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L'anlorité des plus Grands Hommes de Dieu

Et nos tantam hahentes impositam nubem Testmm. Uebr. xii, 1.

Si, au fond, la Royauté, et la simple P r opiné té , était nécessaire, ou seulement utile (elle n'est, nous l'avons vu, que funestej pour enseigner la vérité du dogme de l'existence de Dieu et de la Trinité de Dieu, et du devoir, pour se sauver et sauver les autres, de vivre olDéissant, pauvre et bon à ses ennemis (car ils sont à l'état de péché) encore mieux qu'à ses amis (tout le reste de la Théologie n'est que le verbiage du Pape et du Prêtre riche et empêtré), il faudrait aller jusqu'à nier, tour à tour, ou ensemble, tous les Prophètes sans exception, grands et petits, du peuple de Dieu, lesquels furent tous à peine couverts d'un pauvre et unique manteau. Depuis Elieet Elisée, Isaïe et Jérémie (ceux d'entre eux qui étaient princes ou Rois cessaient de l'être), Malachie et saint Jean- Baptiste, jusqu'à FHomme-Dieu, et saint Pierre et saint Paul, qui n'avaient pas même sur eux (l'ayant dans eux) la prajanVfe d'une copie de \ Evangile, que nous avons aujourd'hui dorés, et encore inconnus, sur nos cheminées...

Il faudrait nier, entre mille autres, ces paroles du juif Jérémie aux Rois juifs de son temps, infiniment moins obligés que les Prophètes et les Rois chrétiens du nôtre : « Leurs Maisons passeront à des étrangers, parce que, depuis le plus petit jusqu'au plus grand, tous s'étudient à satisfaire LEUR AVARICE ; et que, depuis le Prophète jusqu'au Prêtre, toi(^ ne pensent qu'à tromper : A Prophetâ usque ad sacerdotem cuncti faciunt dolum.

Il faudrait nier, entre des millions d'autres , et les cent milliers de martyrs des deux premiers siècles, un grand nom,-

bre riches, qui, à la première lecture de rEvangile prolétaire, abandonnèrent leurs terres, comme nous ne ferions pas nos manteaux ; — et les nombreux Solitaires de la Thébaïde des Crésus et de l'Egypte des Pharaons : comme saint Antoine-le-Grand, qui était grand propriétaire ; et Arsène, grand seigneur du temps ; — et tous les Pères , et tous les Docteurs, et tous les Evêques des 10 premiers siècles (la plupart nobles, consuls ou riches se dépossédant) , qui préféraient le petit malheur de n'avoir pas à donner un sou ou un vêtement à un pauvre, au grand malheur d'être embarrassés ou tentés eux-mêmes; — et les hommes, plus grands encore du moyen âge, et qui représentent tout un grand monde de riches pauvres : saint François d'Assise ; saint Dominique ; le cardinal Conrad, des ducs de Thuringe, abbé de Cîteaux (il refusa la tiare au lieu où Godefroy de Bouillon affronta la couronne), qui faisaient et ne violèrent jamais le Vœu de la pauvreté la plus absolue. Comme pour suspendre Faction délétère de leurs terribles et enrichis contemporains : Hildebrand , à Rome ; Michel Cerularius, à Constantinople ; Guillaume-le-Conquérant, à Londres ; Godefroy de Bouillon, à Jérusalem; et jusqu'à Gengis-Kan, dans la Tartarie.

Il faudrait nier saint Bernard, qui fut si puissant dans la Bourgogne, et bientôt, et de son vivant raême, dans la France, dans l'Allemagne, dans l'Espagne, dans Tltalie, à Rome, et surtout à Bome ; et qui ne fut puissant, sur les peuples d'abord , et puis sur les rois, que parce qu'il avait été avant tout puissant sur et contre lui-même, eo renonçant aux grandeurs et aux richesses mondaines dans lesquelles et au-dessus desquelles il était né !

Entre toutes les Missions, entre toutes les royautés, il préféra celle de prêcher, surtout en la pratiquant, même dans le monde, Y indépendance du sol et du monde ; à la prêcher aux Bois, et surtout aux Ecclésiastiques de son temps. Ce fut son fé^ee /ij?*? en gouvernement, comme... Marie son idée féconde en Religion. ïl l'a dans tous ses traités ex professo : dans son traité des Choses considérables, au Pape Eugène ; — dans son traité des Mœurs et des Devoirs des Evêques ; — dans son traité de la vie des Clercs ; — dans son traité de la Conversion du Clergé; — dans son traité des Préceptes et de la Dispense ; — et jusque dans son traité des Degrés de l'Orgueil... Saint Bernard avait horreur du luxe, même dans le sanctuaire, lorsque les pauvres sont nus ou ont faim : Clamant nudi ! clamant famelici ! înous perdons les pauvres, nous nous perdons nous-mêmes : Dùm et vos vanitando peritis^ et nos spoliando perimitis. — Je dis comme saint Paul : Que le Prêtre vive de l'autel; mais, comme dit aussi l'apôtre, qu'il vive content; qu'il vive, lui, mais pas son Orgueil. Nonsuperbiat, non luxu-

DANS LE LIEU SAINT

rietiir, non ditetur ; — qu'il ne bâtisse point de palais; qu'il ne change point ce qui est carré en rond; qu'il n élève point ses parents, ne marie point ses nièces : Non extoiiat de facultatibusEcclesiœ consanguineos siios, cuit nepotes nuptid tradat. — La vertu du Clergé est autant diminuée que le Clergé est plus nombreux. On court aux ordres sacrés, qui font trembler les anges, etc. Eihil minus apparet decessisse meriti quàm numeri accessîsse, Curritur passim ad sacros Ordiîies, etc. — Mais c'est surtout dans sa Considération à Eugène que saint Bernard manifeste son horreur de la politique ou des affaires du monde proprement dites ; traitant, dans le 1^' chap. des trop grandes occupations du Pape; au suivant, de La honteuse servitude aux Pontifes de souffrir que les lois de Justinien soient plus souvent citées au palais que celles de Dieu; — Que la puis^ sance de juger na pas été donnée aux Apôtres ; — Que les premiers Papes dédaignaient les affaires du siècle; — Que, suivant l'exemple de J.-C, il faut châtier les avocats , etc. — Quelle est la charge des Princes de l'Eglise"? (« Il vous faut, dit-il au Pape^ un sarcloir, et non Pas un Sceptre ))). — « Ce que j'ai, dit saint Pierre, je te le donne, » et quoi? et il ajoute : « Je nai ni or, ni argent » (Act. III i. — « Vous serez compris dans ceux dont Dieu se plaint, en disant : « Ces gens-là ont régné, mais ce n'est point par mon ordre; ils ont été Princes, et je ne les ai pas connus : Ipsi regnaverunt, et non ex me \ principes extilerunt, et non cognovi (Osée. YiII) ; — Que les Pasteurs de l'Eglise n'ont pas été établis pour faire leurs affaires, mais le salut des autres ; — Des Mœurs du clergé et du Peuple romain. (« Il n'y a rien de si connu par l'Histoire que l'arrogance, l'orgueil et l'implacabilité des Romains; voilà la plaie, C'EST A VOUS d'y mettre ordre. ») — De la maison du Pape. (« Ne vous en occupez pas plus que si elle vous était étrangère... Est-il rien de plus honteux à un Prêtre que de s'attacher au ménage, et de connaître son bien? Souffrez plutôt, dit l'Apôtre (I Cor. vi, 7) qu'on vous trompe. « — Et enfin : « Comme Dieu récompense toujours les bonnes œuvres par sa bonté, et punit les crimes par sa justice » (selon ces paroles de Dieu, dans les Actes, chap. IX : Tu te fais mal en regimbant contre Y éperon (*). « Ce n'est pas l'Eperon qui se fait du mal. »)

(*) Comme, à ce mot , saint Bernard s'élèverait, de nos jours , contre le malheur (car il ne s'agit jamais de ridiaile en matière de religion) de l'Ordre de l'^"peron à'or : les damiers noms qui devaient venir à la pensée, même d'un Miiletier du Pape^ pour fonder une réc ompense religieuse , et qui ne flétrit plus aussi, de nos jours , à Paris du moins , que les hommes de lettres ou de paille , et les Boutiquiers reUgie.ux. UOvà^e Aq St-Grécjoire-le'Grand , éishli \^o\.\x: remplacer V Eperon, en est déjà là , et ne pique pas même les ânes qui le portent à Paris !... Le Saint-Père me pardonnera bien ; saint d^Aviau , de Bordeaux, a bien dit, à

Et voilà pourquoi l'Eglise romaine, qui ne se trompe, et ne trompe pas dans le caractère et la valeur de ses saints, a donné à saint Bernard, dans son Office solennel, les paroles que le grand Malachie, dont il avait aimé l'esprit à Clairvaux, disait aux conducteurs infidèles du Peuple même de Dieu : « La Sainte Table est souillée , et V offrande, et le feu: Mensa Domini contaminata est ; et quod swperponitur, cum igne, » — « Voici, ô Prêtres, ce que j'ai ordre de vous dire, de la part du Dieu des Armées (notez ici le mot) : Si vous ne voulez pas mettre sur votre cœm^ (y esprit n'est pas assez) de rendre gloire à mon Nom, j'enverrai contre vous l'indigence, et je maudirai vos bénédictions : Ait Domimis exercitiium : Mittam in vos egestatem, et maledicam benedictionihiis vestris. — Je vous rejetterai au visage les offrandes impures de vos fêtes, et vous avec elles : Et disperdam super vuUum vestrum stereus solemnilatum vestrarum, et assume t vos secum.

