‹ La Grande apostasieChapitre 30 sur 34 · DÉMONSTRATION PAR LES ÉVÊQUBS GRANDS SEIGNEURS ET LES CURÉS BOURGEOIS · texte numérisé non relu

DÉMONSTRATION PAR LES ÉVÊQUBS GRANDS SEIGNEURS ET LES CURÉS BOURGEOIS

Et rapina pauperis in dotno vestrâ. Isaî. III, 14.

Omnes pastores in viam suam declinaverunc , unusquisque ad avaritiam suam , a summo usque ad novissimiim' Ibid. LVI, H.

Sine sumptii ponam Evangelium, ut non abutar poiesfate med ia Evangelio. 1 Gorinth. IX, '18,

Un prêtre payé? un prêtre même ayant et portant bourse , (*), et la tirant pour un pauvre? ( la pitié n'est pas de l'amour.) c'est l'homme le plus impuissant du monde à^prêcher le Christianisme , et le plus puissant à empêcher d'y croire.

Les livres précédents ont fait celui-ci : car l'Eglise est une ou rien, et il ne saurait y avoir un cardinal , un évêque , un curé , un religieux , un jésuite , un dominicain , ni même un desservant ou un séminariste, qui ne puisse et qui ne doive se mesurer à l'évêque , et même au Pontife le plus souverain. Et l'évêque , et le Pape n'existent après tout que pour faire un Curé ; car on peut les concevoir, à toute force , passant leur vie sans avoir à juger jamais une âme au Tribunal delà pénitence et des Clefs. En sorte que le prêtre à charge d'àmes est, de par l'évêque, de par le Pontife le plus souverain, l'égal et même le supérieur du plus souverain Pontife. Il n'est pas seulement l'égal d'un des soixante-douze disciples , lesquels avaient au fond les droits des douze apôtres , comme il lui est dit par l'évêque à sa consécration (V. le Pontifical romain); il est, à l'endroit des clefs , l'égal d'un des douze , et de saint Pierre lui-même. Et le Sauveur ne dit rien moins que tout cela, en toutes lettres, en tout esprit, au temps et au lieu même de \d. Confession de saint Pierre , en Saint Luc, ÏX etXT C'est Lui , Lui-même, qui institua les soixante-douze : Designavit Dominus et alios septuaginta duos , et Misit illos binos

(*) Il n'est dit que de Judas qu'il avait une bourse : Judas ïscariotes, quia fur crat et lociilos habens , ea quae mittebantur, portabat. Joàn. XII, 6.

DANS LE LIEU SAINT

ante faciem suam in omiiem civitatem. » «... Allez , voici que je vous envoie comme des Agneaux au milieu des loups: lté , ecce ego mitto yos sicut agnos inter lupos. X, 1-3. Et ce que le Sauveur a dit et fait avant sa résurrection , il l'a dit et accompli encore mieux après , lorsqu'il s'agit de l'effusion du Saint-Esprit. C'était, on peut le dire , tout, pour les apôtres proprement dits, et plus encore que l'apostolat lui-même et la principauté de l'apostolat. Ce fut tout aussi pour le Discipulat. Après l'Ascension en effet , l'un ne différait vraiment plus de l'autre , car on allait procéder à l'enseignement du monde entier. Et c'est la raison pour laquelle la désignation et la dénomination d'Apôtre {*) semblent disparaître pour se fondre et se confondre dans celle de Disciples , rare avant, commune et comme exclusive désormais. Saint Pierre lui-même et saint Jean , lorsqu'il s'agit d'aller voir le sépulcre vide, ne sont plus que Disciples et mêlés dans les Disciples : Exiit ergo Petrus ei^alius Discipulus , et venerunt ad mooumentum. Jean. XX, 2-6. Lors surtout qu'il s'agit de recevoir le Saint-Esprit , les disciples étaient tous assemblés dans la crainte des Juifs : Discipuli congregati. Il est même ici remarquable (\\iun seul n'était pas là : et c'était un Apôtre ! Thomas. Quoi qu'il en soit, le Sauveur dit à tous les disciples , lesquels étaient tous réjouis : Gavisil sunt ergo Discipuli ; et , en tout cas , aux disciples aussi bien qu'aux apôtres : « Je vous envoie , comme mon Père m'a envoyé. » Ce qu'ayant dit , il souffla sur eux . et leur ajouta : « Recevez le Saint-Esprit : ceux auxquels vous remettrez les péchés se les verront remis. 20-23. »

S'il y avait un premier juge, un interprête infaillible de paroles et de dogmes aussi clairs, ce serait saint Paul (**). Or il appelle le simple Prêtre, où se résume pour lui l'Apôtre, il l'appelle l'Homme-Dieu : Homo Dei. I Timoth. VI, W.Ei saint Chrysostôme, sur Saint Matthieu, donne aux Prêtres en général le titre même des Papes : Sacerdotes Ficarii Christi, Et avant lui saint Cyprien : Sacei^dos Vice Christi fungitur. Epist. 63. — Plus élevé encore, étant plus près du Sauveur, saint Denys l'Aréopagite, ne craint pas de nommer le Prêtre, tantôt « Jésus-Christ caché, mort » ; tantôt c< Jésus-Christ vivant » ; tantôt « le Père de Jésus-Christ » ; « Dieu lui-même

(•) Le mot d'^pdfre est très rare dans les quatre Evangélistes. Saint I\Iarc,et même saint Matthieu et saint Jean, tout apôtres qu'ils étaient, ne l'exprimeni qu'une fois! — Le substantif apostolat n'est dit par aucun des Evangélistes.

Le nom de Disciples, comme bien aimés touSj ce nom qui ne figure qu'une fuis dans le premier des grands prophètes , Isaïe, et une dans le dernier des peiits , est au contraire à l'infini dans tous les évangiles , et jusqu'à 72 et quelques dans le seul Evangile de saint Jean î

(**) Saint Pierre, en somme, ne reconnaît guère, dans tonte l'Eglise, d'autre supériorilé que celle de l'âge î Seniores et adolescentes, II Epit. V, 1, 5,

(le premier Prêtre) visible » ; plus en un sens que Dieu (comme saint Pierre faisant des miracles que Jésus-Christ lui-même n'avait pas faits), puisque Dieu s est mis à ses ordres: Obediente Deo voci Hominis. St Aug.

Saint Cyprien, le premier en date, et par conséquent l'un des plus imposants Pères de l'Eglise, semble avoir eu la mission spéciale de concilier la suprématie de saint Pierre avec l'omnipotence égale de tous les autres apôtres, et même des disciples. Et cela précisément dans son De Unitate Ecclesiœ, la source de tous les livres de ce nom : e Tous les Evêques ensemble n'ont qu'un même Episcopat, qu'ils possèdent chacun solidairement, comme jadis les Apôtres: « Episcopatus Unus est, cujus a singulis in solidum pars tenetur. » — Saint Chrysostôme , abondant partout dans le même sens, fait remarquer que le Sauveur ne dit pas : Et sur Pierre je fonderai mon Eglise; mais sur cette pierre : Et super hanc Petram, non dixit super Petrum. — Saint Grégoire le Grand, lui-même et surtout, qui fait la même observation dans son Epître XXXIII liv. 3, élève les quatre grands Conciles de son temps à la hauteur des quatre Evangiles: Sicut sancti Evange LU quatuor ilbros, sic quatuor Concilia venerari me fateor. Et un Evêque quelconque à la hauteur du plus grand ; car s'il y en avait un universel, les autres ne le seraient plus individuels: Si unus universalis est, restât ut vos Episcopi non sitis. — Le Pape Symmaque, l'un des plus grands prédécesseurs de saint Grégoire, mieux inspiré encore peut-être, comparait, en fait de puissance, les trois ordres de l'Eglise à la Très-Sainte-Trinité elle-même: ad Trinitatis instar cujusuna est atque individua potestas, unumest per diversos Antistites sacerdotium.

En somme, le privilège de saint Pierre lui-même, et par conséquent celui du Pape, dans un système de religion essentiellement humain, dilectif et social, ne pouvait être, et n'est, en effet, qu'une Initiative dans l'annonce de la parole divine. Tout le monde, dans le meilleur monde, ne saurait parler à la fois. Et c'est ce que le prince des métaphysiciens de l'Eglise, saint Augustin, a reconnu et dit dans les mêmes termes, en mille lieux de ses ouvrages, dans ces paroles que nous aurons concouru à faire entendre : « Pierre était le Gérant, et, mieux encore, le Gérant de la Personne, du personnel de l'Eglise : Ecclesiœ personam gerebat Petrus, Ps. XXX; CVITI; Joan. Tract. 30, 4 08, etc. Plus explicite encore dans un Sermon, il dit: Petrus apostolus propter apostolatûs sui primatum q^qy^hai figuratâ generalitate personam.

Si le Sauveur avait institué un Pape unique, et comme exclusif, loin de faire un homme grand, il eût fait un monstre: à la fois effrayant et effrayé, homicide et suicide. Ce qui est arrivé, en effet, depuis plus de mille ans. En faisant, au con-

BANS LE LIEU SAINT

traire, autant d'Apôtres et d'Hommes comme divins que de Disciples, il avait comme grandi et embelli le Ciel en grandissant et embellissant la terre.

Le saint Concile de Trente (*) , magnifiquement inspiré à cet égard, donne à un Curé quelconque, et par conséquent à tous les Curés indisiincternent, la qualification éminente, qu'il ne donne pas au Pape lui-même • celle de Vicaires de Jésus-Christ! « Notre-Seigneur , est-il dit au Chap. V de la 14° session; Notre Seigneur Jésus-Christ, étant près de monter delà terre au Ciel (Jean, XX) laissa les Prêtres pour ses Vicaires, devant qui les fidèles porteraient tous leurs péchés mortels, afin que, suivant la Puissance des Clefs qui leur était donnée pour remettre ou retenir les péchés, ils prononçassent la sentence. »

Et les Évêques et les Religieux, et les Jésuites et les plus simples Curés ont la charge et la responsabilité des âmes (^*) aussi bien, aussi souverainement que les souverains pontifes. Le voici déclaré, et solennellement, pour la millième fois, dans « l'Exposition des Principes sur la Constitution du Clergé », signée par tous les Évêques, unCardinal de Larochefoucauld à la tète; publiée, par eux pour la première fois, à Paris, le 30 octobre 1790; et imprimée par leurs soins, dans leur exil à Londres, en i 801 . « Telles sont les obligations imposées aux Évêques, qu'ils sont responsables dans chaque paroisse, conjointement avec chaque pasteur; qu'ils le sont dans toutes les paroisses : Nam Domini PopiUus ipsi Episcopo commissus est, et pro animabus eorwn hic reddilurm est Rationern^ cui commissus est Popidus et animœ ques in Ecclesiâ congregantur. Concil. d'Antioche I. Cui est omnis Popuius creditus et eorum Animœ qui in Ecclesiâ conveniunt."

