‹ La Grande apostasieChapitre 13 sur 34 · DÉMONSTRATION PAR SAINT PIERRE. SAINT PAUL ET TOUS LES PREMIERS EAPES · texte numérisé non relu

DÉMONSTRATION PAR SAINT PIERRE. SAINT PAUL ET TOUS LES PREMIERS EAPES

Saint Pierre et saint Paul, ies premiers Apôtres, et les quatre Évangélistes du Christ, né, vivant et mourant pauvre et sujet de tout le monde, ne furent que les premiers à rappeler, à constater , à continuer sa pauvreté et sa sujétion universelles. Et, lorsque tous les deux, à Tenvi, semblent n'avoir écrit ou agi que pour former le prêtre, l'Évèque, et surtout le Pape, afin de former par lui tout le monde, ne serait-ce point par le devoir de la pauvreté, et de \d, sujétion, comme les plus difficiles et les plus nécessaires, qu'ils auraient songé à le faire ?

Et d'abord dans la \ Epître de saint Paul aux Romains. Ses douze premiers chapitres n'ont pour objet que les 13,1 4^ et 15«, si impérativement prescriptifs du devoir de soumission aux pjiissances. Ce n'était guère se supposer puissances soi-même, ni saint Pierre, ni saint Paul ; ni les Prêtres, leurs contemporains ; ni les Papes, leurs successeurs.

De même, dans la -î" Epître aux Corinthiens, on dirait encore que saint Paul n'a écrit les douze premiers chapitres que pour démontrer les trois suivants, sur la dilection, qui n'a rien à soi : Non quœrit quâe sua sunt ; et le dernier, sur l'emploi, la consécration de chaque dimanche à faire, dans chaque maison, une bonne part aux pauvres même les plus éloignés. XVI. -^-4. — Le 8^ et 9^ chapitre de la seconde Epître aux Corinthiens, c'est-à-dire aux Prêtres, qu'il appelle apôtres mêmes de Corinthe {Fratresnostri Apostoli ecciesiarum. 23) sont un admirable traité de l'appauvrissement volontaire, où il appelle la charité à rétablir \ égalité : Ut abundantia vestrae inopise sit supplementum, ut fiât œqualitas. VIII, 14.; — et à rendre riche par l'appauvrissement, comme avait fait pour eux Jésus-Christ lui-même : Cùm esset dives, ut illius inopià vos divitesessetis. 9.

Et il dit à ses chers Corinthiens en finissant : Je vais aller vous voir pour la troisième fois, et ce sera sans vous être à charge : car ce n'est point vos biens mais vous que je cherche : Et noi|

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ero gravis vobis. Non enim quaero quœ vestra svnt, sed vos. XII,

C'est aux Saints, I, i , et par conséquent toujours aux Apôtres d'Épkèse, que saintPaul dit : qneVavai^e, qui est un impie, n'aura point de part dans le royaume de Dieu. V, 5.

C'est encore au^ Saints, aux Evêques et Diacres {Episcopis, etc.) de Philippes, que saint Paul prescrit, avec une expression magnifique, de n'être maîtres et supérieurs qu'en humilité : In humilitate superiores. II, 3.

C'est encore mieux aux Prêtres, et à l'Évêque de Thessalonique, car c'est à l'Eglise de ce nom, Ecclesiœ Thessalonicensium. I, 1, que saint Paul rappelle l'obligation de ^?m'rti//er des bras : et operemini manibus vestris: et cela pour ne pas scandaliser le monde, et ne rien désirer du bien d'autrui : Ut honestê ambuletis ad eos qui foris sunt; et nidlius alicjuid desideretis. IV, 11.

Lorsque saint Paul écrit à tel ou tel Evêque, c'est-à-dire à tous les Evêques et à tous les Papes futurs, il est, s'il est possible, encore plus formel, plus impératif : « IL FAUT , dit-il à son cher Timothée, il faut que l'Évêque soit irrépréhensible : Oportet ergô Episcopum irreprehensibilem.lW, 2. Il faut qu'il se concilie le bon témoignage des hommes du dehors, afin de ne pas tomber dans la flétrissure : » Oportet autem illum et testimonium habere bonum ab iis qui foris sunt , ut non in opprobrium incidat, et in laqueum di aboli. 7.