Il faudrait nier le plus grand, le grandissime Pape des premiers siècles (*), ceux de la pauvreté la plus absolue, ou

propos de notre Croix d'Honneur sur la poitrine d'un Prêtre ; Cest un crachat sur une Croix de Jésus-Christ

(*) Il faudrait nier tous les Pères de l'Eglise grecque ou latine, dont le sage Fleury a fait le résumé dans ses Mœurs des Chrétiens

« Ces grands biens des églises étaient entièrement à la disposition des évèques; mais les saints prélats de ce temps-là, bien loin de s'en réjouir, s'en plaignaient , et regrettaient le temps oix les oblations journalières des fidèles étaient suffisantes pour la nourriture des pauvres et des clercs , et pour tous les besoins des églises. Saint Augustin offrit plusieurs fois de rendre les fonds que son église possédait^ mais son peuple ne voulut jamais les recevoir. Saint Jean Chrysostôme fait ce reproche aux chrétiens, que par leur avarice et leur dureté ils ont contraint les évêques de faire aux églises des revenus assurés, de peur que les vierges, les veuves et les autres pauvres ne mourussent de faim, si l'on se fût attendu, comme dans les premiers temps , aux aumônes casuelles. « Il en arrive, dit-il, deux inconvénients. Vous demeurez inutiles , et les prêtres de Dieu s'occupent à ce qui ne leur convient pas. Les évêques sont plus chargés de ces soins que ne seraient des intendants, des économes, des fermiers ; et au lieu de ne penser qu'au salut de vos âmes , ils sont inquiétés tout le jour de ce qui devrait occuper (les receveurs et des trésoriers. Et encore : « Votre inhumanité nous rend ridicules, puisque nous quittons la prière , l'instruction , et le reste de nos saintes occupations, pour être toujours aux mains avec des marchands de vin , de blé, et d'autres denrées; en sorte que l'on nous en fait des surnoms, qui conviendraient mieux à des séculiers. )^ Ils surent bien se débarrasser de ce gouvernement du temporel. Ils s'en déchargèrent d'abord sur les archidiacres, ensuite sur des économes destinés à cette seule fonction ; et pour se soulager dans les affaires même de piété, ils obtinrent que les princes établiraient en chaque ville un défenseur des pauvres: c'étaient des protecteurs et des solliciteurs charitables. Une partie considérable des biens de 1 Eglise fut appliquée à fonder et entretenir àes hôpitaux; car ce fut alors qu'ils commencèrent, i

«... Ce ne fut que dans le treizième siècle qu'arriva le déchet de l'ancienne discipline... La plupart des évêques, depuis le douzième siècle, s'appliquaient peu à la prédication et à l instruction de leur clergé. Ils se laissaient accabler d'affaires temporelles. Les laïques, principalement les Princes, étant entièrement ignorants, ne pouvaient se passer de leur conseil. C'étaient des évêques ou des abbés qui

DANS LE LIEU 5ATXT

plutôt de r/HConnaissance du pouvoir temporeL Ilpréchait jusqu'à vingt-deux Homélies surEzéchiel, à Kome, en 592, pendant que les Lombards faisaient le siège de cette ville ! îi s'applique à lui-même tout ce que le prophète dit des pasteurs indolents et mercenaires, et y déplore amèrement le malheureux état où il se croit être... Par quelques traits de son Histoire, rapportés par un Evêque français (celui de Montauban), on peut juger de sa puissance : « Ayant appris qu'un mendiant était mort au coin d'une rue écartée, on dit qu'il s'abstint plusieurs jours de célébrer les divins mystères, dans la crainte de s'être rendu coupable de négligence à rechercher le nomibre des malheureux)... Les Lombards ayant fait un très-grand nombre de prisonniers, saint Grégoire s'attendrit sur leur sort, et leur procura la liberté, en payant leur rar.çon. Il s'intéressait si vivement à cette bonne œuvre, et la trouvait si conforme à l'esprit de Jésus-Chris t, qu'il engagea les Evèques de Fano et de Messine à y contribuer en vendant les vases sacrés de leurs églises. — Ce fut par une suite de la même charité qu'il travailla à la conversion des hérétiques ; mais il n'employait à leur égard que les voies de la douceur eX de la persuasion. Il écrivit à LEvêque de Xaples de recevoir tous ceux qui voudraient rentrer dans le sein de FEglise. « Je prends sur moi, disait-il, les inconvénients » qui pourraient résulter de leur prompte réconciliation. " Une trop grande sévérité serait préjudiciable au salut de » leurs âmes. »

'< H montra la plus grande modération envers les Juifs et les schismatiques d'Istrie. Pierre, Evêque de Terracine, ayant enlevé aux premiers leur synagogue, il lui ordonna de la leur rendre. C'est qu'il savait qu^les voies de fait ne pouvaient manquer à aigrir les esprits : aussi manda-t-il à Pierre de s'abstenir de toute violence, et de n'employer que les armes delà douceur et de la charité, comme étant les seules qui fussent capables de conquérir les cœurs. Le vif sentiment qu'il avait de ses misères lui faisait souhaiter qu'on l'avertît continuellement de ses fautes. « Je suis prêt, disait-il, à écouter » tous ceux qui voudront bien me reprendre, et je ne compte » parmi mes amis que des personnes assez généreuses pour » m" indiquer les moyens de purifier mon àme de ses souil- » lures. » Il prenait dans ses lettres le titre de serviteur des serviteurs de Dieu, titre qui s'est changé en formule pour tous

étaient les chanceliers et les ministres cCéiat ; \\s étaient les juges de toutes les affaires. Sans en chercher au dehors, leurs seijj;neunes temporelles n'en fouriiissaient que trop. Souvent ils avaient des guerres à soutenir ; il fallait forrifier leurs places , et assembler leurs troupes; il fallait en tout temps de grands équipages, de grosses familles, et de toutes sortes d'officiers. Au milieu de tant doccupaiions, le spirituel, qui devait être le principal , était négligé.»

ses successeurs ; par là il donnait à entendre qu'un supérieur n'est autre chose que le serviteur de ceux dont il doit répondre devant Dieu, »

Saint Grégoire-le~Grand, lui aussi, lui surtout (*), et dans son Pastoral, nie Idipropriété ^ourle prêtre : « Ils doivent donner, dit-il, avec d'autant plus d'humilité qu'ils comprennent mieux que leurs dons sont du biend'autrui ; Et tanlo humiliter prœbeant quanto et aliéna esse intelligimt.,,. En vain se croient-ils innocents ceux qui s'arrogent comme leur bien propre le don que Dieu a fait à tous ; c[ui , ne distribuant pas ce qu'ils ont reçu, poussent leur brigandage jusqu'à faire mourir leur prochain : car ils tuent presque autant d'hommes chaque jour qu'il y a de pauvres qui meurent de faim et dont ils cachent les subsides dans leurs maisons. Lorsque nous servons aux indigents les choses qui leur sont nécessaires , nous leur rendons ce qui est à eux , et nous ne leur donnons pas du nôtre. Nous payons une dette de justice plutôt que nous n'accomplissons une œuvre de charité : Incassum ergô innocentes putant qui commune Dei munus sibi piHvatim vindicant ; qui cùm accepta non tribuunt, in proximorum nece grassantur : qmditot pœnè quotidie perimunt quot morientium pauperum apud se subsidia abscondunt. Nam cùm quaelibet necessaria indigentibus ministramus, sua illis reddimus, non nostra largimur; iusiiiisd de bitum potiùs solvimus quàm misericordiœ opus implemus. »

Et, dans le gouvernement de l'Eglise, saint Grégoire-Ie- Grand était encore plus sévère ici que dans son livre. En voici un exemple rapporté encore par Mgr Doney, de Montauban: « Un de ses moines , nommé Juste , avait amassé trois pièces d'or, et les avait soigneusement cachées : mais il révéla sa faute quand il se vit au lit de la mort. Grégoire , pour punir d'une manière exemplaire cette infraction de la règle qui

(*) Il faudrait nier les plus grands Papes même et les plus célèbres, depuis lexisteiice du pouvoir temporel {par le fait des Papes les pins vulgaires), qui n'ont cessé d'en faire comme abstraction , de l'oublier, et de le faire oublier ; entre autres saint Léon IV; Adrien, élu malgré lui; Eugène III (le disciple bienaimé de snint Bernard); Grégoire X (élu lorsqu'il était en Terre-Sainte par compromis à la persuasion de saint Bonaventure) ; saint Gélestin V; et même înno cent VI à Avignon; Martin V et Nicolas V, connus par la terreur qu'ils eurent à leur élection ; Paul IV, qui chassa les neveux de Borne, et composa un livre sur la correction du clergé : De Emendandà Ecclesiâ; Pie IV, l'oncle du grand saint Charles Borromée, surnommé le Père des Pauvres \ Clément VIII, qui rendit Henri IV à l'Eglise; Innocent XII, qui nommait les pauvres ses neveux; Clément XII, qui leur donnait tout j le dernier des Romains auquel les Romains érigèrent une statue après sa mort , Benoît XIV, qui n'avait àe prétention q\xk la science; et même Pie VI, qui obéissait aux Rois, à la différence de son successeur, répondant à la demande d*abandon des Etats Romains : Je ne puis, je ne dois, Je ne veux.

