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V. L'objection de la sagesse politique des hommes religieux

On a dit encore en faveur de la royauté pontificale, que les Papes, plus obligés ou plus forcés par la religion que les Rois mêmes qui leur sont fidèles, devaient se trouver des administrateurs plus sages et plus justes. Ce qui est faux en droit comme en histoire. Aussi n'a-t-on jamais dit cela que de loin ; et jamais en Italie, et surtout à Rome. Si le Pape fait de l'administration personnellement, comme Sixte- Quint, il n'est quasi plus Pape; s'il fait de la guerre, comme Jules il, il est le contraire de Pape. Et, soit qu'il fasse, soit qu'il laisse faire, par là même qu'en qualité de prêtre et roi il est appelé à plus de perfection qu'un Roi pur et simple, il est mille fois plus responsable, et plus odieux qu'un Roi, du mal arrivé, ou du bien qui n'est pas arrivé.

Si le peuple romain s'est trouvé parfois tranquille et heureux (au point de vue Anglais), ce ne fut jamais que lorsque ses Papes n'étaient que Rois., ..

VI. L'objection de Fliumilité et de la pauvreté spirituelles.

N'est-on pas allé jusqu'à dire, pour colorer l'élévation et la grandeur romaine, qu'elles étaient le moyen de la pauvreté en esprit, et de l'humilité des Papes et des cardinaux (*)? A ce

(*) Prélats, et même cure's du jour, écoutez seulement ici line page de l'Esprit de saint François de Sales, sur le plus célèbre cardinal de son siècle. Il y a dé quoi trembler pour levêque Camus, qui paraît s'être connu en ordre de services de table; et qui sait? pour les Borrom^es eux-mêmesi... « Je ne sais pas, leur disje, commenl traitait saint Charles, lequel partit de ce monde le même jour que j'y entrai ; mais je voiis dirai bien comme les traite son coiisin et son successeur M. le cardinal Frédéric Borromée, à présent archevêque de Milan.

« Vous saurez premièrement que c'est un prélat que f on tientriche de cinquante mille écus de rente (Un million d'aujourd'hui); pour ce qui regarde sa personne» sa maison, sa table, vous allez entendre une frugalité qui vous étonnera. Vous savez mieux que moi ce que c'est que la parte de pain et vin que le Pape, les cardinaux et les prélats d Italie, tant à Rome qu'ailleurs, donnent à leurs estafiers; telle est celle de la famille du cardinal dont je parle.

« Pour ce qui concerne sa personne et sa maison, je veux dire ses vêtements et ses meubles, vous n'y voyez que le simple nécessaire. Un jour, me parlant du rêjjjeraenî de réformation du concile de Trente touchant les maisons des évêques,

train, il faudrait, contre le commandement perpétuel de l'Evangile , et l'expérience universelle, désirer et favoriser le luxe pour tout le monde indistinctement. Les plus grands Papes, tout Papes qu'ils sont, n'en sont pas moins hommes {Summi homines^ hommes tamen). On sait même que l'orgueil est un monstre qui se nourrit de vertus. Les anges qui ne craignent pas d' affronter gratuitement le péril, n'y périssent que mieux, et n'en deviennent que mieux démons; et plus d'un Benoît, plus d'un Jean, plus d'un Alexandre, Papes et Rois, l'ont prouvé assez.

En admettant, ce qui est de toute impossibilité rationnelle, et de toute fausseté historique , que le pouvoir temporel puisse se concilier avec la sainteté, ou seulement la vertu et l'innocence, les partisans de ce pouvoir n'en seraient pas plus avancés : car la papauté existe autant, au moins, pour les au-

il se plaignait de ce qu'il était mal observé, et de ce que l'on n'y voyait pas/rugaleni niensam et pauperem suppellectilenu \\ soupirait de ce que les pauvres étaient nus à leurs portes, et leurs murailles insensibles revêtues de riches tapisseries, et de ce que leurs tables regorgeaient de viandes superflues, et encore de ce que ce superflu n'était pas distribué aux pauvres...

