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IV. L'horreur publique du prStre-Boi

Summo cum monte videraus

Ipsum inter pecudes vastà se mole moventem Pastorem Polyphemum , et liitora nota peteniem Monstrum horrendum , informe , ingens , oui lumen ademptum. JEs. 111.

L'horreur publique, c'est l'opinion publique la plus prononcée ; et, comme Pascal a dit : l'Opinion, est la reine du monde, nous avons dit, nous, le Peuple-Roi.

sommes de supérieurs de nous réjouir pas de la prélature , mais de trembler d'imiter les Pharisiens dans l'esprit d'ambition, d'intérêt, d'ostentation que saint Marc et saint Luc ont observé comme le plus remarquable. Nous porterons la peine de tout le sang répandu. La prodi^,ieuse révolte du Luthéranisme a été une punition vi<;ible du relâchement du clergé. Dieu a puni sur nos pères et il continue de punir sur nous tous les relâchements des siècles passés. >'ous devons craindre que la révolte ne dure jusqu'à ce que nous ayons entièrement banni du milieu de nous tout ce levain pharisaïque... «

Et qui n'admirerait dans ce livre, tout prophétique, la solution suivante de la grande etdésormais immortelle question de la propriété. Supérieur, on peut le dire, à son siècle, et digne du nôtre, le grand évêque de saint Claude, tout delà maisen de Chabot qu'il était , va jusqu'à consacrer ce que Proudhon a failli profaner : « En nous confiant des biens (même ceux de nos ancêtres), Dieu se réserve sur eux le domaine et la propriété. C'est à nous, sous peine d'être puais comme USURPATEURS , à n'en user que pour notre salut et le soulagement de nos frères. Or, si, à l'égard des Biens que nos pères nous ont transmis , nous ne pouvons nous regarder comme des propriétaires combien moins sommes-nous les maîtres des autres 1 Loin de rougir de la pauvreté . ils la regarderont, s'ils ont quelque discernement , comme leur plus solide gloire.. . La jus tice divine irritée par nos prévarications ^ a permis que le siècle nous ait arraché des mains un dé pot sacré dont nous avions méconnu la destination. Les canons ont été remplacés par des lois rigoureuses DONT RIEN N'ARRÊTERA l'exécution... Nous sommes devenus orgueilleux par système, et combien avons-nous plus que saint Jérôme le droit de nous écrier ; Malheur à nous qui sommes inondés des vices des Pharisiens , p^œ nohis miseris in qiios Pharisœorum vitia transierunt, /n Matth.., «< Jésus-Christ est crucifié parmi nous dans son sacerdoce...» Mais un puissant Restaurateur, réservé depuis deux milliers d'années pour le plus sublime des mi^

Le meilleur juge, en effet, du bon et du mauvais prêtre, c'est le Peuple; et, par un bonheur particulier, à cet égard, il se trouve que les Evêques et le clergé de France, on peut le dire, tout entier, le cardinal de la Rochefoucauld à la tête, ont proclamé cette vérité antique dans la plus grande circonstance d'opportunité qui se puisse imaginer, la Constitution du clergé en \ 790 : « C'est le bon témoignage des fidèles que saint Paul. I TiMOT. 111, 7, recommande comme le sceau de la vérité. C'est le suffrage commun, dit saint Cyprien, qui doit apprécier les mœurs et les vertus. C'est la ^^oix du Peuple qui révèle les fautes et les mérites: Coràm omni synagogà jubet Deus constitui Sacerdotem, id est^ nonnisi sub Popidi assistentis conscientiâ, ut Plèbe pressente, vel detegantur crimina^ vel mérita prœdicentur »

Et pourquoi cette aptitude du Peuple vis-à-vis du Prêtre?... Parce que sa Fma?, comme nous l'avons vu dans le livre précédent,bien que dégénérée, est encore un reste de la VoixDivine. Vous retrouvez en effet l'horreur que Dieu éprouve le premier pour le prêtre tiède , vous la retrouverez dans l'âme et dans la langue de toutes les sortes de peuples et de classes modernes contemporaines. Les nombreux dissidents de toutes les nuances se sont séparés des chrétiens Romains aux noms, généralement odieux, à' U Itramonlains ^ de Papistes ^ et de Jésuites,

Les philosophes du XVllP siècle, plus hardis et plus ardents, haïssaient et poursuivaient le Pape et le Prêtre apostat ou tiède, sous le nom d'Infâme! (Voltaire même, tout naturellement ultramontain et même jésuite qu'il était, en sa triple qualité d'orgueilleux, de grand seigneur, de richissime et de courtisan , ne dédiait à Benoît XIV son Mahomet que pour faire croire à V imposture des deuxj.