BANS LE LIEU SAINT

proscrivait l'esprit de propriété, défendit à la communauté de visiter le malade , et d'aller prier autour de lui , comme cela se pratiquait ordinairement ; il ne lui envoya qu'un prêtre pour l'assister, et l'exhorter à la pénitence. Juste dét;esta sa faute , et mourut dans les sentiments de la plus vive componction. Le saint abbé ne s'en tint pas là ; son zèle à maintenir la discipline monastique lui fit faire ce que saint Macaire avait fait dans une semblable circonstance. Il commanda que Juste fût enterré , avec les trois pièces d'or, sous un tas de fumier; mais comme il était mort pénitent , il ne voulut pas qu'il fût privé des prières de l'Eglise , et il ordonna qu'on offrît pour lui le saint sacrifice delà messe durant trente jours consécutifs. On lit dans les ouvrages de saint Grégoire , qu'après la messe du trentième jour, Juste apparut à un des frères , et lui apprit qu'il venait d'être délivré des peines qu'il avait endurées depuis sa mort. »

IL L'autorité da Concile de Trente,

Mais, dira-t-on , le dernier Concile œcuménique , le Concile de Trente, a frappé delà plus grandepeiiie canonique, de V Excommunication , ceux qui porteraient atteinte au pouvoir temporel? ...Et d'abord, c'est un concile : c'est-à-dire , pour un Pape , moins qu'un Pape. Puis , un concile , convoqué par un Pape fait Roi, né prince , et Romain ; faisant son fiis duc de Parme, et son petit-fils époux d'une bâtarde de Charles-Quint et Grand duc de Toscane. Alexandre Farnèse enfin , l'auteur précisément de cette Bulle In cœnâ Domini , de cette Inquisition, et de cette Compagnie qui causèrent, ou , si vous voulez , qui occasionnèrent tant de haines, de maux , d'embarras à l'Eglise et à la chrétienté. Un concile comme permanent, et même partagé et embarrassé , puisqu'il vit mourir jusqu'à six Papes (dont un excommunia le roi de France, et un autre le roi d'Angleterre), et dura près de iO années. (Il ne fallut rien moins que la puissance, toute spirituelle, de saint Charles Borromée pour y mettre un terme.) Ouvert à Trente le \ 3 décembre \ 545 \ il fut transféré à Bologne à cause de la peste , et ne fut clos que sous Pie IV, des Médicis 5 et qui affecta de se faire couronner le jour des Rois (*) !

{*) ... Le jour des iîois / c'est-à-dire , dans l'iaterprétatioa typique par excelknce du christianisme, le jour de l'abdication des rois même ordinaires. On peut considérer les trois Rois mages, venus à' Orient au Midi adorer le Roi des Rois, et le Roi unique, comme le premier noyau du Peuple-Roi. Et ce que la Providence avait commencé par les Mages à Bethléem, elle le confirma par

li n'est pas jusqu'au Pape suivant, tout Pie V qu'il était, et saint qvi 'û fût à d'autres égards, qui n'ait porté malheur au grand Concile , en procédant à son exécution rigoureuse. Il avait commencé par s'appeler le Cardinal Alexandrin, du lieu de son origine plébéienne; et, Dominicain exalté, par être nommé, par le Médicis Paul lY, Inquisiteur Général de la Foi.

Et, comme si ce qu'un Concile a dit ou fait hier (à plus forte raison, il y a 300 ans, c est-à-dire, par le temps qui court, il y a 30 siècles) un Concile, et surtout un Pape, ne pouvait pas le défaire. Bien autres temps, bien autres mœurs!

Quels contrastes, honteux pour les Canons prétendus spirituels et religieux ! mieux vaudraient les foudres de l'atmosphère et les canons du champ de bataille.

Les Constitutions et les Coc/e5 profanes, et même révolutionnaires, nr- nomment q\x inviolables les propriétés les mieux acquises : les plus petites, et la maison, et le champ du Pauvre ! Et les Canons du Concile de Trente appelaient sacrées, et leurs atteintes sacrilèges, les propriétés les plus énormes, les plus équivoques, et les plus condamnées par l'Evangile!... Les Codes n'en punissent l'usurpation, et même le Vol le plus flagrant, que parl'expropriationoul'amendcjamaispar le simple emprisonnement de l'usurpateur. Et les Canons, c'est-àdire les lois les plus douces dulégislateur le plus bén in , auraient encore le droit de le punir par la plus redoutée, par la plus grande des flétrissures imaginées et connues: par la tradition à la honte, et même à l'exécration publiques; et comme parla condamnation de l'âme même, et sa damnation : VExcommunication enfin !

Si la Campagne romaine, si même le Coviiat Venaissin de France, donné au Pape auXP siècle par le comte Raymond de Toulouse , peuvent être appelés sacrés, quel nom donner à V Hostie du Tabernacle? ou seulement au Tombeau de Jésus- Christ à Jérusalem? et à celui de Saint-Pierre à Rome?

Si Bonaparte, qui tenait encore plus à se voir Sacrer par Pie Vil à Paris, qu'à recevoir pour épouse la fille des Empereurs d'Allemagne, et qui n'a été que conquérant et glorieux, aux yeux de Pie VII, son Consécrateur, pour avoir pris tant de couronnes, et les avoir données à ses frères, ou ajoutées aux siennes, a mérité, par une révolution de fortunes et de principes immenses , les foudres du Vatican et l'excommunication, pour en vouloir à un simple état, à un état informe de l'Italie, quels supplices posthumes ne méritait point la personne, et ne mérite encore aujourd'hui la mémoire del'exé-

Constaniin-le-Grand , à Constantinople. Elle ne voulait plus de Piois ^ miis des Sujets seulement , dans les deux cités saintes ' Jérusalem et Rome.

crable Alexandre VI entre autres, que les six Papes du Concile de Trente ont cru devoir respecter ?

Le plus petit défaut et le plus petit malheur de l'excommunication des expropriateurs primitifs , et même des derniers acquéreurs delà plus grande comme de la plus petite partie d'un domaine dont on salit le nom de saint Pierre, sont de n'être pas possibles (*) aux successeurs de saint Pierre et aux possesseurs de C3 domaine : car ils seraient ce que le Sauveur, ce que saint Pierre et saint Paul eux-mêmes n'ont pas voulu, ce quils ont formellement défendu : juges dans leur propre cause.

Et, dans le fait aussi, V excommunication, pareille matière, ne fut jamais sérieuse, mais seulement comminatoire. Et les premiers Papes après les foudroyants, et quelquefois les foudroyants eux-mêmes, se sont hâtés d'être pacificateurs et cléments... ; et, comme a três-logiquement dit le plus savant et le plus autorisé même des derniers canonistes de France, glorifié même, comme Apologiste, dans l'assemblée du Clergé, en 1775, l'abbé Pey, qui traite la question : « Les Dîmes, les Droits féodaux, la Juridiction temporelle étaient déjà perdus pour l'Eglise, et Tousses Biens mis à la disposition de la nation, lorsque les Evêques et tout le Clergé prêtèrent purement et simplement le serment de fidélité à la loi , et qu'ensuite ils n'y ajoutèrent que la réserve des droits spirituels ; ils ne crurent donc pas à l'anathème du Concile de Trente. »

S'il y avait dans le Concile de Trente une excommunication, ce serait celle du Prêtre, et surtout celle de TEvêque et du Pape en tant que prévaricateurs et Rois ; et c'est précisément au chapitre XI de l'autre excommunication et en son premier article, qu elle se trouve : a Si quelque Ecclésiastique (c'est la traduction classique de l'abbé Chanut) ou laïque, de quelque dignité qu'il soit, fût-il même Empereur ou Roi, a

(*) Le cardinal de Lorraine disait à Trente : « C'est nous qui sommes les causes de la tempête. Ce sont nos dérèglements et nos désordres qui allument la colère de Dieu contre l'Eglise.» (V. Fra-Paolo, Hist. du Concile de Trente...)

Et Tanfibassadeur de France, au même concile : « Si Rome ne veut pas revenir de son système de domination et d'oppression , tout le sang qui sera répandu lui sera redemandé. »

En vérité, l'on dirait que le Concile de Trente lui-même ait prévu le moment de l'impossibilité et du danger de son excommunication... Et l'Eglise de Paris eu a fait uu de ses canons :

« Quoique le glaive de l'excommunication soit le nerf de la discipline ecclésiastique» et qu'il soit très-salutaire pour contenir les peuples dans leur devoir • cependant il faut en user sobrement et avec une grande circonspection, puisque l'expérience nous apprend que, si l'on s'en sert témérairement, ou pour des causes légères , elle est alors plus méprisée que redoutée y et contribue plus à ia perte qu'au salut de ceux couti e qui on l'emploie. »

le coour assez rempli d'avarice, qui est la racine de tous les maux, pour oser convertir à son propre usage et usurper par soi-même ou par autrui, etc., qu'il soit soumis à l anatlième ! etc. » — Et le Cijncile, à sa 24^ session : « Tout l'ordre et tout l'état de la famille du Seigneur sera cliancelant, si ce qui est requis dans le reste du corps, ne se rencontre pas dans le Chef. » — « Que le Très-Saint-Père s applique particulièrement à n'admettre au Sacré Collège que des personnes dignes, et à ne commettre aux Eglises que des Pasteurs capables et surtout des gens de bien ; et cela d'autant plus que Notre Seigneur Jésus-Christ lui doit demander COMPTE DU SAJsG DE SES BREBIS qui auront péri par le mauvais Gouvernement des Pasteurs lâches et négligents de leurs devoirs. »

IIL L'autorité de... rindignité des Papes-rois les plus avérés.

Ta regere imperio populos , Romane , mémento. Mœ tihi erunt artes...,. Mheis, VI.

... Recjniim super regnurn. Matth. XIII, 8.

Mais le plus simple coup d'œil sur l'histoire de la royauté pontificale va' sufiire pour renouveler, d'une autre façon, les preuves de toute la malice et de toute l'horreur de cette royauté.

Le Christ va désormais se trouver captif dans ses Vicaires, selon le mot sublime de VEnfer du Dante ;

Nel Vicario suo Cristo esser catto.

Ils l'avaient eu, le Christ, dans leurs âmes, comme en autant ^e Ciels, les trente-trois premiers Papes, qui sont tous martyrs, et qui fondèrent le Christianisme sur le mépris delà propriété, porléjusqu'à celui de la vie.

