DÉMONSTRATION PAR TOUTES LES HERESIES ET TOUS LES SCHISMES
A l'immensité et à la terreur des efifets, mesurons l'immensité et la terreur des principes. Toutes les erreurs et toutes les horreurs, toutes les hérésies, tous les schismes, toutes les révolutions, toutes les expropriations du clergé et des laïques, des fidèles et des infidèles, n'ont pas d'autres causes que les prétentions, les usurpations, les expropriations, les propriétés, les principautés et les couronnes , c'est-à-dire les Apostasies cléricales.
Le fait pour les hérésies est assez manifeste. Tous les hérésiarques furent des Prêtres , plus ou moins élevés dans la hiérarchie ecclésiastique, plus ou moins indignés ou victimes du haut ou bas clergé leur contemporain. Les schismatiques, plus terribles encore que les hérésiarques , furent , encore mieux , cléricaux : ils étaient la plupart Evêques , Archevêques, Patriarches même. Les pires de tous , même ceux qui ont le plus désolé l'Eglise universelle , après les Papes-Rois qui les suscitaient , furent les Cardinaux ; et les plus élevés, les plus autorisés après les Papes, les Cardinaux- FzVaiV^^, élus Papes eux-mêmes par une moitié (et souvent la meilleure) du sacré collège, concurremment avec les Papes, et souvent les plus dignes de l'être (il y en a un de canonisé), les Antipapes enfin.
On peut considérer les Antipapes, et surtout les plus puissants et les plus redoutés, comme les conteneurs, les vrais directeurs des Papes-Rois, et même des confesseurs de ces Papes. Mais on ne saurait apparemment en faire un mérite aux Papes-Rois et à leurs confesseurs, qui cherchaient à se défaire de leurs émules à tout prix, quelquefois à celui de l'Italie et de la chrétienté.
Les Juifs eux-mêmes, de plus en plus nombreux, comme les chrétiens , et peut-être de plus en plus chrétiens... en secret, sont, en tant que juifs patents, le fait et la faute des successeurs-Rois d'un Messie-sujet. Saint Paul, qui savait par expérience ce qui advient de la force pour convaincre n'employa plus que.... la logique, dans son Épître à ses chers Hébreux^ et dans celle d.\xx Romains, qui lui étaient chers aussi j
dans la vue de les rapprocher les uns et les autres. Les succès^ seurs desaint Pierreet de saint Paul, les moins rois, ne l'entendirent et ne l'appliquèrent pas ainsi toujours. Et c'est , selon nous, en générai, la cause seconde de leur martyre, ce qui n'ôte rien à la gloire de leur martyre. Lorsqu'au 4^ siècle (et voilà pourquoi ce siècle fut plutôt littéraire) commença la décadence du Christianisme, on vit commencer aussi la recrudescence du judaïsme. La papauté, devenue bien autrement souveraine par le départ de l'Empire à Constantinople que par son arboration de la Croix et sa Paix de l'Eglise, eut le malheur de laisser faire et de faire elle-même contre les juifs, ce que saint Paul avait interdit. Elle s'aliéna les Juifs errants : c'est-à-dire missionnaires sur toute la terre; pauvres et persécutés : c'est-à-dire prosélytiques ; persécutés : c'est-à-dire unis d'une extrémité du monde à l'autre; prospères, et en temps et lieux, plus riches que les Rois, et même (c'est aujourd'hui de l'histoire) Rois des Rois et des Papes-Rois ! ^ Les Papes des premiers siècles , ne sachant pas toujours prendre les Juifs , surent encore moins prendre les Païens. Pour en finir avec eux, ils suscitèrent, ils parurent désirer en tout cas les barbares. (Saint Grégoire le Grand, lui-même, ne fut point assez grand pour les prévenir ; il ne sut que les grandir, en venant les recevoir, et comme leur demander grâce pour ses Portes, contre lesquelles l'enfer lui-même ne devait jamais prévaloir.)
De là évidemment la sourde et profonde aliénation, les sarcasmes, le Volt air ianisme (*), et même \ Apostasie réelle de l'empereur Julien.
