‹ La Grande apostasieChapitre 18 sur 34 · DÉMONSTRATION PAR LA SOUPPRANOS PUBLIQUE UNIVERSELLE · texte numérisé non relu

DÉMONSTRATION PAR LA SOUPPRANOS PUBLIQUE UNIVERSELLE

Tu es ille Fir.... I, Reg. XJI, 7.

C'est ici que la démonstration est plus péremptoire, car c'est un argument ad liomines terrible.

Vous qui vous prétendez Juges de la terre, et qui l'êtes à plusieurs égards , écoutez ! . . . .

Il y a, dans le monde, à l'heure qu'il est, une immense majorité d'hommes qui se croient, et qui sont par conséquent malheureux ; et il y a une autre majorité immense, si ce n'est point celle-là même, qui n'est pas vertueuse. D'un autre côté, tous les Papes, tous les Cardinaux, tous les Evêques, tous les Curés enseignent, l'Evangile à la main (un homme , un impie lui-même le sent et le crie, en ne trouvant autour de lui que des petits nombres à aimer î) que c'est le petit nombre qui sera Élu de Dieu. Et c'est pour arriver à cette élection que Dieu a institué le Pape et plusieurs millions de Prêtres qu'il y a aujourd'hui sur la terre. Or, sans la prévarication, ou du moins sans l'insuffisance de l'immense majorité de ces quelques millions , vous ne vous expliquerez jamais l'immense majorité d'inappelés. Et, sans une faute, pour ne pas dire un péché mortel et un crime {le plus grand de tous les crimes), et un crime qui se colore, qui se commet habituellement, et savate comme Peau, c'est-à-dire la propriété , ou le pain et le vin non-seulement du jour, mais du lendemain, et même de Vannée (heureux si ce n'est pas du siècle !) vous ne viendrez jamais à bout de vous expliquer cette insuffisance !

Et puis, quant aux moyens, à l'art humain, c'est-à-dire satanique ou divin, le Prêtre, en général, est plus habile que tous les autres; et, comme il fait mieux le bien, lorsqu'il le fait, il fait le mal encore mieux.

Et qui pourrait le faire que lui , ou sans lui ?

Les témoignages ici ne manquent point, ils sont unanimes; et tous de lui ! Nous n'en rappellerons que plusieurs de saint Liguori , qui en remarque tant d'autres : « Il y a trop peu d'Ecclésiastiques, dit saint Chrysostôme, Multi nomine^ pauci verd opere^ trop qui ne servent que le monde, et qui ne suivent

DANS LE LIEU SÀINT. 4 29

que la vanité, et trop peu qui chérissent la vertu, et qui s'acquittent du vœu solennel qu'ils ont fait de ne servir jamais que Jésus-Christ, qui, après les avoir tous faits pour lui , se trouvera en avoir le moins : Dei esse debent omnes, dit notre Docteur , sed rari inveniuntur in messe Domini opérantes , multi Grdine, pauci ordinissanctitate^ ministros Dei se dicuot. sed ministri siint Satance per super biam, Mainmonœ per avaritiam^ Veneris per luxuriam, Bacchi et Cereris per gulam, Beelzebub per invidiam, Martis et Vulcani per impatientiam et iram ardentem, denique Dianse per ignorantiam.»

« Saint Grégoire a conçu tant d'horreur du péché des prêtres, qu'il le croit plus grand que celui des Juifs qui ont crucifié le Sauveur : « Magis peccat qui spernit regnantem in cœlo, quàm qui crucifixerunt degentem in terrà. » Et nous croyons aux révéialions de sainte Brigitte , où Jésus-Christ lui-même dit que « le péché des prêtres surpasse celui de Judas; qu'il est plus cruel que celui des bourreaux ; qu'il égale celui des démons, et, partant, que la malédiction tombera sur tout ce qui leur appartient. »

c( Et entre tous les prêtres, les plus coupables sont, après les Papes (*) qui souffrent les Evêques médiocres , les Evêques qui élisent de médiocres Curés : « Ce qui arriva à saint Léon lorsqu'il fut Pape, dit l'auteur lui-même des Obligations des Ecclésiastiques, doit bien donner delà crainte à ceux qui s'em^ ploient à faire des Clercs : ce grand saint se voyant le chef de toute l'Église, jugea qu'il fallait une si grande pureté de conscience , pour se pouvoir acquitter de cette charge qui surpasse toutes les autres, qu'il se tint quarante jours en veilles et en prières sur le tombeau de saint Pierre dont il occupait la place, pour obliger ce saint de lui obtenir de Dieu le pardon de ses péchés. Les quarante jours accomplis, le saint Apôtre lui apparut, en lui disant : «J'ai prié pour toi : tous tes péchés te sont remis, à la réserve de ceux de l'imposition des mains,» Hoc solum à terequiretur sive benè, sive malè fortassèege^is,))Comme le rapportent de graves auteurs. Les Pères disent que cette réserve était seulement pour la satisfaction temporelle que ce grand Pape devait faire à ce sujet, ad eautelam, lequel, quoiqu'il ne sentît pas des remords évidents d'une conscience criminelle en cette rencontre, et qu'il pût dire avec l'Apôtre, î. Cor.IV, 4r«Nihilmihi conscius sum,sed non in hoc justificatus sum,» il pouvait néanmoins dire aveu

