TREIZIÈME PARTIE
DÉMCNSTRATION INTIME PAR L'HORP.EUR SUR LA TERRE ET DANSIjE CIEL,- DES NOMS DU PRÊTRE-ROI.
Quia quod hominiliu /iltum est, abominatio est anle Deum. Luc. XV7, 15.
L Les dénominations propres du Sacerdoce fidèle.
Nous poumons aussi appeler cette démonstration Kominale. Elle est encore Populaire, à force d'être universelle. Elle est surtout Providentielle; car, là où les hommes s'entendent tous, Dieu ne manque jamais d'être. Et nous ne la plaçons à la fin des autorités que parce qu'elle est à la fois la plus petite et la plus grande.
C'est comme une nouvelle et grande histoire, et la plus originale, de la Papauté et du Sacerdoce , depuis leur apostolat jusqu'à leur apostasie.
Saint Pierre, tout Chef des apôtres qu'il avait été institué, ne liaraît pas pour cela avoir pris ou reçu habituellement d'autre nom que celui de Pierre. Cela se conçoit, et ne pouvait guère être autrement au commencement de l'Eglise persécutée , craintive et humble. La pratique et les paroles du Sauveur supposant perpétuellement, non-seulement l'égalité entre les apôtres et les disciples, mais encore, et surtout, le service et comme l'humiliation de tous pour chacun, la pratique et les paroles des apôtres ne devaient pas être différentes. Il y avait entre eux comme une horreur de la suprématie, de la supériorité, de la simple priorité. La principauté, proprement dite, n'était pas même supposée. Saint Pierre commence sa première Epitre par ces mots admirables d'humilité et de délicditesse : Petrus Apostolus JesuChristi Electis advenis,..; et la seconde, par ces noms encore plus humbles : Simon Petrus, Servus et Apostolus, etc.
Le premier et le seul titre qui paraît avoir été donné par saint Pierre à ses nouveaux coadjuteurs, est celui qui indiquait leurs devoirs essentiels : de rappeler, d'apprendre, de
démontrer, et surtout de montrer en action, de pratiquer le Christianisme : c'est-à-dire, après tout, la pauvreté, la communauté, la sujétion, la dilection, la vie et la mort parfaites. V Apostolat et VEpiscopat enfin. Car en grec, en latin, et en italien surtout, ces mots disent supérieurement tout cela. — L'Apostolat surtout, d'Apo (après) — post (après) — toile (support), était le beau et l'énergique nom. Mais il dut faire peur aux premiers chrétiens, aussi bien qu'aux premiers Papes. Et VEpiscopatus , plus simple (dVpi, de scopus, et même de Pater : si providentiellement traduits adjectivement, en français par Evéque ; et en italien par Vesc-ovile^ nourrissant la brebis, au lieu d'être nourri par elle), prévalut, du vivant de saint Pierre et de saint Paul, et sans doute de ses trois premiers successeurs, saint Lin, saint Clet, saint Clément, et de saint Jean qui les connut, et qui , sûrement les dirigea tous.
Après la dénomination à' Apôtres^ d'Evêqiies, la plus naturelle et la plus chrétienne fut d'abord celle de Minister (de Minus, et Minime), devenue si hautaine et si impérieuse, si redoutée et si désirée dans l'Etat, sous le nom de Ministre].,, Le Sauveur lui-même la proclame et la commande dans la circonstance la plus mémorable, et delà façon la plus magnifique. C'est à propos précisément de ceux qui siégeaient sur la cathédrale de Moïse, et, dans son indignation contre l'orgueil de leurs noms « iîs aiment qu'on les nomme Maîtres: Amant et vocari ab hominibus Kabbi. XXIII, 7. Vous, ne le souffrez point , car vous n'avez qu'un maître; et tous les hommes sont vos frères : Nolite vocari Rabbi ; iinus est enim magister. 8. N'appelez non plus personne sur la terre votre Père , car vous n'avez qu'un père qui est dans les Cieux : Et Patrem nolite vocare vobis super terram; nniis est enim pater vester, etc. 9. Ne vous laissez point appeler : Maîtres (Sacy traduit: Docteurs): Nec vocemini magistri; quia magister vester unus est, Christus. 10. Celui enfin qui est le plus grand parmi vous, sera votre serviteur à tous : Qui major est vestrûm, erit minister vester. 'I i . — Toutes choses qui sont encore répétées en saint Marc, X, 41 , etc. — Et saint Paul s'appelle en effet le Ministre des créatures : Sum ego minister, CoLOS. 1; et il ne donne pas d'autre nom au plus grand roi : Dei minister est. Rom. Xiil, 4.
