DANS LE LIEU SAINT
gouvernements qui se sont établis sans eux, et même malgré ^ eux, déconsidérés et soufferts eux-mêmes, souffrent plutôt les ^ prêtres qu'ils ne les considèrent. S'ils les payent ou les défendent encore quelque peu, c'est par manière de tolérance ou d'acquit. Prêts, au premier de leur intérêt d'un jour, à les sacrifier en masse au premier venu.
Le pouvoir temporel de Pie IX a cessé d'être; le clergé gallican n'est plus guère sur le budget que pour mémoire.
La banqueroute existe in petto.
Le pape, le prêtre, civil et politique, a cessé d'exister.
Le pape ou le prêtre religieux, lui-même, s'est comme effacé, anéanti sous le politique.
En sorte que nous n'avons guère à demander la déchéance du pape et la banqueroute contre le clergé, nous n'avons qu'à les constater ; encore moins à ajouter à l'amoindrissement du clergé en général : car sa dégradation est consommée (*), et
vous parlez n'est jamais composée que du /7efti nombre se réveille le plus souvent au bruit des révolutions et des bouleversements de la société pour la régénérer et la guérir de ses blessures. Dans la tempête, ses ennemis, semblables au Pharaon de l'Ecriture, ont été engloutis dans les flots. Ces fiers réformateurs, qui, dans le cours des siècles, semblaient tenir le gouvernail du monde, ont fait naufrage, et c'est à peine si on aperçoit à H surface de l'histoire leurs misérables débris (quelles faussetés, et quelles faussetés irritantes ! ). Pour VEçjlise , elle renaît en quelque sorte, elle reprend une nouvelle vie là où les sociétés humaines trouvent la dissolution et la mort ; elle puise dans ses malheurs et dans les malheurs du monde une vigueur nouvelle, e//e se dépouille de toutes les souillures qui pouvaient ternir sa beauté. Nous n'avons fait que le premier pas dans la carrière où nous venons d'entrer. Ce pas y à la vérité., était le plus difficiU; mais à quoi servirait de s'être avancé si nous n'allions jusqu'au bout ? Nous avons posé la première pierre de Védifice, c'est par de nouveaux efforts que nous le continuerons et que nous l'achèverons. Sur le fondement de ces salutairedécrets que le Concile actuel a sanctionnés, d'autres décrets s'élèveront sanctionnés par les conciles qui vont suivre, jusqu'à ce que toutes les choses (ce sont l^s^personnes même qu'il s'agit de restaurer! ) ecclésiastiques, dans leurs diverses parties, soient restaurées et tous les besoins de nos églises satisfaits. »
« Le secrétaire. Que Dieu répande la rosée de ses grâces sur notre révcrendissime seigneur le métropolitain de cette province et le président de ce concile, qu'il le conserve pour la gloire éternelle !
Les pères» Que Dieu répande sur lui la rosée de ses grâces et le conserve pour la gloire éternelle !
Le secrétaire. Que le même Esprit saint qui a rassemblé dans ce saint synode les révérendissimes évêques pour la gloire et l'utilité de notre province, les ramène heureusement^ et exempts de tout mal, dans leurs églises, et les «tonserve pendant de longues années I
Les pères. Qu'il les ramène exempts de tout mal, et qu'il les conserve petidant de longues années !
(•) Une des plus grandes preuves de la dégradation du clergé de France et de toute la catholicité, en général, ce sont ses grands hommes mêmes ou ses saints, infiniment rares, dans les curés, plus rares encore dans les évêques, inconnus dans les cardinaux. Ils ne sont cités que parce qu'ils sont uniqu'es, et qu'ils con* • trastent avec tous les autres. Aux premiers âges de la création, et surtout e*
nous ne pouvons plus que la lui faire voir à lui-même, afin de concourir à sa renaissance et aux derniers triomphes de la religion.
Le dernier, le seul sûr, le nécessaire, l'urgent moyen de sauver le prêtre en général (*), aujourd'hui qu'il a cessé d'être, c'est de le faire rougir (**). C'est de lui faire sentir, et même de lui démontrer que, par le seul fait, nous ne dirons pas seulement de sa principauté, mais encore de sa propriété ', et seulement de son traitement précaire annuel, et surtout de ce qu'il appellesoo ^a5wd (bien plus que par tel ou tel relâchement usuel, ou par tel ou tel rare péché mortel proprement dit), il est en état vrai d'apostasie*
Et qu'ici on ne crie pas à Vinjurel
Car, en fait d'injures, comme en fait de colères, il y en a de saintes, par cela même qu'il y en a de profanes.
