DÉMONSTRATION PAR TOUTE LA VIE DU CHRIST
Le mal de For et de l'orgueil , si grand sous la plupart de^ rois, même d'Israël, devint à son comble aux derniers siècle^ et sous les Machabées. A ce point que le souverain pontifical lui-même , mélange grossier de royauté et de sacerdoce (le titre de Princes des Pi^ êtres, et même celui de Pharisiens (*), étaient les titres communs), n'était plus qu'une suite, presque non interrompue, d'usurpations, de vénalités, de simonies, de Judaïsme, Iscariotisme avantle temps, de Sicarisme, pires mille fois que n'étaient les dictatures, les proconsulats, les triumvirats (plus violents que les décemvirs) de la république romaine; car ceux-ci, du moins, n'étaient pas Pontifes ou augures sans rire.
Et cependant, à Rome, c'était mieux que la royauté orientale la plus absolue; mieux même que la férocité de Dracon, la bestialité de Nabuchodonosor (celui-là même fut frappé de Daniel, au point de Yadorer^ et de forcer, sous peine de mort , à l'adorer !) , ou la lâcheté meurtrière à'Hérode le Grand. C'était tout cela à la fois dans Néron^ et surtout dans Tibère et dans Octave, lesquels avaient l'hypocrisie par surcroît.
Et cependant encore les Païens en général n'étaient après tout, et en dernière analyse, que les Prêtres de l'or... Et leur histoire universelle, leur littérature universelle en fait foi comme l'Ecriture Sainte, lorsqu'elle les oppose aux Juifs sous
(*) Martial dit, dans son tableau de Rome, un mot cà la fois historique et prophétique, qui montre les corruptions judaïques et romaines, italiennes et françaises, à la fois : » Là, vous entendez le changeur faire rouler sur sa table des tas d'éciis au coin de Néron • là, le marteleur d'or d'Espagne fait retentir la pièce usée... Plus loin est un petit juif instruit dès le berceau dans l'art de mendier «
Un des plus habiles hommes du XVIII^ siècle, et par là même des moins* célèbres, l'abbé d'Ettemare, a publié, enl725, etc. et pourcause, un livre, aujourd'hui plus vrai, plus vérifié, plus digne de réimpression, et plus prophétiqueque jamais, humblement intitulé : Essai de parallèle des temps de Jésus-Christ avec les nôtres.
('*) Païens, Pagani, semblent même Avoir fait Payer. Le Pagato des Italiens le monfr« encore mieux...
DANS LE LIEU SAINT
les noms d'Etrangers et de Gentils. « Tout était vénal à Rome principalement, » disaient Juvenal et Tacite indignés. Et il est digne de remarque, et saint Augustin en est vivement frappé dans sa Cité de Dieu, que Jupiter portait le nom de Pecunia, et Junon celui de Moneta.
On en était précisément, et pour cause, vers le 4^ millénaire du monde et le milieu des temps. Si Dieu avait des ennemis nés et déterminés, c'étaient la royauté et la propriété (*) ; et surtoutla royautéou la propriété avec le sacerdoce. Dieu n'en pouvait plus, si on peut le dire, contre eux. Dieu avait préparé, il dirigea aussi contre eux tout le Christianisme.
Le Christianisme, il faut le dire, n'est en effet pas autre chose qu'une immense et divine condamnation à mort de la propriété^ et même de la royauté; une divine et immense réhabilitation, une magnifique glorification de la pauvreté et de la liberté des enfants de Dieu, comme les seuls moyens de leur bonheur, même temporel.
Et voilà pourquoi la venue de Dieu se faisant homme pour se faire pauvre, coïncide juste avec \ empire et la richesseXe^ plus iniques, et avec eux la corruption la plus profonde qu'il y avait encore eu dans le monde : celles d'Auguste, dont le nom même est, selon Varron, synonyme, à la fois, d^augure^ d'augmentation et d accumidation.
Et pourquoi l'Eglise, fondée sur la pauvreté et la sujétion
(*) On ne saurait trop le redire, la propriété, dont le nom propre n'est PAS UNE FOIS dans la nouvelle, ni même dans l'ancienne loi, où l'on ne trouve que le nom -possession^ est caractérisée par l'épitliète sanglante de « Mammone d'iniquité : i Mammona iniqiiitatis- Luc XVI, 9.
Et les barbares et les civilisés (les Papes Barberini entre autres) , et le temps, ei jusqu'au feu du ciel, coupes divines, ont pris soin de venger le ciel et la terre de leurs géants.