« En toute sa maison l'on ne voyait ni tapisserie^ ni aucun meuble de soie. Quelques tableaux de piété en divers endroits sur les murailles toutes nues. Les assiettes, la salière, les plats, tant à laver que les autres, et les aiguières, tout était de terre blanche appelée faïence, l\ n'y avait que la seule cuillère qui fût d'argent, les fourchettes n'étaient que d'acier. Le premier service fut à chacun sa portion égale, comme aux tables conventuelles, et l'on nous donna pour entrée deux plats à chacun, l'un de cinq ou six cuillerées de vermicelli ; l'autre plat était un petit poulet bouilli, flottant dans un peu de boiiet. Voilà notre entrée ou notre premier service. Le second, qui était comme le corps du festin, fut aussi de deux plats devant chacun de nous : le premier chargé de trois boulettes de chair hachée avec des herbes, et dans l'autre une grive accompagnée d'une orange. Voilà le gros du banquet. Au troisième service, nous eûmes encore chacun deux plats dedessert, dont l'un contenait une poire crue, l'autre une serviette que je me figurai être pour essuyer les rnains après le repas : m'étant aperçu que M. de Vmtimigle fouilla dans la sienne, et en avait tiré un petit morceau de fromage de Milan, gros comme un teston, j'estimai que, faisant l'inventaire de la mienne, j'y trouverais une semblable pitance : je ne fus pas trompé ; et la serviette, cela étant e^^pédié, nous demeura pour Tusage que je m'étais imaginé. Voilà, non pas Je sommaire ni l'abrégé, mais la narration entière du festin qui nous fut fait en cetre fête si célèbre. » (... la Saint-Charles! en l516!)

Mais toutes ces vertus, toutes ces saintetés sont en quasi pure perte. Le cardinal Borromée avait beau prendre pour armes sa maison hwnililas, beau s'abstenir en réalité dans les grandeurs. Il était dans les grandeurs. Il était d'une ancienne, d'une noble, d'une illustre, et d'une opulente famille de la Lombardie ; il était neveu du souverain pontife et du Pape-Roi j il était tout-puissant; il pouvait même personnellemeut être Pape-Roi ; il était archevêque de Milan, dans un pays et dans un temps où Tévêque était tout. C'était «n un mot le Cardinal Borromée»Et 100,000 pauvres; et 1,000,000 peut-être, pouvaient se dire, et même lui dire, lorsqu'il prêchait la pauvreté : f^ous êtes orfeure-

Le Cardinal Borromée enfin, et tous les cardinaux, et tous les Papes, et tous les évêques vertueux sont des hommes qui, ayant jeté le genre humain à l'eau avec leurs richesses apparentes^ s'efforcent de le repêcher (et n'en repêchent pas même quelques-uns) à la ligne, avec une pauvreté... secrète.

BAÎsS LE LIEU SAIOT.

très que pour elle. Le moins qu'elle puisse faire, c'est de ne pas scandaliser, même sans raison légitime ; c'est de ne pas exciter l'envie^ et surtout Cenvie du plus grand nombre : car l'envie, comme l'avarice, et par la même raison, mène à tous les autres vices.

Or, le seul fait de la Royauté du Pape, du Vicaire duPauvre par excellence, scandalise précisément le plus grand nombre, et même tout le monde : les Rois en général, parce que, surtout quand on est grand, on n'aime pas ses égaux, c'està-dire rivaux ;\q^'s> riches ordinaires, parce qu'ils n'aimeni pas les ricbes extraordinaires.

Les pauvres surtout, les plus aimés de Dieu, et les plus nombreux, sont scandalisés par la royauté d'un Pape, la Seigneurie d'un Evêque, la bourgeoisie d'un curé : parce qu'étant simples, ils jugent mieux, et plus sagement que les autres, par les apparences. Voient-ils le Pape, ou si vous voulez l'Evèque et le Prêtre, logé, nourri, et pourvu, comme il est vêtu, pauvrement, ils le croient humble et convaincu de la religion de \d. pauvreté qu'il leur prêche. Le voient-ils, au contraire, prétendant, se prélassant dans un palais, et même dans un presbytère bien approvisionné et servi ; ce n'est plus pour eux qu'un indifférent, et même un fourbe, et un hypocrite.

