III. L'esprit indigné
les rigueurs salutaires, et la générosité du Peuple-Eoi.
Et irniet Populus ...
Ignobilis contra Nobilem. Tsâî. IH, 5.
Et d'abord , qui pourrait nier qu'il y eut , en temps et lieux , des rigueurs salutaires? On n'a jamais contesté sur
plus remarquabies que les héréditaires : depuis sainte Hélène jusqu'à madame de Maintenon, et de la dernière de Louis le Grand jusqu'à la Catherine de Pierre le Grand ..
Les savantes elles-mêmes, quasi impossibles, lorsqu'elles ne sont pas quasi saintes, sont plus rares, mais plus remarquables dans le peuple que dans les salons. On peut nommer, entre plusieurs autres, et dans les genres divers, madame.Dacier; madame Guyon, dont les Torrens ravissaient Fénelon lui-même, qui en ravissait tant d'autres; et, plus tard, Marie-Agné?i de Milan, dont le Calcid différentiel fut édité par Bossut de l'Académie des sciences; et cette Sophie Germain de Paris, dont la Théorie des nombres a été publiée par Legendre,
Lorsque les autres savantes, ou les sav;iintes de cour et de ville ne savaient que corrompre ; la princesse de Longueville, le duc de Larochefoucauld (celui des Maximes, toutes fausses); la duchesse de Bouillon, le bon Lafonlaine, auquel elle demanda, et commanda, dit-on, ses Contes; la noble ISinon, qui corrompait la cour et la ville, et jusqu'à la philosophie naissante ; la marquise de Brinvilliers, pire que la Voisin, et surtout les grandissimes nièces de Mazarin, Hortense, Laure et Olympe Mancini, les premières impliquées, et les premières fugitives dans l'affaire des empoisonnements de la ville et de la cour de Louis le Grand et de madame de Maintenon. — Et, au siècle des Roués de la Régence : la Lespinasse, qui perdit d'Alembert, et jusqu'au grave président Hénault; la l Epinay, qui perdit Jean- Jacques ; les marquises de Caylus et du Châtelet, qui perdirent Voltaire; la marquise du Deffand, l'âme damnée du Régent; la Tencin, surnommée la Cardinale-Ministre, (\\x\ appelait et qui faisait tous les philosophes ses bétes ^ la richissime veuve du Boccage, qui renouvela Ninon ; la plus riche encore, et plus terrible comtesse de Gourdan ; la comtesse de Genlis, dont les derniers romans et la vie dernière n'ont pas effacé les Chevaliers du Cygne et l'éducation des derniers d'Orléans ; la comtesse de Matignon, fille du baron de Breteuil ; et surtout les duchesses d'Aiguillon et de Vauguyon, la princesse de Beauveau et la duchesse de Grammonl, esclaves de la Dubarry ; et la duchesse du Maine, bâtarde de la Montespan de Louis XIV, et qui faisait régner le scandale à la cour de Sceaux,... firent plus de mal cent fois à la religion et à l'Etat, que n'en firent la Foirson du boucher des Invalides, devenue duchesse de Pompadour et reine , et la Bécu (de Vaucouleurs, comme Jeanne d'Arc) devenue premier ministre sous le nom de la Dubarry; et, en dernier lieu, la Sophie Momoro, élue par la Commune de Pans pour trôner, comme Déesse Raison, à Fotre Dame de Paris. — Et la simple dame Roland, fille d'un artisan de Paris (*), est seule aussi imposante à la mort, et même à la vie (elle se complaisait dans les œuvresde saint Augustin), que sont viles, toutes leurs vies, toutes les princesses de Salm et de Chimay (celle-ci avait jusqu'à quatre maris légitimes vivants ! et son crime, et celui des autres, la firent appeler : Notre- Dame de Septembre.)
(*) La simple institutrice, niariëe au simple commis, madame Necker enfin, avait autant de t'aison |él<;Yée (voyez se» Pensées recueillies par Barrère), que- sa fille, enburonnéc et enduchce dci Staçl et f^es Btoglie, n'eut guère jamais que de l'esprit fnux.
leur droit , sur leur vertu même , mais seulement sur leur application. Tel soi-disant Historien de France (Laurentie), tel Historien de Rome même et de même sorte (Falloux), au point de vue de la terre seulement, ont trouvé salutaires et médicales la Saint-Barthélemi des Médicis, et même celle de Pie V. Tel autre Historien, au point de vue de la terre et du ciel ensemble, n'a jugé telles que le 4 0 août et le 21 janvier,
La Loi des douze tables des Romains, le résumé de la loi antique du paganisme, comme celle des Dix était celle de la Loi, plus antique, du Peuple de Dieu, proclament ici le droit populaire, dans ces paroles: Jiissus Popidi et siiffragia simto. Quodcunque postremum Populus jussit, id Jus esto.
Le plus modéré, et même le plus royaliste des derniers publicistes, Montesquieu lui-même, l a proclamé au livre XII de son Esprit des lois : « Quand la loi politique qui a établi dans l'état un certain ordre de succession, devient destructrice du corps politique pour lequel elle a été faite, il ne faut pas douter qu'une autre loi politique ne puisse changer cet ordre; et, bien loin que cette même loi soit opposée à la première, elle y sera, dans le fond, entièrement conforme, puisqu'elles dépendront toutes deux de ce principe : le salut du peuple est LA suprême loi.. . »
Et il a assez clairement énoncé l'application en faveur du Peuple dans ces paroles plus connues : « J'avoue que l'usage des peuples les plus libres qui aient jamais été sur la terre me fait croire qu'il y a des cas où il faut mettre, pour un moment, un voile sur la liberté, comme l'on cache les statues des dieux. »
Quoi qu'il en soit, les Théologiens et les Moralistes eux-mêmes et les plus grands, saint Thomas d'Aquin, Y Ange de l'école lui-même (*), les seuls vrais juges de la grande question, ont donné raison ici aux peuples sur les rois ; et ils ont dit , comme Cromwell et Guillaume (*'^) dans leurs actes ; comme
(*) Saint Thomas n'a nié que le régicide personnel proprement dit; l'insurrection générale d'un peuple, jamais. Il dit, au contraire, au livre 1er de son De Reg. Principis : Si sit intolerabilis excessus tyrannidis^ videtur ma(=[is contre tyrannorum sœvitiam, non prii'atâ prœsiimptione aligiioriim, sed axictoritate publicu procedendum. Et qu'est-ce, pour saint Thomas, que cette autorité publique : une sorte de multitude, c'est-à-dire ce qu'on appelle le peuple, ou rien : Si ad jîis alicujus multitudinis pertinent sibi providere de rege, non injuste ab eâdem rex institutus potest destltui, etc. Ce qui est péremptoire. Si le roi n'avsit pas été institué, ou passait pour usurpateur,... saint Thomas eût encore été plus sûr. (Voyezlew Mémoire justificatif de saint Thomas, sur l'indépendance absolue des souverains, i> Paris, 1762.
(**) L'abbé Emery, éditeur des Principes de Bossuet et de Fénélon sur la souveraineté, rapporte en ces termes une question, une réponse, et une réplique, sans réplique, même dans tout le cours de son ouvrage^ des deux flatteurs, l'un de Roi , l'autre de Pape .•«« Bradshaw, président de la commission établie peur
Francklin et Washington, le marquis de Lafayette .*) et l'abbé Sieyes, dans leurs discours; Robespierre et la Convention nationale, dans leurs Constitutions : « Quand le gouver-
jugerleroi, l'ayant interpellé de répondre aux charges rapporlées contre lui; M Ma mauvaise fortune , dit Charles ler, ne m'a pas fait oublier mon rang et ma dignité. Je suis votre roi , et vous n'avez point de pouvoir sur moi. Avant de vous répondre , je vous interpelle vous-même de dire par quelle autorité \ous êtes ici assemblés pour me faire mon procès : je n'entends pas parler de celle que sé donnent les voleurs de grand chemin , il n'en est que tt^op dans le monde ; mais je demande sur quoi vous fondez l'autorité légitime que vous prétendez en avoir. Je ne veux point trahir mon droit ; souvenez-vous que je le tiens de Dieu... »
« Il est aisé de vous satisfaire , repartit le président: La même autorité qui vous a mis sur le trône, nous fait asseoir sur ce tribunal. C'est le peuple qui vous a élu pour roi^ c'est le même peuple qni nous a constitués pour être vos juges. «
« Vous errez, monsieur le président, répliqua le Roi, et vous êtes mal instruit dudroit des rois d'Angleterre à la couronne. Ils la tiennent de Dieu et de leurs prédécesseurs , comme un royaume héréditaire et non électif; et telle est de temps immémorial la constitution de cette illustre monarchie; mais vous , encore une fois, sur quoi fondez-vous votre prétendu droit?
« BradbhaWj à cette question souvent répétée, ne se lassait point de répondre « Cette cour tient son droit des Communes; de qui tenez-vous votre couronne? »
(*) Le mot de Lafayelte fut dit à l'Assemblée Nationale le 1 1 juillet 1789. Voici les ariicles formulés par Robespierre personnellement: — « 25. La résistances l'oppression est la conséquence des autres droits de l'homme et du citoyen.— 26. Il y a oppression contre le corps social , lorsqu'un seul de ses membres est opprimé. — ïl y a oppression contre chaque membre, lorsque le corps est opprime — 27. Quand le gouvernement opprime le peuple , l'insurrection du peuple entier et de chaque portion du peuple est le plus saint des devoirs. — 27. Quand la garantie sociale manque à un citoyen , il rentre dans le droit naturel de se défendre lui-même. Dans l'un et l'autre cas, assujettir à des formes légales la résistance à l'oppression , est le dernier raffinement de la tyrannie.»
Et dans le fait la Convention Nationale a consacré législativement le fond, et jusqu'aux paroles de Robespierre, dans sa constitution de 1793: « 33. La résistance à l'oppression est la conséquence des autres droits de l'Homme. — 34. Il y a oppression contre le corps social, lorsqu'un, seul de ses membres est opprimé : il y a oppression contre chaque membre lorsque le corps social est opprimé — 35. Quand le gouvernement viole le droit du peuple, l'insuriection est , pour le peuple et pour chaque partie du peuple, le plus sacré et le plus indispensable des devoirs. »
La Restauration et la charte royales elles-mêmes n'ont guère songé à nier le droit divin populaire. Et le duc deLevis avait dit dans ses Maximes, avant Tissot en plein collège de France : « L'insurrection est la dernière raison des peuples, comme le canon est la dernière raison des rois. »
Et le sieur de Kératry, pair futur, disait dans ses Documents pour la future Histoire de France :
M Dans le triste état où nous sommes, mon opinion est que les agitations des masses ne peuvent être que fréquentes. Je m'abstiendrai de leur donner le nom de conspiration, plus justement affecté aux partis qui se disputent le pouvoir : car les peuples ne conspirent pas; ils s'entendent tout simplement avec euxmêmes, Israël ne conspira p;is contre la tribu de Renjamin, après l'infâme outrage des habitants de Gabaa envers l'épouse du lévite d'Ephraïm ; mais il se rassembla comme un seul homme. »
Et le journal qui représente, encore aujourd'hui, mieux que VUnion monarchique et VUnivers religieux, la grande propriété,, et même la foi romaine, les Débats ont proclamé, le 30 juillet l83o : « le fil de nos épées n'est pas seulement la
îiemeirt opprime le peuple, l'insurrection du peuple entier est le plus saint des devoirs.
. Et ce que les plus grands théologiens ont dit, et les hommes les plus mémorables accompli, Dieu lui-même Ta suscité, et même commandé, aux plus grands hommes de son peuple; depuis Moïse et Josué, Gédéon et Jephté, la noble Judith et le berger David, lui-même, jusqu'aux sept Machabées.
Et le fait humain, s'il différait de la volonté divine , aurait, lui aussi , donné pleinement raison aux peuples révolutionnaires : car, toutes les révolutions Cet le monde n'est que révolutions), toutes ont réussi, et surtout par les réactions et les restaurations.
Les peuples enfin ont toujours fini par vaincre, car ils ne périssent i^aiidiis , et font au contraire périr. Et les peuples chrétiens sont autrement supérieurs, et immortels, que ne furent les peuples anciens , et même le peuple d'Israël. Il y a tout cela dans ces seules paroles du Sauveur lui-même" à ses Apôtres , en saint Marc X , 42 : « Sachez que ceux qui 5^/n6/^wnes premiers des nations sont leurs dominateurs ; et que les princes ont jusqu'à la puissance et la propriété des personnes mêmes : Et principes eoruni potestatem habent ipsoriim. — El c'est le secret de ces émeutes immenses des peuples du Nord, ayant à leurs têtes des hommes du peuple , qui vinrent, durant près de mille ans, faire justice internationale des rois du Midi.
Les plus mauvais peuples, les plus mauvais du peuple euxmêmes, sont encore plus corrompus que corrupteurs, plus entraînés, plus déterminés que criminels. Entre beaucoup d'exemples décisifs, les plus terribles Septembriseurs individuels ( et les pires du peuple furent en général ceux qui avaient voulu ou cru sortir du peuple), n'ont pas, à beaucoup près, égalé, en crimes privés et publics, ce d'Orléans, qui ne s'appela que parle plus satanique orgueil, Égalité,
Le peuple, en général, laisse faire les hérésies et les schismes, les complots et les révolutions. Il laisse commander ou faire les attentats. Il les regarde s'exécuter. Comment, illettré, simple qu'il est, et préoccupé de sa journée matérielle, s'arrogerait-il de les juger de prime abord? Souffrant, et ne
dernièbe raison des rois, mais celle de tous les hommes libres ou dignes de l'Être. »
« Lorsque le crime du pouvoir est aussi flagrant, le cri de l'honneur est celui de la désobéissance.
« Dans la iournée du 28 juillet, un enfant de quinze ans s'est avancé jusque auprès d'un des officiers command tnt la cavalerie, il lui a cassé la tête. Aussitôt une décliarjjfe a été faiie sur lui: mais l'enfant, ayant prévu ce qui arriverait, s'était jeié à plat ventre, S'étant ensuite relevé, il s'est échappé sain et sauf. S'apercevant alors que sa casquette était restée sur la place, il y retourne sans hésitation, et revient de nouveau sans avoir été atteint. A l'aspect de tant de meryeillcs, etc.
voyant autour de lui que des souffrances dans le monde, ii présume que les grandes audaces sont de grands remèdes. II confond les coups d'Etat jusque dans la justice divine. Et à la lecture, et même à l'interprétation catholique de l'Ecriture Sainte, il peut se croire Roi, et même prêtre pour faire ou pour venger les coups d'Etat.
Les peuples modernes, il faut le dire, car c'est vrai, sont autant, ou mieux, que les anciens Machabées, les exécuteurs désintéressés et généreux des hautes-œuvres de Dieu.
Et lorsqu'un beau jour, tel ou tel de ces peuples est à se trouver, et à s'entendre nommer Souverain, il se fait encore, le plus souvent, fidèle, et même sujet ! Vous l'avez vu, dans les journées de juillet i 830, respecter le dernier Bourbon, qui l'avait respecté lui-même, en refusant à tout prix la guerre civile.
Vous l'avez vu même dans les journées à^Février 4 848, laisser passer avec pitié le dernier Egalité, qui l'avait oublié et trahi pendant tout un Cycle d'or (1 8 années) ; et comme vouloir le faire revenir, un jour, en élisant, à sa place, ce Lamartine à qui la volonté n'avait pas manqué, et ne manquerait pas encore d'être son courtisan !... et, depuis, Louis Bonaparte luimême...
Lorsqu'il s'est agi de Constitution orale, le premier cri du peuple de Paris a été : « Abolition delà mort politique (*). * Lorsque de Constitution écrite? son premier article : En présence de Dieu! Lorsque, d'élections? tout-puissant qu'il se trouvait,» en énormes majorités, ses premiers représentants furent, on peut le dire, aussi généreux (**^) que s'étaient montrés jadis égoïstes les 600 plus imposés de son ennemi par excellence, Napoléon-/^-G?^a72d.
Il accomplit, et au prix de tout ce qu'il a, et de tout ce qu'il est, sans en profiter jamais guère, le Sic vos non vobis. Car il ne prend pas, il brise; il démolit, plutôt, et quoi?... Danslapre-
(*) « Après Février, le peuple eut une grande (oensée : le lendemain du jour où il avait brûlé le trône, il voulut brûler l'échafaud. On lempêcha d'exécuter cette idée sublime. » Victor Hugo a dit, mais sans qualité, cette vérité à l'Assemblée nationale le 15 septembre 1848. Il y avait longtemps qu'il avait cessé d'être peuple ; il était vicomte, il était pair et compère, et vénal même en ses désintéressements. Le courtisan des rois de toute origine fut effrayé, à la vue du peuple roi, jusqu'à s'en faire le courtisan. Aveugle! vous ignoriez qu'aux yeux de ce Roi nouveau, c'était assez contre vous, en fait de morts, que la mort civile.
(**) Et la générosité électorale du peuple-roi de 1848, nous l'avions prévue et annoncée littéralement dans la Feuille éternelle, publiée en 1847 « Ce sont, toutes choses égales, sinon les pauvres (que nos dépôts humanitaires ont ulcérés), du moins les plus petits possesseurs, les fermiers, les artisans, qui seraient, même en notre siècle, les moins mauvais électeurs de maires et même de députés ; et c'est précisément la classe que nos chartes ont exclue... Mais aussi n'auront-ils l^as à répondre de nos malheurs, et ils ne seront pas les derniers à y compatir! »
BANS LE LIEU SAINT
mière révolution française, ce n'était pas contre les grandeurs romaines et catholiques que les plus mauvais sujets se dirigeaient, mais contre les mondaines exclusivement. Les mêmes hommes, par exemple, qui respectaientàHomelePalais du cardinal Passioneî^ ne démolirent, et encore après sa mort, que sa magnifique Campagne près de Frascati.
Dans la juste prévoyance de la destinée de leur magnifique et royale FiUa , providentiellement nommée Riiffînella , les Jésuites l'avaient vendue , et elle appartenait en dernier lieu à Lucien Bonaparte...
Il en a été de même en France, dans la Révolution de 1 830. La force majeure^ comme dit Dupin dans Y esprit de son code civil, le Peuple de Paris, où le mal était plus grand, et à sa source, le peuple, Fléau de Dieu , inspiré à son insu... (lorsqu'il ne s'agit que de dégrader), alla droit aux Tuileries, et à la Paroisse des Tuileries; mais lorsqu'il s'agit de démolir jusqu'en ses fondements , de faire table rase , ce fut à la Campagne , Duché-Pairie (Conflans) , du successeur de celui qui ne voulut pas avoir où reposer la tête; et puis, non pas à Notre-Dame y l'Hôtel de Dieu, mais au Palais Archiépiscopal, l'Hôtel de l'homme, que le Peuple divin alla ! ! !
Aux journées de février iS^S , le Peuple ne commit guère qu'une voie de fait : l'abatis d'une prison , qui était une tache pour le Luxembourg.
Donc (et ce sera ici notre éclatant résumé ) , la plus magnifique dénomination, mais aussi la plus terrible usurpation, est celle de Représentant du peuple...
lY. Les trois Penples-Rois : de 1830. d'avril et de juin 1834, et de 1848, caractérisés, glorifiés, même dans leurs malheurs ; le dernier douze années auparavant,
... C'est dans le livre , nous osons le dire courageux , intitulé : Un Roi devant ses Pairs ^ que le Parquet de Pépoque^a plusieurs fois examiné sans oser jamais le poursuivre.
Et nous allons citer les pages successives, et littéralement :
« Qu'est-ce en effet que le peuple?
Le Peuple , ce ne sont pas seulement les diverses classes ouvrières et marchandes qui vivent au jour le jour^ et qui portent^ presque seules , le poids des frimas l'hiver , et l'été les rayons ardents du soleil, les hommes de peine, auxquels , seuls, les autres hommes doivent, sauf à les payer quelquefois si cher, leurs apparents privilèges.
C'est encore la généralité des autres classes, sans excepter
les plus élevées : il y a du peuple, beaucoup de peuple, et le pire du peuple , dans la finance et dans la robe , dans la grande et dans la moyenne propriété; il y en a dans la littérature et dans l'université ; il y en a au palais , il y en a dans les chambres , il y en a dans l'Eglise ; il y en a dans les cours. Ce n'est même que parce qu'il y en a dans les premiers étages de la société, qu'il s'en trouve dans les combles ! Et toutes choses d'ailleurs égales , le peuple-peuple vaut mieux que le peuple-roi (*). Je le crois bien : dans l'impuissance d'avoir rien à aimer autour de lui sur la terre, que la terre , il a une tendance naturelle vers le ciel, d'où il re-
(*) Voici ce que raconte Servan , que j'aime à citer en matière criminelle, et «ifi qu'il raconte dans son Apologie de la Bastille : «M. de Vendôme disait, en parliint des querelles, entre les mulets et muletiers, qu'il avait observé constamment que le mulet avait presque toujours la raison de son côté ; il en est ainsi des procès entre deux, nommes de condition inégale; on peut à l'aveugle parier le bon droit de la bête de somme , c'est-à-dire du plus faible. Or, dans ce monde , le plus fort et le plu& riche , c est 'tout un : en cette qualité , il prend ses avances et se« avantages : d'abord , il se saisit des principales avenues, dont il bouche facilement l'entrée r. sa partie, en y clouant Topinion de» meilleurs avocats : ensuite faisant armer pour lui le plus redoutable chevalier du barreau , il laisse à son pauvre enivemi le choix d'un défenseur dans les jeunes bacheliers. »
<.i Le plus fort et le plus riche , c'est tout un ?» Après les journées de juillet 1830 , ce n'était plus les Bourbons qui étaient cela, mais le peuple. En sorte que, s'il y avait de la vérité , il y avait encore plus de flatterie et d'hypocrisie , mais aussi de suicide de Chateaubriand, dans ces paroles de Chateaubriand aux Pairs du 7 aoûi : » Jamais défense ne fut plus juste et plus héroïque que celle du peuple de Paris. Il ne s'est point soulevé contre la loi , mais pour la loi; tant qu'on a respecté le pacte social , le peuple est demeuré paisible; il a supporté sans se plaindre les insultes, les provocations, les menaces; il devait son argent et son sang en échange de la Charte ; il a prodigué l'un et l'autre. Mais lorsqu'après avoir menti jusqu'à la dernière heure, on a tout à coup sonné la servitude; quand la conspiration de la bêtise et de l'hypocrisie a soudainement éclaté; quand une terreur de château, organisée par des eunuques , a cru pouvoir remplacer la terreur, la république et le joug de fer de l'empire, alors le peuple s'est armé de son intelligence et de son courage; il s'est trouvé que ces boutiquiers respiraient assez facilement la fumée de la poudre, et qu'il fallait plus de quatre soldats et un caporal pour les réduire. Un siècle n'aurait pas autant mûri les destinées d'un peuple que les trois derniers soleils qui viennent de briller sur la France. "
Après avoir oui des ;?arZeMr5, écoutons un /ier05 de Juillet, M. Gauchois-Lemaire : — " On a beaucoup parlé d'exécutions militaires faites par le peuple sur des pillards. Il s'en fit une à l'hôtel d'Elbeuf, place de Carrousel, sur un homme qui avait pris de l'argent et des couverts chez M. Leduc, employé de la maison du roi. On trouvait ses poches bien garnies ; « Tu as volé, » lui dit-on. — f Non, je n'ai pas volé. » On secoua ses poches, et il tomba une cuiller et des pièces de o francs. « Tu vois bien que tu as volé, ... Tu es un gueux. » Et on le fusilla sur la place — La c hapeile des Tuileries ne fut pa& respectée, sous le rapport religieux, mais fut conservée matériellement. Un homme, le sabre à la main, se tenait devant l'autel, et en remettait la nappe en ordre quand quelqu'un la dérangeait. — Je ne m'étonne plus que M, Dupin, visiblement intéressé dans l'affaire de la monarchie, ait accusé un jour la France (c'était le 9 novembre 1830 ) « de n'avoir pas assez de vertu pour revendiquer la république : » il voyait en lui la France.
DA^S LE LÎEU SAINT
tombe, plus d'une fois, aux pieds de ses semblables, et même de ses supérieurs , comme un ami , comme un frère ou un serviteur.
Lorsque le peuple, lorsque l'homme du peuple arrive, par hasard, par bonheur, à la vérité, et par elle à la vertu, il est plus vrai , plus sage , plus habile que les grands et les rois, C'est toujours par le peuple que les vraies restaurations se sont opérées, le christianisme notamment. La Réforme et ]a Philosophie , la Révolution de 1793 , et la Révolution de juillet 1830, en tant qu'elle sera un jour (et elle le sera) dénaturée, qui les a faites ou qui les fera? les mauvais princes, les princes efféminés, les princes sanglants, et quelquefois les princes du sang ! ! 1 C'est pour cela que j'ai pris aujourdliui la défense du peuple.
Le peuple ordinaire, le peuple que nous laissons dans l'incertitude de la vérité et du devoir, que dis-je î le peuple que nous plaçons dans l'ignorance; le petit peuple, auquel nous ne savons ni procurer du travail, ni donner du pain; le peupleroi auquel nous n'avons l'art ni de décerner des honneurs , ni d'apprendre à les dédaigner; le peuple que nous mettons tous les jours en présence de notre ignorance personnelle, de nospassions, de noscrimes, et de noscrim.es couronnés... ' Que voîdiGns-nous qu'il fît contre., . trois Pouvoirs? C'est la seule question du procès :
Avouons-le, elle ne fait pas question ! Nous allons donc la résumer, surabondamment : Le peuple a vu, de ses pi^opres yeux vu ; il a vu en sept années (la nature, prouvée par l'histoire, ne permet pas de voir ou de se rappeler, de garder sur le cœur au delà) toutes les sortes de principes, les principes les plus contraires, également ou tour à tour soutenus par ses maîtres.
Il a vu les rois et les minisires reconnaître personnellement, proclamer jusque dans les chartes, laisser soutenir, et quelquefois encourager la philosophie, c'est-à-dire Légalité et la liberté des passions, aussi bien, et souvent mieux que le christianisme , c'est-à-dire l'abnégation, seul fondement possible de l'ordre public.
11 a vu la division s'établir, se manifester, s'aggraver dans la famille de ses rois.
Il a vu les nombreux abus de la Restauration, des cumuls impossibles, des élévations, des oublis ou des abaissements sans motifs.
Il a vu les anciennes familles que la révolution avait déshéritées, mais qui avaient elles-mêmes fait la révolution, redemander leurs anciennes fortunes à une génération innocente, née depuis la révolution, et dont les pères en avaient souffert comme tout le monde.
Il a vu des justices essentiellement partiales, des condamiiations, des acquittements inouïs.
Il a Yules ministères se succéder, et détruire , les uns, ce que les autres avaient édifié.
Il a vu l'homme que le clergé semblait mettre à sa tête (il en fait encore aujourd'hui pénitence) redemander les temps où les pontifes étaient presque aussi souverains dans les états que dans l'Eglise, et menacer la France, les foudres pour ainsi dire à la main , de lui faire voir ce que c'était qu'un Prêtre.
Il a vu les abus, il a vu surtout l'opposition riche ou aristocratique active, habile, incessante, qui signalait, qui exagérait, il faut le dire, ces abus.
