IX. L'objectioD de rinfaillibilité
L'objection de l'infaillibilité des Papes, la plusgrande qu'on pourrait faire en toule autre matière, est ici la plus fausse, €t même la plus malsonnante , la plus dérisoire , et la plus généralement moquée.
Et c'est aussi la plus opposée à l'Ecriture et même à la tradition.
Le Pape étant nécessaire, et d'institution divine, et universelle, en tant que Pape, pour susciter et constater lesEvêques (comme ceux-ci, pour susciter et constater les Curés); et encore, mais accessoirement, pour recueillir, constater, interpréter et immortaliser l'Ecriture Sainte, et juger, non les interprètes , mais les interprétations dé cette Ecriture (*) ; pour susciter et constater ou canoniser des Saints, ou des Hommes (**) exemplaires,... il est, en cela exclusivement, in-
ont, terme moyen, 125,000 fr. de rente ; les archevêques , près de 200,000 fr.; î'évêque de Derry en a plus de 300,000, et l'archevêque primat d'Armagh environ 400,000 ; le revenu du doyen de Derry est presque de 100,000 fr. Rien ne manque aux prélats d'Irlande pour leur faire une vie brillante. On ne saurait imaginer un plus beau palais que celui de l'Armagh. L'archevêque de Cashel , le plus pauvre , a 161,000 fr. de rente : son palais est environné de jardins délicieux. Là se trouve réuni tout ce qui peut enivrer les sens ; des parterres de fleurs charmantes entremêlées des arbustes les plus rares; et là des plantes d'une infinie variété; plus loin , des bosquets solitaires embaumés ; plus loin encore , d'admirables rochers surmontés d'une antique et superbe ruine qui s'élève au milieu d'un réseau fleuri de lauriers , d'acacias , de lilas et d'ébéniers. Une voie secrète conduit des jardins aux rochers; c'est par là que se dérobant aux yeux de son troupeau , le saint pasteur peut se retirer dans ce lieu solennel , où il médite en paix sur l'insuffisance des biens de ce monde.
(•) Seulement, le Confesseur particulier de l'interprète se trouve , en dernièr<e analyse , le seul juge possible de V Index.
(**) Si le Pape coupable était infaillible, ce serait à prouver sa faillibilité. Et c'est ici que nous devons reproduire une page de la Feuille Eternelle : — Il nous faut le dire , mieux que tout le reste; car, par une providence sans exem- !ple, nous avons été témoins^ et cela ne pouvait se dire sans un danger immense , et, au contraire, avec un immense Wenfait , que dans la Feuille éternelle —
MNS LE LIEU SAINT. 1 iî
faillible. (Le simple Juge civil ou criminel, en dernier ressort, Fest bien !)
Mais infaillible, vis-à-vis des hommes et des peuples seulement; plus faillible que tout autre, en ces exceptions-là même, envers Dieu, et par conséquent aux yeux de son Confesseur et de son Curé à lui-même.
C'est en ce sens, exclusivement, qu'il a, comme saint Pierre. les Clefs du Ciel et de la terre.
En toutes autres choses que ces trois, le Pape, loin d'être" infaillible (*) , est plus faillible et plus répréheiisible en gé-
o Lorsqu'il est écrit que le Sauveur pleura dans des circonstances diverses, et qu'il fut triste jusqu'à la mori, lorsque rien , daas toute l'histoire de saint Pierre, n'est plus célèbre, plus beau et plus salutaire que ses larmes [fievit amarê)..,^ c'est un fait que Grégoire XVI était jovial , riait , et plaisantait habituellement. Lorsque envoyé ^ nous pouvons le dire , de plus haut qu'un minisire des cultes ou àQ\ instruction pu6/i(7ue , à Rome , lui demander (ne fût-ce que par l'effet d'une manifestation personnelle) l*tn«?ex des feuilles prétendues religieuses àe Paris , nous le lui demandâmes en latin , et par une sorte d'inspiration , « au nom même de celle à laquelle (c'est la foi universelle dans l'Eglise , et le mot de saint Bernard) RIEN de bien ne se refusa jamais, »... le Successeur de Jésus- Christ se prit d'un éclat de rire immense , dans sa figure enflammée, et nous dit, en continuant son air : « ... Déjà, l'autre jour, une Religieuse ne s'avisa-t»elle point de me demander une grâce au nom même delà Trinité .". .' » — « Vous étiez indigne d'elle , » lui répondîmes-nous (Dieu le sait) m ;?effo. Comme bien on pense, nous fûmes scandalisé jusqu'à la stupéfaction , et ne fûmes pas le seul à l'être. En sortant du Vatican , nous écrivîmes , et nous allâmes au Quirinal faire rougir et trembler, et ce ne fut pas la première fois (on le sait, et surtout Dieu) d'un jugement prochain de Dieu , celui qui devait, si peu de jours après, fondre en larmes^ et s'évanouir sur le carreau de son maître, frappé le lendemain juste du Mois de cette Marie, au nom de laquelle il avait ri.„ (mais Dieu aussi. Paul, aux GaL, VI, 7).
» Mais aussi de notre vie nous n'aurons été plus édifié, grandi dans la foi , et même dans la certitude maih niatique de la vérité d'une Eglise , et même d'une incarnation, auxquelles il a été donné d'être à la fois si scandalisantes et si bienfaisantes. »
(*) Le Pape est infaillible encore , mais comme tous les fidèles, et même tous les infidèles, en tout ce qu'il dit de juste, ou fait de bien...
« Mais c'est comme Pape assurément qu'il est infaillible , lorsqu'il glorifie les Livres catholiques éminents. »
(Loin qu'il y ait présomption , il y a défiance de soi à croire aux autres pour être cru soi-même, et pour croire à soi-même , car il faut aussi avoir cette foi. Kt si tel ou tel , ici , s'avisait d'accuser d'orgueil , on lui répondrait comme saint Jérôme à un de ses envieux.- « Accuser d'orgueil, c'est en montrer. » Et on lui dirait , avec saint Paul aux Corinthiens : Quoniam multi gloriantur j»ecundim carnem, et ego gloriabor).
Or donc, le simple laïque, mais Fidèle en tout , partout, toujours, et à tout prix , il ose le dire , a mérité du Souverain Pontife lui-même des paroles comme celles-ci, sans exemple dans les Brefs (celui à La Chétardie lui-même, que Bossuet met au-dessus de Bossuet, relève seulement , ce qui est infiniment moins, selon le monde : virtutem et probitatem de l'homme, solidam doctrinam de l'écrivain).
