DÉMONSTRATION PAR LA THÉORIE DU POUVOIR ET SON HISTOIRE CRIMINELLE
§ 1. La sede théorie vraie des deux pouvoirs.
A d'autres titres, nous pouvions appeler ce livre le Pape devant le Christ ; — le Pape riche devant le Christ pauvre ; — Le Pape-roi , lorsqu'il doit être le premier et le dernier sujet de l'univers 1
Le créateur de l'homme et de la société, essentiellement humaine et par conséquent socialiste (*), ayant tout fait pour créer les hommes , a tout fait pour les rendre heureux , tout de suite , et à jamais. Et comme Dieu , non moins essentiellement unique qu'humain , a tout fait unique à son image , après avoir fait l'homme unique , il a fait la société comme une , et le moyen de Y unifier, de la solidariser unique.
De là le pouvoir le plus primordial connu , celui Melchisédech , à la fois prêtre et roi suhlime.
Et de là aussi , et encore mieux , le pouvoir chrétien , et le pouvoir papal.
De là même , ou de rien , et rien , le roi , ou si l'on veut , le président d'un triumvirat , et celui d'une république ou d'une assemblée quelconque.
Mais les hommes , avec les temps et le libre arbitre , étant de simples devenus , on peut le dire , doubles , l'autorité , elle aussi , s'est doublée et multipliée ; c'est-à-dire divisée , dé-
(*) 1.3. société n'existant plus de nom depuis bien des siècles déjà, a dû tour à tour impatienter Rousseau, lequel a composé ab irato son Contrat social-, et révolter ses compatriotes (Besançon est à la porte de Genève et de Ferney) : Charles Fourier,Considérant et Proudhon, lesquelsn'ont pas imaginé (car on n'imagine rien}, mais constaté W démocratie iocm/e, laquelle est d'autant plus infaillible, qu'elle sera plus longtemps foulée et refoulée par l'insociale société.
truite , suicidée. En sorte que le sacerdoce et \ empire , Vépiscopat ou pontificat, et la souveraineté, n'est plus une distinction naturelle , encore moins un principe, c'est la première des humaines, la première des erreurs, la première des hérésies , et la source originaire de toutes les autres.
Mais si le propre de l'homme , abandonné à lui-même , est l'abus delà vérité , celui de Dieu au contraire est le redressement de l'abus , et le service de Y abus à Yiisage. Il a donc permis la division des pouvoirs en religieux et politique : le premier, avec la mission de prévenir et de matter le plus possible le second ; et sinon de le faire aimer, du moins de le faire souffrir. — Le second , avec la mission d'accaparer, on peut le dire , tout le luxe , toute la violence (*), tout l'odieux apparent du gouvernement général.
Et d'être pour les autres , non pas la cause , mais V occasion de la plus grande humiliation et de la plus grande vertu du pouvoir religieux , et de tous les sujets en général ; et , pour lui-même un fléau , et le plus grand des fléaux.
Le premier, chargé de convaincre et de convertir ; le second , de forcer. Selon cette nouvelle nature , cette nouvelle loi , cette ère nouvelle de l'autorité , le pontificat pouvait être unique dans l'univers , parce que les esprits et les âmes les plus divers sont identiques , aux quatre coins du monde commue au centre ; et qu'étant libres à Constantinople comme à Paris et à Rome, ils peuvent de partout obéir à l'autorité qui ieur paraît la plus légitime et la plus sage. — Le pontificat devait être unique , parce que la vérité , la raison des hommes , et la vertu , leur vie . sont uniques. — Mais la royauté ne pouvait et ne devait être seule : ce qu'elle ne fut aussi jamais , môme lorsque la terre ne faisait que commencer à se peupler. Il n'est pas môme donné à la personnification royale la plus éclairée et la plus sage d'avoir un grand empire populeux , ou seulement géographique ; car elle est forcée àese déléguer, c'est-à-dire de se diviser, de tyranniser, d'oublier elle-même , et bientôt de renier , c'est-à-dire d'usurper le pontificat , et enfin de périr et de faire périr son peuple, lequel revient, par la force des choses, à l'Eglise unique et universelle.
Mais si un roi proprement dit ne saurait jamais être impunément souverain de plusieurs états , et surtout pape , un pape ne doit , et ne peut aussi , jamais être roi , c'estr-à-dire
(') Gela «suffit pour faire voir la tf^mérité et l'hypocrisie, et, en tout cas, rillnsion et l'impossibilité même de la première secte du socialisme (la Presse), qui demande physiquement l'abolition absolue de toute armée, de lovUegarde nationale ; et, par conséquent de tout tribunal. II n'y a de naturel et de civil, de religieux et de politique, que raboliiion de toute autre cemitre que Vindex.
DANS LE LIEU SAÎNT. 2î
riche et armé. Précisément parce qu'il n'y a plus de rois ordinaires , et que tous les hommes veulent être rois et môme le sont plus ou moins , quelquefois jusqu'au régicide, il faut qu un au moins, le Pape, ne soit pas roil II serait fort qu'il dût, et même qu'il pût l'être seul.
Un pape! c'est le premier prêtre ; le moyen de tous les prêtres, ou rien encore ; un exemple vivant, presque irrésistible, de vérité, de devoir, de vertu, de bonheur, pour lui et pour les autres. Mais aussi, et par conséquent, àeresponsabUiié de lui-même et de tous.
Nous avons dit un exemple personnel, parce qu'une leçon ou wïiQparolci^) (sans en excepter ^Xm^Y Evangile qMQlQscliàrtesQX
{*) Tous les Pères de l'Eglise et tous les Papes, on peut le dire, n'ont qu'une voix pour montrer la supériorité de l'exemple sur la leçon;
Nous ne rappellerons que les premiers venus, dans la première traduction venue; Et d'abord saint Ambroise.
i> Comment voulez-vous que le peuple respecte une personne qui n a rien pardessus le peuple^ et rien qui le distingue du commun des hommes? Que peu^-il admirer dans vous, s'il y \o\k ses défauts, et n'y voit lien qui mérite dêtre rlierché hors de soi-même, et si, dans une personne cà qui il croit devoir du respect, il y rencontre les choses dont il a honte dans lui-même ?
Ouomodo enim potesl observari à populo, qui nihil habct secretum à populo et mullitndine^ ^Jnid enim in te miretur, si sua in te recognoscat, si nihil in te aspiciat quod nlira se inveniaf, si que in se erubescir, in te quem reverenduin Hrbiiralur, offendat.
Puis saint J rôme : « Tout le monde jette les yeux sur vous ; votre maison et vos actions ?ont considérrcs de tous côtés, c'est sur ce modèle que le public .se forme, chacun croit qu'il doit faire tout ce que vous faites; prenez ^-^arde de ne rien faire qui puisse donner lieu à vos ennemis de vous accuser injustement, ou qui soit occasion de péché à ceux qui voudront vous imiter : ,
lu te omnium oculi diri^juntur; domus tua et conversatio tua quasi in spécula conslituta magistra est publicœ disciplinaî. Quidquid feceris id sibi omnes facieudum putaui; cave ne committas quod, aui qui reprehendere volunt digne lacerassevidcantur : aut qui imitari, coganiur re\\x\(\nexe iEpist.ad Heliodoruni ) Que vos actions ne démentent jamais vos p>iro!es, de crauite rjue, quand vous prêcherez dans l Eglise, chacun ne dise dans soi-même que vous ne faites pas ce que vous dites. CeUii qui parle des jeiines le ventre bien plein , est un docteur fort délicat. Un larron peut-il condamner le larcin ? La parole, l'esprit et les actions d'un Prêtre doivent être conformes :
Non confandant opéra tua sermonem tuum , ne cum in Eçclesiâ loqueris tacitus quilibet respondeat : cur hcEC quœ dicis, ipse non facis? Delicatus Maf^ister est qui pleno ventre de jejuniis disputât Accusare avaritiatn et latro potest ? Sacerdotis Chrisii os , mens , mauusque concordent, {ad Nepotianum ) El saint Chrysostome :
Que sa doctrine ait une double force soutenue par ses actions aussi blén que par ses paroles, afin qu'elles répondent à sa doctrine. Sitejus doctrina duolex ut verbis facta conveniant, actus doctrinae respondcant. Hom. de eo qui incidit in latr. i< Si vous vivez bien , et si vous enseignez bien , vous êtes légitimement le juge de tout le monde; mais si vous enseignez bien , et que vous viviez mal , vous vous condamnez tout seul > Car en vivant saintement et enseignant une sainîfe doctrine, vous apprenez au peuple la manière de vivre saintement, et en enseignant bien et vivant mal , vous apprenez à Dieu comme il doit vous châtier»
Si benc vixeris , et bene docueris , omnium judex es : si autem bene docueris et maie vixeris tui solius condemnator es, Nam bene vivendo
les lois) qui est tant avec l'exemple, n'est rien, elle est même une hypocrisie, c'est-à-dire le plus grand et le plus mortel des péchés, et le plus scandaleux, sans l'exemple.