Ce que tous les Pères et tous les docteurs de l'Église avaient dit dans les termes les plus énergiques ; et saint Chrysostôme en particulier, sur saint Paul à Tite : « A quelle DAMNATION

(*) L'évêque dit aux prêtres en les instituant ; « Vous êtes nos Coopérateiirs ^ et de notre ordre: Cooperatores Ordinis Nostri. Et le cardinal d'Ailly lui-même ne fait pas difficulté de reconnaître, dans son de Ecclesiœ auctoritate iSiciit apostoli et discipuli, sic episcopi et Presbyteri a Christo immediatè potestatem ecdesiasticam susceperunt.

('*) Si l'évêque répond des faits de ses ouailles, il répond encore mieux des siens , et de son Serment souverain au Pontife souverain ; car l'évêque en effet (et l'aufeur d'une Histoire ecclésiastique^ l'abbé Rohrbacher l'a rappelé, et pour cause, à l'évêque de Chartres ) « jure fidélité et obéissance à l'Ej^lise romaine et à notre Saint-Père le Pape. Il jure de conserver intacts ses droits, honneurs, privilèges et autorité, mais encore fie Ze5 augmenter ; àe ne jamais participer en rien à to\it ce qui pourrait se machiner à son préjudice; mais au contraire d'empêcher de tout son pouvoir toute tentative de ce genre; d'observer et de faire observer de toutes ses forces les décrets apostoliques ; de poursuivre et de combattre de tous ses moyens ceux qui sont rebelles à l'autorité du Saint-Père et de ses successeurs. »

LÀ GÎ\ANDE AÏ^OSTASÎË

ne s'expose point celui qui, en considération de Famitié ou de la faveur, contribue à élever un sujet indigne à Tépiscopat et au gouvernement de toute une ville ! car il ne sera pas seulement coupable de la perte des âmes que causera ce prélat destitué de piété, mais encore de tous les autres maux qu*il commettra par lui-même. Que n aurait-on point à dire à ces misérables qui, se chargeant delà conduite des autres, se précipitent dans un abîme de supplices? Il faut qu'ils rendent compte de tous ceux qui leur sont soumisê »

Ce que le plus grand Pape, à beaucoup d'égards, de tout leXVlIP siècle. Clément XIV, a proclamé, avec encore plus d'inspiration et d'à-propos, dans sa Bulle de juillet 1773, où il s'agissait de Religieux généralement accusés d'une recherche empressée des biens de la terre : De nimiâ potissi^ mùm terrenoriim bonorum cupidate acciisationes , etc. etc. : « Nous chargeons expressément la conscience des Évèques de veiller à l'exécution de toutes ces choses, leur recommandant de songer sans cesse au compte rigoureux qu'ils rendront un jour à Dieu des brebis confiées à leurs soins, et au jugement terrible dont le souverain juge des vivants et des morts menace ceux qui gouvernent les autres : Et durissimi illius judicii quod iis qui praesunt supremus vivorum et mortuorum Judex minatur.»— Et, encore une fois, cette responsabilité, tout immense qu'elle est, on peut le dire, est immensément encourue : Car, sans les meilleurs prélats, représentatifs de tout le clergé, qui entouraient jadis les plus mauvais Rois (et aujourd'hui les plus mauvais ministres) ; sans les meilleurs curés qui entourent les plus mauvais riches, vous ne vous expliquerez jamais les fautes et les malheurs des rois et des riches.

Et comme la France fut toujours la Fille aînée de l'EgUse universelle , son clergé fut toujours aussi le meilleur ou le pire. Or en voici une preuve, assez manifeste et irrécusable , celle-là. Elle est constatée et consacrée par Pie VI (en même temps que la priorité du Pape-roi dans toutes les passions qui perdent le monde) dans un Consistoire à la date du 26 septembre 1791 , à propos de l'abdication de la Pourpre par le Cardinal de Loménie de Brienne :

« A l'assemblée du clergé de 1772, M. de Loménie avertit le Roi que le pouvoir de l'Eglise et la foi s'alïaiblissaienl de jour en jour. Et à peine nommé premier ministre , malgré les avis paternels que nous lui avions donnés le voilà, qui remet en vigueur l'Édit de Nantes sur la tolérance des hérétiques par l'éditde novembre 1787 ; édit désastreux et e^mpo^^onne , qu'on peut regarder comme la source principale de tous les maux qui ont inondé l'Eglise et l'Etat ; édit que , pour cette raison , le Saint-Siège toujours condamné, et que M, de Loménie

MNS LE LIEU SAINT. 335

lui-même , d'accord avecle clergé de France , avait toujours paru avoir en horreur. »

Quoi qu'il en soit , les archevêques (*), les évêques , les pré-

(*) Jusqu'à ces derniers temps , les archevêques de Paris , la plupart des plus grandes familles militaires : les Gondi , les Noailles, etc., n'étant rien moins que les égaux des rois de France , se trouvaient de droit, se signaient , s'imprimaient, s'affichaient, jusque sur les Eucologes des Usages de Paris ; Ducs et Pairs de Saint'Cloud y Chevaliers des Ordres du Roi. — Et les derniers et les plus petits , et les plus parrenus de Nosseigneurs de province , eux aussi, caricatures desrois^ d'avoir leurs armes , comme les maréchaux de France eux-mêmes n'en ont pas; et de ne signer jamais en public sans les seings et contreseings de leurs secrétaires d'Etat !

Saint Ambroise, si bon juge des droits et des usages de l'Italie et de la chrétienté, ne reconnaît qua l'empereur le droit de Palais , et de propriété ati prêtre que rÉgiise : Jus Csesaris esse non potest Dei templum... Jld iviperatorem palatia pertinent; ad sacerdotem Ecclesiœ. Orat. in Auxent; Epist. ad Marcell.

Les Armoiries ou Armes sont encore mieux interdites , au rapport de saint Clément d'Alexandrie: Neque enim imprimendse sunt, etc., nec ensis , nec arcus, iis qui pacem persequuntur. Poed. XI. Même lorsque les armes sont de famille ^ et il en donne pour raison cette délicatesse évaugélique : « qu'on n'est digue du Fils de Dieu que lorsqu'on a renoncé à son père et à sa mère pour n'aimer que lui.»

Plus mal inspiré encore, le dernier archevêque de Paris, qui avait tant de raison de se taire , n'a pas craint de dater sa re'c/ame, fatale à force d'être tardive, et contradictoire, pour les héros de Venise, delà veille du «7îjc ao«H 849; et de l'écrire, comme faisait jadis Charles IX, etc. : de Saint Germain enLciye! — Et depuis, il n'a pas craint d'accepter^ pour habitation ordinaire, l'un des plus beaux Palais de Paris, (celui du Prince d'Eckmuhly né le plus noble de tous les Maréchaux de l'empire , et celui aussi que l'histoire présente comme le spoliateur de Hambourg), h une lieue de Notre- Datne ru% Invalides , au plus beau du Faubourg Saint' Germain... Le grand saiiit Germain, son prédécesseur, eût préféré mille fois la Sacristie et même une des Tours de Notre-Dame; en tout cas VHôtel Dieu».. Et le prophète des derniers temps et des évêques derniers, Ezéchiel, a prédit cela delà façon la plus sublime, la plus pittoresque, et la plus irrécusable : « Fils de l'Homme , c'est ici le lieu de mon trône ; et la maison d'Israël ne profanera plus mon Saint Nom, ni eux, ni leurs Rois par leurs idolâtries, par leurs tombeaux, par leurs palais royaux : Et in ndnis regum , et in Excelsis> ils avaient fait leur porte contre ma Porte; et il y avait un Mur entre eux et moi; et ils avaient protané mon Saint Nom par leurs abominations : c'est pourquoi je les ai détruits dans ma colère. XLIII, 7 — 9 : Fabricati sunt limen suîun juxta limen meum , et postes suos juxta postes meos : et Murus erat inter me et eos ; et polluerunt nomen sanctum meum in abominationibus. etc., etc.

Entre l'Autel de Notre Dame de Paris et l'hôtel d'Eckmuhl , ce n'est guère un mur qu'il y a, c'est un Monde! et le pire monde : le grand!

Ceux mêmes de Nosseigneurs (ils s'appelent encore leurs Grandeurs .') qui semblent avoir eu horreur de l'honneur et de Yargent l'ont glorifié a /orizori , eu donnant à leur double croix 1 horreur du lion ;... et jusqu'à l'horreur de la couronne royalel (V. les armes métropolitaines Cosnac de Sens, avec cette épigraphe, pour épigramme ; Neque aurum honora neque argentum.)

Et puis , comme on sait , Nos Seigneurs ne font pas difficulté de s'entendre nommer, de se voir écrire : Monseigneur de Paris Monseigneur de Lyon (ses armes personnelles sont : Vun des neuf Barons !) Monseigneur de Rouen-, voire même , Monseigneur de Langres , etc. . comme il y en a qui se laissent appeler, dans les in partibus : Monseigneur de Babylone... Il ne manque plus à Kome que Mgr de Gomorrhel

Et cependant, quels n'étaient point différents et contraires les tu et /c5 coutumes anciennes de France et de la chrétienté ! Dans un magnifique Mémoire (de l'Académie des Inscriptions, imprimé magnifiquement à l'Imprimerie Royale)

lats , plus riches en général que les curés ; et habitant presque partout, dans les villes, des Palais dont les Pi'éfeclures ellesmêmes ne sont que les succursales ; les prélats , les abbés de cour {*), privilégiés sur ceux des villes; les évèques personnellement nobles ou riches , plus distraits que les parvenus ; le Jésuite , avoué ou non , et qui se croit seul Idi Légion tout entière ; les évêques ou abbés^ représentants du peuple principalement, sont aussi, comme en Italie les Cardinaux

sur cette question : En France^ les ecclésiastiques sont-ils, par un droit constitutionnel , exempts de conlribuer, comme les autres sujets du roi, à toutes les impositions de l'État? » Il a été démontré que « la noblesse et le clerjjé étaient deux conditions opposées-^ que « un ^ohle cessait de l'être , dès qu'il devenait ecclésiastique; » qu'il en restait encore des traces à la Cour, où les gens de robe de très-bonne noblesse n'étaient jamais présentés étant censés ecclésiastiques, et en portant encore l'habit , tel qu'il était autrefois. Les évêques sont reçus comme conseillers du roi nés, « Les seigneurs , dit Ducange , avaient des esclaves qu'ils avaient fait ordonner Prêtres après leur avoir donné la liberté. Ils étaient compris au nombre de serfs, et partagés comme tels. Charlem^gne le premier défendit d'employer les ecclésiastiques à des fonctions purement domestiques. »

(*) Il y a tel venu et parvenu de la Savoie , qu'on a vu en peu d'années se glisser et glisser de ville à cour, et de cour à monde ; se trouver successivement : con/eiseur du duc de Bordeaux , supérieur du petit séminaire, acheteur et directeur de VAmi de la Religion; enfin évêque d'Orléans ; et c'est le cas de le dire;

Tombant , de chute en chute , au trône de V autel !

