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DEMONSTRATION PAR LES OBJECTIONS ET LES SOPHISMES

Toutes les objections qu'on fait au devoir, au dogme de la sujétion et delà pauvreté du Pape ne font que les démontrer mieux. On peut les considérer en effet comme les premiers sophismes ou les premiers péchés de la. Royauté en question-

L'objection de Fimpossibilité de remplir le ministère pastoral sans un pouvoir temporel est moins sérieuse. C'est la plus forte de toutes en apparence, et en ré alité la plus absurde. Car, d'abord, la propriété même n'implique pas nécessairement la souveraineté; et le Pape peut très -bien se concevoir à Rome ou ailleurs, comme l'Evêque en un diocèse dans la condition d'un citoyen.

Et puis, l'existence, et les facultés, et les libertés pastorales d'un Pape se conçoivent, encore mieux que celles du plus simple curé, sans propriété territoriale ou dotation annuelle aucune : car , à vrai dire , à la différence du dernier vicaire du dernier village, le Pape n'existant que pour faire, ou seulement pour constater un Evêque, appelé lui-même à susciter et à faire un curé , n'a besoin, pour remplir supérieurement sa mission immense et fondamentale , que d'être... matériellement, à sa place, au centre de toutes les autres, comme la pierre ou la clé de la voûte de la maison la plus simple.

Si donc, entre les quatre millions environ de prêtres catholiques qu'il y a dans la chrétienté, il y en avait un qui dût n'avoir pas un denier, et qui dût dépendre du premier venu, ec serait le Pape. Et c'est la raison secrète et éclatantie à la fois

Verha malitiœ ad excusandas exciisationes m peccatis.

(Paroles du Prêtre à la Messe.)

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de la pauvreté à\\ denier unique de Saint-Pierre; des 30 deniers de Judas ; et de la richesse de Joseph d'Arimathie 1

Pour nier la possibilité, etmèmela facilité d'action à lapapauté sujette, et même pauvre, il faudrait nier les plus grands maîtres de la philosophie, de la science, de l'art; ceux qui ont eu le plus de disciples, qui ont appelé et vu venir à eux les foules, et même les peuples: depuis Homère et Pythagore, Socrate et Epictète; Fabricius et Gincinnatus ; le Dante et Pétrarque; Michel-Ange et Raphaël ; Christophe Colomb et Galilée ; le Tasse et Milton; Pierre Corneille et Jean-Jacques Rousseau. Lesquels vécurent et même moururent presque tous ignobles, pauvres^ fugitifs, souffrants, malheureux et immortels.

Il faudrait nier les propagateurs des plus grandes hérésies, et des hérésies les plus universelles, qui naquirent, ou qui furent, encore mieux, obscurs, pauvres, et même esclaves : Manès, Arius, Mahomet, Luther, Calvin, Socin. Et les propagateurs de la philosophie, plus désolante encore que la réforme ; du romantisme et d\x feuilletonisme , pires que la philosophie, lesquels, nés et vivant pauvres la plupart, eurent presque tous l'art de vendre, des prix fous, leurs doctrines les plus creuses, ou les plus grossières imaginations : Voltaire et d'Alembert(né le plus abandonné, enfant trouvé dans la rue, il mourut riche) ; Mirabeau et Beaumarchais; et, de nos jours, Chateaubriand et Lamartine ; Hugo etGirardin; Lamennais et Proudhon.

Si l'on objectait que les faux prophètes ont sur les vrais l'avantage de parler aux passions, on n'objecterait qu'une calomnie historique : car on sait, on a remarqué, au contraire, que les hérétiques de toutes les époques, étant ou se disant Réformateurs^ sont la plupart aussi austères que leurs adversaires semblent relâchés.

Il serait fort que la seule religion véritable ne soufifrît pas la concurrence de toutes les fausses ; et qu'avec le dogme et la foi de la couronne et de la toute-puissance même de Dieu contre l'erreur la plus grande, pour le premier prêtre qui la demande; qu'avec le matériel vivant d'un Pape, de 70 cardinaux, et de quatre millions d'ecclésiastiques (dont 36,000 à Rome), élevés ad hoc dans les précédents immenses et uniques de tout le Christianisme passé, et se continuant depuis 1800 années; et le personnel immortel de 300 pontifes (les 33 antipapes prouvent les 260 Papes proprement dits), représentants et maîtres, directs ou indirects, de toute l'E-"^ glise catholique , apostolique et romaine ; c'est-à-dire de i/iO millions d'hommes ou plutôt d'âmes, sur 7 à 800 millions existants (c'est le calcul de tout l'univers catholique, par MM. Malte-Brun et Balbi) ; tous instruits ad hoc, dès l'enfance, et toujours ; la plupart, habiles selon le monde ; tous confesseurs d'un très-grand nombre d'hommes, non moins habiles, et

la plupart riches, et un grand nombre princes ou rois ; et du plus grand nombre des femmes , si influentes sur tout ce qu'elles ne font point; et surtout des reines, plus puissantes que les rois,., il serait fort, disons-nous, qu'une telle puissance personnelle et réelle , eût encore besoin , pour triompher, de la misère de la Campagne romaine , et de la bassesse d'un chapitré du budget de Paris.

Aujourd'hui que l'or et l'orgueil sont plus que jamais tout, il suffît, pour ne pas écotiter seulement une doctrine ou un docteur, de les voir avec.

