‹ La Grande apostasieChapitre 25 sur 34 · XII · texte numérisé non relu

XII

f *) La dernière épilhète, et qui seule fi^Tire, encore aujourd'hui, dans \ Almanach de Rome, celle de Summus (on dirait à la fois Vego sum transformé, et la .S^omme , le type de l'or accumulé!). Pontifex est encore moins humlle.,.. Les summi Pontefici dfi ÏAlmanach Royal romain sont suivis, dans la même page , d€s autres épithètes italiennes embarrassées ; la Suprema Pontijlcia Podesta^.-.

Jet que de rappeler le 'pontificat romain à sa valeur, c'est-àffire à son humilité. — L'épithète même de Romain, donnée souvent au souverain Pontife, n'est ni des beaux jours du Christianisme, ni de bon augure pour l'Eglise.

Et la Providence suscita précisément, entre tous les noms possibles, dans toutes les langues et chez tous les peuples, cefui qui exprimait, encore mieux, s'il se peut, que celui à' Apôtre , dans la langue grecque, plus riche que la latine, et aussi universelle que l'hébraïque était locale, tous les devoirs réunis dans les devoirs de Père ; TiaTiuaç (*) , e est-à-dire, comme deux fois père : Pater et Pater ; et même Père des Pères : Pater Paîrum.

Ou plutôt encore : Pater Paupe^^nm !

Et, par une nouvelle Povidence magnifique, ce magnifique et original nom de Pape, qui ne manqua point d'être connu, et appliqué, plus ou m.oins, dans les siècles précédents, et qui était appelé à tant de grandeur, d'illustration et de popularité, paraît avoir été pris ou reçu par saint Sirice Tan 385. IJue de ses plus extraordinaires destinées, c'est de n'avoir été aifecté, canoniquement et exclusivement à l'Evèque de Rome, que par celui qui semblait le mériter le moins , Grégoire VU !

Le titre de Vicaire de Jésus-Christ (**), aussi hardi que celui de Pape semble humble , apparaît comme en sa rectification ou abolition. Il date en effet du plus triste et du plus mauvais siècle du moyen âge : le troisième. Et il est la source ot le secret du titre" d'autant plus ambitionné qu'il ne se prend point et ne s'avoue guère : Infaillible ! Et voilà pourquoi les Papes des Bulles du Concile de Trente n'ont pas

; *) ie latin cl l'itaiien ont conservé la redondance du P et de VA. Sans l'Esprit .Satiu , nous aurions préféré, comme la version française , le nom de Pape^ pour e Père des esprits. Laissant aux enfants, pour les pères de leurs corps, le nom de

Par une singularité que saint Jérôme n'a pas crue non plus sans providence, . lorsque l'Eglise spirituelle avait son Petriis (son Pape) et son Paulus: le Palais maîériei a comme voulu avoir son Pauluset son Papinianus*,. (de Papier: papynis)^

Et Rome elle-même, qui était appelée à renouveler, à agrandir l'antique charité de Jérusalem , a vu jusqu'à son no7n latin par excellence (iîoma), exprimer son oubli et son renversement de la dilecîion et de l'amour chrétien [Amor). Et l'on Jiraiî que l'Esprit Saint, qui se joue dans la langue encore mieux qu'en toute juire chose, ait voulu laisser entrevoir la décadence, l'orgueil , l'apostasie finaic de la ville prétendue éternelle, dans ces terribles consonnances d'Amos : Exilertninari Amorrlimirn ^ cujus altitude cedrorura, eic„

(**) Le nom de ^z'carms n'est qu'une fois dans toute l'Ecriture Sainte , dans ]e Vieux Testament, et au Lévitique XXIV, '18, appliqué, d'une façon plus sublime -iicore peui-ôire que nous n'osons penser, à... ['Animal entier qu'on doit rendre .î ia p!ace de celui qu'on a ble5:Sé : (lui percusserit animal reddet f^icarinm , id Q^l animam \no aninià, r-«^^.