Nous avons dit la responsabilité du pape, parce que, sans responsabilité, il n'y a plus de commandement, plus de justice, plus de vérité, plus même de Dieu, et plus rien.
Cette charge d'âmes, qui semble, au premier abord, si mystérieuse, et même si injuste, n'est peut-être que la vérité la plus susceptible d'éclat, et celle dont la justice comporte le mieux la démonstration.
Et d'abord, et c'est le plus grand argument pour les papes, les évêques et les ecclésiastiques : Dieu la dit^ et plus souvent, et de plus de façons que toutes les autres vérités.
C'est, dans toute la force du mot, un dogme.
Puis, elle s'harmonise avec toutes les lois et toutes les natures de la divinité et de l'humanité. L'homme, comme Dieu, ne va et ne procède que par unités, solidarités, responsabilités (*), toujours acceptées, et même désirées, et recherchées.
Enfin elle se concilie supérieurement avec les plus chers intérêts de l'autorité responsable, et du sujet, si on peut le dire, répondu, A ce point qu'en général, l'autorité la plus suprême n'est que la plus fière de sa charge, et que ses sujets les plus près d'elle et les plus élevés n'en sont que les plus jaloux
el bene docendo populu m instruis , quomodo debeal bene vivere, bene autem docendo et maie vivendo , Deum instruis y qnomodo te debeat condemnare. Nom, 43, in Matth.
Et saint Grégoire le Grand, danssa Pastorale aux papes encore plus qu'aux évèqueset aux curés :
« Qu'un supérieur soit toujours le premier à l'œuvre, afin que par sa bonne vie il apprenne à ses inférieurs comment ils doivent se comporter, et que son troupeau qui suit ordinairement comme tous les autres la voix et les actions de son pasteur, soit plutôt conduit par son exemple que par ses paroles , car celui qui , par le devoir de sa charge est obligé de dire des choses relevées , par le même devoir il est obli{]é de faire paraître des actions aussi relevées :
Sit Rector operatione praecipuus , ut vitae viam subditis vivendo denuntiet, et grex qui Pastoris vocem moresque sequitur, per exempla meliùs , quam per verba gradiatur : qui enim loci sui necessitate exigilur summa dicere , hâc eâdem necessitate compellitur summa monstrare.
Et le Pape Hormisdas : Irrépréhensibles esse convenit, quos prœesse necesse est corrigendos (Epi s t. 250.)
Et saint Denis, à la sentence célèbre, que nul ne doit oser se faire le guide des autres, à moins qu'il ne soit rendu par ses vertus très-semblable à Dieu : fn divine omni non est audendum aliis ducemjieri, ni secundiim omnem habitum suum factus sit Dei fortissimus, et Deo simillimus.
Et le Concile de Tours en 1537 : La vie des Clercs est le livre des Laïques :
Vita Clericorum liber est Laïcorum.
Et Pierre de Blois : « Que les prêtres rougissent si les laïques vivent plus saintement qu'eux, quoiqu'ils soient exposés aux orages de ce monde :
Erubescant Sacerdotes, si sacratioris viias inveniantur laïci, qui hujus mundi fluctibus sunt immersi.
(*) Nos constitutions, et jusqu'à nos codes civils et criminels^ en sont pleins.
DANS LE LIEU SAINT
Voilà pour les apparences de satisfaction, au fond, c'est bien autre chose !... Dieu, plus Dieu ici que jamais, dit au desservant, encore mieux qua l'éyêque et au pape : « C'est mon pouvoir temporel et spirituel que vous aurez, c'est moi-même, moi Dieu, que vous serez, je ne dis pas pour triompher des difficultés de votre mission de sauver mes enfants et vos frères, et surtout de vous sauver vous-même ; mais pour trouver de la facilité à le faire.. . »
Sans s'élever aussi haut, si vous voulez, Dieu a traité dans les derniers temps, le prêtre et le pape, comme il avait à priori traité les anges : d'abord, avec la participation du ciel, durant leur innocence, ou plutôt de leur reconnaissance ; puis, et comme de juste, et s'ils osaient l'ingratitude et la révolte, avec l'enfer exclusivement.
Le laïque a encore plus beau lieu, et plus beau jeu, de se dire : « A d'autres les soucis et les charges delà surveillance^ du commandement, du châtiment même des autres, et même de tous; les ennuis et les dégoûts de l'œil public et du jugement public, toujours téméraires et souvent méchants; à d'autres, l'éclat et la singularité du costume d'apparat, ou la tristesse du vêtement ordinaire ; l'exposition au carcan du monde (l'autel lui-même, comme le Calvaire , est cela) à moi la liberté^ le sommeil et l'oubli ! >
Le plus grand homme véritable du siècle de Louis XIV, le plus puissant, le plus convertissant, le plus influent (il convertit et dirigeait madame deMaintenon etBossuet), mais le plus retiré et le plus humble, et, pour cela même longtemps oublié par le clergé célèbre, La Chétardie, que nous avons déjà glorifié, criait aux curés, dont il était le modèle (il refusa des evêchés et des archevêchés) : « Quand vous auriez les meilleures qualités, le talent, la vertu, le zèle, tout cela ne vous sera compté pour rien si vous êtes répréhensibles en un seul point. Ce seul défaut ternira tout le reste, et sera peut-être la cause de votre perte. Les gens du siècle, semblables aux animaux immondes qui laissent les fleurs d'un parterre pour se vautrer dans un bourbier, diront: « C'est un savant, mais il est avide ; il ne prêche pas mal, mais il aime la table, ou la chassç, ou le jeu ; on le voit chez les marchands, etc. ; c'est un homme retiré,.... mais il a chez lui quelqu'un de suspect. Il est bon prêtre, mais il a chez lui ses parents... Sachez-le, il en est des vertus comme des mystères : Qui peccat in uno^ factus estom-^ niîim reus. Chacun rendra compte de ses actions particulières, bonnes ou mauvaises. C'est l'oracle de saint Paul : Unusquisque ânus suum portabit. Cependant voici quelque chose de singulier pour le prêtre... Il faut qu'il rende compte DES CRIMES D' AUTRUI. Il lui sera dit : Vbi est Abel (rater tiius ?, » La Chétardie donne à sa façon la raison toute simple de oe
terrible dogme de la responsabilité Les grâces, c'est-à-dire les grandeurs même de Dieu, que Dieu donne aux prêtres exclusivement. »
Mais quel sera T^^r^np/e à donner pour le pape, le modèle des prêtres et des rois? ... Celui apparement de la vertu la plus exclusive de toutes les sortes de vices, la plus appellative, la plus génératrice de toutes les vertus : la sujétion, enfin, et la pauvreté qui la suppose, ou qu'elle suppose.