(*) Julien n'était point apostat lorsqu'il écrivait à Hécebole, son gouverneur à Edesse « J'ai résolu d'user de douceur et d'humanité avec tous les Galiléens , et de ne point souffrir qu'aucun d'eux soit nulle part violenté, traîné aux temples, forcé par de mauvais traitements à faire quelque chose qui soit contraire à sa façon de penser. Mais les Ariens, fiers de leurs richesses^ ont attaqué les Vaientiniens , et commis dans Edesse des désordres qui n'arrivent point dans une ville policée. Ainsi, puisque leur admirable loi leur ordonne de renoncer aux biens de la terre, pour arriver plus aisément au royaume des cieux , voulant, autant qu'il est en nous leur faciliter le voyage , nous ordonnons que tous les biens de l'église d'Edesse dont ils sont en possession leur soient enlevés; l'argent pour être distribué aux soldats, et les terres pour être réunies à notre domaine. La pauvreté les rendra sages en ce monde , et les fera régner en l'autre. Nous déclarons aussi à tous les habitants d'Edesse qu'ils aient à cesser leurs séditions et leurs quèreiles^ de peur que, s'ils continuent d'irriter notre clémence, vous qui êtes les chefs de la ville ne deveniez responsables des excès qui s'y commettent , et ne nous obligiez de vous en punir par le bannissement, par le fer et par le feu. «
«Nous devons mettre à profit, écrit Julien à Arsace, pontife de Galatie , l'exemple des Galiléens , qui, par l'hospitalité qu'ils exercent, par le soin qu'ils ont des sépultures, et par cette gravité concertée dont ils savent si bien se parer, ont trouvé le secret de donner tant de cours à leur impie athéisme; c'est à yious d'avoir la réalité de toutes ces vertus , dont ils savent se donner tous les dehors, fine suffit pas que vous soyez tel; il faut que tous les prêtres de Galatie le soient
DANS LE LIEU SAINT
Et n'est-il pas vrai de dire que les conquêtes et les horreurs même de l'Islamisme (*) s'autorisèrent de l'esprit de propriété et de royauté des siècles d'affaiblissement, les 6^ "7 ^ et 8^ ?
La royauté des Papes , les sortes de vice-royautés des Pa-^ triarches et des Evêques, les Ordres même naissants, comme
aussi bien que vous. Engagez-les à vivre régulièrement, ou interdisez-îeur toutes les fonctions du Sacerdoce... Faites-leur bien comprendre qu'il ne convient pas à un Prêtre d'aller ni au théâtre , ni au cabaret, ni d'exercer aucun emploi infâme. . Etablissez en chaque ville , des hôpitaux , pour y recevoir les pauvres étrangers , de quelque religion qu'ils puissent être .. Car il est bien honteux que les impies Galiléens , outre leurs pauvres, nourrissent encore les nôtres que nous laissons sans secours. Faites comprendre aux habitants des villes qu'ils sont obligés de contribuer à ces bonnes œuvres; et apprenez aux gens delà campagne, qu'ils doiveîjt offrir aux Dieux les prémices de leurs fruits... Si les Galiléens savent aujourd'hui si bien pratiquer toutes ces maximes , c'est de nous qu'ils les ont empruntées.»
El dans une autre lettre au même Ârsace, Julien faisant le détail des vertus qui conviennent à un Pontife : « Il doit vivre, dit-il, et marcher, comme étant toujours en la présence des Dieux immortels. La pureté, la bienséance, la retenue dans les paroles, le mépris des livres^ ou légers , ou frivoles, l'hospitalité et la charité, doivent faire son caractère.... Les impies Galiléens ayant remarqué que les Prêtres nont que de V indifférence de la dureté pour les pauvres ^ se sont fait un devoir essentiel et un point capital de les assister: et par leurs hospitalités , par leurs agapes, pour parler leur langage, et par les autres œuvres d'une charité séduisante , qu'ih pratiquent à l'envi les uns des autres , ils ont su engager une infinité de gens dans leur malheureux Athéisme •• imitant en cela ceux qui attirent les enfants par des friandises, et qui les éloignant ainsi de la maison paternelle, les fout passer dans un navire pour les enlever.)^