DANS LE LIEU SAIPsT.

pris la qualité de Vicaires de Jésus-Christ ; mais l'ont reçue seulement, et après coup, non pas des Cardinaux et des Evêques du Concile, mais de tous les ecclésiastiques chargés d'âmes, désormais obligés de prêter serment à la profession de foi du Concile.

C'est à présent le cas de le dire. Il nous a toujours paru singulier, que, depuisprès de \ 800 ans, les Papes qui se donnèrent réciproquement, et qui souvent prirent pour eux les noms les plus éminents, et jusqu'à ceux que Dieu et le Fils de Dieu s'étaient réservés , n'aient trouvé digne de saint Pierre et de saint Paul, dans les innombrables éditions du Nouveau- Testament, quel'épithete de Beatus.

Quoi qu'il en soit, voilà le nom général (nous le croyons du moins) sublime : Pape ! En fallait-il un autre? Nous avons peine à le croire. Aux meilleurs temps, celui du martyre et de la sainteté, les Papes gardaient leurs noms de Prêtres ou d'Évêques. La pensée et l'usage de le changer, comme pour un baptême nouveau, et le plus grand de tous , ne sont venus, comme tout le reste, qu'aux temps et en signe de décadence, et pour constater à la fois la faiblesse , les grâces et la responsabilité nouvelles des Papes. Et leur imitation desBçisau lieu de celle de Jésus-Christ. Et ce fut aussi pour un Élu, à son avènement , l'affaire d'Etat.

La théorie des nombres et celle des noms personnels nouveaux des Papes, n'est pas seulement pleine d'intérêt , elle est aussi pleine de théologie et d'importance.

Les temps vraiment apostoliques ne sont pas plutôt passés, et l'esprit de royauté temporelle venu, que les Papes s'intitulent II, III, IV, et jusqu'à XXIII. Tout compensé, on remarque, et il est vrai de dire que la plupart des Papes premiers du nom sont meilleurs, et même grands ; les II, médiocres (il n'y a aucun Saint, aucun Martyr surtout^ de ce chiffre); et les nombreux, mauvais. Les Jean, qui sont au nombre de XXIII, sont, en général, les pires de tous. Et Grégoire XYI est, à tous égards, le plus loin de saint Grégoire le Grand !

Quant à leurs noms nouveaux proprement dits, les Papesrois ontreculé tous devant les plus o6//gra?mr^s à la pauvreté, à la sujétion, au martyre : celui de Pierre; celui à' Aiidré ; ceux même des Apôtres en général; celui de Joseph;... et, depuis, celui de saint Anïmn^le-Grand, etc. Et cependant il y eut jusqu'à trois anti-Papes qui prirent le nom de Pierre; comme pour le rappeler aux Papes, qui l'oubliaient.

Aux temps de plus grande décroissance, c'est-à-dire de prétentions et d'autorités temporelles, les Papes s'arrogèrent, ou ne craignirent pas de garder des noms impériaux grecs et romains : ceux a Alexandre et de César (*). Et aussi est-il re-*

(*) El 'l'exemple des Papes était toujours un ordre pour les Romains. Il était

marquable que l'Église a été persécutée par un schisme, sous le second des Alexandre^ par deux schismes, sous le troisième. . .

Alexandre suivant (ex-pauvre mendiant de l'île de Candie) ne fut Pape qu'un moment ; et Alexandre VIII est fameux par son népotisme.

Le fait de Jules II est encore plus considérable. A la façon de son oncle Sixte IV, tout fils de pécheur qu'il était, il faisait le César, Il irrita notre bon Louis XII, au point de frapper contre lui des médailles avec ce revers : Perdam Babylonis nomen... Son successeur nominal, Jules III, compromit la Papauté par une guerre différente et plus funeste encore : celle aux mœurs.

Depuis longtemps, et aujourd'hui surtout quela royauté des Papes, déconsidérée, se cache le plus qu'elle peut , et que les plus beaux noms pontificaux ont été compromis ou violés, les derniers Papes ont tremblé à la fois devant les noms impérieux et devant les humbles. Aucun Pape n'osa et n'osera jamais non plus prendre les plus beaux noms des Rois, proprement dits : depuis celui de Conslantin ou de T liéodose ^insqVik ceux de Louis et Charles, par exemple.