«Le Pape félicite l'auteur de SON ZÈLE F.XTRAORDÎNAIRE A DEFENDRE LA RELIGION ET L'ORDRE SOCIAL : l'exhortant^ et puis l'exhortant dere» chef à consacrer au Bien général son inlelligence et sa doctrine Tria opéra
H2 LA GÎIANDË APOSTASIÉ
néral, et moins sûr de son repentir et de son salut que per-= sonne : car c'est celui-là surtout qui fait le mal et professe l'erreur en conscience!... L'orgueil est un monstre qui se nourrit si bien de vertus ! Caetera enim vitia vitiis aluntur ; sola superbia virtute pascitur. S. Hieron.
Et voilà pourquoi, lorsque le prêtre et surtout le laïque n'a besoin que d'un confesseur, le Pape est obligé d'en avoir plusieurs, et de se confesser plus fréquemment.
Dans les matières et sur les questions qui sont directement ou indirectement personnelles au Pape, où il est enfin partie^ et partie intéressée, il est, comme tous les hommes, et mieux que tous, encore moins juge possible. Car il serait son juge. Ce que les plus grands apôtres ne pouvaient : Neque meipswn judîco. I Corinth. IV, 3. Ce que le fils de Dieu lui-même ne peut : Non potest Filius a se facere quîdquam, JOAN. V, 19.
Cela seul donné, comment le Pape le plus éclairé, et même le plus saint, pourrait-il être juge irrécusable, ou seulement en premier ressort, de son pouvoir temporel et de sa royauté ? L'étant sur tel ou tel Evêque, ou Ecclésiastique, qu'on peut considérer comme ses subordonnés jusqu'à un certain point, comment serait-il juge des laïques et surtout des dissidents?
La doctrine contraire serait en opposition grossière av€C la nature niôme des hommes et des choses , en vertu de laquelle l'unique juge possible, pour un individu quelconque donné (Alexandre Borgia ou Vincent de Paul) , est son confesseur, voyant, auriculaire, et oral : c'est à-dire, en dernière analyse, SOI. Et c'est apparemment la raison secrète des diverses Congrégations (de celle de Vlndex surtout), des tribunaux élevés, et de la Rote de Rome, comme chargés par le Pape de sauver son impuissance de juger personnellement une personne quelconque.
Par ses effets immédiats ou médiats, apprécions toute autre infaillibilité que celle que nous avons dite. Et d'abord sur le Pape lui-même, déjà si élevé à des égards essentiels à ses propres yeux, et à ceux des autres. Et qui, à la vue et à
pergraianobis fuerunt. Gratulamur tibi ob optimim voluntatem tuam,ac singus lare studium luendae religionis et publicae tranquillitatis, gratique officio in notuo, teque etiam atque etiam hortantes ut pergas (ce qui rend prophétiquement, comme impossible, une erreur vraie et un index ultérieurs), in commune bonum ingenium doctrinamqne tuam conferre.» — Et cela , surtout apparemment, parce que, lui dit-il, VOS ARGUMENTS SONT PLUS IMPORTANTS ET PLUS SUSCEPTIBLES DÉGLAT.... AUJOURDIIUI QU'A TOUTE AUTRE EPOQUE , « Majoris momentiy hisce prœsertim temporibus , sunt argumenta iUa, tuaque eorum cum plausu est excepta tractatio. » — Eiï sorte que le Fidèle a pu dire , lui aussi , comme le Prophète-Roi : Et Petra exaltavit me , et nunc exaliavit caput meum super inimicos meos. Ps. xvi.
DANS LE LIEU SAINT. '113
i entente d'une infaillibilité dogmatique et presque générale, peut et doit naturellement sentir sa tète et son âme tourner... El l'on ne pourrait guère attendre une préservation ou un remède des confesseurs du Pape. Choisis par le Pape lui-même, dans ses entours et même dans ses amis les plus flattés et les plus flatteurs; et voyant à leurs pieds celui aux pieds duquel tout le Sacré Collège lui-même se met, ils seraient plutôt les premiers que les seconds à le placer bien au-dessus d'eux , et à faire comme avec Louis XVI l'abbé Edgeworth,
Qui, prêt à l'implorePj oubliait de l'absoudre.
Si du moins rinfaillibilité était honnête! Maïs voilà
qu'elle fut presque toujours mondaine , et quelquefois monstre.
Et, dans le fait aussi, il se peut prouver, l'histoire et les dates à la main , que les pires Papes et les pires Cardinaux , à ne les considérer qu'au point de vue de 1" humanité commune, honnêtes, et même bons avant leur exaltation, ne devinrent mauvais et même effroyables qu'après.
Grégoire VII, fils d'un charpentier, et disciple de Cluny, n'avait sûrement guère songé, avant d'être cardinal et Prince de TEglise, à dire, de façon à indigner Bossuet dans sa Défense de la Déclaration, « qu'un Pape, canoniquement élu, devenait meilleur, et tout-à-fait Saint, par les mérites de saint Pierre; » et à ajouter: « C'est ce que nous savons par expérience ! ! ! ^>
Alexandre VI, en particulier (on peut en dire autant de Jules II, etc.) avait composé, lorsqu'il n'était encore que le Cardinal de Borgia, un beau livre intitulé, le Bouclier de la défense de la sainte Eglise romaine : Clypeus defensionis sanctœ Romance Ecclesiœ. Et, comme, par une remarquable providence sociale, ce Pape-Roi monstre, devait susciter immédiatement un Roi-Pape de cette nature, sa Défense de la sainte Eglise devait susciter aussi une défense semblable par le Roi monstre. Alexandre VI fut en effet V Henri VIII de l'Eglise , comme Henri VIII,... Y Alexandre VI de CEtat. Ils étaient contemporains aussi; et la mort de l'un fut l'avènement de l'autre, aux premières années d'un siècle (*) qui devait, par eux, être digne d'eux.
(*) C'était les années aussi où un cardinal français, du nom de PérauU , publiait son livre de la supériorité du sacerdoce sur tous les Rois de la terre : De dignitate Sacerdotis super omnes lièges terrœ, 1055. Le fameux Evêque et théologien de i"» Majesté Catholique d'Espagne , Joseph Stephaaus, n'osa publier qu'un peu plus tard ses trois ouvrages, plus incroyables encore: de {'Adoration des Pontifes [De adoratione Pontificum) ; De la piiissance coactive du Pontificat [De potestate coactivâ Pontificis); de la Prééminence des Prêtres eux-mêmes {De p rœem inentiâ p resby terorum) .
Le danger du dogme outré de Finfaillibilité papale sur le clergé en général est encore plus grand. Gomme il sent trèsbien, et le premier, que le prêtre vulgaire esiVobjet du Pape, il est porté vivement à admettre (*), et, par suite, à croire, toutes les prérogatives du Pape, car il peut et doit se les appliquer, plus ou moins toutes à lui.