\*) Quelle ne fat donc pas la responsabilité de ce Grégoire et de Lavibriischini, Sîi première créature, qui, comme en accomplissement de leurs noms de'famille Mauro Capellari , et de leurs armes {an chapeau sur trois étoiles) donnèrent jusqu'à 60 chapeaux de Sacré collège , de leur vivant, avec ce mot : felicimenU régnante ! et peut-être 4,000 mitres pastorales '

David, dans un sentiment de crainte, qui est propre aux saints: «îgnorantias measne memineris.» Psal. XXîV.

Quant aux dernières conséquences de la gravité et du nombre des péchés des ecclésiastiques, et du nombre des Ecclési astiques,pécheurs, eiles sontd'uneportéequi, toute logique etprophétiséequ elle est, a peine à être crue. Et le plus digne héritier de saint Pierre et de saint Paul, saint Grégoire-le-Grand, rappelé de nos jours par l'un des plus grands commentateurs, oubhé, de l'Apocalypse, le Président Agier : «Une arme'e(admirable preuve de la suffisance d'un petit nombre de bons prêtres) de prêtres doit servir d'avant-garde à l'Antéchrist. »

«Ce n'est rien moins aussi que toute la corruption des peuples, que l'Église impute à celle des Prêtres : « L'histoire ne rapporte pas, dit saint Jérôme, que les hérésies se soient établies, les peuples pervertis par d'autres que par des prêtres : «Veteresscrutans historiasinvenirenon possum scidisseEccle» siam , et populos seduxisse , prœter per eos qui sacerclotes à Deo positi sunt. » — « A la première vue d'un arbre dont les feuilles sont jaunes et flétries, on juge que le mal siège dans les racines. De même, là où Ton voit un peuple corrompu, on peut prononcer, sans crainte de jugement téméraire, que les Prêtres sont pécheurs et prévaricateurs : « Vidit arborempallentibus foliis marcidam , et intellexit agricola, quia laesuram in radicibus habet ; ita cùm videris populum irreligiosum , sine dubio co gnose is quia sacerclotiurn ejus non est samim. »

«Le Pape Eugène III lui-même>ffirme, et saint Bernard l'en glorifie, que « la cause de la plus grande partie des péchés des inférieurs peut être attribuée à ceux qui les commandent ; «Inferiorum culpae ad nulles magis referendœ sunt, quàm ad desides rectores. »

« Il est donc bien coupable, lorsqu'il est coupable ou fait coupable, le Prêtre : « Le Fils de Dieu ayant souffert en croix pour le salut de tout le monde, dit le cardinal Pierre Damien " indigné, est maintenant immolé sur nos autels au profit temporel d'un seul homme. Autrefois il a été crucifié pour tout le peuple, et maintenant cette hostie salutaire est pour ainsi dire offerte pour le gain d'vm misérable prêtre. Cum passus sit Dominus in cruce pro sainte mundi, nunc mactatur in altari pro unius commodo : tune crucifixus est pro totius populi multitudine, mine quasi pro unius liomuncionis utilitate^ salutaris hostia videtur offerri. »

Mais il est ici un mot plus beau, plus terrible , plus bienfaisant à rappeler au meilleur Prêtre, au meilleur Evêque, au meilleur Cardinal, au meilleur Pontife (lequel est toujours , en un sens, le dernier, le Vivant) : c'est le mot qu'il prononce sans y penser peut-être... tous les jours , au moment pour lui le plus magnifique, celui où en s' fiumitiant , il grandit son Dieu^

DANS LE LIEU SAINT

OU en ^'offrant à Dieu il devient comme Dieu, ainsi que dit un Pèredel'Église : «Suscipe, Pater omnipotensœterneDeus, hanc immaculatam hostiam , quam ego indignus famulus tuus offero tibi, Deomeo vivo et vero, ^ro innumerabilibus peccads, etc.»