La Donation de la ville de Rome au Pape par Constantin est fausse, et même criminelle, par cela seul qu'elle fut toujours contestée. Elle appartiendrait, en tout cas, aux deux premiers Papes d'un ordre secondaire, celui qui cessa d'être martyr : Miitiade et Silvestre; celui-ci, qui demeura tranquille et glorieux sur le saint Siège de Rome, comme Constantin sur le trône à coté, et qui eut le malheur de voir pulliUe) et domxiner, par la persécution violente de Constantin, la première et la plus terrible de toutes les hérésies, celle d'Arius Le siècle de Silvestre fut aussi celui du premier Pape compromis dans l'histoire ecclésiastique (Lzôére, le 36^ Pape, mort Tan 3G6) ; et du premier anti-Pape extraordinaire {Félix II)

DANS LE LIEU SAINT

îl est Qui à jamais, le temps des Papes que leurs vertus civiles avaient permis aux Papes de canoniser. Le Vîe siècle tout entier n'offre de vraiment grand que saint Grégoire; et ce fut précisément celui qui fuyait la principauté (jusqu'à se. cacher dans une caverne), comme il aurait fait le Démon. Et le yiP siècle (celui de Théodore I", qui le premier se laissa nommer Souverain Pontife) n'a guère vu canoniser que des Papes d'un ou deux ans de siège, comme Léon II et Benoit II; et il a eu anti-Papes sur anti-Papes, et un long interrègne.

Le VHP siècle, celui de la donation de Pépin (*) à Etienne,

(*) Les rapports fâcheux, et, on peut le dire , sataniques et apostasiques, qu'il va entre les Papes et les Pépins , compères par excellence en usurpations et en royautés^ sont le fait d'histoire, à la fois, le plus important, le plus démontré, et le moins connu... II suffit du président Ilénault pour l'établir, bien qu'il l'ait fait sans se douter de son importance.

Et d'abord, il est remarquable que ce fait immense d'histoire française et italienne, européenne et chréiienne, remplit tout un siècle , le sepiième , car il porte incessamment le nom de six, et aboutit singulièrement à l'an juste 666 !

" Glotaire seul roi des Français (après un siècle entier de divisions de la France en quatre monarchies stupides et cruelles) établit le premier, i'anôlîi, des maires du Palais, qni dans la suite abusèrent de leur autorité jusqu'à usuiper la puissance royale. ^ — « L'an 63i, son fi!s Dagoberi fait un roi des Goths en Espagne, au préjudice du lils du rei légitime.» — " L'an 644, Pépin (dit Yancienjy maire du Palais sous Dagoberl, l est encore sous Sigebert. » — « L'an 646, Grimoald, fils de Pépin, lui succède. j> — « L'an 656, Grimoald-Pépin , ayant répandu le bruit de la mort du Roi , fait proclamer roi son fils (de lui, Fépiyi (*) » — « L'an 679, l'Austrasie craignant de tomber sous la domination d'Ébroiu , maire sous Thierry, ne veut plus reconnaître de rois : Pépin s'en fait déclarer duc. » — w L'an 688 Ebroin est assassine ; Ber taire, dernier maire, fu.i la victime de la révolution arrivie par l'entreprise de Pépin: le duc Pépin d'Héristel s'était empaiéde l'Austrasie en 673, lorsque Dagobert fut assassiné.^ — « L'an 690 , Pépin, ayant défait le roi Thierri , s'empara de toute l'autorité. Pépin continue de régner sous le nom de Glovis III, puis sous le nom de Ghildebert, Pépin fait son petit-fils Théobald maire du palais de Dagobert IH. m — « L'an 714, mort d^ Pépin- Il anéantit la puissance des rois. Tliéodebald , enfant, est maire sous la tutelle de sa mère; laquelle fait arrêter Charles (dit depuis Martel), fils de Pépin

et de la concubine Alpaïde.» « L'an 719, il arrive à Gharies Martel Pépin co

qui était arrivéà Pépin d! Héristel sous Thierri, il défait Chilpéric Je(juel est forcé de le faire son maire c'est-à-dire son roi. — « L'an 725 etc , Charles Martel fait la guerre aux peuples voisins de la France , et les convertit à la religion chrétienne. » — M L'an 740, le Pape Grégoire III lui propose de le soustraire à la domination de l'Empereur, et de le proclamer consul de Rome; c'est la véritable époque de la Grandeur temporelle des Papes. » — « L'an 741 , mort du Pape, de l'empereur, et de Charles Martel !I! »

Ainsi , les Pe^m^ seuls rois , et les pires des rois , les rois hypocrites; et la dernier, leur bâtard, durant tout un siècle , et quasi toute une dynastie ; et dan< la plus importante partie de la chrétienté, la France; seuls puissants aux année> qui précèdent l'an 666 ; seuls, aux suivants. N'ayant pour rival, cette année-ia même, sous Glotaire 111 et Baihilde, que le maire Ebroin, mort assassiné, et qu'ils remplacent !

(*) Les premiers Ps)y;Hî faisaient déjà leurs parents Rois jusqu'ea Italie. Grimoald mo\xv\i\. Pioi des Lombards en 673.

est encore moins heureux. C'est précisément le temps et le fort des premières prétentions royales desPapes^ et des con treprétentions des Rois d'Italie. Gré goire II fit rigoureusement la guerre à Luitprand, roi des Lombards, et au duc de Bénévent; et Grégoire ïlï, son successeur, appela à son secours ce Charles Martel qui sabrait si terriblement, et qui était à la veille de se faire îloi de France. Zacharie, lui, plus heureux que ses successeurs, qui devaient excommunier lesPrinces, est le premier Pape qui s'empressa d'en élire un. Ce fut Pépin, fils de Charles Martel. Etienne III , attaqué comme Roi par le nouveau Roi des Lombards, vint chercher en FranC/e, et sacrer ad hoc, en 75/i, un troisième Roi pour le venger. 11 le vengea en effet, et en deux grandes expéditions, dans le ravage et dans le sang de tous les Etals romains. Tel est le ciment, et ce ne sera pas le dernier, de ce qu'on appelle la donation de l'exarchat de Ravenne , d'Ancône et cle la Romagne proprement dite, au Domaine, déjà existant, de saint Pierre. Le Pape en mourut, on peut le dire, de chagrin, la même année!... Et Paul I", son successeur, qui implora encore les armes de Pépin contre les Lombards et les Grecs à la fois, eut à vaincre un anti-Pape : le huitième. Et Etienne IV, successeur de Paul I*^' , vaincu et maltraité à Rome même, dans sa royauté, par Didier, dernier Roi des Lombards, et puis par Teuton, Moi de Toscane, vit son apostolat lui-même neutralisé, dans Rome même, par un dernier anti-Pape, du nom, devenu fatal, de Constantin.,, Il fallait encore pourtant une terrible invasion, un ravage absolu, et comme une dernière mort de l'Italie, pour assurer en apparence le sacré Domaine, toujours profané. Cela se vità Tavénement d'Adrien P"", d'autant plus naturellement que ce Pape, étant le duc de Rome, paraissait avoir été choisi comme le plus riche et le plus puissant.— A Adrien succède Léon IIÏ, lequel est si violemment attaqué et njéme mutilé le jour même de son élection par la famille d'Adrien, qu'il ne lui faut encore rien moins qu'une invasion de Char-

Cela seulement donné 5 on s'expliqne excellemment (selon qu'il est annoncé encore par D.tniel , et là même (9, 10.).. la célèbre prophétie de Daniel, qui est fei ])ien de notre sujet : u Depuis le temps que le sacrifice perpétuel aura été aboli , et c[ae\ abomination aura été établie dans l'Eglise désolde (ei posita fuerit Abominatio in desolationem) , il se passera 1^0 jours. Heureux celui qui espère ei qui arrive à 1335 ours! » \ %.

Le sacrifice perpétuel ? c'est le xu peiyéluel de pauvreté et de sujétion. — Son abolition? c'<sst le pouvoir temporel; — ['établissement de [abomination dçla désolation? c'est la donation des Pépins aux Papes,

A compter donc de 666 , et si à 6.66

vous ajoutez I l290

Vous arrivez à Tan 21001 ;

Le temps fixe , el l'année même assignée par toute la tradition (ou du moin& h plus i^éoérale) à la Fia des temps!

DANS LE LIEU SAINT. 2ÎB

îemagneen Italie, et jusqu'à Rome, pour le soutenir. A la mort deFEmpereur, les ennemis du Pape se vengèrent par des com« plots contre sa vie. Et à la mort du Pape, qui avait fait exécuter les conjurés, malgré Louis le Débonnaire, les Romains pillèrent tous les châteaux de Texécuteur. C'est le temps de ce qu'on a appelé les fausse.^ Décrétâtes d'Isidore le marchand.

Comme les YIP et VHP siècles de la Papauté prétendante avaient été des temps de guerres civiles et étrangères, les siècles suivants, de la Papauté souveraine, furent des temps de corruption. C'est vers le milieu du IX* siècle, que la Fable (*), plus t>7'ai6? qu'elle ne pense, et soxis le règne de T infâme Benoît III, a placé la Papesse Jeanne ; et que surgirent tour à tour les sckismes^dePhotius et de Michel Cerularius, indignes, mais indignés; les incuTsions des Sarrasins dans toute l'Italie; et les mœurs, et les crimes , pires que les Héaux, d'un Etienne VII, précédé et suivi d'anti-Papes; d'un Serge III, etc. ; de Jean X, XI, XII , etc. Toutes choses qui allaient droit à la confusion de la Papauté avec les Royautés par les élections des Papes dans les Cardinaux puissants; par les Légations et les Concordats; ^^.v \es Saint es^ Alliance s ei\)diV les Croisades; par les 5rtcr^5 et les Excom?mmiV«aa725; mais aussi, et dans les temps où la Papauté semblait puissante, par les saccagements impériaux de l'Italie et Télection armée des Pontifes; et, depuis que la Papauté est affaiblie, par la recherche des Cardinaux et des Prélats, tant qu'on peut, dans les grandes famJlles et dan-s les royales.