Voilà ce que I homme du peuple (et l'homme du peuple ici c'est la France) a vu ; on sait ce qu'il a appris : au théâtre, et dans la littérature, les passions ; dans l'université, avant tout ia grandeur romaine, l'héroïsme de Brutus, la tyrannie de César, et, par surcroît, les amours de Virgile et l'indifférence d" Horace.
Et puis, et comme pour couronner ses expériences, ses connaissances et ses préjugés sur ce qu'on appelait la Restauration, le peuple voit ces Ordonnances qui lui semblèrent les colonnes d'Hercule du despotisme exercé contre lui !
La révolution de juillet intervient. Il la voit assez, car il l'a laite, et il l'a faite en se jouant. Il l'a faite, et il en reçoit, d'un bout de la France, d'une extrémité de l'univers à l'autre, des félicitations que n'effaçaient point les satires isolées, ou intéressées. Il en sort un roi, qu'il ne prend pas même la peine d'élire (*), et dont il n'a que mieux la gloire : Sic vos non vobis. Il a vu, il a entendu ce roi lui faire foi et hommage de sa suzeraineté; il sembla n'y avoir plus de différence ici, entre le créateur et la créature, que la transposition du titre royal :
Sous un roi citoyen tout citoyen est roi.
Etait-ce ià un peuple qui pouvait dire :
J'ai fait des souverains et n'ai pas voulu l'êîre?
Et, franchement, le prince de Talleyrand pouvait-il dire : Le peiiple a donné sa démission? Il n'a bien donné la sienne,
(*) î! failait îe Dixp'm-scapin pour dire dans sa brochure Ouoiqxœ Bourbon: « Il a été librement choisi par le vœu national; c'est là sa légitintiité. La légitimité de Louis-Philippe est toute populaire; c'est une légitimité pleine et entière, la plus pure , la plus honorable , la plus vraie , la plus éloignée de l'usurpation : elle liii a valu le beau titre de roi citoyen. » {RévolutioT^ de 183Q.)
DANS LE LIEU SAINT
lui, l'homme le plus peuple et le moins peuple qu'il y ait au monde, que lorsqu'il Tavait reçue de la nature préalablement î Aussi, le peuple s'est-il cru roi /a-t-il voulu demeurer roi, faute de mieux; il a voulu l'être, avec d'autant plus de despotisme naturel, qu'on a bientôt voulu, ingrat qu'on était, hypocrite qu'on avait été, qu'il cessât d'être roi. Le peuple se crut donc, il dut se croire, à la fin de 1830, plus roi que jamais : car il voyait, mieux que jamais, un roi de sa façon reconnu, en apparence, par tout le monde, et même par tous les rois, par celui-là même qu'il avait remplacé î
Telle dut être sa prétention! Or voici comme elle a été trompée. Il est arrivé que ce roi qui lui devait tout , couronne, patrie, fortune, et peut-être sa tête , a fini (je parie toujours selon l'idée et l'imagination du peuple) par retourner contre son maître l'épée que celui-ci avait mise entre ses mains.
L'homme-peuple a vu l'homme-roi, ou le roi de L'homme, faire précisément tout ce qu'ils avaient blâmé, l'un et l'autre, pendant le règne précédent.
Et avec cela il l'a vu continuer de blâmer tout ce règne.
Il l'a vu partager en deux parts distinctes le peuple de juillet : l'une, pour l'élever à côté de lui, lui livrer exclusivement tous les avantages, tous les honneurs, toute la fortune et toute la gloire de la révolution ; l'autre, pour lui en laisser toute la misère et toute la honte, car il y a bien un vilain côté dans les choses les plus glorieuses.
Il l'a vu écarter, avec plus ou moins de franchise ou de prudence, les hommes qu il se croit, à lui peuple, les plus et les seuls dévoués, les trois grands hommes, ou plutôt les trois grands rois de juillet : Lafayette, Laffitte (*), et Dupont de i'Eure.
Il l'a vu, au contraire, recevoir ou appeler autour de lui des hommes qui avaient déjà eu tous les privilèges de la Restauration ; qui avaient été coupables de toutes ses imprudences, de ses injustices, de ses catégories , et auxquels la volonté n'avait pas manqué pour les rendre éternels à leur seul profit.
Il a vu le roi du peuple élever, et conserver , à tout prix, précisément les hommes du peuple qui ont semble ie plus subitement , le plus imprudemment , le plus vénaiem.ent, le plus lâchement et le plus hautement ingrats envers le peuple.
Regardant de près le roi du peuple, l'homme du peuple s'est
(*) Il n'y a point de peuple , mais seulement de l'usurpation royale , dans le fanneux mot de Laffiue (qui, n'osant se faire prince, fit Princesse s% fille) auxêlec*^ leurs de .1834 ' Ma Maison offre le Tésumé de la r(^volii»'on de juillet.
rappelé le bruit public, historique, de son opposition de restauration au membre régnant de sa famille, qui, plus d'une fois, se trouva dans le cas de lui dire le terrible : Tu quocjue !
Il l'a vu traiter en étrangère, en criminelle, la femme, forte même en ses faiblesses, qu'il avait jadis saluée comme reine , et qui s'était élevée, sinon dans la pensée des sages, du moins dans l'opinion publique, en se faisant, toute seule, homme et même roi contre lui 1
Il se rappela les millions d'indemnités reçus, possédés, multipliés, ajoutés aux millions patrimoniaux, sur la tête de l'homme dont le père s'était dit : Égalité. lia vu, à tant de terres, à tant d'or natifs ou légaux, se joindre encore plus d'or civil et constitutionnel; il a vu Pélion entassé sur Ossa, et la plus grande fortune européenne s'accroître, parla grâce d'une femme..., de la plus grande et de la plus terrible succession prématurée.
On sait la Lettre que le duc d'Orléans écrivit à l'Évèque de Landaff, le 28 juillet \ 80/t, en apprenant la mort du duc d'Enghien. « ...Son sort est un avertissement pour nous tous. // nous indique que l'usurpateur ne sera jamais tranquille tant qu'il n'aura pas effacé notre famille entière de la liste des virants. Cela me fait pressentir plus vivement que je ne le faisais, quoique cela ne soit guère possible, le bienfait de la généreuse protection qui nous est accordée par votre nation ViKignanime. »
Hélas ! pour être saignée à blanc, notre fami/Ze infortunée n'avait pas besoin d'une main étrangère, elle n'avait besoin que de la sienne !
Et toutefois le suicide est bien autrement funeste que le meurtre.
A votre place, j'eusse dédaigné, je jetterais aujourd'hui là, alors même que je ne serais coupable que de loin (et la famille est bien un peu solidaire , si la société ne l'est pas), je me laverais encore les mains d'un or sanglant.
Je ne souffrirais pas qu'un de mes enfants en fût souillé.
Je me fusse rappelé que l'ancien Deutz lui-même reporta les trente pièces d'argent, qxjiil les jeta dans le temple^ que les princes des prêtres eux-mêmes dirent : Il ne nous est pas perrais de le mettre dans le trésor^ parce qiCeWes sont le prix du sang ; et qu'i/5 en achetèrent un champ pour la sépullure des ctrangers , auxquels ils donnèrent le nom de sa tache originelle : Hageldâma ! le champ du sang !
Je l'eusse employé, cet or régicide , à dresser , en quatre lieux, un monument quatre fois expiatoire du 21 janvier 93. du 20 mars 1804, du 4 3 féviner 1820, et du 27 août 1830! J'eusse j avant tout, fait trembler, d'un regard, en ma pré-
DANS LE LIEU SAD.T. T o
sence, la Femme hardie, la femme au front qui ne jamais, qui fût venue m'apprendre la mort de son maître,
Et, sa tête à la main, demander son salaire.
J'eusse redouté le terrible adage de droit romain et de droit français, de droit civil, et même de droit royal : Is fecit crimen ^cui prodesî.
Et je me fusse rappelé avec effroi le mot que la mère de mon premier ministre, Madame de Staél, rapporte, dans ses Considérations sur ta révolution : « Comme on annonçait un jour les Princesses du sang à la cour de Boneiparte, quelqu'un (sic) dit : du sang d'Engliien ! » ajoutant que « tel fut en effet le baptême de cette nouvelle dynastie. »
Quoi qu il en soit, l'homme du peuple a vu le roi du peuple ajoutant à son élévation , à ses enrichissements, les enrichissements de sa famille , faire et menacer de faire, comme autrefois le peuple romain, des rois pour instruments de son usurpation : Ut haberet et reges instrumenta servitutis !
S'élevant plus haut, et le peuple quand il est vraiment libre, vraiment lui-même, s'élève aussi haut que les meilleurs philosophes , il a vu le plus terrible fléaii de Dieu, le signe le plus éclatant de sa Colère bienfaisante, fondre sur la France, précisément depuis l'avènement du pire de tous les Bourbons (*).
Voilà une partie de ce que l'homme du peuple a vu, de ce qu'il voit, de ce qu'il entend, de ce qu'il lit tous les jours, sur le roi. Voici ce qui le regarde dans les affaires de la royauté nouvelle; ce qu'il ressent individuellement; ce qu'il souffre; ce qu'il est porté à imputer, bien qu'injustement, à la royauté nouvelle. Il voit, à la conscription, dont il supporte seul le poids, se joindre la majeure partie, la partie où le dévouement n'est point accompagné de l'honneur, -de la garde nationale. Il voit le budget de l'année actuelle toujours plus énorme que celui de l'année précédente. Il voit (car ici pour lui entendre, c'est voir) à des dettes connues, ajouter des dettes ignorées, anciennes, étrangères, énormes, et qui lui semblent avoir été comme inventées, pour rendre odieuse, et à jamais impossible en France, la république d'Amérique, si chère à l'homme du peuple de France. Il se voit, seul pauvre , seul délaissé, sans connaissances utiles, sans emploi, quelquefois sans pain, n'étant pas sûr d'un lit à l'hôpital. Il voit, lorsqu'il s'est laissé
(*) C'est un antique usage en Chine, dans les calamités publiques , que les rois s'accusent de leurs fautes devant leurs sujets, et qu'ils s'imposent une pénitence publique, comme premiers coupables. Le dernier roi du Tonking a composé sa confession, où il retrace le Choléra a moissonné, en !82;0,le dixième de la population chinoise. (Voir la Propagation de la Foi.)
LA GRAINDE APOSTASIE
aller au désespoir d'une émeute, ou seulement d'un rassemblement machinal, que, comme il n'y a point eu de gouvernement clairvoyant pour le mettre en garde contre lui-même, il n'y en a point d'honorable, point de français, et qu'il y a d'aUemand pour l'arrêter; qu'il n'y en a point de paternel, point de juste, qu'il n'y en a pas toujours de légal' et d'humain, pour le punir. Lorsqu'il s'est élevé, lui ou les siens, car tout ici est solidaire, à ce qu'il croit son droit, son devoir peut-être, et le dernier acte de son héroïsme, il se voit traîné de prisons en prisons, de juges en juges exceptionnels; et cela par ceux-là mêmes qu'il a faits ce qu'ils sont, tout-puissants contre lui ! Et puis, comme pour ajouter à l'égoïsme, à la dureté, à l'impopularité, l'ironie, ces mêmes hommes proclament sur la ruine (ils proclameraient, je crois, sur le cadavre) de leurs victimes, la souveraineté de leurs victimes î
îUe Crucem sceleris pretimn tulit , hic Diadema,
(JuYÉNAL, Satyre 13).
Les hommes du peuple voient toutes ces choses : ils les sentent, ils en sont personnellement pénétrés ; si l'un d'eux l'ignorait, il l'entend dire et crier tous les jours par tous les journaux, et par tout le monde. Ils voient les barreaux de toutes les villes se lever comme un seul homme pour prendre, à tout prix, leur défense. Ils voient le plus éloquent des prêtres, celui qu'on leur présenta 4 5 ans comme le plus grand apologiste de l'Eglise romaine, c'est-à-dire d'un Dieu innocent crucifié^ chercher la gloire (qui le fuit ailleurs) dans leurs conseils , et trouver, si nous osons le dire, dans leurs cachots, le sanctuaire I
Tant de choses données, il fautlereconnaître, il fautl'avouer, il faut le crier, ou rien ne saurait être reconnu dans les a flaires humaines, l'homme du peuple, et par conséquent tous les hommes du peuple, ont pu, ils ont dû croire, ils ont dû être convaincus que la comédie de quinze ans était une comédie auprès de la tragédie de quatre années! Donc, ils sont, philosophiquement parlant, innocents. Ils sont amnistiables du moins: quod erat demonstrandum.
Mais on peut, il faut même s'élever plus haut pour voir encore mieux, je ne dirai pas la convenance et l'opportunité de l'amnistie, mais sa légitimité, mais sa justice, mais son égoïsme, mais son habileté et son urgence. L'amnistie est tout cela à la fois, par la raison, démontrée par le sens commun aussi bien que par la philosophie et la religion, par la raison qu'une royauté nouvelle o^ide main dlioinme est seule, toute seule, exclusivement, l'occasion et même la cause des oppositions et des crimes d'Etat commis sous son règne. Elle sera, cette cause, éternellement. Parce qu'avant son existence, elle n'a pu se préparer, pendant son existence se soutenir, et même après
DANS LE LIEU SAîrvT.
sa fin se faire oublier ou se rappeler qu'à la faveur d'ur.e commotion universelle dans les esprits, d'une secrète ambition dans les cœurs, d'une révolte toujours flagrante dans les volontés.
Quoi qu'il en soit, et en résumé, il est vrai de dire que la première excuse, ou du moins la cause seconde de la révolte de juin et de celle des hommes d'arri/, comme la cause de F insurrection des héros de juillet {Félix culpa!.. .), c'est le roi de juillet. C'est lui qui devrait dire, à plus juste titre que Nisii? ^ Euryale dans Virgile :
,..Me, vie adsum quifeci...
... Meafraiis omnis • nihil iste nec ausus , Nec -potuiU
Il dit, ou plutôt il semble dire, au contraire : A moi l'innocence, à moi l'héroïsme, à moi la liberté (*).
Mais aussi les hommes d'avril, qui savent qu'il n'y a pas deux 'poids et deux mesures au monde; qui sentent que, s'ils furent héros, en juillet f''^) ils le sont à fortiori peut-être, en avril, lui répondent, avec tous les philosophes et même avec tous les théologiens; et d'abord, avec Cicéron, dont les Lois représentent tout le paganisme: «Que les grands soientun modèle pour le pubhc; tout ira bien, si cela est. Pour infecter la ville entière, il suffît que leurs passions et leurs vices éclatent : comme aussi, pour y mettre la réforme, il suffit qu'ils se contiennent Rappelez-vous la mémoire des temps passés, et vous verrez que ce qu'ont été les grands, le reste DES citoyens l'a TOUJOURS ÉTÉ. Aiosi les grands qui vivent mal, sont doublement coupables et pernicieux à l'Etat; car, non-seulement ils sont corrompus, mais ils corrompent, et l'exemple qu'ils donnent est pire que le mal qu'ils font. »
Ils lui répondent, ce qu'au rapport du peintre de la tyrannie et des usurpations, Clémens répondit à Tibère, qui lui demandait de quel droit il s'était fait Agrippa : «D^ celui dont tu t'es fait César! » Ce que répondit un soldat à Marins, qui, de maitre de forges, devint l'un des trente tyrans des Gaules sous GaUien, et fut percé d'une épée • « C'est toi qui l'as forgée! j> Et le Dalmate Bâton aux Romains : — « Prenez-vous-en à
(*) t Personne n est plus que moi ami de la liberté. ^ — Réponse du roi à la ville de Montmédi. — Ami de la liberté^ répliqua uu jour Royer-Collard , amant de la puissance,
(**) Loiiis-Philippe a dit dans sa première Proclamation aux habitants de Paris : « Je n'ai pas balancé à me placer au milieu de votre héroïque population,en rentrant dans Paris , je portais avec orgueil les couleurs glorieuses que vous avez reprises, et que j'avais moi-même long-temps portées. y> Et dans son jiremier Discours d^ ouverture des Chambres : « Je suis accouru au milieu de ce vaillant peuple, j*
vous-même, si nous sommes révoltés; pour paître vos troupeaux, vous envoyez des loups et non des pasteurs. »
«Ils lui répondent, avec les précepteurs et les prédicateurs des rois, avec les Directeurs de la conscience des Rois : «Une étincelle ici cause un incendie. Une action d'un roi fait souvent une multiplication et un enchaînement de crimes, qui s'étendent jusqu'à plusieurs nations, et à plusieurs siècles. » Et avec Bossuet, doublement prophète et de la Restauration et de la révolution de juillet, de la branche aînée et de la branche cadette, dans V Oraison funèbre delà femme de Charles : « Quelque haut qu'on puisse remonter pour chercher dans les histoires les exemples des grandes mutations, on trouve que, jusqu'ici, elles sont causées ou par la mollesse ou par la violence des princes. Quand les princes négligent de connaître leurs affaires et leurs armées, ne travaillent qu'à la chasse, comme disait cet historien ( Venatus maximus labor est. Quint. Gurt.), ou quand, emportés par leur humeur violente, ils n'ont plus ni lois ni mesure, et qu'ils ôtent les égards et les craintes aux hommes, alors ou la licence excessive , ou la patience poussée à l'extrémité menacent terriblement les maisons régnantes. »
Ils lui répondent enfin avec M. Guizot, dans le seul un peu vrai de ses livres nombreux , la Justice politique : « Le gouvernement était institué pour être bon, c'est-à-dire pour satisfaire aux besoins généraux de la société : si Tétat de la société est mauvais, cela prouve que le gouvernement n'est pas bon. » — « Vous le voyez , le fait est constant ; il y a eu complot, un grand complot ; maintenant je dis que ces hommes-là en sont coupables (') « — « Un bon médecin sait l'hygiène , la santé , il se dispense de recourir aux remèdes violents. Les gouvernements sont tenus de savoir l'hygiène du corps social ; leur institution n'a pas d'autre fin; et c'est quand ils ne le savent pas qu'ils sont contraints de convertir l'espionnage en provocation, le mécqntentement en complot, la justice en politique. » M. Guizot insiste sur le grand point de la criminalité du pouvoir dans son malheureux Gouvernement représentatif . « Ce sont des révolutions faciles à terminer que celles où les peuples ne résistent et ne combattent que pour être libres ; quand elles entraînent des déchirements, c'est à l'injustice et à la mauvaise conduite des gouvernements qu'il faut l'attribuer. Dans la discussion qui eut lieu en Angleterre sur la traite des nègres, un partisan de la
(*) Je dis, moi ; Comment l'homme qui a dit cela, et fait si longtemps, et si orgueilleusement, et si brutalement, jusqu'au ^4 Févi^ier 1848, tant de complots de ce ffenre, a-t-il osé affronter le peuple de Paris en 1849...? C'est la plus grande glorificatioa de ce peuple qui se puisse imaginer.
DANS LE LIEU SAINT
traite disait, pour la justifier , les révoltes continuelles d'esclaves : — « Oui , s'écria Fox , forcez-les à devenir fous, et plaignez-vous ensuite de ce qu'ils le sont ! »
Mais, me dira -t- on, avec votre système de tolérance et de rémission, les hommes qui ont pu se révolter impunément , se révolteront de nouveau , et sans fin , jusqu'à la victoire inclusivement. Ceux que la crainte du châtiment a retenus se laisseront aller avec l'espérance de Timpunité; et l'ordre public sera sans cesse troublé? Les premiers ne se révolteront de nouveau que mieux , avec la peine. Les seconds n'en seront que plus enclins à se révolter, avec elle. La terreur du châtiment, qui peut être de quelque considération dans les temps et pour les crimes ordinaires, c'est-àdire tenus pour crimes par tous les partis et tout le monde , est nulle dans les temps et pour les attentats exceptionnels, les seuls dont il s'agisse ici. Le sang des chrétiens était générateur des chrétiens, disait Tertuiiien : Sanguis martyrum seinen christianorum : cela est vrai du sang des républicains, lorsque la république est devenue, par le fait de républicains devenus rois, ou de rois qui se flattent et se laissent flatter du titre de rois-républicains, un parti honorable et même redouté.
Mais quand viendra le temps de punir et de punir eflicacement? Lorsque le droit sera venu ; lorsque les précédents de la dynastie seront oubliés; lorsque le changement de règne sera expié par un changement de capacité et de justice dans les gouvernants, un changement de bien-être dans les gouvernés ; lorsque la faculté, lorsque la puissance enfin de punir seront arrivées: car c'est bien une difiîculté que fimpuissance ! Et, pour tout dire, en un mot, comme le titre de notre ouvrage, lorsque d'amnisties en amnisties, le gouvernement de juillet se sera élevé au privilège, éminemment royal, de tenir levé le glaive, et de faire accepter ces beaux vers de Casimir Delavigne :
Peuple affranchi , 'lont le destin commence , Croise tes bras après ton œuvre immense'..,.
Peuple 1 repose-toi !
Jusque-là, la justice proprement dite, et surtout l'extrême justice, est une injure extrême : Summum jus, summa injuria, comme disait le droit de la république romaine.
L'amnistie n'est pas utile, je le sais, pour désarmer les ennemis, car elle les irrite en secret. Les hommes du peuple sont tentés de dire au roi du peuple (*), comme jadis à Mirabeau
{*) En attendant, ils dirent k son procureur-général, requérant provisoirement i:ontre eux \e minimum d'une peine : Nous en voulons le maximum!
Beaumarchais : Reprenez votre insolente estime ! ou à plus juste titre que l'énergique comte de Saint-Roman , aux patriotes du soi, en sa qualité d'émigré royaliste : Nous ne recevons
pas de pardon^ nous pardonnons 1 Mazarin laissait chanter
pour qu'on le payât ; nous pouvons bien , nous , laisser raisonner,et même déraisonner,puisque nous demandonsla tête !
Mais l'amnistie est bienfaisante, elle est nécessaire pour faire aimer celui qui la donne par la grande majorité, toujours indifférente, delà nation qui n'a pas besoin d'amnistie, et qui, à la longue, seule peut prévenir les troubles qui rendent Tarnnistie nécessaire »
Ce qui manquait à notre logique de l'amnistie dans Le Roi devant ses pairs de 183Zi, nous avons été assez heureux pour le dire, et à temps plus opportun et plus brûlant encore, dans la Presse prophétique , laquelle a date certaine dès le 8 juin i 848 : « S'il y avait dans la guerre civile de juin des innocents, plus innocents que tous les autres, ce seraient ceux qu'on est convenu d'appeler, et qu'on croit en justice, les grands coupables,,.. Qui sait, dit le prophète-roi, la nature intime du péché? Delicta quis intelligit? ( « 0 justice humaine ! s'écriait r avocat général Servan lui-même, que de choses il vous manque pour être juste ! i>)
« Précisément , parce qu'ils furent les plus hardis, les plus courageux , les plus autorisés, LES PLUS AIMÉS DES IN- SURGES par les insurgés ; les plus consciencieux même, et les plus rationnels, par cela seul qu'ils furent les chefs, et par conséquent les seuls capables d'influer sur leurs gens, et de rendre utile ou vraie la soumission ultérieure de tous ; — - les ^euls dont la poursuite et le châtiment exclusifs parles vainqueurs sembleraient une crainte, et même une ingratitude et une vengeance personnelle des vainqueurs ; — les seuls dont la mise en liberté soit vraiment une manifestation de clémence et une preuve de force et d'avenir dans le gouvernement.
« Il doit en être, en France surtout, parletemps qui court, et lorsque les combattants ont porté (et par conséquent porteraient encore) le courage jusqu'à la rage.... il doit en être, di- ^sons-nous, encore mieux d'une guerre civile que d'une étranjgère : tout ce qui n'est pas tombé sur le champ de bataille (au désarmement près), respecté par Dieu, doit l'être par la Société.
a Les insurgés de Mai sont assez punis par leur insuccès, assez punis par Dieu lui-même, sans l'être encore par les homnes, et par quels hommes? ceux-là même qui furent naguère .eurs amis, et qui triomphèrent avec eux, par eux, et pour 3UX. — Ce qui a fait dire, chez tous les peuples, et à toutes les 'poques, que dans les guerres civiles (proverbe seul admirable à prouver Végalité des combattants), il n'y a jamais de coupables, mais seulement des vaincus et des vainqueurs.
DANS LE LIEU SAÎNT
«L'Ecriture, qui est, après tout, le meilleur juge, si elle n'est pas le seul, de la morale et de la politique, ne commande et ne glorifie, comme moyen de durée personnelle et d'amour public, principalement pour les chefs des Etats, que la grandeur d'âme et la clémence. Elle plaît au Seigneur , si miséricordieux lui-même, bien autrement que les victimes; c'est la justice même par excellence : Facere misericordiam et judicium, magis placet Domino, quàm victimse. C'est par elle seule que la République se fortifie : Et roboratiir démentiel thronum ejus. Prov. XX, 28 ; XXI, 3.
« TOUTE FORCE QU'ON OTE AUX BRAS CONTRE SOI, ON LA DONNE, ON LA DECUPLE, A LA LONGUE (qui n'est jamais longue à présent) , CONTRE SOI , AUX AMES , LES- QUELLES APPELLENT , A LEUR TOUR , LES ARMES.
« Alors même qu'ils ne s'excuseraient point par la terreur panique de l'ayenir et delà faim, dès que les attentats sont nombreux et populaires, et qu'ils s'opèrent le front haut, comme à présent, je ne voudrais, pour démontrer l'iniquité de la peine, que son impossibilité morale et même physique absolue : — La peine politique? par ses vieux souvenirs de camaraderie. — Lsl militaire ? par la générosité. — La civile? par sa peur. — Ldipubliqiie (ou l'opinion) ? par son silence. — Et, encore mieux, l'impossibilité de la nature de la peine : car V emprisonnement donne la chance d'une recrue toute prête pour émeute; et la déportation (qui rougit sous le nom de tr anspor talion) , est la certitude à la fois d'une peine pour les conducteurs, d'un malheur peut-être pour les innocentes colonies, et même d'une infraction de ban et d'un ^etour de transportés... »
V. L'esprit révolutionnairs des Nobles el des Grands... et premiers mauvais sujets.
Noblesse... n'oblige»
« Les plus nobles d'aujourd'hui ne sont plus que les mânes de leurs ancêtres. " Kivarol (*)
Plût à Dieu que les nobles ne fussent que des mânes ! On a publié sous la Restauration un livre, de leur Esprit révolutionnaire contre la Restauration, qui n'eut garde de le
(*) Le même Rivarol , s'anoblissant ad hoc , disait des parvenus de son temps, ce qui est encore plus vrai de ceux du nôtre : » Ils ont saulé du derrière de la voiture en dedans, en évitant la roue. >>
(**) Un autre ouvrage moins vrai avait paru en 1820, sous les initiales Paul Je avec le titre de Ligue des Nobles et des Prêtres contre les Peuples et les Eoi»
poursuivre: car le fait et le titre sont tellement historiques, qu'en l'attaquant, la Restauration aurait par trop rappelé ses méfaits, et paru se poursuivre elle-même.
Et toutefois le livre, plutôt politique que religieux, avait omis les plus grands attentats, les conspirations les plus intimes des classes élevées contre les classes élevées. Car les grands propriétaires sont les plus grands ennemis des grands propriétaires; et les princes, après les Rois, les plus grands ennemis des Rois.