(*) jMahomet, tenu pour le prophète et l'apôtre de la chair et du monde, a, en effet, la ;?ro;?We7e en horreur. Son premier commandement , même à l homme du monde, dans le premier chapitre du Coran : « Au nom du Dieu clément et miséricordieux » c'est «de dépenser en aumônes une grande partie de ce que Dieu lui a donné. » Et il dit à la fin du même chapitre.. « Dieu hait les hypocrites et les impies. L'action de ceux qui font des aumônes pour plaire à Dieu et sauver leurs âmes, est semblable à un grain de sénevé semé en haut lieu... O vous qui croyez, dépensez en œuvres pies, et donnez vos biens acquis, sans en souhaiter- Le diable vous fera peur de la pauvreté. » — Et vers la fin du Coran , et précisément au Chap. des Impies qu'il confond avec les faux Prêtres : « lis vendent leur foi pour avoir des biens au monde; ils disent de bouche : Nous croyons en la loi de Dieu , et sont des impies dans l'àme. Ils se dressent quand ils parient ; gardezvous d'eux, car Dieu les exterminera*" 0 vous qui croyez en Dieu, rendez aux pauvres les biens que Dieu vous a donnés avant que l heure de votre mort arrive ; alors les impies diront: Seigneur, si tu ne m'eusses pas sitôt fait mourir, j'aurais embrassé ta loi et donné. « — Et tout à fait à la fin du Coran , le Chap. de VAbondance : « Tout votre soin jusqu'au tombeau, est en l'abondance de vos biens J si vous saviez, vous méditeriez les tourments de l'enfer.' » — Le chapitre de la Loi : « Le blasphémateur contre la loi, est celui qui mange le pain des pauvres. Malheur aux hypocrites qui empêchent les hommes de bien faire! » — Le chapitre delà Perte : w Ablheb a perdu la main , Dieu l'a châtié, ses richesses ne le sauveront pas, il brûlera dans les flammes éternelles avec sa femme. » (Traduct. de Du Ryer.) Et tout le monde sait que " les Turcs sont grands fondateurs d'hôpit.Tux, et que les plus pauvres sont obligés de donner aux pauvres, le premier jour de l'an , le dixième de leurs bénéfices pendant toute l'année précédente; qu'ils ont, sous le nom de Dervis, de nombreux religieux d'élite singulièrement vénérés qui passent leur vie dans la privation des choses les plus nécessaires, et ne vivant que d'aumône, qui ne leur es? j imais refusée, o
moyens d'union, de force et de puissance nouvelles, firent encore mieux les plus anciens protestants connus en France, les Vaudois (*) et les Troubadours, comme elles firent les indignations du Dante.
(*) Aux jours même de saint Bernard et de P/erre-le-Vénérable, PierreVMo , leur compatriote, fut si frappé de la mort subite d'un ami en sa présence, et si indigné de Tavarice du clergé , qu'il distribua tout son bien aux pauvres , qui alors le suivirent, ils furent longtemps nommés les Pauvres de Lyon-^ puis, Léonistes ; et enfin , Faudois^ etc.. Laissons parler l'Historien.., vrai, et même modéré et prophétique , de la Réforme en Italie :
« Les poètes du moyen âge, connus sous le nom de troubadours, s'étaient joints aux Vaudois pour condamner les vices ordinaires des prêtres ; et , dans leurs mordantes satires, composées dans la langue provençale, qui était comprise en Italie et en Espagne, ils attaquèrent des doctrines et des pratiques superstitieuses qui contribuaientsurtout à accroître la puissance et les richesses du clergé. Il est une circonstance digne de remarque, et qui fait honneur à une secte si impitoyablement proscrite par ses adversaires.- c'est que la Noble Ley^on et d'autres poèmes religieux des Vaudois, qui sont les monuments les plus anciens et les plus rares de la poésie provençale , contiennent très-peu de ces réflexions satiriques sur le clergé, tandis que l'on en trouve si fréquemment dans les écrits de leurs contemporains restés à l'église romaine. Voici ce que dit un de ces derniers : « Indulgences et pardon, Dieu et le diable, les prêtres font usage de tout. Aux uns ils accordant le paradis avec le pardon de leurs péchés , ils envoient les autres en enfer par leurs excommunications. ïl n'y a pas de crime dont les moines ne puissent obtenir la rémission. Pour de l'argent, ils accordent à des renégats et des usuriers une sépulture qu'ils refusent au pauvre qui n'a rien à leur offrir. Vivre à leur aise , se procurer ce qu'il y a de plus rare, avoir une table garnie de mets recherchés et de vins exquis , telle est, dans le cours d'une année , la plus importante de leurs occupations. Que Dieu me fasse moine , si le salut peut s'obtenir à ce prix! " « Si Dieu , dit un autre troubadour, sauve ceux qui n'ont d'autre mérite que d'aimer la bonne chère et de faire la cour aux belles; si les moines noirs et les moines blancs , si les Templiers et les Hospitaliers gagnent le ciel , alors saint Pierre et saint André étaient bien fous de s'exposer à tant de tourments pour gagner un paradis qui coûte si peu à d'autres. (*>
« Depuis les premiers moments de la renaissance des lettres en Italie, la corruption de l'église romaine avait été signalée par des personnes qui ne songeaient pas à renoncer à cette communion.