Et aussi quelles ne sont pas les menaces divines, et quelles ne sont pas les peines du Prêtre coupable , ou seulement tiède?.. « Autant il s'est glorifié, autant il sera tourmenté : Quantùm glorificavit se et in deliciis fuit , tantùm date illi tormentum.» Apog. XVIII. — Et saint Chrysostôme ne craignait point de dire qu'après y avoir bien réfléchi, il était convaincu qu'il n'y avait pas beaucoup de prêtres qui se sauvent, mais que la plupart se damnent : Non temerè dico, sed ut affectus sum et sentio ' non arbitrer in ter sacerdotes multos esse qui salvi fiant, sed multô plures qui pereant. — Et le Seigneur a dit à sainte Brigitte, dont les Révélations sont approuvées parles Papes, que les Prêtres infidèles étaient ^ placés au plus bas de l'enfer, ayant au-dessus d'eux tous les démons: Prabomnibusdiabolisprofundiùssubmergenturininfernum. — Etsaint Césaire d'Arles dit d"un moine de Clairvaux, qu'on n'avait jamais pu le déterminer à être évèque, nonobstant même les instances, les prières que fit son supérieur pour le faire consentir à ce qu'on désirait de lui. Ce religieux mourut, et, après sa mort, il apparut à un de ses amis qui lui demanda si Dieu ne lui avait infligé aucun châtiment pour n'avoir pas déféré à la volonté de son abbé : « Aucun , lui répondit-il. Si j'eusse consenti alors d'être évêque, je ne serais pas maintenant dans le ciel : Minimè; imo, si episcopatum accepissem, essem seternaliter damnatus- — Et Saint Jérôme, si digne de foi , rapporte qu'on offrit à un jeune prêtre d'une grande vertu un siège épiscopal : il alla consulter un de ses oncles sur ce qu'il devait faire. Cet oncle lui conseilla de ne point accepter; il suivit son conseil, et renonça à Fépiscopat. Après sa mort, le Seigneur permit qu'il apparût à son oncle : étant couronné de lumière, il le remercia du bon conseil qu'il lui avait donné et ajouta : « Je serais maintenant du nombre des damnés si j'avais été du nombre des évêques (*):Nunc essem de numéro damnatorum, si fuissem de numéro episcoporum.»

(( Ce n'est qu'avec beaucoup de crainte, et qu'après avoir été convaincu que Dieu le demande, qu'on doit consentir à être pasteur des âmes. On pourrait donner le nom de maléfice à ce qu'on appelle un bénéfi.ce à charge d'àmes, tant il y a peu de pasteurs des âmes qui se sauvent » (**).

(*) Voyez l'admirable livre d'un prêtre de Lyon , directeur de Séminaire^ qu'il a certainement concouru à sauver, intitulé Le Prêtre cité au tribunal de Dieu, au momentde sa mort, Lyon ,'Ru<,and , Imprimeur du clergé ; et Paris, aux Librairies Ecclésiastioues des frères Périsse et Lecoffre , 1823.

('*) Saint Vincent Ferrier, homme d'Etat européen , et qui n'est pas suspect de

Et Pie ÏX lui-même, soyez-en béni, et lui aussi, ô mon Dieu! a proclamé toutes ces vérités, terribles et constantes à la fois, dans ces paroles de Ga'éte (le 27 novembre 1848), dont Rome n'était pas digne peut-être DIEU SANCTIONNE TOT OU TARD LES PEINES DÉCERNÉES PAR SON ÉGLISE.

« Dans l'ingratitude de nos enfants, nous reconnaissons la main du Seigneur qui frappe, qui veut une satisfaction pour nos péchés et pour ceux du peuple \\ \ »

légèreté , était si préoccupé de l'omnipotence du prêtre , qu'il n'hésite point à rapporter, d'après une révélation qui lui avait été faite , ou à un autre : « Qu'au « moment de la mort de saint Bernard, un grand nombre d'âmes (nous n'osons « dire combien) parurent au jugement de Dieu ; entre lesquelles l'âme d'un « très-saint chanoine de Langres , qui, pour s'appliquer davantage encore à son « salut, quitta le monde et se retira dans un désert, où , après avoir passé 215 « ans dans une austérité de vie très-singulière , il mourut au même moment que « saint Bernard ; qu'il apparut à son Evêque , pour l'avertir, de la part de Dieu , « de s'amender, en lui disant qu'il n'était pas si facile de se sauver qu'on pense ; « et que de toutes les âmes qui avaient paru au jugement ce jour-là ; trois seule- *i ment étaient descendues au purgatoire. Après quoi le saint ermite de Bour « gogne ajoute : « Bernard et moi à peine avons-nous été sauvés.»

Page 1