DÉMONSTRATION PAR LE PRÉCURSEUR
Un seul homme, comme nous l'avons vu, suffirait, parla générosité de Dieu , mieux qu'un seul Dieu, à sauver le monde.
Et par une merveille, une générosité de Dieu, plus grande encore, Dieu a voulu que tout le monde fut appelé à être ce prêtre unique ; et que le dernier venu du christianisme pût se trouver l'égal du premier : celui que le Sauveur lui-même a proclamé le plus grand d'entre tous les hommes : Non surrexit inter natos muiierum major Joanne Baptistâ. Matt. XI, 1 1 : c'est dire le plus capable de pratiquer et de faire pratiquer les devoirs ; le plus digne, par conséquent, d'être son Précurseur ; et celui de tous ses vicaires ultérieurs : et de leur préparer le chemin, c'est-à-dire de redresser les sentiers, que les Pharisiens seuls avaient courbés et faussés : Rectas facile semitas ejus. Marc, I, 3.
Dieu lui-même le nomme son Ange par excellence : Ecce ego mitto Angelum meum. 2. — Seul, il a vu les Cieux ouverts: Vidit cœlos apertos, 10. — îl a connu, avant tous les apôtres, le Sauveur; il a vu, ce qu'ils n'ont pas vu, le Saint- Esprit lui-même : Et vidit Spiritum Dei. Matt. ÏII, 16. — C'est à lui seul que Jésus envoie ses disciples dire, afin qu'il dise lui-même le premier : « Les aveugles voient, etc., les Paiwres sont évangélisés, » Matt. XI, 4, 5. — Et c'est encore de Jean que Jésus a dit : « Il est l'Élie qui doit venir. 4 4. UÈlie (en hébreu : le Seigneur-Dieu) , c'est-à-dire , le seul homme immortel, ou plutôt éternel de la création ; et le chef de tous les Élus passés et futurs î
lia seul tous les honneurs des quatre Evangiles, qui commencent tous, etsedéveloppentjparlui, etavec lui... Et il a, comme le Sauveur, le premier et le dernier, c'est-à-dire les deux plus grands des prophètes, pour historiens anticipés : Isaïe, Liî et LIÎI, elMalachie (ces remarques sont de Grotius) : celui-ci dont le nom est , comme le sien , synonyme d'Ange du Seigneur. .. — Et Jean a pour père ce Zacharie dont le seul nom, tout resplendissant de Charitéet d'Eucharistie, exprime, d'une autre façon, en hébreu, le Souvenir du Seigneur; et pour
mère cette Elisabeth qui marque le Serment du Seigneur, selon qu'il est écrit clans le cantique même de Zacharie!
L'Eglise, dans la quatrième de ses prières quotidiennes, la plus belle, car elle est la plus nécessaire, et l'objet^ et le secret des trois autres, ne met que le tout-puissant, le Dieu saint Michel archange, avant saint Jean- Baptiste,
Enfin, et par surcroît de gloire à saint Jean-Baptiste, la Providence donna son nom, le plus magnifique, le plus populaire, et le plus gracieux.,., de tous les noms, et comme Tégal de celui de Jésus et de Joseph, pour ne faire à jamais qu'un nom et qu'une personne ensemble, au plus aimant, au plus aimable, au plus aimé de tous les disciples, au plus sublime des évangélistes de Jésus vivant, au seul évangéliste de Jésus-Christ ressuscité (l'Apocalypse).
Il est plus encore, infiniment plus, que tout cela : car Dieu lui suscita et lui voulut une conception et une naissance, une mère, presque égales à celles de Marie ; un père, presqueégalà Joseph. (Voyez, pour les admirer plus que jamais, les 80 versets du grand chapitre î" de saint Luc.)
Saint Jean-Baptiste enfin.
Infiniment supérieur, en effet, h tous les apôtres ; et surtout peut-être aux deux premiers, saint Pierre et saint André, qui furent ses disciples avant de l'être du Sauveur. (Joais. I.' 35.),
P II fut sans aucun Maître apparent.
IIo II fut surtout sans apparente autorité aucune.
IIP Lorsque les Pharisiens et les Rois (c'est Jésus lui-même qui leur oppose Jean) sont vêtus mollement : Qui mollibus vestiuntur, in domibus regum sunt. Matth. XI, 8, Jean, n'était vétu que d'une peau sauvage, et ne vivait que de sauterelles et de miel sauvages (*) : Esca ejus locustae, et mel silvestre. Matt. ïII.
IV°. Il n'alla point dans le monde pour imposer au monde, mais bien (/an^ le désert, d'où il faisait venir le monde, et même les Bois (*'"), et jusqu'au grand nombre des Pharisiens... dans le désert : Et omnis Judœa... Multos Pharisseorum.. ..
V.ll ne reçut point en don du Saint Esprit, ce qu'on appelle réloquence, ou seulement la science commune du christianisme.
VP. Il savait encore moins écrire que parler. VIP. Wparla encore moins que le Sauveur lui-même, qui parla bien moins que les apôtres proprement dits.