Et Monseigneur a choisi, pour le remplacer à VJmi de la Religion , un ex-précepteur des bâtards et courtisan de la dernière des Jésabel d'Espagne, de la Eianzarès , signant et cachetant, avec armes et couronne (nous en recevons cette semains 3 lettres de ce genre), abbé de la f^alette.

Les abbés journalistes du clergé de Paris tant retenus qu'ilssoientpar les évêques en général et les Nonces, sont encore au-dessous et pires que ses courtisans. Leurs journaux sont, toutes choses égales , les derniers des journaux en sagesse, en à propos, et surtout en esprit. Et lorsqu'ils veulent en avoir quelque peu, ils appellent un laïque, auquel ils ne tardent pas de lôter. C'est à eux, en première ligne , que s'applique cette Damnation de la dernière Encyclique de Pie IX.- « Ils se donnent tout entiers à l'usage dépravé du nouvel art de la presse ; In novœ artis lihrariœ pravo usu toti sunt , ut impios libelles , et ephemerides, ac f a</e/las calumniarum et seductionis plenss." — - Le seul Journal de la religion et de l'ordre raisonnable à Paris, est celui des Filles et Campagnes. — Gomment les Journaux ennemis de la religion pourraient-ils séduire? A entendre ses Amis , ils indignent !

(*') ... S'il y a aujourd'hui aussi peu d'évêques nobles qu'il y en avait sous Louis XIV, et même sous Louis XV et Louis XVI, où ils l'étaient encore presque tous , c'est qu'aujourd'hui le haut clergé n'a plus de grandes propriétés , et que les nobles ont encore moins de foi et qu'ils ont surtout plus d'ambition que les roturiers. Ils ne sont plus évêques, parce qu'ils préfèrent être préfets. Les quelques qui entrent dans l'Eglise n'ont pas même besoin de solliciter. Le vicomte de Falloux, le petit moment qu'il s'est cru la Feuille des bénéfices ^ courut à l'abbé de Dreux-Brézé, dont l'aïeul était procureur, et qui se laisse croire des Brézé antiques et solennels !

L'un des pis-aller de M. de Falloux fut l'abbé de Salinis, dont VAmi de la Religion vient de dire : « Mgr lèvêque d'Amiens est en ce moment au Château dEpoisses, près Semur (Côte-d'Or), où il prend quelque repos, après les pénibles travaux du concile de Soissons,"— Oubliant le .Si Sal ni/itZ^ww, etc. de Saint Marc !

DANS LE LIEU SAINT

et les Légats , les plus fâcheux , mais aussi les plus malheureux.

Entre les Ecclésiastiques ordinaires se distinguent en prétentions, en insuffisances, et souvent en indifférences paroissiales (et c'est là leur plus grand malheur) les Curés de Paris et des plus grandes villes ; lesquels vont plus facilement, et, ce qu'ils croient, plus utiiement, aux grands qu'aux petits, aux riches qu'aux pauvres ; et se regardent comme la pépinière des Evêques in petto.

Les Abbés extraordinaires demandent indirectement, c'està-dire avec hypocrisie, par des éloges ou des allusions gouvernementales, jusqu'en chaire, par des suggestions, plus ou moins persévérantes, de journaux religieux, un Evêché, et surtout qu'on appelle un bel Evêché (*), Gomme les gens

(*) Il est permis , dit-on , de àéûvev VEpiscoputl sans doute,, mais le vrai. Le rénovateur du sacerdoce dans les derniers siècles, le grand Bourdoise, comme Fénélon le nommait, dit^ dans Vidée qu'il se faisait d'un prêtre , et surtout d'un Evèquç : « C'est une demande que ne manquent quasi jamais de faire ceux à qui on présente une cure, savoir : Que vaut-elle? Or, à ceux-là on ne peut guère manquer de faire cette réponse, à savoir : Qixelle pourrait bien valoir V Enfer -di ceux qui font de telles demandes.»

On veut au moins, une croix de par le ministre de [ Intérieur. Les plus aveugles ne la font-ils pas demander (c'est pire que la demander soi) de parle mini<>tre des cultes , et comme prêtres? Le plus petit de leurs malheurs , c'est d'exciter la jalousie du maire , du juge de paix et même du maître d'école qui ne l'a point... Une croix d'honneur, une croix rouge^ sur une poitrine de curé ou d'évêque? c'est la croix de la Croix, c'est un crachat sur la Croix, c'est une touche de sang. Elle fait comme pâlir, elle efface celui de Dieu !.. A la place du prêtre, j'aimerais mieux la marque du fer rouge des galériens (Vincent de Paul se fit cela pour sauver cela)... Si j'étais à l'agonie, et qu'un prêtre décoré de la Légion (le nom du Démon! Marc. V, 9 ) vînt m'apporter le Viatique, quel mérite mon Dieu crucifié et généreux me donnerait lieu d'avoir! Je verrais jusqu'à lui là dessous!

Ils sont les courtisans quand ils ne sont pas les compères et les rédacteurs anonymes, des journaux qui , sous les noms d'^mi de la Religion et de Notre Saint Pète le Pape, compromettent la religion tous les deux jours (en 1850, c'est tous les jours.... qu'il meurt); et d'Univers, ou d'Union Catholique , divisent le catholicisme tous les jours, sans excepter le liLndi, dont ils se vengent en nullité quand ce n'est pas en médisances et en impiétés dissimulées dans le n'^ du dimanche!

Nous avons prévu et annoncé les malheurs de monseigneur de Quélen , archevêque de Paris, au seul fait de son ordination de Vahhé de Genoude... sans autre séminaire que les bureaux de la Gazette de France» Il est remarquable, ici encore, que les trois ecclésiastiques de France qui représentaient le mieux tout le clergé gallican : l'archevêque Jffre , l'évêque Fayet et l'abbé Genoude , .«oient morts au même âge, et étrangement, dans la même année , et de Juin 1 848 à Juin 1 849 1

« Un prêtre , dit saint Jérôme ad Océan. , qui a été promu en un moment, n'a pu acquérir l'humilité et la douceur qui lui est nécessaire, il ne connaît pas les charmes de la religion , il ne sait pas se mépriser soi-même , il n'a jamais jeûné , il n'a jamais pleuré pour les péchés du peuple ni pour les siens; il n'a pas pris soin de corriger exactement ses vices, il n'a pas donné son bien aux pauvres . .... Non suhstantiam pauperibus.

Et saint Chrysostôme sur saint Paul aux Hébreux : « Que direz- vous à ces malheureux , qui se précipitent dans un si grand abîme de peines? Qu'ils sachent qu'ils rendront compte à Dieu de toutes les femmes, et de tous les hommes, et

du rooiide et même de la Révolution, une élection à la Constituante ou à la Législative, et du moins un fauteuil au Conseil d'Etat ou une préfecture^ qu'ils sollicitent du moins en personne et publiquement/

Puis, et surtout, ceux qui se pensent ou qui sont les grands orateurs de la Chaire ; et enfin les abbés savants {*).

Les Orateurs (autre nom mallieureux et significatif dès l'origine : il ne se trouve qxiune fois dans toute l'Ecriture, et contre le nommé TertîiUus, le procureur-général de Festus et V Accusateur public, de saint Paul, qu'ils condamnèrent parce qu'il ne leur offrit point d'argent), les Orateurs de la chaire, de la chair et du monde en effet ; les Prédicateurs même en général sont devenus synonymes, et même au-dessous de leurs plus pauvres rivaux, qu'ils ont xiom.mésPrèdicants, Dégénération absolue des Prophètes de l'Ancien et du Nouveau Testament, dont la mission principale était de Pré-dire, d'annoncer les périls privés et publics, et faisait trembler saint Paul lui-même, qui seul ose se nommer Prédicateur et Apôtre: Sum ego Prœdicator et Apostolus, l Tm. H, 7 ; lî Tîm. î, U Cette partie du clergé, la plus vide de toutes, fait depuis longtemps, et aujourd'hui surtout, plus de mal que les Curés et les Evêques: car elle semble plus instruite et plus habile o Et les plus famés, n'étant que les plus affamés de la foule, folle à leur image, font ou entretiennent infiniment plus de mal que de bien. Car ils font croire que toute la force de la religion est en eux, lorsqu'il n'y a que les faibles et les faiblesses du monde. Et l'on finit (une partie des auditeurs, vrais spectateurs), par dire ; Ah! ce n'est que cela ! et l'autre partie, indifférente et hypocrite : ^^Cela nous va! » Lacordaire, particulièrement, n'édifie pas, il corrompt en définitive: sonEvêque d'abord, auquel il dit en 4 850, sans csicher son oreille: « Monseigneur, vous avez fait deux grandes choses (deux nullités, deux coups c/'epeedans l'eau) dans l'année 1 849: le Concile de.... Saint-Sulpice, et les Dominicains.... des Carmes! » — Le petit Dominicain Général corrompt encore mieux sa petite armée et son petit état-major. Il lui montre,

tde tous les enfants qu'ils auront dirigés, et qu'ils s'exposent à de si effroyables tiammes. Pour moi, je m'étonne qu'un pasteur des âmes puisse faire son salut : <j'uid miseris illis dixeris, qui se conjiciunt in tantum ahyssum siipplicionim omiîiun}, quos régis mulierum, et virorum, et puerorum à te reddenda est ratio tanto igni. caput tuum subjicis. Miror ut fieri possit, ut aliquh ex rectoribus sit salvus,

(*) Les meilleures études en général , et surtout les classiques, ne sauraient êiro que des amusements et des paresses déguisées. Dans Je clergé, elles n'ont jamais abouti qu'à l'incapacité théologique, quand ce n'a pas été à rapostasie honnête... n y a, depuis 25 ans, au plus grand milieu de Paris, celui du faubourg Saint Germain , un Garé qui passe le plus beau de sa vie à l'entente des beautés

DAKB LE LIEU SAîîsT.

en tournant perpétuellement sur lui-même (*), jusqu'au chemin delà Constituante, où le piecl pourtantlui a glissé, comme la parole, à côté du sang : et il le fait sourire, et quelquefois rire par surcroît.

Si le Père Lacordaire, au contraire, prêchait la corruption publique... des grandeurs et des richesses de la société : si (à la suite de saint Jean-Baptiste qui ne pécha jamais et dans un siècle analogue), pénitent, il prêchait, La corde au coi, la pénitence, il serait un homme ; et il n'est qu'un enfant gâté de deux journaux apostats : VUnive7^s et VAmi,

Il a toutefois une mission , bien autre que celle qu'il se croit: celle de constater la dégénération, l' in différence, la Grande Apostasie enfin, et par conséquent la mort (....que l'Esprit-Saint fera pleine de vie) de l'Eglise gallicane.

