L'hoîrenr de Dieu pour le Prêtre-roi
Il nous faut, à présent, mettre en regard des noms religieux, civils, politiques, naturels, avoués, et de la hiérar-
(*) Les avocats et les abbés eurent toujours des rapports honorables,., d'études romaines, et jusque de vêtements...
Le costume du prêtre , qui est aussi un nom , a eu par sa seule façon , et surtout par sa seule couleur, tout le malheur de ses noms divers : le noir, l'absence de toutes les couleurs , et le contraire du blanc, leur réunion. L'un, le signe de l'erreur, II est le propre du juge et de l'avocat de la propriété et de la supériorité ; .et du docteur, le plus souvent ignare et fatal des maladies du corps. Le blancy c'est la vérité. L'Eglise, en cela plus infaillible qu'elle ne pense, impose au prêtre VAuhe {d'alba, blanche) à l'autel, où le prêtre est Dieu; en même temps qu'elle le laissait revêtir le noir dans le monde , où le plus souvent il est homme.
Le noir seul suffirait à nuire aux hommes, en faisant peur aux enfants, que l-: Sauveur appelait de préférence. Il était aisé de prévoir, il était naturel que k
chie sacerdotale vraie, les noms et les qualifications de la fausse. Ils sont encore plus historiques, et plus expressifs des plus hautes vérités.
Et d'abord, les généraux de rAncien-Testament, caractérisés et flétris par le Nouveau : celui de Pharisiens (radical aujourd'hui de la beauté vieillie), expressif des Prêtres quasi héréditaires et nobles du Temple, devenus les types-nés de l'orgueil, du péché et de l'hypocrisie ; — celui de Scribes, devenus si usuels, si frappants,' si corrupteurs, depuis les siècles de l'imprimerie ; — celui de Docteurs de la loi, qui est encore plus tout cela depuis le règne du double droit civil et canon ; — celui de Faux Prophètes (*). — Leurs dénominations communes, plus flétrissantes encore, de races de vipères! et de 5epulcres blanchis] — Et leurs personnifications profondes ; en Caïphe le Grand Prêtre, mille fois plus exécrable que le gou~ verneur Pilate; en Judas Jscariote, plus exécrable mille fois que le Roi Hërode,
Les noms ouïes épithètes apostoliques des rebelles au Christianisme naissant, et sortant, si nous osons le dire, comme tout armé du cerveau du Père éternel et de iehoY ah (Jupiter est leur contrefaçon), ne sont pas moins forts. Saint Paul donne la qualification de Déicides relaps aux simples chréjtiens infidèles : Rursum crucificentes sibimetipsis Filium Dei. Hebr. VI, 6. Le plus simple Prêtre dans la paroisse est encore pire : il est le Loup dévorant la bergerie, sous le vêtement de l'Agneau. Et c'est le bon Pasteur lui-même qui le dit : In vestibus Ovium, Lupi rapaces. Matth. VII, 15-23.
Quand il s agit de peindre le Pontife ou l'Evêque indigne, le Scandaleux par excellence (**), l'Esprit-Saint exhale des paroles encore plus indignées. C'est tantôtl'Homme Inique : Ille Iniquus? II Thess. il , 8; — tantôt le Pécheur par excellence et l'Homme de Péché: Homo Peccati (ibid.); — tantôt l'Homme
vêtement des prêtres leur valût un nom ; et môme le plus injurieux, sans excepter celui d'apostats les Noirs (le Neri des Romains et des Italiens est encore plus odieux que les noirs français).
O faibles témoignages d'une religion naturellement chrétienne, paternelle et divine ! Les évêques ont eu le soin d'affaiblir la couleur de l inexistence par celle de la décomposition corporelle.... (le violet); les cardinaux, par celle du martyre (le ronge); et le Pape, infiniment mieux inspiré, mais inconséquent, s'il est roi, ne revêt jamais que le blanc.
(*) Les Faux prophètes manquent encore moins aux grands qu'aux petits de l'Eglise. Vous les voyez tous depuis 1830, encore mieux qu'en 1789, toujours, et presque seuls , étonnés à la vue de tous les événements. La Gazette de l'abbé de Genoude, moteur et représentant de tous les journaux religieux , et surtout de ceux quelle attaque, ne fait, depuis 25 années, qu'annoncer de? restaurations, au lieu de révolutions qui arrivent.
In petrâ Scandali. IsAî. VÏIÎ, 14 ; Scandalum iniquitatis. EzECH. VII, 19, etc.; Post me Scandalum es Matth. XVI, 28 ; Petram Scandali, ?\.0M. IX, 33 ; 1 ,
PSTR. 2,8.
