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DEMONSTRATION PAR PIE IX LUI-MÊME

. Cum videritis circumdari ab exercitu Jérusalem, tUDC scitote quia appropinquavit Desolatio ejus. Luc. XXI, 20.

Ecce venio cito : tene qiiod habes , xit nemo accipiat Coronam iiiam. Apoc. III, \ 1.

Ut ignem faceret de cœlo descendere in terram, XII [ , 13.

î. Ses Allocutions et ses Lettres en général

A l'échelle des causes et des moyens divins et humains que nous avons vus dans la Feuille éternelle, et que Dieu a incessamment proclamés, prédits, et laissé réaliser. Pie IX, qui pouvait tant, qui pouvait TOUT, légataire universel, aussi bien qu'héritier légitime, de près de trois cents Papes et de l'unique trône qu'il y ait jamais eu , et qu'il y aura jamais sur la terre de près de 2000 ans ; et qui pouvait tout d'autant mieux qu'il succédait à un Pape qui n'avait rien su, rien pu, rien fait que le sourire et même le sommeil delà foi, et puis était mort aux cris d'espérance, et même de joie universels; Pie IX, considéré comme Pape, et surtout comme Roi {liomme, il peut être, et nous le croyons un saint) , n'a guère su, les deux plus belles années de son règne , que dire et promettre à tous les partis, et même à toutes les sectes et à tout le monde.

C'est-à-dire qu'au fond , et après tout , il n'a donné qu'aux Indifférents, ou nuls ; et qu'il allait droit, qu'il courait aux impatiences, aux révolutions, aux malheurs , à la chute définitive de la vieille Italie , et à la perte de son pouvoir temporel. -

Ces révGlutioîS, n'étant, après tout aussi, que les derniers et les plus sûrs moyens providentiels de salut public et privé, entre les mains de la papauté et du clergé, Pie IX n'avait qu'à savoir et vouloir pour reprendre l'autorité qu'il avait perdue,

et faire le bien qu'il avait manqué. Il a perdu Tune et manqué l'autre, mieux, et peut-être plus irrévocablement que jamais :

C'est la RECHUTh:!... la peine naturelle de la Réaction!

Et il suffit de jeter les yeux sur ses derniers actes, les plus encycliques, les plus officiels, les plus réfléchis, les plus autorisés par le plus grand nombre des Cardinaux et des Prélats qui l'entourent et qui l'absorbent, et les actes où ils avaient tous le plus beau jeu, pour voir que Pie IX n'a plus que l'erreur^ que le mal et môme que le désespoir en sa puissance l

Il faut le redire, car cela est fondamental, visible, et de plus en plus perdu de vue, comme la papauté pure, primitive, divine, consistait éminemment dans àes Actes innombrables et quotidiens (ïamoi tissement personnel, dans des prédications personnelles, suivies de conversions en masse; et, par surcroitseulement, en deuxEpûres encyclopédiques immortelles, datées de la Prison et des Liens de saint Pierre à Rome même, îc dernier de ses prétendus successeurs, le Pape-roi, vient de consumer ses quatre premières années, les plus décisives peutrire pour toute la chrétienté et tout l'univers, à écrire, que dis-je!à signer sans voir, ministér tellement, comme on dit dans les bureaux, des Encycliques à tous, à fatiguer jusqu'à la presse, qui ne gémit que de laconisme ; et des Lettres et des Brefs à domicile devenus, avec leur nombre et leur nullité, «;n fait de réclames , ce que sont les Titres et les Croix-Grégoire ou. Pie en matière de ci^oix d'honneur.

Et à qui ces Brefs (*) longs d'une colonne? le plus communément aux grands ou aux fameux, selon le monde, qu'on croit les plus importants à sa cause temporelle, et qui précisément sont ses adversaires; et, par surcroît, à ses flatteurs,... ou plutôt aux flatteurs des Nonces , c'est-à-dire tout ce qu'il y a (ie plus pédant, de plus nul, et même de plus vil dans les capitales.

Et sur quoi les Brefs'f sur tout et rien à la fois, comme les Encycliques, dont l'art consiste à éluder tous les grands points, et à délayer tous les petits. A ce point, qu'après quatre années de demandes, desuppliques, directes ou indirectes, et même de missions et d'ambassades, sur, pour et contre ce qu'on appelle la loi d'enseignement , tous les évêques et tous les journaux gallicans de France ne sont pas encore venus à j30ut de faire

(*) \\ en est de VIndex encore mieux que d^-s Brefs. Ils sont In revenue des Lois Justinien devenues les nôtres , que les riches et les (jrands traversent de leur or, et où les pauvres sont pris, comme les mouches à la toile d'araignée. Comment vouliez- vous que \e secrétaire d'étal Lambruschini {il noter à Home Jes livres de 8on compère aux affaires étrangè^^es de Paris, François Guizot; et suî-fout Jlome et ses lapes ?

Par le même respect humain^ jamais le Pape-roi n'a osé mettre un journal à ïïndcx. et il en a couvert de brefs et de croix plusieurs.

BàNS le lieu SAINT.

dire au Pape ce qu'il en pense, et seulement ce qu'il n'en pense pas. La cause en est au Pape, qui, pour demeurer Roi, a besoin des faiseurs do la Loi en question. Sa Sainteté s'est condamnée à demeurer neutre,., oubliant le Sauveur qui a dit : « Celui qui n'est pas pour moi est contre moi. »

Et cependant , Pie IX ne fait pas difficulté de proclamer {ex cathedra, près de Sainte-Marie-Majeure , le 30 mars de la grande année 1848)... son omnipotence spirituelle, la seule qui soit réelle : « Nous , à qui la Parole est donnée pour in- » terpréter la muette éloquence des œuvres de Dieu , nous ne » pouvons pas garder le silence au milieu des désirs , des «craintes et des espérances qui agitent les âmes de 7205 en- » fants » : c'est-à-dire de tous les hommes, de tous les partis et de tous les peuples de la terre.

Mais , comme si , de prime abord , le Pape , au lieu de porter la tiare sur le front , la portait sur les yeux , le voilà qui , avant de lire ces belles paroles , prend le soin de les effacer. 11 faut lire la proposition entière , c'est l'exorde de l'encyclique Aux peuples de l'Italie. « Les événements qui depuis deux mois se succèdent et s'accumulent avec une si grande rapidité ne sont pas une œuvre humaine. Malheur à Vorgueil humain {ce que V orgueil n'a pas le droit de faire, la connaissance et l'amour du vrai l'ont assurément) , s'il rapporte à la faute ou au mérite de quelques hommes ces changements merveilleux , au lieu d'accorder les secrets desseins de la Providence, soit qu'ils se manifestent dans les voies de la justice ou dans les voies delà miséricorde: de cette Providence dans les mains de laquelle sont toutes les extrémités de la terre. Et nous , à qui la parole est donnée pour interpréter la muette éloquence des œuvres de Dieu , nous ne pouvons pas garder le silence. »

La conduite morale et politique de Pie IX est contradictoire, c'est-à-dire indifférente, comme sa philosophie.

D'une part, il lance s-^ s foudres diplomatiques contre la guerre de l'Autriche en Italie; et de l'autre, il la fomente...

Contre la guerre , au consistoire du 29 avril 4 848 : « Notre charge nous impose le devoir de déclarer clairement et nettement dans votre assemblée que rien n'est plus éloigné de nos desseins , à nous qui , malgré notre indignité , tenons sur la terre la place de celui ijui est l'auteur de la 'paix (*). »

Et , en mai : « Ce fut un usage perpétuel que du haut de ce Saint-Siège une parole de paix fût prononcée au milieu des guerres qui ensanglantent la terre chrétienne, et, dans noire

{') Les païens eux-mêmes s'écriaient parla bouche de leur Virgile: Aux rois la {pierre , aux prêtres le soin des Dieux :

Ref;uminter falsâ vatem formidine ludit.

Curat'bi Divûm effigies et templa iiieri :

Bella viri pacemque gérant, queis bella gcrenda»

Taiibus Aiecto dictis exarsit in iras.

LA GRANDE APOSTASIE allocution du 29 avril , quand nous avons dit que notre cœur paternel a /lorr^^r de déclarer la guerre, nous avons expressénient énoncé notre ardent désir de contribuer à la paix. Qu'il ne déplaise donc point à Votre Majesté que nous nous adressions à sa piété et à sa religion , l'exhortant avec un paternel amour à retirer ses armées d'une guerre qui , sans pouvoir reconquérir à l'empire les esprits des Lombards et des Vénitiens , entraîne après elle la funeste suite des calamités qui accompagnent f(?wit^.s' les guerres, et qu'assurément Votre Majesté abhorre. Ainsi , nous avons confiance qu'une nation honorablement fière de sa propre nationalité n'attachera pas son honneur à de sanguinaires tentatives conti^e la nation italienne. »

Et le 1 0 juillet , aux députés : « Si de grands désirs se muK tiplient pour la grandeur de la nation italienne , il est nécessaire que le monde entier sache de nouveau que y pour notre part y la guerre ne peut être le moyen d'atteindre ce but. Notre nom a été béni sur toute la terre pour lespremières paroles de paix qui sortirent de notre bouche; il ne pourrait plus l'être , assurément , si les paroles de guerre en sortaient maintenant. »

D'un autre côté , Pie IX suppose, ou souffle, et désire la guerre. Il la fomente (*) en ne l'interdisant point à la Sardaigne ; en ne désavouant pas Charles-Albert proclamant qu'il avait le Pape pour lui : Halitus ejus prunas ardere facit , et flamma deore ejus egreditur , Job. XLI, 4 2.

Le 8 aût 1848, Pie IX répondant aux députés qui lui demandaient à grands cris la guerre , il se gardait bien d'en nier le droit, il n'en niait que la possibilité : « Il est bon de vous apprendre. Messieurs, qu'on n'improvise pas des armées. Le grand capitaine (vous, le successeur de Pie VII, laissez dire cela à MM. Thiers et comp.) qui vivait encore quand j'étais jeune , et que vous avez tous connu , sinon personnellement, du moins par l'histoire, ne se hasarda jamais (il le fit toujours) à mettre en campagne , au milieu même de ses derniers revers , des hommes inexpérimentés et qui n'étaient pas rompus à la discipline militaire. Espérons plutôt que la Providence divine pourvoira aux besoins de notre territoire et de l'Italie par des moyens que nous ne connaissons pas , mais que nous devons adorer. »

(*) En laissant imprimer dans le Diario, alors officiel, le soir de l'ouverture de sa Consulte, le 2.0 novetribre 1847: w Le soir, au milieu de l'illuminaiion générale de la ville et de la foule immense qui remplissait le Corso, les diverses bannières , au milieu desquelles flottait le drapeau national italien , vert, blanc et rouge, auquel, comme à Florence, on avait ajouié la couleur jaune en l'iionnenr du r*;jpe, ont parcouru les rangs pressés de la foule aux cris mille fois reprîtes de f^ive Pie IX ! vive l Italie I vive la Ligue italienne ! »

DANS LE LIEU SkYST.