Et enfin les Cures de canton, proprement dits, qui, tenus pour inamovibles comme les Evêques, sont, toutes choses égales, plus vains, plus hautains, plus avares que les Curés de campagne (les Evêques concordataires n'ont pas craint de les nommer oiïiciellem.ent desservants), dont les jeux innocents sont, après \q journal eX\ élection, le jardinage de luxe, la pèche, le jeu, et même la chasse et la bonne chère.

Tous ces Evêques, tous ces abbés de France ensemble, cons-

de Clauclieyi, etc.; et tîe ce Sannazar, qui affecta de ne pas nommer une fois Jésus- Christ daus son de Partit P^irginis !

Comme Huet était toujours enfermé dans son cabinet à Avranches, ses domestiques répondaient toujours aux diocésains : « Mgr étudie; ^ — et les visiteurs répliquèrent un jour ; Le roi ne nous a-t-il pas clonné un évêque qui ait fait ses études? s

Bien différent, saint Jean lAumônier, patriarche d'Ale-sandrie , allant à rE<jIise, et une femme lui demandant justice contre son gendre, et ses gens lui disant d'attendre son retour, répondait : « Non ; comment Dieu écouterait-il ma prière , si je remettais à écouler cette femme? «

(*) Voyez, dans la Feuille Etemelle, la simplification des immenses Apologies delà religion, et des Sermons à écraser toutes tes mémoires et toutes les âmes.

Saint Paul a pris soin de traiter e.v cathedra de la toute-puissance de l'exemple, et de la nullité de la parole et de l'éloquence, dans sa première Epître aux Théssaloaiciens : et, déprime abord, au chap. 1er : « Sachez, mes frères bien-aimés , que votre élection, c'est-à-dire votre salut, consiste à savoir et à faire que l'Evangile ne soit pas pour vous un discours, mais une action ; «Scientes, dilecti , eleclionem vestram; quia Evangelium nostrum non fuit ad vos in sermone tantum, sed et in virtute. 5 « Soyez imitateurs de notre vie , et de notre Seigneur dont la parole oblige à beaucoup de tribulations : Et vos imitatores nostri facti estis et Domini, excipientes verbum in tribulatione multà. «Avec la vertu, il faut peu de paroles ; «■ ità ut non sit nobis necesse qxiidquam loqui » 8.

En conséquence, horrible, voici ce qui vient d'arriver, rapporté par M. de La Valette, et la plupart des journaux. Si tous les journaux étaient des calomniateurs, le Dominicain n'en serait que plus lâche à ne pas les désavouer : u Une de nos illustrations de la chaire chrétienne, le révérend père Lacordaire, voyageait, il y a quelques jours, en chemin de fer, et le sort l'avait placé en assez mauvaise compagnie. Tous ses compagnons professaient Proudhon , et sans doute à intention de blesser i'ecclésiastic|ue. Le Père faisait tranquillement sa lecture. Une

tituent aujourd'hui le pire des clergés de tous les temps (*} et de tous les lieux, précisément parce qu'ils sont Français, el qu ils font le mal, ou ne font pas le bien, en France. Et le Russe, Grec, Empereur Nicolas n'a pas menti, et il a même glorifié la France lorsqu'il a dit à ses Evèques et à ses Papes, en partant pour Tltalie : « L'Occident nous montre en ce moment ce qui arrive en absurdités et en folies aux hommes quand ils n'ont pas de croyance. »

Les abbés français, il faut le dire, sont revenus à l'état de Pharisiens; et le Sauveur dit à ses nouveaux disciples, comme aux anciens: Jésus locutusest ad discipulos suos : Pharisaei... dicunt et non faciunt. Matth. XXIII, 3. — Et saint Pierre: Fuerunt et pseudoprophetœ in populo, SICUT ET IN VOBIS... Et m avaritiâ fictis verbis de vobis negotiabuntur ; et perditio eorum non dormitat. II Petr. II. i , 3. — Et saint Paul : In novismnis diebus^ homines seipsos amantes.,, cupidi, etc. IL

TiMOTIÎ. ïll, 2.

Et en général, ils sont si déconsidérés dans les localités (**), ou Ton rit ou gémit de leurs défauts publics, déconsidérés aux

fenirae, bas-rouge , se retourna vivement vers kù .' « Je suis étonnée, monsieur, lui dit-eile , que quand on attaque l'Ejjlise devant vous , vous son ministre, vous n'ayez pas le courage de la défendre. » A cette apostrophe, le père Lacordaire leva les yeux sur celle qui la lui adressait , et, pour toute réponse, répéta seulement ces mots de V Evangile (sachez, Valette, que le mot. ici, est de votre ignorance ! ) ■■ « Quand l'ânesse de Balaum parla , le prophète setut^ » I) au ires diraient

... Le plus âne des deux n'est pas celle qu'on pense.

Nous dirons, nous ! le Rouge (le honteux)... Le père Lacordaire est encore pire en Chaire qu'en Vapeur : il n'y a jamais prêché, et il n'y prêchera jamais, à moins de conversion , que les vérités de luxe, et que personne ne nie. Quant aux nécessaires^ il ne s'en doute même pas, et lesfiierait peut-être!

C) A présent, au siècle des peuples, que le mal est politique, il est mille fois et plus grand, et plus corrupteur, et plus excitateur, et plus révolutionnaire , qu'au siècle des rois, où il n'était que mondain.

Que ne dirsit point le savant auteur des Obligations des Ecclésiastiques « tirées de l'Ecriture Sainte , des conciles , des décrets des Papes et des pères de l'Eglise , et surtout de saint Chrysostôme, » lui qui disait du Clergé de Louis XIV: « Le sel gâté n'est bon qu'à être jeté dehors : Jd nihilum valet ultra nisi ut mittatur foras et concuicetur ab hominibus. Voilà l'état oix se trouve notre sacerdoce , c'est-àdire dans le mépris, dans l'ignorance et dans l'oubli de son excellence, par la faute des ecclésiastiques qui s'abandonnent aux plaisirs de la vie. » — Et la Faculté de théologie ajoute : « Le seul Pastoral de saint Grégoire avait tant d'horreur des mauvais prêtres de son temps qui ne vivaient pas selon la sainteté de leur ministère , qu'il les appelle les Précurseurs de l'Antéchrist à cause de la superbe qu'il voyait régner dans les prêtres. »

est remarquable même lo que les petites communes de binage ecclésiastique ; où n'est pas le presbytère, et les Fermes des bois, sont plus religieuses que celles du presbyière; llo et que les meilleurs fidèles, à présent, sont dans les plus gr^indes ville^ où les confesseurs sont inconnus.

DANS LE LIEU SAINT

yeux de leurs amis et de leurs ennemis, aux yeux des autres et aux leurs, qu'à tout moment ils éprouvent le besoin, Curés même et Evèques inamovibles, de faire des permutations, et d'appeler des missionnaires inconnus pour faire le bien qu'ils ne peuvent plus, et ouïr les confessions dont ils n'ont plus que l'indifférence ou le mensonge et l'hypocrisie!

Plus impuissants encore en politique qu'en religion, les 36,000 abbés de France (*), qui ont la direction et le secret des femmes et des filles des dix millions d'électeurs, et qui croient tout l'Etat et toute la Religion appendus à un petit nombre de Constituants ou de Législateurs impuissants et même impossibles, n'ont pas même Fart, qu'ont les plus simples corps de métiers (**), de nommer un député de véritable valeur. Lorsque tant d'autres obtiennent tant de voix dans les autres, les abbés électeurs ne sont pas même sûrs de leurs sacristaines et sacrées voix.

Et cependant, il y a des abbés de rues (le Père Lacordaire Ta été clubs) et jusqu'à des Prélats de Cours, En voici un irrécusable ; et Cavaignac, qui le choisit aux jours néfastes de Juin, a pu être jaloux de Louis Bonaparte à l'installation de la magistrature républicaine:....

« Il l'avait compris le grand homme qui, voulant restaurer la société en France, restaura du même coup (de canon), la religion et la justice..,.

» Il vous appartenait mieux qu'à personne , monsieur le président, de suivre ces belles et salutaires traditions. La France, en vous conférant la première magistrature du pays s'est souvenue qu'au nom que vous portez se rattachait la vraie restauration de l'ordre par celle de la religion et par la promulgation de nos codes immortels, etc. »

Les Abbés des dernières chambres , qui ne songent guère à représenter le Peuple , mais qui voudraient bien y représenter le Clergé , se représentent à peine eux-mêmes. Ils étaient treize dans la Constituante , ils ne sont plus que six dans la Législative. Et ces six se réduisent à deux, qui sont moins qu'un, car ils sont divisés déjà : Monseigneur Parisis,

(*) En fonctions, plus encore qu'en possession, un. et un ne font pas deux, mais un demi. Les nombres sont la division et la ruine de Tunité. C'est une ombre.

Il ne faudrait que les premières élections depuis la révolution de Février 18i8 , pour montrer à la fois la misère et l'orgueil , les prétentions du clergé de Paris, type du clergé de France , sa corruption , son aveuglement , mais aussi la haine qu'il inspire aux ouvriers et aux pauvres qui sont en majorité sur la terre; et leur visible châtiment par le hasard , c'est-à-dire par Dieu lui-même. L'abbé de Guerry \ [en l di\ec Barbes , au nombre de 6i,000; le PeVe Lacordaire, ^vec le cordonnier Savary, au nombre 62j l'abbé Ledreuille , avec le cuisinier Flotte. au nombre 31.

d'un côté ; l'abbé Cazalès, de l'autre. Seulement; la question est lequel des deux côtés ici est le gauche. UAmî de ta Religion, timide, parce qu'il est tiède, pense que c'est le côté Cazalès, VUiîiv€7^s , plus franc et plus clairvoyant, et même Monseigneur de Chartres, prétend que c'est le côtéjPliaiHsis, Il va même jusqu'à donner, ou laisser donner par ses correspondants, à celui-ci , le nom à' apostat, qu'ils méritent, au fond , tous les deux , et même par la même raison : leur abandon (*) , l'un, des ouailles dont il a charge; l'autre, du séminaire, dont il a la direction. Tous les deux sont hors de leurs places : ce qui seul leur ôterait même la capacité relative, s'ils avaient une capacité de cette nature. Pour avoir le droit de dire à l'Eglise de France , à propos de la loi de l'enseignement : « Soyez indépendants de l'Etat ; ne faites pas comme les Calvinistes et les Eabbins, » il leur faut commencer par n'être point eux-mêmes esclaves et salariés par l'Etat, deux, trois, et jusqu'à dix fois plus qxxxm Babbin,,, ,

Si encore le déplacement et F impuissance du Clergé à F Assemblée n'avaient que de l'indifférence et du ridicule! mais voilà précisément que ce ne doit pas être, et que ce n'est jamais. C'est que la Religion est tout, et surtout dans la politique. C'est que ceux qui la représentent , en si petite quantité qu'ils soient, sont réputés tous les autres, qui ne les désavouent point. Qu'est-ce, lorsqu'ils les élisent, lorsqu'ils les entretiennent? Qu'est-ce surtout lorsque le Pape-roi écrit à leurs, et à ses Parisis : Allez, enseignez, à la d'abord, et puis dans la Chaire,.,,, par surcroît?

