dans une réception solennelle d'ambassadeurs, revêtu de son manteau et de sa pompe royale, sur son trône enfin, en ex-Roi, et même en Dieu. XIÎ ,

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