D'un côté, elle même jour, Pie IX dédaigne le pouvoir temporel des Papes ; et de l'autre il n'a d'excommunioation majeure que pour lui ! «Soyez d'accord entre vous avec le hautconseil, avec nous et avec nos ministres, dit-il à ses Chambres le 10 juillet I8Z18; rappelez-vous souvent qM^Kome est grande non par son domaine temporel^ mais principalement parce qu'elle est le siège de la religion catholique. »

Et dès le 19 novembre 1847, il avait dit à sa Consulta Ç^' Aq Diario diRoma) laçon à irriter tous les partis :

« Je suis encore prêl, avec l'assistance de Dieu, à faire tout pour l'avenir, sans cependant iHen retrancher de la souveraineté du pontificat {senz menoniar mai neppure di in apice la sovranita del pontificato) (*) ; et de même que je l'ai reçue pleine et entière de mes prédécesseurs, de même je dois transmettre ce dépôt sacré à mes successeurs. Celui-là se tromperait grandement qui verrait dans la consulte d'Etat que je viens de créer la réalisation de ses propres utopies et le germe d'une institution incompatible avec la souveraineté pontificale. »

Sa Sainteté ayant prononcé ces dernières paroles avec quelque chaleur, elle s'est arrêtée un instant, dit le Diario,

Et dans la grande protestation de Gaéte, le 1" de l'an 1 849 : « Nous vous rappelons que cette défense absolue que nous vous signifions est sanctionnée par les décrets de nos prédécesseurs et des conciles, et spécialement du très-saint Concile de Trente {Sess. XXII, C. XI de Refor.), dans lesquels l'Eglise, à diverses reprises, a fulminé ses censures, et principalement L'excommunication majeure qu'encourt, sans qu'il soit besoin d'aucune déclaration, quiconque ose se rendre coupable d'un attentat quel qu'il soit contre la souveraineté temporelle des Souverains Pontifes romains, comme nous déclarons que l'ont déjà malheureusement encourue tous ceux qui ont

(*) Rien retrancher de la souveraineté papale, pas une pointe d'aiguille. Il est <lil, en effet, d;^ns le même Diario : w f,a place du Ouirinai éiait couverte d'une foule immense. On y voyait deux bataillon^ de la garde civique avec Us troupes oui devaient escorter le cort'^ge j usqu'aii Yatican. Fingt quatre carrosses de (Jiala , prêtés par la haute noblesse de Rome pour cette cérémonie, recurent les députés. Toutes les rue.s éiaieut pnvoiséeset ornf'es de drapeaux. La basilique de Saint-Pierre ouvrit sa vaste enceinte à ce long corlége , qui y arriva vers midi. Les députés prirent place /;>re^ de Vautel soii^ la chaire de Saint-Pierre , on iis enfendu-ent la messe. Après quoi, sortant avec le même cérémonial , ils se renoireut dans les salles du Vatican destinées à être le lieu de leurs séances.

(**) Les Papes-Bois ont fait pire, s'il est possible, en faisant une conscience à tous les cardinaux de leur royauté, jusque dans leur serm^^nt : « Je ne consenti, rai que dans les cas autorisés par le droit à l'aliénation des biens de l'Eglise romaine ou des autres Eglises et de bénéfices quelconques; je prêterai toute Tassistance de mon pouvoir au recouvrement des biens dont l'Eglise romaine aurai! été dépouillée.

contribué (tutti coloro cliehanno dato opéra) à l'acte susdit et aux actes précédents.»

D'un côté, le Pape écrit de Ga'éte, le 6 février, aux Archevêques d'Italie (non à ceux de France !) Thorreur qu'il a pour les journaux : « Nous savons encore avec quelle vigueur vous avez réclamé devant cette Assemblée contre tant d'écrits emfoisonnes que les plus habiles et les plus captieux artisans de mensonges, regorgeant de leur propre venin, et couvant dans leur cœur toutes sortes de crimes, y mettent chaque jour en lumière et ne cessent d'y répandre de tous les côtés, pour la plus grande perte des âmes , des écrits aussi dangereux, aussi évidemment inspirés par la fraude et La malice de l'enfer. »

Cependant il y a dans Paris , depuis bientôt un quart de siècle un fameux libelliste de ce genre (Cormenin), qui a seul fait plus de tort à la religion, quelquefois au nom de la religion, à la France, et même à l'Italie, que tous les écrivains de l'Italie ensemble. Et Pie IX, au temps de ses gloires mondaines, l'a couvert de ses t:roza? anciennes et nouvelles! Et il lui a commandé un Code civil, et peut-être une Charte!

Il y a, dans Paris encore, un Journal qui fait seul, depuis un demi-siècle, sous le nom à' Ami delà Religion, plus de mai par sa bêtise à célébrer les ennemis de la religion et leurs mauvais livres, que ceux-ci ne lui en font parleurs attaques de l'insuffisance et des prétentions des ministres de la religion. Et Pie IX ne trouve rien de mieux à faire, la veille de l'assassinat de son premier ministre politique officiel, et de son premier ministre de fait (Rossi et Palma), et de sa fuite, p our éviter son crucifiement personnel peut-être, que d'écrire à l'abbé... journaliste des paroles comme celles-ci : « Nous déplorions les très -graves dommages (dolebamus gravissima damna) qui résultent des journaux des hommes méchants, et nous souhaitions ardemment que des hommes illustres (msignes undique viri !) répondissent par des écrits contraires. Aussi votre dessein de rendre aux Ephémérides intitulées Y Ami de la Religion [Epliemerides qidbiis Amiens Religionis titulus) leur ancienne dignité [pristinam famam et dignitateml) nous a plu grandement ( nobis summopere placuit). Nous en avons rendu nos actions de grâces au Dieu Tout-Puissant (grates Onmipotenti Deo). Cette Institution sera d'une grande utilité pour la Chrétienté ( Institutum magna reî Christianœ iiniversœ emolumento futuruml)... Nous vous proposons pour modèle saint Augustin, plus occupé àe convertir que de vaincre ses ennemis (Exemplum Augustinumlll), »

Y pensicz-vous , malheureux Rédacteur d'un tel Bref, de parler de conversion (c est-a-dire de démonstration catholique, aujourd'hui surtout qu'elle est plus difficile que jamais) à propos d'un journal quelconque, et surtout de celui en ques-

BANS LE LIEU SÀÏXT

lion, qui cesserait d'exister et d'avoir un actionnaire ou un abonné s'il cessait une semaine seulement de se mettre, de se prostituer à la suite de toutes les nouvelles, et même de tous les libelles, de toutes les choses éphémères (*), et, comme vous dites vous-même sans y penser, de toutes les Epliémérides du jour !

Mais voilà aussi qu'il est arrivé (et c'est VAmi de la Religion et Yabbé Diipanloup qui ont pris soin de nous le révéler), que le Rédacteur de ce malheureux Bref est précisément le Monseigneur Palma, qui a été visé et qui est tombé raide mort à sa fenêtre au Quirinal, à côté de Pie IX 1

Les peuples en général , les masses et les majorités , délaissés parles évêques qui en ont charge , furent toujours , et partout mauvaises. C'est le sentiment de tous les prophètes et de tous les apôtres. Il n'appartient de dire le contraire qu'à la diplomatie des Révolutions. Et Pie IX ne va-t-il pas jusqu'à s'y laisser entraîner dans la réponse à sa Consulte du 19 novembre 1847 : « Cette vivacité et ces paroles ne s'appliquent pas non plus à la presque totalité de mes sujets , car je suis sûr de leur fidélité et de leur obéissance; je sais que les cœurs de mes sujets s'unissent au mien dans l'amour de l'ordre et de la concorde. Mais il existe malheureusement quelques personnes, en petit nombre à la vérité , il en existe cependant, qui , n'ayant rien à perdre , aiment le désordre et la révolte.»»

La Prière seule est toute puissante ; c'est même la seule chose nécessaire. Tel est le cri de l'Ecriture, de l'enseignement et de l'EgUse (saint Liguori a fait son meilleur livre pour le prouver). Pie IX n'y voit que de VutilUé , dans sa lettre à Lévêque Vicaire de Rome : « Faites prier, Monsieur le cardinal ; la prière est toujours utile, »

Toutes contradictions qui étaient grosses de la déchéance des Papes-rois; s'il le fallait, au prix du sang de leurs ministres: « Plus pp. IX, A nos très-aimés sujets, l^r janvier. « Dans cette demeure pacifique où il a plu à la divine Providence de nous conduire , afin que nous pussions manifester en toute liberté nos sentiments et nos volontés , nous attendions , espérant qu'éclaterait le remords de nos fils égarés pour les sacrilèges et les crimes commis contre les personnes

(*) Le malheureux abbé Dupanloup méritait, et ne méritait pas, de remplacer le mallieureux évêque et malheureux représentant du peuple et constituant , que le choléra vint frapper deux mois après sa fameuse séance du 2 janvier, résumée ainsi par les journaux : w M. Vabbé Fayet combat M. Dupin. Il dit qu'autrefois les budgets étaient faits pour le peuple, tandis qu'à présent l'on voudrait faire le peuple pour le budget. Et toujours, dit M. Fayet en terminant, ce sont les budgets qui sont ivres, et les peuples sont à jeun. (Hilarité universelle. Bruyants applaudissements ). M. Dupio monte à la tribune: « La question du sel, qui nous occupe, est assez grave. M, Fayet a dû l'égayer. (Rires.) »

à nous attachées (a noi addetté), parmi lesquelles les unes ont été tuées , les autres outragées de la manière la plus barbare , ainsi que pour les sacrilèges et les crimes consommés dans notre résidence et contre nol7^e personne même par une bande de forcen^és dont le despotisme barbare tyrannise encore Rome et l'Etat de l'Eglise. »

Mais c'est à un évêque dégénéré en homme d'Etat de la République Française , que Pie IX , grâce à la fausseté de sa position de Roi sujet de cette République, trouve à professer la plus effroyable et la plus anticlirétienne doctrine qui se puisse imaginer.

Il y a autant d'erreurs et de contradictions que de mots , en latin comme dans le français de XAmi de la Religion de feu Parisis: « Par votre lettre du 4, vous nous faites connaître les inquiétudes actuelles de votre âme. Elu représentant, vous êtes obligé de demeurer à Paris , loin de votre cher troupeau , et vous ne pouvez satisfaire régulièrement à la loi de la résidence; comme vous en auriez ardemment le désir. Pour cela , vous nous demandez avec instance de vous venir en aide dans cette anxiété , attendu que dans cette affaire vous ne désirez néw tant que de vous soumettre entièrement k notre volonté et de trouver votre repos dans son accomplissement. « Nous vous félicitons avant tout et vous louons de votre sollicitude pastorale , et, dans le désir de pourvoir à votre franc/uillité , nous vous accordons par ces présentes, vénérables frère, et , en vertu de notre autorité apostolique , nous vous communiquons , pour tout le temps que durera votre mandat de représentant , le droit el la liberté d'être licitement et sans inquiétude absent de votre diocèse. Nous vous accordons volontiers cette facilité (*), vénérable frère , car nous avons la pleine et ferme confiance que dans l'accomplissement de cette charge (comme si l'on pouvait servir deux Maîtres?) appuyé sur le secours de Dieu , vous ne manquerez jamais aucune occasion d'employer tous les moyens que vous sug-

(*) Le premier acf^? solennel de S'a Grandeur Parisis à sa rentrée dans Paris a été un banquet : car monseigneur, qui ne ;jar/e jamais que par JVJ. de Falloux, boit et nianije a la santé ^ et peut-être à la maladie du nouvel Escohar, On Jit , dans tous les Jmis de la Religion : « Le dîner men uei des députés de la Bretagne a eu lieu hier au restaurant Gorraza, au PaZais /îoja/. Cinquante-six députés étaient à table, sous la présidence de M^^r l'évêque de Lang^res, qui avait à SI droite M. de Kératry, et à sa ^^auche M. Lacrosse, ministre des travaux publics. La plus franche cordialité n'a cessé d'anim(^r ret(e réunion. Un seul toast a été porté par i^lgr de Lanjrres .* <• A M. de Falloux! puisse-i-il être bientôt rendu à la tribune , dont il est la gloire , et aux relations de ses amis dont il est le charme

Monscijrneur de Lanj^;res, par un bonheur et par un malheur spéciaux , lorsqu'il était encore un peu évêLjue, avait pris soin de se condamner bien autrement que les Pères ordinaires. C'est dans une de ses mille brochures, intilu'ée ; le Père tie famille , ou les affaires impoi^ibles... Qu'est-ce qu'un père de famille matériel , auj?i«s d'un Fêre de 100,000 Urnes ?

bàks le lieu SAîNT.

géreront votre piété, votre prudence, votre courage, pour soutenir et défendre ^vec ardeur la cause de l'Eglise , ses droits, sa liberté , toul ca qui est dans ses intérêts Du reste , nous sommes bien persuadé , vénérable frère , que , quoique absent de corps , vous ne cessez pas d'être présent d'esprit dans votre diocèse , ni de déployer constamment toutes les ressources de votre active sollicitude, pour que pendant votre absence il ne lui arrive aucun dommage. « Donné à Gaéte , le i^juin 1849 (la veille de Saint Pierre), dans la troisième année de notre Pontificat. PIE IX , PAPE. »

Mais il en est de la conscience , et surtout de la conscience d'un prêtre... infidèle à son Eglise, encore mieux que de V ennui d'un laïque qui va se promener de Langres à Paris ;

Elle se monte en croupe et galope avec lui.