C'est assez, c'est trop enfin, qu'une puissance que ses adversaires les plus iniques et les plus calomniateurs peuvent attaquer, en l'appelant, comme feu Dupin « une Epée dont la pointe est partout et la poignée à Rome exclusivement 1 »

IL L'objection de la nécessité d'un grand nombre de prêtres ponr un

Cette objection, qui tient à la précédente, est déjà parfaitement réfutée avec elle.

i Et d'abord, s'il était vrai, ce que les plus habiles calculateurs philosophiques pensent , nonobstant des apparences ou des probabilités contraires, que la population, au lieu d'avoir constament augmenté, ait constamment diminué depuis le Christianisme !

S'il était vrai même que le Christianisme fût venu pour prévenir la population , à la différence du Judaïsme venu pour la produire!... Et, en effet, lorsque le premier mot de Dieu le Père par excellence , aux premiers hommes , avait été : « Croissez et multipliez : Crescite et inuUipticamini.» Gen. I, 22, etc., le premier mot du F^75 par excellence, aux nouveaux et derniers hommes [Et erunt novîssimi primi, Matth. XX, 16, etc.) a été, au contraire : Faites pénitence : Pœnitentiam agite, Matth. IV, 17. Et son premier et son dernier acte, une souffrance; son premier et son dernier caractère, la Virginité! — Lorsque le Fils de Dieu remonta au ciel , son dernier mot à ses Apôtres fut encore le contraire du Croissez de la Genèse: Enseignez: Euntes Docete omnes. Matth. XXVIII , 19.

II est remarquable à la fois que le premier Apôtre du Sauveur , qui devait le renier , était marié et père ; et que celui qu'il aima le plus, et dont il fut le plus aimé, était le plus jeune, et mourut, à près de 4 00 années, vierge.

Jésus et les douze venaient enfin, bien moins pour susciter des hommes, que pour en perfectionner ; et c'est la raison des

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trois personnes de la Trinité : le Créateur, le Sauveur, YEsprit-Saint,

. Etleplus(c'estmêmeleseul)théologien des apôtres, saintPaul, vierge lui-même, n'a fait son admirable traité du mariage (I CoRiNTH.VIetVII), et ne raadressé,et pour cause, aux Grecs les plus licencieux, les Corinthiens, qu afin démontrer à tous les hommes, et à toutes les femmes, que le mariage était, après le sacerdoce et la royauté, la première source, le premier séminaire, de tout le bien Cde plus en plus rare) et de tout le mal (de plus en plus grand) du monde : Seminarium omnium ho-norum atque malorum. — Le séminaire du bien, en ce qu'il est donné à la femme elle-même de sauver le mari, aussi bien qu'au mari de sauver la femme; et même à l'enfant de sauver le père et la mère : Undè scis, mulier, si virum saivum fa^ des? Aut undè scis, vir, si mulierem salvam faciès? YII. 16. Le séminaire du mal? en ce que la plupart des époux, mal assortis, ne se sont unis et ne se sont faits pères que pour eux.

Quoi qu'il en soit, si l'on veut, qu'est-ce au fond, et en vérité, que le nombre, pour combattre, même sur les champs de bataille?.... un obstacle, plus souvent qu'un moyen.

Nous l'avons démontré ailleurs, à sa place philosophique et historique, dans le Voile enfin levé sur le Sijstème universel du monde , tous les grands éléments, et tous les vraiment grands hommes du monde, tous les bienfaisants, à toutes les époques, sont uns et unis, — Et, par correspondance, ou plutôt par envie, par inimitié, par caricature^ mais aussi par suicide, tous les grands hommes faux, naturellement, intimement, doubles, multiples, et divisés, s'efforcent encore à être, ou à paraître uns.

Loi universelle du monde, plus une chose est élevée, et plus un homme lui suffît.

Dieu le Père , essentiellement un, a fait ou suscité, et surtout les premières personnes, celles qu'il destinait à préserver ou à réparer toutes les autres, il les a faites à son image, unes comme lui : unes, afin d'être plus imposantes à elles-mème et aux autres ; plus éprises de Dieu et des Hommes; plus responsables, plus originales, plus visibles, plus irrécusables. Depuis No'é et Abraham, Moïse et Josué, jusqu'à saint Joseph et saint Jean-Baptiste.

Judas Iscariote, par contre, était, lui aussi, unique. On peut s'élever plus haut, et dire que Dieu, qui a tout fait, toutes les choses et même toutes les âmes (c'est le sentiment de Leïbnitz) pour une seule àme, et par conséquent pour toutes , a dû vouloir, et qu'il a voulu qu'une seule, et par conséquent un petit nombre à sa suite, fût toute-puissante.

Dieu n'a dit que àhine voix, qu'il serait, à ses ordres : 06e-diente Domino voci liominis. Jos.X, lA-

Comme un petit nombre , dans la foi du Pape et du prêtre principalement, sera sauvé, un petit nombre, aussi apparemment (c'est à la fois, ici, la plus petite raison et la plus élevée) , doit suffire à être sauveur.

L'Homme-Dieu surtout fut l'Homme unique pàr excellence. Son Précurseur le fut comme lui. Comme il avait été seul avant le Sauveur, saint Pierre fut comme seul avec lui dumnt sa vie; saint Jean l'Évangéliste, seul à sa mort (les dix autres, tout fidèles qu'ils étaient, avaient fui j; et, pour cela sans doute, seul aussi après la mort de tous les apôtres auxquels il survécut.

Et tous les successeurs de saint Pierre furent uns comme il avait été. Et, dans leur grand nombre, un petit nombre a toujours existé pour prévenir ou réparer l'insuffisance ou le malheur du grand.

A cette autre loi, le dernier Pape, le Pape vivant, a toujours eu (quand il ne l'a pas répudiée) la mission d'être le plus unique pour être le plus sauveur.