(*) Le Sauveur se comparant à son précurseur, va jusqu'à dire: « Jésus est venu mangeant et buvant comme lesautres ; Jean, lui ^ne buvait ni ne mangeait.» Matth. XI,i8,i9.
(**) Hérode se plaisait k consulter età écouter Jean. (Matth. XlV^et Marc, VI 20. Et, après sa mort, il le confondait avec Jésus, [Ibid.)
MNS LE LIEU SAINT
VHP. Il ne disait guère aux foules [Tiirbas), comme aux Rois, et surtout aux Prêtres, que sa seule vertu avait convertis d'avance, et qui savaient assez bien développer le mot à la vue de sa pénitence personnelle, il ne leur disait qn'unmot (dont les Conférences,., déférences au monde, sont les caricatures): Faites pénitence ! car le royaume des cieux, et par conséquent la mort, est proche. » Matth. III.
Et aux Pharisiens et aux Prêtres, avant tous les autres : « Races de vipères, qui vous a enseigné à fuir la colère de Dieu prête à fondre sur vous : Quis demonstravit vobis fugere à venturâ ira?. 7.... « Et ne dites point : Nous avons Abraham , car de ces pierres même Dieu fera à Abraham d'autres enfants que vous, La coigoée est déjà à la racine des arbres ». 9... (la rad^e?c'est-à-dire, et certainement, le Prêtre!). — Etencore: « Je vous baptise, moi, dans l'eau (c'est-à-dire dans les larmes) delà pénitence, celui qui viendra après moi, le fera en Esprit et en feu. » 11 . — «Il a le vent à la main, et va purifier son aire (aream suam, c'est-à-dire son autel) , rassembler 5072 froment [iriticum sumn, c'est-à-dire 5on sacerdoce) dans son grenier (son Eglise \; et jeter au feu de l'enfer les pailles (les mauvais prêtres, Évêques et Papes) : Paleas comburet igni inextinguibili. 1 2. Et saint Jean n'a pas plutôt dit ce mot, que Jésus vient pour la première fois à Jean : Tune venit Jésus ad Joannem, ut baptizaretur. \ 3 ; et puis va dans le désert, comme pour y remplacer, imiter, glorifier Jean. IV, \ .
A tous les autres, aux kïques, Jean disait : « Que devonsnous faire? » — « Donner un habit si vous en avez deux; moitié de votre pain du jour , si l'autre moitié vous sufiît pour le jour. » Luc, III , \\. — Et puis, embrassant tous les Etats en trois, il dit : r Aux Receveurs et Fonctionnaires publics : Ne sortez en rien de la loi : Nihil ampliùs quàm quod constitutum est vobis. 13. — S*" Aux Militaires, et par conséquent aux Rois qui leur commaiident : Ne frappez qui que ce soit : Neminem concutiatis, 14. C'est-à-dire, en dernière analyse, montrez le glaive; mais, en général, ne l'appliquez point! 3" Et enfin aux Grands et aux Princes qui se perdent , et perdent les peuples par les festins, les bals, les fêtes, les soirées, les nuits du luxe et de la luxure , et les jours de toutes les sortes d'injustices et de maux. Toutes, dit saint Jean : Cùm corripereturHerodes abillo deHerodiadeuxorefratris sui,et de omnibus malis quœ fecit Herodes. 19.
IX\ Jean avait fait , durant les 30 années de sa vie cachée dans le monde; il faisait, pendant sa vie dans le désert ; il fit surtout à sa mort : c'est mieux que dire apparemment
X°. Et il portait, jusqu'à Vindignation, le zèle du Christ qui allait paraître ; le zèle, que nous dégradons, nous, jus-
qu'à la flatterie des peuples comme des rois . Il leur disait , et ils se croyaient : Races de vipères l
XP. Et , lorsque les Prêtres , les Evêques , et même les Papes de nos jours sont appelés dans leurs sacres, à vivre, et vivent en effet un si grand nombre d'années stériles : Multos annos , saint Jean vécut moins que tous les autres apôtres; et aussi peu d'années que le fit presque un siècle cet autre saint Jean qui avait été le plus jeune de tous les disciples. La plupart des Pères croient qu'il ne mit qu'un an , et d'autres moins , pour accomplir sa mission immense de Précurseur,
Xir. Et puis, comme il avait été le premier à vivre d'abstinences et de jeûnes convertissants , il fut le premier à mourir en martyr... des deux seuls grands crimes de la société (*) : la royauté et la voluptés
XIIF. En somme, et au milieu de tant de grandes choses, il passait le jour et la nuit à entendre les Confessions et à Baptiser
X1V°. Et, pour tant de missions divines. Jean, de sa naissance, on peut le dire, à sa mort; lorsque Jésus lui-même eut toujours Marie et Joseph, et le second saint Jean avec lui, le premier saint Jean ne fut secondé par personne, et fut toujours seul : car son père (**), tout prêtre qu'il était, commença par douter, Luc. 1, 18. Et à la fin, et dans sa passion, il parait , lui aussi, avoir été trahi: Traditus est Joannes, Marc. I, Mi.