Un homme quelconque a tous les droits de Dieu, au petit pied; et, comme il peut glorifier, il peut aussi bien flétrir (et surtout le plus répréhensible) ; il peut même aussi se glorifier personnellement. Nous demeurons même, et incessamment, sur le terrain des généralités, lorsque dans les cas extrêm^ (et nousy sommes où jamais) il est permis, et même ordonné de s'élever aux arguments ad homines.
Saint Paul, l'éternel modèle des dialecticiens, ne craint pas de dire à un faux ami de la religion, à un Bar-Jésu (je n'invente pas, je copie), qu'il en est V ennemi, et même le fils du démon;. O plene omni dolo et onini fallaciâ^ filidiaboli^ inimice omnis jitstilicB. AcT.XIÎI, 10.
Et Jean-Baptiste , l'éternel modèle des prédicateurs de réformes sacerdotales, ne craignait pas d'appeler ses advera ires, et en leur présence : Races de vipères. . . Luc. III, 7 .
ceux de sa rénovation, on remarque les crimes; aux derniers âges, les verfus, — Ainsi un simple curé de village, l'abbé Vianay, fait, dans le diocèse de Belïev des merveilles, avilissantes pour les quatre-vinj^ts Evêques et les 50,000 Ecclésiastiques de France; — Ainsi, Dom Placido , à Naples; — Ainsi, le 1\ Palotia, à Rome.
(') ... Cela ne v€Ut pas dire, certe?, que le Pape, l'Evêquc ou le Curé, personnellement, qui possèdent encore aujourd'hui, le premier les Etats-Romains, et les autres le plus riche paluis de la ville, ou la plus belle maison du village (dans le plus grand nombre c'est la seule) soient, par cela même, en état de péché. Il peut être personnellement le plus vertueux et même le pins sainf; lorsque tel moine mendiant ^Qui être le plus diable. La question personnelle ici est nulle. Nous n'avons à examiner, et nous n'examinons que la question dogmatique et la question d' Et;^r. Si le Pape est pieux el même saint, ce n'est point parce qu'il est lioi mais quoiqu'il soit Roi ; si l'Evêfne ou le Curé est saint, ce n'est point parce qu'il est grand seigneur, ou Bourgeoi-, c'c^t quoique.
(•*) Nous avons voulu réaliser, ou plutôt dénaturei- et grandir un mot de Montesquieu; et élèvera ki fuissance delà raison, un mot qui n'est que spirituel dans V Esprit des Lois: « Au lieu de défendre les acquisitions du clergé, il faut chercher à l'en dégoûter lui même, » Liv. XX Vj chap. 5.
DANS LE LÏEU SAINT
Et le Sauveur lui-même, encore plus hardi, pour obliger à
rêtre, dit , et crie aux Grands prêtres, aux Princes à^s
prêtres, aux Pharisiens et à la face même de ces morts Féres , qui disaient la pauvreté en s'arrogeant les richesses: Sépulcres blanchis l Vw vobis^ scribœ et Pkariscei hypocritce! quia similes estis sepidchris dealbatis . . , Matth. XXIII. 27.
Et le Sauveur ressuscité, plus grand encore dans l'Apocalyse que le \ivant ddiïïs Y Evangile, ordonne à ses deux témoins, à ses deux prophètes par exellence, d'être hardis contre les Rois ordinaires, et à plus forte raison contre les extraordinaires ou les prêtres-rois, les 'pTèires prop7Hétaires, les prêtres hommes de terre, jusqu'à les tourmenter, et les crucifier, comme ils ont crucifié l€ Sauveur : Ei duo prophetcB cruciaverunt eos^ qui habitabant super terrain, XI, 1 0.
Si le clergé en général acceptait, s'il accomplissait seule-^ ment en silence notre ouvrage, si seulement il en était effraye, nous serions désolé de l'avoir cru nécessaire au salut des autres , et surtout au nôtre .
Si la plupart des ecclésiastiques s'en trouvaient blessés, s'ils vociféraient contre, ils constateraient, ils augmenteraient sa démonstration : car, personnellement attaqués, et mis eu cau^e, ils ne sauraient être juges entre leur adversaire et eux; ils feraientvoir qu'ils tienneiit à leur grandeur, ou seulement à leur aisance et au pain du lendemain, plus qu'à la gloire de Dieu ; et qu'après tout, c'est moins l'hostie du sanctuaire, que l'or qu'ils adorent.