Quoi! révêque de Langres et le Pape de Rome ne savent point ou ils oublient (ce qui serait pire) : 1 qu'il n'y a de juge d'une conscience, dans le plus léger doute, qu'elle-même: Omne quod non est fide, Peccatum est. Rom. XIV, 23. Et mieux encore : Abomni specie mala, abstinete. I Thes. V, 2'^2 ; V et, dans le doute grave, qu'il n'y a de juge que le Confesseur personnel (et encore il y a des aveugles visibles qui en conduisent d'autres à leur image 1 ) Doux cas où saint Pierre îui-mème n'aurait pas eu plus à faire que Pie IX.

IL La dernière Mlocution de Pie IX

. , . Fœcunda virorum Paiijjerias fiujitur,

LUCAX.

« Vénérables frères, «...Plaise au Ciel que les hommes, instruits un jour par ces lamentables bouleversements, comprennent que ne peut leur être plus pernicieux que d'écouter les détestables conseils des impies » « Rieri? après l'indifférence, ou, si vous voulez, l'impuissance des Pies et du clergé en général, auquel Dieu a promis et donne, à la seule condition de quelques grains de Foi, son omnipotence pour transporter les montagnes d'incrédules. » (Jean. XIV, 12).

^ « Tout Y Univers sait et atteste combien grande a été la sollicitude de notre cœur paternel et de notre ardent amour pour procurer au peuple de notre domaine pontifical le bien solide et véritable^ la paix et la prospérité; et quel a été ensuite le prix

C) Elle porte la date du Vendredi, %0 avril.

de tant d'indulgence et de tendresse de notre part. » — « Tout l'univers sait ? » Il n'y a que Dieu qui sache cela.

« En condamnant par ces paroles les perfides artisans de tant de malheurs, loin de nous de vouloir en attribuer aucunement la faute à la plus grande partie de la population, » — Il est écrit, au contraire, qu'aux meilleurs temps, et chez les meilleurs peuples, la plus grande partie de la population est coupable î Matth. VII, U. RoM. III, 4 2.

« Chacun sait parfaitement par quels concerts de louanges a été célébrée partout cette mémorable et si large amnistie accordée par nous pour la paix, la sécurité et le bonheur des familles ; et personne n'ignore que plusieurs de ceux à qui s'appliquait ce pardon non-seulement w'ont en rien changé d esprit^ ainsi que nous l'espérions, mais au contraire, multipliant de jour en jour leurs trames et leurs complots, ont tout tenté, tout osé pour ébranler et pour renverser de fond en comble, comme ils le méditaient depuis longtemps, la souveraineté temporelle àxx^owHÎQ,^ — C'est que V amnistie (qui suppose toujours ce qui est en question, le crime, et qui flétrit les accusés autant qu'il est en elle) devait plutôt porter sur la majorité mondaine ou indifférente, et par conséquent révoltante, de Princes, d'Evèques, et même de Curés de l'Eglise de Rome dans toute la chrétienté , à la vue desquels une autre majorité, ou si vous voulez, une minorité malheureuse et impatiente s'était révoltée ! I Pierr. IV, \ 7.

« Nous nous sommes proposé, dans cette assemblée, de faire voir avec évidence ce que veulent les ennemis de Dieu et du genre humain. — II n'est jamais dans le cœur humain d'être ï ennemi de Dieu et du genre humain; mais il est dans le cœur

humain universel d'être ï ennemi des amis indifférents ou

mondains de Dieu.

« Notre singulière affection envers nos sujets nous faisait regretter vivement ces fréquentes agitations populaires, si contraires à Yordre^ à la tranquillilé publique, à la paix et au repos des familles. » — Pour une chose, quatre mots!,,.. Target n'en avait dit que trois, et il fut sifflé et perdu dans la première Constituante française.

« Grand nombre d'écrits pleins d'outrages, d'insultes amères et de menaces nous furent adressés ; nous les avons ensevelis dans un éternel silence et livrés aux flammes.^ — Si c'était bon à faire, ce ne l'était point à dire. Et il y a tel grand Saint qui en pareil cas s'est écrié : « Si je ne suis pas coupable du mal qu'on me reproche , je le suis de bien d'autres.» (Il CoRïNTH.. VI, 3, Pierre. II, 15).

« Et dans ce même temps nous annoncions d'avance à nos bien-aimés sujets, ce qui arrivera maintenant avec l'aide de Dieu, à savoir que d'innombrables enfants accourraient pour

DANS LE LIEU SAINT

défendre La demeure du père commun de tous les fidèles, c'està-dire l'Etat de l'Eglise, si les liens étroits de la reconnaissance qui devaient unir intimement entre eux les princes et \qs peuples de l'Italie venaient à se rompre, et si les peuples avaient le malheur de mépriser la sagesse des princes et la sainteté de leurs droits, et cessaient de les protéger et de les défendre de toutes leurs forces » — Annoncer^ ici, d'avance,

c'était menacer : car qui pouvait douter, alors comme depuis, qu'il suffirait d'unmot du Pape pour prévenir ou arrêter les innombrables enfants, et la sagesse (le plus souvent folie) des princes"! Si ce n'est pas d'eux, par hasard , de qui l'Esprit- Saint a-t-il dit, tant de fois, dans l'Apocalypse, qu'ils ont corrompu la terre ? XI , 4 8 .

« Sur ces entrefaites, les révolutions politiques que tout le monde connait, étant arrivées en Italie et en Europe, nous élevâmes de nouveau notre voix apostolique le 30 mars de cette année, et nous primes soin di exhorter ... » — Il est bien temps di exhorter, lorsque les âmes sont indignées; et les armes, et même les poignards à la main !

« Cela seul, indépendamment d'autres preuves innombrables et si graves, démontre évidemment que les demandes d'institutions nouvelles et le progrès si hautement proclamé parles hommes de cette espèce, tendent à assurer au loin, au grand dommage et à la ruine de tonte société humaine^ la domination de cet horrible et lamentable système, radicalement contraire à la raison et au droit naturel, et qu'on appelle ie socialisme ou le communisme. » — Un simple homme du monde lui-même ne saurait jamais en public (comment un Prince etunPapelepourrait?)qualifîerd'//or?^26/e une doctrine quelconque, et surtout une doctrine érigée à l'état de parti. Car c'est évidemment imputer Y horreur à tout un monde, et Y horreur fait, si on peut le dire, horreur à tout le monde. Le Communisme a quelque chose de profondément chrétien... (AcT. V, \ — \\.) Dans la société, de la plus parfaite justice à la plus inique, il n'y a qu'un pas, comme en littérature du ridicule au sublime.

« ... Cependant un cri de guerre éclata tout à coup dans l'Italie entière : une partie de nos sujets s'en émut et courut aux armes On nous demandait la guerre, à nous qui tenant la place de Noti^e-Seigtieur Jésus-Christ sur cette terre, avons reçu de Dieu, auteur de la paix et ami delà charité, la mission de ne jamais appeler les hommes au carnage et à lu mort!... » — En dernière analyse, c'est concourir à la guerre, c'est faire SEUL la guerre, lorsque pouvant, d'un mot, empêcher la guerre, on laisse faire la guerre... Que serait-ce si , comme nous allons le voir, on la glorifiait? Et c'est précisément le bras droit de saint Pierre^ saint Paul, Romain par

excellence, qui le dit, elle prouve, detoutesîes façons, dansla première et la plus belle de toutes ses Epitres, celle aux Rornains. Et dès le premier chapitre : « A tous ceux, dit-il, qui sont à Rome les plus aimés de Dieu, et ceux qui sont appelés Saints : Omnibus qui sunt RomcB , dilectis Dei^ vocatis sanctis,^* — « Les païens , les anciens Romains (que n'eût-il pas dit des nouveaux et des chrétiens , et surtout des Evèques ! ) étant remplis de toutes les sortes d'iniquités, de voluptés, de cupidités, de meurtres, etc., «semant en secret la division » (traduction de Sacy) : Haïs de Dieu, superbes, inventeurs de nouveaux moyens de faire le mal, etc., gens sans affection, sans miséricorde: Replètes omni iniquitate, avariliâ, etc., homi-

cidio, etc., contentione, dolo , susurrones Deo odibiles,

superbos ; elatos , inventores malorum,.... sine affectione, absque fœdere, sine misericordiâ. — « Lesquels connaissant bien la justice de Dieu, n'ont pas compris que ceux qui font ces choses sont dignes de mort, et non-seulement ceux qui les font, mais aussi ceux qui consentent à ceux qui les font: Digni sunt morte, et non solum qui ea faciunt, sed etiam qui consentiunt facientibus.» Et voilà pourquoi vous êtes inexcusable, ô homme qui que vous soyez, et vous surtout qui jugez : « Propter quod inexcusabilis es, ô homo omnis, qui judicas. j) — Et cependant par votre dureté vous ne vous repentez point, et vous vous amassez un trésor de colère pour Le jour ÙQ\di colère: Secundum duritiam tuam et impœnitens cor, thésaurisas tibi iram in die iree et justi judicii Dei.

On dirait, en vérité, toute l'histoire romaine de 1848 et

•'ISiQ En sorte qu'il n'est pas téméraire de dire à Pie IX,

en tant que Roi : Toutes les guerres étrangères d'Italie, et peutêtre toutes les civiles de France et d'Allemagne, c'est vous, ^ui, en ne les condamnant point, les avez faites; c'est vous qui, du Vatican, de Monte-Cavallo ou de Gacte, aurez fondu tous les canons , jeté toutes les bombes , lancé toutes les foudres de sept Rois sur les sept collines, ainsi qu'il est prédit dans J l'Apocalypse (XVII, 7 — W) à la septième coupe de la nouvelle!

Babylone ( saint Pierre donne ce nom à Rome ) Ces ^r^/esl

de la grosseur d'un talent que Dieu s'appropria, et qui le firent " blasphémer (XVI, 21).

Plus coupable mille fois que Jules II, qui faisait matériellement, personnellement , et courageusement la guerre, au risque de tomber comme un soldat sur le champ de bataille , et de perdre trois couronnes avec la vie, vous faites une guerre indirecte , c est-à-dire une guerre ignoble et odieuse parce qu'elle est lâche et hypocrite. Sous prétexte de la liberté de l'Eglise romaine (vous ne pourriez pas dire son salut), et pendant que vous dites sans effroi la messe , vous faites , non loin de vous , couler toutes les sortes de sangs , égalemeHl

DANS LE LIEU SAINT

purs. Comme si Jésus-Christ, dont vous êtes le Vicaire, n'avait pas versé , et ne versait pas tous les jours le sien , à votre vue , et sous votre main , pour épargner celui des autres !

Les 50 premiers Papes vos prédécesseurs, tous martyrs, n'avaient garde de procéder comme vous.

Et si , ce qu'à Dieu ne plaise , au commencement de votre règne , une bombe de la terre allait enflammer et réduire en cendres la Basilique de Saint-Pierre, comme le Feu du Ciel a fait de celle de Saint Paul à la fin du règne de Pie VII , ce serait vous qui l'auriez jetée. Si un parricide ou suicide allait mettre le feu, à la place du corps de saint Pierre, dans les caveaux de son Eglise , et élever, dans un sens nouveau , le Panthéon de Jules II en l'air,.,, ce serait Vous qui seriez l'Erostrate chréiiewlW

Mais aussi , et grâce à Dieu , et pour vous sauver vousmême , et vos cardinaux avec vous, c'en serait fait (ce Test déjà !)Une grande VOIX sortirait (déjà elle sort) de Saint-Pierre , pour vous dire à tous : Votre pouvoir temporel, votre royauté Fut : Et exivit vox magna de teniplo, à Tlirono, clicens : Factum ^5?. Apoc. XVI, 17.

(A ces traits, que je crois sublimes, et par conséquent inspirés , je me rappelle que c'est aujourd'hui vendredi 28 juin 1849^ la Fêle de Saint Pierre, et à l'heure même de sa messe, où je suis allé en vain , monsieur le curé de la campagne (la plus élevée de France) où j'écris, étant allé 5^ promener!