Ils ne méprisent le peuple (qu'ils ne croient pas digne de leur haine), ou ne le flattent et ne le corrompent (*) que pour le retenir ou le lancer, en temps et lieu, contre leurs ennemis.
Car, ce que ces Messieurs appellent des coups à' Etat, sont des coups de canon; et les bombes sont toujours les têtes du peuple contre les têtes du peuple, qu'ils définissent de la chair à canon.
Et pour cela, nulle haine entre eux ne les retient. D'ennemis entre eux à la vie à la m^ort, ils se font amis, comme les Rois : « Facti sunt amici Herodes et Pilatiis in ipsd die : nam anteà inimicierant, LuG,XXin, 12.
Toute l'histoire ancienne, et surtout la moderne tout entière, depuis celle des Rois dans l'Ecriture, et celle écrite par les nobles (**) aussi bien que celle écrite par les indépendants, jusqu'à celle de Thucydide et deXénophon; et depuis celles de Tite-Live et de Tacite, jusqu'à celles de Grevier et Lebeau, du Bas-Empire; de Lévesque, de Russie; de Schmidt, et de Mentzel, d'Allemagne; de Paul Jove, et de Sism.ondi, des Républiques d Italie; deMézerai et d'Hénault, deFrance ; d'Hume et de Lingard, d'Angleterre; de Mariana et d'Orléans, d'Espagne et de Portugal,... font foi que les grands sont toujours les premiers , les secrets , les hypocrites moteurs des révolutions politiqueSjdont les peuples sont toujours les plus grandes victimes. Et, pour ne rappeler que les derniers exemples à la
Un autre ouvrage à citer en témoignage est X Histoire des Conjurations, en 10 volumes , dédiée au duc d'Oriéans , par le savant Duport-du-Tertre , père du dernier et malheureux garde des sceaux de Louis XVI.
(*) Et les premiers empereurs chrétiens ne sont que les premiers à le reconnaître, aveugles et régicides qu'ils sont : Primates viri , popidi studiis ac voliiptatihus grati esse cupiunt. I»". Cod. de Spectaculis.
{**) Nous ne voudrions encore, pour prouver l'ambition , l'esprit usurpateur et la tyrannie native des nobles et des anoblis , que Tabsolutisme incessant de leurs publicistes. Depuis Machiavel, patricien éminent de Florence , le baron de Puffendorf , secrétaire du Roi , Grotius, fils et père d'ambassadeur de lloi ; le comte de Boulainvilliers, qui porta la haine secrète de la France, naturellement libre , jusqu'à l'amour secret de Constantinople; et même le baron de Montesquieu, lâche flatteur de la Pompadoar; et jusqu'au conseiller d'Etat de Louis XIV. Bosiuet, dont h Politique est encore plus profane que sainte.
DANS LE LIEU SAINT
suite de tous les autres (*), et ne parler que de la France, ce sont, à force de vérité, autant de lieux communs historiques que les Mab^es du Palais, traîtres aux Rois; les branches cadettes, traîtres aux aînées; les Dauphins même, traîtres aux -souverains ; les grands de ville, traîtres à ceux de cour; les parlements, traîtres aux ministères; les ministères eux-mêmes, à la fois flatteurs et traîtres des princes ;, les états-majors (Monck, etc.), traîtres aux armées; les grandes assemblées du peuple elles-mêmes, traîtres au peuple les preixiières 1
Et, dans les grandes Aristocraties, ouïes Corps : les individualités les plus riches, toujours les premières à Fenvie, à la haine, à la conjuration, à la perfidie, à la révolte.
La plus grande cause première de la révolution de 1789- '17 93, ce fut le représentant orgueilleux et libertin de la branche abâtardie d'Orléans ; la plus grande, des révolutions de 4 830 à i848, le représentant avide et orgueilleux de la même branche, prophétisé dans ces paroles, ad lioininem, du Dieu de Job, qui le laissait régner : « Qui regnare facis liominem liypomtam propter peccata j>oindi. XXXIV, 30.
La cause seconde (et par là première) de nos révolutions, et l'éternel Moniteur est là pour le prouver,.... c'est le second ordre del'Etat, successivement dans l'assemblée des Notables; dans les Etats-généraux; dans la Constituante ; dans la Législative ; et jusque dans la Convention!... Ce n'est point la volonté qui manqua aux grands seigneurs, s'ils ne figurèrent point, de leurs personnes, dans les Comités de Salut public, La majorité des nobles du premier ordre furent régicides . presque aussi bien que la majorité des curés du Tiers ! 1 !
Nous avons essayé ailleurs (dans le Manifeste de l'Eglise Romaine) l'histoire des Apostasies nobiliaires, et nous n'en rapporterons ici que le résumé, philosophique ou politique. Il ne saurait rien y avoir, en fait d'immoralités pratiques et littéraires, que les Egalité et les Brienne au-dessous des ducs et des duchesses d'Aiguillon d'une part , et des ducs et duchesses de Lauzun et Biron de l'autre. Les Montmorency euxmêmes choisissaient pour leur précepteur le jeune abbé Sieyès.
Lorsque la noblesse apostate, lâche, et même efféminée, au défaut de l'habileté et de la générosité, s'éleva ou s'abaissa aux crimes, pour se soutenir ou se relever, elle ne sut que les susciter, tantôt dans un garde du corps isolé de Paris, et tantôt dans une jeune fille de province; et toujours en se fai-
(*) A Rome, le plus grand scélérat , Catilina .. (les plus ardents tribuns du peuple, et surtout les Esclaves révoltés, n'étaient que les innocents auprès), était plus patricien et même moins criminel que Caton, qui vendait sa femme à Ilor» lensius; et prêtait à iOO/iOO à tout le monde.
sant, et au peuple, autant de mal qu'elle croyait de bien. L'assassinat deMarat, désarmé, tranquille et confiant, par la contradictoire Charlotte de Corday d'Armans (quelle noblesse obligatoire l), parente de Corneille, nourrie de Plutarque et de Jean- Jacques, refusant un prêtre fidèle pour se confesser, et se faisant introduire à rassemblée par l'apostat Fauchet; le second guet-à-pens et l'assassinat de Michel Lepeiefcier de Saint-Fargeau, par le plus grand propriétaire de France, le noble garde du corps PàrisT l'assassinat du représentant Ferraud et de Boissy d'Anglas, en pleine Convention, le Prairial , par l'Aspasie du Coureur du prince de Condé ; comme plus tard l'assassinat judiciaire, pire que le flagrant délit, du duc d'Enghien (''), parles Ducs de Bonaparte ; et de nos jours l'assassinat, presque avéré, du dernier des Condé , parla Feuchèresde Louis-Philippe, firent autant de mal à la noblesse elle-même et à la royauté, qu'elles en attendaient de profit !
Le Marquis de Lafayette, traître à sa façon, se contentait de dormir,... avant, pendant ou après les" attentats : « au 6 octobre, dit Rivarol, il fallut réveiller cet autre Morphée ; » et la preuve de sa trahison du peuple en faveur de Philippe- Egalité, est sa proclamation finale de Louis-Philippe comme la Meilleure des républiques.
Ce qu'on voit dans les grands veyius on le voit encore mieux dans les derniers venus, ou les parvenus. C'est le premier des Marchands de Paris, leur Prévôt, Marcel, qui fit la fameuse boucherie delà Jacquerie ; comme ce sont leurs "^vqïïiiers Banquiers, Laffitte et Périer (*'*), qui sacrifièrent la branche innocente à la criminelle ; et qui aujourd'hui sacrifieraient les deux branches, et tous les arbres du monde, s'il le fallait, à l'orgueil de leur or . . .
Le plus fameux traître de l'univers, vrai démon du Midi (il
{') Et peut-être le régicide de toute la branche aînée, dans f^on seul rejeton productif , le duc de Berri , par un ancien attaché aux écuries de l'île d'Elbe, etc.
(**) Tel dernier acteur de prétendant dernier, est encore mieux Je sujet de la ici des révolutions les plus fatales par les plus aristocrates. Mais il y a plusieurs sortes d'aristocraties. La pire de toutes, c'est celle du pauvre, orgueilleux et vénal. Le seul acliat d'un avocat fameux, aujourd'hui oublié, constituait, de la part de5 acheteurs, et de la part du vendu, le cynisme de l'apostasie,... Et aussi, a-t-il été maudit, presque aussitôt que consommé, par la mort avant le temps et presque tragique de la femme bien-aimée du dernier...
(***) Et quelle est l'impudence, quelle est sunout l'imprudence des nobles , se «lisant et se faisant républicains, sinon de la veille, au Uioins du lendemain, et jurant directement ou indirectement l'article 10 delà Constitution de la République Française Sont abolis à toujours tout titre nobiliaire, toute distinction* de naissance , de classe ou de caste », ne craignant pas de réexhumer leurs noms et leurs armoiries, que l'immense majorité d'indignes avait pris soin d'abolir^à toujours par provision ?j
DANS LE LIEU SALNT
était Gascon comme eux), et parvenu du prolétariat à la cour et même à l'empire, Rufin... appela jusqu'aux barbares du Nord, et leur livrait le plus grand et même le seul empire du monde, l'empire d'Orient sans la main d'un petit fléau de Dieu qui frappa le grand , et qui valut la plus grande consolation aux peuples, et la plus grande terreur aux tyrans ; comme à la poésie son plus beau vers .
Abstulit hune tandem Piufini pœna timoreni , Absoluitqiœ Deos.., Claud.
VI. L^esprit réactionnaire révoltant des Prêtres- propriétaires, et surtout des Prêtres souverains, cause première et finale de toute révolution.
Altitudines Satanœ. Apoc.II, 24»
Mais si toutes les révolutions sont politiques, elles sont encore plus religieuses. La Religion étant, avant et après tout, d'esprit et de cœur humains, tantôt pour être crue, tantôt pour être oubliée (niée, jamais), est, avant et après tout aussi, d'action ou de passion privée et sociale. En sorte que tout s'explique avec elle, et rien sans elle. Première grande loi. La seconde, c'est que les révolutions, qui s'opéraient jadis par les Rois aspirant au cumul des deux puissances, se fomentent et s'opèrent à présent par les Prêtres qui aspirent à la royauté ou à la propriété. Le 4'''^ Livre des Rois dansTEcriture démontre le premier point ; et toute l'histoire du Christianisme, comme sa théorie, démontre le second , dans VHistoire ecclésiastique.
Une troisième loi, grande concurremment avec les deux autres , c'est qu'en général, les peuples les plus susceptibles de révolution active ou passive, sont précisément les meilleurs, et les plus religieux en apparence. La raison en est simple, et même connue : c'est que le mal, étant plus grand, est plus sensible dans un' bon peuple que dans un mauvais. En conséquence, le Peuple de Dieu, fut, dès le principe, aussi perturbateur et troublé que l'était peu l'empire desNalDuchodonosor.
C'était, dans le premier, la vie militante, pour laquelle l'homme est né ; et dans le second, pour employer un exemple et un mot de notre siècle : Vordre régnant à Varsovie.
Les combats incessants et les victoires et les martyres des Machabées, les derniers Juifs, et comme les premiers chrétiens anticipés, en présence de T immobilité glaciale et corrompue des derniers Romains d'Italie, sont une dernière preuve de la vérité en question dans l'ère ancienne.
Dans la nouvelle, les preuves abondent encore plus.
Et d'abord, de Jésus à Judas; des martyrs, aux bourreaux : du peuple chrétien , au peuple juif; delà chrétienté, à tout le paganisme, tout le monde en fut à l'état perpétuel de vie et de mort tragique.
Aujourd'hui, c'est le peuple d'Israël dispersé, et comme converti et chrétien in petto, qui est le plus à l'état de vie et de victoires militantes.
Guerres et révolutions continuées, où l'on voyait, toujours, continuées aussi, en première ligne, la dégradation des pouvoirs ; en seconde, les avertissements des sujets fidèles; en troisième, les envies et les colères des pouvoirs dégradés; en quatrième, les indignations populaires.
Ainsi, la Chrétienté en général est aussi natureliement révolutionnaire, et révolutionnée, que l'empire des Turcs ou le Céleste empire des Chinois sont pacifiques ; et les nations catholiques et romaines, autant agitées et agitantes, que sont froides et comme mortes les grecques et les protestantes. La Uome et l'îtalie de Constantin le Grand, le premier Empereur- Chrétien (deux contradictions), fut la première cause aussi de toute la Bassesse des premiers chrétiens de Byzance. Et ce furent les raisons providentielles, à la fois, de la translation de l'Empire à Constantiaople, du triomphe apparent et de la défaite réelle de la Papauté à Rome.
C'est à cette date, en effet, que l'on voit, en même temps que la majorité des Papes se croire et se développer Rois, la plupart des ecclésiastiques aspirer à Tépiscopat, et tous les princes aspirer à la royauté. Et, delà, et de ce mal, et comme remède, toutes les républiques et toutes les guerres dltalie; et, accessoirement, les monarchies, quasi démocratiques , à ibr ce d'être nombreuses, de France et d'Espagne, d'Allemagne même et d'Angleterre (l'Irlande, la seule pauvre et la seule vraiment fidèle de ses provinces, étant la seule pauvre et la seule irritée, est, par là même, la moins malheureuse).
De là surtout la venue et l'invasion des Rois et des peuples barbares, bien plus encore (saint Jérôme le redit sans fin) contre la vie nouvelle de l'empire romain des Papes postérieurs à Constantin, que contre les restes et la mort de l'empire romain des douze Césars...
Entre toutes les puissances du jour, la plus forte est la Russie ; car elle est, à la fois, la plus croyante (la Turquie ne l'est plus), la plus pauvre et la plus guerrière.
Entre les Amériques, l'Espagnole est la pire, étant la riche.
Il en est des temps dans les peuples, comme des peuples eux-mêmes. Les plus sacerdotaux, ou le moyen âge, ceux des Croisades, sont aussi bien les plus malheureux par leurs envahissements, que les plu > heureux par leurs défaites.
L'avant-dernier temps de la prétendue Fille aînée de l'Eglise,
DANS LE LIEU SAIÎNT
la quelle n'était que sa bâtarde, le XYIIP siècle, fui aussi celui de ce qu'elle croyait son malheur le plus grand: l'expropriation de ses terres.
Le dernier, le nôtre, sera, en France, car il est déjà, son expropriation du Grand Livre.
Les personnes diverses du clergé, et même de la société, se distinguent aussi à leurs destinées. Les premiers et même les plus coupables, les grands et les riches cléricaux, sont toujours les plus châtiés. L'ordre des Cardinaux et des Evêques est frappé en première ligne. Celui des Religieux, après. Et, dans les Communautés, la plus riche passe toujours la première , et la mendiante demeure sauve.
La révolution, en ses premiers Etats généraux, commence par supprimer les deux premiers ordres des anciens; et à rendre au Tiei^ssdi première place. Et puis, lorsque IcLTéaction, portée peut-être jusqu'à la vengeance, a répandu par tout le peuple la terreur, V action fait, à son tour, la sienne.
Et puis aussi, comme, après tout, les troubles les plus politiques sont encore plus religieux, le Lion, libre, se porte d'abord aux lieux religieux, aux Carmes, à Saint -Lazare, etc.
Dans la reprise d'hostilités de grands (plutôt que de peuples) à grands, le premier peuple qui se montre, c'est le Romain de Rome, puis celui de Naples, et enfin ceux de Milan et de Venise. C'est-à-dire le peuple religieux et penseur. Et il se montre en tout, et comme Dieu lui-même, non pas autant contre le Pape-Roi personnellement, excellent et généreux de sa personne, mais contre ses entours immédiats: son Excellence Rossi, et Monseigneur Palma.
Et, ici, les paroles, les cris de l'Ecriture et des grands Prophètes ne manquent point. On pourrait dire que leur idée fixe, c'est la dégénération, la corruption, mais aussi Tépreuve et le châtiment des grands coupables, c'est-à-dire des coupables spirituels de nos révolutions.
« C'est à cause des péchés des fa w^c prophètes d'abord, et puis à cause des iniquités des prêtres, dit Jérémie, que les ennemis de Jérusalem entrent par ses portes : Quoniam ingrederetur liostis per portas Jérusalem, PROPTER PECCATA PRO- PHETARUM EJUS, ET INIQUITATES SACERDOTUM EJUS. »
Isaïe le dit encore mieux, et plus fort , et plus vivement, dans son dernier et plus beau chapitre, le 66% vrai chant du Cygne éternel... (et nous ne le prendrons qu'en la pauvre traduction deSacy), et si bien à l'ordre du jour de Rome, telle que viennent de la faire, ou plutôt de la constater, ensemble, Pie IX, Oudinot, et Falloux (O plene omni fallaciâ! dit Paul l'Apôtre, à Paul le Proconsul. Agt. XIIL) :
4 . « Voici ce que dit le Seigneur : Le ciel est mon trône et la terre mon marche-pied. Quelle maison me bàtireZ'-vouSj
LA GRAISDE APOSTASIE
et où me donnerez-vous un lieu de repos? —2. C'est ma main qui a créé toutes ces choses ; et elles sont toutes parce que je les ai faites, dit le Seigneur; et sur quijetteraîs-je tes yeux, sinon sur le Pauvre qui a le cœur brisé et qui écoute mes paroles avec tremblement? — 3. Celui qui immole un bœuf est comme celui qui tuerait un homme ; celui qui sacrifie un agneau ou un chevreau, est comme celui qui assommerait un chien ; celui qui fait à Dieu une oblation est comme celui qui offrirait à Dieu le sang d'un pourceau ; et celui qui se souvient de brûler de l'encens, est comme celui qui révérerait une idole. Ils ont pris plaisir et se sont accoutumés à toutes ces choses, et leur âme a fait ses délices de ces abominations, — 4. Et moi je prendrai plaisir aussi à me moquer d'eux, et je ferai fondre sur eux ce qu'ils craignaient, »
Et ce que le clergé redoute, et qui lui vient, Isaïe l'avait magnifiquement décrit ailleurs : « 1. Je chanterai à mon bienaimé le cantique de mon proche parent pour sa vigne. Mon bien-aimé avait une vigne sur un lieu élevé, gras et fertile. — 2. 11 l'environna d'une haie, il en ôta les pierres, et la planta d'un plant rare et excellent ; il bâtit une tour au mi- Lieu^ et il y fit un pressoir : il ^attendait qu'elle porterait de bons fruits ; et elle n'en a porté que de sauvages. — 3. Maintenant donc, vous, habitants de Jérusalem, et vous, hommes de Juda, soyezles juges entre moi et ma vigne. — 4. Qu'ai-je dû faire de plus à ma vigne que je n'aie pas fait? J'attendais qu'elle portât de bons raisins, au lieu qu'elle n'en a produit que de mauvais. — 5. Mais je vous montrerai maintenant ce que je m'en vais faire à ma vigne (c'est le dernier Siège de Rome, mot à mot) : j'en arracherai la haie, et elle sera exposée au pillage: je détruirai tous les murs qui la défendent, et elle sera foulée aux pieds. — 6. Je la rendrai toute déserte, et elle ne sera ni taillée, ni labourée : les ronces et les épines la couvriront, et je commanderai aux nuées de ne pleuvoir plus sur elle. -— 7. La maison d'Israël est la vigne du Seigneur des armées; et les hommes de Juda étaient le plant auquel il prenait ses délices : j'ai attendu qu'ils fissent des actions justes, et je ne vois qu'iniquité; et qu'ils portassent des fruits de justice, et je n'entends que les cris de ceux qui sont dans l'oppression. — 8. Malheur à vous qui joignez maison à maison^ et qui ajoutez terres à terres, jusqu'à ce qu'enfin le lieu vous manque : serez-vous donc les seuls qui habiterez sur la terre ? — 9. J'ai appris ce que vous faites, dit le Seigneur des armées : et je vous déclare que cette multitude de maisons, ces maisons si vastes et si embellies, seront toutes désertes, sans qu^un seul homme y habite. »
Si le clergé en général , si le haut clergé, si le Pape-roi surtout, sont toujours les premières et les plus grandes victimes,
DANS LE LIEU SAIÎS'T. ' i 87
c'est qu'en effet vous les voyez toujours les premiers dégénérés, et les premiers coupables vrais. C'est qu'en eux exclusivement , vous trouvez ces pensées, ces pécbés, ces crimes générateurs dontMontesquieu n'avait que le sentiment dans ces paroles fameuses: « Si je disais les abus des meilleures choses, je dirais des choses effroyables ; » et que la seule Ecriture Sainte pouvait montrer dans les dénominations seules vraies, seules profondes, seules évidentes, seules terribles et salutaires à la fois : « l'Abomination dans le Lieu Saint : Abominatio înLoco Sancto, » «Le péché contre le Saint-Esprit, qui ne sera remis, ni dans ce monde, ni dans l'autre » Matth.XII, 32.
Nous aurions trop beau jeu de choisir des exemples en Italie ou en Espagne (^). Prenons, en France, et les plus fameux et les plus incontestés : ceux des hommes qui passaient de leur temps, et qui passent encore aujourd'hui, pour les vraiment grands, et même honnêtes, du royaume. Ils n'en étaient, en vérité, que les premiers et les plus profonds corrupteurs. Ecoutez plutôt la plus faible partie de leurs exploits funestes, rapportés ou supposés même par leurs courtisans, ou leurs pensionnés de l'histoire sacrée ou profane.
C'est ici qu'on peut, et qu'il faut, se rappeler les lois et la théorie de la corruption générale, telles qu'elles sont dans la nature intime du monde et du sacerdoce ; et telles que le Créateur les a voulues dans les plus chers intérêts de ses créatures, aussi bien que de sa propre gloire. Toute la suite de notre livre le prouve incessamment. Nous n'avonsbesoin d'en donner ici qu'une grande application. Le prêtre (et surtout l'Evêque et le Pape), étant en tout les pleins de grâces pour faire le bien et le faire faire, sont aussi en tout les pleins d'amertume pour susciter et faire le mal. — Dans l'ordre privé, il est à la fois, lorsqu'il n'est pas le plus humble et le plus
(*) Les faits particuliers ne sonf jamais à comparer avec les généraux , comme probants d'un système. On a publié de nos jours dans tous les pays protestants, et même en France, en Italie et en Espagne, plusieurs ouvrages contre les souverains pontifes. Le plus fameux, celui de% Crimes des Papes (concurrent de
Crimes des Rois , et des Crimes des Empereurs) par de La Vicomterie Plus
odieux peut-être que \q Dictionnaire des Athées , le Jugement dernier des Rois , les Pensées libres sur les Prêtres de tous les siècles , et le Culte des Hommes sans Dieu , « l'an 1er de la Raison , 6c de la République de Sylvain Maréchal et de Lalande , ces Crimes des Papes sont plus innocents qu'on ne pense. II fallait juger les Papes au point de vue des :4mes innombrables dont ils ont directement ou indirectement la. charge. Et La Vicomterie les considérait seulement comme rois ordinaires. En sorte qae saint Bernard, à le juger par une seule de ses Fhilippiqnes fréquentes contre les Princes de l'Église, trouverait aujourd'hui que loin d'avoir calomnié les Papes, La Vicomterie les a flattés. Et la Convention Nationale dont il était membre s'est montrée de l'avis de saint Bernard, par un autre motif-que le Saint, en l'excluant de son grand Comité de sûreté générale.
...Nous dirons, nous aussi, comme saint Bernard : « Epouvantés, nous épouvantons : Territus , terreo.
i88 LA GRANDE APOSTASiE
chaste, le plus laborieux : le premier orgueilleux et le premier cupide ; le premier paresseux (*) ; et même le premJer libertin (*'^) : car il sait le mieux, par la confession, les dispositions secrètes des femmes. — Dans l'ordre social, il est le plus naturellement, et même le seul hérétique, lorsqu'il n'est pas le premier orthodoxe ; le premier et le plus guerroyant (toutes les guerres sont plus ou moins des Croisades et des Vendées (**'*^); le premier, et le plus usurpateur le premier, et le plus régicide (la plupart des régicides, proprement dits, sont dévots et même religieux).
[") c'est de la paresse du prêtre en général que vient sa cominuoe et rare incapacité logique. Lorsque saint Pierre et saint Pau! , en particulier, dont l'apostolat et mênie la vie eurent si peu de durée, ayant tout a faire, trouvaient, encore tant, et même tout à écrire, afiu de laisser encore plus à écrire à leurs successeurs , la majorité des P.ipes , des prélats , des ecclésiastiques, et même des religieux , où la vie est plus longue qu'en toute autre condition ou profession , n'a eu la force et trouvé le temps de lien.
('*) « Le marquis de Ganges épousa Mlle de Ptostan, veuve du marquis de Casteilane, une des plus cli.irmantes têtes de son siècle. Les premiers jours de l'union furent heureux. Quelque temps aprè^ , deux frères du marquis, l'un abbé d Orme , l'autre milit:âre, d'Orinvaî, vinrent demeurer avec les époux, dans un de leurs châteaux Ils devinrent amoureux dehiir belle-sœur. Le mari devint jaloux et persécuta sa femme. L'abbé, ne pouvant fléciiir la marquise, résolut dé l'assassiner, ei exécuta ce projet avec son frère. »
Ces paroles sont de Gilbert, qui a chanté l'événement dans son poëme , intitulé le Criminel^ où il fait dire à l'abbé d'Orme :
Le seul nom de mon crime est l'arrêt de ma mort.
Quand les crimes les plus anthropophages ne sont pris le fait des apostats du clergé, ils sont celui des apostats de la noblesse. L'histoire de France est tachée en ce genre, du nom de Gabrielle de f^ergi; et celle d'Espagne , au titre de la Marquise d' Astorgas.
Dans les autres et plus vastes carrières de l'horreur, on découvre les Marquises deBrinvilliers, et les Duchesses deîVIazarin; et supérieuresaux Messalinede Néron et aux Livie d'Auguste, les Fausta de Gonstaniin le Grand, les TJiéodora de Justinien, les Irène de l'empereur Léon les Frédegonde de nos rois usurpateurs, et les Marosie des Papes apostats.
A l'échelle, nous ne dirons pas du Pape-roi Borgia, de Henri Vlll, et de Louis XI, mais bien de Constantin le Grand, de Clovis et de Gharlemagne, qui montèrent dans le sang sur des trônes de sang ; nous ne dirons pas de ce maréchal de France, du grand nom de Laval, qui se plaisait à violer et à massacrer les enfants, et qui fut brûlé vif dans la prairie de Nantes en 1440, ...mais de Turenne lui-même, du sang des Bouillon et des 2>îassau, de ce vainqueur du {;randCondé,dont les/ior7-eu?^5 dans le Palatinat font frémir contre la France dans l'histoire même de France:... à l'échelle, disons nous, de ces grands coupables couronnés, les Cartouche et les Mandrin, les Desrues et les Dautun , les L-^îièvre (Chevalier) et les Papavoine, les apostats du peuple , et les Bastide et les Ja usion , les apostats de la bourgeoisie sont , politiquement parlant,... des honnêtes gens...
, (***) Et des contre-Vendée.. S il y a un f lit avéré dans X Histoire de la Chouannerfe, c'est la mort de Marigny parCharette, entraîné par l'apostat Citre militaire, abbé Dernier, qui n'en fut pas moins promu à Févêché d'Orléans !
