‹ La Grande apostasieChapitre 23 sur 34 · V. L'autorité des Ultramontaîns · texte numérisé non relu

V. L'autorité des Ultramontaîns

La vérité de la nécessité de plus en plus grande du dogme de la pauvreté du successeur de saint Pierre, qui se prouve par tant de raisons, et, on peut le dire , par toutes les raisons du monde, et surtout par les objections qu'on lui a faites, ne se prouve pas moins bien par toutes les sortes d'autorités et de sentiments personnels.

Elle n'a guère été niée, ou plutôt éludée, que par le petit nombre des savants, ou plutôt des publicistes, directement ou indirectement intéressés à Terreur opposée : des Cardinaux réels ou in petto, comme Bellarmin, Joseph Sacripante et Devoti; des Cardinaux-wè^ , comme ceux de Lorraine ou de La Roc lie foucauld; des CdiSuistes, comme Escobar (son livre posthume est iniiiulé ; Pontificia etRegiajuridictio) ; des canonistes, comme Barbosa ; des avocats consistoriaux, comme Farinace (24 in-Fol. intitulés Sacra Rota)^ des Jésuites enfin (*).qui

(*) Et encore les derniers ultramontains et, jusqu'au plus autorisé de tous , Muzzarelli, ont préféré , en fait de Biens Ecclésiastiques, la sagesse à la consé quence. Issu d'une grande famille de Ferrare, il entra chez les Jésuites, et fut appelé à Rome par Pie VII , qui l'éleva aux fonctions éminentes de théologien de la pénitencerie du Souverain Pontife , dont il suivit le pèlerinage à Paris, où il mourut dans la force de l'âge, la veille de 18l4, qu'il... prédit. Il avait le près* sentiment des besoins futurs de l'Eglise et du monde ; et sans oser le dire , il laissait apercevoir sa crainte ou son espoir de voir cesser la royauté papale. Ses ouvrages , qu'il écrivait en latin , en italien et en français, sont traduits dans toutes les langues et enseignés partout. Ce sont autant de feuilles détachées d'un assez bel ensemble. Les moins insuffisantes dans leur ordre chronologique sont sa Phiiippique contre le Luxe moderne , 1774 , celle contre les Pdchesses du Clergé , M1Q'^\q Devoir des Pastiurs aux temps des persécutions ^ 1791; ]es Causes des maux présents et la crainte DES FITTÎT RS , 1792 ; où il annonça 1793. C'est là qu'il dit : « Hieu permit , pour la même fin , de réformer l'Eglise par les cruelles persécutions de Décius et de Dioclétien, comme l'observent Eusèbe et saint Cyprien , en remarquant surtout la corruption , la négligence et V avarice des pasteurs de ce temps (Euseb.. Histor. lib. 8, c. 1; S. Cyp. epist. 7, et lib. de Lapsis), C'est pour cela que Dipu a permis tant d'autres persécutions dans son Eglise (S. Ber.x., in Apocal.), et on le voit plus clairement en réfléchissant que les persécutions n'ont cessé qu'après quelque réforme, spécialement dans les ecclésiastiques. Ainsi l'hérésie de Luther ne fit plus de grands progrès après les ré*

LA GRx\NDE APOSTASIE

se sont très-bien nommés les Gardes-du-Corps du Pape; des apologistes du Bourreau, comme le comte de Maistre ; des secrétaires de Papes, et en même temps apologistes de cuisine, comme Platine (*). Tous, s'en faisant un droit, sont alors, au lieu d'une objection contre elle, un argument pour elle. Les l7/^ramo?2?am5 sont merveilleusement nommés. Les Papes-rois, dont Hildebrand est la figure, sont aussi hauts, en effets que leurs types originaires ont été, et ont voulu qu ils fussent, à leur tour humbles. Le Fils de Dieu, ou seulement saint Pierre sur la croix, jurent avec Jules II sur un trône, revêtu d'une triple couronne, et surtout sur un champ de bataille.

\\s jurent bien autrement avec Pie IX à Gaete, n'osant appeler officiellement, mais désirant et flattant les armes étrangères pour lui frayer à Rome un chemin sur des cadavres.,...

Eludée par tous les habiles, soufferte plutôt que défendue par les plus fidèles, la royauté du successeur, ou, si l'on veut, du vicaire de Jésus-Christ, exécrée en Allemagne, en Angleterre, en Amérique, et même, et surtout, et en tout temps, dans les divers Etats d'Italie, n'est plus que supportée enEspagne, la nation la plus catliotique de la chrétienté ; et présumée en France, la fille ainée de rEglise. Son dernier écrivain fameux, Lamennais, est devenu son plus mortel contempteur. Elle est enfin réduite à n'avoir plus pour soutien que l'homme, le journal et la secte les plus étroits et les plus ridicules de France. Leur denier de saint Pierre n'est, au fond, que la satire , et même le déni du trône de son successeur; c'est comme le coup pied de l'âne au lion abattu. Si Pie IX avait mieux su, ou avait été m.ieux avisé, il eût fait répondre par son Nonce de Paris à M. de Montalembert, le promoteur of~