Et le seul moyen sûr d'être irrépréhensible, saint Paul ie dit et le redit à satiété, à Timothée, et comme conclusion de toute VEpitre, dans son dernier chapitre tout entier. C'est, à la fois, la sujétion à toutes les sortes de maîtres, portée jusqu'à toutes les sortes d'honneur : Quicumque sunt sub jugo servi, dominos suos omni honore dignos arbitrentur, nè nomen Domini et doctrina blaspliemetur. YI, 1 ; et la pauvreté : car le simple désir de l'argent, est la racine de tous les maux : ...Radix enim omnium malorum est cupiditcis. \ 0. Et si quelqu'un enseigne autre chose, et regarde la religion comme un moyen de s'enrichir, c'est un superbe : Si quis aliter docet...'.. superbus est. 4. Il faut se défier des corrupteurs qui laissent croire que la religion est un moyen de vivre comme un autre : Existimantium quaestum esse pietatem. 5.

A son cher Tite, qu'il avait institué évêque de Crète , saint Paul dit aussi bien l'obligation d'être irréprochable , et par la même raison : « Montrez-vous , en toute chose, et à tous, l'exemple, dans vos œuvres, dans vos doctrines, dans votre intégrité; que votre façon de parler soit sainte, et tellement irrépréhensible, que vos adversaires surtout soient dans l'impuissance de dire du mal de Nous, (Admirez la puissance du mot ! Saint Paul ne dit pas seulement à son Correspon-

dant : de vous) An omnibus teipsum praebe exemplum bonorum operum, in doctrinâ, in integritate, in gravitate \ ~verbumsanum, IrreprehensibUe : ut is qui ex ad verso est, vereatur, Nihil habens malum dicere de Nobis, » Et saint Paul dit également à Tite comme à Timothée les grands moyens d'être impréhensible : la sujétion et la pauvreté : « Choisissez pour être Evêque celui qui sera Yirré'prochabie dispensateur et économe de Dieu : OportetEpiscopum... sicut Dei dispensatorem ; qu'il ne soit ni superbe^ ni attaché au gain : Non superbum, non turpis lucri cupidum. I, 7. Afin qu'il soit tout-puissant k convaincre de la foi ceux qui en doutent : Vt Potens sit exhortari , et eos qui contradicunt arguere. 9.

Dans son Epître aux Hébreux, saint Paul, en cette matière, est encore plus beau; et c'est, à la lettre, son dernier mot, comme celui qu'il faudrait le plus retenir : « Que votre vie soit exempte d'avarice; soyez (c'est-à-dire enchantés)

de ce que vous avez en ce moment (c'est-à-dire en tout temps). Car c'est Dieu lui-même qui vous a dit: Je ne vous oublierai pas : Sint mores sine avaritiâ, contenti pr'œsentibus, îpse enim dixit : Non te deseram. XIII, 5.

Et ne serait-ce point du péché de la violation du devoir de pauvreté et de sujétion et du crime, il faut le dire, de lapropriété et de la i^oyauté, que saint Paul, dont la plus grande mission était de constituer la Théologie, aurait dit à tous les Papes propinétaires et Rois futurs, qu'ils étaient la nouvelle et la pire façon de déicide?... Etprolapsi sunt..., rursùm crucifigentes Filium Dei. Hebr. VI, 6... Si l'on doutait que ce fût des prêtres principalement qu'il est parlé , il ne faudrait que remonter aux versets précédents^ où ils sont clairement nommés participants du Saint-Esprit : Et participes Spiritûs sancti.

Saint Paul dit aussi bien au prêtre le moyen de ne rien demander à qui que ce soit que son devoir : Travaillez de vos mains : Et operemini manibus vestris. — C'est même le secret de la justesse et de la supériorité de votre esprit : ut quieti sitis, I Thess. IV, 14.

Et ce que le grand Apôtre demandait aux petits, il commençait par l'accomplir.