Dieu a voulu enfin, dans le dernier prêtre, et à plus forte raison dans le premier, ou le Pape, non pas une supposition, mais une réalité. Il a voulu à la fois dispenser le Clerc de jus* tification, et le laïque de jugement. Il a voulu q^ense montrant l'un dXitout dit; et l'autre compris tout.

Yll. L'objection du progrès et de la différence des temps.

L'objection de la différence des temps et des mœurs entre les premiers et les derniers siècles, entre les mœurs primitives elles mœurs du jour, est une des plus fausses et des plus ridicules objections qu'on puisse faire à la sujétion et à la pauvreté du Pape et des Cardinaux, encore mieux que du desservant. Car le Christianisme de la sujétion et de la pauvreté qu'ils sont appelés à prouver ou rien , et à pratiquer les premiers, ou personne , et qui s'est prouvé si bien par les douze apôtres et les cinquante premiers Pap^s, pauvres et martyrs des Bois, est bien autrement facile à prouver 5ans la royauté à\x Pape, le luxe des Cardinaux et desEvêques, ei lQ traitement et le casuel des Curés, maintenant qu'il a dix-huit cents ans de durée, c'est-à-dire la preuve la plus démonstrative.

Et comme si, d'ailleurs, les anciens, loin d'être plus simples dans leurs vêtements , leur vie, et tout le reste, n'étaient pas

îdIus luxuriants que les modernes Et c^était pour cela

même que Dieu commandait à Isaïe, tout prince qu'il était, et par cela même qu'il était prince, de revêtir le cilice, et même de Tabandonner, et d'aller jîus: Vade, et solve saccum taum et calceamenta tua. Etfecit sic, vadens nudus, et disrcalceatus. XX, 2.

A présent surtout que le luxe des vêtements et même de la nourriture est plus commun qu'il ne fut jamais, et que, de la cour des Papes-rois et des Rois-papes, et dos palais des Cardinaux-princes, des Evêques-comtes, etdes cures des villes, il a pénétré jusque dans les campagnes et chez les plus pauvres; s'il n'y avait quun moyen de se faire remarquer, ce serait la plus grande pauvreté de la nourriture et du vêtement. Et voilà pourquoi l'Esprit-Saint , qui a prévu sans doute assez bien les derniers temps, est allé jusqu'à vouloir le sac et le cilice aux deux grands et derniers témoins et réformateurs des derniers temps : Amicli saccis , XI, 3. — Et pourquoi il a suscité à Pie VII lui-même cette superbe réponse au général Gervoni qui venait lui offrir la cocarde nationale : « ... Vous avez tout pouvoir sur mon corps, mais mon âme est au-dessus de vos atteintes. Un bâton au lieu de crosse, et un habit de bure, suffisent à celui qui doit expirer sous la haire et sur la cendre. J'adore la main du Tout- Puissant, qui punit le berger et le troupeau; vous pouvez brûler et détruire les habitations des vivants et les tombeaux des morts; mais la religion est éternelle : elle existera après vous comme elle existait avant vous, et son règne se perpétuera jusqu'à la tin des siècles. »

On a voulu justifier encore la royauté du Pape par l'exiguité de son territoire? Comme si l'étendue, en cette matière, n'était pas rdaa'ye; et par conséquent indifîférente et nulle!

La seule Histoire de Rome, son seul nom, suffirait à inspirer de l'orgueil, à son seul souverain populaire. (Bonaparte lui-même aspirait plus au titre de Roi de Rome qu'à ce\m d' Empereur des Français ! )

Il en est de la moyenne royauté, comme de la propriété moyenne, elle est plus dangereuse que la grande....

Non est super terrant potestas , quœ comparetur ei , qui factus est lU nullum timeret. . Ipse est Rex super unioersos filios superhice.

Job. xLi, 24,25.

