‹ La Grande apostasieChapitre 5 sur 34 · PRETER ME · texte numérisé non relu

PRETER ME

Et « Je sais, ajoute-il, que plusieurs seront offensés de ce que j'explique ceci des Evéques et des Prêtres; mais mauvais Prêtres qui ont tenté de corrompre la chaste Susanne , ne portent aucun préjudice à ceux qui vivent bien : comme les mauvais Princes que dépeint le Prophète , ne font aucun tort à la réputation de ceux qui sont bons. » Scio offensurumme esse plurimos ^ quod super Episcopis et Presbyteris tiœc interpréter, cum et Presbyteri mali qui Susannam violare cupierunt , cœteros Presbyteros qui bene vixerint non condemnent.

Et le même saint Jérôme est encore plus explicite sur deux textes d'Ezéchiel :

Samaria et Sodoma, id est, Hœretici, scGpè leviora commitîunt, quàm hi qui putantur Jérusalem , hoc est Ecclesiastici.

Ce que l'illustre interprète de l'Ecriture particularise encore dans les paroles suivantes : Adpastores Israël sermo dirigitur, quos vel reges, vel principes, scribas etPharisaeos Populi Judaïci debemus accipere , vel certè in Evangelico populo , Episcopos^ Presbyteros et Diaconos*

Mais il y a ici de bien autres paroles divines : car tout est prophétisé, et doit l'être. La prévision étant la plus grande preuve de Dieu, qui veut se faire voir à toute force. Et si quelque chose doit être prophétisé avant tout, surtout, et presque exclusivement, c'est l'homme, ce sont les hommes (Dieu ne saurait se montrer sans faire mourir) qui gouvernent le monde. C'est-à-dire les papes. Les rois et surtout les }>euples n'y sont que par surcroît.

V Apocalypse , qui n'est pas autre chose que l'histoire des plus grandes choses et des plus grandes personnes de l'Église, suppose, et exprime incessamment, que le plus grand mal, comme le plus grand bien, ne se fait que par le plus grand pontife, etc. Et comme la prophétie claire et nominale ne serait rien moins que l'abohtion du libre arbitre ^ l'Apocalypse doit être, en même temps que la plus exacte histoire universelle, la plus sublime poétique qui se puisse imaginer, de l'Église. Selon ces deux lois, la chose la plus bête du monde, parce qu'elle est la plus impuissante à gouverner les pauvres qui sont en majorité sur la terre (les riches eux-mêmes, et surtout, se croient pauvres) , c'est un pape-roi, un cardinal opulent, un évêque riche, un abbé bourgeois, prêchant et violant à la fois la pauvreté.

L'Esprit-Saint a dû donner, ne pouvait pas ne pas donner aux contre-apôtres, aux contre-G/in*it, c'est-à-dire aux apostats {Y apostasie est à la lettre, comme en vérité, le contraire de V Apostolat), et diMH antéchiHsts le nom de BÊTES.

L'Apocalypse tout entière n'est, en définitive, explicitement ou implicitement, directement ou indirectement ( ce sera bientôt, c'est déjà, démontré dans son éclat ), qu'un immense, qu'un perpétuel acte d'accusation du Christ contre ses faux prêtres, ses faux prophètes, ses faux rois. Et c'est la raison secrète de l'incapacité presque absolue où se sont trouvés de l'interpréter, de l'entendre, de le nommer seulement, de ne pas le fausser même, en l'appliquant à leurs adversaires, les prêtres, et surtout les prélats, les évêques, les cardinaux et les Papes-rois de tous les siècles.

Dans le fait, c'est dans le ciel de la terre qu'apparaît le principe générateur de toutes les autres bêtes : le Dragon roux. XII. — La première béte proprement dite ne saurait guère être un roi ordinaire, car elle se fait admirer et adorer par toute la terre, XIII, 3, 4, 8. Et sa puissance est exclusivement spirituelle : elle a de grandsmots à la bouche : Os loquens magna, 5; et toujours de-^ mots sur Dieu, le tabernacle de Dieu, et les saints, 6. Et sa puissance est sur toute nation, — La seconde bête est encore plus évidemment religieuse, et chrétienne, et romaine que la première ; car, si elle parle comme le dragon, elle porte deux cornes comme Y Agneau de Dieu , le bélier^ c'est-à-dire le chef du troupeau. I l ; et elle prêche, elle ordonne Y adoration de la première bête. \ 2.

Et ses noms de nombre 666, les plus exacts, les plus miraculeux, et les plus naturels, selon les pères de l'église et les docteurs les plus illustres (*), sont précisément, dans la langue

(*) Les nombres de la Bête sont encore, selon le plus humble des disciples des Pères de. i'E^'lise, c'est-à'dire wlon eux encore, et par deux calcu's plus exacts,

DANS LE LIEU SAINT

grecque de l'apocalypse: le nom propice même de son empire latin : Lateinos ; et le nom propre de sa prévarication royale , presque incessante, et de son contr' apostolat: Apostates!!!

La 4^ et finale bête, à laquelle se réduisent les trois autres, la bète d'ëcarlate, portant la grande prostituée de Babylone (le nom que saint Pierre lui-même donne àRome) ^esi aussi^ encore plus clairement, et incessamment, religieuse et sacerdotale... Et saint Augustin, disciple et maître à cet égard de la plupart des autres Pères, n'hésite point à dire: Ad eamdem bestiam pertinent non solûm aperti inimici nominis Chrisli^ et ejiis gloriosissimœ civitatis, sed etiam zizania , quod de regno ejus^ OUOD EST ECCLESIA, in fine sœciili colligenda sunt. Saint AuG. Civit, Dei.