Et aussi voyez-vous le Clergé de France , bien autrement que celui de Rome même , toujours l'occasion, quand il n'est pas la cause, à la fois des erreurs, des illusions, des prétentions de tous les vrais boute-feux de France, qui sont les causes de tous les autres boute-feux et qui se sont ranimés un moment à Foccasion de leur dernière prise avec \ Université, la petite partie adverse ( le journalisme et le socialisme sont les grandes) de Y Eglise gallicane à l'état d'apostasie.

Nos Seigneurs les Evêques ne s'étaient-ils pas imaginé avoir converti et fait jusqu'aux derniers parvenus des dernières révolutions?.. Ils n'avaient fait que les flatter, c'està-dire les corrompre. Et comme , si rompus et corrompus que nous soyons , nous ne méprisons rien tant que nos corrupteurs , on n'a pas tardé de voiries flattés,... et, ce qu'on croyait ses sujets , dominateurs. Le triumvirat Parisis (ou

(*) t< C'est une impiété , dit saint Clément d'Alexandrie , de négliger l'étude de \\ parole de Dieu , pour embrasser les affaires du monde : Impietatis Crimcn est, iiegleciis verbi Dei studiis, sollicitudines suscipere.»

DAINS LE LIEU SAÏ^T-

Failoux)-Montalemhert-Thiers, n'était, au fond, que le irinmvirât ou la conjuration de la bêtise , où même encore :

Le plus bête des trois n'est pas celui qu'on pense.

Car c est Thiers lui-même, lorsqu'ignorant à la fois: !• que le Clergé, plus dégénéré que jamais, est plus que jamais so i parti; IF que ["Université fut toujours, est qu'elle est encore aujourd'hui, la Fille aînée du Clergé, instruite ou donnée dans les familles par les Curés, et dans les mêmes par les Aumôniers; 111" que, si dégénérés le Clergé et l'Université, unis eu compères à , mort, ils le sont encore moins que le Tiers-parti^ ou lg IierS" état nouveau ; iY" et que la dynastie dont M. Thiers est Vami etl'àme damnée.... jusqu'à la bourse, a encore moins de chances que de bourse !. ..que, se posant en Roi transitoire, il vient de dire à ses co-Pliarisis de FAssembiée transitoire : « Comme nous avons maintenu à l'Université le riche personnel qui sort de ses écoles , nous lui avons maintenu sa Juridiction , la Collation des grades , V Inspection , c est-àdire LE GOUVERNEMENT TOUT ENTIER, et vous nous dites que nous l'avons détruite !,.. »

Malheureux Thiers ! vous n'avez, en effet, détruit que vous ! Et vous vous êtes achevé quelques jours après, pour colorer vos contradictions incessantes, et sans rougir : « Je sais un parvenu,., » laissant aux peuples, et mêm.e aux cours, à ajouter : du crime !

En sorte qu'on peut, et qu'il faut dire, que le peuple à présent est infiniment moins mauvais que le Prêtre, lorsqu'on disait autrefois qu'ils se valaient : Siciit populus^ sic sac er dos. IsAÏE, XXIV, 2; Osée, IV, 9, etc.

Il est temps, et grand temps, pour la Société, et surtout pour eux, que cela finisse ; ou plutôt c'est fini: et il n'y avait plus de bien à cet égard à faire que celui de le constater. Ce n'est pas lorsque la plus légitime, la plus bienfaisante p/ o~ priétè est m^enacée, et même attaquée, que la plus injuste et îa plus funeste pouvait être respectée ou soufferte... L'évêchéa cessé d'être un palais, et le presbytère un ménage. Monsieur le Curé n'est plus dans son Salon, et Monseigneur ne reçoit plus dans les siens et dans son palais qu'à titre précaire, et pour n'en sortir, électeurs, quelque temps encore, aux plus grands Jours du Seigneur (le jour de Pâques, etc.!), qu'en étant montras au doigt. Et tel Abbé, telEvêque même prétendu, depuis Maury et Fayet (frappés aussi, l'un de la première foudre de la restauration de Rome, l'autre du dernier Choléra de Paris), ne fut jamais, et n'est plus aujourd'hui dans une assemblée républicaine que par inadvertance, ou comme rénégat»

(La demeure habituelle deTÉvêque n'est plus un Palais, mai^

un Autel; sa tribune, c'est la Chaire; son tribunal, celui delà Pénitence ; — son vote , c'est le Vœu qu'il a fait de pauvreté ; son devoir électoral, celui de faire des enfants à Dieu; et ses Elus, ceux du Ciel).

C'est que les Evêques, les Curés, les Abbés et les Séminaristes, le plus souvent pauvres par eux-mêmes, et sollicitant l'éducation, n'ont pas commencé par paraître satisfaits des conditions vulgaires et naturelles de la naissance pauvre et ouvrière.

C'est que la grande majorité des Ecclésiastiques ne se sont laissés aller dans le principe à le devenir, que comme à un moyen légitime et honorable d'existence. Ce que saint Jérôme paraissait ne dire et ce qu'on pourrait ne penser que de V la plupart des Èvéques de France, est vrai de tous les Curés, Car la richesse est essentiellement relative : • Ne croyez pas, je vous prie, que Tofiice des Clercs soit semblable à la milice du siècle: c'est-à-dire que vous ne prétendiez point dans la milice de Jésus-Christ les avantages de la terre. Ne soyez jamais plus riches que vous ne l'avez été avant que d'être clerc, car il s'en trouve qui sont plus riches sous les étendards d'un Dieu pauvre, que sous les enseignes du Déman, tout riche, et tout trompeur qu'il est, en sorte que l'Eglise est obligée devoir en soupirant qu'elle enrichit des personnes que le monde même avait laissées dans la misère : Ut suspireteosEcclesia divites, quos mundus tenuit ante mendicos, JEvist . ad Nepotian, — Et encore :

« Si quelqu'un n'embrasse l'état ecclésiastique , et n'entre dans le sanctuaire que pour y trouver les aliments nécessaires à la vie, dit saint Bernard, il évangélise pour se nourrir, et, par un renversement d'ordre trop grand, il achète les choses qui ne sont que terrestres par les célestes qu'il dispense : Evangeiizat, ut manducet, etperverso nimis ordine, cœlestibus terrena mercatur. In Declani.

Et saint Grégoire le Grand ; » Ainsi on cherche les avantages du monde par le même moyen par lequel on doit le détruire ; ils devaient être détruits par la vie ecclésiastique, et c'est par elle qu'on les cherche: Mundiergo lucrum queeritur sub ejus honoris specie quo mundi destrui lucra debuerant. Pastoral,, 1. cap. 8.

C'est que les séminaristes, une fois Curés ou Desservants, le sont de leurs pauvres pères et mères, frères et sœurs, avant les autres... Oubhant, dit encore saint Grégoire le Grand, tout ce qu'il y a d'enseignant dans la défense que fait le Sauveur, en Saint Luc, IX, au fils qui le suit, d'aller enterrer son père. »

Etsaint Jérôme : « Une grande piété envers les siens est une grande impiété envers Dieu. » Grandis insuospietas, impietas in Deum est. Epist, 23, — Et, ailleurs, allant encore plus au vif :

Non-seulement je vous avertis, mais je vous conjure que si pour l'amour de Jésus-Christ vous avez fâché votre père, vous persévériez courageusement , car il n'y aura que la persévérance ici qui soit digne d'une couronne : Non solum moneo, sed obtestor, ut si palrem vestruynpro Christ o offendistis, in eà otfensione duretis : qui enim perseveraverit usque in fînem, hic salvus erit. » — Et saint Basile : « L'affection pour nos parents est un des plus puissants moyens que le Diable emploie contre nous : Fugiamus tanquam diabolicam ad impugnandum nos armaturam habentem. — Et saint Bernard : « Gomment, mon bon Jésus, vous rencontrerai-je parmi mes parents, vous qui ne pûtes pas être trouvé parmi les vôtres?... Quomodote, boneJesu, inter meos cognatos inveniam, qui inter tuos minimè es inventus ? SpecuL Discipl. — Et Pierre de Blois : «On n'est digne d'aucun ministère dans l'Eglise, ni de prêtre, ni de Lévite, si l'on ne renonce à ses parents. Nec in domo Dei Sacerdos aut Levita eligitur, nisi dixerit patri et matri: Nescio vos.

C'est qu'une fois élevés, instruits, et Prêtres, ils n'aspirent plus qu'à leur traitement fixe, qu'ils croient leur indépendance ; et qu'accoutumés aux deniers de leurs pauvres parents, et à l'avarice du denier, ils se croient à la fois riches et pauvres avec leurs quelques sommes d'argent ( le prix du sang nouveau) trimestrielles.

C'est q\f instruits de la supériorité, et même de la divinité du dernier des membres du Clergé, aussi bien que du Pape qui en esUe premier, élevés peut-être à l'école ultramontaine de la royàuté de celui-ci, et de la principauté de leurs Evèques , et voyant les princesses et même les princes du monde se prosterner 44eurs pieds, les Abbés descendent naturellement à l'orgueil, lorsqu'ils ne savent point s'élever à l'humilité la plus profonde.

C'est qu'accoutumés à l'aisance et à la bonne chère, et mesurant de bonne foi l'importance religieuse d'une famille ou d'une personne à sa fortune ou à sa fonction mondaines, ils fréquentent le Riche ou le Monsieur, de préférence au pauvre ; qu'ils acceptent habituellement sa table (*), ses fêtes et ses récréations ; qu'ils l'invitent aux leurs, en violation du commandement de Dieu, de n'inviter que les pauvres qui ne pourront pas lui rendre ... ; qu' ils passent à lire les j ournaux le temps qui manquait même au si savant François de Sales pour s'instruire. — Le Curé, l'Évèque surtout, qui ne fait pas difficulté

(*) Nous ne parlons point des abbés journalistes, qui, n étantplus prêtres, nontpas même ie mérite ou le malheur de dîner de V autel et de souper du théâtre^ aon plus i[ue de^ nombreux abbés précepteurs dans les maisons riches, où les meilleurs, déjà corrompus à l'avance , corrompent aussi bien les pères par la flatterie , que les enfants par la liberté.

LA GRAiSDE APOSTASÎÈ

de diner en ville se fait, et à la Religion, d'autant plus de mal, qu'il est ou se fait plus aimable envers tout le monde. Dieu lui-même, qui s'entend en Episcopateten Cure, se Voile, se cache sous toutes les apparences du Pain, du Vin, et même du Prêtre, prédsément pour être plus visible. « J'ai changé mon Confesseur, disait madame de Sévigné, je l'ai vu manger. •» — Et Massillùn, dans son Discours sur la manière de converser : « Nous ne pouvons que nous perdre et nous avilir dans le monde, en nous y montrant trop souvent.