Les vieux législateurs eux-mêmes (*) flétrissaient le clergé

nistères , viendra rétablir toutes choses : Elias ventiirus est et resiituet omnia Matth. XVII, 12. Des hommes miraculeux (Villermoz de Saint-Claude , comme Vianay d'Ars, et surtout Pierre Michel)^ animés de Dieu , pénétrés d'une sainte indignation, pleins d'amour pour Jésus Christ, attaqueront les vices et les erreurs qui couvrent la terre j ils banniront de l'Eglise tout ce qui la déshonore. Ils seront , dit le prophète, comme un tison de feu sous le bois , et comme un flambeau allumé dans la paille. Ils deviendront un principe de salut pour toutes les nations.»

Et à l'infini, Beau^ pathétique ^ sublime.

(•) Ce qu'on voit dans la société, on le remarque même dans les nations : En Irlande, le clergé fait pitié, à Rome le prêtre en général fait horreur.

Quelle raison n'avait pas le seul éloquent et le plus célèbre des Jésuites du XVIIIe siècle, Cerutli (des excès et des malheurs duquel ils seront les répondants éternels) Jorsqu'ii écrasait les pauvres Berryer du temps (les Bergasse) du poids de la seule foudre suivante?..." Quels cultivai»iurs en effet, que des prélats indolents ou frivoles, toujours pressés de jouir, toujours lents à réparer, laissant tomber leurs fermes et pressurant leurs fermiers , anticipant sur leurs terres, au lieu de

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catholique, en le déclarant incapable d'un legs quelconque dans un testament. Les Parlements surtout se crispaient au seul nom d'un Jésuite ou d'un ULùrirnontain. Et, lorsqu'arrivèrent les Etats généraux et les Assemblées nationales mo-

leur faire des avances conservatrices; dévorant leurs fonds , au lieu de les nourrir el de les améliorer ; vivant inutiles à l'église et mourant débiteurs au mondel

» De grâce, que l'on calcule tout ce que la société a perdu depuis l'invasion du clergé : on trouvera qu'il a pins détruit qu'édifié, plus anéanti de valeurs territoriales que pratiqué de vertus religieuses. On trouvera que son luxe et sa mollesse ont été plus ruineux que le luxe et la mollesse des rois. Les plus belles terres de la France abandonnées à la culture la plus négligée! les revenus les plus riches de la société prodigués à la profession la moins laborieuse! Des donations immenses faites par des insensés à des imposteurs! Des fondations vicieuses en elles-mêmes, chargées de tous les vices des usufruitiers. Des salariés maîtres impérieux de leurs salariants! Des célibataires dépeuplant à la fois les terres et les familles! Il y a quatorze cents ans que l'église catholique , apostolique et romaine dévaste ainsi l'Europe ; mais il y a , dit un écrivain philosophe, trente ou quarante mille ans que les renards désolent nos campagnes , et il est permis de les repousser dans leurs tanières.

i> Si, au lieu d'une autorité philosophique, je voulais me servir d'une autorité religieuse, j'invoquerais le fondateur du christianisme , j'invoquerais les premiers apôtres : c'est à eux que je soumettrais la question des biens ecclésiastiques. Je lirais devant eux la liste innombrable des évêchés, des abbayes, des prieurés, des bénéfices, des décimes , des monastères, des cathédrales. Peuples chrétiens, je vous le demande, quel serait leur décret? Serait-il moins sévère que celui de l'assemblée nationale?