Et, fondé sur toute la tradition, Bossuet a dit, dans la préface même de son Apocalypse , comme Newton lui-même dans la sienne: « On trouve le caractère de la bête même dans l'Eglise, parce qu'on le trouve dans les mondains qui entrent dans sa société, et se mêlent avec les saints.» — Et, ailleurs, plus explicite encore : «La cour de Rome, d'où l'on devait attendre le remède aux maux, en était la première cause, et le principe presque universel. L'avarice et le libertinage s'étaient répandus par tout, et les papes ne s'occupaient guère du soin de faire revivre les mœurs anciennes, s'imaginant n'être pontifes que pour attirer à eux les affaires. » Défense de la Décl. du Clergé.

Depuis, le célèbre Mérault dô l'Oratoire, dans un Comm.entaire manuscrit tjrès-précieux sur l' Apocalypse , le formule trèsbien : « Rien n'est plus opposé que notre explication de la bête etcelle des protestants : ceux-ci veulent que la bête soit Y Eglise; et nous disons, nous, que la bête est dans l'Eglise, »

11 faut donc le dire, et nul théologien, nul logicien surtout n'oserait le dédire: le grand Antéclirist final, et les petits ou moyens Anteclirists , les moyens ou petits Apo5/a^5, précurseurs ou préparateurs des grands, ne pouvaient jamais être^ et ne furent aussi jamais, que dansrEglise,etaux sommets même de l'Eglise (saint Grégoire le Grand le développe); et qu'ils ont aussi toujours, et même au plus haut degré, les vertus mon-

plus miraculeux, et plus naturels encore : Il se voit 1° que le nombre juste des noms propres volontaires , et choisis avec la plus jjrande modération et la plus grande foi possibles des Papes-roi5, à compter du plus audacieux de tous ; Hïldeb r and , jusqu'au plus embarrassé : Maiir Capellari (comme Grégoire^ tous deux, ilscomptent l'un pour VII et l'autre pour XVI); que lenombre des chiffres réunis, (\\ y en a 1 00 j uste ') tomba et s'ensevelit dans le nombre 666 jusie, à Tavénement de Grégoire XVI 111 IIo Et que le nombre, également ju5fe,desEvêques titulaires de la chrétienté (selon le dernier Almanach Royal de ce dernier Grégoire) est 6661!! — En sorte que ces paroles fameuses de l'Apocalypse ; le nombre àe Y homme {numenis hominis) , signifient, à la lettre , le now6ve d'hommes officiels dont ïhomme par excellence (le Pape-roi) peut disposer, et par lesquels il peut disposer de tous les autres : 666 évêques et archevêques 11!

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daines, et même les cléricales ; les pelitesveiHiis enfin qui tuent les grandes; et, en dernière analyse, le monstre de L'orgueil ' qui se nourrit de vertus, comme disent tous les Pères.

C'est donc V Apostasie proprement dite, celle de Strauss , par exemple, qui est la petite; et disons-le, celle de Pie IX (en tant que Roi) qui est la grande Ç^).

A cette loi, le fidèle par excellence, le Christ de seconde majesté, doit se trouver être, et il fut toujours, en effet, l'homme aux vertus les moins vulgaires, le plus humble, le plus humilié même, le plus pauvre, leplusmendmn; à lalettre, le plus distant d'un prince de l'Eglise, le plus opposé surtout à un pape-roi : le jeune pèlerin français, Joseph Labre, en dernier lieu, dont le simple corps faisait, au milieu de Rome même, dans la chambre la plus obscure, la plus vile peut-être des habitations romaines (nous l'avons admirée), des miracles si éclatants qu'il convertissait, déprime abord, les protestants du premier

ordre; lorsque Pie VI lui-même, que nous tenons pour si

grand, s'amusait hors de Rome à dessécher les marais Pontins, et à Rome, au scandale de toutes les sortes d'héritiques, à salir de Jupiter et de Vénus le Vatican !

(*) Le Liett saint (au singulier, ce qui est seul ici une preuve) est, aussi évidemment, le caractère de la grande Apostasie (voyez les Psaumes 23, 67, etc.; et Ezéchiel, 42; et tout le livre de l'Ecriture consacré au prêtre, le Lévitiqtie). — L'Ecclésiastique^ et pour cause, dit encore mieux : idi impios qui in, loco sancto erant^ et laudabantur in ciuitate,...

S'il est parlé de {'abomination, en désolation^ c'est qne la Grande Apostasie, doit être châtiée encore mieux que triomphante.

Les anciens commentateurs de Daniel et de l'Apocalypse, la plupart /u^^at^ue^, ont dû voir l'abomination en question dans la ruine de l'église du Saint-Sépulcre k Jérusalem par Omar ; et les nouveaux, dans la pose, l'apothéose de Marat à Sainte-Geneviève^ et de la Monmoro (la Déesse l<aison) à Notre-Dame de Paris.

Ces deux faits étaient, au contraire, le triomphe du Prêtre sahit, lequel s'était alors élevé de l'autel d'or à celui de bois, et de la montagne de Sainte-Geneviève aux Catacombes.

îl ne faut pas confondre apparemment la Passion de l'Eglise avec le crime de ses pprsécuteurs ; et le mal qui purifie avec celui qui souille.

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