Lorsqu' aujourd'hui le mieux que le prêtre trouve à faire pour exercer ses organes au service de son intelligence, c'est la grammaire et la rhétorique Virgile ou de Cicéron (quand ce n'est pas lej^w pour la bourse oula^^to^^ pour la table), saint Paul faisaitdes tentes àl'usage de tout le monde (Act.XVIII, 3.) Et il le répète à Tinfini, et il s'en glorifie, mieux peut-être que d'une Epître , et dans les Actes, XX, 33-35 (et encore II Go- BîNTH. XI, 9-41; XII, 43; I Thess. II, 9; II Thess. III, 8); et presque comme de ses couver sion$ qu'il faisait;, à leur faveur, à QiOY\\\i\iQ \ Operabatur et disputabat*

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Et, pour cela sans doute, il travaillait même jour et nuit, \ Thess. II, 9.

Saint Pierre , qui est aussi bien le premier des Evangélistes que le premier des Apôtres, et qui a écrit de Rome (qu'il appelle Babylone, et pour cause. V, 13, etc. ) , et même de sa prison de Rome, et pour cause, deux Epitres qui sont, on peutle dire, le chef-d'œuvre de V Evangile et des Actes^ semble ne les avoir écrites que pour expliquer et comaiander la sujétion et surtout la pauvreté à tous ses successeurs, encore plus apparemment qu'aux simples fidèles. Dans la première, en effet, il leur dit, avant tout, et impérativement : Soyez donc soumis, \:)o\iy l'amour de Dieu, à toutes les sortes de personnes, d'abord aux Rois, comme souverains, etc. (Ce n'était guère dire aux apôtres d'être rois!): Subjecti Igitur estote omni creaturse ; sive Régi, sive ducibus, etc. II, 13. Et la raison que saint Pierre donne est toujours le moyen d'être irrépréhensible : « Car la volonté de Dieu, selon la traduction infidèle de M. l'abbé de Genoude, est que, par votre bonne vie, vous fermiez la bouche aux hommes ignorants et insensés (c'est imprudents qu'il fallait dire) : Quia sic est voluntas Dei, ut benefacientes obmutescere faciatis imprudentium hominum ignorantiam. « Qm' aucun de vous ne souffre... comme un homme qui désire le bien des autres : alienorum appetitor ; mais seulement comme chrétien, qu'il n'en ait point de honte, et qu'au contraire il en glorifie Dieu : Ut christianus non erubescat, IV, i 6 . » Et c'est bien aux disciples et aux prêtres que saint Pierre parle, car il ajoute immédiatement : c'est le temps auquel Dieu doit commencer son jugement par sa propre maison, et PAR NOUS : Quoniam tempus est, ut incipiat judicium à domo Dei. 17. «Voici donc la prière que je fais aux ariciens qui sont parmi vous, moi qui suis ancien comme eux : Paissez le troupeau qui vovis est confié , non par un honteux désir du gain^ mais par une charité désintéressée ; non en dominant, mais en vous rendant des modèles du troupeau. Et lorsque le Prince des Pasteurs paraîtra, vous remporterez une couronne de gloire, qui ne se

flétrira jamais, celle-là : Seniores ergo Pascite qui in vobis

est gregem Dei; neque turpislucri gratiâ, sed voluntariè. Et cùm apparuerit princeps Pastorum, etc. V, 1-4.

Saint Pierre est encore plus formel, s'il est possible, dans sa dernière Epître que dans la première. Et c'est son testament à lui. Et c'est bien aux prêtres qu'il parle toujours : «Il y aura parmi vous de faux docteurs qui renonceront le Seigneur, et seront la cause qu'on blasphémera la voie de la vérité. Leur avarice, en vous séduisant par des discours artificieux, fei^a de vos âmes mie espèce de trafic; mais leur jugement s'avance à grands pas, et la main qui les perdra n'est pas endormie : Et in avaritiâ fictis verbis de vobis negotiabuntur. .. Et neHi-.

tio eorum non dormitat. II. 1-3. Et saint Pierre répète encore à la fin du même chapitre : « Ils ont au cœur tous les secrets de la cupidité : Cor exercitalum avaritiâ habentes. 4 4. »

Saint Pierre, en son action apostolique, encore mieux qu'en ses paroles, semble n'avoir qu'une idée fixe : celle de l'argent, comme la première et la seule cause des malheurs de l'Apostolat et de l'Eglise. Son premier acte devant être le remplacement de Judas , son premier mot n'est pas contre Judas, mais contre le désir de quelques pièces de monnaie qui le perdit : « Il était des nôtres, et voilà pourtant qu'il pensait acheter un champ du prix de son iniquité : Qui connumeratus erat in nobis, et hic quidem possedit agrum de mercede iniquitatis. AcT. 1, 17,18.