...Effati esto memor : minuit prœsentia famam. »

C'est qu'ils ont, plus que tous, par la direction, la confession, ou les relations sociales^ le privilège des affaires civiles importantes; et, presque seuls, le privilège des mariages. C'est-à-dire la plus grande puissance de la société. Et cela contre le sentiment général de l'Eglise, et celui de saint

(*) Amant primas recubitus in cœnis, et primas cathedras. Matth. XXIII , 6, Le Jésus de l'Ecclésiastique avait déjà dit que les repas et le sexe causent seuls les apostasies : Vinum et mulieres apostare faciunt sapientes. Eccl. XiX, %.

Et l'Eglise de Paris a fait un de ses Canons de ces paroles de saint Ambroise, en son livre des Devoirs du prêtre : C'est, à mon avis , un trait de prudence tout à fait convenable à la vie ecclésiastique, c'est même un des principaux devoirs des ministres de l'Eglise , que d'éviter soigneusement de manger en ville. Par là , vous êtes en état d'exercer vous-même l'hospiialiié envers les étrangers etles voyageurs; et d'un autre côté cette sage précaution vous préserve de chutes dangereuses , et vous met à couvert de tout reproche. Car les repas du dehors prennent bien du temps ; d'ailleurs ils exciîen* la gourmandise , et portent à la bonne chère. Souvent même il s y glisse des conversations séculières et toutes profanes, qui ne roulent que sur des histoires mondaines (que ne dirait pas saint Ambroise des journaux et des conversations de 1850?) auxquelles vous prenez plaisir malgré vous, faute de pouvoir vous boucheries oreilles; ou si vous voulez rompre et empêcher ces sortes d'entretiens , vous ne le sauriez sans passer pour des gens fiers et hautains : il arrive aussi qu'on s'y laisse aller à boire plus qu'on ne voudraiî. Il vaut donc bien mieux vous tenir chez vous, pour parer une bonne fois à tous ces inconvénients , que d'avoir fréquemment à vous en garantir chez autrui. Car, quand même vous seriez sûr de vous lever de table sans y avoir fait d'excès, toujours ne vous convient-il pas d'autoriser ceux des autres par votre présence. »

Quel n'est pas le mal en Italie, et même à Piome, où la plupart des ahhés déjeunent en public dans les cafés! et où nous avons vu , dis-je, vu, les Violets et même les Ilouges (les Cardinaux) , se prélassant en nombre dans les salons maj^iques et sataniques des palais Borghèse, Doria, et Comp.

Grand nombre d'abbés de ville et de campagne ont des faces, des... pîinses à faire trembler dans une visite à l'nôpital ou chez le pauvre. Il en était un, Grand Vicaire fameux dans le Midi, si rubicond, qu'il était surnommé le Pape rouge.

A Paris, le mal e&t encore plus grand. Il y a tel salon de Grand Seigneur où nous nous sommes abstenu d'aller, depuis que nous y avons vu tel P ré Lre habitué de la plus grande paroisse de Paris , à (a table de jeu , en tête-à-tête avec la maîtresse de la maison, lui dire, à propos d'une carte,... et lui faire accepter sans rougir, et peut-être comme innocent , l'indigne mot : Ah ! Coquine \...

Par une singulière fatalité , le même abbé est aujourd'hui le somptueux aumônier des fous de la Maison royale de CliarenîopJ

DÀKâ LE LIEU SÀINT. 34Î

Jérôme en particulier , Ad. Nep. : Prœdicaior continentiœ nuptias ne concUut,

C'est qu'enfin les Evêques et les Prêtres modernes, appelés à moins de droits, à plus de devoirs, parce que les Laïques en ont ou en violent davantage; à plus de grâce, parce c|ue Dieu est toujours plus miséricordieux; à plus d'autorité et à plus de puissance spirituelles, parce qu'il n'y en a plus de temporelles, parlent plus de leurs Libertés et moins de leurs devoirs que jamais , songeant moins que jamais à leur terrible responsabilité.

Les plus grandes, les seules objections dernières de la dotation du Clergé ne sont, comme celles de la Royauté du Pape, que de nouvelles ou plus fortes raisons contre elles. — Il faut, dit-on, que le Prêtre, avant de parler et d'agir, n'offre rien de choquant, et qu'il soit, comme on dit, présentable l — Comme si nous ne voulions pas, encore mieux, qu'il soit agréable, et même aimél... Il doit, dans notre système, ou plutôt dans l'Economie de l'Eglise elle-même, avoir, autant qu'il se peut, tout son avoir sur sa personne privée. C'est chez lui, s'il a un chez lui, cju'il ne saurait posséder, comme un chartreux dans sa cellule, et même comme un Jésuite en sa chambre unique, qu une table, deux chaises, un pot à l'eau, et un lit,

ïl estbon que le Prêtre puisse donner aux pauvres? — L'expérience démontre que la charité est en raison inverse de la bourse; et que, toutes choses égales, le plus pauvre donne plus que le plus riche. La mission du Prêtre est infiniment moins de faire personnellement, que de faire faire,, l'aumône ; c'est de prévenir même la nécessité de l'aumône, parla suscitation à la fois du travail dans le pauvre, et du don du travail dans le riche. Ce qu'il ne peut qu'en se faisant honorer et aimer. L'aumône vulgaire, telle que nous l'entendons et la pratiquons, fait peut-être plus de mal que de bien : car elle est rétrécie et pédante dans celui qui la fait, insuffisante et excitative dans celui qui la reçoit ; d'un côté sans dilection, sans privation véritable , et de l'autre sans reconnaissance.

Sous la prétendue Restauration, le prétendu philosophe vicomte Ronald croyait avoir tout dit pour obtenir des Chambres le Budget du Clergé (dont son fils abbé devait être Evéque et même Cardinal), lorsqu'il disait : « Il ne faut pas que le Prêtre soit obligé de tendre la niain, mais qu'il puisse Y ouvrir. » Aveugle! commencez donc par ne pas lui voir et lui faire tendre lui-même la main Et à qui? non pas au riche qu'il connaît et de sa communion, mais aux pauvres aussi bien qu'aux riches des communions étrangères, sans excepter les Juifs (le Budget du Clergé, c'est cela même). Ensuite, votre mot est de toute fausseté : car, s'il fallait à toute force qu'un Prêtre

tendit (a main ou Y ouvrît (*), prédicateur de VhmnUité qu'il est, j'aimerais mieux le voir faire bien la première chose que mal la dernière : ce qui arrive toujours.

Le Pr^^re, dit-on, doitt;îî;re de /'Awf^/?— C'est, à la lettre, plus vrai qu'on ne pense. Qu'il vive de l'Autel, en effet ! c'est-à-dire de la parole de l'Autel, de V Hostie de l'Autel ; du Pain même et duTm ; de l'or, si l'on veut, que les Fidèles viennent spontanément y déposer. Autrement , que le Prêtre meure plutôt de V Autel, qu'il n'en vive !

Les traitements des divers Ecclésiastiques sont, dit-on, les plus pauvres de tous les traitements. Celui du Cardinal français n'est pas celui d'un Président de Cour ; celui de l'Évêque, pas celui d'un receveur d'arrondissement ; celui du Curé, pas celui du gendarme, et même du garde, à peine celui du maître d'école et du sacristain? — .. .Comme si ï argent n'était pas destiné à remplacer le simple honneur dans la Société ! Et comme si ce n'était pas la ruine du Sacerdoce spirituel dévoué et généreux, que son assimilation à la force brute, aveugle et intéressée ! (*) sans excepter la plus méprisée !

(*) C'est à cause de la presque impossibilité aux curés, et surtout aux évêques et aux Papes aisés ou riches, de paraître bien et assez donner, même lorsqu'ils donnent beaucoup j que les dons par leur entremise ont toujours été très mal avisés» Les petits d hôpitaux et surtout les grands aumôniers de Cours (le fils d'un boucher de Mehin , Amyot par exemple), ne furent guère jamais que des aumôniers appauvrissant les pauvres et s'enrichissant eux-mêmes — Celui de la Restauration s'intitula : YÉvêque de l'armée de France. — Et puis, le nom ô! aumônier est presque aussi mal inspiré, et mal prévenant que celui de desservant.» L aumône moderne elle-même est devenue si différente de ï Eieemosyna antique!

En général (il n'y a rien de petit et d'indifférent en cette matière) tout ce qui , dans 1 Eglise, touche de près ou de loin à l'argent est tout de suite déconsidéré. Depuis les sermons de charité, et même les grandes dames {juéteiLses , et jusqu'aux plus simples c?a?nes de charité, a.ax loueuses de cJiaises vous fixant aunezjet autronc (toujours vide) des réparations de l'Eglise ; et an régiment de 5acn'sfain5 et de getis d'Eglise qui assiègent les portes avec leurs faces de rubis et même de Rubcn (l'enfant gâté de Jacob), et viennent complimenter l'argent la veille ou le lende. main d'un jour où l'on devrait ne visiter que les patt ires et n'avoir détrennes que pour eux.

Le dernier des Jumôniers notables est celui du premier Président de la République Mais il est arrivé que tout lui a manqué, et que tout lui manque encore pour l'être, sans excepter la Messe quotidienne pour l'aumône, et la Chapelle, c ir il n'y en a pas plus aux Champs Elysées nouveaux qu'aux antiques. Seulement, M. l'Abbé est Corse : il a publié une Fierge mondaine, au lieu d'une Immaculée. W s'est tour à tour impunément posé en Conseiller du peuple ^ et affiché sur sa paroisse, Saint-Thomas d'Aquin . candidate la Constituante, et même à la Législative, avec une adhésion de 13 voix!,. Et M. l'aumônier est décoré.

(*') L'opinion , la reine du monde, depuis surtout qu'il n'y a plus de roi^ mesure le curé à toutes les aunes. On dit proverbialement, non plus le Curé et le Maire, mais bien le Maire et le curé. Si on laissait venir le temps , on dirait : Le maître d'école et le curé. (Prophétique en 1849 de 1850.)

Et voilà pourquoi ce fut longtemps la dynastie des maîtres d'école qui alimentait les séminaires, ou plutôt qui s'alimentait avec eux. — Atijourd'hni, les 60,000 ïnsiitutenrs de France disent ; « Nous sommes au cœur de la citadelle; les 30,000 Curés et leurs Falloux gisent dans leur chœur. »

DANS LE LIEU SAliNT.

Et comme si surtout ce n'était pas la misère même d'un traitement forcé qui dût le faire répudier !... Mieux valait mille fois la vieille propriété immobilière immense et inaliénable du vieux Clergé, que son vil salaire mendié tous les ans dans une chambre, et même tous les trois mois chez un percepteur.

Le prêtre catholique a pour mission surtout de convertir les dissidents ; il faut qu'il s'en fasse écouter, aimer. Lorsque appelé à la pauvreté, il commence par la violer, et au pré* judice des dissidents, il les éloigne, il s'en fait haïr, il les laisse dans l'erreur !