« Nous avons pris soin , par une singulière miséricorde de Dieu , d'accomplir La charge que Dieu lui-même nous a imposée, de parler, à' avertir ei exhorter ; et nous avons la confiance qu'on ne pourra pas nous adresser comme un reproche la parole d'Isaïe ; « Malheur à moi , parce que je me suis tu !» La première charge que Dieu lui-même vous avait imposée , c'était d'exhorter les rois à ne pas employer leurs armes à vous rendre im pouvoir que vous n'aviez pas même eu Fart logique de vous faire pardonner. »

« Le Seigneur juste et miséricordieux a voulu nous humilier sous sa main puissante, lorsqu'il permit que pendant plusieurs mois la vérité d'une part , et le mensonge de l'autre, se livrassent un violent combat terminé par l'élection d'un ministère dans lequel se trouvaient réunis le talent, le zèle du bien public et privé, et le respect pour les lois. ^ — Eloge du plus malavisé, et même du plus indigne de vos ministres : car ayant fait lui-même de la révolte itahenne et française dans son âge mûr, il n'avait pas qualité pour commander le respect aux lois même justes, dans sa vieillesse. Et vous allez vous-même le dire :

« De là, ces machinations ourdies d'abord dans l'ombre, puis bientôt éclatant en public , ensanglantant les rues , mul-

Ifpliaiit des sacrilèges à jamais déplorables , et se portant contre nous, dans le palais du Quîrinal , à une violence jusqu'alors inconnue, » — A la violence de V effet , quelle ne doit pas étreliX violence de la cause?

"C'est pourquoi, opprimé par tant d'angoisses, ne pouvant plus remplir librement ni les devoirs du prince , ni même ceux du Pontife , nous avons dû , non sans une amère tristesse , nous éloigner de notre siège. » — Le Fils de Dieu, dont vous êtes le successeur, en telle occurrence , demeura !

Il disait même aux Pharisiens et surtout aux Judas et aux déicides de son temps (nous en avons aujourd'hui de rechute au milieu desquels Jésus n'est plus) : « Vous venez à moi comme à un voleur; ne suis-je pas tous les jours au milieu de vous, enseignantdansle temple?') Matth.XXVI, 55. Eten effet, lorsque tous ses disciples, sans excepter saint Pierre, fuirent, il fut le seul à rester: Tune discipuUonines, relictoEo, fugerunt.

» Cependant , au milieu de notre immense douleur, il nous est doux de pouvoir afïirmer que Y immense majorité du peuple romain et des autres sujets pontificaux nous est restée fidèlement attachée , ainsi qu'au siège apostolique , ayant dans une profonde horreur ces noirs complots, quoiqu'elle soit resiée spectatrice de ces tristes événements.» — Le commencement de votre proposition est détruit par la fin.

« JSous ordonnâmes à nos troupes suisses de venir à Rome; nous ne fûmes point obéi, et leur chef, dans cette circonstance, manqua à son devoir et à son honneur.»

Et si

Le i)arjure est vertu quand le serment fut crime!.,.

L'Eglise, a-t-elle, oui ou non, horreur du sang ?

«Et par un coupable abus des paroles et des pensées du trèssaint Evangile, ils n'ont pas craint , loups ravisseurs déguisés en agneaux, d'entraîner la multitude inexpérimentée...» (Ily avait des loups... dupans en agneaux plus évidents). «Et, puis qu'il s'en trouve parmi eux qui nous regardent comme la ^:aw5^ (innocente il est vrai) de tant d'agitations, nous les prions de considérer qu'à peine élevé sur le siège apostolique, toutes nos entreprises n'ont eu d'autre objet que d'âmetorer par tous les moyens la condition des peuples soumis à notre autorité pontificale.» (Vous étiez chargé d'une bien ^wive amélioration que celle de la condition plus ou moins civile des peuples l) « Mais que les menées d'hommes ennemis et séditieux ont rendu inutiles tous nosefforts ; et qu'au contraire, par lapermission du ciel, ces factieux sont parvenus à mener à leur fin les desseins que dès longtemps ils ne cessaient de méditer et d'essayer avec toutes les ressources de leur malice.

«C'est pourquoi nous répétons ici ce que nous avons dit ailleurs, à savoir : que dans cette violente et funeste tempête qui

DANS LE LIEU SAIIST. 305 ébranle Ctmîvers presque entier, il faut reconnaître la Maiii de Dieu et entendre la voix de celui qui a coutume de punir par de tels châtiments les iniquités et Les crimes des hommes, i — Autres grandes vérités de Pontife qui échappent à votre aveugle entraînement de souverain!

« Les hommes qui, applaudissant à ce décret abolitif de notre pouvoir temporel, affirment tant d'erreurs et d'absurdités, feignent d'ignorer que ce fut par un dessein singulier de la Providence divine que dans le partage de l'empire romain en plusieurs royaumes et en diverses puissances, le Pontife de Rome, auquel notre Seigneur Jésus-Christ a confié le gouvernement et la conduite de toute l'Eglise , eut un pouvoir civil, afin sans doute que, pour gouverner l'Eglise et protéger son unité, il pût jouir de cette plénitude de liberté nécessaire à son ministère apostolique. Tous savent, en effet, que les peuples fidèles, les nations, les royaumes n'auraient jamais une pleine confiance, une entière obéissance envers le Pontife romain, s'ils le voyaient soumis à la domination d'un Prince ou gouvernement étranger, et privé de sa hberlé. ^—Ld. soumission d'un Apôtre. qm n'a besoin que du vêlement et du pain nécessaires à l'enseignement et à la pratique de la soumission, dans une Eglise qui n'enseigne, après tout, que la soumission aux puissances les plus dyscoles , nous avons employé toute une partie de cet ouvrage à vous le démontrer à vous-même, ne saurait jamais être ni un mal, ni une cause de mal ; mais au contraire un bien, et le premier des biens. Et le pouvoir temporel ne saurait être et ne sera jamais indépendant d'un seul souverain étranger, qu'il ne soit dépendant de tous les autres , de toutes les passions des Rois et des siennes propres .

« Qui donc ignore que maintenant, ô douleur! la ville de Rome, siège principal de l'Eglise catholique, est devenue une forêt pleine de monstres frémissants, puisque les hérétiques, les apostats^ de toutes les nations, les maîtres de ce qu'on appelle le socialisme ou le communisme, animés contre la vérité catholique (il serait contre la nature de jamais haïr une verité;^i rien n'est plus naturel, et plus excusable que de haïr la plus grande des erreurs, le Roi qui se à\iChrist), d'une haine profonde, s'efforcent par leurs discours, parleurs écrits, par tous les moyens en leur pouvoir, d'enseigner, de propager leurs fatales erreurs, et de corrompre les esprits et les cœurs, afin que dans Rome même, si cela était possible, la sainteté de la religion catholique et la règle irréformable de la foi soient perverties? » — Vous conviendrez que si tel est l'état de Rome, depuis que vous l'avez quittée, et sans vous, il n'eût jamais pu être pire avec vous.

« Convaincu que notre devoir nous impose la charge d'employer tous les moyens pour prévenir ou repousser tant de

malheurs; nous avons demandé et sollicité le secours de tous les princes et de toutes les nations (quels n'étaient donc pas le i^ombre et la force de vos ennemis?). Nous ne pouvons donc, vénérables frères, nous empêcher de vous faire part de la consolation singulière {d e^i désolation qu'il vous fallait dire) que nous avons éprouvée lorsque les princes et les peuples, même ceux qui ne nous sont point unis {Timeo Danaos,..)

« Nous avons demandé le même secours à la France, nation pour laquelle nousavons un sentiment^pc^^;^/ debienveillance et de tendresse paternelle, car leclei-géel le peuple fidèle s'y sont étudiés (*) à adoucir et à consoler nos calamités et nos angoisses par tous les témoignages de respect etde filial dévouement. » — Yous ne No^azldi France, son clergé, et son peuple que de loin.

« Nous avons la ferme confiance que les ennemis de notre Mainte religion, qui sont aussi ceux de la société temporelle, seront éloignés de la ville de Rome et de tous les Etats de l'Eglise. » — Ce sont précisément les gens dont vous auriez le plus besoin, et qui ont le plus besoin de vous!... Le -Pieu Homme, que vous représentez, s'attachait d'autant plus à tels ou tels hommes qu'ils avaient plus besoin de foi et de conversion.

« Quand cet heureux moment sera venu , il nous faudra travailler principcdevient à ce que les esprits et les volontés des hommes, trompés d'une manière si malheureuse par les mensonges, les pièges et les calomnies des impies^ soient éclairés par la lumière de la vérité éternelle. Ils vous sontparfaitetement connus, ces monstrueux systèmes toute nature, qui sortis du puits de Cabîme, pour la ruine et la dévastation commune, se sont répandus au loin, au grand détriment de la religion et de la société civile, et se déchaînent aujourd'hui avec fureur.» — Tout ce que vous ferez. Encycliques, Mandements, Brefs, et surtout Conciles œcuméniques, ne fera (comme les œuvres de Bossuet et môme de Bourdaloue en France , et celles du Père Ventura, et même de Liguori en Italie) que rendre plus nécessaire une Logique irrésistible de la religion, illustrée et popularisée par une Encyclique, et tous les moyens réunis de la Souveraineté Pontificale.

(*) Le Pape a été bien bon lorsqu'il a dit : «Ce pieux tri!)ut est pour nous bien consolant, mais nous devons avouer que noire cœur paternel ne suirait se défendre d'une peine réelle , parce c|ue nous crai<;noiîs fort que , dans la triste situation des affaires pu])li'jues, nos i rès-cliers fils , entraînés par un élan d'amour, n'aillent, dans leius généreux sacrifices jusqu'à s'imposer xmc tjéne véritable !! »

Le denier de saint Pierre éiait un denier en tjffet.

(**) c La perte d un seul ennemi , disa" \ Rome même la reine célèbre (Chrisline), qui s'était faite sujette, est une pei le plus yiaude qu'on ne peu^e.. »

BANS LE LIEU SAINT

Les prières de toute l'Eglise, votre humilité, votre martyre même, ne la remplaceraient point, cette Logique. Et vous le dites : « Enfin, nous sommes prêt à donner même notre vie pour l'Eglise , si l'eiiasion de notre sang peut apporter quelque remède aux maux qui l'affligent. »

Et Pie IX a senti encore mieux que là n'était point le Salut de l'Eglise, lorsqu'il a fini par dire aux Cardinaux, auxEvèques età tous les Ecclésiastiques, de recourir, pour les défendre, et pour opérer de plus grandes choses que n'avait fait le Sauveur personnellement (Jean, XIV, 12), à des gens du monde qui ne semblent pas payés ad hoc ; et dans ceux-là, aux plus petits, et surtout aux plus méconnus ; Et ignobilia mundi elegitDeus , et ea quaejion sunt, ut ea quse sunt destrueret. I CoRiNTH. I. 28 : « Qu'ils n'oublient pas non plus d'exhorter les hommes éminents par leurs lumières et la pureté de leurs doctrines à travailler , sous leur conduite et celle du siège apostolique, à éclairer les esprits des peuples et à dissiper les ténèbres que l'erreur a propagées. »

En vérité, rallocutioa suivante , de l'un de ces hommes (*) (Savini) que Pie IX a flétris de toutes les façons, et enfin excommuniés, pourra soutenir dans le Grand Jour, la contenance auprès de toutes celleâ de Pie IX: « Citoyens, j'espère que vous tous qui êtes ici, vous voulez inscrire une page glorieuse dans l'histoire des peupleslibres ; je crois que vous sanctionnerez la décadence de droit de la souveraineté temporelle des papes , car il n'existe ni en politique ni en religion un fait plus monstreux , plus coupable , plus anti-chrétien. L'union du sceptre et de la crosse corrompt à la fois le Roi et le Prêtre. Les plus chrétiens d'entre les Papes , ceux qui ont plus servi Dieu que le monde , voulant transmettre à leurs successeurs leur domaine temporel , ont eu recours à des stratagèmes , et , invoquant l'appui de Fétranger , ils ont souillé la robe blanche du prêtre par le sang de leurs frères. Le moment de faire sortir la papauté de cette triste situation est arrivé, et