Il est dit, et par le Fils de Dieu lui-même, et précisément aux prêtres de la loi, que Targent n'est rien moins que l'ennemi de Dieu ; qu'il n'y avait point de milieu, et qu'il fallait diàoTQvVuny ouVautre : Non potestis Deo servir e et Mammonœ.
Et les Pharisiens avares de rire! Pharisœi^ qui erant
avari, deridebant, Luc, XIV, 13,
J'ai trouvé à cet égard une grande pensée dans une publication redoutée, et, par là même, vraie (il se pourrait qu'elle fût de la Voix d'Elie) ; à la date mémorable du 1 4 juillel 18Zi2 ; et d'une prison, comme YEpitre de saint Pierre :
« Saint Louis, que te sert de te pencher vers la France? Ceux » qui ont la clef des cieux ne savent plus s'en servir. Cette » clef pour eux est sans pompe aux sens des créatures : Vor, » toujours ror ! Voilà la clef qu'ils connaissent, et qu'ils mon- )) trent. »
..Saint Ambroise, lui-même, avait prévu, pour lui, et a réfuté pour nous, les cris d'un évêque ou d'un curé temporel, et il nous a promis, en récompense, les prières des saints et les siennes, dans la préface de son livre de la Dignité des prctres (qui n'est pas autre chose qu'un traité des bienfaits de leur
pauvreté) : Sicut Lacerationibus obtrectatorum minimè prœgravamur; sic sanctorum et probalorum virorum orationibus adjuvamur.
Quoi qu'il en soit, si un seul évêque , un seul curé , que disons-nous, un seul lecteur, accueillait ce livre, et s'en trouvait meilleur, il serait supérieur à l'auteur ; et nous en serions presque autant fiers que des cris extérieurs, et même des indignations secrètes, de douze, sur treize abbés (la cèneesi renversée) qui nous attendent.
Qui a le droit de faire le livre? dernier venu (il n*est ja-
(*} Dès le temps du paganisme, et dans le paganisme, c'est-à-dire sous le plus grand despotisme qui fut jamais, un homme simple était mille fois plus dictateur qu'un consul: Unum Finim plus essequàm Consulem. Tir. Liv.
Quoi qu'il en soit, l'évêque le plus célèbre, celui qui passe pour le plus profond et le plus habile, n'est ici que le plus étroit, et le plus funeste. Celui de Montauban, par exemple, l'ancien abbé Doney, l'ex-disciple fervent de Lamennais, et qui s'eu croit le plus infidèle! Sa prétendue Pastorale d'août 1849, reproduite à l'envi par tous les journalistes de 1 1 religion, n'est, avec le titre le plus orgueil- Jeux (traité de la Soiincraineté de Dieu) , que la plus fastidieuse , la plus fausse, la plus inique, la plus calomuieuse, la plus irritante, la plus insurrectionnelle accucation des partis vaincus; et, si nous osons le dire, un traité involontaire de la souveraineté du diable :
'Lànégation de Dieu, qui est \efond de toute leur pensée, emporte la négation de la religion, de l'immortalité de l'âme, de l'autre -vie, et, par una suite nécessaire, celle de la justice, de la charité et du dévoûment ..•
» Dieu montrera tôt ou tard qu'il est leur souverain et leur maître !
» Et déjà, N.T. C. F., ne l'a-t-il pas assez montré, et ne le montre-t-il pas encore, en ce moment, de la manière la plus claire pour quiconque n'est pas aveugle, par les troubles, par les guerres, par les révolutions qui ont lieu dans presque touslesEtats de l'Europe? Les trônes sont ébranlés, les Constitutions séculaires des peuples bouleversées par la mise en prattcfue des doctrines les plus extravagantes; nuUe partl'ordre n'est assuré; un malaisegénéral, une inquiétude secrète minent la société. Qui sait ce qui arrivera, ce qui existera dans l'avenir le moins éloignai Et au milieu de ces agitations effrayantes, un fléau de la colère di- -fiine, inconnu dans nos contrées jusqu'à ces derniers temps, vient, pour la seconde fois, nous donner des avertissements.
w Qui n'espérait, en effet, quand il voit tomber sous les coups de ce redoutable fiéau les âmes les plus puresy les hommes les plus zélés, les personnages les plus éminents. »
(La Moutagne en travail accouche...
Ou plutôt peut-être, la souris en travail.., accouche d'une Montagne!)