» Les pères de l'Eglise se sont élevés contre les usurpations ecclésiastiques bien plus fortement que les philosophes. Saint Justin ap|)eliiit le clergé de son temp» les brigands du sanctuaire, spelnnca Za^ronum, Saint Ghrysostôme reprochait aux moines d'Antioche d'être des escamoteurs de testaments , hcreditatwn fures . Ce dernier abus était porté si loin , que l'autorité impériale fut obligée devenir au secours des familles. Valentinien défendit aux femmes de léguer leurs biens aux églises. Toutes les dévotes jetèrent les hauts cris. Les prêtres se plaignaient que Ton attentait au droit naturel. \\ fallut que saint Jérôme écrivit pour apaiser le tumulte, oici ses paroles : J ai honte de le dire , l'affront fuit à l'Eglise est le juste châtiment de son avidité : on permet aux prêtres des idoles, aux farceurs des théâtres , aux cochers du cirque, aux couriisannes des places, de recevoir des legs , et on le défend aux prêtres chrétiens : c'est qu'ils sont devenus pluj avides que les courtisanes , les histrions et les sacrificateurs du paganisme. La loi de l'empereur est juste, elle venge les familles dépouillées, et l'Evangile foulé aux pieds. St. Hier. Epist. Voyez aussi le Code Théod. livre 16, titre 2, ligne %0.*

Eh bien ! il y avait, dans Paris , un simple , bon, aimable, éloquent même gentil petit abbé, attaché à une des paroisses de Paris (il est vrai que c'était la Royale, et tout dans la royauté porte malheur) , choisi par le curé (surnommé le petit Napoléon) pour accompagner une richissime veuve dans un voyage d'Italie, et se trouver comme tout à coup, dans Rome même, et au milieu de toutes les principautés étonnées et jalouses , par la Providence la plus terrible qui se puisse imaginer , Légataire universel de la Dame, d'une fortune Doria ou Borghèse ; habitant et propriétaire d'un somptueux palais dans le Corso ; reçu et recherché par toutes les Eminences; fait Prélat immédiatement par Lambruschini ; passant des années à Rome dans la grandeur; cardinal m petto à distance (nous tenons tous ces faits notoires du prélat Falloux en particulier) ; et revenant ad hoc à Paris, chercher, à la Cour du compère de Grégoire XVI, l'occasion facile, ne fût-ce que par l'achat du journal qu'on pouvait appeler la Feuille des bénéfices, d'un Siège épiscopal, la condition naturelle d'un Chapeau\ — Par une Providence encore plus terrible contre Pie IX, c'est ce clerc, parvenu scandaleux Cnous ne

dernes, on sembla ne pas en exclure le clergé que pour l'y voir acculé.

Dans le monde, et jusque dans les familles, l'aversion du prêtre en général est encore plus prononcée (*) ;etles locutions,

jugeons pas'i'homme inférieur^ que nous avons lieu d'aimer même, mais i'homme extérieur) qu'il a choisi pour lui donrier la première Croix de Commandeur k laquelle il ait osé songer depuis sa chute, et par sa réaction !... Cela donné , nous prédisons que monseigneur ne sera évêque jamais ; et qu'après Dieu, le prélat, le nonce, le ministre , et surtout le Pape, n'en seront redevables qu'à cette Note.

(*) Jugez de la malédiction du prêtre vulgaire et ayant Maison, par celle de tout ce qui le touche! Et de ce tout, parles proverbes : servante, sœurs et même pères et mères de prêtre; — sacristains; marguilliers; — chantres; — sonneurs fon boit comme eux)\ — maîtres d'écoles , même; — qens d'église et de sacristie enfin ; — et à leur suite immédiate : les Calottins , les cafards; les dévots, les bigots, les cagots , sortes de Gothset Magogs au petit pied {\es jurons populaires, sacré M**, n'ont pas un autre principe secret). Tous ensemble , ils sont, dans le commerce , plus avides, plus chers, et plus riches et plus chiches que tous les autres. — Dans la société, ils sont plus intrigants , plus solliciteurs, plus ambitieux.