(*) Un Bonaparte même (Charles-Lucien) s'est trouvé là pour partager la couronne d'Italie : car il dit à l,i France ces paroles, qui retombent déjà sur sa famille ; « Je n'entreprendrai pas de revendiquer la justice d'une cause pour laquelle riiistoire a déjà commencé. Trop de voix s'élèveront à une hauteur que la mienne ne saurait atteindre, trop de plumes étoufferont la calomnie sous le poids de l'évidence; et d'ailleurs documents et argumentations ne sauraient nous manquer au besoin!... Je laisse à qui que ce soit la déduction logique et politique de la question. « Respect à la religion haine éternelle an gouuernement des prêtres !... furent les paroles d'adieu ciiù me vinrent aux lèvres en quittant les héroïques Romains !... Je ne crains pas de soutenir que ce sentiment est celui qui déborde de tous les cœurs!.. La restauration de l.i domination temporelle des Papes, loin detre opportune et nécessaire à la paix universelle , s'oppose au contraire à cette paix , puisqu'elle maintiendrait vivace et permanente la flamme révolutionnaire dans le cœur de l'Italie et à Rome même, qui deviendrait ainsi le centre des commotions universelles de l'Europe. »

il dépend de vous , ô pères de la patrie , de rendre ce grand service aux Papes futurs. Lorsqu'il s'agit de principes divins et éternels , il est de notre devoir le plus sacré de les proclamer hautement et d'y pei^sévérer jusqiCà leur donner la sanction de noire propre sang. Jésus-Christ fit-il , par hasard , un calcul d'opportunité ^ lorsqu'il a proclamé le divin .précepte de l'égalité humaine? Lorsqu'on pénètre dans cette enceinte , dans ces moments solennels , le cœur plein de ces vérités , c'est un crime de se laisser aller au doute ou à l'hésitation. Il faut tout dire; nous devons nous attendre à tout hors d'ici , à la croix , à la mort des martyrs. Mais , grâce à Dieu , nous sommes ici 200 représentants du peuple qui n'avons qu'un seul but . une seule pensée : nous avons aussi un même courage. Qn'il soit donné au monde l'exemple d'un accord unanime sur le jugement du plus grand crime que l'homme ait commis au 7iom de Dieu. Et au nom de Dieu , nous , représentants du peuple, en présence de l'Evangile ouvert , décrétons une fois pour toutes que les Papes ne doivent pas s'asseoir sur un trône royal , que leur royaume n'est pas de ce monde ! (Applaudissements prolongés.).... »

Après quoi, la Constituante, composée de 14i- (le nombre pie) a proclamé l'immortelle Loi suivante : Décret fondamental. « Art. '1 . Le Pape est déchu de fait et de droit du gouvernement temporel de l'Etat romain. Art. 2. Le Pontife romain aura toutes les , garanties d'indépendance nécessaires dans l'exercice de sa puissance spirituelle. Lq Vendredi , 9 Février 1849, une heure du matin. Le président : G. Galetti. Les secrétaires , etc., etc. »

111 Les faQles et les malheurs da dernier Roi de Rome, après la Frise de Rome,

Mais ce n'est pas de l'Italie que Pie IX attend et appelle, sinon à grands cris, au moins à grand cœur^ le secours: c'est de la France (*) ; et il semble, en vérité, que l'Esprit-Saint l'ait annoncé encore, enIsaïe,XV, 8: Moab (c'est-à-dire Armoab) usquè ad Gai Uni ulutatus est.

C) Et cependant, on compte jusqu'à treize de ses rois plus ou moins excommuniés ou censurés à Rome. Quoi qu'il en soit, la victoire de la France ne portera pas même bonlieur à la France... Fj7/e amee de l'Eglise , comme la. G aule Tétait en quelque sorte de la Judée. Coupable la première, la Galilée des Nations a été plus d'une fois , et elle sera encore châtiée, la première , comme la Galilée des Juifs... (V. le Cardinal Baronius, à l'année 69.)

DANS LE LIEU SAINT

Nous avons dit : à grand cœur? Si avant l'événement il v avait eu un doute, il n'y en aurait plus depuis. C'est à grands cris que le roi de Rome glorifie à la fois et la victoire sanglante s'il eu fut jamais; et l'armée victorieuse malgré elle; et la nation victorieuse malgré elle encore; et le général, etjusqu'à son colonel Niel, envoyé porter une clef des portes de Kome, au lieu de celle des cœurs des Romains, et fait de prime-abord pour cette équipée, Commandeur de l'ordre de saint Grégoire-ie-Grand, a le serviteur des serviteurs ! »

La réponse suivante à l'apologiste des Croix de Saint-Louis, devenu républicain, consomme à jamais la défaite d'un roi: «Général, la valeur bien connue des armes françaises, soutenue par /«Jw^aVe delà causequ'elles défendaient, a recueilli le fruit dû à de telles armes, la victoire. Acceptez, général, mes félicitations pour la part principale qui vous est due dans cet événement, félicitations, non pas pour le sang répandu, ce que mon cœur abhorre (cela allait sans doute sans dire), mais pour le triomphe de l'ordre sur l'anarchie, pour la liberté rendue aux personnes honnêtes et chrétiennes, pour lesquelles ce ne sera plus désormais un délit de jouir des biens que Dieu leur a départis (Dieu ne c/é/paraY jamais d'autres biens que ceux de la grâce; il a horreur des autres, et surtout de le\ir jouissance), et de l adorer avec la pompe religieuse du culte, sans courir le danger de perdre la vie ou la liberté. (Il n'y a jamais danger aujourd'hui à adorer Dieu, lorsqu'on n'a pas hier donné lieu de croire qu'on avait adoré l'or.)

« Sur les graves difficultés qui devront se rencontrer par la suite (*), je me confie dans la protection divine. Je crois qu'il ne sera pas inutile à l'armée française de connaître I histoire des événements qui se sont succédé pendant mon pontificat; ils sont retracés dans mon allocution, dont vous avez connaissance, monsieur le général, mais dont je vous remets néanmoins un certain nombre d' exemplaires (Lamartine ou Lamennais ne diraient pas mieux pour une brochure papiste ou anti-papiste), pour qu'elle puisse être lue de ceux à qui vous jugerez utile de la faire connaître. Cette pièce prouvera sulfisamment que le triomphe de l'armée française est remporté sur les ennemis de lasociété humaine (les premierset les seu's terribles de ces ennemis sont les Papes-rois, les cardinauxprinces et les abbés rentés), et ce triomphe devra, par cela même, éveiller des sentiments de gratitude dans tout ce qu'il y a d'hommes honnêtes en Europe et dans le monde entier.

(*) Celle apparemment de l'emprunt de 50 millions à'écus romains. 0 tempora , û moresl Que dirait aujoiird hui à Pie IX celui que i'Esprit-Saint de l'Apoculypse nomme VJigle de noire â^e, saint Bernard, qui disa t à Eugène « Chose inouïe, que Rome ait jamais renvoyé de Targent ! «

(Vous cachez mal, avec l'épithète entière, \e monde opposé à l'Eglise.)

« M. le colonel Niel, qui, avec votre dépêche très-honorée, m'a présenté les clefs d'vnedes portes de Rome, vous remettra la présente.... J'adresse continuellement des prières pour vous au Seigneur. >• (Et pour l'Italie et l'armée Garibaldi?)

« DatumCajelœ, die b jidii 1849. « Pius, P. P. IX. »

A tel Roi , tel courtisan : Monseigneur Marini, secrétaire du Chapitre du Vatican, a adressé au général Oudinot ces paroles : « Nous sommes heureux, général^ de vous recevoir dans cette auguste basilique, où vous vous présentez au nom de la généreuse nation française,, pour reprendre les illustres traditions de Charlemagne, qui, sur les autels des apôtres saint Pierre et saint Paul, déposa l'acte solennel de sa magnanime religion et de sa pieté. C'est à l'intercession de ces glorieux apôtres, dont les corps reposent ici comme gage précieux de la protection divine que nous devons d'avoir échappé à tant de périls (vous n'êtes pas difficile en échappatoires) qui nous environnaient, et vous, général^ vous leur devez le plus bel ornement de votre victoire en nous épargnant le sang et les ruines. En rendant des actions solennelles de grâces à Dieu, nous ne cessons de le supplier de nous continuer sa protection, et nous espérons que dans sa bonté il corrigera tous ceux qu'il voulait punir (votre discours est déjà une immense rechute), afin que le monde soit purgé des ennemis de l'ordre et de la religion, non par les armes de sa colère, mais par l'abondance de sa grâce. Dzew vous a choisi, général, pour accomplir les grandes a'ne^?^ qu'il réservait pour la consolation de cette ville, quand nos chagrins et nos humbles prières touchaient sa miséricorde, y ow'èèXQsV homme béni Dieu.» (quelnom donnez-vous àPie IX?). — Legénéral Oudinota déjà fait une petite justice de ces étranges paroles : « La France a confié à ses soldats une grande et sainte mission, et nous venons aujourd'hui remercier Dieu de vous avoir accordé delà conduire à bonne fin. Le rétablissement de l'autorité temporelle du Saint-Père dans sa capitale est un gage certain de la paix du monde. La France n'a reculé devant aucun sacrifice pour accomplir cette œuvre à la fois sociale et religieuse. Elle trouvera sa récompense dans lapro5pÉfriY6f des Etats romains- *

Mais voilà qu'un Cardinal est venu aggraver et envenimer encore les paroles du Secrétaire du Chapitre du Vatican ( il est vrai que c'est \ e^-Ministre des finances si malheureux de Grégoire XVI!).

Après le Te Deum, le cardinal Tosti s'est exprimé ainsi :

« Monsieur le général , vous transmettrez à vos enfants le titre de libérateur de Rome. Vous nous avez délivrés de l'oppression de monstres qui déshonorent le genre humain , et

DANS LE LIEU SAINT. 314

aujourd'hui vous nous annoncez le retour du pontife suprême, notre père et souverain. Quelques Finies de L'Enfer se sont déchaînées et se déchaînent encore contre lui ; mais la voix générale (hx monde chrétien, qui veut qu'il revienne glorieux, leur fermera la bouche. Oui, il viendra, mais toujours accompagné de sa douceur extraordinaire, quoique les méchants qui en abusent croient que l'impunité leur est due et deviennent de plus en plus dangereux. Général , yotre sagesse, votre conduite militaire, celle des braves qui vous entourent, nous ont épargné les maux de la guerre, et les dévastations qui déshonorent Rome et ses environs sont dues au génie malfaisant de nos tyrans. La discipline et la moralité de vos troupes servaient d'exemple et de châtiment à ce petit nombre de Romains égarés par cette masse d'impies réunis ici. Les braves gens pleurent encore le peu de sang français versé ici ; mais ce sang, uni à celui des prêtres innocents et de citoyens honnêtes égorgés par ces monstres , appehera les bénédictions du ciel. »

Le Bol de Rome H , plus mal inspiré encore , est venu ratifier , consacrer et aggraver le mal dans sa lettre du 15 ju«7let (tremblante devant le i 4 Juillet), dont la seule adresse est une monstruosité : « Pie IX, pape, à ses sujets bien-aimés. Dieu a levé hautement son bras , et il a commandé à la mer en fureur de l'anarchie et de l'impiété de s'arrêter. Il a conduit les armes catholiques pour soutenir les droits de Thumanité foulés aux pieds , de la foi attaquée , et les droits du Saint-Siège aussi bien que ceux de notre autorité. Louanges éternelles au Seigneur, qui , au milieu de ses colères , n'oublie jamais ses miséricordes. (Gomme si une ville prise à tout prix , ou prise seulement par des étrangers , n'était pas le contraire des miséricordes l). Mes bien-aimés , nous

soupirons après le jour {^"^) qui doit nous conduire au milieu

(*) Le Ficaire de Rome, le vrai Êvêque, et même Pape, infaillible ici, a dit; aussi bien que le Pape-roi mal : * Tâchons de ne pas mériter ce rcproclie de Dieu : Nullus est qui agat pœnitentiam svper peccato siio , dicens : Çuid feci ? Ne nous excusons pas sous prétexte que nous n'avons pas participé à Tmiquito d'autrui. Olil Dieu! notre Père céleste a été de toute manière outra^ > et offensé. »

(") En attendant le jour de revenir à Rome s'occuper de toutes ses forces du honJieiir de ses bons sujets , le roi de Rome se fait le compà, e du roi de Naples. Ou écrivait de Gaëte le 4, à l'Univers : « La reme de Naples a mis au monde' , Iiier malin , une princesse que le Souveraia-Poniife ab iptisée lui-même hier soir, à la cathédrale. Toute la cour, les ministres, Is corps diplomatique de Naples et celui de Gaëte , etc., assistaient. Selon l'usage napolitain , on a donné à l'enfant une foule de noms (trente-deux, ni plus ni moins), je me contente d'écrire les deux premiers : Maria- della-Grazia-Pia , etc. Je ne puis exprimer quel gracieux accueil Pie IX a fait au général Oudinot : tout le monde en était louché au dernier point. Le Pape veut donner au général la grand'croixde 1' 6*rc?r<? Fie de première classe. Vous savez que cet ordre a été créé par Pie IX au commencement de son pontificat. »

de vous , en appliquant les remèdes difficiles (les remèdes dijjiciles ne sont jamais que des maux nouveaux) aux maux graves, et en consolant les bons sujets.,-)^ Ce dernier mot est affreux dans la bouche d'un Roi, et surtout d'un Pape, le successeur de celui qui a dit : « Je ne suis envoyé que pour les brebis qui périssaient de la maison d'Israël : Ipse autem respondens ait : Non sum inissus nisi ad oves^ quœ peinerunt Domûs Israël.* Matth.XV. 24, etc., etc.