« Le Dante , dans son Enfer, assure que Rome est représentée parBabylone dans le livre de l'Apocalypse.
Quella, che con le sette teste nacque,
Et da le diece corna hebb'argomento ,
Fin che virtute al suo marito piacque.
Fatto v'havete Dio d'oro et d'argentô.
Et che altr'è da voi a l'idolâtre,
Se non ch'egli uno , et da voi n'orate cento?
« Au commencement du quinzième siècle , Laurent Valla , « qui , selon Erasme.
(*) Si monje tiiers vol Deus que sîan sal, * Per pro miinjar ni per femnas tenir.
Ni motifje blanc, per boulas a mentir.
Ni per erguelh Temple ni Espital, Ni canonage per presLar a rcnieu, Bene lene per fol sanh Peîr', sanli Andrieu, Que sofriro per Bieu aital lurmen, S'aquest s'en van aissi a salvaraen.
(Raymond de Castelnau, cité par M. Renouard, Choix des Poésies orig, des Troub,)
DANS LE LIEU SAINT
On peut le dire, il faut le dire, car c'est criant de vérité (*)' d'à-propos, de nécessité, de salut, c'est la seule Royauté reeWe-
ressuscita la littérature et rendit à l'éloquence italienne son antique spleifHeur, » écrivit contre la prétendue donation de Constantin et les nombreux abus des papes. La liberté de ses sentiments l'exposa à la haine des patrons de l'ignorance ; il fut condamné à être brûlé vif, et il n'évita ce supplice que par la protection d'Alphonse V, roi d'Aragon. (V. Ginguené , ffist. litt. d'Italie, t. vu.)
« Poggio Bracciolini fut contemporain de Valla. Cet auteur, qui nous a laissé une éloquente et pathétique description du martyre de Jérôme de Prague , dont il fut le témoin , déploya tout son esprit dans le tableau qu'il fit des vices du clergé, comme on peut le voir dans ses dialogues sur l'avarice, la luxure et l'hypocrisie. Tant de liberté dans le secrétaire d'un pontife peut causer un peu de surprise; et, quelle que fût la tolérance et l'amitié de Nicolas V pour les savants, il est probable que le Pogge aurait subi la peine de sa témérité, s'il ne s'était assuré de la protection de son maitre par une diatribe contre l'antipape Amédée. (Ginguené, t. VII.) A la fin du quinzième sièclCj Baptiste , poète de 3Iantoue, censura hautement les mœurs corrompues de la cour de Rome. Il mérite d'autant plus de crédit qu'il était moine , et que son poème De Calamitate Temponim ne se distingue pas moins par la pureté de la morale que par l'élégance classique.
Venalia nobis
Templa , sacerdotes , altaria sacra, coronœ , Igues , thura , preces, cœlum est vénale, Deusque.
lté lares italos, ei fundamenta ynalorum^ Romuleas aras et pontificalia tecta, Colluviem scelerum, etc.
« On place communément Jérôme Savonarole , prêtre de Florence, parmi ceux qui ont défendu la vérité avant l'époque de la réforme; aussi quelques-uns l'ont-ils appelé le Luther de l'Italie, a
(*) Nous avons déjà eu l'occasion de le faire voir à l'histoire de Charles-Quint, le compère des Léon X et des Sixte-Ouint.
Et il suffirait de quelques-uns de leurs livres, et même de leurs titres seulement, pour le prouver : La puissance du Pape, et Royale, par Jean de Paris; la Maintenue des Rois contre les censures des Papes, par Denys Godefroy ; V Empire du Pape par Puffendorf ; la Monarchie du Pape , par Pierre Du Moulin pére , et le Papa ultrajectinus, par Du Moulin fils; sa Pîa'isance, par Barclay ; sa Primauté, par Bari'aam ; par Nil; par Saumaise; — et surtout: le Pape malade, de Bèze ; la Desperatissima causa Papatûs, de Schoockius; le Papatus acatholicus, de Keller ; le Papaver (pavot), de Lochnerus ; la Physique papale, de Viret; Villias malorum recjni Papœ, d'Hutterus; le Papa non Papa , d'Osiander; — les nombreux Papismes de Jurieu ; de Lyserus; de Dippel ; de Naogeorge; de Bennet, etc., etc.; — le de Papulis fundis, de Rigaut; la Conformité du Papisme et du Turcisme, de Sutcliffe.