Les fidèles, eux-mêmes, se mettent, à cet égard, à la suite du clergé. Et les dissidents, tous ensemble, auxquels le clergé devrait aspirer encore plus qu'aux fidèles , indignés de cette double contagion sacrée, se sentent plus dissidents que jamais. En sorte que leur haine ne semble moins profonde que parce qu'elle est partagée sur les Papes, sur le clergé , et sur tous les catholiques à la fois.
Toute la chrétienté, tout le monde ensemble, par Tinfaillibiiité mal entendue, qui se confondrait volontiers avec la divinité, se trouvent comme déshérités du Dogme fondamental de la faillibilité, de la fragihté, de la peccabilité, du péché même, et immense, et du repentir, plus immense encore, de saint Pierre (c'est la doctrine de tous les Pères et de toute l'Eglise), avec lesquels le plus coupable des hommes est appelé à l'espérance en Dieu; sans lesquels le plus innocent n'est pas loin du désespoir.
A ses œuvres, jugez de l'horreur de la distinction entre l'orthodoxie philosophique d'un Pape, et sa corruption personnelle. On voulait arrêter les lib7^es examens^ et on les a multipliés et justifiés à finfini; on aspirait à ramener des hérétiques, on les a faits (**); on aspirait à la domination universelle, et on n'a obtenu que la haine, ou seulement findîfférence universelle; on voulait convertir le monde, et on l'a corrompu.
Aussi la loi ancienne elle-même , et surtout la loi nouvelle n'ont-elles eu garde de supposer seulement la plus petite infaillibilité du plus grand pouvoir humain religieux.
Et d'abord, il est remarquable que tandis que les mots de péclieiirs,^ecrimineh,Qi\Qmsi\ovcihYQ\x\ synonymes, sont par
(*) On a vu même de îîgs jours des Evêques ayant jusqu'à leurs chapelles sixtines; et la plupart sont communément entourés d'enfants de cœur, presque aussi roug.es que les cardinaux du Pape.
On peut apercevoir l'imitation , la contrefaçon delà Tiare ou Triple couronne du Pape-Roi , jusque dans le Tricorne de l'abbé magistral.
(**) Il en fut presque toujours des poursuivis, ou seulement des mis à Vindex pour hérésie , comme il en esta présent de ceux pour délits ou crimes delà presse. C'étaient ceux-là seulement qui n'avaient pas su démontrer leurs prétendues erreurs! n en est d'eux, tous ensemble, comme des anciens justiciables de l'ancienne justice du Droit romain de Néron et de Papinien , de Juslinien et même de Théodose, lequel était pour eux une Toi/e d'Araignée , où se prenaient les mouches, et passaient les serpents.
DANS LE LIEU Sx\I]ST.
milliers dans une partie quelconque de l'Ecriture Sainte, le mot de VinfaïUibilité, le plus usuel, 'le plus sacramentel même de la langue romaine, n'est pas une fois dans tout le cours de cette Ecriture!
Et comment parler d'm/*m7/i6z7zïe papale absolue, après ces paroles de YEcclésiaste, le plus beau de tous les livres delà Sagesse, qui faisaient trembler lui-même le plus grand homme de l'univers, et auquel il était donné de faire, quelquefois seul, les Papes, les Rois, et jusqu'à la Chrétienté de son temps. Saint Bernard, enfin. C'est dans le plus beau Sermon de sa vie qu'il s'écriait a Je frémis d horreur, Totus inliorrui , quand je me rappelle ces paroles de FEcclésiaste, IX, 4 , que PERSONNE ne sait s'il est digne d'amour ou de haine : Nescit homo utrùm amore anodio dignus sitVA
Lorsque le Sauveur vient , c'est bien une autre vertu, et par conséquent une autre faillibilité, une autre fréquence et gravité du plus simple péché (parce que c'était une bien autre grâce) encore.
Loin de supposer jamais, et en rien, l'infaillibilité du Grand Prêtre, des Pharisiens, des Docteurs et des Scribes de la loi, il ne parle jamais que de leurs infractions à la loi, et de leurs péchés publics et privés, qu'ils avalaient comme l'eau.
Il va jusqu'à proclamer la faillibilité et même le péché mortel spirituels des confesseurs(ceux des Papes apparem men t avant tous les autres), dans ces paroles si fameuses, et si inconnues : « Ce sont des aveugles qui en conduisent d'autres aux abîmes: Caecus si cœco ducatum praestet, amboin foveam cadunt. Matth. XV, 4 4.
Et lorsqu'il proclame et réalise la loi nouvelle , est-ce pour autre chose que pour en finir de cette horreur de l'ancienne loi?.. Il ne fallait rien moins que.l'abus et le crucifiement des grâces de Jésus-Christ elles-mêmes pour renouveler et aggraver mille fois cette horreur !
Le Sauveur commence par choisir ses apôtres, et surtout les premiers , dans les hommes qui songeaient le moins, et qui devaient le moins songer un jour à leur propre infaillibilité.— Et il élit, pour être les premiers, et comme les seuls chargés d'âmes, précisément ceux-là mêmes qui devaient être les premiers oublieux de la leur : l'un, par le reniement avec serment, et même avec imprécation^ de son Maître (qui l'appelle 5afan dans une autre incréduhtél Matth. XVI, 22; XXVI, 74) ; l'autre, parla persécution et la lapidation des premiers martyrs de Jésus-Christ. La supériorité apparente n'étant qu'une charge d'esprit et de corps immense, était pour eux une expiation.
A ce point, que saint Paul lui-même, qui n'était cependant quelesecouddansVApostolat, avoue, confesse personnellement
^16 LÀ gràisde apostasie
qa'il n est pas sûr de son propre salut : Miki pro minimo est, etc. I GoRiNTH. IV, 3 ; IX, 27 !
Gomme le Fondateur du Ghristiauisme et de l'Eglise eût été contradictoire et imprévoyant! G'était pour tous les temps, apparemment, qu'il fondait; et, encore mieux, s'il est possible, pour les derniers que pour les autres. Il savait que, malgré des grâces nouvelles , et de plus en plus grandes, les hommes, en général , seraient de yjlus en plus corrompus et corrupteurs. Et il aurait faitj pour les derniers et les plus profonds corrupteurs, ce qu'il n'avait pas fait pour les premiers et les plus innocents !