Le premier acte de la Restauration de Pie IX est digne en tout deses allocutions. C'est sa Commission exécutive,ou son Iriumvirat du août, dont les noms mêmes étaient déjà irritants avant îa proclamation : cardinal Genga ; cardinal Vanicelii ; cardinal Altieri : «La Providence divine a soustrait à Faction décharnée des plus aveugles et des plus noires passions (les plus noires ne sont pas celles qu'on pense), par le bras invincible et glorieux des armées catholiques (la gloire d'armées réunies contre un petit nombre l vous allez le dire), les peuples de tout l'Etat pontifical, et d'une manière spéciale le peuple de la cité de Rome, siège et centre de notre religion très-sainte. C'est pourquoi le Saint-Père nous envoie maintenant parmi vous avec pleins pouvoirs pour réparer de la manière la plus convenable, et aussi promptement que possible, les graves dommages causés par l'anarchie et le despotisme d'un petit nombre d'hommes. (Vous oubliez le despotisme du grand nombre.)

« Notre première sollicitude sera d'imposer à tous (la religion ne s'impose jamais par autorité, mais par sujétion) le respect de la religion, de rétablir dans son assiette Tadministration de la chose publique, et d'en procurer l'accroissement, si nécessaire après l'indigne dilapidation qu'en ont faitè des démagogues sans bon sens (ii sans nom Ç^) . (comme si le nom excluait la démagogie l)

« Le Saint-Père s'occu])e de pourvoir à tout par des institutions qui soient compatibles avec sa dignité, avec le pouvoir si élevé du Souverain-Pontife, avec la nature même de cet état dont la conservation importe à tout le monde catholique. »

(*) Triumvirat ônVso'x de Rome est d'ailleurs ronsëquent ici, au roi luimême, qui se complaît à flotter les Comtes et les Vicomtes ^ les Nohiles î^jVj (répété jusqu'à 5 fois) deMontalembert et de Failoux. Il écrit, en forme de réclames , au duo des néo , à la date néfaste du treize novembre, que : « An sein de celle extrême pénurie d'homr.ies généreux [ce qui est flatteur pour toute l'Assemblée) , en nn temps où Yavibition est si flagrante {\e mot élah h'ien choisi, à propos de Montalemltert) et où la plupart mesurent toni a l'échelle de leur intérêt person- ^ nei,.. ils ont parfaitement mérité du Saint Siège, » — Ce qui toutefois n'a pas contenté le 7io6/e Monlalembert , jaloux peut-être aussi de « [' Egregiiis vir Alfridus de Failoux » : car il a eu l'audace et l'ingratitude de calomnier le Pape-roi,

DANS LE LIEU SAI^'T

Le dernier acte du roi Pie IX est, s'il est possible , pire eu logique, pire en politique , pire en religion que, tous les autres. Son nom n'est pas chrétien , car il est égoïste : Motu proprio. Il est daté d'un mois fatal : septembre ( veille de l'Exaltation de la sainte Croix) ; d'un lieu plus fatal encore : le Palais et, on peut le dire, la Montagne de feu, de foudre et de mort : Portici, ou les Portes de l'enfer du Vésuve î

(T Pie IX, souverain Pontife, à ses sujets : A peine les valeureuses armes des puissances catiio tiques (outrage calculé à la France seule entre les nations 1) qui ont concouru avec une piélé vraiment filiale au rétablissement de notre pleineliheHé et indépendance dans le gouvernement des domaines temporels du Saiiit-Siége, vous eurent-elles délivrés de la tyrannie qui vous opprimait de mille manières » . nous nous occupons d'établir les bases de ces institutions qui assureront en même temps notre indépendance, que nous avons Tobligation de conserver intacte à la face de l'univers. Ainsi, pour la consolation des bons (les bons seuls vous ont perdu), qui ont tant mérité notre bienveillance , nous avons résolu de notre propre mouvement et de notre science certaine, et avec la

plénitude de notre autorité, d'ordonner ce qui suit :

Finalement, poussé toujours par l inclinationde notre cœur paternel à l'indulgence et au pardon, nous voulons quMl y ait place encore cette fois (et les 70 fois 7 fois qui vous sont commandées !...) à un acte de clémence envers les égarés qui ont été entraînés à la félonie et à la révolte (par la vue delà Grande Apostasie\.) par la séduction, par l'incertitude et peut-être encore par l'inertie d'autrui. Ayant, d autre part, présenta Tesprit ce que réclament la justice {\otre justice, à vous , c'est la restitution , à qui de droit, des Etals romains), fondement des empires, les droits acquis à autrui, le devoir qui nous incombe devons protéger contrôle renouvellement des maux, et l'obligation de vous soustraire aux influences pernicieuses des corrupteurs de toute morale ( les corrupteurs de ta morale ce sont les Cardinaux-princes et les Evèquesgrands seigneurs) et des ennemis de la religion catholique, qui, faisant votre gloire, vous distingue comme cette famille

élue, favorite de Dieu

« Telles sont les dispositions que pour notre bien-être nous

et de traduire ces mots luculentum ingenii tuî ( élucubration) en quatre impostures ; « Nouvel et Brillant Monument de Talent,... qui vivra à jamais, etc. » Le Monument du 19 octobre était déjà oublié à Paris le 20. Pauvre Italie , ma/heureux Roi d'Italie !

(•) Le Tempo, de Naples^ du 18 octobre publie une lettre du Cardinal Antonelli qui , au nom du Pape, confère au ministre de la guerre napolitain , prince d'Ischitella, la grand'croix de l'ordre de Pie. Elle est^datée, celle-là,» de^ appartements du Palais Royal de Portici. »

LA GRANDE APOSÎASÎE

avons cru, devant Dieu, devoir publier ; en même temps quelles sont compatibles avec notre représentalion deDieu.y»

Et comme si le Koi avait rougi pour lui-même ou de sa clémence, ou de sa vengeance, il en charge ses trois ministres d'Etat. « Notification. Commission gouvernementale d'Etat» La Sainteté de notre Seigneur, émue à Faspect des circonstances qui atténuent chez plusieurs de ses sujets hien-aimés le crime d'avoir participé aux troubles, et désirant montrer la bonté touj ours inépuisable de son âme. . . à tous ceux qui ont pris part à la révolution qui vient de cesser dans les Etats pontificaux, sa bonté souveraine accorde le pardon (*) » (Après la bonté souveraine , voici la méchanceté souveraine) :

« Sont exclus de cette grâce : les membres du gouvernement provisoire ; les membres de l'Assemblée constituante, du triumvirat et du gouvernement de la république-, les chefs de corps militaires, » etc., etc. — Autres cas réservés du roi : « Par le présent pardon, on n'entend pas assurer la permanence dans les emplois des administrations centrales, provinciales et municipales de tous ceux qui, parleur conduite dans les événements que nous venons de traverser, s'en seraient rendus indignes. Cette réserve est applicable aux employés et militaires de toutes armes. De notre résidence du Quirinal, le ^8 septembre 4 849. Le cardinal délia Genga, le cardinal Van- NicELLi,le cardinal Altieri. »>

Le premier jour de la grande année 1850 (elle sera celle à\\ne jubilation d'un ordre nouveau), le Pape, traité en Roi par les Rois, leur répond aussi en Roi : « De même qu*à l'occasion de commotions religieuses et politiques, le corps diplomatique a été pour nous une couronne (le Pape -roi rêve couronne) de consolations, de même il est pour nous une couronne de joie dans ces jours où ces commotions sont en partie calmées. La générosité, la noblesse, la fermeté et la piété sont les traits caractéristiques de la conduite des quatre puissances (donc toutes les autres n'ont pas ces quatî^e qualités), qui, au nom de la catholicité entière, soï\i accourues pour triompher de l'anarchie, pour rendre ensuite au Souverain Pontife, dans sa liberté et son indépendance, l'exercice de ses hautes attribu-' lions. Il est certain que Dieu élève et bénit les nations pour les actes de justice qu'elles font, et i\ne manquera pas certainement de bénir et d'élever les souverains elles gouvernements que vous représentez pour l'intérêt pris à une cause qui est toute de Dieu,,, De même qu'elles ont soutenula causede Dieu dans celle de son Vicaire {Vicaire de Dieu, c'est fort), de même elles défendront avec zèle leur propre cause, en accordant à l'Eglise cette protection et cet appui dont elle a tant besoin, afin qu'elle puisse irifluer (ici il y a dérogeance!) sur la rectification des principes et sur la propagation de la morale, qui

DANS LË LÏËU SÀlNt.

sont aujourd'hui directement attaqués par tant d'ennemis de Dieu et des hommes. C)^> Comme si D/ew pouvait jamais être haï\ Et comme si les hommes pouvaient jamais haïr des hommes, et surtout des Prêtres qui n'auraient rien à eux qui ne fût aux autres, et qui ne demanderaient qu'à mourir pour procurer des amis et des âmes à Dieu!

Les derniers mots de la réaction ultramontaine... sont les plus fatals de tous. Et ils se trouvent dans la dernière Encyclique de Pie IX, à la date de la Conception de la Sainte- Vierge, la veille de 4 850 :

« Ils éloignaient d'eux tous les secours delà religion, et les contraignaient de rendre le dernier soupir entre les bras des prostituées. » Traduction de Y Ami de la Religion. (C'est encore à n'être pascru. Et cependant c'est vrai I « Animarn inter procacis aîicujus merelricis illecebiris emittere cogebantur.) » — Et d'abord serait-ce en accomplissement de l'immortelle prophétie de saint Jean : « Venez voir la damnation de la grande Prostituée de Babylone (saint Pierre ne donne pas d'autre nom à Rome, et Pie IX le rappelle dans son Encyclique, lorsqu'il dit aux Italiens qu ils ont bu la démence à la coupe empoisonnée de Babylone), avec laquelle se sont corrompus tous les rois de la terre : Ostendam tibi damnationem M ereti icismagnœ, cum quâ fornicati sunt reges terrae. » — Ensuite, pour la folie, ou l'ivresse d'un ou de plusieurs à bout apparemment delà tiédeur du clergé romain, un Roi, un Pape en apparence, calomnier tous les républicains de Rome! c'est, à la fois, se rendre impossible la conversion d'un seul républicain, et scandaliser tous les royalistes. — Et puis ajouter les paroles suivantes, et ne pas trembler, c'est faire trembler contre soi tout le monde: « Ces infâmes ennemis de Dieu et des hommes ne cessent pas leur travail de destruction... Au milieu de si grandes difficultés, portant la charge suprême de TOUT le troupeau du Seigneur (ce qui n'excepte pas les infâmes en question), etc. »

... En vérité, il était prophète de Pie IX, le grand Liguori qui vécut sous sept de ses prédécesseurs , lorsqu'il a dit ces paroles textuelles :

« Ego dedi tibi sceptriim regale : Je t'ai fait roi et le plus grand de tous les rois de la terre; et tu dedisti capiti meospineam coronam , par les coupables pensées auxquelles tu t'es arrêté. Ego te exaltavi : Je t'ai élevé jusqu'à être mon Vicaire;

(*) Quelques jours auparavant, le Pape-roi, jusque dans sa Lettre au concile de sa chère Imola, appelle ses ennemis les hommes les plus scélérats : Uomiyii sceleratissiniil

En vérité, on dirait vrai le vers rongeur de$ protestants , rapporté par Samuel Maret*

Roma manus rodit; quas roclere non valet, odit,^

tu avais dans tes mains les Clefs du Ciel, tu étais en un mot un Dieu de la terre ; et tu me smpeiidisti in patibulo crucis : et tu as méconnu tous mes dons, ma tendre sollicitude, en me mettant de nouveau sur la croix. »

Et Pie IX, lui, a été prophète, et infaillible, des malheurs de toute r Italie, et même de toute la chrétienté, s'il ne l'a point été des siens, dans ces paroles de la même Encyclique: Et îmminentia in posterum pericula.