Le fait est (et le monde est ici d'accord avec l'Eglise) que, s'il y a sur la terre et parmi les hommes un moyen de force pour soi et sur soi, c'est, avant tout, la foi à une autre vie que la présente; et puis, la dilection de ses semblables; et, par conséquent, Y obéissance au premier pouvoir venu ou visible; le travail dont on est capable, et le -pain dont on a besoin chaque jour. — Et que, s'il y a, dans un homme donné, un moyen de force pour les autres et sur les autres, ce sont encore, et exclusivement, ces trois choses, ces trois leviers, Y obéissance, \q travail et le jjain quotidien, ou la propriété très bornée, qui le donnent.
Parvo potentem
Fabricium. — Virg. Eneid. vi.
La désobéissance, la fainéantise, et le cumul; le commandement forcé surtout, c'est-à-dire l'orgueil, le premier, le père, et le pire de tous les péchés capitaux, ne sauraient jamais, en définitive, que procurer pour soi des malaises, des embarras de corps, d'esprit et de conscience; et, de la part des autres, des mécontentements, puis de la haine ; et finalement la résistance et la révolte.
Or, tels sont, à la lettre, les éléments radicaux, les deux choses qu'on est convenu de regarder comme les deux bases de la société et du monde : le pouvoir politique, c'est-à-dire la royauté ;ie pouvoir civil, c'est-à-dire la propriété. Le premier, comme celui d'Alexandre ou de Bonaparte, ne travaillant, le jour et la nuit, qu'à s'élever s'il se peut à l'empire du monde; le second, comme celui de Crassus ou de Rothschild, qu'à s'étendre, si on peut le faire, à l'or de tout le Pérou et de toute la Californie.
La cupidité, l'ambition et le pouvoir politique ou temporel sont bien pires, appliqués au prêtre. Ce sont ses seuls péchés capitaux et mortels, mais aussi ses plus grandes ignominies. Ce qui faisait dire par saint Jérôme à Népotien : Ignominiœ OMISIUM sacerdotum est propriis studere,
A l'extrême origine, à laquelle il faut toujours remonter pour savoir la vérité, toujours plus près de Dieu, comme Cicéron lui-même le reconnaît {Proxima ad Deos) , la part du prêtre était tout à fait inconnue. On ne lui rendait qximï hommage. Le pain et le vin offerts à Melchisedech en est le premier exemple.
Î)ÀNS LE LIEU SAINT
Ladime des lé\ ites (*) fut, à son origine même, empreinte d'infidélité et de péché; et, comme nous disons très-énergiquement à présent, judaïque; source féconde des malheurs, et même des crimes privilégiés de cette tribu privilégiée ; et les sources médiates des malheurs et des crimes, et finalement d'un déicide dont Dieu lui-même (Matth. 11,8, Zi; XXVII, 23) a déclaré le peuple tout entier coupable.
Dieu, qui ne fait rien que par poids et mesure, et sans lequel rien de grand ne saurait avoir de grands commencements, n'a pas faitl'hommeet la société différemment. Et l'on conçoit qu'il dise aux premiers prêtres: Enfants que vous êtes, oubien hommes aux cœurs durs, je vous donne un dixième des fruits pour le service que vous me rendez dans une église, enfant comme vous: FilisLevidedi décimas inpossessionem, pro ministerio quo serviunt milii in tabernacido fœderis, Num. XVIII, 21... Enattendant le jour, où de grâces en grâces, ou plutôt de pardon en pardon de votre cupidité, je vous appellerai, je vous élèverai vous-mêmes à la loi de la gratuité,.., comme mon Fils unique, et moi-même!
Le Prophète-roi (c'est-à-dire malgré la royauté) avait prédit cette mdi%m^qnQ Révolution, et répondu, deux mille ans d'avance, aux objections que la royauté eXXdi propîieté lui feraient par tous les Papes-rois et tous les abbés salariés : « Soyez tranquilles, vous ne manquerez jamais des biens, car ils sont à moi : Bonorum meorum non eges. Sanctis, etc., XV, 2. Et il n'attribuait même l'élévation de son âge mûr qu'à la pauvreté de sa jeunesse: Pauper suum ego, et in taboribus ùjuventute meâ, LXXXVII, 16. Et, devenu prophète et même prêtre, malgré sa royauté, il faisait encore, de la pauvreté, et même de \ abjection, l'apanage du sacerdoce, dans ces paroles connues: Eiegi abjectus esse in domo Dei mei^ magis quam in tabernaculis peccatorum. Et le sage de Y Ecclésiastique, plus grand que celui des Proverbes, se complaît, on dirait, à faire renoncer le prêtre de l'Ancien Testament à sa part dans le sol, comme s'il excluait du prêtre Dieu lui-même : In terra génies non hœreditabity et pars non est illi in gente, Ipse est enim pars ejus. XLV. 27.
Et tout le Sermon sur la montagne n'est que le développement de la supériorité de la loi de grâce ^my les lois de nature
(•) Et la dîme primitive était bien plus bornée qu'on ne pense communément, «Les terres,, ditFleury, dans ses Mœurs des Israélites, n'étaient chargées d'aucune autre redevance que de ia dîme et des prémices que Dieu avait ordonnées; et S:imuel compte l'imposition sur Jes blés et les vignes entre les entreprises des Rois dont il menace ie Peuple. » 1 Hoisv, VIII, 15.
Et saint Jérôme, dans sa Lettre sur la matière : « La dîme était le partage des portiers et de ceux qui avaient soin de la sacristie • mais ils donnaient la dime de la dîme aux prêtres. »
Éê LA GRANDE APOSTASIE
ou écrites, et de l'appel de Thomme à la perfection même de Dieu : « Vous avez ouï dire : Vous haïrez votre ennemi, et moi je vous dis de l'aimer... Soyez, en un mot, parfaits comme votrePère céleste est parfait.^ Matth. V, 48. Et immédiatement après, le Sauveur révèle le Pater, où il est dit , même aux laïques (et, par conséquent aux Pharisiens e^É^'czma^ewr^) : « Remettez vos dettes, » sans distînction aucune : car si vous avez un trésor (c'est-à-dire un argent quelconque pour le lendemain), là sera votre cœur: JJbîest thésaurus tuus^ ibi est et cor tiiwn. VI, 21.
Et ces autres paroles, s'il est possible, encore plus explicites: ^ Nul ne peut servir deux maîtres : il faut opter entre Dieu et Mammon : Non poîeslis Dea sei^vire et Mammonœ. 2Zj. Si vous servez Dieu, tranquillisez votre âme sur ce que vous aurez à manger, ou à mettre: ISe solliciti skis anîmœ vestrœ quid manducetiSy neque corpori vestro qiiid induamini, El écoutez, pour l'admirer, la raison que le Sauveur en donne : « Vous avoir donné l'âme, c'est plus apparemment que l'aliment; et le corps n'est-ii pas plus que le vêtement? Voyez
les oiseaux du ciel, etc., etc., etc., 25-3Zi.
Quand il eût dû faire de pierres pains dans les cités pour saint Pierre et ses successeurs (v. Matth. IV, 3. (*), comme autrefois de neige manne dans le désert, le Fiis de Dieu ne les y eût pas laissés avoir faim...
Saint Paul était chargé de montrer, d'une autre façon, la loi du progrès et la fin de la propjiété: Ciim essem parvutus, sapiebam ut pai^vulus ; qiiando factus suum vir, evacuavi quœ €7nnt parvidi: lorsque j'étais enfant, je parlais et j'agissais en enfant; mais quand j'ai été fait homme, j'ai abandonné ce qui était de l'enfant. . 1 Gorinth. XIII, il. — Et toute la magnifique épitre aux Eébreux\ et même toute celle aux Romains sont fondées là dessus. En voici le résumé: par le christianisme, nous sommes ressuscités de la loi morte, comme le corps de Jésus est ressuscité de la mort même. VII 4,
La plus simple propriété du laïque lui-même n'a guère une moins triste et moins fâcheuse origine que celle du prêtre; et elle n'eut pas non plus (nous le verrons mieux à sa place) une moins fâcheuse destinée,
(*) C'était pour prévenir la peur de manquer le lendemain, gue le Sauveur qui ne faisait pas un mouvement sans enseignement et sans générosité, créait à la lettre, en une seconde, ce que la nature met 365 jours à faire, du pain; et même du vin et du poissofi par surcroît.