Et il faut dire encore, et en conséquence, que Dieu a voulu qu'il y eût incessamment, à côté des plus grands pouvoirs religieux et politiques supérieurs de droit, non-seulement un simple fidèle, mais plusieurs, et même de nombreux fidèles supérieurs en fait. C'est ainsi que saint Paul reprenait hardiment saint Pierre (V. seulement Galat. II, 6, 14.) ; que
saint Jean l'Evangéliste, qui n'était en apparence qu'Evêque d'Ephèse, fut, sous les trois premiers successeurs de saint Pierre, c'est-à-dire pendant presque un demi-siècle, bien autrement grand, exemplaire, et même autorité, dans l'Eglise que Lin, Clet et Clément, tout saints qu'ils étaient; — et que saint Jean-Baptiste principalement a été nécessaire pour susciter saint PieVre et saint Paul.
La sainte Vierge, et même saint Joseph, précisément parce qu'ils se montraient et parlaient moins, et priaient plus, étaient, à ce point de vue, encore plus grands que saint Jean.
Lorsqu'il s'agit de remplacer Judas , un autre Joseph, digne de celui-là, car il était appelé \e Juste, était appelé avec le nommé Mathias? ce fut celui auquel le Saint-Esprit épargna l'Apostolat ! AcT. I, 23.
Après de tels Etres, des Ames telles, pour subvenir aux Papes, viennent les Martyrs et les Saints proprement dits
Il faut aller plus loin et s'élever plus haut encore : car il y a une hiérarchie, et comme une échelle de Pontifes, tous les uns plus souverains que les autres.
Et c'est ici que nous pouvons résumer notre thèse», ou plutôt la thèse de Dieu sur la propriété et le prolétariat. S'il ne devait y avoir qu'wn pauvre, un mendiant, si vous voulez, dans le monde entier, ce devrait être le Pape; si un seul dans un diocèse, TEvêque ; si un seul dans une paroisse, le curé,... sans quoi, c'est le plus pauvre de l'Univers, lorsqu'il l'est au nom de Dieu, qui est Pape; le plus pauvre laïque du diocèse, qui est l'Evêque; le plus pauvre du village (*), qui fait office de Curé !
(*} Le prophète Osée a dit : « Tel est le peuple, tel le prêtre» : Ut popuhis, $ie
DANS LE LIEU SAÎInÏ.
Et c est le secret du soin que la Providence a eu, h toutes les époques de décadence, de corruption, d'abdication, d'apostasie ou de royauté des prêtres, de susciter, pour les remplacer, précisément les pauvres par excellence, les Bergers. Selon la magnifique promesse du Magnificat : Deposuit potentes de s€de, et exaitavit humiles. Aux temps anciens: Moïse et David, dans le premier ordre; Cyrus (Isaïe lui donne le nom de Pastor à deux titres) ; et, dans l'ère nouvelle (nous ne comptons ici, ni les Pasteurs appelés à voir les premiers l'Enfant Pasteur futur (*), ni les onze pêcheurs, ni l'Homme-Dieu, qui se nommait le Bon Pasteur), un saint Benoît Pape, le seul, à vrai dire (**), que ses successeurs aient pu canoniser dans un espace de 880 ans 1
(Plus humble encore, à d'autres égards, mais aussi appelé à se trouver plus grand que tous les Papes ensemble , saint François d'Assise naquit, par hasard, comme leDieu-Homme, dans une E^a6/e/)
PuisviennentausecoursdesnouveauxPapesRoisoudesRois Papes (plus assujetis et sujets que les anciens) les nouveaux prophètes (supérieurs aux anciens, grâce aux anciens), et des laïques illettrés, pauvres, et inconnus. Depuis Pierre Damien, Nicolas Pérégrin, Rupert, Malachie, saint Bernard, Joachim, Gerson, Jacques de Paradis, François de Paule, Philippe de Neri, Holzhauser, Joseph Copertino, le frère Fiacre, Tabbé d'Ettemare; Paul de la Croix (fondateur des Passionistes (***); l'abbé Gasner, d'Autriche (admiré par Lavater); l'abbé Pothier, de Reims; et même le Thomas Martin, de Galardon,.. et le Martin Michel, du Prince de Hohenlohe; jusqu'à ce Pierre Michel (inouï, ne fût-ce que comme métaphysicien et éloquent), le dernier et le plus habile défenseur de f Episcopat, et de la papauté, et que Nosseigneurs du Concile de Paris viennent de juger, après avoir refusé de l'entendre !
Les femmes elles-mêmes^ grâce à Marie, supérieures aux hommes lorsqu'elles sont supérieures, ont eu, et elles ont en-
sacerdos. Que dirait il aujourd'hui , mais que dirons-nous de voir que parmi les iaïques ei les simples g^ens, il y en a dont la bonne vie nous fait honte » Le bon Curé, au chap. intitulé : Combien sont grands les péchés des Prêtres»
(*) Il est dit d'eux qu'ils veillaient la nuit comme le jour sur leur troupeau. Luc. 11 , 8.
(") Gr 'goire VII, fils du charpentier HUdebrand , et même Pie V, ne furent mis dans la Légende que longtemps après leur mort , et au grand f tonnement de l'univers : le premier, au siècle des philosophes , et par Benoit Xlïl. Saint G lestin, qui a?aii horreur de la papauté, ne fut Pape que quelques mois.
('*') Un simple Pierre Pinault de Paris publiait, dans les dernières années du lernier siècle, un livre courageux et prophétique, intitulé; t Origine des maux
l'Eglise et leurs remèdes, 1787. Et il traduisait, pour se le faire pardonner, fc'S admirables Lettres de saint Charles Borromée sur le même sujet.
core, la mission, et pas la charge^ de commander aux Papes les plus orgueilleux ou les plus humbles , depuis sainte Elisabeth, de Trêves; sainte Hildegarde, du Mont Saint-Rupert ; la bienheureuse Julienne, de Belgique; sainte Brigitte, de Suède; les saintes Catherine, de Sienae (celle-ci et la précédente furent aussi puissantes à Rome sur, pour ou contre les Papes, que les armées de nos jours y sont terribles), de Bologne, et de Gênes; Jeanne d'Arc, de France; Jeanne de la Croix, et Marie d'Agréda, d'Espagne ; Marguerite du Saint Sacrement, de Beaune ; Mecthilde du Saint Sacrement, de Saint- Dié ; et Marguerite Marie, du Sacré Cœur ; la sœur de la Nativité;... Bernardine Bienzi; la sœur Emmerich; jusqu'aux Extatiques modernes : Véronique Giulani , Dominica Lazzarl ; Maria Morl , et FÉlisabeth de Niederbronn ; et l'extraordinaire Carmélite de Tours; la plus extraordinaire encore Sœur de la Clumté de Paris, révélatrice de la Médaille miraculeuse; et l'étonnante Ma7ne de Lyon, fondatrice de la Propagation de laFoi!