Et surtout ipeut-ètre le Mystère d'Iniquité, de du Plessis-Mornay, le Pape des Huguenots; Vjdversus Papam , et la Synagoga del Papa du plus fameux des apostats, Ochin (il avait été général d'ordre); et ['Histoire des Papes, de Balee, le pire des apostats de l'Angleterre.
Les deux observateurs modernes les plus distingués et les plus impartiaux , l'un Janséniste, et l'autre Calviniste, MM. Daunou et Guizot, ont supérieurement dit, celui-ci, dans sa Rome et les Papes, 1829 : « J'approuve et j'aime la puissance spirituelle dans le Pape , en tant qu'elle est line, isolée, sans mélange spirituel «... « Que la Papauté , puisant ses forces dans les canons des trois premiers siècles, soit paternelle et consolante, alors la chrétienté ivre de joie bénira leur nom, comme elle bénit déjà sa croyance.» ...
Et l'autre, dans son Essai sur le pouvoir temporel, s'est montré prévoyant de
c'est surtout la royauté niée, c'est-à-dire hypocrite en apparence, qui a causé toutes les sortes de protestantisme et de ré-" forme, d'incrédulité, et même d'athéisme.
La seule souveraineté temporelle des Papes et des Evêques, des Jésuites et des Dominicains, a fait la dernière des hérésies, celle de Jansénius, comme elle avait fait toutes les autres. A la vue de l'orgueil apparent des meilleurs Papes, et des vices profonds des plus mauvais, comment n'eussent-ils pas été conduits à nier l'infaillibilité de tous?.. La vie et le luxe mondains des prélats de cour et de ville ont suscité la vie corntnune (*) des Solitaires nouveaux; et les palais de ville et de campagne de Monseigneur de Paris, élevé Port-Royal des Champs, La littérature m.éme des Jésuites, le plus souvent poétique, et même /e'g'è/T (elle a fini impie en 1793, avec Cérutti), a soulevé les graves études, et les œuvres encore plus graves, du grand Arnauld et du petit Pascal. Tous les sermons de Bourdaloue lui-même ne valent pas, comme logique {^^) les seules Pensées sur les avantages de la Pauvreté, en 66 pages^ du simple Hamon de Port-Royal :
« Il n'y a rien dans le pauvre qui empêche son salut ; c'est pourquoi il est plus coupable s'ille perd. Au contraire, i! n'y a rien dans le riche qui ne l'empêche de se sauver, c'est donc un miracle s'il se sauve. » — David a dit à la fois, pour Jésus- Christ, pour lui, et chacun de nous : « Je suis pauvre et mendiant, mais le Seigneur a soin de moi.» Par le premier mot il s'abaisse, par le second il est glorifié. » — « Jésus-Christ prologique, lorsqu'il a dit : « Non, la puissance papale ne saurait survivre à tant tle honte : son heure est venue ; et il ne reste plus aux Papes qu'à redevenir, comme dans les sept premiers siècles, d7ittm&/e5 Pasteurs^ d'édifiants apôtres •• c'est une assez belle destinée, r
(*) Le supérieur de Port Royal écrivait en 1652 à une grande princesse; « Nous avons des gentilshommes pour cordonniers; à cette heure, nous avons un duc et pair pour chasse-avant, i Lorsque saint Louis fonda Royaumont, il employa dés jours à porter des pierres...