Etce qu'il a ajouté pour d'autres, avec toutes les apparences d'une ironie qui n'est pas vraie, nous le dirons, nous, humble fidèle, à tous les Prêtres plus ou moins rois : « Du reste, > que nos pauvres se souviennent, d'après l'enseignement de 1) Jésus-Christ lui-même, qu'ils ne doivent point s'attrister de » leur condition, puisque dans la pauvreté le chemin du sa- » lut leur est préparé plus facile, pourvu qu'ils soient pauvres » non seulement nuUériellement , mais encore en esprit. » Que le peuple fidèle tout entier sache que les anciens Rois ^ des nations païennes et les chefs de leurs Républiques ont j> abusé de leur pouvoir beaucoup gravement et beaucoup » plus souvent ( il suffirait du Rursiim ci-ucifigentes Fitium » Dei de saint Paul, et des crimes du Pape Borgia pour montrer » cette profonde erreur théologique et historique) et que par i> là ils reconnaissent qu'il doit attribuer aux bienfaits de no- « tre sainte religion si les princes des temps chrétiens redou- » teiit, à la voix de cette religion, le jugement très-sévère qui » sera rendu sur ceux qui commandent, et le supplice éter- » ne; dcsLinéaux pécheurs, supplice dans lequel les puissants * seront puissamment torturés, ont usé à fégard des peuples, ^ leurs sujets, d'un commandement plus clément et plus » juste. »

r. i et fondamentales élévations sur le Vicaire de Jésns-Ghrist.

En résumé définitif , seul à la fois concluant, terrible, mais aussi consolateur. De deux choses Tune, ou le Pape est, ou il n'est pas pas THomme de Jésus-Christ. Il fest , certes, car , s'il ne l'était point , il ne serait ; quedis-je? il serait le plus grand des t7^ois imposteurs fameux dans la littérature du dern ier siècle. Il est surtout fHomme de Jésus-Christ à ses propres yeux: car, aussi bien, et même encore plus, que ses prédécesseurs (puisqu'il est plus éprouvé) , il se croit le Vicaire même , ou plutôt le premier ficaire de Jésus-Christ,

(Moi , je vais jusqu'à le croire , par cela seul qu'il est Prêtre (saint Augustin dirait par cela seul qu'il est Chrétien : Omnis Christianus Christiis) : JÉSUS-CHRIST lui-même !)

DÀNS LE LIEU SAIIST. 317

Et cela, si fort que ce soit , et précisément parce que c'est très-fort, l'Esprit-Saiiit elle Sauveur lui-même l'ont dit, clans ces paroles qu'ils ont si souvent répétées et que tout le monde a répétées encore plus souvent , et néanmoins encore vierges : « Je vous le dis donc de nouveau , et ce sera l'éterneUe raison de votre paix à tous: Comme mon Père m'a envoyé , et moi aussi je vous envoie : « Dixit ergô eis iterùm : Pax vobis. Sicutmisit me Pater et Ego mitto Vos, » Il y a assimilation des Apôtres et du Fils de Dieu ; et comme identification des uns et de l'autre. Et ce que le Christ ressuscité a dit, ii le fait immédiatement : Hœc cùm dixisset , insufflavit, et dixit Bis : AccipiteSpiritum Sanctum. — Accipite, recevez, acceptez (le Fiis de Dieu ne ditpas : « Je vous donne, je vous impose, » mais, c< je vous offre » à tous, si vous voulez, et pour le temps que vous voudrez, et que vous en serez dignes , le Saint- Esprit, c'est-à-dire la toute-puissance spirituelle

« Je vous envoie C(?7nme mon Père m'a envoyé 1.... » ce qui veut dire , principalement : Je vous envoie : à la Pauvreté , à la Sujétion , et , s'il le faut , au Martyre !

Et voyez , comme le Sauveur est bon , même selon le monde ! Il dispensait du martyre, tous les Papes depuis les 33 premiers !î! ne demandant aux ^259 derniers , et à Pie IX plus particulièrement , dans la première année de son avènement, que la millième partie de ce qu'il lui demande dans la quatrième !

Désormais , puisqu'il est dit le Vicaire principal de Jésus- Christ, il nous paraît condamné, c'est-à-dire prédestiné à rètre excellemment. Et c'est à lui, surtout, et de lui, que saint Augustin et saint Bernard disaient : « Après un Dieu Homme, faisant jusqu'à de pierres pains pour nourrir et rassasier les pauvres , et même d'eau vin pour réjouir les noces des pauvres , il ne faut rien moins qu'un Homme Dieu Et sous

un Chef crucifié avec une couronne d'épines, il ne faut point de Vicaire couronné d'or et de diamants : Pudeat sub spinato

capite membrum fieri delicaium C'est en mémoire de la

même leçon et du même exemple invincibles, qu'à 600 ans de là , le plus digne d'être Roi , s'il n'avait pas été contradictoire, Godefroy (synonyme littéral , dans les langues du Nord, do Dieu et de Roi) , Godefroy de Bouillon , refusa le titre de Roi de Jérusalem , et se contenta de celui de Duc, du Saint- Sépulcre,,.. Du ridicule au sublime , il n'y a qu'un pas. Il était bien temps de s'humilier (si s'humilier c'était!) et de préférer la sujétion au commandement , lorsqu'on venait de faire de la chrétienté un désert, et deTAsie un tombeau I.... Et cela, pour faire triompher un tombeau où Jésus-Christ n'avait consenti à s'enfermer , et d'où il ne voulut sortir qu'avec dédain, et que pour fonder et assurer^ dans les quatre

parties du monde, la paix, la pauvreté, la sujétion, et jusqu'à l'humiliation, à jamais !

Mais , après tout , nous ne voudrions que le plus grand génie humain , la vertu la plus grande, la sainteté apparente la plus avérée d'un Pape , et surtout de Pie IX, pour justifier, pour établir, pour consacrer, pour immortaliser la théorie véritable de la Papauté véritable.

Et en effet , la première condition de la tentative seulement d'un succès , et surtout d'un nouveau et dernier succès , pour le génie du mal contre celui du bien , il nous faut incessamment le redire , c'est, d'une part, le Charme de l'opérateur ; et , de l'autre, l'importance de l'opéré. L'impie apparent, Proudhon, par exemple, faisant reculer à la fois le riche et le fidèle, ne saurait jamais être qu'un enfant perdu » et qui se désavoue , même par ses lecteurs. — Le Royaliste, peut être, le plus utile ! — Mais l'impie secret, l'impie qui se nie, et qui se croit pie, c'est tout autre chose. C'est avec lui que le Démon peut frapper tour à tour à la tête et au cœur des autres, et aux siens; car c'est à lui seul que la double providence du Ciel et de l'Enfer a départi et les vertus et les défauts , et les vérités et les erreurs qu'il faut à la séduction. Lui seul connaît à fond le cœur humain. Lui seul hante tour à tour les sujets et les Rois , les pauvres et les riches , tous les âges et tous les sexes. Lui seul fait des appels à toutes les sortes de passions. Et c'est la raison pour laquelle , seul entre tous les citoyens , il est exclu à la fois de la profession de médecin et de la qualité de légataire. Et ce qu'on voit dans les individus , on le voit aussi dans les peuples. L'Italie , peuple de prêtres , est aussi bien le peuple des prestiges. Et , en Italie , le Génois l'emporte sur tous les autres : ce qui lui valut toujours plus de Cardinaux et plus de Papes.

Et qui pourrait croire que le Pape (*) ou le Vicaire de Jésus- Christ, pût se dire, se croire, et môme être dit oucrule Christ, à la fois par les Rois, par les Grands, par les Pauvres , par les Elus? — un Sectaire, un Protestant quelconque? Mais tous les sectaires modernes n'ont jeté qu'un seul cri, dans tous leurs cris : la prétention d'un Homme, et du Pape roi précisément, à se dire et à se croire Christ,.,. — Un Musidman"^ — Mais il est Turc, et ne saurait que faire hausser les épaules ou rire dans toute l'Europe, et dans toute l'Amérique, qui sont tout le monde moderne ; et , en Turquie , il ne serait pas souffert une minute par le dernier Pacha. — Un Jm/ plutôt , dira-ton, car il y en a eu des exemples? — Oui , mais plus isolés , plus innocents, plus exclusifs d'une attention seulement sur

(*) C'est le proverbe de tous les peuples et de toutes les nations; et en France , on dit comme en Italie et en Espagne ; C'est au meilleur drap (ju'on e&t le plus Uompé; Eîî el mejor pauno ay mayor enga,nHo.

DANS LE LIEU SAÏ>'T

un Chrétien , et surtout sur un Yoltairien , ou un homme du peuple, que ne serait un Marabout (de Magus et abba) de r Algérie....

Tant et de si grands témoignages donnés , qui , et surtout quel Théologien, et quel Prêtre serait capable de nier : T que si la Grande Apostasie est quelque part (*) , elle ne saurait être que dans le Lieu Saint? IP que les Papes rois, uniques en cela sur la terre , et les plus mauvais (Bellarmin lui-même en reconnaît un grand nombre à' indignes) sont en droit et possession de s'appeler, et de s'entendre appeler, comme il dit que l'Homme de péché s'appellerait : Christ ;

(•) Et, encore une fois, presque tous les Pères de l'Eglise, et surtout les plus profonds et les plus illustres , le proclament : — Saint Jérôme , ad Algas. : 7?? Templo Dei sedehif, vel Hierosolymis , ut quidam putant, vel IX ECGLESI.A , uf veriùs arhitramur. — Et saint Augustin dans le plus grand et le plus sûr de tous ses livres, la Cité de Dieu : J.nti-Christum Sessuinan in Templim Dei , ta.nquàm Ipse sit Templiim Dei, quod est Ecclesia, sicut dicimus , Sedet in yimicnm, id est, veliit Amicus. — Et les derniers Pères de l'Eglise , comme les premiers , plus éclairés par la suite des siècles et de l'Eglise, et plus hardis, saint Bernard , entre autres, vont jusqu'à dire : « La Bête de l'Apocalypse, à laquelle est donnée ane bouche parlant des blasphèmes et de faire la guerre aux Saints, Siège dans la Chaire même de Pierre, comme le Lion py^êt (on dirait prêtre) pour la proie ; » « Besiia illa de Apocalypsi cui datum est loquens blasphemias , et belium gerers, cum SsLUctis, Pétri Cathedram occupât, tauquàm Léo paratus ad prcedam.» — Er , rapprochant les distances, et s'élevanten aigle sur tous les lieux et tous les temps, le grand maître de tous les Papes, et le meilleur juge peut-être de toute 1 Eglise, saint Grégoire le Crand , de reconnaître qu'un Pape sera l'Antéchrist, et de s'écrier, ces paroles connues : « Le voilà, le Roi delà Superbe; il a pour avant-garde, une Armée de Prêtres : Rex Superbiœ propè est, et quod dici quoque nefas, Sacerdotuni ei prasparatur exercitus.

Et la tradition tout entière, supposant ou renouvelant, dans la suite des siècles, les mêmes annonces ; et le dernier venu , c'est ù-dire le plus grand et le p!us méconnu toujours, Pierre Michel (on dirait l'envoyé du premier Archange et du premier Pape de ces grands noms) donnant, au premier moi'^ même de la grande année '1850, la raison et la théorie de ces événements immenses dans ces dernières paroles sublimes contre les puissances temporelles de l'Eglise: « Les fastueuses élévations, ce sont des vagues non comprimées qui entraînent dans leurs abîmes ceux qui les nourrissent; ce sont autant d'audacieux défis que l'Enfer jette à la Barque de saint Pierre, et arec d'autant plus d'espoir de la faire somiirer, qu'ils la touchent de plus près et en sont extérieurement comme les appuis. '

('*) ... Si l'Esprit-Saint de tous les siècles , au lieu de ces mots : Miilti venient in Nomine fneo, dicentes : Ego suin Ckristus, avait dit : « Ceux qui se disent les Ficaires da Christ »,';iln'y avait plus de Prophétie dans l'Esprit-Saint; plus Je libre arbitre, dans les Papes; plus d'économie et de Providence, dans le monde, plus de Dieu , plus rien.