Et il faut aller jusqu'à dire que tous les Évèques, tous les prêtres, et jusqu'à un certain point tous les fidèles, ont chacun le même ordre de privilèges; et qu'en temps et lieu, le plus humble de tous est appelé, grâce au plus grand, à faire office du plus grand !.,..

Et cela doit être en dî^oit, car il est en fait, P qu'un seul enfant gâté, avec un no7n, obtient, un beau jour de décembre 1848, six millions de voix (c'est-à-dire 30,000,000, si l'on eût laissé voter les femmes et les enfants). IF qu'un seul orgueilleux avec un poignard, ou seulement une mèche phosphorique, suffit , mieux qu'une grande armée, à remettre ou à mettre un royaume, et même une république , en question.

En tout cas, qui pourrait nier, ne pas voir, au siècle, aux jours où nous écrivons, la puissance, l'omnipotence d'un Pape, même lorsque, et parce qu'il se croit, et se prétend. Roi?

A ses yeux, et même aux yeux de l'immense majorité des populations des quatre parties du monde, lors même qu'il est personnellement vulgaire, il est le seul en possession des clefs réelles ou figurées du ciel et de la terre.

C'est à lui, avant tous les autres, ou à personne, que l'Esprit-Saint a dit, de toutes les façons, et sans fin : Vous aurez ma toute-puissance ; lorsque le fils de Dieu lui-même a voulu n'avoir, ici-bas , que la sienne : Qui crédit in me, opéra quae Ego facio. et ipse faciet, et MAJORA. Joan. XIV, 1 2.

C'est lui aussi, et exclusivement, qui, depuis quatre années, obtient tantôt les glorifications, et tantôt les abaissements (qui sont des glorifications encore) de tout l'Univers chré-

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tien, de tout l'Univers musulman, de tout l'Univers voltairien, et même de tout l'Univers juif.

Lui, et seul, qui, comme prêtre, est regardéet suivi parles prêtres de toutes les communions.

Lui, et seul, aussi, qui, comme roi, est regardé, suivi, soutenu, par tous les rois ; et parles majestés dissidentes, encore mieux peut-être que par les majestés catholicjttes.

Lui, et seul encore, qui est le point de mire de tous les républicains, de tous les socialistes, de tous les royalistes, de tous les indifférents mêmes, de tous les journaux, de toutes les chambres, de tous les clubs , de toutes les sociétés secrètes de la chrétienté.

Lui, et seul, toujours, que les derniers Romains, et les régicides nouveaux, aient visé, frappé, et atteint au cœur de Rossi, au lieu même où Brutus frappa le premier César.

Lui, enfin, et seul, sur toute la surface de la terre, qui soit d'autant plus Pape, qu'il est plus humilié ; d'autant plus Roi même, qu'il est plus fugitif; d'autant plus liomme^ d'autant plus grand, selon le monde nouveau, qu'il a, le premier, levé l'étendard du suffrage, et même de l'insurrection universels, en faveur, en réhabilitation des peuples ; et qu'il n'a semblé le baisser ou l'ensevelir que parce qu'il a manqué de liberté personnelle.

Triple grandeur, vraiment royale, vraie Tiare divine, synonyme de la Croix que la Providence a voulu élever, vivifier, Croiser, ou crucifier {Crux de Cruce) entre les mains de Pie IX!

Quoi qu'il en soit de ces considérations élevées , et des puissances surnaturelles de Pie IX,... et lorsqu'on voit seulement la faculté laissée par la Providence au dernier enfant venu de la ville éternelle de porter directement le fer là où le premier ne l'a porté qu'indirectement , comment pourrait-on se dissimuler la facilité que le Pontife, plus souverain que jamais , aurait, s'il voulait, s'il avait la foi, de purifier et de renouveler la terre?...

Il lui suffirait de faire de nécessité Vertu, et de dire personnellement , pour faire dire à tous les Cardinaux , et à tous les Evêques : « Je veux être le Premier Pauvre de Rome » . Car c'est alors qu'il pourrait s'écrier, avec le plus Romain des po'étes tragiques, et dans sa scène la plus romaine:

Je suis maître de moi comme de Tunivers: Je le suis, je veux l'être.. ,.

Gomment le Souverain Pontife ne serait-il pas Souveraui ?... L'E vêque de ville, le plus simple desservant de village l'est là, ou léserait, s'il voulait! Il y en a de rares exemples, c'est comme s'il y en avait des milliers. Et, pour peu qu'on y réfléchisse, on le conçoit. En effet, pour la mission du curé, une pa-

roisse de 1,000 âmes se réduit, tout de suite, à 100 au plus: les pères et mères de familles; ces 100 même, à iO notables; et souvent les 4 0 à 4 ; et les 4 à une.

Que le curé soit Prêtre^ c'est-à-dire , qu'il sache , à n'en pas douter, qu'il a charge ordinaire de ses 1,000 âmes; charge plus grande des 100; charge énorme des Zi , et de l'unique. Qu'il s'attache, qu'il se crucifie, on peut le dire, à l'étude de cette âme unique, dont les autres dépendent. Qu'il sache prier Dieu , qu'il la prie elle-même, pour elle. Et voilà sûrs le salut de tous et le sien.

En d'autres termes, ou mieux encore, car l'Esprit-Saint l'a dit, que le Prêtre, chargé d'àmes, soit saint, c'est-à-dire pauvre, et surtout s' appauvrissant , personnellement; et l'âme unique, et les 1,000, dont il a le gouvernement, seront guéries.