Les Papes qui prirent ou conservèrent les noms Alexandre et de Jules, parce qu'il y eut des saints qui les avaient portés, oe les oseraient plus aujourd'hui qailsontété salis l'un par Borgia, l'autre psiv Jules IL

Les noms même des empereurs Adrien et Honorius seraient embarrassants. — Et celui de Romain n'a été porté que par un Pape équivoque, et même, selon plusieurs, anti-Pape. — Les Victor n'ont pas tiré non plus à conséquence. — Le nom de Léon, fier et fort, n'a guère été vraiment grand qu'une fois^ et par un fier Toscan! — Le double Lion que Pie IX a trouvé dans les aimies de sa famille, et qu'il a gardé dans celles de sa royauté papale, ne devait pas lui porter bonheur :

. . . • Nec magnos metuent armenta Leonis,,, Occidet et serpens , et fallax herbu veneni

Occidet. ViRG. Egl.IV.

Par des raisons pareilles, les noms de Boniface (à cause du

à Piome une famille, qui se croyait papale et cardinale née, dynastique même, s'il en fut jamais , ceWe des Colonne, qui vient^de finir dans une femme , que les derniers venus de Rome ont prise pour se faire un peu passer leur fortune et peut-être leur papauté future. Lorsque les Colonné n'étaien t point Papes forcenés Guelphes comme leur Boniface VllI, ou suffisamment cardinaux, ils se faisaient Gibelins forcenés. Or ces Colonne affectèrent jusqu'à nos jours les noms de Pompée et de César , et ils ne reculèrent pas devant celui d'Antoine.

Les nouveaux Romains , en général, aussi vains que les anciens étaient orgueilleux , ont affecté, eî surtout au moyen âge, les prénoms et même les noms grandioses, et on a présentement encore, en nombre, les singeries de Maxime^ dans les Massimo ; et celles de la hauteur, dans les Altieri. etc.

DA?^S LE LIEU SAINT

YIIP), de Léon (à cause duX^), de Sixte (à cause du Quint), de Clément même (à cause du XIY*), sont devenus qua^si impossibles. — Celui de Jean (à cause d'un grand nom.bre, et surtout JeanXXIIP, le dernier), est impossible tout à fait. — Gi^égoire lui-môme (de Grex, troupeau) semblait insuffisant au Grand et Saint qui le portait ; et il y ajoutait sans y manquer jamais : Serviteur des serviteurs. Sans les Grégoire intermédiaires du 12!" siècle, jamais un Pape, même du lô« siècle, n'eût osé s'appeler Grégoii-'e VIII. — Le nom même (Y Innocent , et la dénomination générale de Sa Sainteté (*) depuis Jules 11, qu'on nomma Sa Méchanceté, sqy^îqwX aujourd'hui hardis.

Le mal appelant toujours le mal, et l'abîme l'abîme, leurs Saintetés les Papes, Vicaires de Jésus-Christ, et leurs Majestés les Papes-rois, devaient naturellement, tantôt par reconnaissance, et tantôt par intérêt ou politique, se faire toutes les sortes possibles de grandes créatures. On les a vus ( sans effroi au souvenir de ces Princes des Prêtres qui se trouvèrent les juges et les bourreaux du Dieu sujet,... et de ce Prince du monde ou des ténèbres, et même souvent nommé dans l'Evangile : des démons. Matth. IX, 34 ; XII, 24 ; Jean. XII, 3i , etc.) propriomMu, instituer tous les Cardinaux Princes (**) ; et tels et tels Evêques de France principalement. Comtes de cet acabit. C'est ainsi que Fayet {diminutif de son compatriote Lafayette), déjà Monseigneur etEvêque de la ville la mieux nommée des premiers Princes du sang et de \or de France [Orléans) a été créé Comte romain par le Roi MRUv-CapeUari îa.[se\iT'Ué de chapeaux rouges (il fit jusqu'à i 00 Cardinaux !)... Ce qui n'empêcha point (ce qui provoqua peut-être plus que rélection de Monseigneur à la seconde Constituante) le Choléra de Dieu de le frapper le premier dans cette assemblée...