DANS LE LIEU SAINT. 27
§ IL Les malédictions de la plus simple royauté ancienne et moderne.
Terrihili apud reges terrœ. Psal. lxxv, 13. Contra Pièges Jiorrendos. Sjlp. x, 16. Elias, qui iingis reges ad pœnitentiam. Egcli. XLYIII, 8.
Lsl royauté {*) , est bien pire encore que la propriété, c'est (a propriété universelle: car c'est la réunion, le cumul, Tac-
(•) Cest parce que ['Empire est encore plus interdit, et plus impossible, que Ijl Wc/iejie, que les laïques princes chrétiens eux-mêmes, n'ont jamais cong-uto» que pour perdre et se corrompre; que les Croisades surtout n'ont tiré à nnlle conséquence politique utile; que les Espagnols ont déjà perdu le Nouveau Monde; et c\\ie Vy4lgérie n'aura bientôt plus d'autre destinée que ieVusa/em, l'an 1087..., l'année même et le mois (octobre)de l'avènement de ce malheureux Gre^rozre VII (*) dont le nom même est l'anagramme de roi des rois.
La sainteté elle même s'efface ici devant la force des choses, et saint Louis en France, comme saint Edouard en Angleterre ne tirent jamaisà conséquence : notre Charles d'Anjou, était frère de saint Louis, héros delà Terre-Sainte avec lui. A son retour, plus préoccupé, à ce qu'il paraît , de son temporel que de son spirituel , il se fit, de par le successeur de celui dont le royaume ne devait jamais être de ce monde , conquérant de la Sicile et de Naples. — Je sais bien que là régnait i'infâme bâtard Mainfroi , mauvais prince , perfide tuteur, et roi lyian , s'il en' fut jamais ;... mais enfin, /lo/. El, au contraire, Charles d'Anjou était à peine comte de Provence par sa femme ; et il ne conquit , après tout , ses états nouveaux que dans le sang de la femme et des enfants de Mainfroi d'abord, dans celui de Gonradin , l'héritier légitime lui-même, qu'il fit exécuter à Naples par la main du bourreau; et enfin dans le sang des 8,000 Français qu'il avait rendus odieux par sa cruauté, et même par sa lubricité, massacrés le jour même de Pâques, à ia cloche des Vêpres , partout où ils étaient , jusque dans les églises, — Son fils , Charles II, dit le Boiteux , passa ses plus belles années dans les diverses prison^ de ses ennemis , d'où il ne sortit qu'en 1288 par l'intervention du roi d'Angleterre ; mais il faillit être mis en pièces un jour^ dans les rues de sa capitale , en souvenir du meurtre de l'infortuné Conradin; et il ne put jamais ravoir la Sicile.
Le châtiment du Croisé conquérant est ici assez éclatant.
Au contraire, les anciens Romains païens; et depuis, les Aquiloniens sauvages et enfin les Mahométans Turcs , les Russes les Anglais, ont envahi, ou vont en.vahir le globe.
Le même principe, qui s'applique aux lois, s'applique aussi, d'une façon relative, aux grands seigneurs, et aux propriétaires à la suite.
Les hommes à la suite des cardinaux, des évêques et des abbés rentes, rentiers de l'Etat, ou riches héréditaires, sans excepter les plus fidèles, participent de leur ministère, de leur responsabilité, de leurs défauts, et sont menacés et châtiés comme eux. u Les mauvais chrétiens, dit saint Augustin sur le Psaume 30, sont ceux qui vivent le plus mal et avec le plus d'ingratitude, Ezéchiel les a peinis dans les sarments infructueux. Supposons les païens comparables aux arbres des forêts, comme étant étrangers à la vigne du Seigneur: on peut les redresser, les polir à divers usages. Mais les sarments qui ne tiennent plus an cep, qu'en faire ? De tous les pécheurs, il n'y en a pomt de pires que ceux qui vivent ait milieu des sacrements de l'Eglise, n
(*) Aux votes du dernier des sujei$-rois contre !e dernier des rois-siijels, par une proridi^ntielfe fatalité, le plus faaieux à beaucoup d'égaids des sujets derenus rois, tout prêtres qu'ils éiaient, lô îatneux curé d'Aubermenil, l'abbé Grégoire, eu un mot, portait dans son nom Roi égarât ! Et uaus l'avons VU) ua jour, ruuijir et s'humilier de cette provid^jnce.
caparement, le monopole, la confiscation sur une famille el Inème sur une tète, de, toutes les propriélés^ de toutes les richesses, de toutes les r^w?^5, de toutes les fonctions, de toutes les principautés, de toutes les noblesses^ de tous les titres possibles et même imaginables. C'est, en conséquence, le droit de glaive et de guerre. C'est aussi, et par là même, le plus âfcouvent, le monopole et l'application de toutes les dispenses et de toutes les privautés, sans excepter les plus extraordinaires. On citerait à peine un roi, prétendu chrétien, et même catholique, qui n'ait pas eu de maîtresses, même en titre; et il est même remarquable que ce furent les fils aines de l'Eglise qIXq^ majestés catholiques qui furent le plus polygames. Aussi la royauté et la propriété^ et les pontificales surtout, ne ^nt-elles pas de Dieu , mais de l'homme ; pas des premiers temps, mais des seconds ; pas des amis de Dieu, mais de ses ennemis ; pas des fidèles, mais des infidèles.
Le pouvoir politique ou la roî/awif^' est toujours une usurpation dans son commencement ; la propnc^fe, toujours une défiance , c'est-à-dire un déni de la Providence de Dieu, et un affront de la justice de l'homme.
Et voilà pourquoi les premiers et à plus forte raison les derniers, furent toujours, toutes choses d'ailleurs égales, d'assez mauvais 52/jer5 , et les premiers propriétaires à! d^ssQZ mauvais hommes.
11 n'appartenait qu'au grand pauvre orgueilleux (ie pire de tous les pauvres), lors surtout qu'il s'est enrichi à tout prix, et (|U il s'est trouvé grand seigneur, et , on peut le dire , voleur ic terre {Foltaire enfin) , de nier le fait dans son vers fameux :
Le premier qui fut roi fut un soldat heureux,
Assur et JSemrod^ les pères , à la lettre, de tous les Hérodes Hde tous les JSérons; et , si nous osons le dire encore , de tous les héros, et môme de tous les Mandrins du monde.
(Avant Assur, ou à côté de lui, et contre lui les patriar-
propriété . elle, est assez maudite • lo son nom Ini-même n'est pas une seule fois dans tonte l'hcri(ure-Sainte ; s'ii y a un mot à l'ordre du jour dans l'Ancien, comme dans le Nouveau-Testament, c'est le malheur aux riches : f^ce divitibui l
Immense et non moins magnifique sujet que nous traitons dans un volume à ;i part, sous le litre de : La Propriété encore inconnue.
{*) Un autre parvenu , à la fois contraire et pareil. Je comte de Maistre, s'est imaginé de réfuter, lorsqu'il ne faisait qu'éluder, Je vers /^o/fa/rzen, en s'arrêtant au mot soldat, lequel , di.t-il , suppose un roi qui le solde. Gomme si \a ïOi soldant, n'avait pas commencé par être soldé et par se (dire solder a. tout pris, sans eiccppier celui du sang !
(**) Remonftz jusqu'au commencement, et vous constaterez le don dans Abe), et la garde ou 1;î prise dans C<in. Abel, Pasteur de brebis, ne s'altacliait point
la glèbe j et il rendait à Dieu les prémices de ce qu'il avait de plus rrche en
DANS LE LIEU SAINT
ches ne connaissaient et ne pratiquaient que la paternité et la fraternité , c'est-à-dire le contraire de la propiHété et surtout de \di royauté).