DANS LE LIEU SAINT
de Perdition : Homo Perditionis, Jean XVII , 2 ; II Thes- SAL. 4 i , 3; — tantôt l'Impie : Impius et Peccator. Petr. IV, 1 8; tantôt l'Abominable: Abominabilis. Job XV; XXXIII ; Ezech. XVI, 25 ; — toujours, et surtout finalement , V Antéchrist. — Et, lorsqu'il s'agit de la nature de l'action de l'Apostat c'est toujours le Désolateur du sanctuaire, et dans le sanctuaire qu'il est dit : In Templo Abominatio desolationis etc. Daniel, etc. passim.
C'est plutôt aux Papes, aux Evêques, aux prêtres tiédes apparemment qu'aux laïques de ce caractère que le Sage dit : « Les Puissants seront crucifiés Puissamment ; » et que saint Paul écrit à sa si chère Eglise de Corintlie , XI, 27 — 29, ces paroles éminentes: « Celui qui boit indignement(depuis longtemps le Laïque ne boit plusî..) le Calice du Seigneur rend criminel du corps et du sang du Seigneur,.. Celui qui les mange et boit indignement, mange et boit sa propre condamnation. »
La responsabilité personnelle du Pape, del'Evêque, du Religieux et du Curé Rois, cette responsabilité, dont nous avons tant et si souvent parlé, à laquelle tout va, et en laquelle tout se réduit, a toujours aussi, etpartout, des preuves nouvelles, et surtout des arguments pris des objections mêmes qu'on lui fait. Car, je dirai contre elle ce qu'on n'a pas dit encore : « Comment croire que le premier Pape, en particulier, saint Pierre, qui a pu dire au Sauveur: « Vous savez, Seigneur, si je vous aime ; » et auquel le Seigneur a pu répondre immédiatement : « Paissez mes Agneaux « Jean, XXÎ, 4 5,... cet homme de prédilection et de choix pourrait jamais se trouver sous le poids de la responsabilité de toute l'Eglise?... Or, ce qui est vrai de lui, ne le serait-il point de tous les autres Apôtres et Evêques? » — Non certes, et c'est ici qu'en nous référant à tout ce que nous en avons dit dans les premières parties de cet ouvrage , nous le corroborerons par de nouvelles raisons invincibles, plutôt supposées que dites déjà.
Lois générales de Dieu : « Rien de grand n'a de grands commencements ; et rien ne commence par l'erreur absolue, le péché déterminé, le mal enfin et la damination, mais tout finît par là. Si saint Jean-Raptiste et saint Joseph ne péchèrent jamais, et si leur martyre, plus ou moins éclatant, fut tout sacrifice et réversibilité pour la Synagogue et FEgiise, il n'en fut pas de même de saint Pierre et de saint Paul... Celui-ci en
{") C'est ici qu'il faudrait pouvoir ajouter toutes les malédictions, toutes les Imprécations des Prophètes, et surtout peut-être de celui qui était Pioi, David. Les Psaume? , bien compris , sont iouie une Philippiqiie divine contre le prêtre roi d'abord ; et puis , contre le roi laïque, par surcroît : lesquels ensemble dé' vorent le peuple comme un morceau de pain : Dévorant plebeni meam siciit escani partis, XII), 4; LII, 5.
LA GRAINDE APOSTASIE
particulier, ravi au troisième ciel, savait sans doute assez sa mort temporelle, si expiatoire. Et toutefois il déclare en plusieurs lieux qu'il n'est pas sûr de son propre salut !
ïl n'en fut pas surtout, et il n'en devait pas être de même pour les Apôtres et les Papes, successeurs, et à l'infini, de saint Pierre et saint Paul: car, ainsi que nous l'avons déjà dit ailleurs, pour répondre à l'objection du Progrès et du changement dans les mœurs, ceux-ci leur avaient rendu tout facile. îis avaient comme tout fait. Les siècles qui ont suivi le premier siècle, les premiers mille ans, les seconds mille ans ont fait, ont accompli bien autrement. Le Christianisme, devenu universel et Catholique même par ses objections et ses ennemis, ne demande plus qu'à n'être point renié, point apostasié par ses ministres. Et la force des trois Verbes du Sauveur à saint Pierre, rapportés par saint Jean, pour assurer à jamais sur la Confession de saint Pierre, le gouvernement et le salut de l'Eglise, apparaît seule en éclat, pour montrer la facilité de la mission et du devoir des Papes et des Prêtres des temps modernes. — P Pai6'5^2:? c'est-à-dire moins, s'il est possible, que soigner et diriger le troupeau: le laisser aller, devant soi, comme fait le plus simple, le plus pauvre, le plus petit berger. Dieu s'est réservé de procurer le pâturage, qm ne manque jamais. — IP Paissez me5 Brebis, c'est-àdire ce qui est Mien, ce qui ne fait qu'zm avec moi, et que je soigne et repais moi-même, en merepaissant, — HP Mes Brebis'! (c'est-à-dire le Peuple, et ici les grands ne diffèrent pas des petits) : ce qu'il y|a, à la fois, de plus fondamental dans la vie et le vêtement matériels, de plus sobre, de plus généreux, de plus obéissant y comme le Sauveur, jusqu'à la mort\ de plus aisé à gouverner, lorsqu'on sait Dieu; de ^lusmouton enfin... si ce n'est qu'on le force, qu'on le dénature, qu'on le fasse enrager.,. Et qui peut cela que le Berger?... Le Loup i^q dénature pas, il dévore; et pas mille ou cent Brebis, mais dix ou une... Mais alors, apparemment, comme c'est le Berger qui a seul pu faire, et fait le mal, c'est lui seul qui doit en répondre, comme il est dit.