Dans la science, Gens de lettres et de \erh\age;yraiis sacristains et bedeaux delà littérature ; la plupart décorés du Pape. Ayant à leur tête actuelle de capitaux (qui se relève pour un moment) : la boutique Marne (*) de Tours (ayant à la sienne... Mgr. de Nevers!);la boutique Lefort , de Lille; Ja boutique divisée Rusand- Poussielgue, Lecoffre,infidèlr, de Lyon ; les boutiques Gaumeet Le Clere eiComp.y de la rue Cassette de Paris ; la boutique Bailly-Divry et Comp.; désormais unie à celle de Monirouge ! — El à leur tête , dernière d'intelligence : Les I aurcntie ^ jadis les Serf s ^ aujourd'hui les Ogres et les Saint-Barthélemi àe l'Université; à leur ventre, les Wilson anglais du Correspondant — pédant; et à leur queue, les abbés rfes ^i//ier5 de Bibliographies, et les Bonnetty à' Annales et à' Université , mendiantes honnies d'abonnés au rabais. — Manufacturants, tous ensemble , à tout prix , en masse, des in-8^., à l'usage du sommeil des riches; et, sous le titre de Bibliothèques paroissiales, des in-18 à l'usage de l'hébêîement des enfants et du dégoût (et par conséquent du socialisme) des pauvres.

Voilà pour la religion pure; en religion politique, il y a d'autres Pharisiens : c'est un Nettement, presque autant énorme que Larochejacqueleiu, faiseur à l'aune (payable, tour à tour, en réalité ou en espérance, en argent ou en marchandise;., en baptême pour l'enfant, et en élection pour le père), faiseur dans le cabinet, et accessoirement à la Chambre, de \a. phrase, de X article, de la brochure , et même du livre pour Madame d'abord, et puis pour Monsieur.,. — Ce sont des Poujoulat et des Capefigue , Marseillais avortés aux pieds de la tribune ou de l'Académie... C'est encore un Crétineau , le dernier italien (ce n'est plus romain qu'on peut dire) de la Vendée, vendu 100,000 f. comptant à \dL Compagnie (ce qui seul prouverait l'innocence de la Compagnie) pour lui fabriquer une Histoire, qui , seule, les ferait condamner tous ensemble de nouveau, pour rechute, par un Parlement, si désormais il pouvait y avoir en France d'autre condamnation que la logique.

Mais, entre les Catholique?» de nom et même de prétention , il est une classe , rare il est vrai, mais plus odieuse encore. Nous voulons parler des nouveaux

(') Ces Messieurs appellent leurs magasins Maisons, comme : M. Laffiite et les Bourbons: « la Bîaison Marne est une vaste Officine (c'est elle qui parle en son Almunach du bon Catholique), qui a le privilège presque exclusif d'approvisionner de livres d'offices on de dc'votion (sic) la plus grande partie des pays cailioliques" (10,000 rohmies par jour, ou 3 millions par 300 jours seulement) et dont le ptésideut "de la R(^publique a félicité M. Manie par la Croix d'honneur, «..o

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et les proverbes, en font foi toujours. Voit-on, ou nomme-ton, un ecclésiastique proprement dit? on croit avoir tout dit, lorsqu'en tournant le dos, ou haussant l'épaule, on a dit: C'est un prêtre! — Insistez-vous? on vous répond, tourà tour

Convertis : les pires en effet des chrétiens, lorsqu'ils ne sont pas les meilleurs. Les premiers qui, du paganisme, allaient au martyre n'étaient pas suspects. Les derniers, au contraire, le sont la plupart : car ils ne changent guère de vie, si ce n'est souvent, en forme... de rechute. Et c'est toujours, en cette sorte de mal, comme aux autres, un Roi qui ouvre la carrière; et des Grands qui y courent ; Henri lY, qui trouve que Paris, et Turenne lui-même , que la connétahlie valent bien une messe. (La conversion de Turenne est de '1666; et ses horreurs dupalatinat sont postérieures à sa conversion. Et c'est encore depuis que. Catholique à VExposilion de Bossuet, il a fait voir à l'électeur palatin, protestant, de la tour de son palais deManheim, deux villes et 25 villages enflammés... Mais aussi qu'en revanche le Dieu de la paix et de la guerre l'a frappé , comme il a fait depuis Moreau, du premier coup de canon d'une bataille sur le lieu même, le '^1 juillet d'une année plus tard '. — LesPélisson , eux , en abjurant, étaient charmés de se voir un jour Conseillers d'Etat et mêccie académiciens.... — La plupart des disciples infidèles de Lamennais, son i devenus Euêques\

Ce qu'on voit en France, on le voit encore mieux en Allemagne, en Angleterre et surtout en Russie. On se souvient encore des cris jetés par les protestants aux changements subits des Halier, des Schlegel, des Gœrres, des Hurter; — de* Law , des Burcke , des Cobbett, des Drummont, etc.; et, parles Israélites de ^ous les pays, aux retours des Drachs, des Du^utz, des Cerfbeer, etc.