Voilà tous les Cardinaux Princes de FEtatcomme de l'Eglise. Ce n'était point assez pour les Papes-rois, et pour les cardinaux. L'un d'eux est appelé à se trouver le premier : c'est. .. précisément le dernier venu ! — et , comme on dit en sacré collège même, la première Créature (***)d'uQ homme devenu Créateur , et même Dieu en effet.

(*} Philippe-le-Bel répondait à sa Sainteté Boniface VIII ; Sciât tua maxinia fataiias . . .

(**) Le Pape dit au Cardinal, en l'instituant : Estote Princeps mundi !

Le nom d' Eminences , qui est remplacé déjà par celui A'Eminentissimes , a été donné aux cardinaux ex cathedra^ par Urbain VIII, qui était, à son élection, archevêque de Nazareth ; qui passa son pontificat à faire princes , ducs et même rois ses parents. — Aussi, dit-on, à Rome, non pas auri, mais Ostyi sacra f unies.

(**}Voici les surnoms, les honneurs, les glorifications. ... honteux de la preniièi c des grandes créatures de l'avant-dernier Roi créateur (textuel) :

« Luigi Lambruschini , délia Congregazione de Chierici Regolari di S. Paolo , Genovese.. nato li 16 Maggio 1776, Vescovo di Sabina , Abate di S. Maria di Farfa, Segretario di Stato di SUA SANTITA, et de Brevi Pontifiai , Bibliotecario

Le grand Cardinal , après celui-là , semble , par sa dénomination propre, appelé à montrer encore mieux la puissance royale : c'est le Camérier en grand, ou le Camerlingue.

Ensuite des Cardinaux éminentissimes, viennent les CardU naux-Evêques et même Archevêques ; et les Cai^dinaux-Diacres, souvent plus importants encore : car ils montrent encore mieux la royale omnipotence, qui peut élever, d'un coup, jusque par-dessus tout le corps épiscopal de la chrétienté, une sorte de laïque !

Voilà bon pour Rome et l'Italie. A l'étranger, il y avait encore plus royal. C'était ces égaux, ces supérieurs même des rois ordinaires, plus grands mille fois que les Douze Pairs de Charlemagne , sous le titre de Patriarches ( il y en avait douze aussi), qui ne sont plus aujourd'hui que des titres dégradés V*), mais dont la destinée fut de faire trembler tour à tour les peuples devant les Rois, et les Papes même devant les peuples.

Grégoire VII, impuissant à faire des patriarches à sa guise en France, n'exhuma-t-il pas des Primats des Gaules, qui se signent encore aujourd'hui à Lyon!

Le ilivQ à' Archevêque n'est guère plus chrétien que celui de Cardinal,,., Et il rappelle les Archisynagogi des Juifs, si

di S' Chiesa, Gran Priore in Roma dell'Ordine Gerosolimitano , Gran Ganjellier e degli Ordini Equestri Pontifici.

i^Prefetto délia Sacra Gongregazione dcgli Sludi ;

Congreg. S. Uffizio , Vescovi e Regolari, Goucilio, Propaganda, Riti, Disciplina Regolare, Esame de' Vescovi in Sacra Teologia, Gorrezione de' Libri délia Ghiesa Orientale , Economica , Affari Ecclesiastici straordinari.

v)Prott. degli antichi enuovi Staii di S, M. il Be di Sardegna ^ delV Ordine de Minori Osservanti e Riformati, dell'Ordine de' Servi di Maria, di tutte le Trappe di Francia, di tutta la Società délie Dame del Sacro Guore di Gesù^ dell' Accademia Teolo<jica nell' Università Romana, dei Gollegi Liegese e Umbro Fuccioli, dell'intero Istituto dei Fratelli délie Scuole Cristiane, dell' Arciconfraternita di Santa Maria dell' Orazione délia Morte, del Capitolo Loretano, délia- Camem di Commercio di Ancona, délie GitfH di Orvieto, di Tolentino, di Amelia, di Nocera, di Sassoferrato, di Terracina, di Nnrni, di Civita Gastellana, di Gomacchio, di S. Severino, di Todi, e di Bevagna, di Gomuni di Cliiaravalle, di Monte Giorgio, di Caprarola, délia Fara, délia Ven. Gongregazione degli Oblati di Maria Vergine fondata in Pinerolo, deirArciconfraternita délia Beata Vergine del Carraine in Trastevere, delloStabilimento detto Opéra Pia Michelini presso la Chiesa di S. Pasquale in Trastevere, del Nobile Collegio degli Orefici ed Argentieri délia CiitcL di Roma, e délia Gongregazione di Carità eretta in Poggio Mirteto. »