DANS LE LIEU SAINT

Moins mauvaise, moins funeste serait peut-être, pour un Pape, la royauté sur toute l'Italie, que sur une partie : car elle ne serait pas exposée, et souvent livrée à tous les conflits, à toutes les corruptions , à toutes les exigences , à toutes les haines, et souvent aux entreprises des États dont elle est voisine ou entrecoupée. Et elle n'eût pas elle-même convoité toujours, et souvent stipulé à mauvais prix des agrandissements. Sans fargument ad hominem de saint Pierre et de saint Paul, tout-puissants par leur pauvreté, il est visible dans toute rhistoire ecclésiastique, que, dès le principe, l'Italie en-^ tière eût appartenu à Rome (*). En sorte que, conquérants ou usurpateurs m p^^^o, les Papes n'ont pas même l'honneur de la modération politique.

Le seul nom États-Romains au pluriel, est une faute, si ce n'est pas une prétention, des Papes-Rois....

Une seconde grande faute, qui fut la suite de la première , et qui est peut-être plus grave encore, c'est la prétention, ou, si vous voulez , l'apparence de prétention politique jusque sur la tête , représentative de celle qui fut couronnée d'épines. Nous voulons parler de la TIARE, ou couronne... TRIPLE , qui forme l'apanage le plus éclatant des Papes modernes. Car les 192 premiers Papes, et les dix premiers siècles de l'Eglise , qui furent apparemment les meilleurs, Grégoire VII lui-même qui passe pour avoir élevé et soutenu le plus haut la puissance pontificale, ne portaient pas même de couronne. Et Boniface YIII, qui , la dernière année du Xnie siècle , en 4 300 , et en plein Jubilé , parut à Rome en doubles habits Pontificaux et Impériaux , avec cette devise • Ecce duogladii ; Boniface , qui alla jusqu'à mettre la France en interdit;.... tout roi temporel qu'il était, ne portait qu'une couronne (on le voit ainsi , encore aujourd'hui , dans les grottes de SainuPierre) , Le premier Pape qui en porta trois, en signe, dit-on , des trois parties du Monde , ou plutôt en renouvellement de l'antique Tiare d'Aaron et de Caïphe, (V. V Exode), que la couronne d'épines du Fils de Dieu avait rendue judaïque et satanique à jamais , est ce Jean XXÎI , fils d'un cordonnier de Cahors , qui se nomma lui-même : Ego sum Papa ; qui fit bâtir le Palais des 70 ans de captivité à Avignon ; que Louis de Bavière fit dégrader de la papauté à Rome même, en 4 328 ; et qui mourut en 4 304 , l'année même de l'invention de sa triple couronne.

Le premier Pape qui osa se couronner comme Roi , fut un étranger àl'Italie, un Français encore, iVicoto II, en 4 059. Et le

(•) Bien mieux que toute la France au clergé de France : « Le clergé , dit Montesquieu (liv. 31, chap. 10), recevait tant , qu'il faut que , dans les troi« races, on lui ait donné plusieurs j^oi s tous les biens du Boyaume.»

premier qui alla jusqu'à se couronner trois fois , fut encore un inmis en Italie, un troisième Français, un Limousin, et en France , à Avignon; la Babylone nouvelle, durant la nouvelle captivité de 70 ans juste !

L'élévation du Vatican (*),la translation de l'ancien et hum-

(*) Jusque daps les circonstances les plus graves et les plus terribles, les princes de l'Eglise sont profanes : « Un cardinal ^ selon l'usage, nommé par le conclave , est chargé d'aller recueillir les voix de ceux qui sont retenus dans leurs cellules pour des raisons de santé. Le cardinal nommé pour remplir ces fonctions fut précisément celui dont nous parlions au commencement de cet article, et qui fait en ce moment de l'opposition au pape.

« Ce cardinal alla donc recueillir les votes de ses confrères malades , et il arriva à la cellule du cardinal Micara , qui , comme plus âgé , ne devait voter que le dernier.

" Le cardinal chargé de recueillir les voix avait entre ses mains l'urne scellée dans laquelle étaient descendus, par une petite ouverture, les billets des cardinaux. En montrant cette urne en souriant au cardinal Micara , il lui dit : Quel pape avons-nous?

« Le cardinal Micara lui répondit : Si le Saint-Esprit fai^ l'élection , ce sera le cardinal Mastaï (c'est le pape actuel); si cest le diable, ce sera ou vous ou moi. » — Et le cardinal Micara de mourir dans les 40 jours!