Les neuf Papes les plus remarquables des 260 .... , précisément parce qu'il» sont les derniers, et aussi parce que les quatre nouveaux , Pie VI et Pie VII , Pie VIII et Pie IX, en cela uniques, se suivent dans l'espace de près de 70 ans, sont principalement extraordinaires encore parce qu'ils ont pris et portent le Soja mêra.e (') que le Sauveur ressuscité, Jésus-Christ, et Dieu enfin semblent s'être ré-

(*) On peut remarquer que le premier compère des Papes-rois, l'usnrpatetir Pépin prit le premier le liire de Pie, sur la fameuse piene de Raveunes, dont il a voulu faire austi la base de l'Eglise : u Pipi- .im Pius Primus Amplificatid.ce Ecclesiœ viam aperuit.,. Le preiaier ? donc Gonstantin-le-Grand, no-..

IIP que chacun de tous les Evèques , de tous les Prélats même, est en droit et en possession de s'appeler et de s'entendre appeler {Monseigneur), en telle façon que Jésus-Christ , et Dieu lui-même , n'a plus sur le dernier parvenu des Camériers de Pie IX, que le privilège de la grande S 1 iy° que l'Ordre religieux le plus papal (il est en possession de confesser la plupart des Cardinaux), porte même, exclusivement, le nom de Je^w^-Christ en général (la Compagnie de Jésus), et même en particulier {Jésuites) ; V° que les pluspa- . pales royautés, celles de France et d'Espagne, portent encore, exclusivement, le titre de Rois Très-chrétiens, de Majestés, et comme de Dieux Catholiques,

En somme , il y a des apostats quelque part (le monde le crie comme le Ciel); et, de deux choses l'une : ou c'est le Pape-

servé : Pie. EtrEsprit-Saint a chargé de le leur rendre, précisément les vainqueurs de Vhnacje et du Nombre du Nom de la Béte , dans cette exclamation de l'Apocalypse , XV, 4 : i- Qui ne vous craindra désormais, Seigneur, et ne glorifiera être Nom ? car vous êtes Seul Pie : Quis non timebit te , Domine, et magnificabit Nomen Tuum ? Quia Solus Pius. »

C'est alors que se manifestent les sept coupes et les sept plaies du Temple : Septem plagas de Templo. 6.

Et, par une coïncidence inouïe, remarquée à présent de toute la chrétienté, Tactuel Ficaire du Christ, Pie IX , dont les armes nobles sont un Lion foulant trois Croix autour d'un M (le Besant de Constantinople), est marqué dans la suite,, vraiment miraculeuse (*), des Papes du grand saint Malachie ( le maître et le prophète de saint Bernard) du stigmate chrétien si extraordinaire, et si vérifié déjà : Crux de Cnice !

Samuel Marest semble l'avoir prévu en se fondant sur un Jésuite fameux... le maître et le directeur de sainte Thérèse : " Ribera probat caracterem Antichristi , totum Christi nomen compendio inclusurum , non absque Crucis figura, sic X

.. Du sublime au ridicule et du ridicule au sublime, il n'y a qu'un pas toujours. Le Pape le plus roi peut être du XVIe siècle , G imille Corghèse , sous le nom de Paul V, l'excommunicateur (mais aussi le rehabilitateur) de tout le Sénat de Venise, pour avoir mis en vente les biens du clergé et banni les jésuites de la république ; lami, à tout prix, des Ordres religieux (il en a /o?ic/e ou reconnu plus que tous les autres Pdpes ensemble); le patron surtout de Molina , et de Suarès le régicide^ jusqu'à protester contre sa condamnation par le parlement de Paris; et avec cela se déclarant jienfre sur le dogme de 17mmacu/ée Concep-

PaV o tion\ — et par surcroît le persécuteur des trois hommes

Lo 50 les plus frappants de son pontificat : Galilée , Fra-

V o Paolo et Piicher : a porté la triple couronne sur les

V 5 yeux au lieu du front , jusqu'à permettre des dédicaces de

ï 1 livres ultramontaios avec ces mots : « PauloV, Fice-Deo ,

Ce. '100 « christianee reipublicaâ monarchpe Invictissimo y et pon-

Deo. 500 « tificise Omnipotentiœ coaservatori acerrimo, » Mais

aussi le fameux du Plessis Mornay, de l'anéantir dans le

666 nombre de la Bête ci-contre.

C'est le même Piomain Camille, le bâtisseur du second Palais Royal de Rome, où les rois Pie VII et Pie IX devaient être assiégés [Monte- Cavallo), qui a mis encore plus malheureusement son nom bourgeois de Sienne, au lieu de DQmus Domini, 3lu front même de Saint l?ierre.

(*) Voyez-là, entière, et démontrée, daai le 7-jHe levé sur le système universel du moudcx

DANS LE LIEU SAINT. 3^1

Hoi et les Evêques Seigneurs, qui le sont ; ou c est saint Jean- Baptiste et les Pauvres !.. .

Mais il est contre le Pape-roi un dernier argument , plus immense encore, s'il est possible, que tous les autres, et celui auquel on pense le moins , auquel nous avons constamment fait allusion dans le cours de cet ouvrage , et qu'il nous faut à la fin formuler. C'est qu'en vérité, le Pape, appelé, comme Pierre, et comme le Sauveur, à n'être pas du Monde, est plus dans le monde que jamais (car qu'est-ce que le monde, si ce n'est le pouvoir et l'argent temporels?): — c'est qu'appelé à être contre le monde, à faire la guerre au monde, il lui ïait paix plus que jamais; — c'est qu'il est l'ami 'du monde, Fêtant par excellence, ou désirant l'être, de toutes les sortes de rois, de riches, de célèbres ; el qvî 'Adi , en effet, on peut le dire, tout le monde pour amis réels, et surtout peutêtre ses ennemis apparents: quel Roi, ou riche, ou prétendant ne serait ou ne se ferait Catholique et même Romain pour demeurer ou devenir Roi ou riche comme en sûreté de conscience ? cela coûte si peu ! Naguère, une Dédicace, au sieur de Voltaire; une signature papiste : Dévot Fils, à l'Empereur ; un petit autographe, au grand Mirabeau de la Noblesse en 90; un discours , au petit Mirabeau du Tiers en 1850.. . Si vous laissiez le temps à celui-ci, vous le verriez (je ris ou je ne ris pas) , quasi comme Montalembert , Ultramontain enragé. Le richissime Prince de Talleyrand n a pas été plutôt Apostat, qu'il en a fait pénitence : — « Passez-moi la rhubarbe ( Vor et les rubis) , je vous passerai le séné.,. ( c'està-dire, en définitive, Xîmmaculée Conception elle-même 1 car qu'est-ce que le mystère le plus éclatant, s'il n'aboutit au devoir le plus nécessaire : \ Exemple de la pauvreté?)

Suivez , sachez lire toute Y Histoire Ecclésiastique , et vous verrez que le Monde en question ne s'y est jamais trompé. Il ne persécuta jamais sérieusement , persévéramment (quelque fois de Turc à Maure , comme aux Gévennes , ou à Port- Royal de Paris ou des Champs) , que la partie austère du clergé , ou les Réformateurs contre le Clergé. Et les Jésuites eux-mêmes n'ont jamais été fermés que pour être ouverts , bannis que pour être rappelés, triomphants et rois.

En fait , le Pape-roi a, en ce siècle , en ce moment, tous les Rois , tous les Princes , tous les Nobles , pour amis principaux ; et , par surcroît , les trois quarts des propriétaires intelligents de toutes les communions. Ils sentent tous, profondément, que leur sort est attaché au sien. Et il en est des Evêques {\\ en sera bientôt des Jésuites) et des Curés rentiers de l'État, comme du Pape rentier des nations. L'Evêché et la Préfecture , le Château et le Presbytère , sont et seront désormais plus tout un que jamais. Les chaumières , seules ,

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sont toutes seules. Les pauvres , les ouvriers, unis au fond, sont partagés , ici , en trois classes : la meilleure , dans le sentiment de notre livre , attachée à l'Eglise dégénérée^ et comme anéantie , par pur amour du Dieu qu'elle attend ; la seconde , embarrassée , intéressée , hypocrite , à la suite immédiate des grands ; la troisième , impatiente , impie même en apparence , et dont le clergé et le gouvernement tout entier repondront !

Et cet immense ooncert , ou plutôt cette grande et perfide conjuration des Rois et des Grands du clergé , avec les Rois et les Grands du monde , était prédite par le seul Prophète Roi qu'il y ait eu au monde , en ces paroles ici et aujourd'hui éclatantes de son chant IX® ^ que les docteurs de l'Eglise ont appelé l'Hosanna du Peuple. Le quel, lui aussi, est Patient, parce qu'il est Eternel : PatientiaPauperum non peribit in finem ; et enflammé, lorsque ses ennemis font les superbes : Diim superbit Impius, încenditur Pauper ; lorsque leur bouche est pleine de malédictions et de fraude : Os plénum est clolo ; et que régnent sous leurs langues le labeur et la douleur: sub lingud tabor et dolor ; lorsqu'ils siègent , comme en embuscade contre les pauvres , avec les riches qui se cachent : Sedet in insidiis cum Divitibus in occidtis,...

En sorte que le Pape-roi, les Evêques seigneurs, les Reli-» gieux propriétaires et les Curés rentés , appelés les premiers sans doute , à faire partie du pefiï nombre , qu ils savent et qu'ils prêchent, sans y penser, tous les jours , se trouvent les premiers dans le grand nombre aventuré ou perdu!.... Ce qui, bien entendu , suffirait seul à faire trembler même un fidèle, et un catholique comme il y en a tant : car, en quoi, je le demande , diffèrent-ils , la plupart , des infidèles , si ce n'est en suffisance , et même en foi de suffisance?.... ils sont haineux, intolérants, exclusifs même , exclus qu'ils sont probablement.

Quoiqu'il en soit de ces considérations, et, disons-le, de ces élévations divines, les temps sont venus où il n'y a plus de milieu dans le devoir pour les Rois et surtout pour les Papes. 4u XVIIP siècle, à la veille de leur chute, ils pouvaient transiger. Au XIX% dans leur rechute, ils n'ont plus à opter qu'entre leur réhabilitation ou leur inexistence absolues. Il faut que le Pape se fasse saint Pierre et même saint Jean, sous peine d'être au-dessous de Grégoire VII et même d'Alexandre VI. Et si le Vatican, si Rome tout entière ne se montre pas le Calvaire (*), ils sont à la veille de se trouver la Jérusalem de Ju-

(*) L'éternité de Rome n'est, en dernière analyse, qu'une poésie immense de pouvoir temporel, et un effet d'orgueil royal... La suite des Papes à Rome n'est en rien différente de la sidte des empereurs ou des rois dans toutes les nations de rUnivers. Les Rois se sont appelés souverains Pontifes à Rome : comme à Vienne^

DANS LE LIEU SAINT

lien! Et bientôt la Ville Eternelle aurait étéî Et Fou

dirait, sur toute la surface de la Terre nouvelle, ces paroles, prédites comme la condamnation ; < Ils sont justes, vos jugements, Seigneur, car vous avez jugé la grande prostituée qui a corrompu la terre ; et vous lui avez fait rendre le sang de vos serviteurs: et jiista jiidicia sunt ejus, qui judicavit de il/eretrice magna, quœ corrupit terram, et vindicavit sanguinem servorum suorum de manibus ejus. » Apoc. XIX, 2. — Et le sceptre spirituel du monde passerait en d'autres mains ! — Et s'accompliraient à la lettre la Promesse et la Prophétie les plus mémorables peut-être qui soient sorties de la bouche divine, et précisément après que la puissance des Clefs eût été donnée à tous les apôtres, c'est-à-dire à tous les Evèques ensemble; et immédiatement avant que saint Pierre en particulier eût appris à pardonner à l'infini à celui qui aura péché envers lui: « Là o\x plusieurs seront assemblés en mon nom, JE serai au milieu d'eux : Ubi sunt duo vel très congregati in nomine meo, ibi Siim in medio eorum. » Matth. XVIII, 20. Et le plus simple Fidèle sera par moi sur la terre plus puissant que je ne le fus moi-même: « Amen, amen dico vobis, qui crédit in me, opéra quae ego facio, et Ipse faciet, et MAJORA.

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