Voilà certes de quoi occuper le jour et la nuit 20 et même 50 et 100 prêtres... Et cependant Lambruschini était seul! et il était septuagénaire, et souffrant, et usé (c'est son mot à nous parlant!) et Son Eminentissime dormait la nuit , et envoyait des dragons le jour.

(*) Le premier patriarcat fut celui d'Antioche, Aes Antiochus^ sortes à'Antechrists, avant le Christ. Le Primat résidait et souvent régnait eu Afrique. Et les Exarques, autres rois spirituels et sortes d'exacteiirs omnipotents, dominaient plus particulièrement en Asie.

(**) Ce qui a entraîné la dénomination hors ligne d'Archevèciixe Métropolitain {l'épithète orientale d'Occident, en treize lettres)^ longue d'une aune, presque au-

DANS LE LIEU SAINT

mal notés dans l'Ecriture. Le premier Evêque qui le prit, celui d'Alexandrie, ne paraît pas avoir été bien Romain, car le Pape n'était encore que V Evêque de Rome.

Le titre de Seigneur, devenu le propre des Evéqucs (les cardinaux ne s'en soucient plus) et des Pi^élats romains, n'est guère moins attentatoire à la majesté du Dieu seul : à ce point que l'empereur Auguste lui-même, au rapport de Tertullien, n'avait point osé le recevoir : Augustus, Imperii formatoi\ ne Dominum quidem dici volebat, Apol. XXXIII.

Le sort des Ordres religieux a suivi celui des prélatures. Les premiers chrétiens, profondément et purement chrétiens , pauvres ous'appauvrissant, n'ayant rien à eux. s'assemblaient en Couvents (de Conventus) en Communautés ; en Communions. Avec les progrès de la richesse et de la décadence des Papes-rois et des Evêques-princes, ce fut bientôt toute autre chose. — Et d'abord les Ordres en général, devenus comme synonymes de Commandements et de Monarchies spéciales. — Puis, en particulier, des Dominicains (*), au nom réservé du

tant que celle des articles de la Gazeffe, signés , en toutes lettres : Duc Larochefoucauld de Doudeauville,

C) Le?, Bénédictins eux-mêmes, lorsqu'ils prirent le nom de leur fondateur saint Benoît, commencèrent à déroger : car ce nom était brillant, et marquait le bien parler et le bien faire, Véloquence et la vertu , plutôt que le devoir. — Les Bénédictins aussi finirent en France, et même au Mont Cassin , par des Académies des\inscriptions ; \i?iv à' énoxmes Montfaucon et Mabillon, ... qui aboutissaient à des Cliaudon et Delandine, et enfin à des Guéranger, et C. — Les Oratorienî , appelés par leur nom Cicéronien a parler encore mieux qu'à prier, furent encore plus malheureux. Ils commençaient en France par un pbilosopbe illisible comme Malebranche; un théologien glacé, comme Duguet; un savane anormal, comme Richard Simon ; et finissaient par des Terrassou et des Houlteville; et, si Ton veut, par un Massillon purement oratoire : car il sacra evêque, et en trois jours, dit-on, celui qui était déjà (allant être) le cardinal Dubois ! Les Solitaires de Port-Royal eux-mêmes , si désintéressés et si clairvoyants d'ailleurs, étant plus studieux et savants en secret que bienfaisants dans la société , finirent avant le temps., et sont demeurés comme ensevelis.