Après le nom de Ministre, que l'orgueil progressif des Prêtres du Nouveau-Testament a rendu presque autant odieux et impossible que celui de l'ancien Rabbin, le nom le plus touchant et le plus beau était, et serait encore aujourd'hui, si l'on voulait, le nom de Pastor, Pasteur. Les deux noms appartiennent à r Ancien-Testament comme au Nouveau. Seulement, le second était le plus aimé du Sauveur : « Je suis, dit-il, com-
DAKS LE LIEU SAINT
munément, je suis le Bon Pasteur.,, Et voilà que la plupart des Papes, et toutes les Eglises catholiques, l'ont laissé prendre à ce qu'ils appellent les hérétiques !
Quoi qu'il en soit, saint Pierre dans ses Epitres et dans ses Actes, et par conséquent dans sa vie, ne prit ou ne reçut nul autre titre que ceux4à. Et il paraît même donner la préférence, pour lui comme pour les autres Evêques, aux noms d'Anciens, de Senior es ou de Tèraoins : Seniores ergo obsecro, consenior etTestisChristi passionum. I. Epit. V, 1 .
SaintPaul, second de saint Pierre, n'avait garde de ne pas le suivre en humilité. Il ne prend, dans la 1'" EpUre, celle aux Romains, que les noms de Paulus ServusJesu Cliristi (*), vocatus Apostolus (comme pour montrer que c'était les autres qui lui donnaient son grand nom !...) Dans l'Epître aux Corinthiens, il écrit au nom d'un frère, en même temps qu'en son propre nom ; dans celle aux Thessaloniciens, au nom de deux. Pour écrire à Philémon, il prend le titre de Prisonnier de Jésus-Christ : Vinctus Cliristi.
Saint Paul, plutôt l'apôtre de la théorie de l'Eglise, et de l'avenir^ comme saint Pierre l'était plutôt de la pratique et de l'actualité, semble avoir voulu exclure toute apparence de su-
(*) Saint Paul , inspiré sans doute nar l'E-^prit-Saint , et dans une intention visible de pénitence et d'humilitc, ciian^ea son nom , on peut le dire royal, ei comme sâli , de Saicl , en celui , on [>eut le dire encore , de parviis, de pauvre, et même de petit pauvre {Pauhdum et même Fidliix); comme saint Pierre, les siens superbes de i'iNion ei de /c»7ia5 , en ceux de C'ep/ja^ et de \a. Pierre même (Jean î, 42. ) dont la nature est de s'abaisser, de tomber le plus bas qu'elle peut.
Et voyez comme il ne cesse de s'humilier dans ses paroles ainsi que dans ses actes! Pto minbno sum. I Coiîinth. IV, 3j — Ego sxiîu miniiniis pas toi or uni , XV, 9; — Mihi omnium sanctorum r.iinimo, Ephes. 111 , 8;... Samt Paul s'élève jusqu'à dire de lui : Tout apôtre que je suis , je ne suis rien ; Apostolus , tametsi nihil sum. II Corinth. XII, 1 1.
Saint Pau!, plus Iieureux à cet é^^ard que saint Pierre, a suscité les deux plus grands saints et les deux plus grands ordres de la religion ; Saint François de Paule et les Minimes; saint Vincent de Paul , et les frères et sœurs de \a Charité.