Puis vient le fait du premier des nouveaux prêtres (Joseph, surnommé... Barnabé) qui possédât un champ (un seulT agrum ) , et qui le vendit pour en apporter le prix et le déposer aux pieds des apôtres, comme en signe de leur mépris même pour l'argent leur venant à l'usage des besoins de tous : Et posuitpretium ante pedes apostolorum. Act. IV, 37.

Et, immédiatement après, le fait des époux Ananie et Saphii e, communs en demi-vertus, comme en biens, lesquels n'ayant non plus qu'im champ , l'avaient vendu pour leur foi au christianisme, mais n'en déclarèrent pas le prix entier; et que leur simple mensonge, causé par leur seul intérêt (que nos prêtres trouveraient aujourd'hui si généreux) fit frapper de mort, non par saint Pierre, mais par Dieu lui-même. V, 5.

Un autre Acte de saint Pierre est encore mieux, |et plus énergiquement, et plus exemplairement, exclusif de toute espèce de bénéfice : car il n'excepte pas même Voffre spontanée qui lui est faite à' argent, dans les jours où l'un des apôtres lui-même avait livré son Dieu pour en recevoir ! L'histoire de Simon et'de la Simonie, au chapitre VIII des Actes nous a toujours semblé avoir besoin d'une explication ; et tel docteur de l'Église n'a point hésité à la donner avant nous.

Il est écrit de Simon, qu'à la prédication et aux miracles de Phihppe à Samarie,i7m^?, et qu'il fut même émerveillé : Tune Simon et ipsecredidit. Vidons signa et virtutesmaximas fieri, stupens admirabatur ; que voyant Pierre donner le Saint-Esprit par l'imposition des mains des apôtres, il leur offrit de C argent : Obtulit eis pecuniam ; en leur disant : Date et mihi ; que Pierre lui répondit : « Parce que vous avez pensé que le don de Dieu pouvait être possédé avec de l'argent : Pecunia tua tecumsit in perditionem. » Mais où a-t-on vu là la condamnation , et surtout la damnation de Simon? Il n'y a guère que celle de son argent : Que l'argent que vous avez vous soit perdu ! Si Simon-Pierre avait cru le Simon-Mage si coupable, il n'eût pas seulement dit, comme il a fait : P Votre cœur

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n'est pas droit devant Dieu : Cor tuum non est rectum coram Deo ; IP Faites pénitence de votre iniquité, etc. : Pœnitentiam ageab hâc nequitiâ. Et Simon n'eût pas aussitôt répondu à Pierre, comme il a fait : « Priez Dieu pour moi que rien ne m'arrive pour ce que vous avez dit : Precamini vos pro me ad Dominum, etc.

Et puis entendez, s'il le faut, sur le fait et le droit delà pauvreté des apôtres (*) , leur plus admirable juge,., saint Jean Chrysostôme : car on a fait avec ses œuvres, un opuscule intitulé : Règles de pauvreté pour les Prêtres : « Mépriser les richesses et la gloire de ce monde. Saint Chrysostôme se surpasse lui-même en ce sujet; car il fait voir démonstrativement que les apôtres, mais surtout saint Paul, ont converti tout le monde par le mépris qu'ils ont fait de toutes les richesses et de toute la gloire de ce siècle; qu'il est admirable dansl'/Zoméliehn, sur saint Matthieu ! Qui est-ce qui a rendu les apôtres si grands et si considérables, voulez-vous le savoir? Verus ac non simulatus gloriae atque pecuniœ contemptus et quoniam nullam harum seecularium rerum curam habebant. Il ajoute