Dans l'ordre de laProvidence , les communautés régulières, en général, allaienr mieux aux femmes qu'aux hommes. Et c'est la raison du plus grand nombre er du meilleur ordre des unes que des autres , et même de leurs plus beaux noms , et selon Dieu et selon le monde. Rien n'égale, dans l'Histoire ecclésiastique, et jusque dans les Chroniques municipales, les Clarisses de saint François d'Assise ; Jes Carmélites Ae sainte Thérèse; les f^isitations de saint François de Sales: et même les Ursnlines d'Italie de sainte Angèle de Mérici, et celles de France de iM"^^ de Sainte Beuve.

Les Ordres, en général , et surtout dans le XVIIIe siècle, finissaient, comme le Manoir, la Fillay hi Campagne^ pour les gens du monde , par n'être plus que le moyen d'être heureux pour les chrétiens qui n'ont ni le courage de se faire prêtres à charge d'âmes, ni Taudace de se faire mondains. Moyen terme , entre le monde et Dieu, qui ne veut point de milieu. Les Camaldules en Italie, et les ?^aZZom&reM5e5 , célébrés par les poètes, avaient tout Fair, et souvent le jeu du farniente et du sybarilisme dont les dévots ne se font pas scrupule.

En sorte qu'il ne reste plus, en fait d'Ordres possibles, et ils commenc€nt à

Seigneur : Dominus, — Et, enchérissant sur tous les autres, la Compagnie de Jésus, les Jésuites, comme s'identifiant avec le Fils de Dieu, que Dieu le Père avait fait en un sens plus grand que lui-même , n'ont pas craint d'appeler cavalièrement leur supérieur : Général !

Toutes dénominations et toutes choses inconnues dans toute l'Ecriture, que voulurent prévenir, ou auxquelles voulurent remédier les trois plus grands hommes de toute l'Eglise en action : saint François d'Assise , saint François de Paule et saint Vincent de Paul,... que les autres Ordres envieux voulurent dégrader sous l'épithète de Mendiants !

Mais aussi, lorsque les Franciscains proprement dits , les Bernardins^ les Trappistes de Gîteaux et de Glairvaux, les Minimes àe François de Vdiule^les Chartreux, les Lazaristes (du nom du Pauvre par excellence, Lazare), les Missionnaires au delà des mers , les Missionnaires même dans les campagnes , les Frères et Sœurs de la Charité ; les Frères de la Doctrine chrétienne, les Ermites même sont demeurés respectés, souvent admirés, et peuvent aller le front haut, et impunément, au milieu des' révolutions en armes dans les rues, les Jésuites sont forcés de se déguiser ou de se nier ; les Carm£s et les Moines soni devenus impossibles; les Capucins feraient rire, et Dominicains, pitié! — Et si vousvoyez F apparence seulement d'un Jésuite aux barricades du Faubourg de St-AntoineAQ- Grand, c'est pour le voir viser ou tuer d'une fenêtre !

II. Les dénominations propres ou non du clergô du second ordre.

Les noms, les titres, les surnoms mêmes du Prêtre en général, comme ceux du Pape, sont des histoires et des philosophies de leur faiblesse, comme de leur force. Les Prêtres de l'ancienne loi, dégénérés, devinrent et se nommèrent eux-mêmes les Pharisiens et les Scribes, Les Sacerdotes (de sacra docentes, enseignant les vérités divines) de la loi nouvelle ne tardèrent pas à se laisser dénommer, à se laisser dépouiller, à se dépouiller eux-mêmes, en italien, en latin, etc. (il n'en est resté en français que Y diàÎQciïi sacerdotal, odieux), de ce nom sublime et sans équivalent , pour s'appeler successivement ou simultanément, du nom dur ou durifîé de Presbyter en latin, et du nom français plus durifié encore : Prêtre . Le premier al-

absorber tous les autres (et celui des Liffuoristes et des Bédemptoristes lui-même) que ceux qui expriment les devoirs les plus austères : les Passîonistes, de Paul de la Croix, ayant pour armes un Cœur avec le mot : Jesu Christi Passio; et les hommes du peuple de Tilly qui commencent à se révéler aux grands, sous le plus obligatoire de tous les noms .-celui delà Miséricorde,

lait , pour s'y ensevelir, au Preshytéranisme {Luî/iëranisme mitigé) ; et le second,... à un outrage. Lorsqu'un jour Lamennais a dit : « Je vous feixd voir ce que c'est qu un Prêtre, » il Tavait déjà fait.