Le seul intérêt temporel . plus ou moins dissimulé , qu'il y a dans les meilleurs changements de foi, lorsqu'il n'est pas suivi et même précédé d'un changement complet dans les moeurs, peut expliquer la haine des Abjurations , portée en Russie jusqu'au bannissement, et même à l'expropriation ; et la fréquence des petites apostasies des évêcjues et des curés latins de Pologne, en évêques.. libres, et même en Papas grecs.

Les changemenis politiques ont leur haine comme les autres. L'immobile, apparemment, Berryer les a nommés un jour le Cynisme des Apostasies. Ils datent de 1789, dans l'ère nouvelle; et ils expliquent tous les malheurs, toutes les fautes, et même les crimes, de Mirabeau, qui fut tour a tour aristocrate, démocrate et royaliste; — de Bonaparte , qui signa ses premières lettres à Robespierre: Erutus sans culotte , et ses dernières à Pie VU : Dtre Dévot Fils; — et depuis, l'infortuné Rossi , qui , d'ardent républicain de Bologne , et même de calviniste décidé de Genève, devint, encore mieux, successivement vil flatteur de Louis- Philippe, et flatteur haut de Pie IX; — et jusqu'R Thiers, l'ardent révolutionnaire contre les Bourbons de 1830, devenu en 1850, leur flatteur in petto; en même temps qu'il est le flatteur public du Hoi et même du Pape Pie IX 1

Un grand nombre de catholiques , de Picligieux , la plupart peut-être , qui se sont retirés de certains Ordres religieux, et qui ont paru relâchés, souvent hérétiques et même apostats, n'étaient peut-être que les meilleurs, ou le devaient devenir sans les scandales de bonne foi dans lesquels ils furent entretenus.

Ils furent, en tout cas, les plus habiles et les plus justement célèbres Jésuites ou Dominicains.- Guillaume Postel , apologiste de Servet; Antonio de Dominis {le grand soleil de la Lumière); Savonarole; Corranza... (plus grand homme encore , inconnu); Robert Flud , supérienr à Bacon ; Fra-Paolo , calomnié; et mêroe Campanelle, Jordanus, Brunus et Vanini. — Et , dans les derniers temps , le Dominicain Lambert, le théologien le plus profond et le plus célèbre de son Ordre en France, durant près de 50 années, et le prophète incessant et courageux des révolutions de 89 et de 93, de 1814 et 1830; Pabbé Parâ du Phanjas, Rossignol et Lacunza , triumvirat sans égal , impatient de l'impatiente Compagnie ; et , depuis, l'abbé Vrindts d'Anvers, et le père "Moigno de Paris,

ou ensemble: c'est un Jésuite; c'est un Hypocrite; c'est mi Tartuffe; c'est un Fourbe ; c'est un Fanatique; c'est un Inipos^ teur

Le plus honnête abbé a-t-il parlé , le plus remarquable orateur s'est-il fait entendre, on vous dit: Il a prêché pour son saint!

Et tels sont ici les préjugés populaires, et surtout sociaux, que, lorsqu'il s'agit d'un Evêque ou d'un Curé mondain ou seulement libre, on ne fait point difficulté de dire: C'est un possédé; c'est un athée; c'est zm lâche; c'est un prêtre (comme si cela signifiait: traître).