Mais qu'en général, l'Evêque, le Curé, et même le Pape réels, de notre siècle, sont différents de l'Evêque, du Curé et Pape possibles, faciles, et par conséquent nécessaires!... îls sont aussi stériles, et par conséquent aussi funestes, qu'ils sont nombreux.

Et ils ont fait tous les peuples à leur image.

En personnes, et par conséquent en choses, en argent d'abord ; puis, en terres et en maisons ; en places et en honneurs (les cumuls, et sur les têtes les plus indignes, sont la première lèpre du siècle); en connaissances (y Université)] en lois (leur Bulletin est devenu une bibliothèque) ; en journaux; en suffrages et en discours, le monde ne connaît plus que X universel et l'infini.

Et, pire que le laïque, et même que le mondain, le bon prêtre (je parle le langage du monde) , dont une heure, une minute, une parole ouïe, une vertu connue, suffirait à décider une conversion ; et un verset de V Apocalypse O à le ravir au troisième ciel, il passe sa vie (un jour est une année; une année, une vie) à étudier les mille et une nulles apologies (**) de

(*) Entre autres SLUteurs de Démonstrations évungéliques , à la suite de celles d'Eusèbe et de Huet, vous y trouverez reproduites intégralement celles de StaniS' las /er, le bon homme des rois ; de Thomas, l'ampoulé de TAcadémie; et jusqu'à celles du. Lamourette des Accolades ; et de Dupin l'aîné, l'enfant gâté et l'âme damnée de la branche cadette, ei l'avocat de toutes les causes, sans excepter celle de Jésus-Christ. — Il en est du Pre s bytère^ de l'Evec/ié, et surtout du Vatican, comme du Palais, où la loi est étouffée par les lois, et la justice par les dossiers des gens de lois et de rois. Le culte en général , même dans le confessionnal , est devenu à la foi , ce que le luxe est aux mœurs : la mort.

{^*) hes Epitres de saint Pierre et de saint Paul , les JF^ifr^s surtout de saint Jean et son Apocalypse , ne sont rien moins que des Lettres plus intimes et toujours nouvelles de Dieu lui-même aux prêtres. Elles sont devenues pour eux autant de lettres closes : car ils ne les décachètent même plus; et ils déchirent jusqu'aux

î'abbéMigne(lequeIlui-mème passe sa vie à les vendre à tout prix) ; à les transformer en sermons, ou tout se trouve, et surtout ce que nul ne nie ou ne retient. Le prêtre ordinaire, qui n'est guère différent de l'honnête, consacre ses plus belles heu* res à"la lecture des journaux. Et lorsque M. l'abbé a dit 5a messe et confessé ses dévotes , le plus souvent rapporteuses^ oisives, orgueilleuses et avares comme lui, il croit avoir tout dit , et même tout fait !

L'Evêque vulgaire, et même le zélé, estbienautrementoccupé! Il se dit et il se croit d'abord le premier administrateur vrai du diocèse, et même de la province, s'il est métropolitain. (Il y a tel Primat peut-être qui se regarde, par le temps et les républiques qui courent, comme le seul roi des Gaules I) M. le préfet ne lui semble que son secrétaire d'État. Et Monseigneur n a pas seulement le loisir de dire sa grand'messe à la cathédrale (*) ! il se contente de la petite ou de la basse dans sa chapelle, à huis-clos, ou il n'a garde d'être propkète pour son valet de chambre.

A Paris , c'est bien autre chose î II faut que Monseigneur prépare et préside son Concile. lia surtout à faire la minute de ses discours d'ouverture ou de clôture; à la lire, flasque qu'elle est , à la voir encore exténuer de respect humain (et quelquefois mondain) , d'abord en comité secret , puis en Chapitre. Ne lui vient-il pas même à l' improviste, et à rencontre , un discours de magistrature , ou un d'Hôtel de Ville (quelquefois même une affiche pour la police) ?

Tous ?^os seigneurs ensemble ont à voyager, non à la vapeur, trop commune, mais en poste, pour tel ou tel concile, où ils sont appelés comme parties intégrantes, ou invités comme imposants. Et, là, comment voulez-vous qu'ils sentent leurs défauts? Ils se mettent ou se voient à la recherche de ceux des autresJ..Bien différents de l'Aigle de Meaux, qui perçait des nues les infinimenls petits du Cygne de Caml3rai,

journaux Te//<7zeifx (lettres du Diable à leur adresse) dans leur précipitation a briser l'enveloppe !

Le journal dévoré, Monsieur l'abbé, et même Monsieur le curé, fait visite polie ou politique à ses amis... sachant ou ne sachant pas que le Sauveur aUaitàQ préférence chez ses adversaires !... Etonnez-vous qu'il y ait , à l i campagne comme à la ville, tant de Gros-Jean qui veulent montrer leurs curés.,.

(*) Il y a tel Evêque ( lorsqu'il était curé de Paris, il en était nommé le

petit Napoléon), qui, en société de deux de ses coilè^jues, se promenant dans un village de Norm.indie le jour de la fête , se détacha ex abrupto pour monter un cheval de bois ambulant, sauf à voir tomber immédiatement sa calotte; ei ne pas se voir tomber lui-même, ce que tous virent, au rire , c'est-à-dire à l'effroi , des deux autres évêques et de tous les villageois.