Et le dogme de la Responsabilité des successeurs des douze et même des douze, n'est pas sous-entendu seulement partout dans le Nouveau Testament, il y est exprimé fréquemment de la façon la plus énergique. Saint Paul , qui est le plus profond, le seul profond interprète de l'Evangile, le déclare, et pour cause , précisément dans sa dernière et plus magnifique Epître, celle aux Hébreux; et, à la fin, au chapitre treize et fatal, et comme pour couronner toute sa théologie : « Que vos mœurs n'aient pas même l'apparence de Y intérêt; soyez contents de ce que vous avez le jour pour le jour : Sint mores mie avaritid, contenti prœsentibus,,.. » Tous, tant que nous
DANS LE LIEU SAINT
sommes, nous n'avons point de cité à demeure : Non liabemus fiïc manentem civitatem, sed futuram. 4 4. Donnons à tous: BeneficenticBetcommunionisnoliteobliviscL Et surtout : «Obéissez à ceux qui sont préposés à votre salut (saint Paul se nommait lui-même ainsi), car ils passent eux-mêmes les nuits à trembler pour eux-mêmes, sachant qu'ils seront appelés à rendre Compte de vos âmes. 17 : Ipsi peimgiiant quasi iritionem pro animabus vestris reddituri.
Mais c'est l'Esprit-Saint de saint Jean surtout qui triomphe à rendre effroyables, et à effrayer, s'il se peut, les nouveaux et derniers Hommes de Péché. Gomme Daniel, il les manifeste, il les rend hideux, sous toutes les formes, de quatre animaux immondes et de quatre Bêtes plus ou moins scarlatines, horribles. Le Dragon principalement. Il leur inflige , à eux , hommes destinés à la virginité^ les noms de Femmes et de Grawdes Prostituées des Rois et des Nations ! — Il donne à Rome ellemême, la nouvelle Cité sainte, et la Ville éternelle, précisément le nom de la cité des royautés et des corruptions, de la ville périe, de la ville dont on sait à peine la place : la Babylone de Nabuchodonosor !
Plus terrible encore, l'Esprit-Saint de l'Apocalypse donne aux deux derniers Anges tombés de l'Eglise universelle, à l'un le nom à' Ange de PhUadelpkie ( le nom de la capitale et du Nouveau Monde, celui de l'or) ; et à l'autre, le nom, plus terrible encore, à' Ange de Laodicée (le nom de la seconde Tyr, dont Tacite a peint l'ensevelissement) la double qualification de TIÈDE, et de RICHE, de pauvre et à' aveugle : Tepidus,.. quia dicis : Quod dives sum, et iocupletatus ; et nescis quia tu es... Pauper et Ccecus. I IL i 5-1 7.
Le Prêtre Tiède?,», c'est, en dernière analyse, pire qu'Alexandre Borgia ; et Dieu lui dit : « Je commencerai par vous vomir : Incipiam te evomere ex ore meo, »
Et qui pourrait, en 1850 principalement, lire sans effroi, et même sans larmes, les deux chapitres ( 17 et 18^ ) de l'Apocalypse, dont chaque verset , chaque mot est , on peut le dire, Romain et anti-Romain. Depuis la Femme Siégeant (Mwlierem Sedentem) sur une hèXe à^Fcarlate {Super BestiamCoccineam) : c'est-à-dire (car \ Apocalypse^ éclatant à l'œil du Gros- Jean^ n'est mystérieux que pour le Curé) , la grande Cité qui a la puissance sur les Rois de la terre, 1 8 : Civitas Magna quœ habet Regnum super Reges terrée; et qui, seule au monde, a toujours dit, et dit encore à Portici du Vésuve : « Je suis Reine; et je ne suis pas Veuve ; et je ne verrai point de deuil. XVIII, 7 : Sedeo Regina, etc. — Et depuis cette prière du verset 20 : Saints Apôtres, témoignez-en votre joie . parce que Dieu vous a vengés d'elle : Exultate super Eam, Sancti Apostolil yjisqM'k ce trait du 23* : « Et la Lumière de la Lumière ne luira plus en toi
jamais : Et Lux LucerncB non Liicebit in Teampliùs;eildL Voix ûeV Epoux ei celle de VEpouse ne seroiitplus entendues : Etxwx Sponsi etSponsœ non audîeiur in Te, Et cela parce quê tes maîtres étaient Princes de la terre, et qu'ils ont laissé se corrompre toutes les nations : Quia Mercatores tui erant Principes terrœ, quia in veneficiis tuis erraverunt Omnes Gentes ; et que le Sang des Prophètes et des Saints (et àes saints Apôtres, 20 et 24) a été trouvé chez elle : Et in ea Sanguis prophetarum et sanctorum inventus est.