(****) Le i'acre des parvenus et des empereurs les plus indignes, sans excepter plus le Pépin de Zacharie que le Bonaparte de Pie VII, a été , bien plus qu'on ne
BANS LE LTEU SAINT. 189 Et, dans le crime privé ou public, le prêtre, toutes choses d'ailleurs égales, est toujours, et exclusivement, le coupable avec les ciixonstances les plus aggravantes : — celle de la lâcheté (le prêtre est difficilement militaire, rarement suicide; et jamais voleur décidé ni duelliste ; celle de ïa'ous de confiance ; celle de la trahison ; celle de Y hypocrisie ; — celle de l'amour aveugle pour le plus habile ou le plus lourd à le flatter ; de la haine et du ressentiment plus aveugles encore pour qui le reprend (on dit en proverbe : rancune de prêtre) (*) ; — celle de l'union des prêtres, de leur identité tous en semble, sans excepter les meilleurs, au point de permettre aux plus mauvais de dire à chacun de ses adversaires le mot des démons: Sutnus Legio..,; — et , en temps et lieu, la circonstance la plus aggravante : celle de la tyrannie, môme sanglante, et du populicide...; et de la mise à mort, sous le nom de haute-justice, et peut-être de justice divine, nous le verrons, jusqu'au Tir à quatre chevaux, inconnu sans doute même dans l'Enfer.
Et le crime privé et public, pire que tous les crimes privés et pubUcs:la Justification rationnelle ou intentionnelle des
ci^inies (on ne l'imputera point au peuple, celui-là j est
bien le propre du clergé.
^ Loin de porter à faux, comme le comte de Maistre fait dire à Voltaire (disciple de Porée, et même jésuite par son orgueil, son ambition et sa fortune, il pouvait les croire dirigées contre lui), les Provinciales d'un simple géomètre ou Penseur détaché ne pouvaient pas dire, parce qu'elles ne savaient pa.^, ici, toute l'horreur d'un casuisme et d'un aveuglement qui vont, de gaieté de cœur, avec leurs semblables à l'abime, comme il est écrit.
Et cette Université, qui est, en notre siècle, si haïe, si méprisée par Nos Seigneurs et nos sieurs du clergé, qu'est-elle autre chose dans son principe, dans ses renouvellements, et encore aujourd'hui dans sa sécularisation apparente, et dans sa sorte de confiscation au profit des petits séminaires, qu'une institution éminemment, et même quasi exclusivement Cléricale?— Et les écoles de Droit civil elles-mêmes, si puissantes à éluder et à faire éluder les écoles du Devoir, et à donner raison au grand propriétaire, et même au grand voleur, sur les petits (voyez toutes les Histoires de l'Université, et toutes celles de iEglise), que sont-elles que des Institutions italiennes, et même Papales, du XïII' siècle; et des dérivées et des applications des écoles de Di^oit canon? Celles-ci précédèrent toujours les autres, leurs servantes. Le Droit Canon 1 c'était la loi de la
saurait penser, la secrèle c:^nse des régicides ; et le Sacre a fait, à la chose comme à la lettre, le massacre.
{*) Biichanan a publié, contre le fléau d'un Ordre, en tant qu'il nesl pas humble, un chef-d'œuvre , sous le titre de Fratres fraterrimi.
propriété et des domaines du prêtre ; le Droit civil , celle de la propriété commune : deux compères in-Folio immenses, dont le Tractatus tractatimmiinivcrsi jiiris de Grégoire Xlll est le résumé, qui apparurent, qui militèrent, qui triomphèrent, et qui sont ébranlés ensemble.
Et ces monarchies absolues, sources et foyers de tous les établissements secondaires de monopoles des grands contre les petits, qui les a suscitées, flattées, soutenues, et fait soutenir, qui les a Sacrées, que les grands et les petits du Clergé à l'état d'apostasie
Et ces glorifications des monarchies, des dynasties, des tyrannies même et des guerres de familles princières, les pires des tyrannies,... . au lieu de leur souffrance que saint Pierre et saint Paul demandent après l'avoir pratiquée ; et les grandes alliances avec ces tyrannies ; et iQsFêtes, dans Rome même, de leurs jugements par Commissaires, de leurs coups d'état contre les personnes, et même les classes les plus innocentes, sans excepter la Saint -Bcirthélemi,, , quels Confesseurs royaux, quels Pontifes souverains, quels Prélats, quels Evêques, ne se sont point signalés à les faire, ou à y concourir, et même à les transformer en vertus héroïques? Car il n'y a pas de miheu, la Saint-Barlhélemi, c'est, ou le plus grand des crimes, ou la vertu la plus grande!
Et la siïïïYAe Infaillibilité {nous l'avons démontré spécialement, et concurremment ailleurs) que s'arrogea Grégoire VIÏ au plus haut degré (*), en se proclamant to'/i? lui-même par le seul fait des mérites de saint Pierre, qu'est-elle autre chose en définitive que la complicité et même l'autorisation de tous les attentats commis en sa faveur?
En sorte qu'il est métaphysiquement, c'est-à-dire rigoureusement, exact de dire dans le Plan de la Création divine : 1° que Hildebrand eut la part la plus grande dans tous les crimes d'Etat de son siècle (tel autre de ses successeurs, Néron chré-tien catholique, Borgia , sembla vouloir accaparer tous les crimes du sien) ; IP et que le Comte de Mastaï Ferretti, que ses intentions et même ses vertus personnelles, et sa mort feront peut-être un jour et justement canoniser, est, rationnellement (comme je ne sais quels enfants romains sont matériellement) l'auteur du meurtre de son premier ministre d'Etat, Rossi, etdePalma, son premier secrétaire religieux.
Mais comme le principe et le dogme sont, ici, fondamentaux,
(*) Sans aller si haut, ou afin de nous élever plus haut encore, en fait de complicité et de casualité de corruption , ces mariages nombreux, la ruine de la plupart des familles, morts-nés comme leurs enfants , qui les autorise,... par les raisons les plus puériles ou les plus scandaleuses, que les prêtres dégénérés cpmme elles , à la faveur de billets de confession , c'est-ft-dire de sacrili^ges?
DANS LE LIEU SAÎÏST
il nous faut les développer, c'est-à-dire les établir de plus fort, par l'histoire la plus incontestable du plus grand des crimes, dont il faut attribuer la cause originelle à l'esprit du Prètreroi, le régicide, en tant qu'il se confond avec le populicide.
Cet attentat, qui venait déjà d'être plus grave et plus commun chez les Juifs dégénérés , qu'il ne fut chez les Romains dans leur plus grande décadence, se renouvelle dans les grandes nations chrétiennes dégénérées, encore plus grave, et plus vulgaire, que chez les nations médiocres de cette nature. L'histoire du Bas-Empire, celle des républiques d'Itahe, celle de Kome surtout, font foi que le régicide politique par le fer fut comme à Tordre du jour à la suite de Constantin le Grand à Gonstantinople , et le religieux fréquent à Rome par le poison.— Autres temps, mêmes mœurs, seulement transformées. Le régicide des derniers siècles ne semble plutôt politique, que parce qu'il est plutôt religieux. Il est indirect, parce qu'il est hypocrite. — Témoin, le réel de Charles 1% par Cromwell ( il avait toujours ad hoc la Bible à la bouche, et même à la main), et le spirituel de Cromwell, par Charles ÎI. — Témoin LMicore, le solennel de Louis XVI, parle duc d'Orléans ; et le caché de Marat, parla noble d'Armans. — Témoins enfin, le régicide du duc d'Enghien , par procureurs de Bonaparte; ceux de Bonaparte parles Georges, etc. des Bourbons ; et le régicide de Berri, par un valet d'écurie impériale'.
En résumé^ et en somme toute, depuis le Christianisme, et par l'abus du Christianisme, tous les régicides sont pies ou impies; et les plus innocents de tous, s'ils sont innocents (nous ne condamnons jamais les personnes^ mais les choses seulement), sont les républicains et les Conventionnels : car ceux-là , en général, portaient la bonne foi de l'hommejusqu'à la candeur, le désintéressement du juge jusqu'au dévouement de Harlay, et la conscience de bourreau jusqu'au front du martyr. Et c'est pourquoi leurs deux plus innocentes victimes, LouisXVI et le duc de Berri, en cela inspirés, furent les premiers à crier pour eux : Grâce !
Et les régicides les plus coupables, car ils le sont à priori, sont la majorité des religieux de la Compagnie de Jésus (*), qui n'ont pas craint d'en enseigner le droit, et les cas; et d'en faire, on peut le dire, la théorie., à l'usage du premier venu. Et les plus coupables, dans cette majorité, sont lesCardinaux.
{*) Le docteur d« Paris, Jean Petit, avait fait beaucoup moins que les Jésuites; car il était prêtre séculier, et il était stipendié par un roi. El puis, il ne fit son apologie ridicule (par douze raisons en l'honneur des douze apôtres) du régicide, que pour un cas donné. Les plus coupables, ici, furent les grands vicaires de TEvêque de Paris, Montaigu, qui finirent par absoudre à la fois Jean Peiit et Jeansans-Peur. Et ensuite les PP. du Concile de Constance , qui , malgré les indigna lions et 1 éloquence incessantes de Gerson, persistèrent à ne flétrir ni le Gourtiç in ni le Roi régicides.
les classiques, les illustres, qui se sont montrés les premiers dans cette effroyable carrière. Le grand Suarez, le Cardinal Bellarmin, etc.; et surtout leur maître à tous, le directeur suprême, on peut le dire, de sept Papes successifs, depuis Pie V, sous le règne duquel eut lieu la Saint-Bar thé lemi, et qui mourut son année , jusqu'à Clément VIII, le gvànd Molinîste, le cardinal Tolet enfin, l'apologiste ex professa et ex catliedrâ, et précisément à Fusage du clergé, dans son Instruction Sacerdotale, et en ces termes formels effroyables : « Adverte duplicem esse Tyrannmn^ umim pqtestate et dominio qui non habet tittdum verum^ sed tyrannicè occupât rempublicam , et tune Licet Occidere,., » (Bellardin, lui, dans sa Puissance du Souverain Pontife, est encore plus horrible, car il dispense le jésuite de Y exécution, qu'il laisse à d'autres : Executio ad aiiospertinet l) En vérité, ce que Piron adit de Voltaire estaussi vrai de Tolet (ondiraitlesjudaïques Toile, ro//e,crucifige I delà Passion) :
Et s'il n'eût pis écrit , il eût assassiné.
Qu'est-ce, auprès de cela, que la Réforme? qu'est-ce que la Philosophie et le Voltairianisme le plus outré? qu'est-ce que le Contrat social et le Code de la nature ? que sont nos crimes de la presse? des innocences, on peut le dire.
Les plus fameux Brutus ou régicides rationalistes modernes, Buch an an et Mil to n en Angleterre , et Hubert Languet en France , ne faisaient point d'appel au poignard individuel, mais au
jugement en masse , et pacifique Ils ne composaient
même leurs Yindiciœ contra tyrannos que lorsque les coups étaient portés, et comme pour en prévenir d'ultérieurs. Et il est reniarquai3le même que les deux plus célèbres de ces fiers et hardis républicains,... couronnaient leurs Phiiippiques, l'un en prison par une Paraphrase des Psaumes, que le plus grand de nos Bourbons, après saint Louis (le grand poète), préférait à Y Archevêché de Paris ; et l'autre, par le Paradis perdu !
Après et avec le mot du seul Cardinal Tolet, c'est-à-dire de tout un Ordre considéré par la grande majorité de l'Eglise, et même de la société, un tel mot reproduit, depuis cent années principalement, à l'infini, dans les livres, dans les libelles, dans les tribunaux, dans les feuilles quotidiennes, comment le premier individu venu, qui se croit le moins du monde zélé de foi, et seulement épris d'orgueil ou pris de misère, se ferait scrupule d'un petit coup d'état qui fera s'occuper de lui tout l'Etat? Cela est arrivé à Fieschi, on peut s'étonner que pas à mille. Il a dit, je le sais. Dieu n'est qu'un 7not. Mais que serait-ce autre chose en dernière analyseque le Jésus du Jésuite Tolet, qui ne penserait point qu'un tyran, n'étant que le pécheurleplus insigne, n'est que le plus respectable... à sauver?
Et lui, et la plupart de ses confrères, portant le zèle duré-
gicide jusqu'à vouloir, au prix de la dénaturation de toute la Somme de saint Thomas d'Aquin f ), rendre saint Thomas d'Aquin leur complice.
En sorte que, si les plus fameux conven tionnels, Robespierre, Manuel, Vennemi des Rois, Jean de Bry, l'inventeur de la Légion iyrannicide . furent coupables de régicide ( ÏEcclesiaste XI, 1, me défend de les juger), i'infàme cardinal de Brienne, et le plus infâme évèque Talleyrand furent coupables... de Robespierre, de Manuel et de Jean de Bry.
Or voici quelques faits à l'appui de cette grande et incontestable théorie du clergé mondain, toujours le premier et le plus populicide, même dans le régicide.
C'est le cardinal Bertrand!, le premier garde des sceaux en titre ; c'est surtout, dit le président Hénault, a le cardinal de Lorraine, François, duc de Guise, son frère, et la duchesse de Valentinois, qui eurent le principal crédit, » sous cet Henri II. qui prit pour devise le croissant des Turcs, en faveur de Diane de Poitiers, (maîtresse moins odieuse que l'épouse, Catherine da Médicis) , et qui mourut tragiquement le plus gaîment du monde.
C'est encore, et principalement, le terrible Cardinal de Lorraine ( il était l'oncle du Roi) qui dirigea, et même qui fut François If, qui fit son mariage avec l'infortunée (selon beaucoup d'historiens, la coupable) Marie Stuart ; et les assassinats dans Paris, du président Minard et d'Anne du Bourg ; et son horrible conjuration d'Amboise, par l'apostat Larenaudie.
C'est encore le perpétuel cardinal de Lorraine, dont le bâtard de la belle Romaine (V. la Satyre Ménippee) devait être son successeur à Cluny, qui représentait la cour de France à Rome l'année et le jour de la Saint-Barthélemi, 1572 ; et le cardinal de Guise, frère du Balafré, ligueur et mondain fameux, assassiné à Blois ; et leur créature, le cardinal de Pellevé, mort fou dans l'an et jour; et le cardinal de Tournon Polignac), créateur de la Chambre ardente; et le cardinal Vincent Laure, son bras droit dans une puissance de trente années; et douze cardinaux de cour et conseillers d'État, dit de Thou; et enfin le cardinal de Birague, Italien des Médicis, garde des sceaux d'rtowMo72, qui furent apparemment, ou personne, les moteurs de Charles IX et de sa Médicis, en ce mois néfaste.
C'est un premier cardinal de Bourbon, le premier ligueur de France (il y en eut un second sous et contre Henri IV), fait ou se faisant, sous le nom de Charles X, Roi de France, de
Voyez, sur ce point importanr, les publications àéc'isives : La Férité vengé'^ en faveur de saint Thomas, par sccînt Thomas lui-même, du savant Touron; ie Mémoire jv-stificatif de saint Thomas, par le Dominicain Simon.; et autres opuscules de 17621.
parle V\oi d'Espagne, qui ensanglante, on peut le dire, et qui cherche à dévorer le règne d'un moment d'Henri lîL L'apostat Dominicain Jacques Clément (*) n'est que l'enfant perdu du malheureux Charles X.
Mais il se trouva un homme éminent du peuple, que Bernard de Fontenelle a glorifié comme « un des plus grands créateurs des sciences que la nature ait formés , » Bernard Palissy, pour être ici le maître des Cardinaux et des Bois, des bourreaux et des victimes à la fois : « On peut juger de la trempe de son âme par sa réponse à Henri III, qui lui disait un jour: « Bonhomme, si vous ne changez de religion, * je serai contraint devons livrer à vos ennemis. » — « Sire, y> lui répondit avec fermeté Palissy, vous m'avez déjà dit que » vous aviez pitié de moi ; et maintenant j'ai pitié de vous-
» même Je serai contraint, dites-vous 1 Est-ce là parler en
s roi? Mais je suis homme à vous apprendre un langage
» royal: c'est que les Gidsards (les Guise, dont on a fait, à » ce qu'il paraît, Gueux), tout votre peuple, ni vous-même, » ne pourriez contraindre un simple potier déterre à fléchir » les genoux devant des statues : »
....C'est qu'au règne de l'or et de l'orgueil, du luxe et du pouvoir temporel, de la chaleur politique et de la glace religieuse des Prêtres-Bois, les hommes, spirituels,... dansl'imagination sublime d'un grand homme de Fart et delà nature, ne diffèrent plus des statues de leurs temples.
Sous Henri iV, et pour cause, ou ne vit plus dans les affaires que quelques Cardinaux de nom plutôt que d'état, celui de Bourbon-Vendôme, Garde des sceaux, par exemple; mais on voit, comme en revanche, tous leurs sortes de boute-feux : d'abord les Seize, poussés par le fameux Cardinal du Perron en particulier (V. Hénault), et qui répandent le sang des parlementaires, plus ou moins fidèles ; et puis le Grand Maître du Collège de Navarre, l'Evèque de Senlis , l'aumônier même du Roi, d'une très-noble extraction, Guillaume Rose, l'un des plus grands prédicateurs de son temps^ qui publiait ses sermons régicides sous le titre : De Justâ reipubliccB Ghristianœ in Reges impios auctoritate — et enfin, et bientôt, à défaut des esprits privilégiés de l'Apostasie, leurs âmes, on peut le dire, damnées^ et reniées et renégates à la fois, s'érigeant spontanément en ministres directs de Dieu contre
Le seul Roi dont le Peuple ait gardé la mémoire.
C/est (pour ne pas parler des régicides royalistes vulgai-
iÇ") u. On croit, dit le président Hénault, que madame de Moatpeusier, sœur du duc de Guise, eut grande part à Tassassinat d'Henri HI. » — En tout cas, ce fut le ps ocureur-général Jacques de la Guesle qui introduisit lui-même... Jacques Clément dans le cabinet du roi à Saiot-Gloud. j
DA?ÇS LE LIEU SAINT
res) contre un seul Roi, comme un Triumvirat de régicides de haut parage, et frappés au coin des Prêtres-Rois : d'abord, un Pierre La Barre, ex-pénitent du pèreVarade, Recteur des jésuites de Louis le Grand de Paris (lequel fut mis en accusation ad hoc parle Parlement prévenu) ; puis, un Jean Chatel (*), ex-disciple du pèreGuéret; et enfin un Ravaillac ex-Convers Feuillant, et se préparant par la Sainte Table à Tattentat sur le Peuple-Roi, dans la rue delà Ferronnerie,
Et le Curé de Saint-Merry, Prieur de Sorbonne , Jean Boucher , n'a pas craint, avec la réflexion la plus grande, près de 25 ans encore après, en 4 620, de publier une Apologie de Jean Chatell Et l'Evêque de Tournay, autre et plus coupable compère des assassins, n'a pas craint davantage de donner un canonicat dans sa cathédrale à Jean Boucher !
Louis XV, le seul Roi un peu souffert du peuple, depuis Henri IV, parce qu'il avait moins d'orgueil, et autant de foi que Louis X1V( onUappela le Ezen-^zme), par une fatalité inouïe, se trouva encore avoir affaire à un Damiens, le domestique des jésuites de Paris.
Observation et contraste immenses... ! on ne voit pas qu'à aucune époque, et dans aucune nation, les dissidents les plus exaltés, les Anabaptistes, par exemple, en aient jamais autant voulu à des Rois catholiques, que les simples catholiques aux Rois dissidents. Il est à naître, même depuis Jean Hus et Jérôme de Prague, mis à mort, si horriblement, de par des souverains apostoliques et romains , qu'un Pape, Pape, même Roi, ait été frappé par un protestant î
{*) « Suivant M. de l'Eioile, qui ne doit point être suspect , dit Felîer lui-même, Lujjoly, lieutenant de la maréchaussée, se déguisa en conl^essear pour arracher ^onsecretà Cliatel... Et i'évêque de Paris , de Péréfixe , ne craint pas de faire sans indignation, froidement, ce narré presque autant criminel que les choses ; ' Le parlement de Paris condamne le parricide à avoir le poing droit brûlé et à être tenaillé, puis tiré à quatre chevaux, n (Le tableau des circonstances du supplice dans les chroniques du temps est horrible; la victime fut conduite de la prison à la place de l'exécution,., le parvis Notre-Dame \ absolument nu, par un froid intense, en présence perpétuelle d'une foule immense de grands seigneurs.)
Pour la même chose (une oreî7/e coupte), Caïpheet Pilate eux-mêmesne dirent mol à... saint Pierre !
Quoiqu'il en soit^ le père lui-même , qui venait , on peut le dire, d'être crucilié dans son fils,... c'est Péréfixe qui continue, « fut banni , sa maison de devant le Palais démolie , etc. Et comme les jésuites avaient beaucoup d'ennemis, le parlement bannit toute la Société du royaume parle même arrêt de leur écolier.» Et le Jean Guignard , Bibliothécaire de la Compagnie , impliqué dans le procès , fut pendu sur ia place de Grève, quelques jours après, dans le même mois de janvier 1595.
('*) A cette occasion , le parlement, justement indigné, condamna au feu le VwYQ du Roi à\x célèbre Jésuite Mariana , contenant des blasphèmes exécrables contre le feu roi Henri III, etc. Mais Gondi , archevêque de Paris , appela de cette condamnation au Conseil, où elle fut supprimée...
En tout cas, le pire peuple de nos jours en est bien loin des maximes et des hommes du Cardinal de Tolet.... Au lieu de la haine des Rois les plus anti-populaires, il aurait plutôt la pitié... Vous l'avez vu faire reconduire l'un par ses Barrot, et donner le bras à l'autre pour monter en fiacre 1 ... Il en a trop pitié pour en faire des martyrs.
Nous avons vu, ou nous verrons ailleurs, et mieux à sa place, la suite malheureuse et funeste des Papes-rois et des Rois ordinaires , des Cardinaux et des Evêques. Les pires après eux sont leurs Précepteurs, et Confesseurs , dont le trop fameux abbé Grégoire a publié la p|^lus petite et la plus
inwocQWie Histoire Nous avons dit les pires après eux, c'est
peut-être les pires avant eux qu'il faut dire : car, à la vue des nombreux pénitents^ les premiers coupables, les premiers tombants et retombants , et comme relaps éternels , les gens du monde, ainsi que ceux de la philosophie, sont tentés denier la Confession, le plus grand dogme, car il est le final, de la foi.
Lorsque le Précepteur d'un Roi est, et signe, jusque dans son Eucharistie et son Apocalypse, le Conseiller du Roi en ses Conseils; lorsqu'il le flatte par état jusque dans son ministre le plus libertin , le plus corrompu et le plus corrupteur, son garde des sceaux (Séguier, loin de s'enorgueillir, aurait dû rougir), et jusque dans la Chaire du Dieu pauvre eo des Oraisons, funèbres en effet ; lorsqu'il est, à cause de ces prévarications mêmes, devenu célèbre, et même classique et populaire, fût-il mort repentant public et canonisé depuis, il eût été plus coupable et plus funeste que Richelieu, Mazarin et Harlay morts, car il est funeste toujours, étant immortel.
Viennent ensuite les Evêques princes et souverains proprement dits.
Ce sont les Papes seuls qui les ont faits , comme ce sont ' eux qui ont failles Papes à leurs images réciproques : les uns, martyrs et saints, les autres bourreaux et profanes, sujets ou souverains , pauvres ou propriétaires. 11 y eut, en effet, aux riches bords du Rhin , et surtout entre l'Allemagne et la France , des Evêques-Princes , Rois au petit pied , en même temps que des Papes-rois à Rome et a Avignon ; et ils aboutirent, plus d'une fois (*), dans Cologne, dansMayence,
(*) Au Xn^ siècle , saint Bernard était indigné des archevêques princes de Goio^^ne,elc. Au XYH' siècle encore , et au sein de la chrétienté , il y avait , et impunément, un Christophe Van Galen, Prince-évêque de Munster, que {'Historien rh C Eglise et jésuite d'Âvri^^ny lui-nnême appelle en effet : Monstre.
Le seul prêtre des grandes familles d'Allemagne qui soit sorti de ligne en ce <^\eç.\e,X ahhé prince de Hohenlohe, etqui gardait depuis longtemps le silence (nous .Hpprenons la mon prématurée de cet enfant de 1793), n'a peut-être pas fait autant ôo bien par ses mjrac7e5,que de mal, en s'intitulanl et signant Prince, après ahhé.
BANS LE LIEU SAîNT.
dans Strasbourg, et même dans Liège (*), comme dans Home même, au déclin de la foi, et des mœurs, puis à la tyrannie, et finalement à la révolte.
Viennent après, ou avec, les Archevêques, Princes et Primats, les Légats des Papes, dont le caractère le plus historique et le plus vulgaire, entre tous les ambassadeurs, est ie plus grand vice aux yeux de la morale de l'Évangile : F extrême finesse, ou l'hypocrisie. Les plus fameux de cette nature sont les cardinaux Campége et Cajétan C^*), Gontarin et Moroii - Commendon et Bentivogiio , Du Perron et dOssat; et, de nos jours, Consalvi et Caprara, qui trahit tour à tour Pie VI et Pie VII (il est au Panthéon, à côté de Rousseau et de Marat) ; Lambruschini et Garibaldi, qui compromirent Charles X et Louis-Philippe ; Léon XTI et Pie VIII ; Grégoire XVI et Pie IX. — Et les Légats, plus ou moins officiels, comme le cardinal de Retz, qui faisait ou refaisait la Fronde ; et le cardinal de Joyeuse, le frère ou le compère de ce Bugeaud du temps, qui tuait les calvinistes le ^hxs joy eus enienî du monde, en attendant qu'il fût tué lui-même! — « Les légations, dit Fleury, étaient une mine d'or pour les cardinaux, et ils en revenaient d'ordinaire chargés de richesses. » Leur avarice était si notoire, que saint Bernard parle à Eugène d'un Légat désintéressé comme d'un prodige.
Pires que tous les autres, les Légats à la suite des armées, même contre les Turcs, sans excepter les Prophètes (les contradictoires !) le cardinal Julien ( V Apostat, lui aussi) , disparaissaient en mer, ensevelis même dans leurs victoires
Mais il nous faut dire, encore ici, une sorte d'infidèles plus
(*) En 1849 encore, et au moment où nous écrivons (le mois de jidn de saint Pierre'), l'évêque de cette ville ne craint pas de s'intituler : Prince évêque de J-iége; de souffrir la restauration royale de son Palais, plus royal que ceux de son roi; et d'y donner des fêtes et des galas qu'aucun roi ne pourrait aujourd'hui donner dans toute la chrétienté ! ! !. .. car tous les rois s'en vont,
(**) C'estCajetan qui mit le premier en avant, comme principe, l'infaillibilité de son maître. ..Sixte Quint, (V. le?, Discours Fleury.) Y.i Y infaillibilité a c^\-\o\ faire? ia Ligue, qui , partant à la fois des cours de Rome et d'Espagne , des Médicis et des Guise, mettait le feu aux quatre coins de la France. Or Cajetan , le Nonce en France a^Z hoc,ne faisait pas difficulté d'écrire, tour à tour, pour les engager à la prise d'armes , des Lettres à la Noblesse de France, in-8o, 1590; àe& lettres aux archevêques, évêques et abbés du royaume, irr-8o. 1590, et des Missives à la faculté de Théologie^ ïn-So, 1 591 .