Les mœurs et les formules encore actuelles de la chancellerie du pape-roi sont encore pires, car elles sont à la fois sérieuses, avouées , publiques, et de tous les jours. Les plus belles , les plus royales armoiries ou armes existantes , 5ont les prétendues pontificales. Et lorsque les rois proprement dits les plus absolus n'ont guère que des compliments , et, si nous osons le dire, que de Veau bénite de Cour dans leurs cabinets , lorsque saint Pierre n'avait de parole et de plume que pour bénir, laissant à Dieu la vengeance... [quantum mutatus ab illo ! et comme les pierres parlent. ..lapides clamant{L\]C. XIX, 40), les papes-rois, les plus bénins en apparence, et même dans le cœur... Généraux d' armée /jusque dans la sacristie, procèdent, selon les temps et les gens, avec les canons ; et, singes de Jupiter, ils ont la /*oMc?re à la main.

L'un des plus chers Légats de Grégoire XVI (par où. Von peut juger de ceux de Sixte Quint...) qui fit peser si longtemps son joug odieux à Pesaro ,« le Cardinal Délia Genguy était surnommé V Attila-légat , « me disait à Pesaro même le célèbre Méli . que ses travaux , ses missions , sa science et ses vertus ont rendu Européen,

L'usage de la primauté du Nonce du pape sur les ambassadeurs des rois, jure avec la papauté et le sacerdoce. C'est une conséquence de la primauté temporelle du pape sur les rois. Et admirez ces derniers souhaits, et jusqu'à ces prophéties de (juasi-éternité dans un roi de 73 ans /

« Sire, le corps diplomatique attend toujours avec la même espérance le retour de cette époque solennelle de l'année naissante, parce qu'il aime à vous offrir, au nom des souverains qu'il a l'honneur de représenter, les vœux les plus sincères pour la prospérité parfaite de Votre Majesté , de sa royale famille et de la France.

« C'est aussi avec une satisfaction profonde qu*il s'empresse de vous féliciter, sire, du maintien de la paix générale, admirable résultat delà sagesse de Votre Majesté et des autres souverains et de leurs cabinets. C'est le plus beau titre à là reconnaissance du peuple dont cette heureuse harmonie fait la gloire et le bonheur,

« Fière de la. félicité générile , Votre Majesté a vu renouveler en même temps les joies de sa royale famille qui a procuré et procurera toujours les plus douces consolatious à votre cœur paternel.

« Votre Majesté verra luire bien des fois er.eore ce beau jour. »

dàKs lé liéu saint. ^07

ble palais de Latran, d'abord dans les palais souverains du Vatican, et puis à Avignon , supposant aussi des prétentions

La diplomatie de Rome n'est que fidicule ; sa police , sa gpendarmerie et sa milice sont indignes.

La première armée papale fut celle de Léon IX en 1654. Il en futla première u la plus éclatante victime. Amenant de la France, sa patrie, et conduisant une troupe de Francs contre les Normands d'Italie , il fut fait prisonnier et enfermé dans un fort, puis à Bénévént, oà il fut assiégé trois mois, et d'où il ne sortit que pour expirer de douleur.

La Cour d*^uaPape suppose des courtisans; et par conséquent des prêtres et des cardiuaur ;t)rmce5; ce qui ne se conçoit pas sans richesses, et même recherchées à tout prix. C'est la vérité outrée, mais la vérité, c^e ces paroles du Roi de Bavière (le séjour de Rome l'a perdu) dans un livre publié :

« Rien n'égale la richesse du clergé italien; il a tout, depuis la demeure de Diou jusqu'à la vie des citoyens. Et que donne-t-il en échange de tout cela? quelques reliques et des espérances que chacun peut avoir sans les payer. Il n'y a qu'un moyen d'échapper à la tyrannie et à V avidité des prêtres italiens, c'est de se faire prêtre soi-même ; aussi chaque famille élève en serre chaude un abbé qui doit au moins devenir cardinal. »