Sur la terre enfin, et surtout aux derniers temps delà terre, comme au commencement, dans le Ciel, le plus grandEnnemi de Dieu, sans le savoir, doit se trouver celui pour lequel Dieu avait le plus fait, qu il avait placé à côté de lui ; et ce grand ennemi doit comme se confondre avec le Premier Ange révolté et tombé : Lucifer 1
Et puisque nous en sommes à l'horreur qu'on a, dans le Ciel, pour la propriété, et surtout pour la principauté et la royauté du prêtre , nous pouvons bien rappeler ici , comme autorités, pour le prêtre, ces nombreuses Filles saintes, ces humbles Servantes du Seigneur, à la suite de la plus humble, ces Extatiques extraordinaires, qui semblent, à présent, passer de ritalie et du Tyrol en France ; et ces jeunes hommes, encore plus extraordinaires, et personnellement prédits comme elles, qui les précèdent dans la carrière des Avertissements miraculeux, dans un siècle rempli d'événements plus miraculeux encore. Et qui , tous ensemble, n'ont de voix et de cris que contre le Pape-roi et le clergé propriétaire On pourrait en compter sept, juste {*) ; et y trouver les sept Tonnerres
(*) En fait d'hommes à compter seulement de Martin-Michel, le paysan d'Allemagne; et de Thomas Martin, le laboureur du diocèse de Chartres, de 1815 à 1830, jusqu'à l'Ouvrier Pierre Michel, du diocèse de Bayeux , dont les Hdvêlatwns, de plus en plus prodijjieuses , pour tous les yeux et toutes les oreilles, datent de 1840 ; et, depuis le laboureur uiécanicien de Musy-les-Dreu\ , méprisé dans !e même diocèse de Chartres (moribond depuis 215 années) , sous le nom de C/mcou, jusqu'au fils dn menuisier de Saint (Claude, Villermoz, dont le frère et le maître du Père Lacordaire vient de se faire le visiteur, le bien-aimé, et l'historien .
Le diocèse de Saiiu Claude est l'un des meilleurs et des plus heureux de tous les diocèses, parce qu'il est l'un des plus pauvres, et qu'il eut, pour cela même, de moins mauvais pasteurs, li en avait un, on peut le dire sublime, et peut-être unique, r.n la grande année 1789. Et la preuve n'en est pas équivoque : elle est écrite dans < e qu'on peut appeler un chef-d'œuvre , et peut-être le chef d'œuvre de tout le XViîIe siècle, et le plus di^ne d'être réimprimé et distribué par tous les évêques à tout le clergé de France, sous le titre Instruction Pastorale « pour rappeler aux pasteurs leurs principaux devoirs dans les temps d'épreuve. »... •< Si, témoins des maux qui vont fondre sur le peuple de Dieu, nous gardons un coupable silence , le sang de tous ceux qui périssent nous sera demandé »... « C'est nous , faisons-en l'humble aveu, puisque la vérité l'ordonne, c'est nous qui avons fait blasphémer le nom du Seigneur parmi les nations, qui avons armé la langue des impies contre son Eglise : Per vos hlasphematur nomen Dei inter gentes. Iîom. lî, 24, « — « Prenons garde, dit Bossuet dans ses Méditations , tout ce que nous
DANS LE LIEU SAINT
révélateurs et instructeurs annoncés par saint Jean dans l'Apocalypse comme le plus grand Signe d'un Seigneur, toujours ancien et toujours nouveau, à la veille d'apparaître plus plein de colère et de grâces que jamais : — de colère ^ contre le prêtre, car il n'y a plus sur la terre de cette foi immense dont il l'avait seul chargé pour elle.... (il l'avait prédit, et le Cow{?z7e de Paris vient d'en reconnaître et d'en proclamer le fait accompli !) ;— et de grâces pour les peuples, que les prêtres propriétaires ont seuls corrompus , et pour les prêtres euxmêmes, s ils ouvrent enfin les yeux à la lumière du soleil.