Et puis, lorsqu'on est en révolution dans Paris, le peuple lui-même le plus naturellement religieux, et même sacerdotal, à la vue d'un noir et même d'un violet, du prélat Affre, il s'imagine un perfide, et le met enjoué î... (Si l'on était venu à la barricade en Evèque, en Officiant, la tète découverte, et en blanc, le Rouge le plus déterminé se serait fait tuer plutôt que de tuer ! )

Si, dans les familles en général, la haine ou l'aversion est moins apparente, elle n'en est que plus profonde. Elles laisseraient plutôt leur enfant se faire Huissier ou Boucher, que Prêtre. Pour les enfants, qui ne le voient guère quedansla rue à la tète des deuils, le Curé , c'est la Bête noire. Il n'entre d'ordinaire qu'une fois en sa vie dans une maison, après le Médecin et le Notaire, avec l'Héritier, et cent fois plus craint, car il est odieux.

Si le malade, si le mourant surtout est riche, et qu'il ait à tester, le Curé est encore plus odieux :... il semble avoir une somme à toucher; encore plus redouté surtout du présoînptif qui l'appelle. Si le mourant est pauvre, le Curé, en général, n'est guère moins malheureux, car il n'apporte point, et la volonté même ne lui manque pas pour demander.

Mais la haine générale et profonde du monde pie ou impie pour le Prêtre mondain se révèle encore mieux, et précisément dans les locutions les plus déterminées de tous les temps, de tous les lieux, de toute l'histoire et de toute la littérature. C'est dans les Papes, les Cardinaux, les Prêtres les plus Rois; et dans les Rois les plus papistes à leur avènement, et les femmes les plus Papesses, qu'on a fixé les types de l'exécration publique. Et l'on dit partout, en France et en Angleterre, comme en Italie, etlePeupIe aussibienqueVoltaire : M/'ame, comme le Pajje Borgia; com.me le Cardinal Dubois ; comme Heîiri Vîlî; — ■ prostituée comme la Venoziaî

C'était le Prêtre ou le dévot espagnol à l'état d'apostasie que Calvin croyait abattre en Servet ; l'allemand , que Leïbnitz voyait dans l'homme qui « pour un amour-propre blessé , eut mis. s'il eut pu, lefeuaux quatre coins dumonde; » — et les gens

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de la même trempe que je ne sais quel philosophe saluait,

mdiis sans leur parler ; — que Fiousseau stigmatisait, dans sa réponse au pauvre lui demandant l'aumône ait nom de Dieu : Que ne me demandes-tu au nom de l'humanité? — que le grave Voltaire poursuivait sous i'épithète d^! Infâme; et que, léger, il voulait voir Jésuite jeté à l'eau, un Janséniste au col; — que, plus énergique encore), Diderot , en mémoire sans doute des Bellarrain et des Tolêt, apôtres du régicide, voulait épouvanter dans son distique, où Rivarol n'eût pas trouvé de longueurs ■

Et des boyaux du dernier Prêtre, Serrer le col du dernier Pioi,

Eux, que Brissot poursuivait, dès 178Zi, sous le titre de Rome anéantie;

Eux, que Sylvain Maréchal et Lalande flétrissaient sous le nom d'Athées ; '

Eux, encore que les Septembriseurs même de Paris, en 1793, s'imaginaient aÎ3attre, lorsqu'ils ne faisaient que des martyrs .

Eux, que les Démocrates de Rome croyaient tînir en Rossi !

Et enfin eux, exclusivement, que le peuple de Paris et de France, et les hommes de ce peuple, haïssent et poursuivent de leurs indignations hors des Chambres et dans les Chambres elles-mêmes, sous le nom de Réacteurs, dans le Triumvirat (puéril, s'il n'était pas fourbe) Parisis-Montalembert-Thiers. .

C'étaient tous les apostats à la fois que les Musulmans indignés poursuivaient dans les Croisades du moyen âge, dans les Chrétiens grecs du Bas Empire, et qu'ils poursuivirent depuis j usqu'aux portes de Vienne et dans les ports d'Italie (^^j.

C'étaient les Prêtres rois d'Espagne et de Portugal, dont les insulaires ou les Anglais d'Amérique cherchaient à se sauver à tout prix... (ce qu'enverrait en Afrique, contre la France, si jamais les nouveaux Evêques oubliaient saint Augustin et saint Cyprien.)