Un seul homme d'état en ce siècle fut assez heureux pour contrebalancer ceux-là; et précisément ce fut un né pauvre, et orphelin à 7 ans, devenu si célèbre, comme négociateur en France et en Italie, sous le nom de cardinal d'Ossat.
(***) Voyez son histoire dans les Prophètes de l'abbé Jourdan.
Le dernier des Nonces à Paris n'est plus guère aujourd'hui que le Receveur général des derniers millions du dernier Pape-roi , sous le nom àe deniers de saint Pierre; et le transmetteur am Vatican, ou au "Vésuve, des noms des évêques royalistes et réacteurs contre la République,
faials encore à laReligion qu'à l'État, et à laquelle il faut revenir pour montrer tous les maux, ou, si l'on veut, toutes les occasions de mal, à la* fois : le Prêtre-politique, le Prêtre-Juge,
le Prêtre-Inquisiteur et Juge Car il est presque toujours, et
comme forcément, inique; et trop souvent bourreau, et, par conséquent, Apostat. — Les Juges de Jeanne d'Arc, l'une des Fleurs , Tune des Couronnes, on peut le dire, de la France, et même de la Chrétienté, en sont un mémorable exemple...., encore inconnu, comme les plus grandes choses. Cette jeune enfant de la Champagne (la meilleure partie, parce qu'elle est la plus pauvre, de la Bourgogne de saint Bernard, le plus grand homme de l'univers), dont le nom d'Ar<;, dont la naissance le jour des Roîs^ dont la profession de Bergère de ï Agneau,
comme David et Geneviève; dont la foi à Jhus et MaH^ (tels
étaient les deux premiers mots de toutes ses Lettres à Dunois, à à' Armagnac^ aux Anglais; et son orthographe de Je5^/5 :Jhus, comme pour montrer en Dieu l'origine de la justice, et du droit) suffiraient seuls à faire la royale et héroïque et bienfaisante histoire,... respectée par les Anglais eux-mêmes, qu'elle avait vaincus (Hume flatte sa patrie de n avoir eu qu'wn prêtre, le cardinal de Winchester, et encore dans les assistants, au procès). .. a été dénoncée, poursuivie, persécutée, questionnée, torturée, mise à mort, brûlée, de sang-froid, non seulement par cet Evêque de Beauvais,... ce Cauchon (il a donné son nom à l'animal judaïque peut-être !); — mais encore par quarante ecclésiastiques séculiers et même réguliers ; mais encore par plus de cent qui assistaient ou opinaient dans une Convention ecclésiastique, cent fois pire que la Nationale ; mais encore * par toute l'Université, » alors non laïque ; — mais même par un Inquisiteur Général (Frère Jean Gravèrent), et un vice-Inquisiteur (Frère Jean Magistri) , tous deux Dominicains, envoyés ad hoc, en France, par le Pape; — et enfin, pour qu'il ne manquât rien aux enseignements providentiels, dénoncée et livrée... aux Anglais, par un Grand du royaume, de la Cour, un bâtard de Vendôme , très-bien nommé Lyonnel^ — lequel la pendit au prince de Luxembourg : mais la plupart aussi morts malheureux et tragiquement , comme l'ont remarqué tous les Historiens de France, « ce qui a même suscité les diverses réhabilitations de rHéroïne de la patrie , l'ennemienée des Anglais, celle-là.
Il va sans dire que [es Ordres religieux militaires proprement dits senties pires de tous, ou plutôtle contraire d'un ordre quelconque, et qu'ils aboutissent bientôt, comme les Templiers, à l'échafaud des Papes et des rois unis ; — comme les Chevaliers de Jérusalem, à ceux de Malte ; et finalement, au dernier Grand -maître : Y Apostat*
Les ordres religieux qui se sont mêlés, ou ont paruseule-
DANS LE LIEU SAIjST- 199
ment se mêler aux affaires d'État, n'ont pas été heureux non plus : — les Dominicains, en Espagne ; — les Jésuites; — et même la Sor bonne, en France, dont le président Hénault rapporte ce jfait de Ligue sous Henri ÎII, aux années 1387 et 1589 : « Arrêté étrange de la Sorbonne, que l'on pouvait ôter le gouvernement aux princes que l'on ne trouvait pas tels qu'il fallait, comme l'administration au tuteur qu'on avait pour suspect » (V. le Père Daniel lui-même).
Admirons aussi la destinée des Dominicains de Paris, donnant leur nom de Jacobins aux Communistes de i 793 ; et la destinée de la Sorbonne réservée au triomphe et même à l'habitation princiêre, de celui qui a dit impunément, et qui n'a jamais dédit que : « le Christianisme en avait encore pour 300 ans dans le ventre ! »
Le troisième ordre des prêtres mondains, toujours fâcheux , et le plus souvent fatals, sont les Prêtres premiers Ministres et Hommes d'Etat, On dirait que Tacite les ait prévus lorsqu'il a peint ces Romains, qui ne voulaient rien moins que des Rois pour instruments de leur domination : Ut liaberent et Reges instrumenta servitutis.,. Les plus célèbres, lorsqu'ils n'ont pas été les plus vertueux, ont compromis les plus grands Rois , souvent les plus grands Pontifes, et mêm^e la Religion tout entière ; et ils se sont perdus eux-mêmes par surcroît, — Et la plupart, et les pires, sont de Tàge et du règne de Léon X, et même de Borgia : — le cardinal Albornos, tour à tour le premier ministre et le général du roi Alphonse d'Arragon, et du pape Urbain V, d'Avignon, qui lui demanda compte des sommes énormes à lui confiées pour conquérir l'Italie ; — les cardinaux Torquemada (quel nom pour un Grand-Inquisiteur!); Mendoza (surnommé le Cardinal d'Espagne); etXimenès, fauteurs des feux d'Isabelle, dite la Catholique ; les cardinaux de Gattinara et d'Espinosa, fauteurs des guerres de Charles-Quint ; (et pires encore, son cardinal de Trente, et jusqu'au cardinal de Lyon, de François 1er, qui lui frayèrent le chemin au triple empire d'Allemagne, d'Espagne et des Pays-Bas) ; — Granvelle, Valter ego du terrible duc d'Albe à Bruxelles; — et, à distance^ en Espagne, ce cardinal Alberoni, qui consomma la ruine de l'Espagne ; et en Angleterre, le Morton, qui présida à l'éducation d'Henri VIII; et le Polus , premier ministre de Marie , pire peut-être qu'Elisabeth.
Mais il nous faut surtout parler du Clergé-roi de la France , car ce fut peut-être le type de tous les autres. Le cardinal d'Amiens, surintendant des finances de Charles-/e-*Sa^^ , fier, dur, riche, compromit l'Etat et l'Eglise, jusqu'à se rendre fauteur du schisme de Pierre de Lune , et mérita de mourir au Vatican d'Avignon. — Sous Louis XI, le premier de nos rois qui ne craignit pas de s'appeler le Très chrétien, ce
fut bien autre chose ! Il avait, tout-puissant à lui commander les impôts ( « avare par goût » dit Hénault), et le despotisme, son cardinal de La Balue, qui finit par le trahir et se trahir lui-même; car il fut enfermé durant treize années.— G est un cardinal de Saint-Malo, et son frère, créatures d'Alexandre Borgia, puis ses ennemis, qui sont, l'un le premier ministre, l'autre le garde des sceaux de ce Charles VIII, roi à treize ans, et laissant faire ou faisant, d'abord la guerre civile, puis l'étrangère àNaples, où il mourut de la peste!
Ce sont à la foiâl'Evêque de Paris et l'Abbé de Saint-Denis, qui sont les trois premiers ministres àMbon Louis XII (*), et qui lui soufflent ou lui souffrent , apparemment , sa devise de porc-épic : cominus et eminus; ses intimités avec les Borgia ; son libertinage, et ses guerres universelles.
Ce fut le chancelier Duprat, créateur de la Toiirnelle criminelle,,., père du Bâtard d'Angu , Evêque de Monde et chancelier corrompu de la reine de Navarre; et son père lui-même , Evêque , Cardinal, et quasi Pape, qui appela le chancelier Poyet, autre prêtre vénal; et qui caractérise excel lemment ce François I^% à la fois lettré, gTierroyeur, libertin ^ malheureux, et mourant dans la même année avec Luther, son ennemi en religion , et Henri VIIl , son compère en despotisme domestique, auquel il eut le temps de faire faire un service superbe à Notre-Dame de Paris 1
Mais il est un ecclésiastique qui caractérise èncore mieux tous ceux-là, et tous les autres. Il fut, sinon de droit, au moins de fait, le premier ministre, etc., de je ne sais combien de rois d'alors. Et il paraissait avoir tout le monde, et même l'Eglise, pour lui. Nous voulons parler du célèbre Cardinal de Larochefoucauld. Or, il publiait à Lyon en 4 597, et réimprimait à Paris en 1 651 , sous le titre de l'Etat ecclésiastique (**), une admirable Philippique contre les faiblesses du Clergé de France du XVP siècle, qui seraient des forces pour celui du XIX® « Puisqu'on l'Eglise est la vraie règle de la religion, il est aisé déjuger combien la conservation de la religion dépend de ceux qui ont la garde de l'Eglise, Or, rien n'est plus pressé de prompt remède que Ventière réformation de ceux qui sont dédiés à son service. Si nous considé-
(*) Le cardinal d'Amboi-e lui-même fut le voulant, et il est responsable, entre autres fautes, de la conquête du Milanais, qui fit tant de mal à la France et à l'Italie; et il n'a guère, pour se la faire pardonner, que sa parole durant sa maladie dont il mourut jeune à Lyon en 1510, au Célestin qui le servait : Frère Jean, je voudrais avoir été toute ma vie frère Jean.
(**) C'est le même cardinal de la Rochefoucauld qui écrivait aussi, à la date du 25 octobre 1652, cette Lettre sur la dépravation de 4a plus royale des abbayes. Par oii l'on peut jujjer de la dépravation générale d'un royaume T reS' chrétien , et sous un prince nommé Louis le-Juste.
DANS LE LIEU SAINT
rons la dépravation et débordement des gens d'Eglise , nous jugerons que la religion en France n'est pas en meilleure condition qu'était celle des Juifs... la veille de Jésus-Christ. » — Et dans le chapitre de l'Exemple de la vie : <^ Le pasteur qui ne montre pas le meilleur exemple , a déjà fait ce qu'il a pu de son côté pour tuer ses brebis , combien que de leur part elles persévèrent en bon état... Dans l'ancienne loi , pour faire connaître aux pasteurs combien leur péché était de conséquence, il leur fut commandé de présenter le même sacrifice pour l'expiation de leur seule faute que celui ordonné quand tout le peuple ensemble aurait commis quelque offense ». — Et au chapitre de la Simonie : « Il ne se voit rien toutefois en ce temps si commun , que tels trafics de. bénéfices ou obtenus par argent, ou pour récompense de services temporels , sans considération du mérite , ni de la chose, ni de la personne... « Le crime de simonie est pire que n'était l'hérésie du Macédonius : pour ce que celuici niait que le Saint-Esprit fût Dieu , et que l'autre le fait osclave et le vend. Il rend abject le Saint-Esprit » — « C'est une chose bien éloignée de piété que de demander de l'argent pour la sépulture : étant à craindre qu'on ne pense ou que l'Eglise soit vénale, ou qu'on se rejouisse de la mort d'autrui : ceci est de saint Grégoire à TEvêque de Sardaigne. » — « Tous ceux qui ont troublé TEglise par les hérésies, ont été poussés parla convoitise d'y avoir supériorité... Valentin, Marcion, Montan , Macédonius , Meletius , etc. \Yiclef et Li^ ther » — Au chapitre de C Avarice et ambition : c L'Eglise se doit bien lamenter de voir à son service ceux-là riches , que le monde avait eus auparavant fort pauvres. »
« Aux commencements de l'Eglise, et tant que la charité y a duré, toutes choses étaient communes. Il n'y avait personne
qui dît de ce qu'il possédait : Ceci est à moi Saint Jérôme
disait encore au IV^ siècle : « Qu'il n'y ait rien de propre en pas un lieu; qu'il n'y ait entre eux personne riche, personne pauvre. » Ailleurs, distinguant deux sortes d'hommes, les laïques et les clercs, il veut que les clercs ne puissent rien avoir de propre ; car la tonsure, dit-il, est la renonciation aux choses temporelles. Saint Augustin dit qu'il ne recevrait point à sa compagnie les clercs qui voudraient avoir quelque chose en particulier. « A nous-même, dit ce saint Evèque, il n'est pas permis de mettre de l'argent à part. * — Au chapitre de l'emploi des biens de l'Eglise : « Exupère, évèque de Toulouse, est grandement loué par saint Jérôme pour avoir vendu à Tusage des pauvres jusqu'aux vaisseaux sacrés de son église ; de sorte qu'on portait dans un verre le précieux sang de Jésus-Christ. Saint Ambroise dit à ce sujet : « Il vaut mieux sauver les vaisseaux vivants que ceux de métal, » — Au chapitre des Dépen-
ses superflues ne servant de rien pour conserver l'autorité des gens d'Eglise : « Il est écrit de Jésus-Christ qu'il n'avait pas où reposer sa tête... Saint Basile, avec une seule robe, imposait aux plus grands princes de son temps. Saint Augustin n'avait pour toute argenterie qu'une cuillère. Le même est écrit de saint Antonin, archevêque de Florence, de saint Martin , etc. Saint Pierre, archevêque de Tarentaise, mangeait d'un même pot avec les pauvres, etc. Le pape Alexandre V décroissait en richesses au prix qu'il croissait en dignité, et disait en riant, «qu'il avait été riche Evêque, pauvre Cardinal, et enfin Pape mendiant. »— Et saint Jean Chrysostôme : «Si douze hommes ont converti le monde, combien grande est notre malice, qui ne pouvons pas corriger ceux même qui sont sous notre charge, jaçoit que nous soyons en si grand nombre que nous pourrions suffire à 40,000 mondes. Mais vous direz, les Apôtres faisaient des miracles. Or ce ne sont pas les miracles qui les ont rendus admirables ; car plusieurs qui chassaient les diables, d'autant qu'ils étaient pécheurs, n'ont rien fait de semblable, ains au contraire ont été punis. Qu'est-ce donc qui les a fait paraître grands? Le mépris des biens. » Constantin envoyait en Egypte visiter saint Antoine vivant en pauvreté et solitude. Théodose envoya consulter Siméon jusque sur la colonne qui lui servait de maison.
« Depuis qu'on s'est aperçu que la plupart des gens d'Eghse ^mploient les biens qu'on leur avait donnés pour les pauvres a leur profit particulier, en délices et dépenses inutiles, chacun aussi s'est retiré de ces bienfaits; et le premier respect s'étaiit converti en mépris, plusieurs ont pris licence de ravir même ceux qu'ils possèdent. Ce qui leur fut prédit il y a longtemps par le prophète Michée, II : «Ils seront chassés de leurs maisons de plaisance et de leurs bons festins. » Sur quoi saint Jérôme dit : «Et si vous voulez savoir où ils seront chassés : lisez l'Evangile: aux ténèbres extérieures! » —Et au chapitre des alfaires temporelles qui diverlissent les gens d'Eglise de leur état : « Que le Clerc, dit saint Jérôme, interprèle son nom : si Cleros signifie sort, ils sont appelés Clercs à cause qu'iis sont mis en la part du Seigneur, ou bien à cause que le Seigneur est leur part et portion. Ce que saint Ambroise développe dans son Traité de la fuite du siècle : De fugd sœculi. »
Tout cela était profondément vrai ; toute la longue indignation du livre de l'Etat désolant de l'Eglise gallicane, marque un esprit très-élevé et une àme fortement chrétienne. Mais les plus grandes vérités et les plus grandes vertus demeurent presque stériles lorsqu'on se nomme François de Larochefoucauld ; lors surtout qVon est Prince de l'Etat, et même Prince de TEglise, et Carc/ma/; lorsqu'à la charge d'Evêque de Senli:^, on ne craint pas d'ajouter, d'accepter ou de souffrir celles
MNS LE LIEU SAINT
d'Abbé de Sainte-Geneviève de Paris, deTournay, etc. ; cellesde Grand Aumônier de France, et de Commandeur des Ordres du Roi. Nous avons vu ailleurs que la sainteté même ne suffit pas à neutraliser ce qu'il y a de fatal dans les noms nobles et riches d'un Cardinal Charles Borromée..,
Mais les deux hommes qui firent le plus de mal à l'Etat et à TEglise de France, et même de Rome, il faut ici le rendre plus sensible , sont les les deux qui aspirèrent en France à réunir , autant qu il était en eux , le sa^^erdoce et Fempire sur leurs têtes : le cardinal de Richelieu (*) et le cardinal de Mazarin. Ils furent plus funestes que le cardinal Dubois, précisément parce qu'ils étaient mieux nés, et plus capables ; que la France et ses Rois étaient plus autorisés, et que les temps étaient moins mauvais. Les historiens qui les ont jugés avec le plus de sévérité et même de passion ne les ont pas assez flétris, parce qu'ils étaient à peine politiques, et qu'il fallait être théologiens,
Richelieu, plus coupable que Mazarin , parce qu'il le précéda et le choisit pour le remplacer, fils d'un capitaine des gardes, était né pour l'être lui-même, et dut se trouver un prêtre manqué. Evêque à 22 ans, il fut encore mieux un Evéque de ce genre. Une Femme étant Roi, c'est une femme, la marquise de Guercheville, qui lui ouvrit les portes de la courj où il flatta tour à tourtes deux grands favoris, le maréchal d'Ancre et Luynes. Son premier malheur politique fut de faire la guerre à tout prix aux calvinistes de la Rochelle, et d'en être lui-même le général. Les autres, qui en étaient la conséquence, furent une guerre intérieure incessante, et à mort, à tous les grands, que l'élévation et les rigueurs d'un prêtre avaient pu indigner; et puis une guerre extérieure, pleine d'ambitions, d'iniquités, d'inconséquence : d'abord à l'Espagne, fidèle alliée de la France; ensuite à l'Italie ellemême, dont il semblait relever; — à l'Allemagne, jusqu'à se liguer avec Gustave- Adolphe, le héros de la Réforme; — et enfin à Charles I", auquel il écrivait ces paroles qui furent prophétiques ! « Le Roi d'Angleterre, avant qu'il soit un an, verra qu'il ne faut pas me mépriser. » — Son orgueil et son faste surpassaient ceux des Rois ; il dépensait 1 ,000 écus par jour (4 0,000 francs d'aujourd'hui). Ses gardes entraient avec lui chez le Roi , et il précédait partout les Princes du sang. Il cumulait les titres les plus hétérogènes de Duc et Pair de Richelieu, de Duc de Fronsac, di Amiral de France, d'Abbé-Général de Cluny, de Cîteaux, de Prémontré, etc. Cependant, il faisait demander et obtenait la métropole de Lyon et la pour-
(*) Et son compère le Capucin Joseph , mort.,, la veille de la v-sniie du cÎN?.i peau rouge !
pre, etc., pour son frère, sorti ad hoc de la Grande Chartreuse, Son plus simple neveu, Armand de Maillé Brézé, mourait comme Grand Amiral de France, à 27 ans. Tant d'arrogance et d'attentats n'étaient point effacés apparemment par le relèvement de la Sorbonne ergoteuse, la fondation de Y Académie, la substitution de ses drames de Mirame^ etc., aux Mystères de ta Passion supprimés par lui, et l'édification du Palais-Royal,
Mais la Justice du Ciel, lasse enfin de la sienne, allait la frapper en lui : « On le vit, dit Feller lui-même, traîner Cinq- Mars à sa suite, de Tarascon à Lyon sur le Rhône, dans un bateau attaché au sien, tandis qu'il était frappé lui-même à mort. Il se fit porter à Paris, sur les épaules de ses gardes, placé dans une espèce de chambre (cellulaire), où il tenait deux hommes à côté de son lit. Les gardes se relayaient : on abattait des pans de murailles pour entrer dans les villes. C'est ainsi qu'il alla mourir à Paris, le dernier mois de l6Zi2, dans la force de l'âge... à la veille d'être Régent du royaume, et même Patriarche (*)... »
Les Marécliaux, les Ducs de Richelieu, les Ducs d'Aiguillon, etc., ont compromis, et même corrompu assez historiquement la Monarchie et les mœurs à toutes les époques. Ce sont eux, et même les duchesses de leur nom, qui publièrent, avec les apostats Grecourt et Vinot, les plus grandes infamies des Roués de la Régence, sous le titre de Pièces choisies, par Le Cosmopolite.
Mazarin était digne, et indigne, de continuer Richelieu. Ne à Rome un jour néfaste, le \ k juillet du premier an du siècle qu'il allait dominer, il commença par être militaire, et même capitaine dans la garde du Pape,.. , qui semble s'être complu peut-être à l'élever aux grandeursecclésiastiques de la France. Ce que Richelieu fut à la puissance politique personnelle, Mazarin le fut à celle de l'argent. Le premier aurait bien voulu être Roi et même Pape, le second se fut contenté d'être leur valet de chambre, si c'eût été pour être plus riche... Il avait une immense famille de neveux et surtout de nièces avides à pourvoir. Il commença par faire l'une Duchesse de Nevers; — une autre, Colonne, Connétable de Naples ; — une troisième, Princesse de Conti ; — l'une (je ne sais laquelle) prétendue du Roi Charles d'Angleterre. — Quoi qu'il en soit, « Mazarin mourut, sans contredit, le plus riche sujet qui ait jamais été. écri-
(*) Le mot même élait si naturel , lorsque presque la c/i05e même , on peut le dire, existait, qu'on publia des livres sur, pour et contre; et notamment YOptati Calli de cavendo Schismate\ V Optahis C allus benignâ manu secttis , condamné à Rome l'année qui suivit la mort du Cardinal; — le c?e ConsensiL Hierarchiœ et Monarchiœ , d'isdiac Habert , in-4o, — La meilleure réfutation du Projet terrible de Richelieu fut sa mort subite.
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vait un de ses amis, Pomponne, cité par un président de nos jours qui s'est comme consacré à l'étude de la Cour et du Parlement de Louis XIV (Monmerqué). Ce qu'il laissa de biens va à 40 millions (300 de nos jours), dont il avait treize en argent, à Vincennes dans son hôtel (où il mourut); il y en a encore à BrissaCj à Stenay, à Bruges, sans ce qu'il a en Italie.» Avec cette fortune prodigieuse, dont l'énormité accuse l'illégitimité, ajoute M. de Monmerqué, le cardinal était de l'avarice la plus outrée. Madame de Motteville dit que pendant sa maladie, lorsqu'il ne pouvait travailler, il s'amusait à peser les pistoles qu'il avait gagnées, afin de ne remettre au jeu que les plus petites. » — Mazarin avait appauvri la France; sa famille, Italienne, a pensé l'avilir. Il avait fait un homme, le plus pitoyable de France peut-être, Grand-Maître de l'Artillerie, duc de la Meilieraie, pour lui donner sa nièce , Homense Mancini, le titre de duc de Mazarin, et la plus forte part de ses richesses scandaleuses. — Et précisément ce fut l'homme qu'un procès, et surtout un procès gagné contre Hortense, rendit « l'homme le plus ridicule de son siècle, » dit M. de Monmerqué, bon juge de procès et de valeur de procès. — Il avait fait un autre grand seigneur petit-fils de Vendôme, bâtard d'Henri IV, cardinal de Mercœur, parce qu'il avait pris une autre de ses nièces. « Il eut, dit Pomponne, la plus grande partie des Bénéfices ecclésiastiques que la mort du premier ministre laissa vacants. » — Par une destinée malheureuse, la tant helle Marie Mancini^ connétable de Naples (celle que Mazarin crut un moment pouvoir imposer à Louis XIV lui-même), fut coupable et malheureuse à la façon de sa sœur Hortense; et publia, elle aussi, des mémoires cowivQ son mari malheureux; et son fils n'en fut pas moins Cardinal Colonne. — Et pour en finir à jamais des étrangers, et surtout des cardinaux-ministres, par une fatalité sans exemple dans les annales des grands crimes et des crimes des grands, la plupart des nièces de Mazarin, Laure, Olympe, etc., et surtout la fugitive à Londres, où elle conspirait contre la France, se trouvèrent véhérnentement soupçonnées de complicité, et même de provocation , des empoisonnements de la Voisin , seule brûlée par arrêt du Parlement de Paris, en 1680 ! La duchesse de Bouillon, sa sœur, la patronne de Prac/o72 contre Racine, exilée à Château- Thierry, fut, par surcroît, convaincue de corruption de l'innocent La Fontaine, auquel elle commanda les Joconde^ qu'il expia depuis par un cilice,... Ce nom de Bouillon rappelle naturellement le iameux Cardiîial qui fit, dans les dernières années du siècle, presque autant de mal à l'Eglise romaine et à la Monarchie française, que les cardinaux de Bichelieu et Mazarin venaient de leur en faire. — Le cardinal de Bouillon, que son oncle Turenne appelait le Bouillant, est une des plus
grandes fautes du maréchal, qui en fit plusieurs. D'abord connu sous le nom d'Abbé duc dAlbret, il fut fait cardinal par l'immense crédit de sa famille, à l'âge à peine où il pouvait être abbé, à 25 ans; ce qui le fit surnommer Y Enfant-Rouge, Bientôt promu à la Grande-Aumônerie de France, il fut envoyé ambassadeur à Rome. Mais voilà que le petit prince des calvinistes de Sédan en veut jusqu'à la puissance de Louis XIV; qu'il demande pour sa maison de Bouillon le titre de PiHnce-Daupliin ; qu'au Jubilé séculaire de 1 700, ayant ouvert pour le Pape malade, comme doyen du Sacré Collège, la Pointe Sainte, il a l'audace, presque aussi grande qu'à un siècle et demi delà, celle de M. Guizot à Paris, de faire frapper une médaille de grande dimension, avec cet exergue : Aperite Portas, quoniam Emmanuel!..., Le cardinal avait le nom d'Emmanuel, et, avec son esprit connu, et dans le statu quo des affaires, nul à Bome ne s'y trompa plus qu'à Paris. — La même année, le cardinal revenu, en sorte d'exil, dans sa terre (comme consacrée par le Sacré Cœur) de Paray Le Moniai, écrivait à îa marquise d'Uxeiles, au rapport de M. de Monmerqué «< Je ne puis être plus longtemps sans succomber à la teiUation devons renouveler, tout vieux doyen que je suis du sacré collège, une passion que vous fîtes naître dans mon
cœur il y a près de 40 ans, etc. » — Delà en particulier,
les Réquisitoires de d'Aguesseau, les Arrêts du Parlement contre les revenus immenses, et les prises de corps contrôle cardinal de Bouillon. — Force fut au cardinal de Bouillon de è'en aller, honteux et confus, mdXsun peu ^arc/, mourir pénitent à Rome;.... à Rome, d'où sort le mal précisément parce que c'est de là que le bien sort.