Depuis des siècles il ne reste rien, à peine la mémoire de la place, des palais ou des Villas, des plus illustres ou des plus riches Romains, dont les écrits ou les exemples avaient souillé et appauvri le genre humain : Virgile et Horace, Cicéron et Ovide, Catulle et S?illuste. Les jardins de celui-ci ne sont plus connus que par l'Eglise de Sainte-Suzanne ; et le palais d'Ovide, qui fut acheté par Claudius des millions de notre monnaie, par une autre providence, gît sur une Notre Dame de Consolation,
Rien, du Temple de la /©j-funf?, de Sylla, à Preneste (Palestrine) ; rien, de ee Crassus, le premier qui eut des colonnes étrangères dans ses palais, si ce n'est le tombeau de sa femme; rien, de ce Scaurus, dont la maison de marbre faisait face à l'arc de Titus; rien, des trophées de Marins, qu'une église de Saint-Matthieu; rien, des palais et de;^ jardins de i^ucullus.. le plus riche et le plus voluptueux des Romains, que \e^ tombes des fiiri, etc.
Quasi rien, du Temple même de la paix, que Vespasien avait élevé pour y profaner à sa façon le trésor du Temple de Jérusalem. Selon la remarque du Romain Pline, aussi bien que du juif Josèphe ; Posait et hic e Judœorum templo, vasa aurea in iis sibi placens . et si legem ipsorum^ etvela tabernaculi aurea, elc. Le Temple de la paixfut brûlé tout entier, et en un moment, de la foudre dvj ciel. (V. Hérodien).
du Christ, n'a de gloires spirituelles, et môme temporelles, que pour elles. Ecoutez-la dans ses chants du soir (ceux du matin sont à Dieu) ! Elle n'hésite point à mettre le pauvre, lorsqu'il est volontaire, tout d'abord, à l'égal des souverains : Ut colloceteum cum principibus (leLai/c/a?e) ; puis, et dans le Magnificat , au-dessus d'eux : c'est le Seigneur lui-même , dit sa Servomte (c'est-à-dire sa fille et sa bien-aimée par excellence), qui fait tomber les puissants et qui élève les humbles : Desposuit Potentes de Sede, et exaltavît ImmUes ; qui comble de biens les pauvres, et renvoie les riches les mains vides : Esurientes implevit bonis^ et divîtes dimisit inanes ( le Magnificat),
Cette prophétie est, depuis longtemps déjà, réalisée à la lettre. Jamais les avares, c'est-à-dire les mauvais pauvres n'ont été plus déconsidérés dans le monde ; comme jamais les hommes désintéressés ou généreux n'ont eu plus beau jeu que depuis le christianisme. Les révolutiom successives et incessantes des empereurs romains ; les insurrections et les divisions des nombreuses républiques d'Italie; Félection des papes à la majorité des voix, et leur choix, en général, de préférence dans les vertueux ouïes habiles; la supériorité, de plus en plus grande, accordée aux savants, aux écrivains, aux orateurs, sur les autres classes de la société; l'empire laissé prendre aux journalistes ; la décadence, de plus en plus sensible, de la vieille noblesse, et la haine de la nouvelle ; les chutes, de plus en plus faciles, et de plus en plus fréquentes, des vieux rois; l'accroissement rapide de la puissance dernière venue , parvenue (comme on dit chez les rois qui s'en vont), de toutes, la puissance russe ; les gouvernements représentatifs surtout qui appellent à partager, et même à donner les couronnes, mêmes les plus petits elles plus pauvres, et quelquefois les plus mauvais sujets ; la supériorité des vertueux sur les habiles, et principalement sur les nobles , dans l'opinion publique ; la grandeur surtout d'un Saîjit et d'un Martyr selon l'Eglise, dans l'opinion même des dissidents, sont tous effets, à grande distance, àxxLaudate^ et même du Magnificat l
Dieu, le Propriétaire, le Roi, le Riche apparemment par excellence, sacrifia jusqu'à l'empire du Ciel et le trône éternel, à l'autel de la pauvreté , en aspirant à naître dans la plus pauvre province romaine (la Judée), dans le plus pauvre village (de vilis) , dans la plus pauvre maison du village , dans le plus pauvre lieu de la maison {Yétabte); entre le bœuf et Fane du pauvre ; de la plus pauvre famille ; de la plus pawi;ré? profession, de la plus prmyr^? femme peut-être du monde entier d'alors ! —-Et, lorsqu'il est né si pauvre, et si pauvrement, Dieu a voulu vivre, s'il est possible, encore plus pau-
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vre, et de plus en plus pauvre, et toute sa \'ie, dans un pays plus pauvre encore que la Judée (la Galilée), et k Nazareth...
(Mais il faudrait ici tout ajouter, et tout répéter le christianisme que tout le monde, riches et pauvres, savent.)