(*) Nous ne voudrions , non plus, que les plus secrets et les plus populaires apanages de saint Pierre et de ses successeurs les plus Rois , pour faire voir leurs devoirs de 5u;V<ion. , et surtout de jyau?^re/e' : — le Bâton de voyageur eu disant et faisant le bien, exclusif, nous ne dirons pas de la propriété^ mais simplement de la possession^ de Vhabitation, et de la maison à demeure (Saint Paul pour vivre et dans la même vue, travaillait, faisait des tentes. Act. XVllI, 3 (*), et même de la voiïure privée ou publique, pour aller; — la Houlette du pasteurde brebis, exclusive du sceptre du. roi , et de Vépée du général ; — la Barque du petit pêcheur pauvre, qui vit au jour le jour du poisson qui ne coûte rien à personne ; — la répudiation du nom de famille , Bar-jonas , exclusif de l'esprit égoïste de patrimoine et de parenté ; — la prise du nom âeFetrus et de Pierre, ce qu'il y a déplus bas, de plus caché, et de plus foulé aux pieds au monde, exclusif des noms pompeux du monde; — l'annonce et la promesse que cette /'/erre serait celle de VJlngle sur laquelle serait fondée l'Eglise^ contre laquelle Xqs portes de l enfer ne prévaudront jamais; — la Pierre sur laquelle l'Eglise sera fondée, indicative encore mieux àusiipport le plus rude, et le plus douloureux ; et de la responsabilité la plus terrible, que de l'indépendance de la terre et du monde, et de la force de Pierre le premier de tousles apôtres, de tous les Papes , de tous les Evêques; — les deux Clefs , autre expression de la place du premier et du type de tous les papes au plus petit de tousles postes, et delà fonction la plus exposée de la maison de la terre : la Porie / et peut-être de la plus humble (assez grande..) de la Maison du Ciel. Et pour cela peut-être le Sauveur dit à ses disciples : « Faites-vous des amis de votre Mammone (toujours d' iniquité) ^ difin qu'à la mort les pauvres vous ouvrent les tabernacles éternels. Lue. XVI, 10.

Le nom à! Apôtre: a-posi-olus, inconnu toutà fait dans l'ancienne loi, et qui ne date que de l'Evangile, expressif à la fois: l'a, de la privation ; le post, <Je l'infériorité; Volus, même de Yhuile sacramentelle de la douceur et delà force.

L'Apôtre unique ^ expressif de la suffisance d'un homme pour sauver tous les autres; et les douze ensemble exclusivement , expressifs delà supériorité de tous lespetits nombres sur tous les grands nombres.

(*) iSimoM.Pierre lui-même, pèlerin, avait choisi pour son hôte à Joppé ua Simon, surnoaiaié l*- Corroyeur, daa» la même idée peut-être de glorihcaiiea du pèlerinage.

que si les apôtres avaient été sujets aux mêmes passions que nous, ils n'auraient converti personne ; mais on les aurait pris pour des séducteurs. Que cela est bien dit, et que cela est véritable ! En voici la raison. Les Apôtres portaient par tout le monde un Evangile qui apprend aux hommes le mépris qu'ils doivent faire des richesses et de l'honneur de cette vie, et qui les assurait des richesses et d'une gloire éternelle. Ils avaient en même temps à combattre deux idolâtries (aujourd'hui, ce sont toutes les idolâtries à la fois !) celle de l'esprit et celle du cœur : celle de l'esprit, croire que la divinité est dans du bois, dans de la pierre, dans le soleil , dans les animaux; et celle du cœur qui est l'amour de l'argent. Avec quel front, dit saint Chrysostôme, auraient-ils osé parler contre ces deux sortes d'idolâtries? S'ils avaient été eux-mêmes idolâtres de l'or et de l'argent, on les aurait chassés avec justice comme des séducteurs, qui faisaient des choses extraordinaires, et qui prêchaient une doctrine nouvelle pour séduire ceux qui les écoutaient. Plusieurs, dit ce saint, ont fait des miracles, et n'ont converti personne, au contraire on les a chassés des villes , parce qu'ils aiment l'argent et la gloire.

« Je ne m'étonne pas si saint Paul, faisant l'énumération des péchés dans lesquels les hommes peuvent tomber, ou sont tombés avant leur conversion, ne parle jamais de l'avarice qu'en ajoutant, qiielle est une idolâtiHe. Il ne dit point cela des autres péchés; c'est que l'amour des richesses est une passion si puissante, qu'elle fait sacrifier tout pour avoir du bien : Amori pecunise, vilis est omnis affectus. Voyez Judas, trois années d'instruction de Jésus-Christ, accompagnées de tant de miracles, n'ont point gagné ce cœur avare. Voyez les soldats qui gardaient le sépulcre de nôtre Seigneur Jésus- Christ, ils furent tellement effrayés du miracle de sa résurrection, qu'ils étaient comme morts ; ils ne pouvaient douter de ce miracle, ils l'avaient vu, cependant ils viennent dire aux Princes des Prêtres tout ce qui s'était passé, et ils reçurent d'eux une grande somme d'argent pour publier partout que ses disciples étaient venus dérober son corps, lorsqu'ils dormaient. Avaritiâ quse captivavit discipulum comitem Christi, captivavit militem custodem sepulcri.