Après les Cardinaux-Ministres de France, les plus fâcheux et les plus terribles sont les archevêques de Paris; et les uns aussi sont les promoteurs des autres. Tout le monde sait que l'amour et la haine seuls de Mazarin ont fait le fameux Cardinal de Retz (*) Coadjuteur de Paris ; lequel a fait, à son tour, toute la ville et toute la cour, tout le parlement et toute l'armée, toute l'Eglise et tout le monde, tout Paris et toute la France... Il n'est question que de lui principalement, de \ 642,
à la mort de Richelieu , à 1680 à la décadence de Louis-
le-Grand. C'est-à-dire, durantles deux plus mémorables règnes de la France : celui de Louis XIII, et celui de Louis XIV
(*) Le bras droit du cardinal de Retz était le fameux abbé de Marigny, dont la tête (c'était assez du livre) fut mise à prix par le parlement de Paris, pour son Traité du droit de tuer les tyrans (et Cromweli en particulier). In-l'Si, 1638.
(**) Ea violation formelle delà prescription de saint Jacques-le-Mineur, proche parent de Jésus-Christ. I, 9; et du dogme , si on peut le dire, de saint Paul. Dieu a choisi les ignobles du monde pour détruire jusqu'aux choses (et par ( ons-é-
DA^S LE LIEU SAINT
Cet homme iooui était tour à tour, ou à la fois, cardinal et général, prêtre et roi, courtisan et populaire, orateur et
quenlaux noblesses) huures. I Corinth, 1,27, 8, Rome et Paris accablaient k France de 47 Prélats incapables, selon Fénélon, où figuraient ; « le Cardinal d'Esivée, trop vieux et trop vif; — Rohan (depuis si fameux), jeune et d'une réputation gâtée; — Mailiy, livré bassement à la fortune ; — Chamillard, rien en tout sens; — Sillery, marnerez no&Ze5, — Gaylus, courtisan; — Matignon, vieux et incapable; — Tressan, naissance; — Paulmy, frère de M. d'Argenson ; — Chaulnes, 7-ien d'ecclésiastique ; — Bricqueville , sans talent; — Grignan , noble, rien d'ecclésiastique ; — Phili ppeaux , mznce ^îz/e^; — Saulx-Tavanes , grossier; — Mailly, frère du cardinal (famille si fatale aux mœurs de Louis XV); — Fieury, courtisan (même du Régent , depuis !), sans savoir; — Ghavigny, courtisan à craindre; etc., etc. "
ri II ne faut pas, écrivait le même Fénélon à Vévéque d'Jrras , que les éoêques « se flattent sur leur autorité; elle est si affaiblie qu'à peine en reste-t-il des traces u dans l'esprit des peuples. On est accoutumé à nous regarder comme des hommes « riches et d'un rang distingué, qui donnent des bénédictions, des dispenses et « des indulgences; mais l'autorité qui vient de la confiance, de la vénération, de la « docilité et de lapersuasion des peuples estpresque effacée. Onnous regardecomme n des seigneurs qui dominent et qui établissent au dehors unepolice vigoureuse; u mais on ne nous aime point comme des pères tendres et compatissants qui se « font tout à tous. Ge n'est point à nous qu'on va demander conseil, consolation, « direction de conscience... »
En conséquence et en violation de la Liste civile épiscopale des évêques du siècle de Louis XIV et d'Alexandre VIII, etc., et de sa lettre à l'ancien évêque d'Arras, une dernière grande Eminence a été l'objet de l'entente cordiale de Grégoire XVI et de Louis-Philippe; et cette Emmence s'est trouvée Vhommedes lettres suivantes:
« Arras , le 5 août 184o.
« Monsieur le maire, J'ai le désir d'offrir à la ville d' Arras mon grand portrait^ tableau dt grandes dimensions. Mes vœux seraient comblés si, jusqu'à mon décès, ce tableau était placé dans le grand salon de la mairie J'ose demander, comme plus convenable, de ne figurer au musée qu'après ma mort. Si cette condition est agréée , je m'empresserai de vous le faire remettre.
« Votre très-humble serviteur, : Charles, cardinal de Latour d'Auvergne, évêque d'Arras.
« Arras, le U avril 1849.
« Monsieur le rédacteur, vous annonciez dans votre numéro du Progrès que je, conserve 20,000 fr. de traitement , malgré la réduction de 5, OOO fr. exercée sur ceux descardinaiix.il y a erreur de votre part, et cette erreur m'est préjudiciable ; il ne faut point qu'on me croie plus à taise que je ne suis. Mon traitement d'évêque est de 10,000 fr. Comme cardinal, je ne recevrai que 5,000 fr. Total , j'ai 15,000 f r. Les pauvres perdront à cette diminution , ainsi que mes autres charges et travaux pour le diocèse. A quatre-vingt-un an c'est un peu dur. >■> Je vous demande en grâce de faire bien connaître qu'il ne me reste que le total ci-dessus. Doyen de l'épiscopat et de la chrétienté , ayant pu être archevêque , arrivé d'ailleurs à l'âge des infirmités , je ne puisque m' affliger de la gêne qu'on m'impose; mais je vous le proteste , Je n'en baise pas moins la main qui me frappe. Charles , cardinal, de la Tour-d'Auvergne , évêque d'Arras. »
C'est le même malheureux cardinal qui a dit, écrit, et crié à toute la France , en proie à l'indignation contre le journal et contre le sabre de Cavaignac ; et l'Ami de la Religion des évêques , et l'LTniyer^ des abbés ont admiré et glorifié ces paroles déicides : «... Fils d'un liomme d'épée , j'ai porté moi-même les armes, et je voterai pour un Sabre : Je connais la France. "
Èt vous ignorez l'Eglise et Dieu, basse Eminence que vous êtes!
Que dirait aujourd'hui Darthelemi des Martyrs, lui qui disait au Concile de Trente : « Illustrissimi Cardinales indigent illustrissimâ reformatione ?
écrivain, homme d'Etat et tribun, efféminé et actif, aimable et terrible. Or, il a mis l'Eglise gallicane en feu, et par con-séquent la religion et la morale en question. Mille fois pire que Gatilina, qui n'y mettait que la vertu et les richesses des Caton et des Cicéron, ses contemporains, lesquels vendaient à la fois leurs écus à cent pour cent aux pauvres , et leurs femmes et jusqu'à leur fille unique aux riches de leurs temps... Ce que le riche et courtisan président Hénault pensait à sa façon , en croyant le nier, lorsqu'il dit gravement que, « le cardinal était moins grand et moins méchant que Gatilina. »
Voici un successeur de ce Catilina manqué , du grand nom de Earlay, mort en 1695, et peint de main de maître, par Fénélon , l'année précédente , dans sa fameuse Lettre ci Louis XIV : «Vous avez un archevêque corrompu, scandaleux , incorrigible , faux , malin , artificieux , ennemi de toute vertu, et qui fait gémir tous les gens de bien. Vous vous en accommodez parce qu'il ne songe qu'à vous plaire par ses flatteries. Il y a plus de vingt-cinq ans qu'en prostituant son honneur, il jouit de votre confiance. Vous lui livrez les gens de bien , vous lui laissez tyranniser l'Eglise. Pour votre confesseur (le P. La Ghaise), il n'est pas vicieux , mais il craint la solide vertu, et il n'aime que les gens profanes et relâchés. Vous êtes seul en France , sire , à ignorer qu'il ne fait rien , que son esprit est court et grossier. Les jésuites même le méprisent, et sont indignés de le voir si facile à l'ambition ridicule de sa famille. Ainsi c'est zm aveugle qui en conduit un autre , et, comme dit Jésus-Ghrist , ils tombent tous deux dans la fosse. y>
Après Fénélon , on ne peut plus citer queBossuet. Or voici de ses dernières pensées , et comme le chant funèbre du cygne de Meaux , rapporté dans les Promesses faites ci l'Eglise, publiées en 1733 : Le Fils de Dieu nous a assurés que les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle , et cela veut dire selon M. de Meaux , dans le Catéchisme de son diocèse , que l'Eglise ne sera jamais renversée, ni par les persécutions , ni par les hérésies , ni par la corruption des mœurs , ni par celle des particuliers^ ni par celle de ses ministres. Mais il n'est pas dit , comme le remarque très-bien le même prélat , que ces portes de l'enfer ne combattront pas contre elle..,
« Dès le Xlle siècle , sai n t Ber na rd [Sermon sur le 3 S"" Cantique.) ne craignait pas de dire que la corruption et la pourriture s étendaient dans tout le corps de l'Eglise. Les plaies de TEglise sont , dit-il , incurables , parce qu eÙes sont intestines , lina et insanabilis est plaga Ecclesice. Rien de plus ordinaire que de voir les écrivains ecclésiastiques depuis ce temps-là appliquer à toute l'Eglise cette célèbre parole du prophète
DANS LE LIEU SAIINT
Isaïe : 1,6.) Depuis la plante des pieds jusqu'à la tête , il n'y a rien de sain en lui (le peuple de Dieu), Sans s'arrêter à citer ici un grand nombre d'auteurs qui ont cru que le prophète avait en vue dans ces paroles , non seulement la synagogue , mais aussi l'Eglise, je me borne au pape Eugène IV, écrivant aux Pères du Concile de Bàle pour les exhorter à travailler à la réformation, pour laquelle ce Pape n'avait pas certainement un fort grand zèle. C'était pourtant alors une maxime certaine que le corps de l'Eglise en avait besoin , qu'Eugène n'osait s'opposer sur cela aux vœux de toute la chrétienté , et qu'il écrivait en conséquence aux Pères du Concile d'y travailler sérieusement. Vous savez , leur dit-il , combien la religion chrétienne en a besoin , n'y ayant en elle aucune partie SAINE depuis la PLANTE DES PIEDS JUSQU'a LA TETE, SClOU la
parole du prophète. « Nostisenim quantùm ea indigeat religio christiana ; nam , ut ait Propheta , à plantà pedis usque ad verticem non est in eâ sanitas. »
« Ce langage n'a pas cessé dans l'Eglise , bien que les maux, à force de devenir communs et ordinaires , aient cessé d'être aperçus par le grand nombre. Ecoutons parler sur cela en particulier M. deMeaux dans un ouvrage posthume. Le désordre, dit ce prélat dans ses Elévations , le dérèglement, la corruption se répand dans tous les états , et toute la face de l'Eglise paraît infectée. Depuis la plante des pieds jusqu'à la tète il n'y a point de santé en elle. Voilà , dit-elle , que mon amertume la plus amère est dans la paix (M. de Meaux rapporte ici les propres paroles de saint Bernard). Ma première amertume qui m'a été bien amère a été dans les persécutions des Gentils; la seconde amertume, encore plus amère, a été dans les schismes et dans l'hérésie. Mais dans la paix, et quand j'ai été triomphante , mon amertume très-amère est dans les dérèglements des chrétiens catholiques, L'endroit que nous venons de citer, n'est pas le seul où M. Bossuet ait parlé de la sorte. Dans YHistoire des Variations, où il a pour but de défendre l'Eglise , il rapporte les paroles de saint Bernard que nous venons d'entendre , et il reconnaît avec ce grand saint que les maux gagnaient le Aedans et remplissaient l'Eglise de corruption. Nous avons vu aussi que dans ce même livre ce prélat demeure d'accord qu'avant la naissance du Luthéranisme , c'était le langage non-seulement des docteurs particuliers, mais même des conciles, que -l'Eglise avait besoin d'être réformée dans le chef et dans les membres, et que tout est plein de ce langage dans les conciles de Pise , de Constance et de Bàle. »
Concluons. Les quatre fameux hommes du siècle de Louisle-Grand, Richelieu, Mazarin, ses premiers et uniques ministres; Hariay, son archevêque ; et Le Tellier, son confesseur,
LA GRAISDE APOSTASIE
n'étaient en dernière analyse que ses plus grands corrupteurs , au jugement même du plus vrai , du plus charitable, ,du plus illustre de tous les ultramon tains (F Archevêque de Cambrai). »
Et ils étaient gros , à plus ou moins de distance, du cardinal Dubois de la Régence, mort le 10 août soUs le scalpel vengeur d'un opérateur secret; du cardinal de Tencin (archevêque de Lyon , vrai premier ministre, frère de la Tencin ; et surtout du cardinal de Fleury (c'est Dubois lui-même qui le désigna et le présenta à la cour). Pire mille fois que Richelieu, qui rendit odieux Louis-le- Juste , et Mazarin, qui perdit Louis XIV, le cardinal de Fleury (si inférieur au f rieur d'Argenteiiil son homonyme) ne fut appelé le Pacipque ei même le Bon (il persécuta toujours, et quelquefois jusqu'à la cruauté , les seuls hommes qui avertissaient les sentinelles d'Israël, les solitaires de Port-Royal) que parce qu'il s'endormait et endormait le roi de sa façon (il fut Précepteur de Louis XV) à la corruption , pourtant si grande, de la cour au milieu de laquelle il vivait. Il allait droit, et vite : — au cardinal de Luynes. glorifié en 1788, par d'Alembert, en pleine académie révolutionnaire ; au cardinal de Bernis, créature de la Pompadour, théologien au point de vue de UOpéra \ au cardinal de Rohan , figurant en collier, entre la comtesse de Valois et la Reine; au cardinal de Brienne (père de feu le général Vallée); à Févêque d'Autun (Talleyrand) le consécrateur de Gobel, au refus de Brienne lui-même ; à Gobel (on dirait de Gog et Baal) du jour au lendemain , archevêque de Paris à Notre-Dame, et apostat à la Convention.
Les anneaux de la m.ême chaîne , pour sembler plus anodins , n'en étaient, selon nous, que plus faux et plus funestes. Tels furent , tour à tour, ou ensemble : — le cardinal Maury, qui trahit tour à tour, ou ensemble , le sacerdoce et Fempire, la Cour et FAssemblée , Louis XVIII et Bonaparte , Pie VI et Pie VII ; — le cardinal-oncle (Fesch) , grand marieur et divorceur du roi-neveu; — le cardinal de Boisgelin , traducteur des Amours d'Ovide , et réduit à renier sa place dans le Dictionnaire des Athées ; — et surtout ce cardinal Caprara, qui sacrifia si bien le sacerdoce et jusqu'à la vertu , à Fempire , et dont Fapostasie était si digne de l'apothéose. (Son corps est au Panthéon , à côté peut-être de Rousseau et de Marat indignés.)
Et, à leur faite : et Fa66e Louis, presque aussi grand financier, comme on sait^ que Fa^^e'Terray ; eiVabhé de Montesquieu, le premier ministre de Fintérieur de la Restauration, et le rédacteur de la 'l^"" charte, prenant pour secrétaire le Guize qui fait le plus de mal à la France depuis trente années; et ce Feutrier^ le rédacteur de la fatale Ordonnance papale et royale
DANS LE LIEU SAINT
de Juin 1828, trouvé deux ans après [\ ^ZQ)),jour pour jour mort dans son lit, d'une apoplexie , foudroyante comme la Révolution de juillet ! — et ce Frayssinous , le premier Conférencier de Ville et le dernier prélat de cour; — et ces Cardinaux et Evêques Pairs de la France qu'ils avaient perdue (tous les journaux ont remarqué qu'en treize années tous les Evêques Pairs en \ 830 sont morts , hormis un qui fait pénitence à la Chartreuse,)
Tous ces Prélats, tous cesEvêques,tous ces Cardinaux étaient effroyables , en tant qu'hommes d'Etat H. Un grand nom-bre l'étaient même comme hommes du monde. Et cependant, les plus Saints Pères qui leur avaient donné l'Institution, et surtout le chapeau sans les connaître , ceux-là surtout qui les leur donnèrent après les avoir connus étaient ou furent plus effroyables qu'eux !
Depuis longtemps que les Rois n'osent plus, et que les peu-pies et même les nobles et les riches ne souffrent plus de Cardinaux, d'Evêques ou d'Abbés seulement dans les Conseils, l'esprit Prêtre-roi s'est réfugié dans le journalisme. Et c'est le journalisme sacerdotal, à la lettre, qui a présidé en Roi, et en Pape à la fois, à tous les derniers malheurs, bien autrement graves que les anciens. Il a commencé par s'introniser ad hoc dans le vieux Journal des Débals (ies envieux le nommaient ad hoc le Journal des Rabats). Et il a fini par les Etoiles et les Gazettes avouées de Tabbé de Genoude ; et les Univers Religieux, et les Amis de la Religion, dissimulés.
Il est toutefois une prévarication plus grande , s'il est possible, que toutes les autres : car elle a tous les airs du désintéressement, de la fidélité, de la vertu, du courage même ; et c'est, en dernière analyse, la fuite du péril, l'abandon du troupeau, par le berger, lorsqu'il voit ce qu'il croit le Loup venant ou venu. Nous voulons parler de VEmigration^ la plus
C) Les cardinaux premiers ministres sont encore pires en Italie qu'ils ne sont en France ou en Espajjne : en dernier lieu , les deux Ruffo, par exemple, qui portaient le mensonge jusqu'à se dire les descendants du fameux Sylla^ descendant des Rufus.
L'un , surnommé le Cardinal Général y -prince de Scilla, était en effet, une sorte de Sylla au petit pied... Dans ses loisirs, et peut-être dans sa Cumes^ il publia ses traités des Manœuvres des troupes et des Moeurs des Pigeons.
{*") Entre beaucoup d'exemples , le pire de nos grands apostats , Gobel , fui élevé à Rome même; nommé dès 1789, à Rome, évêque in partibus; admiré , dit rhistnire, par Pie VI lui-même. Et l'abbé Maury,qui venait de faire condamner la religion (*) eaiholiqne à la Constituante, en donnant lieu à ses juges de croire qu'il l'avait défendue, fut reçu triomphalement à Rome , par le même Pie VI , qui le nomma Cardinal , en connaissance de cause, en 1794.
(*) Tacite était de ce sentiment terrible contre toas les Cicérons de l'Univers, dans ces belles paroles de ses Annales: Cum accusaiores ac testes certatim perorarent, respondetile nid/o, rniseratio cfitam invidia, Augebatur.
grande faute religieuse du clergé, la plus grande politique de la noblesse, et surtout de la royauté. Et la première aussi causa et précéda l'autre. Les deux ensemble causèrent tous les crimes, et avec eux tous les malheurs du pays, toutes les terreurs, toutes les expropriations dans les presbytères, tous les sacrilèges dans les églises , tous les bourreaux et toutes les victimes dans les prisons et sur les échafauds. Les prêtres en général, qui n'avaient semblé que lâches ou inoffensifs dans l'intérieur, parurent traîtres et solliciteurs de réactions à l'étranger. Et on se vengea, par provision, du grand nombre des transfuges sur le petit des fidèles.
La plus chère Patrie , pour le Prêtre surtout, le Père par excellence, c'est le sol où sont attachées à la glèbe le plus grand nombre des âmes (et celles-l i rCémigrent jamais) que l'Evêque ou le Pape ont liées, à la vie à la mort, à la leur.
Et nous souscrivons (car Pie VI a souscrit lui-même, en lui prêtant sèment) à la première Constitution romaine, dont l'article 8 portait : « Les inscrits sur la liste des émigrés français sont exclus pour toujours des droits de citoyens romains, et bannis du territoire de la République romaine. »
Aux plus grands seigneurs du clergé des derniers temps, apprenez à connaître les autres, leurs promoteurs secrets, aussi bien que leurs jaloux. Tous leurs vices, on l'a senti, lorsqu'on ne l'a pas lu, se réduisaientà w/ioriginaire, etdominant, appelant et excluant à la fois tous les autres: partout, l'argent au défaut de l'or ; Laisance de la vie, quand ce n'est pas son luxe ; la Cure, si on ne peut VEvêclié ; et à Rome, la seule Prélature pour consoler de la cléricature; et le Chapeau, de la Tiare.
Et c'était évidemment la pensée finale et fine de saint Bernard dans ces paroles: Monstruosa res, gradus summus animus imus.
Mais il est, ici, de grands faits politiques, et patents, qui tiennent lieu des individualités les plus nombreuses et les plus frappantes. En s'élevant au plushaut, et en descendant au plus bas des plus grandes insurrections, et des révolutions les plus contraires aux majorités populaires, c'est toujours l'intérêt temporel et mondain secret delà majorité des mauvais prêtres que vous trouvez. Nous le démontrons, à part, en ce qui concerne les Papes-rois, et pour l'Europe en général. On le sait assez en France, et pour la France, au seul souvenir de la Révolution de 89, qui ne s'éleva, ne progressa, qu'à la faveur du plus pauvre Déficit, que la plus petite part des biens ecclésiastiques (*) suffisait à couvrir; qui ne secon-
(*) Un très habile laïque , oublié et digne d'une célébrité nouvelle, le modeste Puységur, après avoir fait voir et aimer la religion catholique, finit, lui aussi, par ne lui voir de salut et de preuve que dans sa sortie du gouvernement tempo relp et dans la diminution de sa fortune. Et son Droit du souverain sur les biens
DANS LE LIEU SAINT
somma, ne se surpassa pas des excès (la plupart aussi contre le clergé et les siens) qu'à la faveur de la mesquinerie du haut clergé, qui sembla ne parler à la Constituante que pour marchander. Aussi, dans le sentiment de sa nécessité pour la correction et l'expiation de l'Eglise, bien autrement que de la nation , donna-t-on au dernier déficit le nom de bienheureux.
Les richesses personnelles et le luxe du plus haut clergé(*), le plus désastreux de tous, étaient effroyables. Et, pour n'en citer qu'un exemple, le seul Cardinal de Rohan n'avait rien moins qu'une cour, dont le seul évêché de 600,000 fr. de rentes (2,000,000 d'aujourd'hui) ne faisait pas la moitié des frais.
La nouvelle prélature est bien loin de cette opulence, mais elle en a le souvenir ; elle en a le regret même ; elle est impatiente de sa pauvreté, et de ce qu'elle croit son expropriation et son humiliation de 1789. Elle est riche, au lieu de se faire pauvre, en esprit. Et voilà la pire des richesses.
Elle est la seule cause première et secrète de la translation de la grande propriété des deux premiers ordres de l'Etat ancien au tiers ; elle est la seule cause de l'accroissement énorme de cette propriété déjà si grande. Le Clergé de France, ayant, par la double puissance de la religion vraie et de la langue française, seul action sur les dissidents ; et, par la confession, seul action sur les fidèles, est encore mieux la seule cause des enrichissements modernes. Les prêtres, propriétaires, ou créanciers, sont criminels, si on peut le dire,
des riches et des pauvres à la fois ; des riches et
de leur avarice dans la vie, et de leurs dons plus aveugles ^ plus iniques, plus funestes encore dans les testaments.
Et que le Clergé de France, et les Evêques, et les Archevêques, ceux de Strasbourg et de Besançon, en particulier, ne crient point à l'exagération, ni surtout à la calomnie! ils viennent de le dire eux-mêmes, dans leur Approbation des i?6fi;6?/a?2^?/25 de l'Extatique de Niederbronn :« Le 8 juillet, entre midi et une heure, elle entendit le Sauveur prononcer d'un ton plaintif ces paroles : «Vois, ma fille, le grand nom^ bre des Prêtres qui ne font mille attention à mes grâces et à mes miséricordes, et qui ne m'écoutent point ; leur cœur est
du clergé 1770; et surtout sa Discussion, sur la prétention du clergé dêtre le premier ordre de l'Etat, dès 1765, avaient tellement frappé Dupont de Nemours , qu'il ne fit pas difficulté de déclarer à la Constituante que « tout le salut publjc était là, et n'était que là. »
(*) C'est ici plutôt le lieu d'observer que les parvenus, les enrichis extraordinaires , les nouveaux riches enfin , tout riches qu'ils sont, ne sont ni aussi défavorables ,ni aussi fâcheux que les vieux ; et ils en sont même les enviés et les victimes. Le célèbre Jacques Cœur en est un mémorable exemple. De pauvre
âi4 LA GRANDE APOSTASIE
attaché au monde, ils mettent leur bonheur dans la possession des biens terrestres et de l'argent. » La sœur vit qu'ils s'acquittaient de leurs fonctions comme malgré eux. Elle vit que leurs travaux, privés de la bénédiction de Dieu, demeuraient stériles. Et le 19 juillet, la Sainte Vierge lui dit : « Dépose toute crainte ; DIS HARDIMENT AUX PRETRES MONDAINS, que s'ils ne mortifient pas leur sensualité, et ne se détachent pas des choses de la terre, je les visiterai par des châtiments.» Cette menace fut faite d'un ton si sévère, que, levant les mains
artisan de Bourges, il devint, en peu d'années, successivement le plus grand armateur de France et d'Italie, ayant des navires sur toutes les mers; ambassadeur de France à Rome et aux conciles; ministre des finances; comme roi et plus que roi de France sous Charles VII, car il avait jusqu'à 300 facteurs sur les places de l'univers Aussi heureux sur l'ancien monde que Christophe Colomb (qu'il suscita peut-être!) allait bientôt l'être sur le nouveau , il fut encore plus malheureux. Et ce fut par l'envie des grands et des maîtresses du roi (nel'accusat-on même pas de la mort d'Agnès Sorel?) qui se liguèrent contre lui , l'accusèrent de la ruine du pays qu'il avait enrichi , lui firent son procès au Parlement se partagèrent sa fortune immense, et l'emprisonnèrent. Mais il se trouva, pour le sauver de ces ingrats, un paysan nommé Jean Village. Et le voilà qui, par une providence nouvelle, se trouve Général de la flotte que Galixte III envoya contre les Turcs en Grèce, l'an l456. Et la ville de Bourges est encore aujourd'hui couverte de la munificence de son pauvre enfant j et Jérusalem ellemême conserve encore son Hospice des pèlerins à la Terre-Sainte !
Les derniers venus de cet ordre inouï n'en sont pas indignes. Un simple tonnelier de Lyon , s'aventurant sur un vaisseau d'Orient , est devenu , sous le nom de Général Martin , souverain d'une partie des Indes , comme pour doubler la fortune et les établissements dç la seconde ville de France.— Un pauvre Savoyard de Chambéry, du nom de Borgne^ s'enrôlant à 17 ans en 1778 pour les Indes Anglaises, en revint en 1796, Général de Boignc, donner sa main à la fille d'un ambassadeur à Londres, et faire dans la ville de Chambéry, encore plus de iiondations que n'en avait fait Martin à Lyon. — Cidllier, dit Perron, enfant tissier de Cliateau-du Loir, s'est trouvé un beau jour, comme l'empereur du Mogol, pour revenir en France en 1804-, avec 20,000,000 d'or; et, moins bien inspiré, se faire des gendres des noms de Lat ochefoucauld , de Montesquiou, etc — Avant eux un soldat français, nommé Sombre, de Sommeron (Aisne), devint Prince de Sardanah ; et son ami. et son successeur, Levassau, de Lorient, Roi, en même temps qu'AlIard , de Saint Tropez, Ministre de la guerre du Souverain de Lahore.
La noblesse ou la magistrature n'ont rien à comparer, mais à opposer aux testaments des Martin et des Boigne, les enrichis du courage , que celui du baron de Monthyon , l'enrichi de la cour, et même de la banque. — Comme tous les Lords et tous les Pairs philanthropes d'Angleterre ne sont guère que des caricatures de ce Jean Howard , qui , de garçon épicier, s'érigea en Missionnaire universel de la Pitié , et passa, on peut le dire , en faisant le bien, dans toutes les prisons de l'univers, glorifié, depuis bientôt un s'ècle, par des historiens et des orateurs tels que Burke . et des poètes tels que Delille. — Comme les plus nobles Cardinaux, et les Papes les plus rois ne sont pas dignes de dénouer les souliers de l'ex-pâtre, saint Vincent de Paul; et du simple curé d'Ars, précisément le compatriote et disciple sans doute de saint Vincent , à deux siècles de distance.