Et chez un percepteur:,., en /?re5^?2ce d'une foule d'ouvriers et de pauvres qui, n'étant pas sûrs peut-être de leur pain quotidien, n'en apportent pas moins leurs deniers de veuves, et qu'ils peuvent croire destinés à compléter le traitement de leur riche Curé pour le trimestre à venir !

Un traitement, une rente de l'Abbé, du Prêtre, de l'Apôtre que Dieu n'a établi qu afin d'être avant tout, non pas riche, non pas aisé, non pas même pauvre vulgaire, mais le premier et le plus pauvre de sa Paroisse ou de son Diocèse;... une rente, ne fût-elle que de 500 francs, sur ceux-là précisément qui n'ont que des oboles, que Dieu a aimés au point de venir sur la terre avant tout pour eux, et afin de vivre comme eux, de les évangéliser les premiers {Pauperes Evangelizantur^ Matth. XI, 5.j; et les riches comme par surcroît, et encore, toujours pour les pauvres , en disant aux riches : « Si vous faites une fête, que les pauvres en soient les premiers convives» Luc. XIV, 1 2, 1 3); une rente sur les pauvres que Dieu place, de prime abord, et dans les premières et les plus belles paroles de son premier Sermon sur la montagne, au sang des Martyrs; qu'il place au Ciel avec eux (Matth. V, 3 et 10); et qu il constitue en quelque sorte, avant saint Pierre , les concierges du Ciel (Luc XVI, 4) !... une telle rente^ c'est V Abomination !

Le salaire de ce qu'il y a de premier et de plus nécessaire, le Prêtre, n'est pas seulement vil, et par conséquent avilissant; il est encore, et par là même, impuissant à satisfaire, et excitatif, à la fois, du mécontentement du Prêtre, et de sa cupidité d'ailleurs. C'est la source désolante (*) du désolant Casuel, très-bien nommé, car il est Fatal, étant à la fois embarrassant pour le demandeur et odieux pour le défendeur. C'est le plus dégoûtant, en effet, de tous les impôts , et celui dont les plus riches, comme les plus pauvres, et les fidèles [^'^)

{*) C'est même, et nous en connaissons de nombreux et scandaleux exemples, la source du prêt à intérêt, et même des Jetions intéressées et du commerce indirect (car l'autre, moins fâcheux, est formellement interdit) d'un'bon nombre d'ecclésiastiques.

(*'')La Fontaine l'aflétri duns nue de ses plus belles Fables. C'est, selon nou«! la

comme les infidèles, cette fois d'accord, se défendent le plus. C'est encore la source des sollicitations et des obtentions (quand ce ne sont pas des obsessions) cléricales dans les municipalités de la plupart des communes, pour obtenir les augmentations et même les embellissements des Presbytères, à la faveur de ceux des Eglises.

C'est surtout delà plus petite chapelle de Dieu, et du plus étroit presbytère, qu'il faut dire ce que Socrate disait de sa maison :

Plût au Ciel que de vrais amis, Telle qu'elle est, dit-il, elle pût être pleine!

uîus utiie . Le Curé et le Mort Elle a peut-êire plus concouru à la pénitence de l'auteur de Joconde que son Cillce. Et, comme elle peut seule , ici , faire trembler nn prêtre, et l'arrêter devant le prix de la Prière , nous aurons le courage , et, nous le dirons, la piété de la reproduire entière , ne pouvant en ôter un mot quece ne soit une beauté :

Un mort s'en allait tristement S'emparer de son dernier gîte; Un ciu-ô s'en allait (jaîment Enterrer ce mort au plus vite.

Notre défunt était en carrosse porté ,

Bien et dûment empaqueté.

Et vêtu d'une robe , hélas ! qu'on nomme bière ; Piobe d'hiver, robe d'été.

Que les morts ne dépouillent guère.

Le pasteur était à côté, Et récitait à l'ordinaire Maintes dévotes oraisons.

Et des psaumes , et des leçons, Et des versets , et des répons.

Monsieur le mort , laissez-nous faire, On vous en donnera de toutes les façons :

Il ne s'agit que du salaire.

Messire Jenn Chouart couvait des yeux son mort, Gomme si l'on eût dû lui ravir ce trésor ;

Et, des regards, semblait lui dire :

Monsieur le mort , j'aurai de vous , Tant en argent, et tant en cire, Et tant en autres menus coûts.

Il fondait là-dessus l'achat d'une feuillette Du meilleur vin des environs ; Certaine nièce assez proprette, Et sa chambrière Pàquette Devaient avoir des cotillons.

Sur cette agréable pensée Un heurt survient ; adieu le char.

Voilà Messire Jean Chouart Qui du choc de son mort a la tête cassée : Le paroissien en plomb entraîne sovi pasteur, Notre curé suit son seigneur Tous deux s'en vont de compagnie.

Proprement toute notre vie Est le curé Chouart , qui sur son mort comptait, Et la Fable du Pot-au-lait.

DANS LE LÏEU SAINT. 351

Les Voltairiens de Pendroit (et il y en a partout en raison des abbés qui ne sont rien), et les pauvres qui sont en majorité partout, les ouvriers mêmes qui ont concouru au bâtiment presbytérien, croient facilement qu'il s'est fait au préjudice de leur pain ou de leur aisance. — Il y a tel pays où Férection d'une Eglise moyen-âge, et surtout la sorte de castel pour M. le Curé, fait plus de mal à la religion que ne lui en fait une édition de Voltaire, et que n'ont fait à l'Etat les forts détachés de Paris.

Si le médecin, si l'avoué lui-même n'a que des honor ailles libres, comment le Prêtre aurait-il le droit de tarifer [^) les Prières, nous ne dirons pas pour les Ames des morts, mais seulement celles d'un mariage ou d^un baptême?

Le seulCa^we/, parce qu'il est facultatif, libre, arbitraire, secret, suffirait à déconsidérer , à rendre suspect, et même odieux le Clergé. Il paraît un traitement ajouté à un traitement. Un cumul, enfin. Lorsque l'Ecclésiastique a quelque

(*) Voici à cet é^^arcl des Canons propres à l'Eglise de Paris, le premier convenu avec un cardinal légal apostolique : « Les prêtres, ou les clercs, bien loin d'exiger ou de prendre quelque chose par force pour l'administration du baptême, ou des autres sacrements, et pour les fonctions ecclésiastiques, sous prétexte de quelque coutume , doivent être exacts à s'en acquitter gratuitement , et sans la moindre difficulté. »

Le second a été résolu dans un Concile de Paris : « Dans le dessein où nous sommes d'extirper du cœur des ecclésiastiques le Monstre de l'Avarice ^ nous leur défendons de forcer aucunes personnes, laïques ou autres , à donner ou à léguer par testament de quoi faire dire des messes des morts . pour une, ou trois , ou sept années. Nous défendons pareillement qu'il se fasse à ce sujet, par les prêtres ou autres entremetteurs, aucune convention ou exaction adroiteinen t palliée , sous quelque couleur que ce soit : comme aussi que les prêtres se surchargent d'une multitude superflue de ces sortes d'Annuels, qu'ils seraient hors d'état de remplir par eux-mêmes, et pour l'acquit desquels il leur faudrait avoir sous eux des prêtres à gages. »

Il y a telle chaise ^ il y a mariage . il y a surtout tel enterrement qui fait plus de tort au prêtre et à la religion qu'une aumône de 10,000 livres ne lui fait de bien... Elle lui ferait même du mal : car comme Dieu n'a pas voulu que nous lui demandassions, il ne veut pas non plus qu'on nous demande , et encore moins que nous donnioDS, au delà du pain quotidien.

Mieux vaudrait le payement de la confession , et de la communion même, que celui du mariage et V enterrement . celui-là, du moins, ne serait pas forcé! Le premier n'attiédirait que les fidèles; le second écarte, de prime abord, les dissidents. C'est le principal obstacle à leur conversion. Il est dit d'un homme qu'il crut aux apôtres qu'il fut même ravi de leurs miracles ; qu'à la vue de leur imposition des mains ^ il alla jusqu'à leur offrir de V argent à tous {ohtulit eis pecuniam ), croyant par là se rendre digne du don spirituel comme eux; que, rcprispar saint Pierre , il se hâta de faire pénitence de son erreur... (âct. VIîI. 9-24), 11 n'est pas dit surtout que ce mal avisé et malheureux ait jamais songé à demawc/er jamais l'argent des autres, s'il avait obtenu par le don du sien ie don en question .

Et toutefois le fait de cet homme est plus aujourd'hui que jamais abominé, comme la vénalité même, sous le nom de Simonie ', et l'homme lui-même est abominé sous le nom de Simon-le'Magicien \

fortune patrimoniale d'ailleurs , il semble un troisième moyen d'existence.

En résumé, le Cw^é en général, c'est-à-dire dans les campagnes, qui forment , après tout, les 80 centièmes de la po^ pulation, est, au moyen de sa triple aisance, le Traitement, le Casuel, et assez souvent le Patrimoine ^ et de sa persojinalité unique {*) , le mieux logé, le mieux vêtu, le mieux servi à table de toute sa paroisse. C'est, à présent^ comme le Seigneur dulieu; ses provisions, en tout, sont toujours faites pour toutel'année, et les premières du pays* Il est > par surcroît, de tous les dîners extraordinaires de Fendroit; les siens, en général, sont pour ses confrères, et ils scandalisent souvent le public par leur abondance. En violation formelle du commandement divin de n'inviter à sa table que les pauvres qui n'en ont point!.. Monsieur a son Journal (**), il esirenté, et même relativement bourgeois et riche, ou personne; il l'est, il se montre tel, il l'est même en conscience, au su et au vu de tout le monde , et surtout des pauvres, des malaisés, des privés de tout le village, qui vivent au jour le jour, et dont la plus grande tentation et le plus grand péché ordinaires sont IVnfz^ et la cwpzdfté. Comment voulez-vous qu'un pauvre aime le Curé? — Il le jalouse ! — qu'il l'écoute lui prêchant tous les jours Vamour des autres , et la pauvreté? C'est comme s'il chantait; il croit qu'il se moque. Il le voit incessamment (et c'est lui qu'il a le plus à l'œil et qu'il regarde le plus) en souci , en flagrant délit ^'argent, de provisions^ de multiplication, et d'amour apparent de soi. 11 voit à monsieur le Curé ce qu'on appelle une maison montée !

Règle générale, loi sans exception aucune, loi sacrée, ou aucune, du moment qu'il a son pain ou son lit du jour, et son vêtement de la saison, un prêtre quelconque, Pape surtout ou Curé, ne peut, ne doit jamais demander, et il devrait, selon nous, refuser presque toujours, quoi que ce soit, sous quelque prétexte que ce soit, pour qui que ce soit, à qui que ce soit, pauvre ou riche, fidèle ou dissident. C'est, encore une

(") Et voilà pourquoi , lorsque toutes les autres profession";, toutes les autres études perdent, le nombre des séminaristes augmente , et surtout depuis la liévoluîion dernière.