« Saint Chrisostôme ne peut s'arrêter en ce sujet : saint Jean- Baptiste, ajoute-t-il encore, qui a instruit tant de peuples et tant de villes, a-t-il fait aucun miracle ? Job a été admiré du démon, non par les miracles, mais par sa patience de fer et de bronze. Les miracles tous seuls sont dangereux, parce qu'ils rendent une âme superbe. Les Corinthiens ont fait schisme entre eux, à cause des miracles que faisaient plusieurs disciples de Jésus-Christ, chacun se glorifiant de celui qui l'avait instruit^ et le préférant aux autres et ces disciples

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amassaient les uns de l'argent par les miracles, les autres de la gloire. Iln'y.a que la bonne vie et l'amour de la piété, qui surmonte ces passions ; c'est par cette bonne vie que les apôtres ont gagné tout le monde. Un curé qui aime les richesses et la gloire, ne fait aucun bien : r C'est un lâche, qui par la crainte de perdre ou de diminuer son revenu, n'oserait dire la vérité ; 2** il ne fait point d'aumônes, ou peu ; 3° que de complaisances avec les riches et avec les personnes de condition, desquels il espère de bonnes offrandes 4° Si un curé aime les richesses et la gloire de ce monde, co/nment éclairera-t-il les infidèles, dont le dieu de ce siècle a aveuglé les esprits, afin qu'ils ne soient point éclairés parles lumières de TEvangile Quel est le dieu de ce siècle, sinon l'amour de l'argent ; c'est le dieu de notre temps, qui crève les yeux à la plupart des Chrétiens qui n'aiment que l'argent, qui ne parlent que d'argent, qui n'estiment heureux que ceux qui ont beaucoup d'argent et de grands revenus : voilà le Dieu des Chrétiens.

« Ilest rapporté dans l'Histoire des Indes et du Pérou, qu'un des habitants de ce pays disait et criait aux autres en leur montrant un lingot d'or : Voilà le Dieu des Chrétiens. Il ne faut que lire la vie de saint Brunon, pour voir les désordres de la vie de Manasses, archevêque de Reims, ce qui donna sujet à la conversion de ce grand serviteur de Dieu, aussi bien que le fait d'un chanoine de Paris qui ressuscita pour dire qu'il était damné. »

Mais il est ici un argument péremptoire contre les prétendus canonistes seulement, qui rejettent l'exemple de saint Pierre, par là même qu'il est le premier apôtre.

Les premiers successeurs proprement dits de saint Pierre (quatre furent ses disciples personnels ) , les meilleurs juges delà nature, de l'objet, et delà morale du Christianisme et de l'Apostolat, n'enseignèrent et ne pratiquèrent pas une autre

morale que la pauvreté et l'obéisscince Ils ne firent, en

effet, que les confirmer. A ce point que les cinquante premiers Papes , jusqu'à Symmaque exclusivement , lesquels remplissent la période juste de cinq cents ans , poytèrent la pauvreté jusqu'à la sainteté, et la grande majorité jusqu'au martyre 1

Pour soutenir kxthèse de la légitimité, et surtout celle de la nécessité, d'un domaine temporel, et surtout d'une royauté de ce genre dans TEglise romaine , il faudrait aller jusqu'à prétendre, contre toute logique, que les mœurs ne sont plus humaines; que le cœur humain lui-même n'est plus le même; que la vérité du bonheur dans la médiocrité ou l'obéissance, et du malheur dans la propriété est superflue, et surtout dans la royauté est une erreur ; que la plus petite t?rc)pneY€ n'est plus un désir, en attendant une ambition, et

à la fin un vol de la plus grande ; que les temps, les hommes et les peuples sont devenus meilleurs, lorsqu'ils sont plus corrompus que jamais; et qu'en définitive le Pape-Roi est devenu un Pape-Dieu...., lorsque VHistoii^e ecclésiastique universelle démontre que la grande majorité des Papes-Rois, et surtout les Papes-Rois de Rois, ont cessé dètre chrétiens!