Les protestants d'Angleterre et d'Allemagne et les philosophes de France s'é taient éloignés, avaient eu comme horreur de Rome; et Lalande lui-même s'étai. fait aOtée^ après avoir dit des ca:rdinaux dans son P^oyage d'Italie : « La magnificence de ces grandes maisons consiste principalement à avoir de vastes palais, beaucoup de pages, de coureurs, de laquais, de chevaux, de carrosses (dans les cérémonies, chacun a deux voitures comme celle du sacre des rois, et sept laquais à grande livrée)^ des tableaux précieux, et de belles statues antiques et modernes, b

Et les plus fidèles, le cardinal Borromée, et saint François de Sales, qui refusa le chapeau, savent que le lure des prélats appelle, parce qu'il justifie, de près ou de loin, tous les luxes, et les luxes de tous les états, depuis celui des rois proprement dits , jusqu'à celui du curé de campagne.

Le Personnel de la cour papale est encore plus étrange ou pins ridicule que le re'e/. Heureux s'il n'est pas haï !

line faudrait à Rome que VAbnanach pontifical, comme le royal à Paris, pour manifester les faiblesses, les fautes, le péché capital, je ne dirai pas de telle ou telle Eminence, encore moins de tel ou tel Pape, mais de Rome toute seule. Ce péché capitaly je ne dirai pas réel, mais apparent, et par conséquent scandaleux, est l'orgueil. C'est le côté gauche de la ville droite.

Ouvrez le ciernier almanach du dernier règne, qu*y voyez-vous?.., d'abord le portrait, je ne dirai pas de Grégoire XVI, mais de Maur Capellari, car on y voit quasi exclusivement sur 3 étoiles ses armes de fils de chapelier, ce qui était au moins de mauvais goût dans la cité où le chapeau est omnipotent.

Après qaoi vous vous perdez, sous le titre de famille pontificale, dans un cortège, dans une sorte de régiment, de je ne sais combien de natures et de divisions et sous-divisions, dscamériers (le plus ignoLle des noms dans les alhergo d'Italie): les premiers, secrets ;\qs seconds, ^ome5<i^uei,- les troisièmes, d'e;?e'e et deca;3e; les quatrièmes, d'honneur; les cinquièmes, surnuméraires ; les sixièmes, chapelains, etc. — Puis, k Farmée pontificale, vous trouvez des dragons (nom si odieux dans V Apocalypse); et à l'article Carabinier s, y om lisez : Commandant supérieur , Lambruschini ; aux gouvernements^ vous trouvez la loterie, et les spectacles pif blic%; — aux académies, et avec le même nom, déconsidéré en Europe, ïacadémie des nobles ecclésiastiques, \ académie philharmonique ;tt\ académie de la religion catholique, et l'académie philodramatique. — Aux congrégations^ et avec le même nom si sacré à Rome et même ailleurs : celle des indulgences^ celle des rits sacréSf celle de l'index, celle de la propagande, celle de l'inquisition, mêlées aux congrégations de t amortis sèment, etc., et même kVartistiquÇy etc. — Â la justice

nouvelles, coïncident aussi avec la prise et le redoublement

des couronnes temporelles et ne s'opèrent point sous des

suprême, un chapitre intitulé naïvement, à la française : Tribunal criminel de la

chambre apostolique ! , .

Avant d'entrer dans la Basilique de Rome, et sous l'immense et longue galerie qui forme le portique du monument, nous avons été effrayés et comme scandalisés de voir, avant celles de Pierre lui-même, et colossale, la statue de l'empereur Constantin à la gauche , et celle de l'empereur Gharlemagne à la droite, comme pour soutenir l'Eglise romaine, que, dans le fait, ils ont compromise à jamais.

Notre scandale a été plus grand encore dans les salons de l'effroyable labyrinthe aux 12,000 chambres, et à 8 grands escaliers, nommé /^tifican ; car nous y avons vu , en première ligne, dans les chefs-d'œuvre, les tableaux gigantesques et orgueilleux de Charlemagne signant sa Donation; du roi Pierre dAragon mettant son royaume sous la main du Pape i de Grégoire f^II relevant de son excommunication V empereur Henri IF en présence de la comtesse Mathilde ; et les tableaux meurtriers, comme Ze Corps de Coligny jeté par les fenêtres, et le Massacre de la Saint- Barthélemi , lequel avait obtenu l'approbation de Grégoire XIII, en plein consistoire (V. Vallery).