Puis les Sardanapaie, les Sennackerib , les Balthasar, les Tiabuchodonosor... de Babylone, les types , quasi nominatifs, des négntions de Dieu , des abus les plus désordonnés de l'or et de Y orgueil.
Puis, le roi de Tyr, dont l'histoire , en Ezéchiel, XXVI , XXVII et XXVIII , n'est que le magnifique original de la condamnation des rois de Babylone dans l'Apocalypse...
Puis, les Pharaons Sp/i?'^'^ (effroyables), et les Vutiphar.,, d'Egypte , les types nominaux de la*^ tyrannie du peuple de Dieu , mais aussi de l'ensevelissement dans la Mer Rouge ; et qui allaient droit aux Bérénice et aux Cléopâtre pour achever la corruption de l'empire romain efféminé.
Puis (on dirait les précurseurs de Xios Antéchrists), les Anîiochus-Dieu^ etc.
Puis, les nombreux Cambyse, et les Xercès, et les Cliosroès , pour un Cyrus (*), en Perse.
Puis, les Alexandre, l'un le Grand dévastateur, et même, personnellement , le grand meurtrier de l'univers.
Puis, les Auguste , les Tibère , les ^éron , tous plus Octave les uns que les autres.
Puis, les Hérodes et les Hérodiades.
Et enfin , les pires de tous , les rois de Juda et d'Israël {*'^) les grands types a distance de Louis XIII et de Louis XIV; de Ferdinand et d'Isabelle {vrdiieJésabel), de Charles-Quint et de Philippe II, d'Innocent VIII et d'Alexandre VI; et, si l'on veut, de Laurent de Médicis et de Léon X...
agneaux : de àcJipfbus. Ce qui n'est pas dit de l'offre de Gain, Agriculteur et propriétaire fixe. (V. la Genèse , IV, 1-4.)
Le nom de Caïn eu hébreu est synonyme de possessio (V. Sacy).
Et le plus grand des grands prophètes , celui de la Jérusalem et de la I\ome moflèîes , Ezéchiel, dit à Jérusalem qu'elle périra comme Sodome , et à Rome qu'elle périra comme Jértl^alem, parce qu'elles avaient, comme Sodome, négligé le pauvre: Sodoma , saror tua ... mamim paxiperi non porrïgehat. XVl, 49.
Les deuv premiers rois du monde étaient caractérisés par la Genèse, en même temps que nommés,: Jrioch , rex Ponti ; Chodorlaliomor, rcx E/am. (racine d'orgueil, «t anagramme de vial.)
{*) Cyrus, qui fut un conqvêrant, et même un usurpateur, ne saurait même être plus excepté qu'Alexandre, des plus mauvais rois. Dieu s'en est servi, comme il se sert de tout le monde, et de tout, et surtout des criminels, pour sauver son peuple. Il est remarquable que Cyrus vainquit en particulier le roi le plus riche de tous les siècles , et le plus proverbial de tous les riches : Crœsus. Dieu lui dit: Vous i{;norez qui je suis: Et non cognovisti me. Isai. XLV.o, 6, {**) Job , le p us ancien riche, et même ro/, connu, passa sa vie dans des malheurs plus effroyables encore que ses richesses. Kt l'on dirait que, par cette id.ignifique et antique histoire , Dieu ait voulu montrer à jamais anx hommes que le trône, pour être expié, avait besoin de passer par Vetable, et l'or par le fumier.
Le premier, Saiil commençapar un partage injuste de butin; et même une usurpation du sacerdoce ; et il finit par une possession satanique et le suicide.
Et , à l'exception de... trois senlemeni , les vingt rois de Juda lui-même , le royaume privilégié , furent tous corrompus et corrupteurs ; et , sans exception aucune , les vingt rois d'Israël (caries nombres furent égaux) le furent encore mieux. Et l'Esprit-Saint de Y Ecclésiastique le déclare formellement : Prœter David ^ et Ezec/iiam, et Josiam^ OMNES peccatum commiserunt ; et contempserunt timorem Dei.etc, XLIX, b , 6.
David lui-môme, qui, par une suite de grâces hors de ligne, ne fut roi que par ordre de Dieu, n'en fut pas moins, humainement parlant, et toute sa vie, plus malheureux encore que Salomon. Et il n'imputait, après son libre arbitre, qu'à sa royauté, apparemment: l'adultère, qui fut son éternel tourment, et qui lui faisait dire sa parole immortelle dansl'immortel Miserere : Peccatummeum contra me est semper; IP le meurtre du mari indigné, qui en fut la conséquence ; IIP les neuf épouses et les nombreuses femmes du second rang, que le Dieu de Tobieneparaîtpaslui avoir commandées; IV" la corruption, au lieu de l'éducation, de son fils légitime, Absalon; Y'' et, malgré sa pénitence, l'orgueil de faire le dénombrement de ses sujets, qu'il expia par la douleur de l'extermination de 70,000 hommes, et la déclaration de Dieu qu'il ne serait pas digne de lui élever le temple.
La plus grande et la plus incessante peine que nous avons toujours supposée au roi David, et en châtiment de sa royauté^ c'est la certitude surnaturelle, qui, sans doute, ne lui manqua point, que son fils bien-aimé, Absalon, deviendrait son plus mortel ennemi ; et que l'enfant qui lui faisait peur tous les jours, le fils deBethsabée, serait l'héritier de sa couronne, et successivement le constructeur du temple de Dieu et l'adorateur de Moloch.
En effet, Salomon, tout fils qu'il était de David ( lui-même fils et père du Christ), tout architecte qu'il fut du temple de Jérusalem, tout Sage par excellence, et auteur de VEcclésiaste qu'il avait été, pire mille fois que ne furent Mahometet Alexandre VI, devint l'adorateur de Moloch, et Tépoux corrompu et corrupteur de 700 femmes et de 300 concubines !
Et il mourut peut-être dans l'impénitence finale, léguant le
nom le plus riche et le plus royal du monde, mxSalo de
tous les siècles ; et l'histoire la plus démonstrative qu'il soit possible d'imaginer pour faire trembler les rois et surtout les Fapes-rois.
Et les fils de Salomon, pires, s'il est possible, que lui : les Roboam^ pires que les Jéroboam , types de la division et de la
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cruauté; les rois de Juda, se croyant légitimes, et ne comptant guère que des Joram et des Ai Italie ; des Achaz et tles JézabeL des Mariasses et des Amon: les égaux, si ce ne senties supé rieurs en crimes, des ISadab et des Zamri , des Jehu et des Phacée; suivi d'un Osée, le dernier des régicides, mais aussi îe dernier roi d'Israël !
Le dernier des rois de Juda, Sédécias, usurpateur par excelîence, traître à la fois à son neveu, Joachim, et àNabuchodonosor, vit celui-ci égorger ses enfants en sa présence; puis, lui crever les yeux après, et l'emmener mourir dans les fers à Babylone. "
Les juges, bien autres que les roîs de Juda et d'Israël, commençaient à /o^w^, qui le fut si longtemps; et, pour un Abimelec isolé, ils offrent des Gédéon, des Jephté, des Samson, des îîéLi magnanimes; et jusqu'à de grands hommes, tels que la prophétesse Débora.
A mille ans de là, les juges se reflétaient encore dans les Macchabées, qui n'eurent de malheur (il est vrai que c'était ie plus grand!) que celui de vouloir être à la fois souverains pontifes et rois; et de frayer la route à Grégoire VU, à mille autres années de distance...
Pour qu'un roi héréditaire ou électif fût bon , il faudrait qu'il luttât continuellement contre sa royauté et contre celle des autres , contre les rois et surtout contre les Papes-rois , et contre lui-même ; c'est-à-dire , après tout, qu'il abdiquât (*) ou qu'il mourût à la peine : comme firent saint Louis et Louis XVI ; et comme ne fit pas Charles 1er .
Le sceptre , en ce sens, est une croix , et la plus terrible dos croix : l'Homme-Dieu , qui sait? n'eût pu la porter...