Dès le milieu et le plus beau du siècle de Louis XIV, un savant et vertueux chanoine réimprimait à Paris, sous le patronage du très-illustre Prince François de Lorraine^ Evêque et comte de Verdun, un Boîî Curé , où il est dit : a L'honneur de la prêtrise est à mépris, et il semble que le nom de Prêlre soit devenu une ii^jure... Ceux qui en ont abusé l'ont rendu méprisable et ravalé au point où nous le voyons, Dieu l'ayant permis en exécution de ses menaces pour châtier nos abus. » Et le bon chanoine d'intituler un de ses chapitres : Le mépris qu'ion fait des Prêtres leur tient lieu de châtiment; » et de traduire à ce sujet tout un chapitre ad hoc du Prophète Mala-

chie : « Si vous ne prenez à cœur de vous bien acquitter

de vos charges pour ma gloire, je vous rendrai misérables, je vous jetterai avec mépris l'épaule qui vous revient du sacrifice ; je vous jetterai au nez la fiente de la victime... Vous avez scandalisé et porté au mal le peuple par votre exemple ; c'est pourquoi je ferai que le déshonneur que vous m'avez fait soit puni par le déshonneur que vous recevrez de ceux à qui j'avais commandé de vous honorer... »

Puis, le Bon Chanoine^ qui aspire à faire le Bon Curé, ajoute : « Et n'est-ce pas cela que le Fils de Dieu lui-même prédit, sans l'entremise d'aucun prophète, lorsqu'il dit : « Si le sel s'affadit et se corrompt lui-même, à quoi est-il bon, qu'à jeter sur le fumier pour y être foulé aux pieds des passants?... »

De là, le nom plus simple, mais plus malavisé encore à d'autres égards, de Clerc: car il rappelait le devoir de la clarté par excellence ( claritas Dei. Luc. Il , 9) dans les hommes que leur négligence de Dieu et leur zèle du monde allait faire passer pour les types de V obscurantisme. De ce nom d'homme, il n'est plus reste que le nom générique de Clergé, appelé malheureusement encore à rappeler un Ordre d'aristocratie et même de royauté ;ei puis, V adjectif que l'usage a flétri encore, et dont le proverbe clérical et la poésie ont fait l'accolyte-né de monacal.

On n'a trouvé, pour remplacer le nom court de Cleix, que celui Ecclésiastique , lequel a le malheur d'être impossible aux enfants et au peuple , qui font seuls le Dictionnaire dont V Académie n'est que le secrétaire, et de n'avoir qu'un sens philosophique ( éclectisme) devenu invisible, même aux savants.

Le nom de Clerc est passé à tout ce qu'il y a de plus bas au monde, les copistes des procureurs ; et aux sottises de tout le monde : les pas de clerc,

lia fallu alors un nouveau titre pour le prêtre en général:

ce fut celui d'Abbatus (abattus en effet !) , ou d'Abbé : de VAbbas Pater ^ l'un des noms réservés au Seigneur... De l'un, on a fait Rabbat; et d'abbé (comme a, 6, c) : R-abbin,

Le nom d'Abbé en Italie, et même en France, est tellement vulgaire et prestolet^ qu'il n'appartient plus guère qu'aux Sous-Diacres,

C'est dansl'insufïisance, déjà existante ou probable, des noms (V Ecclésiastique et ci Abbé y que diverses églises particulières ont imaginé d'autres noms. En France, les unes celui de Cui^é, les autres celui de Recteur : ce qui n'a pas été mieux avisé ; car le premier, qui est à mille lieues d'énoncer la responsabilité^ et n'offre guère le souvenir de son origine {curans, le curateur du troupeau), est encore dur à l'oreille, et même trivial à l'esprit; et, le nom de Recteur, par le malheur de V Université , est devenu synonyme de maître d'Ecole^ et même de pédant.