Et l'horrible Appartement Borgia, commencé par Léon X, où l'on ne voit que des Jupiters traînés par des aigles, et des Vénus par des colombes.

Et même le magnifique Cabinet de Pie VI, où il fit peindre par Dominique de Angelis, Arachné et Bacchus -, Paris et frémis ; Diane et Endymion ; Vénus et Adonis , et même Pallas et Paris,

En vérité , et à la vue de ces longues et superbes galeries du nouveau Vatican , toutes pleines des bustes superposés des horribles rois et des plus mauvais sujets de Rome païenne, et surtout des Tibère et des Hérode sous lesquels fut crucifié le Sauveur du monde, des Néron, des Dioclétien , des Julien , les bourreaux de saint Pierre et de saint Paul, et d'une grande partie des premiers chrétiens à leur suite , sortant comme de la main des Phidias, et que l'art satanique a faits peut-être ad hoc plus beaux que ne les avait faits la nature... en vérité, disonsnous, on dirait que c'estl'ancien P'atican et ses palais et ses jardins Néroniens; et que les Tibère Qi ies Hérode, les Néron et les Dioclétien, grâce aux successeurs de saint Pierre et saint Paul , vivent et régnent encore !

Dans le fait, les Eglises même, en général, et surtout les églises pompeuses, sont aussi bien l'effet que la cause et la preuve de M indifférence générale. Elles supposent essentiellement l'insuffisance de la parole. Ce ne fut pas le Fils aîné du Père , et le Père de seconde majesté du Fils, David (nom où l'on voit Dieu)^ mais le fils coupable et malheureux de David , Salomon, qui bâtit le Temple superbe, et le Palais qui ne l'était pas moins.

Cela se fit et se vit encore mieux depuis, et par le christianisme. Il ne laissa pas pierre sur pierre de ce Temple et de ce palais ; et ses premières églises , ses premiers Vaticans furent les catacombes.

« Poursuivis et opprimés de toutes parts, dit saint Denis d'Alexandrie, nous célébrons pourtant nos solennités joyeuses; tout lieu devient pour nous un temple, et nous nous réunissons avec j oie au milieu des champs , dans une solitude déserte, dans un vaisseau agité par les flots , dans uneétable, dans une horrible prison. {£u5e&. Lib. VII.) Oui, les prisons étaient devenues des temples, des églises; saint Cyprien nous apprend qu'il y envoyait ses prêtres, tour à tour, porter les secours , les consolations spirituelles, et offrir l'Hostie sans tache. Et c'est dans la prison que le Martyr Lucien, étant près d'aller au supplice , disait à ses frères en consacrant sur sa poitrine : Ma poitrine sera pour vous la table du sacrifice; Dieu , sans doute, daignera l'agréer autant que celle qui est formée d'une matière insensible : placés autour de moi, vous serez comme les murailles du temple saint.

Sulpice-Sévère rapporte « qu'étant dans les déserts de la Libye , près de

DANS LE LIEU SAINT

auspices heureux. Celui qui commença le Vatican ^ comme pour assombrir Saint-Pierre , est précisément un nommé

Cyrène , il alla avec le prêtre chez lequelil logeait , dans une églisa faite 3e branches entrelacées ensemble, et qui pour sa pauvreté ne différait point de la maison du prêtre, où un homme pouvait à peine se tenir debout : mais les hommes qui fréquentaient ces églises étaient des hommes de Vâge d'ar^ etavaient les mœurs les plus pures. »

« Nous apprenons de Bède qu'anciennement il n'y avait point d'églises de pierre dans toute l'Angleterre; que la coutume était de les bâtir toutes en bois , et que l'évêque Ninyas en ayant fait faire une de pierre, cela parut si extraor^ dinaire, qu'on l'appela Candida Casa, ou Eglise blanche. Suivant le même auteur, /. 3, c. 25, Finan , second évêque de Lindisfarne, bâtit une église destinée à servir de cathédrale , non de pierre, mais de bois , et la fit couvrir de roseaux; ce ne fut que sous Eadbert, septième évêque, qu'on en couvrit le toit et les côtés de lames de plomb. On en a un exemple dans une partie d'une église qui est à un demi-mille d'Ongar en Rssex. Les murs ne sont faits que de troncs «i'arères, de la hauteur d'un homme, et qui sont unis ensemble par du mortier en dedans; la couverture est de chaume. Yoilà quelles étaient les églises que fréquentaient les saints-les plus illustres; mais leurs maisons n'étaient pas mieuic bâties.» Ce que vient de nous rapprendre Monseigneur Doney, évêque de Montauban.