A ce train que furent Constantin le Grand et Clovis,
(*) Sont dans ce cas, et exclusivement, les trois rois mages.
(**) Constantin le Grand ne fut baptisé qu'à sa mort. (V. sa vie, par Eusèbe),
L'histoire de la chrétienté tout entière ne présente, dans des suites de rois mauvais, flétris ou malheureux, qu'un très-petit nombre, encore contestés, de bong rois : Rari nantes tu gurgite vasto.
Et cependant le christianisme, et son immense solidarité d'hommes, en sont aujourd'hui à leur preuve la plus grande : 1800 ans de durée î
Les empereurs de Constantinople étaient encore plus bas que ceux de Rome.
L'Autriche, qui n'a guère seulement de nos Louis XII et de nos Charles le Sage, ne manque pas d'Hetiri Ip^ et de Barherousse horribles. — La Russie n'a guère que des Czars de glace, comm« son atmosphère ; ou àe pierre^ comme son fondateur. — L'Rspagne, que je ne sais quel Alphonse ou Philippe pour effacer ses P terre -le C rue L
L'Angleterre pour racheter ses Henri FUI, de sang, comme son Histoire, qu'un Charles l"^^ qui ne fut grand que dans son procès.
La France a saint Louis seulement, pour se faire pardonner son Charles le Sage (né à Vincennes le 2l janvier , il y mourut empoisonné par le fait d un roi d'Espagne, qu'il avait détrôné), qui, pour rendre la France prospère et heureuse, n'imagina rien de mieux, durant tout son règne, que les guerres étran gères et civiles perpétuelles; le titre de Dauphin, qu il porta le premier j la majo-
les meurtriers de leur famille? que fut Charlemagiie quî , plus dur mille fois que le rocher, mit l'Europe à feu et à sang pendant 33 années ; qui faisait décoller, au lieu de convertir, 4,500 Saxons en une fois ; qui » unissant la volupté à la cruauté , Henri VÏIl avant Henri VIII , changeait de femmes comme de chemises ; et qui finissait par se faire couronner empereur à Rome même par le pape Léon, qu'il avait fait roi ad hoc , avec les noms païens (ï Auguste et de César , et V Aigle romaine dévorante ; et cela la première année de son siècle, l'an 800 , et le jour môme de la naissance du Roi des rois dans une étable !
La royauté moderne , et surtout la plus célèbre , et dans les plus célèbres nations , et réputées les plus chrétiennes , s'est montrée encore plus horrible , parce qu'elle était plus hypocrite ; encore plus cruelle , parce qu'elle était plus efféminée et plus voluptueuse.
C'est une femme aussi qui figure à sa tète !
Isabelle la Catholique est la première femme de roi , la première reine , qui se prétendit , se nomma , et se fit roi. Pour cela il lui fallut d'abord (en 4 476), et cela ne l'arrêta point, faire prendre les armes à deux peuples , et répandre le sang de deux armées. Il lui fallut, pour associer le clergé à son ambition , et pour la colorer dans l'esprit des peuples , créer le tribunal informe et sanglant sans exemple (*) V Inquisition ;
nié des rois à 13 ans; la fondation des Tours de la Bastille; et de la Tour de la Librairie (où l'on ne trouvait, dit Hénault, de poêles latins qu^Ovide, etc.); un trésor de dix-sept millions de livres du temps; et d'énormes impôts, qui ne lui pesèrent sur la conscience qu'à sa mort !
La France n'a non plus que Louis XVI, pour faire pardonner le bon Louis X//, pire que Louis XI, ne fût-ce que pour avoir (au jugement du courtisan Hénault iui-même) « favorisé la famille d'un pape(Alexandre VI), le plus méchant homme qui fût jamais,et de l'avoir comblé de biens pour parvenir a se faire séparer d'un prince, à qui il avait été redevable de sa liberté sous le règne précédent.»
(*) Tout était maudit, et comme damné, dans le tribunal anti-chrétien de YJn- (jvi^ition; tout, jusqu'à ses noms, ses instituteurs ; ses doubles ju</e5, spirituels tit temporels , son théâtre. — La religion n'est pas inquisitetise : non irritatur^ non cogitât malum^ etc. I. Corintii. XIIL — Elle suscite, elle n'ordonne pas, pour peine de mort , àesactes de foi : Auto da fe. — Saint Dominique , étant fondateur d'un ordre de chrétiens , et même de Prêtres plus parfaits , c'est-à d\re plus humbles et plus miséricordieux , était sans doute exclusif du Grand Inquisiteur d'Isabelle, Torquemada (*)•— Sixte IV surtout, successeur de saint Pierre, et de 33 papes martyrs eux-mêmes des inquisitions et des grands inquisiteurs par excellence (iVeVon, Dioclétien^ Julien Z'aposfaf) , ne pouvait pas, en tant que pape^ autoriser (on conçoit encore moins le comte de Maistre justifiant après quatre sièclesde condamnation) la première inquisition, laquelle servit aussi bien que Dieu, et sévit contre tant d'âmes... à Séville principalement... Potentes patenter cruciantur.
{*) Le Torquemada de l'inquisitinti n'est pas le cardinal Torquemada, autre contempornin el crén jnre dos Borgiu, mon à Rouie tout puissant en 1468, et avait mal choisi son siccle pour publicM^ des in-folio, fauteurs de lu souveraineté, même royale, de la papauté...
DAlSS LE LÎEU SAmT.
et voilà qu'elle créa rinquisition. — Il lai fallut usurper pourêtre plus roi , usurpera la faveur d'une excommunicatioQ d'un roi de France par un Pape-roi, son compère (Jules 11) , en 4 51 2 ; et elle recula encore moins. — Il lui fallut enfin ; pour être plus riche, bannir d'un coup 80,000 hraélites, que le Christ était venu sauver avant les Gentils ; et elle bannit et expropria 80,000 ames. — Il lui fallut même, apparemment, effacer, et s'approprier, la gloire d'un grand homme qui avait ^ en moins d'une année, décuplé ses royaumes ; et elle alla jusqu'à persécuter Christophe Colomb.
Mais voyez aussi quelles furent les peines de cette JézabeL moderne , plus orgueilleuse , plus cruelle , plus passionnée peut-être que la réelle de l'ancienne loi et la figurée de la loi nouvelle ! Et comme elle fut punie par où elle avait péché , et humiliée jusque dans sa conquête le plus souvent sanglante et cruelle (*) du Nouveau -Monde. Elle n'eut pas plutôt nommé , du nom même àw. Dominique dont elle avait dénaturé Y Inquisition , la première grande découverte &qs Antilles de Y Amérique , Saint-Domingue , que son armée victorieuse , rappelée en Europe en 1493 pour le siège de Naples à laquelle elle en voulait , y importa le plus grand fléau qui ait encore assiégé V homme et la femme dégradés !
Elle mourut aussi avant Christophe Colomb , qui put se croi re vengé ! Elle mourut la môme année que le Borgia, qu'elle avait donné à Rome pour la corrompre, et qui s'était concerté avec elle pour ouvrir et fermer les portes des mers aux autres nations ! Elle vit mourir, coup sur coup, et terriblement, son fils unique, sa fille uiùque, et jusqu'à son petit-fils; ne conservant, pour lui succéder, sous un époux ingrat et infidèle, qu'une Jeanne surnommée la Follel.. Et elle mourut avant le temps î Et son époux ingrat de convoler à d'autres noces mesquines ( une Foix ) !
Ferdinand ne fut guère moins malheureux , parce qu'il n'était guère moins coupable. Ses maîtresses étaient aussi nombreuses que ses provinces ; et il en avait encore plus d'inconnues que de publiques. On eût dit qu'il se piquait d'exciter les regrets etles colères de cette Isabelle, la plus belle de toutes les femmes, disent tous les historiens. Et il porta l'impudeur jusqu'à élever l'un de ses jeunes bâtards, l'archevêque de Tarragone, à la vice-royauté d'Arragon.