C'est le même prélat de cour qui, à la nouvelle de la mort de l'archevêque de Rouen, Prince de Croï, vint en poste aux Tuileries, demander sa succession à Louis-Philippe > lequel lui répondit : v< Je n'ai qu'un remords, monsieur l'abbé, c'est de vous avoir nommé Eyêque.»

ils lisent et ils croient jusque dans un libelle, et d'un abbé Botiix, pour les consacrer dans leur Lettre synodale, la secte, le mensonge, V hypocrisie, les ravages, et jusqu'à la corruption du plus simple et du plus aimable des ouvriers, du plus étonnant et du moins étonné de tous les grands hommes : Pierre Michel 1

Le Pape-Roi, le plus sage, le plus pieux même, avait naguère bien autrement affaire que de dire, ou d'écrire un mot, de faire ou de défaire un canon qui sauverait la chrétienté ? Comme nous le lui avons fait dire par un saint dans la Feuille éteimelle , il avait sa toilette profane à se laisser faire ! Il avait une cour plus grande que celle d'Auguste ; ... plus grande même que celle de Léon X ! Il avait cent lettres diplomatiques (les mille particulières ne comptent pas même pour leurs signatures) à lire le matin ; il avait cinquante visites officielles (les cent ordinaires se font en masses) à recevoir dans la journée; il avait, le soir, Secrétairié d'Etat intime à entendre, et è subir. Toutes les primautés, toutes les principautés du monde, enfin, pour l'empêcher, et V empêtrer. Il avait bien le temps enfin d'être Pape, il fallait qu'il fût Roil

En ce moment Pie IX est en proie à bien autres choses ! il a tout à redouter. Tout à redouter de ses amis, encore plus que de ses ennemis. Tout à redouter de lui-même , encore plus que des autres. Tout à redouter de Dieu, encore plus que des hommes.

Que dirait, au 19^ siècle, saint Bernard, lui qui disait dans son siècle de Croisés, que « les ministres du Christ sont les suppôts de l'Antéchrist ; que l'Eglise ne pourra ni les mettre en fuite, ni les fuir, tant leur nombre sera grand : Ministri Cliristi sunt^ et serviunt Antichristo. Non fugare, nec fugere eos potest, ita invaluerunt et muliiplicati sunt super numerum. Intestina est et insanabilis plaga EcclesicB. Sermon, 33, in Cantic.

Le nombre, le grand nombre enfin est le seul mal du siècle et du jour. Le petit nombre en est seul le remède, comme il en était seul la préservation.

Et les hommes mondains, et les rois , et les conquérants eux-niêmes le savent, car ils s'efforcent, ils s'éreintent à réparer, mais en vain, par la puissance des écrivains, des orateurs, des Présidents, des Généraux UNIQUES^ l'impuissance des masses , des grandes armées, et surtout des grandes assemblées, et des conciles œcuméniques.

La constante recherche de l'omnipotence, portée jusqu'au commandement des Rois, par les Papes, elle-même, elle surtout, n'a pas d'autre cause secrète que le sentiment de l'impuissance, et même du crime, de ses quantités; de la toutepuissance oubliée, de ses qualités : c'est-à-dire de sa grande imité personnelle, et de ses peiiles unités épiscopales.

DAPsS LE LIEU SAINT. 95

Et cependant les Papes des premiers âges n'avaient qu'à ouvrir l'Histoire et les yeux pour voir, en éclats, la nullité et le malheur des armées sacerdotales des Macchabées; la force et la bienfaisance de douze Pêcheurs , véritables pécheurs convertis. — Et les Papes des derniers âges , encore mieux, n'avaient qu'à ouvrir les yeux et l'Histoire ecclésiastique pour se convaincre que le mal général avait toujours empiré , en raison directe du nombre de leurs auxiliaires pour le combattre : depuis les Cardinaux, qui, de douze, s'élèvent à 70 réels, et à deux fois 70 au moins, in petto; et les prélats voms.ins qui, d'un ou deux sans doute, sont devenus aussi nombreux que les Evèques, dont le chiffre est aujourd'hui de 666 ; jusqu'aux ecclésiastiques réguliers ou séculiers de Rome, ceux de Naples (*) et ceux de France , aux trois nombres égaux de chacun 36,000.

C'est que le mal était véritablement, et presque exclusivement, dans le remède ; et, si nous osons le dire, le Dragon dans ia vigne, et les loups dans les bergeries.

Il est temps, grand temps, mais toujours temps, et il serait encore plus glorieux et plus facile, au Pape seul, et, par lui, à tous, d'en finir avec ce mal profond, et seul profond.

Mais comment? en supprimant les 666 Evêques? à Dieu ne plaise ! — Les 70 cardinaux? non. Les 600 prélats, camériers, plus ou moins secrets ? pas même.

En jetant là, en fait comme en esprit, tout son temporel, la raison secrète et unique de tous les autres tempoi-els»

En faisant cesser tout de suite , d'abord leurs traitements s\\Ylet7Xsor public, lequel n'appartient qu'aux pauvres, plus nombreux dans toute l'Italie, et surtout à Rome, que dans toute l'Europe peut-être ensemble.

En rappelant à tous les Cardinaux, à tous les Evêques et à tous les Curés leur première vertu, de n'avoir, en temps et - lieu, que la dernière place dans leurs palais, ou dans leurs cures, les premières appartenant aux plus pauvres , les premières âmes dont ils ont la charge.

On ne prétendra point qu'à ce rappel de la loi et de l'usage des plus beaux temps de Rome et de l'Eglise, la majorité des Cardinaux, des Evêques, des Curéô, des Religieux, se retireraient du parvis, et même du sanctuaire :.. car alors ils n'y eussent été avant qu'en prêtres, et même en sacrificateurs du Veau d'or; en grands ou petits apostats enfin ; et leur perte serait, pour l'Eglise comme pour l'Etat, une bonne fortune.