C'est alors surtout qu'a .commencé de se réaliser Féclatante et terrible prophétie de la Formcadon avec les Rois de la terre (Et Heges ierrce cum illcl fornicati sunt), de la Grande-3îaîtresse (ifi^r^frta;), qui disait dans son cœur : In corde suo dicit : Sedeo Reg'mcu Apoc. XX (Virgile avait dit : Regina Sacerdos ! )

Ce qui fait ^très-bien dire à Montesquieu, Uv. II, ch. 4, sans savoir pourquoi : « Autant que le pouvoir du Clergé est dangereux dans une République, autant est-il convenable dans une monarchie... »

Autres contrastes :

Comme il y avait eu pour -les ^pes l'âpre d'or et les siècles de gloire et du martyre, il y eut alors les siècles de la honte et de l'assassinat. Chose remarquable, le second siècle, celui des

(*) Et n'étdi«nl-€e donc passes Papesses &i d£S viaraires de Rome que ces Maï'OZiia, et ces Tliéodora, femma d'un roi de Lombardie ou d'un duc de Toscane, qui eyploitaient les affaires de l E^jlise sous les noms de trois Jean successifs X, Xf, XII; celui-ci fait Papeà18an«?

Ces Marozzie furent renouvelées largement par les Cattarina Fanocci d'Alexandre Vî ; et, au beau siècle de Louis XIV encore , par cette Olympia qui rendait tout vénal et criminel sous le nom à Innocent X.

martyrs, n'a pourtant eu que onze Papes; et le XII^, en cela unique, en a eu jusqu'à vingt-quatre !

Les trente premiers Papes se présentent, si on peut le dire, niis^ comme afin de mieux montrer et laisser mieux couler leur sang. Les seconds, tantôt nobles, tantôt ignobles, se contentaiejit de ce qu'ils avaient ou de ce qu'ils recevaient, sans demander rien aux Princes que la liberté. Les derniers seuls, manquant de sainteté, crurent avoir besoin d'éclat. En conséquence, ily eut, au commencement du siècle, comme des dynasties papales, depuis le Pape Landon, en 913, jusqu'à Jean XI et XII; et à la fin c'étaient les Patrices de Rome, qui se faisaient Papes, en concurrence avec les Elus de l'Empereur Othon : une fois son Chancelier, une autre son Précepteur (Silvestre ÎI), une dernière son cousin (Grégoire V).— Alors encore un Patrice romain tout-puissant, un parent de laMarozzia, fils de la Théodora et de Jean X, Crescentius, faisait ou défaisait les Papes- rois, comme l'Empereur. — Habituellement, il y avait les Cardinaux-Neveux, et souvent les Neveux Papes, et quelquefois titulaires. — Au XP siècle, c'est la famille des Tusculum , des ducs de Toscane, qui fut privilégiée. Elle eut trois Papes , frères ou neveux consécutifs. Le dernier fut fait Pape à 12 ans (*). Leurs trois successeurs^

(*) Le premier (Benoît VHI) fulminait des Bulles comme celle-ci à un roi de France, qu'il considérait comme usurpateur des biens du clergé. Elle est reproduite textuellement par le plus célèbre et le plus exact des hiâtoriens modernes, M. Sismonde de Sismondi, dans son Histoire des Français :

« Que les détenteurs etc., soient maudits, flagellés avec les ingrats; qu'ils périssent avec les superbes; qu'ils soient maudits avec les Juifs «^ui, voyant le Seigneur vêtu de chair, n'ont point cru en lui, mais ont tenté de le crucifier; qu'ils soient maudits avec les hérétiques qui veulent renverser l'Eglise de Dieu, t-'îc., etc. qu'ils soient maudits dans les quatre parties du monde; maudits à rOrient, abandonnés à l'Occident, interdits au Septentrion et tranchés par l'excommunication au Midi; qu'ils soient maudits de jour et excommuniés de nuit; maudits dans leurs maisons; excommuniés hors de leurs maisons; maudits lorsqu'ils sont debout et excommuniés lorsqu'ils s'asseyent. Maudits lorsqu'ils boivent, maudits lorsqu'ils mangent; maudits lorsqu'ils dorment, excom* niuniés lorsqu'ils s'éveillent ; maudits lorsqu'ils travaillent, excommuniés lorsqu'ils essaient de se reposer; maudits au printemps, et excommuniés en été ; maudits en automne, excommuniés en hiver; maudits dans le présent et excommuniés dans les siècles futurs; que des étrangers saisissent leurs biens; que leurs femmes aillent en perdition; que leurs enfants périssent par le glaive; que leur nourriture soit maudite; que les restes de leur table soient maudits, et que quiconque en goûtera soit maudit; que le prêtre qui leur offrirait le corps et le sang de Jésus-Christ et qui les visiterait dayts leurs maladies soit maudit et excommunié ; qu'il en soit de même de ceux qui les porteraient à la sépulture ou qui prétendraient les ensevelir; qu'ils soient enfin maudits de toutes les malédictions possibles. »

C'était aussi le temps dont le Cardinal Baronius lui-même , le plus irrécusable ici de tous les Historiens de VEglise , s'écriait;

« Quelle étaitla face de l'EgliseTlomaine ! Comme elle était affreuse! De^femmes perdues , très-p aidantes, aussi bien que très-infâmes, régnaient à Rome. A leur

DANS LE LIEU SAINT. 247

Papes ou anti-Papes concurremment, furent destitués par TEmpereur Henri IIL

De Léon IX (grand d'ailleurs) en 1050, jusqu'à Grégoire VII, qui eut la confiance de cinq Papes, et dont le successeur fut des ducs de Capoue, tous les Papes, hors un, furent de races princières. L'un, des ducs de Bourgogne, Nicolas II, et dont Grégoire VÎI était le premier ministre,... fut le premier qui porta la couronne. C'est aussi, et en conséquence, la date des institutions aristocratiques et de Fhistoire guerroyante : l'élection des Papes parles Cardinaux; les divisions et les multiplications des principautés italiennes ; les donations de la comtesse Matliilde à Hildebrand; les ventes d'Avignon à Clément VI par Jeanne deNaples; les jugements et les condamnations des Rois par les Papes.— C'est encore le temps des Ion-gues Vacances même du Saint-Siège : il y en eut d'une année entière à la mort de Grégoire VII ; de deux ans, à celle de Célestin IV; de trois, à celle de Clément IV, etc., etc. Etdes Anti- Papes, presque aussi nombreux, et quelquefois plus dignes

gré , elles cîiangeaient les sie^ges, donnaient les prëlatures, et (ce qu'oTi ne peut entendre sans étonnement et sans horreur) plaçaient sur le sié^e de saint Pierre J-eurs amants , qui , inscrits au catalogue des Pontifes Piomains , ne servaient qu'à marquer Jes dates. Qui pourrait effectivement dire que ces intrus, élevés au Ponlificat par<:es sortes de femmes, de légitimes Pontifes Romains? Alors U fi était plus mention ni de l'élection , ni du consentement du c\c\-^h ; les Canons étaient ensevelis dans le silence; les décrets des Pontifes étaient étouffés, les traditions anciennes étaient bannies,- les vieilles coutumes d'élire un Souverain Pontife , les cérémonies sacrées , et l'ordre qu'on y observait autrefois ^ étaient <ies choses entièrement éteintes. La luxure s'était ainsi tout approprié^ étant apimyée de la puissance séculière , qui était transport e d'une furieuse passion d;î dominer. Il paraît bien qu'alors Jésus-Christ dormait tout à fait d'un profondsommeil dans le vaisseau, puisque la nacelle était agitée par ces vents impétueux, qui soufdaient. Il dormait , dis-je , puisque, faisant semblant de ne pas voir ces choses, il permettait qu''elles arrivassent , et ne se levait pas pour en tirer vengeance; et ce qu'il y avait encore de plus malheureux , il n'y avait point de Disciples qui réveillassent par leurs cris le Seigneur, qui dormait ainsi. Tous dormaient. Quels à votre avis faut-il penser qu'aient été les prêtres et les diacres cardinaux choisis par ces monstres, puisque c'est une chose naturelle que chacun engendre son semblable? Qui doute qu'ils n'aient consenti à tout ce que faisaient ceux qui les avaient élus, qu'ils ne les aient imités et n'aient suivi leurs traces, et qu'ils n'eussent tous désiré que notre Seigneur eût toujours dormi , qu'd ne se fût jamais levé , pour les juger, ni réveillé pour prendre connaissance de leur mauvaise conduite et les eu punir? »

La peinture des mœurs romaines et italiennes au Xî^ siècle est encore plus effroyable dans les Annales du cardinal Baronius. îl dit que : « Toute chair avait alors corrompu sa voie, de sorte qu'il ne paraissait pas qu'un déluge fût suffisant pour laver €es souillures ; que les horribles péchés qui se commettaient semblaient solliciter le feu de Gomorrhe, qui avait consumé les cinq villes ; que c'est pour cette raison que Pierre Damien, alors erînite du Monî-Avellan en Ombrie, se crut obligé d'avertir Léon IX de tous ces désordres , et de lui dédier un ouvrage intitulé : Gomorrheus , dans lequel il lui représenta les quatre sortes de péchés pharnels dont l'Eglise était comme accablée , le pïianî, qu'avec l'épée de Phinée il transperçât ces hommes infâmes, »

LÀ GRAMDE APOSTASIIE

que les Papes (il y en eut jusqu'à dix au XP siècle , sept au XIP, et quatre sous Grégoire Vil), et notamment ce Guibert, que Guizot nomme V Anti-Pape éternel.

Et les sièges de Rome par les Empereurs; et ses sacs par Robert Guiscard^ pour y ramener Hiidebrand ; et les Vêpres Siciliennes ; et les guerres à mort entre les Guelphes des Palpes et les Gibelins des Rois ; et les Croisades ; et les Inquisitions; et la prise de Constantinople ; et, comme pour châtier tous les fidèles et tous les infidèles à la fois, la langue et la littérature italiennes, corruptrices de toutes les langues et de toutes les littératures; leurs mœurs, violentes ou efféminées; presque tous les règnes des Papes, courts, de quelques années, et souvent de quelques mois (voyez-en seulement treize con, sécutifs de ce genre, depuis Urbain IV, fils d'un cordonnier de Troyes, jusqu'à Benoît XI, fils d'un berger deTrévise) ; et enfin les Papes des soixante-dix ans delà nouvelle Captivité de Babylone, à Avignon.