Son audace internationale allait à l'égal de ses audaces familielles. Il se fit donner, en 1510, par le guerroyant spirituel et temporel, le Janus à double visage, le Jupiter à foudres
0 Toute ï Histoire d'Amérique est resplendissante de la réponse possible ou vraie (ce qui est ici indifférent) àuCacique persécuté au fiux dominicain qui lui parlait de sa vie future : Je ne veux pas de votre paradis, s'il y a des Espa^.i^lss
doubles, le César des Pontifes, Jutes II (sous le pontificat duquel naquit. ..Luther 1) qui excommunia ad hoc les généraux français et tout le beau royaume de Naples, moyennant une haquenée blanche annuelle.
Mais les défaites et les calamités ne manquèrent point à Ferdinand : et il n'eut pas d'enfants légitimes de la Foix dont il en espérait ! et il fut , pendant ses dernières années , terrifié par son horoscope fameux, qu'il mourrait dans un lieu nommé Madrigal ; et il mourut en effet inopinément en passant dans un village inconnu, Madrigalejo ! et il mourut empoisonné involontairement (ce qui est encore pire), par sa seconde femme, impatiente comme lui , et le vieux royaume tout entier, et le Nouveau Monde de sa majesté catholique, de passer aux Autrichiens !
Charles-Quint continua, empira, s'il est possible, Isabelle.
Les faits de guerre , d'usurpation , de cruauté , mais aussi de malheurs, et surtout ceux de Philippe II son fils , sont ici plus mémorables encore , parce que les souverains étaient pins dévots, — Charles-Quint, qui ne craignit pas d'affronter, à 19 ans, l'empire de Cliarlemagne, et qui , pour se le confirmer, rechercha et acheta les secours d'Henri VIII , le tyran de l'Angleterre et de l'église romaine , et ceux des princes d'Orange , les tyrans futurs des Pays-Bas; Charles- Quint , qui , ambitionnant la royauté de Rome , accepta la trahison du connétable de Bourbon, et mit à feu et à sang , tour à tour, le Milanais , Tltalie , Rome surtout , et mieux que l'Afrique ; Charles , qui usurpa, sous le nom de Ferdinand son frère , les royaumes de Hongrie et de Bohême ; qui ravagea la moitié de la France , depuis la Provence jusqu'à la Champagne et la Picardie , où il perdit une partie de son armée ; Charles , qui punit si horriblement, et en masse, les habitants de la ville de Gand où il avait reçu le jour ; et qui rasait jusque dans ses fondements les villes de Flandre (ïérouane, etc.).. ne sut pas même conquérir, à sa porte , cet Alger qui l'insultait communément , et qu'il alla bombarder en personne avec une armée , et vainement, et se vit , la dernière année de son règne , battu dans cette France qu'il avait voulu honnir jusque dans son roi ; et ne se trouva, dit-il, qu'un moment heureux en sa vie , le jour où il donna à son frère l'empire d'Allemagne qui n'eût pas manqué d'échapper à son fils , et l'Espagne à celui-ci, pour s'ensevelir vivant dans le monastère de Saint-Just, et expier, on peut le dire , parla plus dure pénitence , et par la pénitence la mieux constatée , le sang et les larmes qu'il avait fait couler, en pure perte , dans toute l'Europe et durant tout son règne.
Pour peine d'une autre nature, Charles-Quint qui avait
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été comme le général du pape (*) et du concile de Trente contre les Luthériens, vit, dans les trois mois qui précédèrent sa mort, « l'hérésie pénétrer dans les villes qui l'entouraient en Espagne; et les tribunaux de Tlnquisition établis à Yalladolid et à Séville , etc., mettre à mort les sectaires. »
Une des circonstances qui concoururent à le dégoûter du trône , c'est-à-dire de la guerre et de la haine publique , fut la mort de sa mère peu de mois avant son abdication ; et ce qui le fit trembler, même dans le monastère de Saint- Just , fut la mort de la mère de ce fameux Don Juan d'Autriche ,.. sa sœur Dona Maria , qu'il avait tendrement aimée...
Il ne lui survécut que trois jours !
Admirable fait de grande Histoire qu'en cette qualité nul Historien ecclésiastique ow. civil n'a mentionné seulement.
Philippe II, son fils unique, ne dut pas être de nature à rassurer pleinement son père mourant. Il fut habituellement ambitieux, usurpateur, et même cruel. Il commença par aspirer à la main de la fille aînée de cet Henri YIII d'Angleterre , qui ne devait pas porter bonheur. — L'un de seg premiers actes, comme roi d'Espagne, fut l'incendie de la ville de Lens , le \ 9 août. — Le second , fut la bataille de Gravelines , gagnée par l'habileté de d'Egmout , auquel il fit depuis trancher la tête. C'était aussi un jour de malheur, le 43 juillet. — Les autres faits d'armes et de roi de Philippe sont assez connus : son entretien , sa création , en France , des Guises , par lesquels il suscitait , couronnait , sous le nom fatal de Charles X , le malheureux et ridicule cardinal de Bourbon; et préparait peut-être la jonction de la France à ses Pays-Bas , au prix de la Saint-Bartiiélemi des Médicis; .. ses expéditions militaires et les jugements par commissaires des Pays-Bas, contre les Gueux de grand et de haut parage, dont i ,500 furent mis à mort spécialement, après la prise de Harlem ; — sa haine politique , plus ou moins fondée, de Don Juan, son frère , allié des Guises , et mort em-
(*) Après les imprudences de Léon X, les rigueurs de Charles-Quint furent les meilleures réclames de Luther.
Ecoutons M. Ancillon : « A peine a-t-il quitté Worms que la diète le condamne , défend de lire ses écrits , et ordonne à toutes les autorités de les poursuivre. Mais en même temps, pour le soustraire à ces persécutions, l'électeur de Saxe ie fait arrêter, probablement au su de Charles , par quatre cavaliers masqués, et le fait conduire secrètement au château de Wurtzbourg près d'Eisenac. Dans cette retraite qu'il appelait 50n Paihmos , il eut le temps d'étudier et de traduire les livres qui pouvaient servir d'arsenal à ses sectateurs, de consolider er d'achever son système ébauché ; et de là répandit dans toute l'Allemagne des écrits propres à rassurer et à éclairer ses partisans, qui frappèrent d'autant pins qu'ils avaient quelque chose de mystérieux , et partaient d'une main invisible »
(•*) La fameuse reine Marie d'Angleterre, trop sévère, comme allait êire son époux manqué, Philippe II, mourut... dans le même mois qxxedona Maria!
poisonoé (V. Hérault à Tan 4571); — et sa dénaturation , nous dirions volontiers son infanticide, puisqu'il alla jusqu'à faire ou laisser exécuter au nom de Dieu,.,, son fils unique Don Carlos , en lui disant , au nom de Dieu sans doute aussi : « Tranquillisez-vous , mon fils , tout ce que je fais est uniquement pour votre bien. »
Que vouliez-vous , après cela , que fissent les successeurs du duc d' Albe ? un Requesens , et surtout un Don Juan flétri et flétrissant d'un péché d'origine? les mises à prix de la Tête du Prince d'Orange? et \qs Balthasar (dites que les noms ne sont pas providentiels'^), lâchés contre lui?
Que vouliez-vous que fissent les 4 00 places fortes nouvelles , élevées en Espagne et dans les Pays-Bas par les terreurs de l'ancien Philippe?
Que vouliez-vous surtout que fît la superbe , et orgueilleuse , et vindicative Flotte envoyée en 4 588 contre l'Angleterre (dont on se croyait aussi comme roi par une femme), sous l'autre nom Providentiel Y Invincible , et peut-être sous le nom apocalyptique à! Armada"! , . bien différente de l'autre, qui devait un jour aller de La Haye à Londres, porter un Gendre'^Xus heureux !... La moitié des 400 vaisseaux de haut-bord, portant 3,000 pièces de canon, 10,000,000 de ducats, 30,000 hommes, et la fleur des Grandesses ù'V.spagne , fut jetée, parles vents de Dieu, ou le Dieu des vents {Spiritus procellarum quœ faciunt Verbuni Dei. Ps. 4 48) sur les rivages d'Angleterre, et l'autre moitié sur ceux de France , comme pour indemniser ces deux pays des iniquités et m-ôme des prétentions Espagnoles.