formes du concile de Trente. Toutes les fois donc que nous désirons la fin d'une affreuse persécution , scrutemur vias nostras , et quœramus et revertamur ad Do' tninum; autrement nos prières n'auront aucune force : Opposuisti niibem tibi ne transeat oralio. Secondement, il n'est rien qui épouvante autant la puissance séculière que la sobriété , l'humilité et le désintéressement d'un évêque. Quand donc le monde voit un évêque qui ne s'embarrasse de rien de tout cela, il en est effrayé pour ses desseins, parce qu'il ne sait comment l'attaquer, ni par l'espoir des récompenses, ni par les menaces de pauvreté et d'exil , et en conséquence il est avili dans ses prétentions. En effet, les premières attaques delà puissance civile contre la puissance ecclésiastique sont toujours Je s'emparer doses biens et de s'en servir comme d'un frein pour régler à son caprice sa juridiction et sa foi. Il n'y a donc pas de meilleur moyen, en temps de persécution, pour résister aux intrigues du monde, qu'tm mépris total deses biens (I. Tim. vi, 9j). «

(*) Ce qui valut à Platine ce quatrain de Sannazar ;

Tii tamen hinc tantce tractas pulmenta culinœ. Hoc Platina, est ipsos pascere Pontifice^. Le Droit canon ^ le contraire , en général, de l'Evangile, qui ne connaît que des devoirs et de la douceur, est à la date aussi de la déviation des apôtres de

DANS LE LIEU SAINT

ficiel du denier, comme jadis Beaumarchais à Mirabeau, qui le flattait: Reprenez votre estime l

Rien n est plus dangereux qu'un ignorant ami. Mieux vaudrait un sage ennemi (*)

Ce n'est donc pas Roi, mais le contraire de Roi; pas propriétaire, mais le contraire de propriétaire, le contre-propriétaire; pas, en un mot, souverain, mais pèr^, que Pie IX est: car il a ouï, il a accepté, comme l'unique expression de sa puissance, ou plutôt de son impuissance temporelle, ces paroles que le premier Cardinal-Diacre lui a dites, en lui posant

l'Evangile. Il a pour pères putatifs, au siècle même de Zacharie et des Pépins , un Isidore, dit le marchand ou le pécheur {mercator vel peccaior) \ et, au siècle d'Hildebrand , un Gratien ignoré de Toscane. Aux époques mêmes oi^i les cZrotï^ rijmain ou coutumier proprement dits avaient pour inventeurs analogues, en Occident, le moine Marculphe; et au midi, un Irnerius, Bolonais comme Gratien, et docteur en droit de Constantiuople.

Le Droit canon^ par une autre fatalité non moins expressive , est contemporain et presque compatriote de la poudre à canon du bénédictin Beriholdt Schwartz , très bien surnommé dans les Chroniques : le Moine Noir,

(') Notamment les calvinistes de Genève, et M. Guizot répétant le vers fa meux ; Accipe, cape , rape , sunt tria verba Papœ.

Les six millions d'or auxquels on évalue déjà, sous l'hypocrite nom de denier, le nouveau domaine (le vieux n'existe plus) de saint Pierre , passant naturellement pour stipendier les nouveaux Suisses du Saint-Père , font déjà plusdemal au clergé d'Italie que tous les Guerrazzi et G arihaldi. Ils paraîtront, comme les 30 pièces d'argent, le prix du sang : Haceldama!

Cicéron , Vun des derniers Romains , avait dit , dans sa Divination , contre le Roi de Rome, un mot fjui seul eût fait trembler le fataliste et crédule Napoléon : « Du reste conduisons-nous de telle sorte, que dorénavant les interprètes des livres sibyllins nous én tirent tout autre chose plutôt quun Roi, que ni les hommes ni les Dieux ne souffriront jamais dans Rome. »

Mais un homme aussi judicieux , aussi scrutateur, aussi philosophe que Cicéron Tétait peu , Plutarque, s'est montré décisif et comme prophète en cette matière, dans ce qu'il a très heureusement appelé ses Questions Romaines, qu'Amyot traduit ainsi : « Pourquoi est-ce qu'entre les prêtres qui se nomment Feciales , qui sont ceux qui ont la superintendance des cérémonies qu'on observe à rompre laguerre,ouà traiter de paix , celui qui est nommé Pater Patratus est estimé le plus grand , et c'est celui de gui le père vit encore , et qui a des enfants? Icelui a encore aujourd'hui de grandes prérogatives , et on a grande fiance en lui. Ce mot Patratus veut dire autant comme parfait et accompli , comme étant celui-là plus entier et plus achevé que les autres , qui a eu ce bonheur du vivant de son père d'avoir des enfants. Ou bien est-ce pour ce qu'il faut que celui qui a la cure et supérintendance des traités de paix et des jurements, regarde, comme dit Homère , devant et derrière lui , et voudrait la raison que celui-là eût fils pour lequel , et père avec lequel il pût consulter?