Quant à Grégoire VII, un mot, entre mille, peut suffire à l'histoire, ou plutôt à la honte éternelle de sa papauté royale. ... Après avoir déposé pour la deuxième fois l'empereur Henri « au nom de saint Pierre et de saint Paul,» il dit à ceux-ci : «Faites maintenant connaître à tout le monde, grands Saints qui êtes nos chefs, que si vous pouvez lier et délier dans le Ciel, vous pouvez aussi sur la terre ôter ou donner les Empires, les Royaumes, les Principautés, les Duchés, les Marquisats, les Comtés, et les Biens de tous les hommes. » — Et nous avons déjà eu l'occasion de faire rapporter par Bossuet lui-même indigné, que Grégoire VII allait jusqu'à dire et écrire Ténormité la plus effroyable qui se puisse jamais imaginer : « Tout Pape canoniquement élu devient meilleur, et tout-à-fait Saint (*), par les mérites de l'apôtre saint Pierre. »

Hiidebrand ne pouvait guère être bon, ni l'héritier de celui qui ne faisait pas plus de bruit que la mèche qui fume encore, lui qui, après avoir été, après s'être avoué la créature de l'Empereur Henri IV, donna sitôt lieu à celui-ci de le faire saisir, à Sainte-Marie-Majeure même, au moment où il disait la Messe à l'Autel; ni guère humble, puisque, fils du charpentier Hiidebrand, et ex-moine de Cluny, il voulait mettre à ses pieds tous les souverains de la Chrétienté; ce qui ne fut que le parfait moyen de rendre anti-chrétienne la Chrétienté. Le plus petit de ses malheurs, si c'en fut un, ce sont les affronts, les guerres, les attentats, les exils au milieu desquels le souverain Pontife vécut, et même mourut : car ce n'est point à Rome

C) L'Eglise a pensé , au contraire, depuis Grégoire VII précisément , que la grande majorité des Papes n'étaient pas saints ; car elle n'en a pas encore canonisé trois.

qu illui fut donné de passer ses dernières années, et de fermer les yeux, mais à Salerne, non loin du Vésuve, lui déjà ; et avec ces paroles qui ne suffiraient point à prouver son repentir et sa sainteté : Oclivi iniqidtatem, proptereà morior in exiiio.

Mais c'est sur la donation de la comtesse Matfeilde à Grégoire VII, qu'il faut nous arrète-r : car elle était à la fois le signe, l'effet ci la cause de tous les autres malheurs, spirituels et tempoirels, de la Chrétienté. Elle est frappée aussi de toutes les inconvenances, de tous les défauts, et même de toutes les nullités à la fois. Selon tous les Droits^ même romains eiccmoniques de V Unix ers, une femme, fut-elle libre, ou veuve et sans enfants, une femme même ordinaire, n'a pas, sans de graves conditions, le pouvoir de transmettre sa fortune. Elle l a bien moins encore selon les mœurs, supérieures aux lois. Si la femme est souveraine, si elle est guerroyante, si elle est jeune, si elle est dévote (la Comtesse de Toscane était tout cela), si elle règne (et elle régnait) au beau milieu de l'Italie^ et au beau milieu des envies, des haines et des guerres de toutes les Républiques d'Italie, ses devoirs de propriétaire, de souveraine, de chrétienne , de fidèle et de catholique sont encore plus étroits.

Si elle donne, si surtout elle s'élève à donner par abnégation, et par zèle de religion , il faut qu elle Donne véritablement,

c'est-à-dire actuellement, et, comme on dit, entre-vifs

Car, si la Religion a besoin un temps, elle a besoin toujours ; et tout de suite. Quel mérite, d'ailleurs, il y a de ne donner, même à vingt ans, que pour après sa mort? C'est, à vrai dire, ne donner jamais. La Comtesse de Toscane^ qui mourut à soixante-seize ans , n'aurait pas mieux demandé que de vivre et de rester Comtesse de Toscane toujours I

Quoi qu'il en soit, il ne paraît pas y avoir eu d'acte de donation : la coutume, en pareil cas, était de placer sur l'Autel une motte de terre.

Si une femme s'arroge de donner , ce doit être à tout le monde, excepté au Pape et à l'Eglise; carlePape, et surtout Grégoire VU, n'en pouvaient déjà plus, étaient comme éreintés des deux souverainetés de Pépin et de Charlemagne. En lui donnant, toutefois, et à lui seul, et tout en doublant et triplant même le prétendu Patrimoine de saint Pierre, .. qui n'eut jamais un pouce de patrimoine, elle ne faisait que tripler ses impuissances , ses embarras , ses passions , ses ennemis et même sa pauvreté; et diminuer ou effacer la présomption de son désintéressement et de sa vertu. Et cela arriva en effet, et se vit, tout de suite. Toutes les audaces, mais aussi tous les malheurs de Grégoire VU datent de la donation, laquelle fut taxée partout de subreption et de fraude dans le donataire; de faiblesse^ d'aveuglement ou de fanatisme, dans

îa donatrice. — Et la comtésse Mathilde n'a pas plutôt fermé les yeux, en 1115, que l'Empereur Henri repasse en Italie et s'empare de tous les Etats qu'elle pensait avoir donnés au Pape, et de Rome elle-même par surcroît, où il fait ou voit proclamer ce qu'il croit un Pape (que d'autres appellent anti- Pape), pour le couronner comme Empereur.

Les guerres de la riche succession Mathilde (*) allaient droit et vite aux guerres mômes des Donations Pepiji. Le seul empereur Frédéric Barberousse fit plus de ravages et causa plus de mal à l'Italie, et par conséquent à la Religion, que ne leur en fit depuis Mahomet II. Et le Pape Alexandre III, qui lui fit tète, et qui se suscita jusqu'à quatre anti-Papes, leur fit plus de mal que Barberousse. Dans le fait, et par l'admirable loi du talion, les héritiers de Grégoire VII, d'Innocent III (**) , de

(*) Mathilde éîait elle aussi, comme Ilildebrand. Cette princesse a été

enterrée dans l'EjjHise du monastère de Poliron , près Manloue : on voit son tombeau dans la chapelle de la Vierge ; elle est représentée achevai, tenant à la main droite une pomme de grenade. Au devant de la grande urne de marbre c^ui sert de piédestal à la statue équestre , est gravé ce distique :

Stirpe , opibiis , forma , gestis , et nomine qiiondam , Inclita MatJiildis, hic jacet astra tenens.

Le psipe Urbain ^V// (le même qui supprima les Jésuitesses , et g'était plu à ajouter le duché cVUrbin à ses Etals, et à nommer, grand poète qu'il t'ijif, le pieinier les cardinaux Eminences) a fait transporter ses os à Saint-Pierre de Rome, où il lui a fait ériger le magnifique monument que l'on y voit aujourd'hui.

Et qu'on ne croie pas que Grégoire VIE soit un Pape exceptionnel. Les meilleurs de tout le Moyen Age, le meilleur des Innocents ^ le Ille, l'auteur d'un De conteniptu Mnndi, et le fondateur des deux grands Ordres mendiants , et que Montalembert aussi a porté aux nues dans son £'i:saZ>e;/i, promulguait des maximes comme les suivantes « Le Pape ne tient pas la place d'un homme, mais d*un iI>ieiL. (C'est vrai de tout homme.) — C'est de moi qu ila été dit dans les prophètes ."Je l'ai établi sur les nations et sur les royaumes, pour déraciner (à commencer par votre royauté), pour renverser, pour détruire et pour planter. — Le Pape porte une couronne à trois étages , pour prouver qu'il est le monarque de 1.1 terre , de Venferei du ciel. L'Eglise , mon épouse , ne s'est point mariée à moi, .sans me rien apporter. Elle m'a donné une dot précieuse et sans prix; savoir : le plein pouvoir sur les choses spirituelles, et Pétendue sur les temporelles. Pour signe des .spirituelles , elle m'a donné la mitre\ei la couronne pour signe des temporelles :1a mitre, pour le sacerdoce; el la couronne, pour le règne; ni'élabiissant vicaire de celui qui porte en sa cuisse et en son vêtement : Le Roi des ilois et le Seigneur des Seigneurs,

» Dieu a fait deux grands luminaires ; l'autorité pontificale et la puissance royale. T^a première est la plus grande. Il y a autant de différence entre les pontifes et les rois, qu'il y en a entre le soleil et la lune, etc , etc. »

Et le fameux roi Jean, surnommé sans Terre ^ et surtout s.ms foi et sans frein, de déclarer ; « Moi Jean, parla grâce de Dieu..„ Nous accordons librement à Dieu , aux saints apôtres Pierreet Paul , à la sainte Eglise romaine, notre mère, à monsieur le Pape Innocent et à ses successeurs catholiques, tout le royaume d'Angleterre et d Irlande , avec tout le droit et toutes les appartenances , pour la rémission de tous nos péchés et de toute notre génération , tant pour ceux qui sont vivams que pour les morts, afin qne dorénavant nous les tenions dudit i'ape , comme second après lui. »

^uci qu'il en soit, le roi Jean sans Terre d'Angleterre, et par conséquent le

DANS LE LIEU SAINT. Î5Î Boniface VIII (*), de Clément V et de Jean XXIî, se virent dépouillés de l'ancien domaine de saint Pierre , et de Rome même, par les Romains, et forcés de chercher un refuge, d'abord, à titre précaire, à Avignon : c'est-à-dire dans le plus aride pays de la France, et peut-être de la Chrétienté.