C'étaient tous les grands Apostats ensemble que le Saint Concile de Trente flétrissait^dans la dernière des Acclamations (le sa clôture, qui ferait aujourd'hui horreur à un Concile quelconque :

« Le Cardinal :

« Anathème à tous les hérétiques î « Les Pères:

« Anathème! Anathème !.... »

(*) La Nation Prefre est aussi, en tant qu'elle n'est pas la meilleure , la pire C'était comme en annonce de la dernière Italie que Virgile fit £on exclamation 31 retentissante et si vraie .■

Tantœne animis cœlestilus irœ !

si heureusement traduite par Boileau •*

Tant de fiel enlre-i-il dans i'âme desdévôts !

C'est enfui la plus grande Apostasie dont le cardinal Beliarmin et Suarèz, et le cardinal Torquemada (en français de la Tonr-Bj'Mée,.... ou Brûlante), Grand-Maître du Sacré Palais, eux-mêmes flétrissaient jusqu'à Pi mage, dans ces paroles de leurs traités Du Pontife romain: « Le Pape peut devenir Hérétique, et mériter d'être déposé!!! Bossuet, dans son immortelle Défense de l'Eglise Gallicane,)

Et l'autorité de l'homme unique , peut-être, entre tous les Cardinaux et les Uitramontains, et, comme contre le genre humain, le fameux cardinal de Léon X, Thomas de Vio (dit Cajetan, comme Boniface VÏII, parce qu'il était de Gaëte.,. où le dernier Pape-roi vient de se réfugier), qui n'a pas craint de dire que rÈ(;//ûe tout entière n'était que la puissance ministérielle du Pape, est, contre le Pape-roi, une autorité plus grande encore que ne sont celles de Bellarmin et de Torquemada. C'est assez, apparemment, pour la plus grande ambition, même royale, celle de Grégoire VÏI, que la sublime proclamation suivante du Concile de Baie : « Le Pape est le plus grand dans l'Eglise, quoiqu'il ne soit pas plus grand que toute l'Eglise. »

Et ne dit-on pas, pour répondre au terrible argument de la haine universelle, et profonde, portée au prêtre en général, depuis le Pape, en tant qu'il est Roi, jusqu'au dernier abbé^ desservant futur, comme on est percepteur,.... que cette Haine est naturelle ; qu'elle prouve même la fidélité et l'excellence du prêtre; qu'elle a été prédite en cette qualité; et que le Sauveur lui-même en a été le point de mire, et la victime?

Et d'abord, nous n'avons point à justifier, et nous ne justifions point l'objection de la haine naturelle et justificative du clergé , nous l'expliquons seulement. Plus elle paraît plausible aux esprits faux , et plus elle est pour les justes une nouvelle raison , et la plus décisive, à la fois de la preuve de la prévarication et de l'état d'apostasie du prêtre qui en est l'objet , et d'indignation contre lui ; car c'est lui , et seul , en définitive , qui fait l'objection. — Elle suppose , d'abord, ce qui est de toute fausseté, que la commonition du Pape à charge de Y Eglise et du prêtre à charge décimes particulières, engendre par elle-même la colère des âmes : c'est , au contraire sa tolérance , et sa tolérance de la corruption publique et de l'individuelle, fondée sur sa propre corruption, qui, suscite et qui engendre cette colère. Et, en effet, tantôt il ne dit rien, et tantôt il ne sait pas dire. Dans les deux cas, il est coupable , et dans les deux haïssables.

C'est le pécheur, et surtout si le pécheur est pauvre , que le prêtre doit aimer le plus et s'efforcer de corriger le mieux : comment pourrait-il n'en pas être aimé? Et l'on voudrait qu'il en fût haï !

Lorsque, prévoyant que ses apôtres eux-mêmes abuseraient

DANS LE LIEU SAINT

de son 7iO)n ; et qu'après leurs successeurs , et à son retour sur la terre, il ne trouverait plus môme de Foi,,., le Sauveur dit à ses apôtres : Vous serez haïs à cause de mon nom il ne prédisait que trop juste précisément l'apostasie du plus grand nombre ! Et il le déclare même formellement, en saint Jean, XV, 19, dans ces paroles : « Je vous ai choisis dans le monde (c'est-à-dire dans les pécheurs); et voilà pourquoi le monde vous haïra: .... Ego elegivos de mundo ; fropterea odil vos mundus.