» Pourquoi est-ce qu'il est interdit à Cîlui qui s'appelle F^ex sacrorum , c'est-àdire , Roi des sacrifices , de tenir et d'exercer aucun magistrat public , et de haranguer devant le peuple? Est-ce point pour ce qu'anciennement les rois faisaient eux-mêmes la plupart des principaux sacrifices avec les prêtres , mais pour autant qui/s deviendront insolents, superbes et arrogants , tant qu'ils se rendirent insupportables, la plupart des peuples de la Grèce retranchèrent la licence des leurs, et leur laissèrent la prééminence de faire les sacrifices publics aux Dieux : mais les Romains ayant de tout point pourchassé les leurs^ établirent un autre

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la tîa7^e sur la tête ; et qui sont si loin d'une couronne sérieuse, et qui crient incessamment contre une couronne :cc Accipe tiaram, tribus coronis ornatam, et scias te esse Patrem principum et regum, rectorem orbis in terrâ. »

ofHcier qu'ils appelèrent iîot, à qui ils donnèrent la superintendance àe^ sacri- ^ces,etnelui permirent pas d'exercer autre office quelconque , ni s'empêcher des affaires publiques, afin qu'on connût qu'ils ne souffriraient personne régner à Rome sinon es cérémonies des sacrifices , et qu'ils n'endureraient ce nom de royauté, sinon pour le respect des Dieux. A ce propos il se tait sur la place, au lieu qui se nomme Confiitium , un certain sacrifice pour la chose publique que ce Roi fait : mais incontinent qu'il l a .parachevé , il s'enfuit tant qu'il peuthorsde la place. »

Dans ces derniers temps surtout, il n'appartient plus qu'aux chapelains et aux musiciens du Pape-roi de se glorifier de sa royaitfe. Zingarelli , comme oo sait, répondit à Bonaparte qui lui demandait un Te Deuni pour le Roi de Rome : « Je n'en connais pas d'autre Roi que le Pape. »

« Quel événement, dit l'avant-dernier roi de Bavière (qui ne paraît avoir demeuré longtemps à Rome que pour y apprendre l'art de perdre une couronne et de corrompre un peuple) : « quel événement que rinsiallation d'un Pape! Que sont nos cours d'Eumpe auprès de l'intrigue des cardinaux pour se faire nommer eux-mêmes ou pour élire leurs protégés? Si la diplomatie était perdue, ou la retrouverait à Rome. Le peiiple s'agite, prie, espère, se consume pendant Pélection du nouveau souverain ; est-il élu, les cloches sonnent, les canons tirent, tout est pavoisé ; deux mois après, ce même peuple se demande avec im* patience : Non è ancor morto il papa ? »

Si, à toutes les époques, la vie même da meilleur Pape n'a pu être respectée, que n'est pas son gouvernement? On dix proverbialement à Rome ; Il en es<t des Décrets comme du pain 1 du soir au matixi ; âalla sera alla matina.

Et si la royauté est en haine en Italie , et surtout à Rome, plus que partout, la grande propriété^ et même la médiocre, ne le sont guère moins Et comment la grande ne le eerait-eile point? Elle est élevée ou plutôt abaissée à tous f^es excès. Lorsqu'il y a , dans la seule Rome, plus de pauvres (les nombreux hôpitaux (*) de la ville en sont la preuve, comme les rues) que dans tout le reste de 1 Italie ; lorsqu'il y a , dans Naples , jusqu'à 50,000 lazzaroni qui n'ont ni feu ni lieu,... un très peti t n o mbre de\Princes ro mains, ex-commercan ts de Génes-la-S upcrbe, etc . , possèdent seuls presque toutes les terres de l'Etat romain ; et les simples Ducs de Toscane, et même de Modène, étaient encore plus riches que n'était Louis- Philippe.

Tout parle enfin à Rome , tout crie la vérité, les /?îerres surtout , et jusqu'à l'argent, de sa nature si faux. « Clément XII, dit le président de Brosses, a mis &m sa monnaie une légende fort plate, et qui ne veut rien dire : Non est pax. Les faiseurs de pasquinades ont prétendu que cela signifiait que le pape n'y était plus, et l'ont expliqué ainsi ii la manière du P. Hardouin ; Non est P . y^., X. P&n-tifex anno X^. « ... Non estpa.K, sur Y argent^ ne veut rien dire! Pauvre Prési" dent! ou plutôt Pauvres Plaideurs ^. (Un <iwtve président avait mis à sa porte P. P.P. P, pour dire à ceux-ci : Prenez patience.)

Et si , en somme, il se trouvait rigoureusement vrai de dire, de la grande suite àe?,Rois de Rome : — Tarquin le-superbe,- — Jugustule; — Pie IX ! !!

{•) Monseigneur Morîchini dit donc une grosse erreur de Prélat, et il est orfèvre, îorsqu il a le courage de dire, et l'Ami delà Religion de croire et d'admirer, que ce qu'ils appellent le patrimoine des pauvres, s'élève à un revenu de 704,000 écus romains : de foçon que les secours donnes aux puuTres à Paris sont, en proportion de la population, moitié moindres qne cctix qui se versent 4 Rome bien que les besoins soient dans une vilie du Midi moin» nombreux et moins grands que dans eellrs du Nord, n

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