(**) Ou comme utilité pratique les admirables extraits des Pères de l'Eglise , sous le nom de Maximes, etc. de Pancien et riche et illustre Duc de Luynes , que les Solitaires avaient vu venir à eux. Comme il avait senti et connu l'excellence de la pauvreté sur la propriété, et surtout sur le luxe . il se complaît à montrer que tels étaient aussi le sentiment ^t la pratique des plus grands hommes de l'ancienne loi et de la nouvelle. Il rappelle que saint Chrysostôme a dit au prêtre pour lui faire refuser net un dîner quelconque • « Vous n'avez peut-être que cette fierté pour étonner et convertir votre séducteur !... » Et pour lui faire mépriser la plus petite possession particulière : « Je ris quand je vois dans un testament : Je laisse à Pierre la ■propriété, et à Paul Vustifrini. Nul n'a la propriété que celui qui méprise l'usage même. » — Et encore ceci: " Le Saint Esprit, dans toute I Ecriture , est plus indulgent touchant l'amour des cofps, que touchant Pamour de l'argent : car il ne défend que Pamour illégitime, permettant le mariage; tandis qu'il ne permet point d'amasser, soit justement, soit injustement. î>a première passion est naturelle-, la seconde ne l'est point ; elle csl dénaturée.., «
DANS LE LIEU SAINT
met la même récompense à la pauvreté qu'au martyre. Et cependant comme l'une est plus aisée que l'autre ! » — Saint Sixte n'ordonne à saint Laurent pour le préparer à la mort que de distribuer vite aux pauvres son bien ; car il tombera dans les mains des méchants qui les dissiperont, ou des avares qui en abuseront. C'est le meilleur conseil qu'on puisse donner aux pères qui ont de mauvais enfants, et à tous ceux qui ont de méchants héritiers. » Or, on peut nommer saint Laurent le Saint de la pauvreté et des richesses ; car il a donné tout aux pauvres, son bien et sa vie ; et l'Eglise aussi compare son martyre à celui de Jésus-Christ. « — Dans l'ancienne loi, Dieu récompensait en donnant du bien; dans la nouvelle, au contraire, il punit d'ordinaire en enrichissant, et récompense en appauvrissant. »
Boileau, qui connut et admira Hamon, fit des vers sur son tombeau à Port-Royal des Champs :
Aux pauvres il donna son bien et sa science » Et trente ans dans le jeûne et dans l'obscurité,
Fit son unique volupté
Des travaux de la pénitence.
Les haines, et par conséquent les griefs de tous les philosophes du XVIIP siècle ensemble contre le temporel des Papes et desÉvèques, sont assez connus.
Ils se sont tous réunis dans leur dernier disciple, Dumarsais ; et toutes leurs polémiques se sont résumées dans sa Politique charnelle de la Cour de Rome.
Quant aux philosophes du jour (*), plus forts et meilleurs, à beaucoup d'égards, que ceux du dernier siècle, voici toute leur indignation en quelques paroles de Lamennais :
« C'est parce que je suis catholique que vous avez entendu ce cri s'échapper de ma poitrine indignée : Plus de tiare ! Je suis catholique, et c'est ce qui me donne le droit, à défaut du talent de l'écrivain, de regarder mon siècle en face, et de lui dire : Garde-toi de prendre pour symbole du catholicisme ce triple bandeau roulé dans la fange et dans le sang. Je suis catholique , et c'est pour cela que, si je représentais la France, je dirais au Pape : Vieillard, tu as trempé dans le sang de tes
(*) Le dernier malheur et la dernière des calamités de la papauté royale, c'est de susciter, de provoquer les hypocrisies et les sympathies des souverains les plus hétérogènes , comme le Grand Turc , et des sujets les plus courtisans, comme M. Thiers. Le premier s'est montré presque aussi papiste que le roi de Naples^ et le second quasi plus que M. de Falloux. Et les propriétaires en général, jusque là voltairiens en religion, et même libéraux en politique, à la lecture des iDulles du Pape pour les rois et les riches, se sont faits dévots, et même ultramontains, du même coup, et se sont trouvés complices de la Grande Apostasie^ autant qu'il a été en eux.
sujets ia vieille épée quête donna Charlemagne ; rends-moi cette épée !
» Depuis que l'iiumanité adulte a youIu s'affranchir définitivement des préjugés féodaux , depuis qu'elle a voulu re-* cueillir les fruits de la généreuse éducation que lui donna l'Eglise, as-tu secondé ses efforts? Non. Si un peuple a succombe dans la lutte, tu as maudit la victime ; ton front est marqué de taches que ne lavera pas l'huile sainte : c'est du sang de la Pologne, du sang de Venise, du sang des Siciliens, du sang des Romains, que tu portes sur ton bandeau, indigne successeur de Pierre et de Grégoire VII ! ... » i
Par les seules conséquences politiques du pouvoir tempore des Papes et de leurs prétentions, longtemps manifestées et toujours supposées, on peut aussi juger de leur iniquité et de leur fatalité.