Une autre sorte de propriétaires pouvait encore, dans les derniers temps, être opposée aux nobles, en fait de bienfaisance et d'intelligence; ce sont ceux qui ne refusaient l'hospitalité elle-même à nul pauvre, et refusaient la noblesse à l'Empereur Léopold , comme les Fleurot du Val d'Ajol (dans les Vosges). Les princes et les philosophes célèbres allaient les visiter. On peut les considérer comme les premiers modèles et les vrais sages du socialisme.
DANS LE LIEU SAINT
au ciel : « 0 Prêtre î s'écria-t-elle, si vous ne pratiquez pas mieux la morale que vous prêchez, que deviendrez-voiis ? »
Que deviendrez'vous ?... quaiidvous ne resteriez que ce que vous êtes !... votre prévarication, c'est la plus grande cupidité latente, quand elle ne peut être patente, c'est-à-dire l'ambition unie à la lâcheté. Jadis, quand les Rois étaient forts, ils étaient les Rois des Rois. Aujourd'hui que les Rois, de par les Rois , sont devenus comme les sujets des peuples, les Papes-rois ne sont plus que les esclaves des Rois !
(Nous avons vu les grands et le clergé ordinaire, en présence du peuple... Que serait-ce si nous pouvions voir ici m(^me les meilleurs Rois purs et simples dont nous avons fait le tableau avant, et les meilleurs Papes-rois dont le tableau ne vient qu'après ! )
Le dernier mal, le mal final du Clergé, en France principalement, c'est celui qu'on appelle la Réaction : car ce n'est rien moins que la plus odieuse des révoltes, celle qui se nie ; et c'est, au fond, le clergé seul qui en est le moteur, plus ou moins visible.
Nous l'avons caractérisée, prophétiquement déjà, en ces termes de la Presse prophétique de Juin 1848 : « Un parti , comme un homme, en effet, n'est jamais dangereux, hostile, et bientôt vainqueur de rechef, que lorsque LA JUSTICE D'ICI- BAS (qui pourrait si facilement l'être si elle savait ') n'est point, vis-à-vis de lui, rinterprète rigoureuse de la justice d'en haut
« Or, c'est la justice d'en haut, seule, apparemment ( le banquet ri en a été que la très-petite occasion), qui, en frappant d'aveuglement et d'inertie le dernier Roi, frappait aussi les gens du Roi (*) , et leur disait : Retirez-vous !
« Comme la dynastie des hommes de Juillet est tombée, on
(*) Nous ajoutions en note, prophétique elle-même, au commencement et à la fin : « Ef quel mal, quel déshonneur après tout (dans le parti même, c'est un honneur!) pour un dynastique , et surtout pour un royaliste , de n'être plus ou pas député, comme l' abbé Fayet et le marquis de LaRochejacquelein , juge comme Portails, ou bien procureur de la république comme Dupin; académicien, comme Pardessus; décoré, comme LdvwewÛQ ; professeur, comme de Portets ; journaliste libre, comme Vabbé de Genoude !..
Dans la vue , et avec la certitude de nous /aver les mains d'une souveraine iniquité, dans les élections de '18i8, nous avons directement ou indirectement voté avec le plus grand nombre des républicains réels ou m ;?e«o de la veille , contre le petit nombre des vieux royalistes, improvisés républicains. Et nous avons dit à tel propriétaire, et à tel archevêque (celui de Paris, entre autres) : Si l'Assemblée était tout entière de Pierre Leroux homogènes , sa Constitution aurait pour article 1er -. La propriété est sacrée. — Si, tout entière de Proudhon , elle aurait pour premier article : Dieu seul est Grand !
A celle loi , c'est l'abbé Maury (futur intrus de Pari^), qui a provoqué Mira- Iieau' c'est Mirabeau, qui a suscité Robespierre. — De nos jours , c'est Lamartine qui a' fait un Barbès indigne. — Un personnage moins bon comme homme , mais
2i6 LA GRANDE APOSTASIE
peut le dire, sous la haine et le mépris publics, pour avoir gardé, pour avoir accepté, favorisé, les traîtres à la vieille dynastie, encore plus que souffert les héros de la nouvelle; la meilleure des Répubhques , elle-même, n'en tomberait que mieux, si on n'y prenait garde, parce qu'elle aurait voulu inamovibiliser une dernière fois, au préjudice des derniers vainqueurs, la presse, la législature, l'administration, et jusqu'à la magistrature des derniers vaincus.
» Comme la personne, la royauté (je ne dis pas le pontificat) de Grégoire XVI, s'est évanouie sous Tindifférence ou la haine universelle de Tltalie, pour avoir favorisé les princes et les grands corrupteurs des peuples ; celle de Pie IX lui-même, s'il ^e\en3iii Réacteur , s'il ne savait point susciter, ne pouvant faire , la Démonstration annoncée par TEsprit-Saint, sous le nom de Petit livre éclatant {Libellumapertum), comme le signe unique, et l'unique Logique du Salut de notre âge, se précipiteraient ( c'était annoncer à la lettre la mort politique de Rossi, et la mort religieuse de Monseigneur Palma) dans son propre sang peut- être î
» Mais sa croix aussi renouvellerait bientôt la face de la terre, et glorifierait enfin ce que sa plume n'aurait point osé glorifier ; elle qui n'a pas craint de célébrer, de populariser la personne, les pamphlets et les constitutions de M. Gormenin, tour à tour grossièrement flatteur des peuples et des tyrans !
» En résumé, et encore une fois, lorsque le mal est, comme en >1849, dans les entrailles même d'une société, ou à son comble, il ne saurait y avoir de possibles, de faciles même , de sûrs, de grands remèdes, que L'AMNISTIE UNIVERSELLE des grands coupables, les rivaux des gouvernements, et celle des petits par surcroît ;— LA RETRAITE et la pudeur des vaincus de février, — et LE LIVRE exclusif des Bibliothèques. — Tous les autres prétendus remèdes, et surtout la justice cri-
meilleur comme intelligence que Lamartine, et à sa place , pourrait faire un Barbès-Babeuf.
Aujourd'hui qu'à V Assemblée Nationale il n'y a plus même d'apparence de Maury, plus seulement de Cazalès , il pourrait suffire de M. Thiers pour faire sortir une dictature entière armée, du cerveau du premier Jupiter, et même du plus petit Napoléon venu
La presse , le premier des privilèges, est aussi la première des fonctions. Demeurée entï'eVe aux dynasties de Février, elle devait , seule , rendre illusoire et poétique le suffrage universel de Genoude et de Lamartine; et , sans la réaction dont sa réaction est grosse , elle aboutirait infailliblement à la Régence par acclamationl »
Nous ajoutons aujourd'hui , %\ janvier \ : « La seule rentrée de Guizot a Paris , et surtout sa rentrée hypocrite .. par V Académie, est une occasion, et même une cause invisible, mais morale, d'insurrection, plus terrible contre lui ei les siens qu'une sanglante!... Et tel est pris qui croyait prendre.
DANS LÉ LIEU SAIlSt.
mhidle, et le mélange rationnel des vaincus avec les vainqueurs, dans les fonctions ou les honneurs publics de la République, la plus juste suppression même du pire journal, sont les petits remèdes, apparents, momentanés, qui doublent à la longue les forces, déjà si grandes, du mal, et constituent les seuls maux réels.
» Et, comme la plus basse et profonde erreur touche à la vérité la plus élevée, et que pour réfuter sans réplique, Proudhon, par exemple, il ne faut rien moins qu'un homme de génie, c'est la polémique incessante de Messieurs de VUnivers et de VAmi de la Religion, de la Gazette et de F Union, plus encore que celle du Constitutionnel et des Débats, contre le communisme,... devant le peuple, dont ils n'ont pas l'oreille, qui constitue le plus grand mal actuel ; car, elle célèbre, et rend plus cher au peuple, elle fait triompher, même rationnellement Proudhon lui-même, dans un moment oii les riches ne sont guère, les rois rien, et le peuple tout.
» Le silence ou la diversion, ici, seraient, certes, bien moins dangereux.
» Sans les trois moyens en question, vous auriez d'autant plus sûrement, d'autant plus terriblement, que vous l'auriez plus longtemps, et plus habilement et à plus de prix comprimée, la grande Réaction, dont celle que nous voyons n'est que le prélude. Et les rigueurs de 1832 et de Î834, et les faiblesses et les bascules de 1830 à 1847, n'étaient pas autant grosses des réactions, si naturelles, de 4 848, que celles de iSZiS ne le seraient de ce communisme ou de cet absolutisme qui nous font trembler.
» Et vous auriez, en attendant, au défaut de la guerre dans les rues, celle dans Y assemblée : des guet-apens contre les hauts représentants, réels ou présumés, de tel ou tel prétendant; — des incendies contre les propriétés; — et, comme pour donner raison aux insurgés et aux méchants, que tout le monde a faits (ici la prévision est contre toutes les prévisions î), le Choléra russe et divin contre tout le monde !
» Gouvernements, gardes nationales, constituantes, rois, et surtout Pape C^) (s'il ne peut la tnierre étrangère, les rois qui
mwi fidèles la peuvent-ils plus? A-t-il lui-même dans Rome le simple droit de glaive et de bourreau, qui est une façon de guerre civile?) tenez-vous donc pour avertis î Sentinelles, que Dieu a préposées au %d\\xi facile , encore plus qu'à la ruine difficile des peuples, prenez garde à nous, et à vous ,
» Dans notre siècle, plus que dans tous les autrcr?, toutes les conditions ensemble, m.ais surtout les grands, de cha-
i*) Cette prophétie es^ encore pkss incroyable, même pour le Voyant,
Cime, les riches et les propriétaires; les royautés patentes, et surtout les latentes , seront de plus en plus grandement éprouvés, ainsi qu'il est prédit littéralement dans la Sagesse : Patentes Potenter tormenîa patientur; et figurativement dans Y Apocalypse : d'abord, par la confusion de tous les7^oiseX de tous les tribuns ensemble (on dirait toute l'année 4 848 \ ) : Et reges terrœ, et tribuni, et divites, et omnis serviis et liber absconderunt se, vi, 4 5. (on dirait toutes les mêlées de juin!) — et, à la fin, par le tremblement du sol iNOUI (il a peur déjà) ; Et terrœ motus factus est magmis, QUALIS NUNQUAM.^yi,
Yil Le Socialisme. . . fatur , prochain, et infaîliible, expliqué par la seule Grande Apostasie.
Ut et iliorum ahxindantia vestroe inopiœ siî supplementLim , ut fat œqualitas. II. Corint. viîi, 14,
Et ovinis insiila fugit^ et montes non sunt inventi. Apoc, XVI, 20.
Les dernières vérités et les derniers événements sont plus décisifs encore.
Les fautes, et, on peut le dire, les prétentions, la propriété, la royauté de la Papauté, de l'Episcopat, de la Cure, delà prétendue Communauté religieuse ou séculière, ont seules causé l'étude, l'examen, le jugement, et la condamnation rationnelle de la propriété, etmême de la société en général. — Qui oserait le nier, que ceux qui nient toute cause? — Qui, le blâmer, que des intéressés et desrécusables?
La royauté et la propriété sacerdotales, renouvelées, malgré leurs défaites de 1789, et surtout de 1 793 à 1813 j et devenues, avec le temps, plus présomptueuses, plus hypocrites, plus désastreuses, plusodieuses, devaient finir par être ou par sembler plus intolérables et plus révoltantes que jamais.
Elles ont révolté déjà, c'est une preuve qui serait seule suffisante : car les faits sont tous plus accomplis et plus accomplissants qu'on ne pense.
(*) Les noms de socialisme et de socialistes étaient naturels, et sont venus dans l'insuffisance de la société et même de Vordxe social^ qui sont devenus , sous le nom de monarchie, \ anarchie absolue.
Mais il est une locution restée vierge : X Assemblée Sociale, et elle triomphera, en temps et lieu.
DANS LE LIEU SAINT, 219
Nous avons dit que la Grande Apostasie avait justifié le socialisme ; nous n'avons pas dit trop : car FEsprit-Saint et l'Eglise elle-même, par conséquent, l'ont supposé, et même dit avant nous, dans les termes les plus décisifs. Les levées ' d'armes, les victoires à tout prix, les gloires^, les canonisations des seuls Ma chabées, montrent et démontrent en effet qu'il y a des bornes à tout, et des cas majeurs dont la réserve et le jugement n'appartiennent qu'à Dieu. Et l'on voit, à la lecture la plus superficielle des livres de ces grands hommes, qu'ils se battaient au fond bien moins contre les Antioclius que contre les Grands Prêtres et les Pharisiens de leur tempS:
Il ne s'agit plus que de savoir lesquels, de ceux-là ou des nôtres, sont les pires. Et précisément saint Paul, qui se connaissait en pharisiens, puisqu'il l'avait été, ne craint pas d'avancer, d'annoncer, de prophétiser que les pharisiens du Christianisme seront un jour pires que ceux du Judaïsme ; — que, d'attentats en attentats, ils iront un jour jusqu'à crucifier de nouveauté Fils de Dieu ; ou plutôt, et encore plus, on peut le dire, que le Fils de Dieu, leur Saint-Esprit à tous deux. En ces termes, si énergiques, et si sublimes: i^i^rsw^Crucifigentes sibimetipsis Filhim Dei. Hebr. vî, 6 ; — et que, dans cette carrière sociale nouvelle, feu l'Evêque de Langres, Parisis, à Vidée fixe, nulle, de la Liberté del'enseignement, fait, de la meilleure foi du monde, plus de mal à rEgiise Gallicane, que ne lui en fît, durant un demi-siècle, le premier inventeur du monopole de Y Université, en Septembre n91 , l'Apostat d'Autun, Prince de Talleyrand.
Car, on ne peut pas plus, d'une part, nier le progrès du bien et du mal, qu'on ne peut nier Dieului-même : et nier, d'autre part, que les plus grands attentats ne sont point niatériels. mais spirituels; point visibles, mais cachés ; — qu'il y a plus d'incrédulité dans le nouveau Prêtre, orgueilleux et cupide, de la manducation eucharistique àTAutei, qu'il n"y en avait dans le vieux au Golgotha (aussi est-il écrit, de ce dernier, ce qui ne l'est point de l'autre, qu'il ne savait ce quil faisait])
Et qu'enfin, et mieux encore (tant Dieu est miséricordieux et humain), le péché de l'homme contre l'homme est plus grand que celui de l'homme contre Dieu; car le premier seul prouve le second, selon le mot sublime de saint Jean, l'apôtre de V humanité liRT excellence : * Celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, n'aime pas Dieu qu'il ne voit pas. »
Et les faits et l'histoire, à cet égard, vont parfaitement à la théorie. Les sociétés romaines et françaises, types et modèles de toutes les autres, sont, depuis longtemps déjà, divisées en deux grandes classes universelles : les royautés et fës aristocraties sacerdotales et politiques, d'une part; le prolétariat et la pauvreté, de l'autre. Les premières, en gé~
liéral, professant et pratiquant, plus ou moins, le Sensualisme; les autres, en général, le Socialisme.
Les premières luttes spirituelles et matérielles aussi, entre les peuples et les gouvernements, ont eu lieu à Paris, à Na~ ples,àMilan, à Rome, avant Vienne et Berlin. Et les premiers et les plus avancés promoteurs de ces luttes furent, comme ils devaient être, les deux prêtres italiens les plus célèbres, Ventura et Rosmini; et les deux Français les plus remarquables, Lamennais et Chantôme Et Pie IX luimême n'a pas fait autre cliose, aux deux premières années de son règne, qu'à donner ici le branle à tous les esprits.
C'est que « le Socialisme, ainsi que nous l'avons dit ailleurs, n'est pas autre chose qu'un fonds de vérité immense. C'est un voyage, jusqu'à ce jour mal conçu, mal entrepris, dans tes mies, comme Icare, à la recherche, non certes de l'abolition, physiquement impossible, mais de la justice^ du meilleur emploi, et de la réhabilitation de la propriété avilie. »
Les Socialistes les plus avancés, les plus impatients, les plus insurrecteurs, les plus redoutés, laissés ou placés aux affaires, ne feraient guère, sur ou contre la royauté et la propriété, que ce que font pour tous nos conservateurs ; que ce que la désespérance générale a fait déjà.
Toutes choses égales, s'ily avait des innocents dans les deux grandes sections delà Société présente, ce seraient plutôt les Socialistes. Toutes les sortes de dynasties ont commencé par Fêtre, avec plus de bonheur, mais aussi avec plus d'audace , mille fois, que n'en ont montré eliicore les disciples qu'elles se sont faits. Le peuple, et même les meneurs du peuple, ne sont guère à craindre; ils ne sont pas Y)\Viioi maîtres qu'ils redeviennent obéissants, et que leurs emiemis nés, ingrats, se remettent à les corrompre... Et la Montagne redevient cohine, et même vallée. Et le lion et la lionne même du peuple, se refait agneau. Et si une royauté instantanée était jamais utile, ce serait encore lui seul qui l'accomplirait contre lui !
Et il ne faut pas oublier que le plus autorisé et le plus vrai des Socialistes a dit : « La République sociale qui coûterait aux petits propriétaires de 2 ou 3,000 livres seulement de revenus fixes ou éventuels, le quart seulement de ce que leur a coûté la plus bénigne Restauration, n'aurait pas le sens commun, et aussi n'aurait pas un an de durée. »
Et quels hommes d'Etat modernes, quels antisocialistes surtout, ne furent pas, et ne sont pas encore socialistes?
(*) II est même ici remarrfuable que les quatre laïques français les plus avancés en socialisme, sont quatre métaphysiciens : Pierre Leroux, éditeur de l'Histoire ecclésiastique de Fleury; Emile Barrault , qui croit à l'avènement du Saini- Esprit; Considérant , qui croit à Dieu ; et Proudhon , qui croit ne croire à ricii. Leur maître à tous, Alexis Dumesnil, est connu par sa Foi austère.
DAISS LE LIEU SAliST.
Elle premier des Bonaparte, que fut^il, qu'un Socialiste ex abrupto^ lorsque, impatient d'un généralat, et même d'un protectoratd.\di Cromwell, il en voulut, coup sur coup, au Premier consulat , à l'Empire des Français, à la Royauté d'Italie, à la Domination européenne : c'est-à-dire, ou rien, à la propriété universelle des riches et même des pauvres?
Et les Bourbons, et les d'Orléans, et les Pairs de la Restauration, etc., que furent-ils, à leur tour, et comme Rois, et comme Fonctionnaires, et comme Emigrés, sinon des expropriateurs, encore plus odieux (puisque ce fut à la suite des Anglais, des Allemands et desRusses), de l'Empire, et des Français, qui les avaient si longtemps et si glorieusement vaincus ?
Et, après tous les autres, les d'Orléans, et leurs Pairs, plus inassouvissables encore, que furent-ils, que de nouveaux et derniers expropriateurs, et socialistes. sans pudeur aucune? Et MM. Laflitte et Périer, tant riches banquiers, n'avaient-ils pas, eux déjà, considéré la couronne, et les domaines de la couronne de la branche aînée, comme une sorte de vol ? — Et la cour des Pairs de Louis-Philippe, elle-même, n'avait-elle pas flétri plusieurs de ses membres les plus élevés, et même deux ministres, comme « les pires des voleurs y (on l'a dit jusque dans l'accusation , etc.) : les concussionnaires? — EtMM. Lamartine et compagnie, pauvres, et comme /'a/Z/i^ propriétaires, eux, et les 900 à leur image et à leur suite, n'avaient-ils pas vu, d'abord (à moins de jouer sur les mots) des vols successifs dans les couronnes et les dotations accumulées des nombreux princes de la branche cadette?
Et , à présent, tovis ces hommes, qui s'appellent de Coixlre, au prix de tous les désordres du monde, tous les Conservateurs, et surtout les plus ardents, les plus hardis, et les moins recevables à vociférer contre les Socialistes en herbe : et les ducs de Broglie , de Yalmy, de Bassano , de Doudeauville, d'Harcourt, de Noailles, etc.; etles marquis d'Audiffret, deBoissy,deSégur, etc.; et les comtes Molé, de Montalembert,deSaint- Priest, de Tocqueville, de Tracy, de Rémusat, de Salvandy, d'Haussonville, Beugnot, etc. ; etles vicomtes de Cormenin, Alban de Villeneuve, de Hauranne, de Melun ; et les barons Dupin et de Barante ; etles Guizot, et les Thiers, et les Passy , etles Barrot (il n'est pas même chevalier) tout courts, qui se suffisent à eux-mêmes ; et les Immortels universitaires ou Académiciens Cousin et Yillemain : et tous les rentés sur les pauvres de l'Etat : les Droz et les Mignet, de l'Académie des sciences morcdes; et les Premiers Présidents inamovibles, Portails ; et les Procureurs-généraux éternels,.. Dupin ; et les derniers des Lafayette (Georges), et les premiers de la Piconnerie (Bugeaud) et leurs Socialistes,,, aux Bêtes... : que sont-ils, sinon des Socialistes satisfaits, ou plutôt des socialistes anormaux,
qui ne se contenteraient guère de leurs parts égales dans une curée nouvelle, et qui voudraient, de nouveau, de nouvelles parts de lion !
11 ne faut guère s'étonner de la détermination, de la colère (elle est la plus grande cause du Choléra divin) de ces hommes rassasiés et blasés de noblesse, de fortune, déplaces, et, selon eux , d'honneurs , et qui sait? de gloire ! Ils sentent (car ils n'ont pas l'intelligence de savoir ) : F que leur fin est prédite : Quia dicis : Quod dives siim, etc., Apoc. ÎII, 17 ; IP que leur heure dernière est venue, avec la première du Socialisme; IIP et qu'après tout le Socialisme n'en veut au fond, et ne demandera compte constitutionnellement, qu'à eux.
Mais il est temps de sortir de cette fange d'arguments ad homines, pour nous élever à l'Autorité du Ciel.
Le Christianisme de THomme-Dieu, qui passa 33 années sur la terre à donner, et à faire donner, sans demander, sans possède?' rien jamais; le Christianisme le plus pur, le primitif, n'est pas autre chose, après tout, que le plus parfait des Commimismes, et le secret de toutes les sortes de communismes : le volontaire, le réfléchi.
Et le Fils de Dieu lui-même ne disait-il pas aussi, toujours, et de toutes les façons, dans ses paraboles, et même dans ses plus expresses paroles : « La propriété, c'est comme le vol ? » Seulement il ajoutait (et Proudhon lui-même affirme qu'il ajoute aussi) : La reprise de la propriété prise, est un autre vol. Et voilà pourquoi il voulut naître dans une étable précaire, vivre d'une vie précaire, et mourir ayant un bon larron à sa droite et un mauvais à sa gauclie comme pour enseigner à tout le monde, et à jamais, la presque impossibilité morale de la propriété la mieux acquise. Elle n'est vraiment légitime, elle n'existe même, qu'à la charge incessante, mais toujours volontaire, d'être rendue en détail, et comme appropriée raisonnablement à tout le monde.
Et la Providence, autrement socialiste, et même communiste, que MM. Proudhon et Gabet, s'est comme vengée (*) en trois jours, ou plutôt en un, et même en une heure, et en un mot (celui de Réforme), s'est comme vengée de dix-huit années d'usurpations, de rapines et de vols publics avérés.
(*) Et Elle se réservait dé frapper, le premier dans la seconde Législative (et comme du même coup avec le dernier des Lafayette, devenu royaliste)^ le grand pourfendeur réel du savant Dulon^, et le grand pourfendeur in petto des républicains de tous les pays, et surtout de ces derniers Romains que la royauté et les richesses des successeurs des apôtres nés et morts pauvres a indignés comme nous ; et, si nous osons le dire, comme saint Pierre et saint Paul, et Jésus- Christ lui-même î Le dernier mot public de Bugeaud sur son lit de mort, à ia nouvelle prématurée de la prise de Rome par Its Français, a été un Nunc dimittis serinini tuiwi caricature.
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A ce point, que l'or et même l'argent sont rentrés en trésors dans la terre : que le discrédit est universel dans toutes les -propriétés fictives, et même dans les immobilières, et que tout l'or de la Californie elle-même ne fera que multiplier et mettre à son comble la pauvreté universelle.
Et longtemps avant Victor Hugo etProudhon, tout le monde dans l'Eglise, et surtout les Pères, avaient dit, TOUS, et en toutes lettres : Y Avarice^ c'est Le Vol; et la propriété ellemême, c'est encore cela.
Nous ne cherchons pas, nous prenons, les premiers Pérès et les premiers textes venus.
Et saint Jérôme : « Si tu possèdes quelque chose au delà de ce qui t'est nécessaire pour te nourrir et te vêtir, donne-le, et sache bien que tu le devais : Si plus habes quàm quod tibi ad victum vestitumque necessarium est, illud eroga, et in illo debitricem esse te noveris. (Ad Hedib.)
Et saint Ambroise : « Celui qui ne permet pas quetu dises : Je donnerai demain, comment te permettrait-il de dire : Je ne donnerai pas ? Tu ne fais pas largesse au pauvre de ton bien, mais tu lui rends du sien.,. C'est une dette que tu paies ; c'est une libérahté qu'il te plaît de faire. Aussi l'Ecriture ditelle : « Tourne ton cœur vers le pauvre et paie ta dette ; » et ailleurs : « Le crime est le même de prendre à celui qui a, ou, quand tu peux et que tu abondes, de refuser à l'indigent. Il est aux affamés le pain que tu retiens, à ceux qui sont nus le vêtement que tu enfermes. C'est la rédemption et l'absolution des malheureux cet argent que tu enfouis. Sache donc que tous les biens que tu pourrais communiquer, si tu le voulais, c'est les envahir : Non de tuo largiris pauperi, sedde suoreddis.,, Debitum reddis, non largiris indebitum, vleoque dicit Scriptura : Déclina pauperi animam tuam et debitum tuuni (de Nabut.) Neque enim minus est criminis habenti toUere, quàm, cùm possis et abundes, mdigentibus denegare... Miserorum redemptio est et absolutio pecunia quani tu in terram defodis. Tôt te ergà scias invadere bona quot possis prœstare quod velis. (Serm. 8i. )
Et saint Basile est encore plus formel, dans son de Avaritiâ : En quoi consiste l'avarice? A ne se pas contenter de ce qui doit suffire. Et le péculat? A rapporter à soi seul ce qui est à tous. Et tu n'es pas avare, tu n'es pas coupable de péculat quand tu t'appropries ce que tu as reçu pour en être le dispensateur et le distributeur ? Est-ce qu'on appellera celui qui dérobe un habit im voleur, et si quelqu'un n'a pas vêtu un homme nu, le pouvant, il méritera qu'on cherche quelque autre nom à lui appliquer : Quis, quseso, est avarus? Ille qui eo quod satis esse débet non est contentus. Quis vero peculator ? Ille qui ad se unum transfert quse sin-
gulorum sunt... Non tu peculator, cùm ea quae ad dispensandum distribueudumque receperis tibi propria facis? Num quivestem diripiierit spoiiator nominabitur : qui autern nudum non texerit, modo possit, aller lus cujusdam nominis appellatione dignus eînt ?