Il est remarquable , à l'honneur de la Patrie, que ce ne fut pas elle, mais bien un étranger; qui offrit Avignon à l'iniame Clément V ; et que. comme ç'avait été une femme qui avait prétendu donne?- la Toscane, etc., à Hildebi and, au risque de perdre l'Eglise , ce fut encore une femme, et une infâme, Jeanne de Naples, qui vendit, sans en recevoir jamais le prix, ce Comtat au malheureux Clément VI (le patron de cePetrarcjue et de cette Laure qui corrompent encore aujourd'hui la France, l'Italie et la chrétienté) ... et dont les cendres, mêlées à celies de Clément V, furent jetées au vent à la Chaise-Dieu par les hérétiques qui ne pensaient guère a Laure et à Pétrarque 1

Quoiqu'il en soit, la phase des Papes et des Dénions du Midi (Ps. 90) est encore plus fâcheuse que les précédentes. Elle est pleine, elle aussi, de petits ou de grands seigneurs selon le monde. VAlma?îacli roijal de Rome a ie courage d'en glorifier le Saint-Siège à compter du siècle C'^) : depuis ce Bertrand de Gouth ou de Gott (sous le nom de Clément V), dont la maison passait en France pour un fief d'Angleterre, et se posait en ennemi du Roi de France, et en créature de Boniface Yill, jusqu'à ce Pierre Roger, que son oncle, Clém.ent Yl, fit Cardinal à dix-sept ans, et qui fit une guerre odieuse aux Florentins; et ce Robert de Genève, qui, sous le nom de Clément YII, aboutissait à la fois : à Rienzi, l'ami et l'admiré ciu Pétrarque ; à Yiclef, en Angleterre; à Jean Hus et à Jérôme de Prague; et enfin à Pierre de Lune et à Benoît Xlil, lesquels

Pape-roi Innocent qui mirent à feu et à sang la France et rAnj^leierre , moursirerit k mcaïc année, le premier de poison.

C*) La ra'son théoloijique des daix pouvoirs de Boniface était digne d'eux et de lui : c'étaient les deux cpées demiuidérs par le Sauveur ; et la raison de leur appartenance -a saint Pierre , ce mot que lui dit le Sauveur : v< Remettez votre épée dans le fourreau s !

{•') Les Secrétaires d'Etat ôe cet Jlmanach , caricature du royal Je Par i^, font reraonier leur or(i;ueil de roi jus([->;'au saint martyr Calixte /«-'r delta Domizia, de la famille de rho!-rij)le persécuteur Domiiitn • suivi de 6uuit Etienne A'^, de la famille impériale dos Julia etc.... Ht puis , au Xe siècle, les Papes des ducs de Lorena ; des Conti ; des ducs de Carinthie: des fameux comtes cicéroniens de Tusculum', des cousins de V Empereur Conrad : des Seigneurs de Chcctillo7i; des comtes de Fourgonne ; de Gré^joire XI, des comtes de Turenne; et .. d'Innocent II, de la maison papale romame paroéiuelle ; délia famiglia de' Fapi 0 sia de Papereschi .. cJie si reputa essere l' illustre famiglia Mattel, etc.

Seulement, lorsqu'on ariiveauK IJorgia , toni grandiisrriws d Espagne q'\'\ h sont j on met leur nom avili purcmeni et simplement.

neutralisèrent FEglise durant cinquante années 1 C'est alors que Plutarque, de la Cour d'Avignon, disait : « L'or seul y obtient faveur; avec l'or on peut s'y ouvrir le ciel, et y faire vendre Jésus-Christ. »

Les Papes qui semblaient ne revenir à Rome que pour y faire oublier les maux d'Avignon, les recommencent et les empirent. C'est, avec le règne, ou plutôt contre le règne des Papes et Rois, le règne des conciles de Pise, de Constance et de Bâle, etc. ; puis celui des Turcs, à Constantinople ; et enfin ceux d'Alexandre VI et de LéonX à Rome

La tendance dynastique de la royauté pontificale, qui avait |)aru comme suspendue depuis les Papes de la maison de Tusoulum, se montra pire que jamais. Le concile de Bâle la proclama en choisissant un Pape dans les ducs de Savoie. Et puis les Romains eux-mêmes, dégénérés, vaincus, on peut le dire, encore mieux que vengés, à Constantinople, par les Turcs, et tremblants, vont chercher des Papes, précisément, et exclusivement, dans les maisons souveraines, maritimes et militaires, qu'ils croyaient plus capables de faire la guerre pour eux. — Le premier Pape élu, en effet, après la prise de Constantiiiople et la mort de Nicolas V presque concurrente, c'est un Espagnol, le secrétaire même du Roi d'Espagne, le premier des Borgia enfin, et qui précisément ne fut pas plutôt élu, qu'il fit vœu d'une croisade contrôles Turcs. — Son successeur, Pie II, l'auteur mal avisé de la bulle Execrabiiis, avait été tour à tour secrétaire intime du duc de Savoie et de l'Empereur Frédéric. —Paul II, lui, était à la fois neveu d'un Pape (neveu lui-même) (*), et de Venise, l'ennemi éternel et souvent le victorieux des Turcs. — Sixte IV et Innocent VIII, des Rovere et des Cibo, étaient des familles ducales de Gênes, l'autre ennemi et victorieux des ennemis nés des Papes-Rois.

Si nous avions vécu à la mort d'Innocent VIII, au mois de juillet i 492, nous aurions dit, plutôt que prédit, l'élection, à tout prix, de celui qui était à la fois neveu du Pape, grand seigneur d'Espagne, richissime propriétaire princier, Borgia, enfin ; et nous aurions été jusqu'à prédire qu'il prendrait le nom à' Alexandre ; qu'il ferait ses cinq bâtards de la courtisane Cattarina Vanocci Rois ou Reines; qu'il en ferait un Cardinal sous le nom de César ^ et même qu'il serait l'ennemi

(*) C'est lui qu' porta le premier la Tiare étincelante de rubis et de diamants ; et qui ordonna la robe Rouge à tous les cardinaux. Innocent IV ne leur avait prescri( que le chapeau de celte couleur ; et ce fut en France et au concile de Lyon.

Le malheureux Grégoire XVI , si loin de saint Grégoiie-le Grand, serviteur des serviteurs de Dieu, au lieu d'écarter absolument le rouge de l'ordre de son nom, fct d'y placer surtout, sinon le blanc, au moins le vert, ne fût-ce qu'en contraste ■ou en haine de la croix du persécuteur de Pie VI et VII, y fit dominer le rouge, coiXîme pour en f.iir^e et en faire faire en Fr ince la conirefjcon.

DANS LE LIEU SAINT

né du bon Louis XII de France; qu'il donnerait à sa commère Isabelle, V Inquisitrice, le titre de Très-Catholique ; et que finalement il partagerait le Nouvemi Monde en deux, pour lui , Lion, sous les noms des Rois d'Espagne et de Portugal,.... ne se souvenant de Christophe Colomb, qui venait de lui découvrir des monts d'or,.... que pour lui faire ou lui laisser donner les fers.

Voilà beaucoup du mal de la Papauté-reine et dynastique, voici mieux encore. Elle était, après tout, étrangère; il s'agissait de la rendre Italienne. Elle n'était que libertine et audacieuse ; il fallait la faire d'abord guerrière , et enfin artistique et efféminée. Et. toujours sans cesser d'être dynastique ou népotique. C'est alors qu'on ne voit plus et qu'il ne s'agit plus d'antipapes (le dernier est Félix V, duc de Savoie, au milieu juste du XY^ siècle). Ils supposaient une lutte en efifet du bien (*) contre le mal , de la pauvreté contre la propriété , et marquaient les moins mauvais temps de l'Eglise, après celui des Papes martyrs ou saints.

Tous les Papes, à une seule exception près, depuis l'Espagnol Borgia jusqu'à Pie IX, c'est-à-dire,.... ce qui n'a jamais

été assez remarqué, sont Italiens f*).Et pas un seul ne

put être canonisé. C'est que jamais l'Italien et même le clergé romain n'avaient été plus égoïstes, plus corrompus, plus orgueilleux, moins chrétiens, moins catholiques : car, si le christianisme n'avait qu'un grand caractère, ce serait celui d'être indépendant de tous les lieux et de toutes les nations, impartial par excellence, universel et Catholique enfin. Et, l'apostolat tout entier de saint Paul, Gentil et Romain, n'est précisément fondé que là-dessus !

Le premier Pape, après Borgia, Pie III, était neveu de Pie II, lequel, sous le nom d'Mneas Sylvius ^ avait préludé à la papauté par la poésie et le libertinage. Le second, c'est J^m- Les //(***), cet autre cardinal neveu, et qui sembla vouloir re-

(*) Il est remarquable 1° qujniipas est le nom du seul Evêque loué dans les sept églises de l'Apocalypse, représenlaiives de l'Eglise universelle; 2'J et que cet Aniipas, appelé par Jésus son témoin fidèle {Testis meus Fidelis; et habitant ià même où siège Satan : Habitans uhi sedes est Satanœ^ est annoncé précisémenl au troisième Age, c'est-à-dire celui des premiers antipapes.

(**) Sur'^oO Papes, l'Italie seule en a eu 163 , et Rome toute seule 75. — La France en a eu 16, l'Espagne 3, toute l'Allema^gne 4, et l'Angleterre 1 seul : c'estla cause secrète de leur persévérance dans la réforme et dans le schisme.

(**') Jli'cs lln'était guère homme à imposer au Triumvirat., des Réformateurs. Un trait pourrait résumer toute la fatale diplomatie du nouveau César, . Par un concile de Saint-Jean de Latran, il adjugea au roi d'Angleterre , et que!?... Henri yill, le sceptre du roi de France!... Et promettant le titre de Roi Très-Chrétien. à l'homme qui devait être le grand persécuteur de l'Eglise! — Voyez tous les f^oyagcs d'Italie : « Jules II s'était fait ériger une statue pédestre dans la place de Cologne, représenté daiïs une aftitu le martiale, le visage menaçant , et la

iiouveler, comme guerrier^ et contre Louis Xn,le César d'Alexandre Borgia.