Abondant dans le même ordre de vérités élevées , Pie IX a choisi le grand jour de la Purification, à Gaete , pour proclamer jusqu'à son impuissance spirituelle ou pontificale (précisément parce qu'il a voulu la puissance royale!) à sauver Rome , l'Italie, et la chrétienté; et pour s'écrier, en canonisant un inconnu : « Je sens mon cœur se remplir de joie , de confiance et en même temps d'admiration pour les merveilleuses dispositions de Dieu , qui , avec les inventions que lui suggère son amour pour les hommes , suscite de temps à autre son divin Esprit dans quelques-uns de ses serviteurs , afin que , déclarant la guerre à l'enfer, bons et fidèles comme ils sont , ils assaillent les ennemis de la vérité et combattent contre eux les combats du Seigneur. \J homme de Dieu , dont nous publions aujourd'hui qu'il a héroïquement pratiqué les vertus chrétiennes , iuX suscité de Dieu même pour réveiller et ranimer le clergé, en le rendant capable de guérir les peuples d'une plaie lamentable qui semblait résister à tout remède , parce qu'elle était étalée sans honte ni répugnance et portée par une déplorable habitude, »
Les laïques mondains ou célèbres eux-mêmes furent , à toutes les époques, et sont surtout aujourd'hui, de dernières et d'irrécusables preuves de la décroissance de valeur des Papes, des Cardinaux, des Evêques et du Clergé. Depuis Grégoire VII, principalement, il n'y'eut guère de lues et même de lisibles dans le monde (après celles des adversaires du Clergé dans le Clergé) , que les Apologies de la religion des gens du monde. Tels que Bacon, Thomas Morus, Grotius, Descartes, Pascal, Leibnitz, Euler, Stolberg, et mêmeHobbes, Rousseau et Montesquieu; le Tasse, et même le Dante et Pétrarque; Corneille, et même Racine; et jusqu'à Chateaubriand !
DANS LE LIEU SAINT. 'SIS
Bergier, Porée etNonotte(*) n'ont guère été que des gloires pour Voltaire; le vicomte de Bonald et le comte de Maistre, royalistes ou papistes jusqu'au sang , des réclames pour les républiques de France et d'Italie.
Nous avons vu les premières paroles et les premiers actes du Sauveur dans le choix des chefs de son Eglise ; les derniers sont encore plus énergiques à les montrer peccables et pécheurs, repentants, convertis, et convertissants.
Le premier quatuor de verbes du Christ aux onze : « Allez , enseignez toutes les nations, » applicable à tous les successeurs de saint Pierre, Papes, Evêques , et mème^ et surtout peut-être Prêtres, offre autant de devoirs violables, et violés, que de verbes : — Allez! c'est-à-dire, soyez en marche, en actes toujours ; — Enseignezl c'est-à-dire, sachez d'abord, et puis instruisez les autres; — les Nations? c'est-à-dire les peuples, avant les Rois ; — les Nations ? c'est-à-dire , avant toutes, la vôtre, votre patrie (pour le Pape, Rome et l'Italie, les plus corrompues toujours); — toutesles nations, sans exception? Et la moins croyante, et la moins chrétienne des grandes nations du globe (l'empereur Nicolas, l'Asiatique, vient de le dire à son départ de Rome), c'est la Chrétienté î
• Et je serai avec 1^02/5 jusqu'à la fin des siècles? * Deux autres verbes immenses. Avec vous? Oui, mais, apparemment, si vous voulez. Car Dieu ne change pas, même pour lui, la nature des choses et des hommes ; il laisse à l'homme le plus grand, encore mieux qu'au plus petit, son libre arbitre. Et, pour avoir été avec saint Pierre et saint Grégoire le Grand, il n'a pas entendu être avec Alexandre Borgia, malgré Alexandre Borgia. — « Jusqu'à la fin des siècles? » Mais il s'agit dç savoir ce qui constitue cette fin ; et il y a une fin à tout, même au monde. Périsse lemonde^ plutôt qu'un principe !
L'antique et première Eglise temporelle, fondée , on peut le dire, par l'Eternel Père, et tant aimée par le Fils Eternel, elle-même , devenue ingrate, elle-même a fini. Et l'on'vou-
(*) Liguori lui-même, si supérieur à tous les Bergier du XVIIIe siècle, et même à tous les Bossuet du XVlk, Liguori , tout saint qu'il devait être , a comme neutralisé son œuvre et ses chefs-d'œuvre par deux seules erreurs, qu'il faut appeler deux horreurs : la première, la Torture en matière criminelle ; la seconde, l'exception à la torture, en faveur des Nobles et des Puissants, les seuls auxquels TEsprit-Saint annonce la Puissante torture : Patentes Patenter criiciahitntur.
Le nouveau et dernier clergé français , apologiste plus malheureux encore, s est résolu , est tombé, tour à tour, d'un Frayssinous courtisan , à un Genoucl^ ingrat; de Tabbé Genoude, à l'abbé Mignej de l'abbé Migne, au père Lacordaire; et du père Lacordaire, à un abbé Chassay.
Et, lorsque, dans le sentiment de son impuissance , le clergé a cherché des laïques pour le remplacer, dans la seconde fonction épiscopale et même pontificale (la première est la sainteté) il a choisi... un juge de paix manqué de Gascogne, du nom de Nicolas !
il LA GRAISDË APOSTÀSIË.
àrait que la seconde, plus aimée encore, car elle est aimée à la fois par le Père, par le Fils, et par le Saint-Esprit, et mille fois plus ingrate, et plus coupable, et comme trois fois déicide, fût éternelle,,. Oui, peut-être, à la façon de sa Villel
Elle finira, par la raison, toute seule, et plus manifeste encore, qu'elle est finie :
Elle fut.
Mais elle, non plus, et encore mieux, n'est finie, que pour recommencer, et parce qu'elle recommence déjà.
Et toute son histoire est écrite à l'avance , et fut même écrite toujours, et jusque, et surtout, dans la Genèse, aussi bien que dans Ezéchiel tout entier, et dans tout entier Saint- Jean. Ce fut toujours l'espérance et le cri universels du genre humain. On est àl'aurore d'un Ciel nouveau, pour une Terre nouvelle, précisément parce que le Ciel actuel s'est abaissé et comme évanoui
Plus malheureux que le dernier des Grands Pontifes juifs et judaïques, Caïpiie (de Caïnique mémoire), au rapport de saint-Jean, XI, 49-56, a fini par la prophétie delà mort à'im Homme, pour épargner la mort d'un peuple entier: « Expedit vobis wX unus moriatur Homo pro populo j„. Viendra, s'il n'est venu, un dernier Grand Pontife, qui sera condamné peutêtre, à ne pas même, dans sa fin, prophétiser sa fin.