Plus que jamais, au contraire, et précisément à cause des déviations des Papes et des évêques, les peuples ont besoin d'exemples, et non de leçons, pour se sauver de la cupidité et de l'ambition ; et ils sont en droit de dire de leur or comme de leurs larmes, aux pasteurs :

Pour m'arraclier des larme^j il faut que vous pleuriez.

Il faudrait nier les grandes paroles de Jésus, de VEcclésîastique, et du grand Bellarmin, le plus célèbre des jésuites^ et même des cardinaux ; ces grandes et éternelles paroles expressives , démon strati ves de V autorité et de la responsabili té de l'exemple : « Il est notoire et célébré dans toutes les opinions, que c'est le Roi d'une cité qui fait ce qu'ils senties habitants de la cité : Notum est omnium ore celebratum Ecclesiastici :

Qualis rector est civitatis, taies et habitantes in eâ Et Deus

per Ezechielem de sacerdotibus dicit : A sanctuario meo inciyite. De gémit. Columbœ. »

Il faudrait nier ces éclatantes, ces irrécusables, ces terribles paroles , incessantes dans la dernière , et la plus belle de toutes les prophéties, celle de saint Jean, d'un Roi ou plutôt d'une Reine, disant, d'elle-même: Sedeo r^egina; et dont l'Esprit- Saint dit toutes choses qui ne sauraient s'appliquer hautementet largement qu'à Rome, Reine, Reine des Rois et même Roi des Rois, s'il en fut jamais: qu'elle fornique avec les Rois de la terre, tous les Rois de la terre, toutes les nations.

XVIII, 3, 23, etc. ; et même toute la terre: Corrwpit terram.

XIX, 2; — et d'une grande cité qui règne sur les Rois de la terre: Et mulier, quam vidisti, est civitas magna, quœ habet rcgnum super reges terrœ. XVII, 18.

Il faudrait nier l'Evangile encore mieux que l'Apocalypse, et aller jusqu'à dire que l'Evangile n'était que pour un temps : ce qui serait l'équivalent de nier l'Evangile ; que les Apôtres , que le Sauveur lui-même se sont trompés; .. que le Fils de Dieu a eu tort de venir sur la terre; que ce n'est plus avec les hommes les plus ignobles et les plus méprisés (saint Paul les appelle, et lui-même : les donnés en spectacle au monde : Spectaculum facti mundo. I Corinth. IV, 9.) que Dieu veut conduire les plus grands hommes et accomplir les plus grandes choses. (I Corinth. I , 26, 28.) : ce qui serait nier \ Imitation de Jésus- Christ; ce qui serait, au fond, nier Jésus-Christ lui-même ; et

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l'Eglise toute entière avec lui , l'Eglise destinée à être tour à tour souffrante, militante et triomphante*

Il faudrait nier.... Dieu, dont la bonté est encore plus grande que notre malice , et qui , loin d'avoir diminué ses grâces , les a augmentées , pour les derniers temps ; qui nous a dit, de toutes les façons, que les derniers hommes seront pour lui les premiers : Eruntnovissimiprimî; et qui va jusqu'à se prier lui-même pour eux (et pour les Apôtres encore mieux que les fidèles ; et saint Paul, pour cela peut-être, a été chargé de le dire aux Romains, VIII, 26) et se prier par d'inénarrables gémissements : îpse Spîritus postulat pro nobis gemitibus ine" nari^abilibus.

Il faudrait enfin prétendre (et cela nous paraît la raison la plus forte peut-être, mais ce n'est pas la Papauté qui la donnerait, ou qui l'aurait) que les hommes et les peuples, qui semblaient devoir, rebelles à toutes les grâces, se montrer de plus en plus avides de propriété, de richesses, de pouvoir, de despotisme, se trouveraient tout à coup des anges de modération et d'humilité, en regard des Pharisiens nouveaux; et qu'au heu d'avoir besoin de Papes, de Cardinaux, de Jésuites, d'Evèques et de Curés pour leur enseigner et leur montrer la pauvreté et l'obéissance, ils auraient eux-mêmes, par une révolution véritable, la mission de se suffire à eux-mêmes, et qui sait? défaire honte à la majorité de leurs maîtres !

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