Le troisième, pire que le second (la guerre des esprits étant plus dangereuse que celle des corps), est le fameux Léon X, surnommé le Père des Lettres comme François son compère, corrompu et corrupteur comme lui. Il suscita et méritait les Aréîin, surnommés les Fléaux des princes, que l'Italie nomma divins^ et qui florissaient en effet sous son règne. Ce fut principalement lui qui constitua la fusion sur les mêmes tètes du Sacerdoce et de l'Empire, du spirituel et du temporel. Il était le fils du plus puissant prince de toute l'Italie : Laurent de Médicis. Innocent VIII, qui avait marié son fils à une Médicis, ne fit pas difficulté de le faire Cardinal à quatorze ans. Et, plus éhonté encore, le Sacré-Collége l'élut Pape, à trente-six ans, en i 51 3, lorsqu'il faisait encore office de général pour Jules II, à la bataille de Ravenne... La Tiarene lui ôta pas son éducation militaire. Il fit la guerre étrangère avec Charles- Quint ; et n'hésita point à faire mourir tels ou tels de ses ennemis d'intérieur (le cardinal Petrucci entre autres, fat étranglé en prison).

Pendant les quinze premiers siècles, les meilleurs^ le couronnement des Papes était une suite de mémoriaux terribles ;

main haute; ce qui fit demander au peuple si c'était pour le bénir ou le maudire que cette terrible statue levait le bras. Le pape répondit que c'était pour l'un ou pour l'autre, suivant que les Bolonais le mériteraient. Ils se souvinrent de cette menace ; lorsque les Ben tivoglio , à l'aide des Français , rentrèrent dans Bologne j, ils brisèrent aussitôt cette statue, qui était un e-xcellent ouvrage de Michel-An^'e, et qui devait avoir l'air bien expressif , puisque ce bon peuple en avait été effrayé.»

... On appelait Jules lî, non Sa Sainteté , mais : Sa Malignité.

« Jules II, dit Versé lui-même, dans sa Clef de l'Jpocalypse , ressemblait plus à Jules César qu'à saint Pierre , et don t on dit qu'il jeta les clefs dans le Tibre, pour prendre l'épée de saint Paul, n On s'explique alors comment notre bon Louis XU alla jusqu'à faire frapper contre lui des médailles avec ce mot : perdant Babylonis nomen. Vaincu par Gaston de Foixet Bayard à Uavennes, il mourut de chagrin en 1513, avant la fin du concile de Pise, par où il espérait de voir finir ses malheurs et ceux de l'Eglise.

(*) Ce furent principalement Jules II et Léon X qui firent pulluler, à l'usage du Vatican , et quelquefois de Saint-Pierre même, les artistes, la plupart, et les plus grands surtout , personnellement corrompus et corrupteurs; et, auteurs d'autant de tableaux de cette nature que de l'autre... Et qui recherchèrent à tout prix (presque autant que sainte Hélène la vraie croix du Calvaire), et qui finirent par inventer, exhumer et enchâsser, ou peut le dire , cette /^eVms antique (de J:^hidias, on dirait la Fille du Diable), à laquelle ils donnèrent à flétrir leur nom de Médicis !

Et, àl'effet de sa coursomptueuse, Léon X imposait etpercevaità l'infini. Ce fat lui qui fît réimprimer à Rome en 1514 le Taxœ sacrœ Pœnitentiarire apos'o'icœ , qui paraît être de l'indigne Jean XXU d'Avignon, et dont quelques éditions étrangères furent seules mises à l'index...

Et nous ne voudrions que la dernière et brillante apologie , sous le nom cV Histoire de Léon X, par M. Audin,ponr prouver la corruption et l'apostasie de Léon X et de son règne.

DANS LE LIEU SAINT

et entre autres : une colonne surmontée d'un coq de bronze, pour rappeler au Pape la faute de saint Pierre ; — les étoupes auxquelles on met le feu, en sa présence, avec ces chants: Pater Sancie, sic transit gloria mundi; — le PaUiumde laine d'agneau sans tache, qu'on lui met au cou, avec trois épingles, représentatives des trois clous ; — la première bourse, de douze pierres; la seconde, de monnaie de cuivre, pour la jeter en disant : «L'or et \ argent ne sont point à moi : Aurum et argentum non estmihi; qiiod autem fiabeo tibi do, — Après quoi le Pape s'asseyait sur un siège de porphyre appelé stercoraire, fumier, en chantant le de stercore erigit Pauperem.

Léon X abolit ou abandonna tous ces signes, tous ces types obligatoires.

Le successeur immédiat de Léon X, de Médicis, Adrien Vî, est choisi, très-conséquemment, de la Cour même de TEmpereur Maximilien ; et ce fut le précepteur, c'est-à-dire le maître et comme le directeur de celui qui pouvait le mieux garantir ou donner de la puissance temporelle à la papauté. Charles-Quint! Mais voilà que le Pape, dont on attendait tant, meurt au bout d'un an , et qu'il est remplacé, sous le nom de Clément VII, la première créature de Léon X en 1513, par un Médicis, tout posthume bâtard qu'il était, sous lequel Charles- Quint mit Rome elle-même à feu et à sang. C'est lui qui donna à la France cette effroyable Catherine de Médicis, laquelle, loin d'être désavouée , fut glorifiée en 1572 par Grégoire XIlî, le Papinien et le Tribonien (*) des Papes. — Après les Médicis de Florence, qu'on revoit encore dans Pie IV en 4 560, et en 4 605 dans Léon XI, qui ne le fut que du 'i*'" avril à la fin , viennent les Farnèse, souverains de Naples, créatures de Borgia, en lZi93 ; puis les Caraffe, riches et puissants de Naples comme eux ; et enfin les Borghèse, et les Doria-Pamphili de Rome... Après lesquels, et grâce à la décroissance de la puissance temporelle , ne viennent plus que des Papes savants, comme Benoît XIII ; tolérants, comme Benoît XIV (il accepta la Dédicace du Mahomet de Voltaire), et même philosophes, comme Clément XIV; fainéants, comme Pie VI (son œuvre principale est la Linea Pia des marais Pontins), et enfin gais comme Grégoire XVI 1

Et tous, et surtout les plus rois, de ne jamais oser (**) se dire, et surtout s'écrire, et se signer Rois 1...

(*) \\ n'a pas craint, nous Tavons vu, de publier à Venise, en... 25 volumes.,, in-folio , un Tractatus Tractatiium, Oceanus universijiiris.

(•♦) Les Papes n'ont pas même osé se servir pour leur siège du nom de trône. Les derniers venus, qui n'ont pas trouvé suffisant ie premier, et qui ont eu peur du second, ont dit: Soglio; seulement, ils n'ont pas craint de choisir les deux ]dus grands Princes du monde romain le Prince Colonne, et ic Prince Orsini i our princes assistants al Soglio»

Irrespect humain, et même rhypocrisie, sont ici à la fois des vertus, des crimes et des preuves.

La Papauté, tombée visiblement par la royauté, ne pouvait se relever un peu, de siècle en siècle, que par la sujétion. Elle se releva en effet presque toujours de cette façon. Saint Louis, en particulier, fit plus de bien à Clément IV, par sa Pragmatique, où il déclarait son Royaume dépendant de Dieu seul,... que Pépin et Charlemagne f) (inconséquents à Charles Martel, leur intermédiaire, qui avait dépouillé le Clergé de France d'une moitié de la France (**), n'en avaient fait à Étienne ou à Adrien par leurs conquêtes et leurs donations,

Charles-Quint, en venant en Italie mettre le siège devant Rome, et faire la Loi temporelle à oe Bâtard posthume de Julien de Médicis , sous le nom de Clément YII , a peutêtre garanti l'Espagne delà Réforme de Luther et de Calvin. — Louis le Grand lui-même, qui avait déjà fait affront, dans Rome même, par une pyramide, à la royauté d'Alexandre VII.. , ajourna peut-être d'un demi-siècle la Révolution de i7S9, par sa Déclaration f/ei682l contrôles prétentions d'Innocent XI, qui avait porté les armes avant de porter la'tiare, qui se ligua aux souverains protestants contre Louis XIV, et qui mouruten \ 689. — Etcomme Joseph II, les Constituants de 1 789, et le Bonaparte même de \ 808, procurèrent involontairement, et sans mérite aucun, à Pie VI et à Pie VII, en conduisant l'un à Valence, et même en appelant l'autre à Fontainebleau, la plus grande autorité qu'ils pouvaient jamais ambitionner.

(*) Ce ne ftU pas Alfred Je Grand , mais bien le roi Ethelwolf, pèlerin à Borne, qui fut l'inventeur du fameux Dew/er c?e Saint-Pierre , qu'on appelait alors; P\Omescot.

Quoi qu'il en soit, on lit à Ravenne, sur un marbre , et au Vatican sur une toile, au bas du portrait de Pépin, ces mots indignes : Pépin roi de France , a le premier ouvert le chemin d amplifier l Eglise. A ce train, la terre suffi*'ait-tille à ce chemin, selon la prédiction dIsAiE. V. 8?...

(**) «.< Pépin, dit très bien Montesquieu, se rendit maître de la monarch'e en protégeant le clergé; Charles Martel , son fils , ne put se maintenir qu'en l'opprimant. » (Esprit des Lois ,\iy, XXXÎ, ch. 9.)

(***) Fénélon , celte fois, se rencontre avec Bossuet : « Tandis que la puissance étrangère des princes du siècle a pu être attribuée à \ Eglise , celle-ci a perdu peuà peu la sienne propre. De là cette autorité pieuse er maternelle qui s'était autrefois concilié l'amour et la confiance des peuples et des rois, leur était devenue odieuse. Cette même puissance^ qui avait été si douce et si chérie sous un Léon , un Agaihon .un Grégoire le Grand, devint la terreur des nations sous un Grégoire Vil et un Boniface VllI, Ainsi, l'autorité spirituelle s'est sensiblement minuée, pour avoir paru s en arroger une temporelle »

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Du moment que Pie VII revenant à Rome, compromis et vaincu par la prétendue Sainte- Alliance, au lieu de dire, comme Grégoire VII et Boniface VIII eux-mêmes: Sancta Dei EccLesia et Res publica romana, osa dire : Sancta Dei Ecclesia et Papa, tout fut dit; et le Pape ne légua plus à ses successeurs, et à Pie IX en particulier, qu'une royauté et même une foi mortes , mais aussi tous les malheurs temporels à la fois, et la croix de la Croix.

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