... La classe qui fournit le plus d'aspirants aux séminaires est , encore aujourd'hui, celle des pires maîtres d école, rv'ous en connaissons un qui en a donné jusqu'à trois: Taîné, devenu un moment courtisan dans une petite cour: le cadet, journaliste de province ; le troisième fou... Un matin on l'avait ouï dire, en petit Bonaparte (le grand ne sabrait que ses Codes) : Je vais sabrer ma Messe....

{**) ... Le seul trimestre de VUnivers de monsieur le curé lui suffirait à nourrir ou vêtir une famille, et peut-être à sauver une âme! Kt le temps qu'il perd à en lire les riens ou les mensonges , lui suffirait à accomplir le chapitre du Bon Curéjnùtulé : k C'est son office d'être le pacificateur de la paroisse , » à présent surtout que le Juge de paix n'a plus guère de pacifique que le nom.

DANS LE LIEU SAINT

fois, que depuis le Christianisme, et surtout dans les derniers siècles du Christianisme , la plus grande richesse n'est que la plus grande impuissance de donner , et la pauvreté la plus grande ; lorsque, au contraire , la pauvreté la plus absolue est la plus grande puissance de donner et même d'enrichir, selon les paroles formelles, la prédiction littérale, et l'exemple historique de saint Paul : Et AUissima Paupertas eorum abundavit in divitias simplicitatis eorum. II Corinth. VIII, 2.

Règle encore plus générale, et plus sacrée encore : Un Prêtre doit être, car il n'est institué Prêtre que pour être, le Pauper, le pauvre-né, le pauvre perpétuel, le pauvre parfait, le pauvre par excellence. Aucune nature de propriété immobilière, aucune quotité d'argent ou de mobilier ne lui est permise, et ne lui va : la grande^ parce qu'elle le rend odieux ; la moyenne, parce qu'elle est jalouse; la petite, parce qu'elle est pitoyable, méprisée, et même inutile.

Le Prêtre est même le dernier dépositaire que le monde puisse choisir pour l'argent qu'il destine aux pauvres; le pire de ses aumôniers^ enfin: car il peut passer pour infidèle; et la fausse position, dans la vie, est pire que le vice.

Si, après tant de raisons (*)^ tant de logique contre le payement forcé des Évêques et des Ecclésiastiques, et tant de faits explicites ou implicites qui en montrent le danger, il était besoin d'exemples d'indépendance du traitement de l'État pour le Clergé, on les trouverait précisément dans les Églises les plus considérées de toute la Chrétienté : celles des États- Unis, si supérieures à celles d'Europe ; celle d'Irlande, si supérieure en influence à celle de France; et celle même d'une partie de la Hollande, si supérieure à celles de la Belgique ou de la Bavière.

Et s'il fallait même un exemple C^*) plus péremptoire encore peut-être, à démontrer la lèpi^e, on peut le dire, du payement

(*) Autre, et dernière, et seule concluante raison, de la pauvreté de l'évêque et du curé : ce serait la Puissance temporelle du Pape, la propriété ou la richesse de la plupart des cardinaux , si elles pouvaient être tolérées encore Car, après tout , le Curé, comme nous l'avons démontré, c'est, pour sa paroisse, toute l'Eglise. Et si quelque chose pouvait faire pardonner et neutraliser les principautés du grand sacerdoce, ce seraient les pauvretés du petit.

S'il fallait encore quelques rares exceptions à la loi et au fait de l'insuffisance du clergé de France en général , on les trouverait dans un petit nombre de prêtres inconnus, plus pauvres encore que leurs communautés :.. tel ou tel Trappiste de saint Bernard; — tel ou tel Chartreux de saint Bruno; — et puis encore, tel ou tel ecclésiastique libre du clergé ordinaire : l'abbé Léopold de Sion-Vaudemont,par exemple; et qu'aussi la Providence et même l'esprit du Règne futur entourent déjà de merveilles! — et peut-être tel ou tel curé à charge d'âmes , qui, tourmenté sans trop savoir pourquoi , a parti renoncer à son état, et violer son vœu comme pour se laveries mains du sale argeut de l'Etat ou de la famille.

des hommes de Dieu, on le trouverait incontestablement dans l'histoire personnelle de Pie VI et Pie VIÏ détrônés et fugitifs en Italie et en France; et dans l'histoire générale de tout le Clergé de France, caché en France , ou fugitif en Italie, en Suisse, en Allemagne, en Angleterre, en Espagne, et jusqu'en Amérique : car jamais, ou rarement, à Rome, les Papes ne furent plus grands etplus dignes de Jésus-Christ qu'à Valence ou Fontainebleau; et rarement depuis le siècle de ses Pothin, de ses Irénée, de ses Deiiys, le Clergé français ne fut plus pauvre, plus assujéti, plus visité, plus éloquent, plus fidèle, plus puissant sur les autels ou dans les tribunaux improvisés.

C'est à V abolition du Budget des (autre dénomination

avilissante et même impie;, c'est à leur traitement de notre Livre en attendant , qu'on discernera les vrais Prêtres des faux , les fidèles des apostats ; et que la Foi refleurira en France, et par conséquent en Italie... Sans quoi le Catholicisme, c'est-à-dire le monde, aurait cessé !

Tout le corps de la Chrétienté, mais Kome plus particulièrement, puis l'Italie et la France, et le Clergé de ces deux pays, affectés, plus ou moins, de la pire des Religions, celle de ï Indifférence, devaient être châtiés; et cela aussi était prédit, ainsi qu'il est arrivé , et qu'il se voit, comme ce grand coiys méritait : par la peine du talion. De même que Vâme des Chrétiens nétaitn2*/>^oû/(?, nicliaude,ei que son Créateur la missait de sa bouche, leur estomac débile, et Jui aussi, n'étant ni froid, ni chaud, ne pouvait garder ni digérer le pain et le vin, changés par la Colère de Dieu : Quia nec frigidus nec calidus, incipiam te evomere ex ore meo.

Et enfin, et par conséquent, tous les grands de la terre, tous les riches, tous les propriétaires, tous les fonctionnaires; tous les prolétaires même (leurs subordonnés et leurs vic« times), qui, depuis leur terrible F éviHer (le mois de la rechute du Choléra dans Paris), se trouvent réduits, abaissés ou grandis, tous ensemble, au même niveau, dans une ruine ou dans une richesse universelle. En accomplissement de ces autres paroles prophétiques, si étonnantes, de l'Ange de Laodicée, à tous les fidèles et à tous les infidèles de Laodicée : «... Vous vous croyiez riches, et vous manquiez de tout; et vous ne voyiez pas que vous étiez misérables, et pauvres, et nus. Vous vous croyiez éclairés, savants, et vous étiez aveugles : Quia dicis : Quod dives sum , et locupletatus , et nullius egeo : et nescis quia tu es miser ^ et miser abilis , et pauper, et cœcus, et nudus ». Et toutes ces indignations de Dieu, et toutes ces ruines de fortunes, et tous ces anéantissements d'orgueil, pour transitions, dans l'Age même, à un monde nouveau, à une Créationmème nouvelle : Principium Creaturœ Dei; et à une dernière et immense générosité de Dieu envérs les Peuples corrompus par les Rois !

DANS LE LIEU SALSIT

Qui ne verrait, qui n'admirerait à présentie Christianisme, et surtout le Catholicisme (*)? Ils n'ont pas fait, puisqu'ils abhorraient, etqu ilsn ont rien négligé pour prévenir, la cupidité du Prêtre , toutes les faiblesses , tous les vices même qu'elfe entraîne avec elle. Et, profondément vrais, habiles, supérieurs, tout-puissants, tout généreux et miséricordieux qu'ils sont, ils ont comme dénaturé, ils ont fait tourner le plus grand mal , la déconsidération , la contradiction du Prêtre, au bien le plus grand : îa plus digne humilité du Laïque.

Plus le Confesseur (à la Confession seule, en effet, se réduit, en définitive , le Catholicisme) , plus le confesseur semble petit au pénitent, et plus il lui donne lieu de se montrer grand lui-même, en respectant un Homme qu'il méprise ; en humiliant son corps aux pieds d'un corps et jusqu'à son esprit devant un esprit que son Dieu et sa foi condamnent.

Aussi peu il y surait de mérite, en effet, à se confesser au Filâ de Dieu, qui sait nos péchés d'avance, et qui se manifesterait miraculeusement devant nous, autant il y en a à les avouer à un fils de l'homme comme nous, qui les ignore, et qui se rend coupable du plus grand ! — Ce qui fait dire à saint Chrysostôme {Homél. 85) : « Bien que les Prêtres soient dépravés , Dieu n'en accomplit pas moins tout par eux : Et si pravi sint sacerdotes, Deiis omnia per eos perficiet. — Et encore mieux, à saint Grégoire le Grand : & Tandis que les Justes, purifiés parles mains des Prêtres, entrent dans leur céleste Patrie, les Prêtres, par une vie indigne de leur premier état, se précipitent dans les supplices de l'Enfer : Ixgre-

DIUNTUR ElECTI SaCERDOTUM MANIBUS ET OPTATI CŒLESTEM

patriam; ag Sagerdotes îpsi per vitam reprobat^i ln înferni

SUPPLIGÎA FESTiNA?^ï.

(*) Pascal a entrevu quelque chose de cette grande vérité, et même de ceiIe d'un grand ordre de choses nouveau dans sa Pensée suivante ; « Dieu ne regarde que l'intérieur : { Eglise ne juge que par l'extérieur. Dieu absout aussitôt qu'il voit la péniteuce dans le cœur; TEglise , quand elle la voit dans les œuvres. Dieu fera une Eglise pure ait dedans , qui confonde par sa sainteté intérieure et toute spirituelle l'impiété extérieure des sages superbes et des pharisiens : et l'Eglise fera une assemblée d'hommes dont les moeurs extérieures soient si pures, quelles confondent les mœurs des païens. S il y a des hypocrites si bien déguisés qu'elle n'en connaisse pas le venin , tlle les souffre; car encore qu'ils ne soient pas reçus de Dieu, qu'ils ne peuvent tromper, ils le sont des hommes, qu'ils trompent. Ainsi elle n'est pas déshonorée par leur conduite qui paraît sainte. »

Et le Cardinal Baronius lui-même a tout dit de la grande vérité , en paraissant n'en avouer qu'une partie , dans ces paroles que le célèbre Jésuite Feller a répétées et glorifiées dans son CatécJusme Philosophique : Si àoac les faiblesses , les scandales, l'imbécillité ou l'imprudence de quelques papes n'ont pu ébranler les fondements de la vraie Eglise, c'est que Dieu lui-même les a affermis et leur a donné une consistance que les hommes et le temps ne peuvent ébranler. Telle est la conclusion qu'on doit tirer des endroits humiliants de l'histoire de l'Eglise. «

Page 1