Lorsque, dans^les premiers siècles de l'Eglise des Apôtres, des Martyrs et des saints Papes, les Papes, les Evèques, les Missionnaires, les religieux, Bias par excellence, portant tout avec eux , occupaient toutes les bourgades , toutes les cités , toutes les mers môme, et ne laissaient aux Païens que leurs temples; lorsque, dans la suite des temps, et jusqu'au moyen âge, ils possédaient, on peut le dire, par procureurs^ ce qui était bien mieux que par eux-mêmes, tout l'ancien empire romain , et peut être le double de l'empire romain, les Papes et le Clergé ont semblé seulement posséder réellement, avec les Etats Romains, l'Italie; lors surtout qu'ils ont paru posséder médiatement telle ou telle autre partie du continent, et aspirer à toutes,... au nord comme au midi, à l'Occident, et même à l'Orient, par les Croisades j.. vous les avez vus échouer chaque année dans leurs prétentions politiques nouvelles; vous avez vu leurs pays les plus riches et les plus fidèles saccagés de fond en comble par les Normands d'un côté, et par les Sarrasins de l'autre; et puis eux perdre successivement et rapidement quasi toutes leurs vieilles conquêtes : Constantinople, le Pont-Euxin et la Moscovie, à la faveur du schisme de Photius et de Michel Cérularius ; l'Asie mineure et la Grèce, à la suite des Croisades; FÉgypte et l'Afrique; la Palestine et enfin Jérusalem ( Dieu n'a pas même voulu que l'Église possédât plus d'un moment, et au prix du plus pur sang de la chrétienté, le seul pied de terre où gît un moment le tombeau de Jésus-Christ) ; bientôt l'empire d'Allemagne, son plus mortel ennemi ; et à la fin TAngleterre , dès le schisme de Viclef; et l'Allemagne presque tout entière, dès le schisme de Jean Hus et de Jérôme de Prague; et presque la France, l'Espagne,
l'Italie par celui de Pierre de Lune, lequel vécut ad hoc presque tout un siècle.
A ce point qu'au XVIIP siècle, la Papauté elle-même, s'hu-
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miliant devant la philosophie, commença par éluder, et finit par abroger la fameuse Bulle du Roi Boniface YIII contre les Rois, laquelle semblait s'être biffée et condamnée de sa propre main par les premiers mots : In Cœnâ Domini.
A ce point encore qu'au milieudu XIX^ siècle, les Papes sont comme réduits, nous ne dirons pas à rattachement, mais aux égards de la France: et moins aux égards qu'aux intérêts de l'Autriche ; au respect, qu'à la pitié de la Russie ; et, il faut le dire, peut-être, bien moins à la tolérance des Turcs, qu'à leurs pardons ; — et que, loin de prétendre au gouvernement, ou seulement à la modération des rois quelconques , ils se croient comme obligés et même condamnés à les flatter tous (*).
(*) L'appauvrissement temporel et spirituel des Papes-Rois est devenu si grand , que les plus importants des anciens et magfnifiques sièges de l'Eglise des Papes purs et simples sont devenus, pour les autres, des sources d'honneurs mondains.. C'était assez pourtant d'en être de honte et de pleurs ! Les douze Patriarcats de Constantinople, d'Alexandrie, les quatre d'Antioche, de Jérusaletn , et même de Bahylone , et de Y Arménie \ et, on ne sait pourquoi, de Venise, de Lisbonne et jusque des /nc?es, ne sont plus que des titres, la plupart même sans titulaires!,.. E[ les grandes Eglises de Nicée, d'Ephèse, etc. de Carthage, etc., ne sont plus que des surnoms plus ou moins sonnants pour remplacer les services, et ajouter au titre qui ne suffisait plus d' Apostolique, des quelques Nonces survécus (il n'y en a plus que cinq hors de l'Italie sous Pie ÏX, à Venise^ à Paris, à Bruxelles, à lucerne, eî à Monaco).
l\ n'y a même que deux internonces, l'un en Portugal et l'autre a Rio Janeiro; et deux chargés d'affaires {incaricato d'affari), l'un à Florence et l'autre en Amérique.
Et telle est la décadence du sacerdoce en général , que les prélats les plus vrai>. les plus chargés d àmes , ne sont plus guère, comme les autres, que des évêque?^ î?i vartihus infidelium.