(*) Telle ville, et même tel village, n'aura peut-être pas plus d'élns qu'elle n'a ou de prêtres... Les rues de Rome et de Naples sont comme pavées d'abbés et de religieux , désœuvrés , au moins en apparence. Les saints Pères, indignés delà corruption cléricale... dès le IVc siècle de l'Eglise , disaient que c'était l'^'n^^er fjui avait cette sorte de pavés I

Les catholiques ne sauraient craindre que la Papauté future fît défaut devant sa passion nouvelle : car, s'il est pour eux un dogme, c'est l'immortalité de la Papauté et de l'Eglise.

On ne pourrait pas plus se plaindre de ce qu'au retour de la loi antique, et toujours nouvelle, de la pauvreté des Evèques et des ecclésiastiques, leur nombre diminuerait : car, l'abbé in petto qui se sentirait empêché par la peur de manquer de pain et de vin lorsqu'il serait prêtre, ne saurait guère que par miracle se trouver un jour un soldat de Jésus-Christ.

Mieux vaudrait mille fois, apparemment, un seul bon qui demeurât, ou un seul qui devînt évêque ou prêtre, de luimême, et à tout prix, que 4000, que 10,000 ; que 666, etmême que 6666 prêtres, au prix vénal pour le trésor, par tête, l'une portant l'autre (c'est cela, aumoins) de 3,000 fr.

Et c'est aussi le cri universel de TÉglise infaillible.

Et Pie IX lui-même l'a dit formellement (*), et développé

(*) Et les anciens Papes, et les plus grands, avant tous les autres ; Et d'abord le saint pape Clément :

«Qu'on ne mette au rang des clercs que des personnes qui puissent administrer dignement les Sacrements : car il vaut beaucoup mieux n'avoir que peu de ministres qui servent, que d'en avoir beaucoup qui soient inutiles; qui soient toujours à charge, et qui jamais ne rendent aucun service :

Taies ad ministerium eligantur clerici , qui digne possint donnnica Sacramenta tractare, melius est enim Domini Sacerdoti, paiicos habere ministros qui possint dignè opus Dei exercere quàm multos inutiles qui onus grave ordinatori addncant. »

Le Pape Zozime : « II faut être extrêmement réservé à conférer les Ordres; car tout ce qui est grand doit être rare :

Divinos ordines largiri , oportet districti semper esse indicii : rarum enim est omne quod magnum est.r>

Et mieux encore saint Grégoire le Grand : w La moisson est grande, mais il y a peu d'ouvriers, le monde est rempli de prêtres, et on ne saurait trouver nn ouvrier, parce que nous recevons volontiers l'honneur du sacerdoce, mais nous n'en voulons jamais embrasser le travail :

Messis quidem multa, operarii verô pauci. Ecce mundus Sacerdotibus plenus est, sed tamen in messem Dei rarus invenitnr operator, quia officium quidem sacerdotale suspicimus, sed opus officii non implemus.

Et saint Chrysostôrae : « Il y a beaucoup et peu de prêtres, beaucoup de nom, mais peu d'effet :

Multi Sacerdotes et pauci Sacerdotes : multi nomine, pauci opère.

Et saint Bernard : « On voit bien que l'Eglise s'est augmentée, que le clergé est plus nombreux, qu'il y a plus de frères dans les cloîtres, mais Seigneur, quoique vous ayez multiplié votre nation , vous n'avez pas augmenté néanmoins la joie et la félicité publique :

Dilatata videtur Ecclesia , ipse etiam cleri sacratissimus ordo, fratrnm numerus supra numerum multiplicatus est. Verùm etsi multiplicasti gentem , Domine ,non magnificasti lœtitiam.

Et le concile de Bordeaux en 1683 : w Afin que la vigne du Seigneur soit toujours dignement cultivée , et qu'on mette sans cesse de nouveaux grains dans ses greniers, on a besoin de quantités d'ouvriers, dont il ne faut pas néanmoins tant considérer le nombre que le mérite, car il vaut beaucoup mieux en avoir peu et qui soient de mérite, que d'en avoir un grind nombre d'inutiles qui ne swvent qu'à nuire à l'Eglise par leur triste vie qu'ils mènent.

DANS LE LIEU SAINT

dans sa première et sa plus belle Encyclique, quil ne s'agissait que d'exécuter.

Et ce bon prêtre unique en fera bientôt plusieurs; et aucun d'eux ne manquera des nécessités de la vie ; aucun surtout n'en laissera manquer aux autres. Et l'Esprit-Saint l'a dit et prédit, comme toutes les vérités, en recommandant aux fidèles le soin de ces Pasteurs-là, qui les ont faits : In omni virtute dilige eum qui te fecit, et ministres ejus ne de relinquas. EccLî. VII, 31.

En tout cas, le prêtre unique, en France du moins, ne ferait pas plus mal que n'ont fait, et que ne font, à présent, les

36,000, dont les PP. du Concile de Paris, les meilleurs

juges de la profondeur et de l'étendue de la plaie, ont dressé l'acte d'accusation, en même temps que le leur, dans leur Lettre synodale du 27 novembre i8/i9, en ces termes terribles: « JAMAIS l'ignorance de la religion ne fut plus grande « qu elle ne l'est de nos jours!!!! b

m. L'objection de Tindépendance des Rois et des peuples.

Cette objection, comme les autres, n'ajamais été faite que

Ui vinea Domini ex illius praecepto ritè semper colatur multaque messis in ejus horreum reporletur, muliis operariis opus est, quorum tamen non tam numerus quam virtus spectanda est; paucos enim idoneos et probalos habere satius est, quam inutiles, atque adeo ipso vitœ génère perniciosos.