Seul, et dans te désert, et selon le mot de Jésus sur lui, comme un roseau agité par ie vent : Arundinem vento agitatam. Matth. XI, 7.
Et, seul peut-être entre tous les grands hommes de Dieu, dans l'ancienne loi et dans la nouvelle, saint Jean-Baptiste n'a fait aucun miracte, ni même aucune prophétie ! Et c'est saint Jean l'Évangéliste qui nous l'apprend. Dieu avait suscité les Prêtres et les Lévites de Jérusalem pour lui demander le miraculeux et prodigieux Etie? et pour s'entendre répondre: Non sum; pour lui demander s'il était prophète? et s'entendre répondre encore : ISon, 1, 4 9-21 .
(*) L'un, représenté par unesorte de ^oi-antipape: Herode-Antipas ;V3LUîre, par deux femmes ou filles publiques : Hérodiade et Salomé; lesquelles lui percèrent, après sa mort, avec le poinçon de leurs cheveux , la langue qui avait nommé et béni Dieu à sa naissance : Et loquebaiur benedicens Deum^ Luc I, 64; Ma.tth. XIV; Marc. XVI; et qui venait de les faire rougir. Luc. III, 19, 20. La justice divine chargea Galigula de venger saint Jean-Baptiste , en détrônant Hérode et Hérodiade , qui.furent bannis à Lyon, et moururent quelques années après...
(**) La translation à la mère de saint Jean du droit de lui donner un nom , et surtout un autre nom que celui du père, est une dernière peine du doute de celui-ci. Luc. 59-63.
Zacharie.. ressuscité, donna à l'enfant Jean (on âiiiV Enfc^ntJésui) le nom spécial de Prophète du Très- Haut : Pro/7/jefa Altissimi,
Ï)AÎVS LE LIËU SAICT. T5
C'est que les miracles visibles de la nature étant trop petits pour Jean, il s'élevait, comme Dieu le Père lui-même, grâce au Fils de Dieu, aux seuls grands miracles, les invisibles : c'est-à-dire les conversions des corps et des esprits par celle des cœurs! Il et les conversions des autres^ par la sienne.
« Je vous le dis en vérité, dit Jésus à tout le peuple, Jean est plus qu'un prophète: Et plus qiiàmproplietam. Matth.XI, 9.»
C'est qu'il était à la fois une lumière ardente et luisante, c'est-à-dire embrasant les cœurs et illuminant les esprits : ILle erut iucerna ardens, et lucens. Jean. V, 35.
C'est que Jean faisait, en tout, le contraire de tous les Pharisiens et de tous les Grands-Prêtres anciens, de tous les Prêtres et de tous les Papes-rois modernes.
C'est qu'en un mot saint Jean savait prier, s'assujettir, s'abstenir, être pauvre, jusqu'à la nudité dans son vêtement, et pauvre jusqu'à la faim dans sa nourriture. — C'est qu'il n'était que l'homme qui se mettait le plus au-dessous de tous les autres, et portait la pauvreté jusqu'à Tabstinence perpétuelle, et la jusqu'à la passion du Sauveur avant le Sauveur.
—C'est que, le premier, entre tous les hommes, il a prêché et pratiqué la maxime que le Royaume des cieux, à la différence de celui de la terre, ne peut être obtenu qu'au prix du sacrifice, même delà vie. Matth.XI, 4 2.
Cest que l'homme de Dieu, l'homme Dieu... . le plus près de Dieu qu'il y eut jamais eu au monde, ne fut que celui qui s'humilia le plus devant son semblable ; plus peutêtre, et dans un sens, que devant Dieu lui-même, selon le mot de son homonyme (... P* Jean, IV, 20) : c Je ne suis pas digne seulement de délier les cordons de ses souliers. » Matth. III, 4 0. Marc, 1,7. Luc, III, 16. Jean, I, 27. Et quand les Pharisiens orgueilleux, après avoir épuisé leurs questions ad hominern pour mettre Jean en défaut, finissent par lui demander ce qu'il est: Quis es ? Il leur fait cette réponse inattendue, et mille fois sublime à force d'humihté: Aît:Egovox; et, ce qui est encore plus humble : Vox clamantis in deserto. 1, 23.
Mais c'était la voix appelée, comme le prophète Zacharie a dit, à donner aux peuples la science du salut: Et tu puer, propheta Altissimi vocaberis.... ; addandam scientiam salutis plebi ejus,
Quel prêtre, quel Evèque, quel Pape surtout, oserait dire^ aujourd'hui, et penser que Dieu le recevra à dire un jour, et diU gTdinà jour : Je ne puis? *
Le Sauveur choisit ses apôtres et ses disciples, comme il avait voulu et suscitèson précurseur, dans les plus pauvres, et même dans les plus susceptibles de s'appauvrir encore. Les apôtres, qui n'avaient guère que des à eux, les laissèrent au premier mot du maître de la pauvreté I Relictis omnîbîis^ secuti sunt eum. Luc, V.