La preuve que le Sauveur n'entendait guère la /lam^ comme l'entendent ceux de son nom, c'est son commandement réitéré, de par saint Paul : «IL FAUT qu'un Evèque (et à plus forte raison un Curé) ne puisse jamais être repris sérieusement , et qu'il soit, à la lettre, IRREPREHENSIBLE : Oportet ergo Episcopiim irreprehensibilem esse, I. Timoth. III, 2, etc. !

Ét ce que saint Paul disait aux Apôtres, Pie IX ne le dirait pas aux Eveques du jour ! ! !

Il faut aller plus loin ici , et dire que Jésus-Christ, plus généreux et plus humain encore que divin, et cela pour diviniser mieux, est venu bien moins pour sauver que pour faire sauver ; qu'il n"a voulu être haï personnellement, que dans la vue de rendre inliaïssables, de rendre aimables, et presque adorables (le simple Curé d'Ars est cela) ses successeurs... Et de qui, je vous le demande. Abbés ou E\èq\xQ^ objecteurs , Jésus a-t-il été haï? du Grand-Prêtre et de ses Pha7isiens, c'està-dire du plus petit nombre (nous avons démontré, ailleurs, que le grand nombre , ou le peuple, l'aimait !). Cela se conçoit, dans le plan de la régénération du monde, par un Homm^-Dieu consentant à suspendre sa divinité,., et dans un lieu isolé de la terre, d'où tout le nouveau monde allait sortir par des moyens humains, et le temps naturel.

Mais vous Papes, Cardinaux, Evêques, Religieux, Rois et riches dévots, être haïs de vos semblables en particuher, et des peuples en général, après 1800 années de Présence réelle permanente et universelle, et des millions de Martyrs, de Saints, de Grands hommes, de Papes et d'Ecclésiastiques incessants, dont le seul argument est irrésistible,... c'est impossible à expliquer sans votre Apostasie générale, immense et flagrante!... Et voilà pourquoi saint Jean lui-même voyait, dès le premier siècle, tant d'AjitécluHsts, tons sortis de l Egiise même : nanc AntichristiMulti.,, Ex No bis prodierunt. I Joax. II, 18,19.

Quel nombre ne doit-il pas y avoir aujourd'hui ^ Anté christ s dans l'Eglise ! Et quel n'est pas aussi le nombre de leurs ennemis 1 Et voilà pourquoi ils sont soufferts, et même stipendiés à la fois, des armées patentes de ce que vous appelez les Quatre Puissances catholiques; des flottes latentes de l'Angleterre et de

la Russie ; dos ambassades même de la Porte (du Sublimé au ridicule, il n'y a qu'un pas); delà petite parole de Montalembert et de l'insolente deThiers; des glorifications ou des décris de Lamartine et de Girardin, et autres gens d'esprit qui s'accusent réciproquement de se faire des épigrmnmes , pendant que les peuples rois font contre eux des révolutions.

Jugeons de la profondeur du mal des Prêtres par excellence delà religion par excellence, par leur comparaison aux Grands- Prêtres de toutes les erreurs!... Les Popes russes, les Papas grecs, apparaissent, pour Nicolas lui-même, à son retour de Rome, de Naples et de toute Fltaiie, préférables à la Cour de Grégoire XYI. Et les Rabbins et les grands Rabbins ne se voyant qu'apitoyés, lorsque Nos Seigneurs les Prélats sont liais; et le Grand-Turc, et le Grand-Lama eux-mêmes (c'est la raison de leurs égards actuels pour le Pape-Roi) peuvent (les anti-Papes surtout le pouvaient) se croire, et leurs peuples avec eux, plus avoués de Dieu !

Le mal, au temps du Sauveur et de saint Jean-Baptiste, ne pouvait être aussi grand. Il était même mille fois moins profond, car le Sauveur a dit du premier mal, ce qu'il n'a pas dit de l'autre, qu'ils ignorait.,. Les anciens Augures de Rome, souverains Pontifes, eux aussi , ne pouvaient se regarder sans rire (ce qui prouve leur intelligence de saint Pierre et de saint Paul futurs). Les nouveaux Cardinaux, s'ils se connaissaient un peu, ne pourraient pas se regarder, sansmourir.,, à leurs principautés!

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