Saint Jean TEvangélistc , supérieur à tant d'égards immenses à saint Paul , et même à saint Pierre, est encore plus admirable qu'eux dans ses Lettres , où il prend , lui que nous voyons et qui fut toujours si jeune, le titre le plus capable de l'humilier devant Dieu et devant les hommes : celui de vieillard ; et il ajouteà son moi, tous ctfux qui connaissent la vérité : senior Electœ dominée; et non ego solus , sed et omnes etc , II. Epist. 1; III. 1... réservant sans doute pour son Apocalypse le nom Esclave de Jésus-Christ \.
Le plus grand apôtre, après saint Jean, saint Jacques appelé, pour cela, le il/zneur, et doniVEpitrc est appelée la Catholique par excellence,, n'y prend, comme lui , que le simple nom de Sei^us Jesu Christi.
L'Zsyaîir/e'h'^fe saint Matthieu, tout apôtre qu'il était, et sans doute, le premier, parce qu'il était le plus humble , ne se nomme même pas. Saint Luc , lui , sans se nommer, se désigne à peine dans son Evangile, qu'il adresse à son cher Théophile, comme il a fait depuis dans les Actes. Et, disciple particulier de saint Paul, il ne donne aux apôtres que le nom de Ministres de la parole : » Ministri sermonis, Luc. I,
périorité , et surtout de grandeur : T dans les noms des apôtres contemporains; II« et dans ceux de leurs successeurs : à ce point, de dire formellement aux Corinthiens ces paroles, en apparence seulement hardies: « Je ne crois pas avoir été inférieuT en rien aux plus grands d'entre les apôtres t Exislimo enim ni/iilmeminûs fuisse a Magnis Apostolis. II Gorinth. XI, 5. Seulement, il a soin d'ajouter qu'il y avait déjà de faux apôtres qui se transfiguraient en vrais \ pseudo-apostoli transfigurantes se in Apostolos Clirisii. 13.
Plus décidé, aux Gâtâtes^ et à Antioclie même, il met saint Pierre lui-même après saint Jacques; ne reconnaît en lui qu'une des Colonnes, et appai^entes, de l'Eglise ; et le reprend en face et en public de sa vie de Gentiil II, 2, 9, 14.
Et, dans sa dernière EpUre, celle aux Hébreux^ saint Paul parait véritablemen t ne don ner aux Evêques que le titre à^prcBposîti. Jamais celui de Grand, ajouté même à celui de Pasteur. Afin de montrer que toute grandeur, en cette m.atière, n appartenait qu'à celui-là seul que Dieu avait prédestiné pour être le Grand Pasteur : Pastorem Magnum ovium, XIII, 20, 24.
Quoi qu'il en soit, le titre d'Evêque de Rome, seul, était encore donné au successeur de saint Pierre dans le concile de Nicée. Saint Grégoire le Grand refusa celui d'Evêque universel^ queBoniface III paraît avoir reçu le premier de l'Empereur de Constantinople, au YP siècle, ou, si l'on veut, l'an 606 (y. SiGONius, de Regno liai. , et M. Ancillon). — Ce qui s'est vu toujours depuis, et surtout dans les grandes choses de FEglise. Dans la Bulle de convocation du Concile de Trente, Paul III, qui se nomme Souverain Pontife au titre extérieur de la Bulle, ne prend, dans la Bulle même i,*) , que celui de «Paul Evéque, Serviteur des Serviteurs de Dieu. » Plus hardi dans la Bulle de Confirmation, du Concile, le successeur de Paul III, prend extérieurement le titre de « Pie IV, Pape par la Providence de Dieu; et celui d'Evêque, sans ajouter de RO" me; » mais il signe remarquablement : « Pie,Evêque de l'Eglise universelle. » Et sa Bulle sur le serment de la profession de Foi commence par ces mots : « Le devoir delà servitude apostolique qm nous a été imposé, etc. » Et dans le serment même il est dit : « Je jure une véritable obéissance au Pontife Romain , Vicaire de Jésus-Christ (titre donné à tous les Curés par le Concile), Successeur de saint Pierre, Prince des Apôtres. »
Mais ce qui passait aux premiers temps pouvait ne pas suffire aux ultérieurs; car nous admettons le progrès. Et il ne
(*) Paul 111 est encore plus humble dans sa Bulle pour justifier le Concile^ « Etant rous-même , en qualité d'Homme (sic) environné de faiblesses, nous nous serions bien aperçu que nos propres forces n'étaient pas suffisantes pour soutenir un si grand fardëau. » — « La haine et la discorde régnent de toutes parts. » « Tous nos péchés et tous nos crimes ont attiré la colère de Dieu, etc.»