Dernières et finales paroles du Christ, sublimes : « Et sur cette pierre je bâtirai mon Église; et les portes de l'Enfer ne prévaudront point contre elle. » — Sur cette pierre? Et d'abord, cela peut signifier le Pierre, si près de Jésus, par son seul crucifiement, et si différent de tous les autres Papes. — Mon Église? ce qui n'emporte apparement que ceux des Papes, des Évêques et des Prêtres qui auront voulu être de cette sienne Église du Fils de Dieu. Et on dirait, en vérité, que tous les successeurs de Saint Pierre (*), qui n'ont pas eu peur, la plupart, des plus grandes dénominations de Dieu lui-même, aienf tous reculé devant ce Nom si naturel, si obligatoire, et si bien faisant de Pierre 1 ! !
c Et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle : Et por/^ inferi non prcevalebunt didverms eam. Ettibi dabo claves regni cœlorum etc.» Matth. XVII, 19. Chacune de ces expressions est à la fois un mystère et un éclat. — Les portes de l'enfer? à la différence de la Porte du Ciel (**), toujours
(*} Le premier Pape qui ait eu horreur, sainte ou non, du titre de saint Pierre, avait une raison providentielle de plus de le prendre, il le portait. Il préféra, celui de ^er^iîis , qu'il a laissé a un Sergius III, horrible.. Et il s'est vu éliie comme entre deux antipapes ; et il a été comme accompagné des deux plus fameux schismatique» grecs de Constantinople , les vrais pères de Photius. !
(**) L'Esprit-Saint dit : la Porle du Peuple, comme h\ porte de Dieu ; ot il commaude à son Prophète de se poser là Sta in porta fliorum popiUi. Jérem.
xvn,i9.
DANS LE LIEU SAINT. 12Î
unique : Porta Domini ; Porta domûs Domini^ etc. (V. seulement la Genèse ,XXVni,n; David, CXVII, 20; Jérémie, YII, 2; Ezéchiel, XI, 2 ; Zacharie, XIV, 10) ; et même toujours étroite ; Angusta porta, Matth-YII ,13:.. les portes de l'enfer, du monde, de la mort sont toujours Multiples et larges : Exaltas me de partis mortis. Psal. IX, 1 5 ; CVI, \ 8. — Les pointes de C enfer c'est-à-dire, ou rien , la plus grande tentation , la séduction la plus puissante qu'on puisse concevoir, celle quasi des élus ! Et l'Esprit-Saint dit partout la chose, encore plus que le mot. En saint Matthieu , XXIV, 5, \ 1 ; en saint Marc, Xlll, 6, 22; et dans l'Apocalypse. XII , 9; XIII , 4 4 ; — la séduction , ou aucune , du premier des apôtres , et puis du second , et puis des douze, et puis des 666, etc., faits, mais aussi défaits et corrompus les uns paries Sivdres,à leur image. Car, ainsi que Dieu, le Père par excellence, frappe toujours à côté de la créature , le démon , parâtre par excellence , ne manque jamais de viser, et de frapper au cœur et à la tète. Ce que Dieu permet afin de susciter, par le combat le plus grand et le plus digne , la victoire et la gloire les plus grandes ; et par des combats accessoires et analogues entre tous les hommes bienfaisants et tous les malfaisants de la terre, des gloires analogues. Système social magnifique, le seul explicatif de toute philosophie, de toute théologie , de tout gouvernement, et qu'on est réduit à nier en affirmant l'infaillibilité et la royauté de la Papauté.. Système divin , plus magnifique encore , que Dieu lui-même a suscité , et comme souffert lui-même au commencement , de l'Ange déchu, Luçifer, à l'Ange fidèle, Michel, et jusqu'à lui, Dieu...', que le Fils de Dieu, à son tour, a souflèrt de Satan à Lui, dans le désert , et qu'il a voulu que souffrissent, de son vivant, saint Pierre le premier, et puis tous les onze ; et après sa mort et son Ascension , tous les éveques et tous les Papes indistinctement.
Userait fort que Dieu , le Juste et le Conséquent modèle , et qui frappait ou laissait frapper son Fils , et les plus chers amis de son Fils , et perdu Viin d'eux (qu'il aimait encore , nous l'avons vu, dans sa trahison), ait excepté ou respecté Grégoire VII et Boniface VIII , Alexandre VI et Léon X , Grégoire XVI et Pie IX.
Et la grande séduction en question , quelle est-elle , en définitive? C'est encore , ou rien , dans les anciens apôtres euxmêmes , représentés par Judas , \ exemple de l'or ; et , dans les derniers , d'ribord X exemple de la couronne ; et , finalement, \ exemple à^Y infaillibilité.
Et si, par une comparaison sublime (car l'Esprit-Saint est le plus poétique des esprits), portes de l'enfer fameuses, n'étaient pas autre chose que les Boyautés ! Elles en sont, en tout cas, les types rigoureux. Les dominations temporelles
y|^2 LA GRANDE APOSTASIE
ne peuvent être figurées plus rigoureusement que par les portes de leurs châteaux Saint- Ange , de leurs Yaticans, de leurs Louvres^ de leurs prisons d'état pour leurs rivaux et de leurs conciergeries pour leurs victimes (les empereurs Mahométans s'appellent eux - mêmes Portes sublimes). Toutes portes d'airain, que le Seigneur se plaît à briser : Qui c ont rivit portas œreas. Psalm. CVI, 16; et qui s'ouvrent devant saint Pierre : Porta ferrea ultra aperta est eis. Act. XII, 10. Et voilà qu'il est arrivé P que, dans le récit des promesses faites à saint Pierre , les paroles relatives aux portes de l'enfer sont jointes immédiatement à celles relatives auxG^^/5 (lesquelles sont, et pour cause, au pluriel encore) ; IF que les promesses faites à saint Pierre sont immédiatement suivies de la plus énorme incrédulité , du péché le plus énorme de saint Pierre , pire que son reniement fameux , et qui le fait appeler... Satan par Jésus-Christ lui-même! et cela à propos de la plus touchante expansion du Sauveur, qui lui annonce de nouveau sa Passion !.. » « Ei Pierre le prenant à part commença à le reprendre , en lui disant : A Dieu ne plaise, Seigneur ! cela ne vous arrivera point. Mais Jésus, se retournant , dit à Pierre: Retirez-vous de moi , Satan, vous m'êtes à scandale, parce que vous n'avez point de goût pour les choses de Dieu , mais pour les choses de la terre.» (Trad. de Sacy) . Vade post me, Satana; scandalum es miliil Matth.XVII, 21-23. Elle Sauveur ajoute : « Et que servirait-il kun homme de gagner l'univers (ce qui ne peut s'appliquer qu'à un Roi), et de perdre son âme ? Quid prodest homini, si mundum universmn lucretur, etc.?