Le nom latin de Parochus, seul usité dans le pauvre Droit canon, est tellement peu consonant, qu'en français du jour, il serait naturellement baroque,,. Il faut rire et faire rire à présent pour ridiculiser...

Fatalités linguistiques plus grandes encore peut-être : on a donné à la cure et au presbytère même, la maison du Curé et du Prêtre, les noms personnels du Prêtre et du Curé!!! — Et, par un renversement plus curieux encore, le nom plus ancien du Prêtre chargé d'âmes, Par^ociius , demeuré impossible , est devenu celui des Laïques :\e?> Paroissiens (de parère, obéir), et même de la ville ou du village dont le prêtre est chargé : la Paroisse,

Et la Cure par excellence s'est trouvée synonyme de curée (ie^ seul souvenir des Curetés^ synonymes des Corybantes, et même des Satyres, des Bacches , les Prêtres de l'enfant Jupiter, devait empêcher les Curés, (V. les Mystères du Paganisme, de M. de Sainte-Croix...) ; et elle a donné son nom diu.^ traitements d'argent des charges du monde, lorsqu'on appelle les autres : sinécures l

Lorsque nos seigneurs les Prélats, Comtes romains ou non, ont voulu se donner à eux-mêmes des Cardinaux au petit peid, ils ont été plus malheureux encore à les distinguer personnellement en prêtres^ et archi-prêtres ; et même en diacres ei archi'diacres ; et puis {de canons) : en Chanoines! — et à dénommer leur corps (de Capital , et même de Caput ) : Chapitre! Le plus fameux, celui de Saint Denis, dont Louis- Philippe, la veille de sa chute, voulait faire l'archevêché de Paris, avait pris soin de se ridiculiser lui-même sous le nom de Primicerie,

Les derniers évêques de l'Eglise gallicane , qui semblait s'être relevée dans ses martyrs des Carmes, de V Abbaye et de Saint Lazare^ s'imaginant peut-être traiter de Maillées à Clerc,

DANS LE LIEU SÀINT

lorsqu'ils traitaient de Clercs à Maître, en traitant avec Bonaparte, et dM6b\\v\Qm:?>Monseigneuries, et relever ce qu'ils nommaient les Cwre5 de canton, ont consommé par le Concordat îeur propre ruine, dans celle de la majorité du Clergé (qu'ils appelaient d'ailleurs du second ordre, bien qu'il fût premier, puisque seul il porte le poids du jour et de la chaleur , et la charge, plus pesante encore, des âmes), en lui trouvant le nom nouveau, celui-là, de desservants l O tempora ! ô mores!

Nos Seigneurs avaient stipulé , en remplacement de leur ancienne Grande aumônerie et de leur Feuille des Bénéfices (autres bouts de l'oreille de lYine,,. d'or), un Ministère propre dans le gouvernement impérial ; et ils n'ont eu que le dernier de tous (le seul dont le héros n'a pas même sa voix au Conseil, où celui de la guerre les a souvent toutes); et le pire, et le seul perfidement nommé : des Cultes, qui n'eut, pour premier titulaire, que le plus pauvre des avocats et des dévots... à Bonaparte : Bigot. — Lequel s'est hâté de dégénérer, sous la Restauration (où la religion ne fut en effet qu'une affaire, et même une affaire étrangère) ; et, sous la branche aînée, dans un ministère des affaires (*) ecclésiastiques. ( Rome ellemême n'a-t-elle pas pris, à moins qu'elle n'ait donné, à la principale de ses Congrégations le nom de Affari ecclesiatîci'î),.. au profit de àeVi^Prélais de Cour successifs malheureux (FrayssinousetFeutrier); — et sous la Brandie cadette, en une succursale ou desserte àeY Instruction publique, et même de la Chancellerie, au profit de MM. Persil, de la Monnaie; Barthe, des Comptes, etc.; Salvandy, de V Académie; et Falloux (mieux valaient Mérilhou et Crémieux), frère du Prélat Camérier secret de Maur-Capellari , et l'auteur fanatique d'une prétendue Histoire de Pie F, et d'une apologie de la Saint Barthélemi!

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