Et saint Chrysostôme, dans ses Homélies sur saint Matthieu : « Ce qui est surtout vivre, c'est d'être utile aux autres. Car celui qui vit pour soi seulement, sa vie est une superfétation, et lui-même est superflu : il n'est pas même un homme, il n'est pas de notre espèce. » On es\ coupable de rapine si Ton ne distribue pas une part de ses propriétés. Ce que je vous dis là vous étonne peut-être, mais j'en appelle en témoignage les divines Ecritures, et je vous répète que ce n'est pas seulement à prendre le bien d'autrui, mais encore à ne point partager le vôtre avec autrui, qu'î7 y a rapine et vol et spoliation. C'est ainsi que le Seigneur, accusant les Juifs par son prophète, leur dit : La terre a donné son revenu., et vous n'avez pas payé la dîme : le bien volé du pauvre est dans vos maisons : Vos enim depasti estis vineam, et rapina pauperis in domovestrâ. IsAÏ, III, 4 /i . Parce que, dit- il, vous n'avez pas fait les offrandes accoutumées, vous avez ravi^ ce qui est aupauvre. En parlant de la sorte, il déclare aux riches qu'ils possèdent les biens des pauvres, alors même que ces biens leur seraient venus de l'héritage paternel ou qu'ils auraient amassé de l'argent par d'autres voies, quelles qu'elles puissent être. L'Ecriture dit encore ailleurs : Ne spolie point la vie du pauvre. Or, spolier, c'est enlever le bien d'autrui ; car on dit qu'il y a spoliation, lorsque nous retenons le bien d'autrui, que nous avons reçu. Apprenons donc par là que quand nous n'aurons pas fait l'aumône, nous serons mis au nombre des spoliateurs et punis du même supplice : Siquidem et hoc rapina est non impertiri de tuis facultatibus. . . Testimonium proferam dicens quod nonsolùm rapere aliéna, verùm etiam tua non impertiri cœte7'is et rapina sit et fraudatio et spoliatio,.. Ne spolies vilani pauperis ; qui vero spoliât, aliéna tollit. Nam spolatio quaedam dicitur cùm aliéna accepta detinemus. Propter hoc igitur discamus quod quoties eleemosynam non preestiterimus, paricumhis qui spoliant supplicia afficicmur. »
Et tous les Docteurs de l'Eglise, et tous les moralistes (*), et
{*) Les Economistes iproprement dits (et il yen eut toujours) sont une classe de jTîoralistes à part, qui méritent une mention à part : car, s'interposant entre le clergé sermoneur et les Philosophes libres, ils voulurent essayer, par des moyens humains, la réforme et la motalisation du peuple, que les ecclésiastiques demandaient presque toujours en vain, et que les Philosophes ne croyaient pas possibles. Dans les grandes choses, c'est déjà {^rand que de vouloir. Boisgilbert et Vauban , parvenus d'une pauvre noblesse de Bourgogne , entrèrent les premiers
DANS LE LIEU SAINT
tous les Ascétiques principalement, dans les Ordres les plus relâchés, ne disant, et ne développant pas autre chose, dans leurs Traités de l'Aumône; et tous les Prédicateurs, dans leurs
dans cette carrière ; mais c'était encore en Sully, duc de Rosny, pour demander une dîme royale ; c'est-à-dire , en dernière analyse, le quart du revenu net ! — En sorte que les premiers économistes vrais n'écrivirent qu'au XVIlle siècle , et précisément lorsque les enrichissements des grands, et les appauvrissements, \eï> amortissements et les main-mortes des manants et des attachés à la glèbe , étaient concurremment à leur comble, sous le triple empire des d'Orléans , des Pompadour, et des Voltaire.
Comme le motif et mêm^ le principe étaient bous, ce fut un homme du peuple qui, le premier, s'était tenu comme en (épreuve et en réserve pour être à la tête du nouvel ordre d'Amis de l'humaniié. Le célèbre Quesnay, venu ru monde au plus petit village et dans la plus petite maisonnette de culture des environs de Paris, ne savait pas même iir« à l'âge où Montesquieu et Voltaire avaient fait leur rhétorique chez les Jésuiies de Louis le-Grand. Et le voilà un jour savant naturaliste; écrivain renommé ; appelé à la Cour, premier médecin du Pvoi ; auteur du Gouvernement le plus avantageux au Genre humain ; Chef des Economistes, et jalousé de Montesquieu et de Voltaire; par un rare privilège, cher et glorifié à la ville comme à la Cour durant de longues années; et mourant enfin dans les glorifications des Académies, et même de la haute noblesse. Se survivant après 1789 dans toute une suite d'hommes supérieurs à part qui l'appelaient leur maître. Depuis , et sans excepter l'abbé de Saint-Pierre et J.-J. Pvousseau, Boncerf et Turgot, jusqu'à Mercier de la Piivière et le marquis de Mirabeau, (le premier, dont V Ordre essentiel des sociétés est supérieur à \ Esprit des lois; le second, autant Ami des hommes que le Comte son fils en était l'adversaire (il mourut un jour de j789 , en lisant une lettre de son apostasie); et depuis Dupont de Nemours, l'ex-garcon horloger comme Beaumarchais, qui se consacra aux œuvres de Quesnay, et présida l'Assemblée Constituante , jusqu'à Saint Simon et Fourier, les plus mémorables de tous ; Qberlin , le civilisateur du Ban de la Boche dans les Vosges; Laffon de Ladebat, etc., et MM Delessert (les religieux auteurs du Guide du bonheur {Prières), dç Société de morale chrétienne.
Cependant, PAngleterre elle-même semblait, en économie politique, se mettre à la suite de la France. Le premier et le plus fameux de ses économistes , Adam Smith, venait voir et étudier de prés Quesnay. Et comme à son retour, il donna le branle, qu'il neutralisa bientôt par sa fortune : à ce puissant Priestley, qui, de simple petit marchand, finit par faire aller de front toutes les sciences et tous les soucis du pauvre; à Fraacklin , à Howard , à Rumfort , à Wilberforce , autres hommes du peuple , à aimer le peuple; à Jérèmie Bentham lui-même, qui s'annonça à3in% l'Esquisse d'un Livre en faveur des Pauvres.
Les autres prétendus économistes étrangers ou français sont plutôt les hommes du capital et de V intérêt du riche, que ceux du pain et du vm des travailleurs. La plupart richissimes, et même courtisans. Sortes de Sénèques 2i\x petit pied, composant des traités de la Bienfaisance sur la tyrannie et la ruine publiques: depuis Malthus et Colquhoun , le marquis de Beccaria et le juif Piicardo , et même Robert Owen , jusqu'à nos comtes et pairs Garnier (éditeur et commentateur de la Richesse des nations , c'est-à-dire des Rois et des Pairs); et Rossi , dont le Cours d'économie étdih politique en effet.
Les derniers économisiez royaux, plus nombreux que jamais (les Philosophes et les poètes étant devenus impossibles), les Passy, les Faucher, les Michel Chevalier, les Raybaud , les Wolowski, et même les Say, sont de plus en plus odieux, en présence des économistes populaires : car, en vérité, leur philanthropie semble un commerce comme un autre , et bien moins innocent que n'était celui des Théophilantropes du bon La Réveillère-Lépaux.
Quoi qu'il en soit , tous les économistes ensemble ont , pour les excuser, les
Sermons, à n'en plus finir, sur la Charité, Voyez-en seulement un seul, et du moins suspect, le Bourdaloue de la Compagnie et de la clientelle les plus riches (il a fait jusqu'à sept sermons contre eux) : celui où il justifie, si pleinement et si démonstrativement, ces paroles de saint Jérôme, qui, dites en français, sans son nom, feraient courir sus l'auteur, bien autrement que le La propriété, c'est Le vol l sur Proudhon : « TOUT riche ( et Bourdaloue prouve que tout le monde Fest ) « est ou un homme inique , ou l'hériter d'un homme inique : « Omnis dives, aut Iniquus est, auX hœres Iniqui. »
Nous l'avons déjà dit, il est juste, et à propos ici, de le redire, les seuls ^o/tozm de Port-Royal, unissant, autant que possible, l'austérité et la science, firent peut-être plus de bien en secret parleurs seuls Essais de morale, et leurs opuscules contre Y usure et le commerce, le luxe et les spectacles, que tous les Sermonaires ews^mblo^, se copiant et se répétant à l'envi , de leurs plus célèbres émules 1
Seulement, la grande majorité des ecclésiastiques, et surtout les riches et les Prélats du Clergé, les prédicateurs et les apologistes de l'appauvrissement et de la pauvreté, n'ont pas commencé par accomplir leurs paroles, et par joindre la pratique à la théorie. La plupart des ecclésiastiques dévoués à l'humanité ont plutôt fondé (c'est-à-dire attaché à la terre et à l'argent!) des Ordres religieux, comme pour eux, que des Etablissements de charité pour les autres. Ils ont ensuite plutôt fait fonder, que fondé personnellement (*) ; plutôt imploré
Ecclésiastiques, qui se montreat impuissants à procurer le bien-être du peuple. Le clergé, lui, pour s'excuser, n'a personne, et le Pape-roi , moins que toutautre.
(*) Et ici, comme ailleurs , les enrichis du peuple sont toujours plus généreux; et généreux à temps , que les riches même du grand monde. Un maçon de Rome , appelé, et pour cause, le Papa Jean , a fait à la fin duXVIII^ siècle "tous les honneurs de la charité publique , et a mis comme à ses ordres le cardinal iMichel de Pietro et Pie VI. Et on a vu de nos jours encore à Paris un fondeur, Miche! Brézin , employer jusqu'à 5 millions à rétablissement superbe sous le nom délicat à! Hospice de la Reconnaissance, (le qu'on donne aux pauvres est en effet comme ce qu'on donne à ses père et mère, on ne fait guère que le leur rendre.— Michel Boulard , tapissier enrichi de Paris, a fait un testament aussi sublime que celui de Monthyon est vain. (Et , pour faire voir et admirer la secrète supériorité de renrichissement de ce qu'il y a de plus vil dans le peuple sur ce qu'il y a déplus princier, Mijours^ de Brives, donnant à sa ville l'opulente succession du fameux maréchal Brune; et jus^qu'à l'héritier de la Feiichêres des d'Orléans, se dépouillant entre vifs , en faveur des pauvres de Paris et de Nismes, d'une plus énorme, et plus criante, et plus sanglante encore, succession). — Pluséminents encore, Etienne Girard , enfant pauvre de Bordeaux, né borgne (et de l'œil droir) embarqué mousse à 14 ans en 1764, pour l'Amérique, où il mourut en 1830, nonagénaire. Jacques Cœur nouveau, plus que Jacques Cœur, négociant et marin, armateur modèle, arrivé sans le savoir, et sans le vouloir, à une fortune plus que royale de 75,000,000, n'en laissa que le 75^ à sa famille ! — Son compatriote, enrichi comme receveur général , banquier et conseiller du Roi, le fameux Beau-
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OU sollicité, que donné. Lorsqu'ils ont donné, ou fait donner, ça été, le plus souvent, à la mort, et par testament, lorsqu'on ne pouvait plus garder. On appelait cela, ce qui n'était pas vrai : Faù^e son Ame héritière. C'est là l'histoire de toute la Bienfaisance ancienne, et surtout de la moderne ; et de toute
la Chrétienté et de toute l'Italie, comme de la France Les
Odescalchi, les plus riches Cardinaux et Princes de Rome ; les Shrewsbury, les premiers et les plus riches Comtes d'Angleterre ; les Penthièvre, même de Paris, ont fait, ou font encore, nous le savons , des dons et des constructions catholiques grandioses; mais elles sont, la plupart, en pure perte : car, plus elles semblent énormes , et plus elles font croire à des opulences intérieures infiniment plus énormes encore; et. en définitive, les vertueux Penthièvre aboutissent aux brigands Egalité, leurs gendres !
Les charités des derniers grands seigneurs du jour se réduisent aujourd'hui aux Caisses d'Epargne, apauvrissantes des pauvres, des Larochefoucauld Liancourt; et aux humiliantes Salles d'Asile, de nos Marquis de Salon.
Les objections, ici^ comme en toute matière, ne sont que des preuves transformées delà vérité. « Jugez, dit-on, des socialistes, de leur impuissance, de leur danger par eux-mêmes : ils sont divisés déjà ; ils se diffament même. » Je ne sache pas de plus grande preuve de leur bonne foi, et même de leur victoire. Leurs adversaires, leurs ennemis, quelques-uns ou quelquefois implacables, et la majorité du Clergé avec eux, et à leur tête, n'en sont guère là. Voyez, tout rivaux, tout exclusifs, tout haineux qu'ils senties uns des autres, voyez comme ils s'entendent {*) et sont co?wpèr^^ ! contre ce qu'ils croient
jon., lui avait comme frayé le chemin dans la fondation de l'Hospice de son nom et de la maison pour l'Education chrétienne des enfants pauvres. — Et, dans l'ordre clérical , c'est le fils d'un pauvre cultivateur de village , nommé 5ras , Gottolengo enfin, qui a conçu et exécuté, presque seul, à Turin, l'Hospice modèle, €t que tous les philanthropes vont étudier, au titre de Petite maison de la Providence. Ge que Cottolengo afaiten Piémont, l'aussi simple, l'aussi pauvre , Triesf, surnommé le Vincent de Paul Belge, l'a fait à Gand , dans tous les Pays-B î$, et sur tout le Rhin.— Cependant, un brasseur de Namur, élevait le Beau Collège de la Paix.
Dans le fait, il y a un beau Livre à faire, le plus utile aux mœurs des grands, encore mieux qu'à celles du Peuple, et seul digne de tous les milions Mon ihyon : c'est le livre qu'on pourrait intituler : Les grandes f^ertus des petits à l'usajje de5 grands. Ce serait la Morale en action par excellence. Le sage et modeste Bérenger, de Lyon , le contraire de celui de la Drôme , et de celui de Passy, n'a fait que le commencer en '1787, dans son Peuple instruit par ses vertus.
C) Et même vous voyez tous les conservateurs divisés aussitôt <iixunis. A ce point, que le chef de l'une de leurs fractions , la seule même qui ait quelque peu d'importance , et d'mlluence , car elle est quelque peu religieuse et innocente. M. de Lourdoueix, appelle tous les jours cette union : (Jâchis , dans sa Gazette de F?v.nce , journal de l'appel au iJoi, sous le titre imposteur a Appel au Peuple ;
l'ennemi commun ! Si le 10* seulement des républicains socialistes (ils sont, dans le fait, 80 peut être sur 1 00 électeurs), s'entendaient, on ne trouverait plus seulement un Royaliste, et encore moins un Prétendant, qui s'avouât !
Lorsqu'on parle de V impossibilité àM socialisme, et qu'on se console ou s'étourdit avec elle, on se refuse encore mieux à l'évidence: caries meneurs, c'est-à-dire les menés du peuple^ et ceux mêmes de la noblesse et de la royauté, ont fait des choses bien autrement difficiles que la terreur et la révolution de la propriété. Ils ont fait la Terreur et la Révolution de la vie. Et ils y avaient préludé même avant, comme ils l'ont couronnée après, par l'abolition générale des fonctions les plus enrichissantes et les plus inamovibles; par la confiscation des plus grandes et des plus sacrées propriétés civiles : les politiques et les religieuses. En sorte que les premiers pas, les pas de géant, sont faits, sont accomplis depuis plus d'un demisiècle, dans le socialisme. Ils ont même été confirmés, tour à tour, parles constitutions des empereurs, par les chartes individuelles des rois, par les saintes -alliances des souverains, par les concordats des Papes. Et ils ont été rendus plus sûrs, et leurs suivants plus faciles, par la seule loi et le seul fait qu'on leur ait opposés : \ Indemnité des émigrés; car, là , ou nulle part, iapropriété^ c'était le vol; et le vol, avec toutes les circonstances aggravantes : la qualité des voleurs, convaincus du crime de lâcheté et de fuite, si ce n'est celui de perfidie : leur arbitraire, dans la prétention et dans la répartition ; leur vengeance; la qualité et la quantité à la fois, l'universalité même des victimes: toutes, et surtout les pauvres, innocentes, et la plupart peut-être déjà victimes elles-mêmes, directement et indirectement, des premières expropriations.
Le premier effet de l'inique indemnité des émigrés... coupables, et de l'indemnité du plus Criminel des émigrés, encore plus que des cumuls universels, autres propriétés volées, a été la révolution de 1830, en faveur de ce Criminel ; le second effet de cette indemnité, en même temps que des cumuls, fut la révolution de 1848-50, contre les deux dynasties compères ou complices; leur dernier effet, leur accomplissement final, si on ne sait le prévenir, sera évidemment une République telle, qu'elle n'aura plus rien à redouter jamais d'aucune sorte de roi ; un changement même, un renouvellement de la propriété, tels, que les anciens tribuns des anciens peuples n'en avaient pas même la pensée. La loi agraire catholique aura lieu enfin, de gré ou de force, constitutionnellement ou mili-
et qu'en définitive ce bon homme et ce mauvais journal se font déplus en plu> socialistes : à ce point encore, qu'ils disent, dans leur numéro du 4 janvier : « ï^es Vendéens, à la vue des blancs devepant bleus , se font roujjes »
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tairement, en ce siècle, précisément parce qu'elle a été demandée et manquée dans tous les siècles. Elle s'accomplira, par le Christianisme nouveau ou renouvelé (il nous faut du nouveau, n'en fût-il plus au monde), mille fois plus naturellement, et plus facilement, que ne s'est accomplie dans les pre^ miers siècles , par le Christianisme enfant , l'expropriation païenne ou romaine universelle. Et l'on verra enfin ce qui ne s'est jamais vu, précisément parce qu'on ne l'aura vujamais.
« Les Socialistes, après tout, eu égard à l'immensité des propriétaireset desamis de l'o^^^re existants, sont, dit-on, en petit nombre, et le suffrage universel l'a prouvé à plusieurs reprises? » Ils devaient, en effet, comme tous les réformateurs, comme toutes les sortes de protestants, bons et mauvais, commencer par paraître, et même par être, enpetit nombre. Saint Jean-Baptiste fut d'abord puis, saint Pierre ; puis, saint Etienne; puis, saint Paul. — Et, de leur côté aussi, pour ne parler que des derniers temps, ont paru seuls, tour à tour, et dans un ordre logique parfait : le Luther, des prêtres; le Bayle, des laïques; le Voltaire, des grands; le Rousseau, des petits; le Robespierre, des révolutionnaires; le Bonaparte, des Réacteurs populaires; et enfin le Louis XVIII, des Réacteurs aristocrates. — Le Socialisme , comme toutes les grandes choses, bonnes ou mauvaises, ne saurait avoir de grands commencements visibles. Il en est de lui, comme de l'heure : on ne la voitpas incessamment marcher, on l'entend sonner. Et déjà il a sonné. Sa voix, populaire, et même aristocratique a tonné son tonnerre, plus d'une fois depuis février 48Zi8, sur la place même de ses exécutions, en présence de Lamartine lui-même, qui a dit: « La propriété, c'est Dieu, « et qui a fait chorus avec lui ! — Et depuis, la majorité, la grande majorité des journaux , seuls puissances, seuls Rois des Rois, seuls esclaves des peuples, se sont faits, ou plutôt se sont constatés Socialistes ; concurremment, et même à la suite de la Réforme, de la Démocratie, de la Voix du Peuple, de la République .-le Couriner ,\d. Liberté et le ISa^ tional, d'abord; puis, le Siècle et V Ordre; puis VEvénemenl et la Presse ; et enfin le Crédit et le Pays. Et le Constitutionnel &q Sue, Vd Gazette de France elle-même et VUnivers (*) sont prêts. Restent arriérés, modérés, pâles, craintifs, c'est-àdire Socialistes par excellence, les Débats et le Dix Décembre.
A ce train, comment le socialisme religieux et raisonnable ne triompherait>-il point ? Il a pour lui les prolétaires et les pauvres, qui sont en majorité de têtes, en monopoles de
(*) Veuilloi, fils d'un tonnelier de Tonnerre, comme Cabetd'un de Dijon , eî Proudhon d'un de Besançon , est un Socialiste aussi de'terminé qu'eux. Seulement, il est contenu par les Pliarisiens , et ses confrères sont libre?.
bras sur la terre ; les bons pauvres , parce qu ils ont la crainte de Dieu ; les mauvais, parce qu'ils en ont le sens intime. — Il a pour lui, aussi bien que Fabolition de la propriété du Prêtre, a pour elle, nous le verrons à part, les plus grands hommes, les plus habiles logiciens, et les plus profonds théologiens de l'Eglise, dans toute la suite des siècles. — Il a pour lui les enfants qui viennent, et les Rois qui s'en vont. — lia pour lui DIEU, car il a, contre, le Pape-Roi! Et voilà le secret du fait actuel le seul mémorable et le plus naturel : Proudhon, à la fois Peuple et Roi , Dieu et Diable; trônant... à la Conciergerie, ayant à ses ordres, au nom et à la Voix du Peuple, tous les procureurs généraux et tous les premiers présidents.
Quoiqu'il en soit, et en résumé, et en conclusion, le So-cialisme, bien compris, et réduit d'abord à la seule répartition sage des seules richesses annuelles du trésor, et des seules places vulgaires du gouvernement ; et surtout à la diminution, de moitié au moins, de tous les salaires et de toutes les pensions, est une nécessité, et la plus grande nécessité, de l'époque. C'est la condition sine quel non de l'ajournement indéfini d'une crise immense. Et cette condition est encore plus facile qu'impérieuse : elle ne dépend, en eifet, que d'UN HOMME ; et cet homme , c'est Pie IX ; — et d'UN MOT, et ce mot, c'est: « Je ne suis plus Roi ! cdiV, à ce mot, sans réplique ( et INFAILLIBLE celui-là !), tous les Clergés de la chrétienté, éprouvant une révolution en eux, feraient des restaurations autour d'eux.
Mais l'unique mot ne sera pas dit sans doute : car il faudrait que l'Homme unique et \QRoi des Rois du jour, au lieu de laisser mettre à \ index le livre de la Gj^ande Apostasie dans le Lieu Sainte s'en fît peut-être un Evangile, ainsi qu'il est dit dans Y Apocalypse de saint Jean; et le mît à l'ordre universel du jour, par une dernière Encyclique qui effacerait toutes les autres... Et c'est dans cette prévision terrible que nous avons publié « la Feuille Prophétique du Triomphe du Socialisme parles hommes d'Etat mêmes qui, après en avoir invoqué le Principe à leur profit contre les Rois en 1848, dans le Suffrage universel, et en le proclamant comme article premier dans leur Constitution (et les trois dynastiques divers eux-mêmes en sont là dans leurs prétentions) , s'arrogent d'en arrêter les conséquences, à leur profit toujours. »
Et depuis, dans ÏAlmanach de Dieu, « seul prophétique et perpétuel, » (publié, et pour cause, à un petit nombre, pour 1849, et qui paraît en ce moment pour 4 850 ) : « Toutes les choses fameuses qui ont été demandées, criées, ressassées en France, de 1750 par exemple jusqu'en 4 850^ ont fini par triompher, et surtout de leurs défaites apparentes : — la Liberté de la presse ; — la Publicité de$ débais judiciaires, etc. ;
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— le Gouvernement représentatif ; — la Révolution ; — la Réforme ; — le Suffrage universel; — l'abolition de la Mor^t,
« LeSocialisme, et jusqu'au ^ommwwwm^, auront lieuenleur temps. — D'autant plus sûrs, qu'ils sont plus mal comprimés.
« L'Apocalypse elle-même, et surtout, l'annonce formellement comme Viiltimatum matériel de la colère de Dieu contre les égoïstes (et la plupart des pauvres propriétaires sont cela ) ; et il l'annonce, et précisément à l'âge où nous sommes, sous le nom, si propre, du plus grand tremblement de terre qui aura été jamais : Et terrcB motus factus est magnus, qualis nunqiiam fuit, xxi, \ 8.
« Et pourquoi le droit de propriété, celui surtout de donation, de testament, et de succession seront-ils châtiés ? parce qu'au lieu de se dévouer à la mort, et surtout durant la vie, à la propagation et à la glorification du très-petit nonibre, d'abord des génies vrais et des LIVRES CONVERTISSANTS, et puis des VERTUS CONVERTISSANTES, tous les propriétaires à l'envi se seront complu à se glorifier et même à s'enrichir encore, eux d'abord ; et, à leur défaut, leurs parents, le plus souvent trop riches déjà, et les plus indifférents à la gloire de Dieu.
« Pourquoi, en un dernier mot, Impropriété ser'à-i-eWe de plus en plus châtiée? parce que nos hommes qui sont les plus représentatifs de tous les autres, ne représentent guère que leur cupidité. M. de Lamartine, par exemple, a fini sa session de 18Zi8 par la mise de la propriété k la place même de... Dieu. lia dit, en effet, à l'assemblée, dans son discours de résurrection du 6 septembre, comme faisant suite au bilan de sa fortune dans les Trois mois de pouvoir (il est vrai que ce fut aux rimieurs prolongées de l'Assemblée elle-même 1) : « Oui^ j'Adore la Propriété. » — Ce que le Sauveur avait prédit, en saint Luc, xvi, 13. »
11 arrivera donc, comme nous l'avons ajouté, il arrivera le tremblement du soi,. . de l'Etat lui-même ! « Il est infaillible, si on ne le prévient point par le moyen que nous avons dit. Et voici l'inviDcible logique de son aiinoiice et de sa venue : — La propriété immobilière, et par conséquent la mobilière la plus grande (à plus forte raison la petite) décroissant de valeur et de produit de crise en crise, doit se trouver bientôt impuissante, même matériellement, à payer l'impôt croissant, au contraire, toujours. — Et TEtat, sans l'impôt libre, et surtout avec Y impôt forcé, ne saurait jamais que faire banqueroute. — Il est représenté aujourd'hui, en grande partie, à l'Assemblée, parles plus odieux des parvenus, ceux qui étaient riches déjà. — Il n'aurait, pour exiger, que la force (qui lui échappe de plus en plus, et qui le rend odieux) de l'Armée, née pauvre^ et de la Garde Nationale, née eu-
pide, et frappée à la fois par l'impôt et par la crise commerciale.
« L'Etat, le plus riche en apparence, n'est pas autre chose, après tout, que le plus pauvre des Banquiers : car il n'est ri* che que de la foi qu'il inspire. Plus il est ancien, plus il est cru. Plus il est nouveau, plus il a d'incrédules, surtout dans ses flatteurs. Il est jalousé, il est haï, il est menacé par ses anciens amis, encore plus que par ses adversaires. — MM. Ganneron, Gouin, etc., eux-mêmes, qui n'avaient que des amis et des croyants, n'y ont pas tenu un mois !
« Plus l'embarras du Trésor est ajourné, plus il est sûr... »
Et le Glergé de France, en général, à l'état d'Apostasie, ou de Sommeil et d'/n^e're7 temporel,., qu'il croit désintéressé peut-être, ne sera que la première victime de la ruine qu'il n'aura pas su prévenir.
Deux seuls de ses membres mémorables, Lamennais et Ghantôme, ont cherché à concilier le christianisme et le socialisme. Et voilà les Eveques, les Archevêques et le Pape, et les Saints-Offices, aux petits et aux grands pieds, qui fulminant indistinctement contre eux.