En résumé , les consolantes et terribles paroles : » Les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle, * qui ne se trouvent, et pourcause,quedansle seul Evangilede saint Matthieu, chargé de l'histoire du Sauveur considéré dans sa seule Humanité, ne pouvaient signifier, et ne signifient qu'une chose, la plus nécessaire et la plus simple de toutes : « les plus grands scandales du monde , qui ne sauraient être que ceux des personnes appelées aux édifications les plus grandes, et qui seules combattent sérieusement \ Eglise ouïes E/M5(deux mots synonymes) probables, ne prévaudront jamais (^onivQ eux; ils ne feront que les éprouver , et même les faire briller, comme
l'or au feu, ^ ^ .. , . .
Si en tout cas, le Sauveur avait suppose une infaillibilité dans ses apôtres, ce n'eût guère été dans la rigueur. Il se l'était réservée pour lui-même, pour lui Dieu. Et c'est précisément celle à laquelle la plupart des Papes-Rois ont tenu ou tiennent le plus!
On conçoit en effet la colère de celui qui, seul, a pu dire aux Pharisiens : « Qui de vous me reprendra de péché? » On
DÀNS LE LIEU SAINT
le conçoit chassant les vendeurs du Temple , et inspirant à saint Jean-Baptiste, et disant lui-même aux Pharisiens déicides in petto: « Races de vipères! »
Mais le vit-on jamais, lui-même, lancer des anathèmes et des foudres, des excommunications (*) et comme des courir-sus, contre ses plus mortels ennemis : c'est-à-dire les pécheurs les plus notoires? 11 pardonne à la Madeleine. Il se refuse à condamner la femme adultère. Il appelle Judas lui-même, au moment de sa trahison : Mon ami : Amice !.. Et, lorsque, sur les Oliviers, saint Pierre, portant cette fois la fidélité jusqu'à la colère, tire Fépée (*'^) pour frapper le Malchus, serviteur du Grand-Prêtre, tout lâche et méchant qu'il était, Jésus lui dit : « Remettez votre épée dans son fourreau : car comment boirais-je avec elle ce calice que mon Père m'a donné? » Jean, XVm, 10, 11.
Nous avons dit que le Sauveur s'était réservé la rigueur et surtout la foudre pour lui-même, pour lui seul, pour lui (s'il est possible de le dire) redevenu Dieu; et la foudre, pour venger et glorifier ses apôtres principalement. Il y en a une preuve assez belle dans la mort instantanée, et comme par le premier choléra, des premiers propriétaires infidèles
(*) LeP:ipe-Roi pourrait, au plus, selon de célèbres cauonistes, même ultranioutAÏn^, excotnmiinier un Evèque , un prêtre, un religieux. Un laïque., sujet ou roi, un dissident surtout, jamais.
A lui permis , à lui ordonné même , de raisonner, ou de faire raisonner contre eux , selon cette parole de saint Paul aux Romains : « Je vous en adjure au nom même de la miséricorde de Dieu , que votre foi soit logique •■ Obsecro vos , fratres , per mi^ericordiam Dei,... rationahile obsec/unim vestriun. XII, 1. Et celleci de saint Pierre, I, III, 15 « Soyez toujours prêts à donner satisfaction à quiconque vous demande raison de votre foi : Parati semper ad satisfactionem omni poscenti vos rationem de eâ , quœ in vobis est, spe.
Mais le grand apôtre , le grand maître, on peut le dire , des Papes , précisément parce que, ne l'étant point, il est accolé, et comme crucifié à jamais au premier qui le fut, saint Paul, a traité le sujet ex cathedra , et il i'a épuisé en deux textes qui ne seront jamais admirés assez. Le premier, à l'Eglise-mère , l'Eglise d Eplièse : Assiunite et gladium spiritûs , quod est VERBUM Dei. VI , 17- Et le second , à l'Eglise Romaine^ plus par ticulièrement ; Vivus est sermo Dei et efficax, et PENETRABI LIOR OMNI GLADIO ANCIPITI : « La seule parole de Dieu est vive et efficace; elle est plus pénétrante qu'une épée à DELX tranchants!»'
Saint Paul ne dit que de ses ennemis mêmes, et des rois de Rome, qui devaient le décoller ; u Ce n'est pas sans cause (il n'est pas dit ; raison) que la puissance ou le prince porte le glaive ; Non enim sine causa gladium portât. Rom. Xlil, 3-4
Mais^ peut-on dire, le premier des apôtres avait une épée.' Gladium? Et d'abord , 1 - ce n'est point de l'Apôtre que cela est dit ; pas même absolument de Pierre , mais bien de Simon ; Simon ergo Petrus habenâ gladium ; 2° Il est encore supposé qu'il n'avait une épée que par hasard : Habens gladium, eduxit eum ; 3o et que l'Apôtre , et surtout le Sauveur furent ici, l'un tant innocent , l'autre tant sublime , que toute la cohorte de soldats, de ministres des Pontifes, et des Pharisiens armés , qui furent témoins de la violence de Simon, ne songèrent même point à la venger.
du Christianisme : Audieiis Ananias hsec Yerba , expiravit. Et factus est timor magnus super omnes. Act. V, ^5.
Pie IX, mal informé par TArchevêque de Paris et l'ancien Evêque de Langres , aujourd'hui représentant du peuple, vient de donner à l'un des ecclésiastiques les plus distingués de toute la France, et dont Pie IX dit lui-même qu'il peut seîU infecter tout le troupeau, plusieurs épi thètes, dont une seule {horrible ou fou) suffirait à aliéner à jamais le Prêtre à l'Archevêque, et à l'Archevêque tout le troupeau!
Et vous ne le ferez point, Chantôme ; car, je le sais mieux que personne, vous fûtes toujours, et dès vos jeunes années, l'ami de Marie; vous avez même glorifié, dans un opuscule aussi ingénieux que prévoyant, le Saint-Esprit, encore inconnu. Et vous vous rappellerez que les Pharisiens judaïques, plus osés que les Parisiens, appelèrent fou votre patron saint Paul: Insanis, Paule ; multae te litteres ad insaniam convertunt. AcT. XXVI, 24. — Et que saint Paul a dit lui-^même : Soyons fous pour iésus-Chvist: Nos stulti pi'opter ChristumA, Co- RINTH. lY, 4 0.