Et Benoît XIV, que Pie IX appe'le Vimmortel et le très-sagCy dans une Encyclique à tous les évpques ; Melius enim profecto est paucioies habere ministros sed idoneos atque utiles , quam plures qui in œdijicationem corporis Christi ^ quod e>t Ecclesia , nequidquam sint valitiiri.

Dans nos derniers temps, le mal du sacerdoce et du nombre, étant plus dangereux , et plus visible que jamais , le plus grand évêque , et même le plus grand liomme de l'Eglise moderne, Liguori , semble n'avoir écrit, agi, et fondé, que pour obtenir un peiit nombre de prêtres parfaits . et même un seul Homme apostolique ^ pour prévenir ou corriger le grand nombre de prêtres qui ne le .'•ont pas. C'est lui qui dit, dans son Selva magnifique :« Donnez-moi des prêtres vraiment animés de l'esprit de Dieu , disait i-aint Philippe de Néri, et je réponds delà conversion du monde. Que n'a pas fait en Orient, un saint François Xavier? Seul il convertit à la foi du Christ dix millions d'mfidèles. Que n'oat pas fait en Europe, un saint Patrice, un saint Vincent Ferrier? Un prêtre d'une érudition médiocre , mais e>?/Zamme d'un ardent amour de Dieu , opérera plus de conveisions que cent prêtres à'une profonde doctrine ^ mais dépourvus de l'esprit de Dieu. »

Et, parce que c'est plutôt un petit nombre d'élus ecclésiastiques qu'un grand nombre d'indifférents ou dVionnèfej , qu'il faut désormais à l'Eglise, pour la sauver, les communautés et même les ordres religieux sont moins nécessaires et, par U même, plus difficiles que jamais. Témoins les Jésuites, qui se cachent et les Dominicains, qui se montrent.

Nous osons le prédire au père Lacordaire, les Dominicains des Carmes lui mmqueront encore mieux que le courage et la science des grandes vérités à Notre-Dame, la parole à TAssemblée Nitionale, et les^ abonnés à ['Ere Nouvelle.

par des caiionistes prévenus, et même personnellement întéressés

Si le Pape, en définitive, est principalement nécessaire et d'institution apostolique, c'est plutôt comme instrument de l'institution directe ou indirecte du Curé, ayant seul charge d'âme. Et si V indépendance était utile au prêtre, elle le serait aussi bien, et encore plus, à tous les curés qu'au Pape luimême.

Mais, au fond, ce n'est guère l'indépendance, c'est la dépendance qu il faut au Pape^ encore plus qu'à l'évêque et au curé ; et qu'ilfaut à tous les prêtres comme le principal, et peut^ être comme l'unique moyen de la dépendance de tous les laïques. Car, la dépendance, c'est-à-dire L'obéissance à tous et à tout, autant qu'on peut, ce sont tous les devoirs et tous les bienfaits dans un ; et c'est l'unique voie du salut de tous. Vinpendance, au contraire, la voie de la perte commune. Celle des Papes surtout n'a jamais fait que leurs malheurs. En quelque lieu qu'ils soient, à Jérusalem, à Antioche, à Rome, à Avignon, à Fontainebleau, à Gaëte, lorsqu'ils sont forcés, par la papauté même, d'être toujours, et à tout prix, sujets et pauvres, et de ne vouloir que bénir, aimer, convaincre, les dissidents comme les fidèles , les ennemis comme les amis , ik possèdent à la fois la dépendance et V indépendance par excellence.

Dans le système du pouvoir temporel, le Pape paraît indépendant de l'Autriche, de la France, de l'Espagne, etc. ; et il est dépendant de tous les cardinaux. Il est dépendant de ses passions personnelles (et les Saints eux-mêmes en ont pour être saints).

Et, effectivement, avec un petit Etat irrégulier, morcelle, sans limites possibles, entouré, et même parsemé d'Etats voisins divers, morcellés, divisés eux-mêmes, et jaloux entre eux, comme de lui, loin d'avoir jamais V indépendance, c'est la dépendance ei la préoccupation, cesiV occupation politique incessantes seules qu'il obtient. A ce point, qu'à toutes les époques, et naguère encore , la secrétairie d'Etat était à Rome le pouvoir absorbant et vrai : c'est-à-dire, au fond, le Grand-duché ; le gouvernement napolitain ; le gouvernement sarde. C'était même, quelquefois aussi bien, les petites royautés bourgeoises

(*) Bossuel, qui désirait lechapeaii, etCasani qui l'avait, étaient non recevables à dire a Bonaparte, le 28 janvier 1808 : « Dieu voulut que cette E>}Iise, la mère commune de tous les royaumes , ne fût dépendante d'aucun royaume dans le temporel , et que le siéjje où. tous les fidèles devaient garder l'unité , fîii mis audessus des partialités que les divers intérêts et les jalousies d'état pouvaient causer. L'Eglise indépendante dans son chef de toutes les puissances temporelles se croit en état d'exercer plus librement, pour le bien commun , cl sous la protection des rois chrétiens, sa puissance céleste. »

DANS LE LIEU SAlîsT.

de Modèiie et de Lucques, qu'on voyait les petits maîtres de Rome; comme c'était l'Autriche et même la France , l'Angleterre et la Russie surtout (qui l'eût cru?) qui étaient, et qui sont plus que jamais, les grands.

Et ce fut la cause seconde du Triumvirat.,. Mazzini — Armellini — Saffi; et même de Y^lm^.m.y\r^XCicero7laccio.