Il n'est pas dit un mot dans FEvangile qui suppose seulement la plus pauvre propriété , la plus pauvre monnaie du Fils de rhomme; oumême celles de Marie et de saint Joseph, ou de saint Jean-Baptiste. Et tout, au contraire, suppose la plus grande pauvreté, la sujétion la plus absolue, volontaire, et désirée , de tous.
Il est parlé de la petite maison de Nazareth (*), mais elle était apparemment du pauvre et laborieux ouvrier Joseph, plutôt que de Jésus, qui sembla ne pas vouloir y naître, et n'y séjourner qu'avec peine ; et plus jamais depuis son apostolat . Il allait et venait, en faisant le bien; il voyageait, il naviguait presque toujours, et semblait aimer mieux les pays étrangers que son propre pays. Il préférait même à la Galilée de sa maternelle Nazareth,*^ où il passa ses jeunes années, la Judée où il devait mourir ; et à cette Bethléem où il avait voulu naître et s'était vu adorer, cette effroyable Jérusalem où il se verrait trahir et où il devait être sacrifié.
C'était enseigner admirablement, et mieux encore qu'en paraboles , en action , l'appel et la destinée des apôtres à V allée eX à la vewwe chrétiennes, au pèlerinage incessant; et comme à Fhorreur de la résidence ; et, à plus forte raison, de la propriété..., de Rome, pour saint Pierre et ses successeurs ; des sièges épiscopaux viagers pour les évèques ; et des cures inamovibles pour les curés. Car Jésus-Christ lui-même a voulu souffrir à la porte de la ville; et nous ne devons pas avoir icibas de cité permanente. Hébr. XIII, 12-14.
Et à la fin, et à la veille de sa mort, et le lendemain, le premier mot qu'il dit aux onze apôtres, c'est : Allez, et enseignez les nations : c'est-à-dire les Gentils aussi bien que les Juifs ; et les peuples les plus éloignés aussi bien que celui d'Israël.
(A voir aujourd'hui l'apathie universelle de plusieurs milbons d'hommes du clergé, la tranquillité, l'apathie et même r indifférence et le sommeil de Nos Seigneurs les prélats, et de nos Messieurs les abbés, qui ne sortent plus guère que pour faire triste figure sur nos places publiques et dans nos soiréeSj on serait presque tenté de croire que l'Esprit-Saint a transformé le mot sacré fameux, et qu il dit aujourd'hui à un petit nombre de simples fidèles : Euntes Docete sacerdotes !... ^
(*) Là Maisonnette sacrée que nous avons vue et admirée à Lorette , -âtait eliemême destinée d. voyager -, et, par un nouveau miracle, au règne même de €c Boni ace Vill (^ui considérait Rome comme sa capitale étemelle!
Si le fils de l'homme n'était pas^ et eut comme horreur d'être, pro'priétaire, et même possesseur, il voulut encore moins être Roi^ et seulement maître, ou simplement arbitre(^) temporellement parlant, même au milieu de ses disciples. Et on le vit tous les jours, et jusqu'à la mort, se faire le sujet, le serviteur des serviteurs des rois, et surtout, ce semble, le serviteur de rois ennemis de Dieu.
Tout descendant du Roi David qu'il était, et dans l'état de division de la Judée qui comportait le plus sa royauté temporelle héréditaire, il fit, il affecta, tout pour ne pas paraître y prétendre. Et son célibat, et celui de Joseph, et celui de Jean-Baptiste, et celui de la majorité des Apôtres, qui avaient tant d'autres motifs du premier ordre, avait aussi celui d'exclure jusqu'à l'idée de cette Royauté.
Lorsqu'il devait entrer à Jérusalem en Roi spirituel, l'Esprit-Saint et le prophète Zacharie avaient eu soin de dire : en Roi pauvre : Ecce rex tuus veniet ; ipser Pauper, et super asinam. IX, 9. — Et encore il e t ajouté, en un trait, l'opposition de l'entrée si humble du Sauveur, à l'équipage des Rois : Et disperdam quadrigam ex Ephraïm et equum de Jérusalem. 4 0.
îl voulait surtout mettre ses successeurs en garde contre l'esprit de propriété^ et surtout contre l'esprit ào^ royauté : car il prévoyait sans doute les Papes ce qu'ils devaient être, (à la différence des RoisoM des propriétaires communs), célibataires, avancés en âge, et même vieillards; isolés du monde, des occasions, et des femmes; aussi peu exposés à la volupté qu'ils le sont à l'orgueil, à la propriété, à la Royauté, leurs seuls, mais aussi leurs immenses ennemis, lesquels mènent si bien, et même seuls, à tous les autres.
La nature même a fait, et l'Esprit-Saint a dit, que l'amour et la recherche de l'argent, de la propriété, de la richesse, de la Royauté est, presque exclusivement, le péché propre des hommes; et, au contraire, la. dépense celui des femmes. (V.