DANS LE LIEU SAINT
tarda pas de falloir un nom spécial aux successeurs proprement dits de saint Pierre, Ils allaient se trouver de plus en plus oublieux de leurs devoirs, de leur charge, de leur res-^ ponsabilité (*), on peut le dire^ du genre humain. Et, comme ils sont infaillibles dans la sorte de vérité et de bien qui leur est propre et réservée, ils ont dû recevoir ou prendre un nom qui exprimât, infiniment mieux que n'eussent fait Pcisteur et même Apôtre^ l'immensité de leurs derniers devoirs, et de leurs responsabilités dernières.
Le titre même de Ponlife (Tibère voulut être Grand Pontife, en même temps qu'empereur, comme pour consommer la flétrissure et le déicide des deux puissances), infiniment moins pur, Juif, et même Païen, radical de Puissant (Virgile à\i : sce-ptrisqwQ Potitiim!) d' Omni - Poteiit , de Potentat. (Ne dirait-on pas que FEsprit-Saint ait voulu le faire trembler dans son Patentes Patente?- cruciabuntur ?) ne fut guère employé que tard, dans l'affaiblissement de la papauté , et presque toujours par forme de littérature. — L'épithête de Souverain (de sub, et non de S2iper): et même de snb-verum ou de sub'Venturiis C^*), dont on l'a fait précéder, et qui depuis est devenu une pierre de scandale, n'avait d'abord pour ob-
(*) Qui ne serait frappé du fait qu'aucun des plus grands noms, et, à plus forte raison , aucun des plus grands titres des succebseurs de saint Pierre, comme aucunedesépàhètes de \envs prétentions ou de leurà Cours, n'est mentionné dans tout le cours de l'Ecriture: — Souverain ; — Catholique : — Pontife-roi]^ — Ponlife infaillible; — Sa Sainteté •. — Saint, et jusqu'à Très saint Père; — et même les noms adjectifs : Apostolique (aujourd'hui le propre des nonces); Romain ; — Cardinal; — Eminences ; — Eniiventissimes ; — Sacré Collège; — Archevêque; — Prélat; — Illustrissime ; — Révérendissime ^ etc.. etc. Majordome^ etc.
/iîe^i surtout qui approche du Pape {Fa- Pa , comme ôeui fois Prince , on deux fois Père], si ce n'est : le Papilio , Tente; — le Papyrio , Nacelle (H Rois ,
XI, II: ExoD. II, 5. ; — le Papula , pustule de lèpre (Levit. XIV, 06; XXII, 52) Les premiers ,, en signe des 50 premiers Papes, qui vécurent sous la tente , ou sur ia barque de la mer du monde; le Papida , en signe des Borgia /
On ne trouve pas davantage , dans toute l'Ecriture Sainte, ni même dans la tradition, un mot qui approche, seulement un peu, de tous les grands usages du Vatican ou du Qui' :aal : — les seules Bulles nommées une fois dans les Juges , VJII , 21, sont un apanage... des chameaux des rois. — Les Encycliques n'ont , pour les rappeler, que les Encyclopédies. — Les Canons^les Ex,commiLni cation s , les foudres prise? au figuré , sont, encore mieux , d'inveniion royale. — Le Saint- Qffice tiï Inquisition svivioxxi semblent d'invention Hérodienne. Le nom d'Inquisition n'est qu'une seule fois dans toute la Bible , ei pour exprimer la Question, ou la torture et l'exécution des innocents gardes de Siint Pit-rre lui-même, qu'un Ange criminel était venu sauver de prison : Herodes, inqxiisitione factà, eic. (Acr