Les deux grandes Basiliques de Constantin lui-même. Saint Jean de-Latran et Saint-Pierre, pâliraient aujourd'hui devant les nouvelles; et on ne voit pas qu'elles aient été bénites, car elles furent toutes deux ensevelies dans le feu du ciel, la première pendant que son prêtre était à la campigne d'Avignon, la seconde sous Léon X, qui fut si fatal à l'Eglise...

Et quels furent, en effet, les francs et grands maçons du Moyen Age? et celai en particulier qui fit la basilique de Saint Pierre , le véritable Panthéon en l'air (comme au ciel) , ainsi que disait, mieux qu'il ne croyait, Michel-Angel Précisément lePape-ro2, et même \e général d'année, Jules (César) II, et Léon X, sa première créature ^ celui auquel il ouvrit les portes du 'V^atican , à la fin du si fatal XIlï« siècle! 1

{Saint-Pierre du Vatican fut bâti sur le modèle de la plus belle basilique con« nue, et qui n'existait plus, depuis des siècles... si ce n'est dans les pages d'Eusèbel l'église de la ville la plus luxuriante de l univers,... et qui avait disparu ellemême : la Babylone intermédiaire .. On dirait même la Thyatire anticipée . la fameuse Tyr \ (Voyez les Saints de monseigneur Doney.)

La Chapelle papale est encore pire que son armée : car celle-ci du moins , a horreur dti sang , jusqu'à passera l'ennemi lorsque l'ennemi se présente ; au lieu que l'autre, plus antichrétienne mille fois que les descendants de Mahomet, et ceux de Judas lui-même, sacrifie l'honneur et jusqu'à la vie de ses Ténor, aux oreilles des Princes et des apostats in petto du Lieu saint dans la Cité sainte!

La castration en effet est aussi profane que la circoncision est sacrée; la première aussi avilissante que la seconde est honorable; et toutes les deux sont, par des raisons contraires ou analogues, et mieux que le duel (suicide double), à la charge comme à la honte de la papauté royale.

Comment le Pape roi; avec son Vatican d'hiver, son Monte Cavallo d'été, et ses palais de campagne , comment les cardinaux avec leurs palais de Home , \e.vLr& villas... superbes des alentours, comment seulement la plupart des évêquçs de France, trônant dans des palais et florissant dans de vastes jardins, pourraientils attaqner les Béformateurs dans ce qu'ils ont de plus scandaleux : les leurs î Ils sont réduits et condamnés à les laisser flétrir par l'Anglican Inglis, qui en est jaloux, ou par Gustave de Beaumont... Les riches, et ambitieux , et prétendants O'Connell, eux-mêmes , ne le pourraient pas. Et c'est la raison de leur impuissance à sauver, de leur omnipotences perdre l'Irlande , et de la mort du plus fameux avant le temps, et à l'étranger, et aux portes de Rome! » Ces messieurs

Mc^oto^ plus ami des Lettres et Littérateur, que théologien (auteur d'un de Eiectione dignitatum stérile), que l'histoire d'Italie elle-même présente comme un des promoteurs des Vêpres Siciliennes 1 Et le Pape , encore plus entreprenant (il en voulait peut-être à la France), qui vint trôner à Avignon, et sous lequel fut incendiée la maison, éminemment pontifia cale, de Saint Jean deLatran, est GlémentV, quatrième Français, et Gascon ; lequel fut suivi du dernier Français, Jean XXII, médecin, passant pour s'être nommé lui*-même , qui nomma tout de suite 1 3 cardinaux français , et dont les ûonstitutims ^onX QéXèhves sous le nom à' extravagantes.

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