Nous ne voudrions que le seul nom que les Rois de Rome ont donné eux-mêmes à leur domaine temporel, pour montrer sa division d'avec lui-même : les Etats romains.

Il faut, au Pape, au moins te pai?î?,Ae quotidien^ oui; et celuilà, qui ne manque jamais ài'homme de la terre, pas plus que le grain à l'oiseau du ciel, n'eût jamais plus manqué, apparemment , aux successeurs des Papes souverains territoriaux, qu'à leurs prédécesseurs (*), depuis saint Pierre et saint Paul.

Il faut même dire, la logique comme la théologie à la main, que la papauté, politiquement pauvre et vertueuse, serait aussi riche par les dons libres et gratuits des Rois et des sujets fidèles, qu elle fut pauvre de fait dans le luxe de Léon X. Et elle eût gagné et mérité, par surcroît, la fidélité des Grecs, de la Russie, de l'Angleterre, de TAllemagne, qu'elle a perdus réellement; et de l'Espagne et delà France qu'elle a perdues in petto !

Ce que la nature des lieux et des choses, la Providence et TEsprit-Saint ensemble, avaient donné, dès le principe, aux Papes, et ce qu'ils leurs donnent aujourd'hui surtout , c'est ce qu'il y avait de plus pauvre, de plus abject, de plus humble dans l'univers entier, et surtout dans l'Italie; ce dont le monde, et surtout les Rois, ne voulaient point, parce qu'ils n'auraient su qu'en faire : Rome et la Campagne de Rome, exclusivement. Et, pour cette fin, ils l'avaient marquée, à des traits éclatants, de sécheresse et d'insalubrité ; et fait circuler, comme géométriquement, en sorte de cordon sanitaire et d'apanage (de panis, pain) tout autour de Rome.

Dieu avait dit à saint Pierre, et par conséquent , et encore mieux, à tous ses successeurs, qui ont besoin de plus de vertus et d'humihté évangéliques, Dieu leur avait dit, comme à la mer: Vous viendrez jusque-là : Usque hue venies. Plus loin, c'était le fruit défendu ; V arbre de la science du bien et du mal (**), dont la pomme de discorde devait les compromettre, les empêcher, les empêtrer, et leur faire, au lieu de fidèles, des protestants et des philosophes, des conjurés et des trium-

(*) Les premiers patrimoines des successeurs du Fils da pauvre charpentier et des pauvres pêcheurs, résidants à Piome, furent les aromates d'Egypte et d'Orient, et quelques inaisons à Tyr en Egypte , et terres sur les bords de l'Euphrale. ( V. G0DE8CARD , Dédicace de saint Pierre.)

(*') Ce sont les trois points qui ont perdu R.omeà toutes les époques : Tivoli ou

virs , des ennemis, et des amis plus dangereux encore, à jamais.

Et voilà aussi pourquoi il est arrivé, Tannée même que nous étions à Rome, qu'un certain industriel, missionnaire d'une compagnie hollandaise pour défricher la campagne, c'est-a-dire, la couronne et le chapelet de Rome ; et qui établit ad hoc des bureaux , et même nn journal dans la ville, ne put rien, que mourir, lui et plusieurs des siens, dans la force de râge. Il était Français, se disait de Lille, se nommait, ou prit le nom célèbre Nicolas de Mira, et avec le titre à' abbé \ En sorte qu'il en arriva dans Xd^Campagne de Rome, comme jadis à Jérusalem, lorsque Julien essaya d'en rebâtir le temple.

L'objection de l'utilité de la splendeur temporelle de Rome et de l'Italie, de ses Basiliques, de son Vatican, de ses ruines? Comme si d'abord on ne les concevait pas aussi bien, et même mieux, avec un Pouvoir (Florence ainsi a toujours été supérieure à Rome), et même une République à part, qu'avec une royauté confondue !.... Et si (les plus grands Hommes l'ont pensé, surtout depuis Jules II et Léon Xj c'étaient précisément sous ces dehors fastueux, sous ces pompes et ces ohQh'd'œuvre que l'esprit mondain s'était plu à voiler, et à violer la foi !. ..

Il en est de la splendeur publique, comme du luxe privé : c'était, dans l'origine même, plutôt une tentation qu'une édification ; bien moins une vertu qu'un vice. Salomon et David lui-même, si opposés aux Patriarches ; les Borgia et les Médicis, si différentsde Grégoire Vllet de Pie V eux-mêmes, l'ont prouvé assez. La splendeur la plus religieuse est le fait des Rois. Et il faut craindre les ennemis naturels des peuples, même, et surtout, lorsqu'ils font des présents aux peuples.

Les monuments les plus superbes de Rome, sont ceux que le temps ou les barbares ont effacés : ils pouvaient suffire à sa gloire, et encore mieux à la religion. Les autres, la plupart médiocres, ne frappent guère, au dernier coup d'œil, comme au premier, et l'artiste ou le philosophe , comme l'homme vulgaire , que par l'abaissement delà pensée qu'on s'en était faite.

Les riches monuments, religieux ou politiques, ne furent

Tihur\ Frascati ou Tusculum'^ Alhano ou Alhe. Ils touchent immédiatement la Campagne de Eome ; et ils sont, encore aujourd'hui , aussi beaux qu'elle «st hiileuse. C'est , C( mme en présence, V Elysée et ï Enfer»

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jamais prévus et permis par la Providence des Nations, que comme la superfétation et le couronnement des biens et do l'aisance universelle des peuples ; et l'objet de la volonté de tous les individus. Et presque tous les monuments qui couvrent la terre, et surtout l'Italie, ne furent que l'effet des impôts et de l'abâtardissement universels.

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