Toutes les sortes d'autorités concourent à montrer la fausseté de l'infaillibilité générale* Et d'abord, elle n'est point des temps et même des siècles apostoliques. On n'en trouve pas plus le nom dans les Pères qu'on ne le trouve dans toute la Bible. Comme elle était l'effet, elle est encore le signe de la dégénération ecclésiastique. Elle coïncide juste avecla royauté des Papes. Et nous ne voudrions que les in-folio du moyen âge {médiocre en effet) , et ceux du dernier {V Encyclopédie- Migne), pour en faire sortir l'inorthodoxie et le fléau. Plus une vérité est élevée et nécessaire, plus elle se démontre, comme Dieu lui-même, en un mot.
Elles Papes les plus absolus, lesplusRoisJesplusRoisdeRois, et visant le plus à Tinfaillibilité d'un seul, n'ont-ils pas euxmêmes, et les premiers, supposé et démontré leur faillibilité, leur peccabilité, précisément dans leurs institutions les plus communes, les plus nombreuses , et celles-là mêmes dont ils se réclament et se prévalent le plus,... leurs Congrégations de gouvernement à n'en plus finir?
Et ces milliers de Conciles, plus ou moins généraux, et tous provoqués , présidés et promulgués par eux ; et ces Ordres religieux, et ces Congrégations aussi multiples que les premiers chrétiens étaient moines ou Solitaires, sont encore mieux autant de épreuves vivantes et universelles, par les Papes les plus saints, de la faillibilité des plus saints Papes.
Les objections, ici comme partout, corroborent toujours la vérité. — Et nous les avons déjà implicitement réfutées toutes.
On dit : « L'infaillibilité d'un seul est le seul moyen d'arrêter les prétentions et les faifiibilités de tous?... Et si c'était,
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au contraire, le moyen sûr de les toutes exciter?... Or, contre la première opinion , nous avons V Histoire ecclésiastic^ie, qui n'est pas autre chose que l'histoire des pertes et des divisions de l'Eglise. Et pour le second sentiment, nous avons les Actes des Apôtres et" ceux des Martyrs.
Le véritable et le seul Holà \ catholique et papal , c'est le €ontraire de V infaillibilité ultramontaine, la faillibilité des plus grands saints; c'est, non pas l'humilité m petto , mais l'humilité publique et politique.
On dit encore : Alexandre VI, qui viola plus peut-être que ne le fit jamais âme vivante ou morte, toutes les lois divines et humaines, n'erra jamais sur le dogme? ^qWq raison pour être huée par tous les grands hommes, et par tous les petits ; et pour faire seule plus de tort à la religion romaine que ne lui en feraient tous les crimes de Borgia î Tout le monde juge, l'Esprit-Saint lui-même le premier a voulu que le monde jugeât d'une doctrine par son précepteur. Et, pour notre part, loin d'être, nous aurions horreur d'une Eglise dont le souverain pontife, prônant perpétuellement, et supérieurement, le Symbole, violerait encore mieux le Décalogue ; qui dirait enfin toujours bien, et ferait mal plus souvent qu'un autre.
Une dernière objection faite aux dogmes invincibles de la faillibilité relative du Pape, et de sa défection souvent absolue, n'est pas moins impudente, et elle est encore plus fausse. Nous voulons parler de Yisolement prétendu des Papes-Rois criminels , comme on vit Alexandre VI , Jules II , et même LéonX. Ils le furent peut-être, et même certainement, moins que ne l'avaient été (humainement parlant) les sacré collèges de princes de l'Eglise et de l'Etat qui les avaient élus, choisis etpréférés (/^ crime ases degrés...,); et qui, 70, 700, 700O qu'ils étaient, durant tout le cours des règnes desPapes effroyables, ne surent point, par un seul des mille moyens, même politiques, nous ne disons pas les neutraliser, rnaisleur faire déposer la tiare qu'ils profanaient, et les faire descendre d'un trône souillé, et qu'ils souillaient encore.
Aussi l'erreur profonde de l'infaillibilité, dont on a voulu faire une vérité fondamentale, a-t-elle seule fait plus de mal à la religion catholique que toutes les dissidences et les hérésies ensemble,... qu'elle a seule occasionnées ou causées; et lui a-t-elle fait, nous le verrons en son lieu, plus d'ennemis que le fait du pouvoir temporel le plus exagéré lui-mêrne, car elle l'avait secrètement pour but. Et , pour ne parler ici que de la France, ses fameuses Libertés gallicanes n'étaient rien moins que des vertus. Son tort, secrètement dupe de l'Italie, a été de leur donner le nom de Libei^tés. C'étaient les préten-lions de Rome qui l'étaient jusqu'à la licence.
Le Pape a une bien autre infaillibilité que celle de se per>»=
dre et de perdre à accuser, à excommunier ses adversaires^ même gratuits : c'est de les sauver à force de les chérir !
En somme, et tout cela donné, l'infaillibilité du Pape sur la question de sa royauté, élevée dans l'enseignement à la hauteur du dogme, et, dans la pratique, au ridicule de \ index et à la hauteur de l'excommunication et des foudres du Vatican, constitue seule ^ ou nuls attentats ne sont et ne seront jamais, Y Abomination etldi Gi^ande Apostasie dans le Sanctuaire même!
Et voilà certainement pourquoi il ne commença d'y avoir des antipapes furieux que depuis qu'il a cessé d'y avoir des Papes saints (on n'en vit pas un seul aux siècles des papes martyrs) (*). — Pourquoi, te Sauveur lui-même, en annonçant pour les derniers siècles , à la fois un grand nombre [multi) de faux prophètes, et un grand nombre de vrais, ne nomme dans ceux-ci que les plus simples, les derniers, et les plus dédaignés des fidèles : les enfants , les vieillards , et jusqu'aux servantes. Et c'est saint Pierre lui-même qui nous l'affirme dans son premier Sermon : Et prophetabunt fitii vestri, et filicB vestrœ; et juvenes vestri visiones videbunt, et seniores vestri somnia somniabunt. Et quidem super servos meos, etsuperan^:?7to?7i^rt5EFFUNDAMde Spiritumeo. etc.!!! AcT. II, 17, 18.
Et pourquoi aussi les plus grands théologiens , les plus illustres Pères de l'Eglise, les Papes même , et surtout le plus autorisé, saint Grégoire-le-Grand, ont pensé, et n'ont point hésité à dire et à publier que l'Antéchrist lui-même , et lui surtout, serait, non pas un antipape, mais un Pape !!!.., plus roi ou prétendant que nul autre.
...Car quel intrus, de son chef, pourrait jamais tromper jusqu'aux élus, ainsi que l'a dit, et prédit, le Sauveur? (Matth. XXIV, 24.)