Et , par une éclatante fatalité du Dieu de la paix , de la douceur, du pardon des injures, le môme Philippe II renouvela , à deux autres reprises, en 1596 et en 1597 , ses Invincibles; et , à deux autres reprises aussi, elles furent livrées aux vents et aux abîmes î!î
Aussi cePlîiUppe, à qui rien ne manquait, puisqu'il avait Charles-Quint pour père , les cardinaux Ximénès et de Granvelle pour ministres; ce roi, infiniment plus puissant que Charles-Quint, et dont les flottes et les Dominicains cou-^ vraient les mers des deux mondes , perdit ces mêmes Pays- Bas dont Louis-Phihppe a fait comme un nouveau fief de sa suzeraineté; et cela, parce qu'il laissa le duc d'Albe être sévère, lorsque le Cardinal d'Espagne lui disait, au rapport de Herrera : « Bien loin de recouvrer de cette façon la Flandre , vous vous exposez encore , Sire , à perdre l'Espagne qui est votre capitale. Votre Majesté se perdra elle-même , si ^^ile persiste à ne voir que des révoltés là où il ne doit y avoir que des sujets et des enfants. »
Philippe 11 se vit personnellement en proie aux pHis ter-
ribles désastres politiques, et même aux plus terribles douleurs corporelles , jusque dans les dernières années de son règne , les plus terribles de toutes. L'année même de sa mort, son général en chef en France fut tué , et son armée défaite aux portes d'Amiens. Ses cinquante derniers jours furent un long martyre , dont tous les Historiens rapportent les détails. Et la plus grande Majesté Catholique des temps modernes mourut en proie à une vermine , comme Hérode le déicide... Philippe II sentit si bien lui-même par où il avait manqué aux hommes et à Dieu, qu'en mourant le Treize septembre de l' avant-derrière année de son siècle sanglant, il ordonna Y élargissement des criminels , même ceux condamnés à mort. » — Et il ne voyait, pour remplacer un roi qui avait résisté et même commandé à toute l'Europe , sans avoir jamais eu un seul allié , qu'un assez pauvre fils unique, d'une quatrième femme!.... L'infortuné Don ^.Carlos était l'aîné et l'unique de la première î . . . Autres lieux, autres siècles, même grands Rois 1 Nous ne voudrions, pour flétrir Loui& XIV, qu'une page de y Oraison funèbre de l'orateur de sa cour et du confrère de son confesseur : « Louis reconnut ses fautes (la parole ici fut donnée à Bourdaloue pour dissimuler sa pensée); il le dit : « J'a- « vais autrefois entrepris la guerre légèrement, et Dieu avait « semblé me favoriser : je la fais pour soutenir les droits légi- « times de mon petit-fils à la couronne d'Espagne, et ilm'a- « bandonne ; il me préparait cette punition que f ai méritée.^ Il regarda les châtiments du ciel comme la peine de l'abus qu'il avait fait de ses faveurs passées.
^ Mais le temps des épreuves n'est pas encore fini. Vous l'avez frappé dans son peuple, ô mon Dieu, comme David ; vous le frappez encore comme lui dans ses enfants ; il vous avait sacrifié sa gloire (ici encore il y a respect humain et mensonge) , et vous voulez encore le sacrifice de sa tendresse. Que vois-je ici ! et quel spectacle attendrissant même pour nos neveux , quand ils en liront l'histoire ! Dieu répand la désolation et la mort sur toute la maison royale. Que de têtes augustes frappées! que d'appuis du trône miyer^e^/ Le jugement commence par le premier né : sa bonté nous promettait des jours heureux, et nous répandîmes ici nos prières et nos larmes sur ces cendres chères et augustes. Mais il nous restait encore de quoi nous consoler. Elles n'étaient pas encore essuyées nos larmes-; et une princesse aimable , Adélaïde de Savoie^ qui délassait Louis des soins de la royauté (autre courtisannerie î) est enlevée dans la plus belle saison de son âge aux charmes de la vie, à l'espérance d'une couronne , et à la tendresse des peuples , qu'elle commençait à regarder et à aimer comme ses sujets. Vos vengeances, ô mon Dieu^ se préparent encore de nouvel-
ies victimes : ses derniers soupirs soufflent la douleur et la mort dans le cœur de son royal époux, le duc de Bourgogne. Les cendres du jeune prince se hâtent de s'unir à celles de son épouse; il ne lui survit que les moments rapides qu'il faut pour sentir qu'il l'a perdue; et nous perdons avec lui les espérances de sagesse et de piété qui devaient faire revivre le règne des meilleurs rois et les anciens jours de paix et d'innocence,
« Arrêtez, grand Dieu : montrerez-vous encore votre colère et votre puissance contre l'enfant qui vient de naijtre ? Voulezvous tarir la source de la race royale? et le sang de Gharlemagne et de saint Louis, qui ont tant combattu pour la gloire de votre nom , est-il devenu pour vous ( peut-être ! ) comme le sang d'Achab^ et de tant de rois impies dont vous exterminiez toute ]a postérité?
« Le glaive est encore levé^ mes frères ; Dieu est sourd à nos larmes, à la tendresse et à la pitié de Louis. Cette fleur naissante, etc. »>
Si encore le fils d'un roi pouvait dédommager du père !
Mais voilà que la nature, ou plutôt la société, et Id^royauté, le contraire de la paternité, l'ont fait pire. Toute l'histoire ancienne et moderne n'en est que la preuve perpétuelle. Et l'on voit même, presque toujours, que les meilleurs, et même les plus saints rois n'ont eu que les plus tristes aînés, et les plus fâcheux c/(2Mp/m25. Le roi -prophète, Davidlui-même, n'asu faire que Salomon ; Salomon , que Roboamqui doubla les impôts ; le pieux Josaphat, que l'impie Joram; le saint Ezéchias, que l'horrible Manassé ; Josias, que le misérable usurpateur Joachaz, père immédiat de ce roi, que Dieu, n'en pouvant plus, fit emmener par Nabuchodonosor esclave à Babylone, etc.
A Rome, on commence au pauvre Romulus et au pieux Numa, pour finir au Tarquin le Superbe; et dans l'empire, c'est toujours de Charybde en Scylla que Ton tombe: Octave engendre Tibère; Tibère, Caligula ; Caligula, Claude; Claude, Néron; puis un Titus fait Domitien; et Marc-Aurèle, Commode, etc., etc.
Le grand Constantin n'eut pour héritiers que des enfants fratricides, d'où sortit son neveu... Julien l'apostat ; Théodose le Grand, qu'Arcade et Honorius les petits; et ceux-ci^ les bas empereurs, au-dessous desquels il n'y a rien, et d'où sortirent Mahomet II et les Turcs !
En France (*), la première race se dégrade des Clovis aux D^gobert; la seconde, de Charles-Martel, le bâtard adultérin
(*) C'est partout ia même ou la plus {grande décadence. Et on dirait en vérité, et pour cause , que la dép.énéralion du sanj etdes races dominatrices soit devenue pire eu Europe et dans la chrétienté qu'elle ne fut jamais, et qu elle n'est encore à Gonstantinopic , en Perse, au Tibet; et même en Gliine et au Japon!— Alfred le
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de Pépin Héristal, le successeur d'un roi assassiné , et du traître et régicide Pépin le Bref , à un cruel Carloînan, dont la flatterie et la lâcheté ont fait Charlemagne-, de Gharlemagne, à Louis le Débonnaire. La troisième race descend de Gapet et de Robert, les plus riches, et par conséquent les moins dignes, du pays, à un Henri I", qui, pour régner, commence par faire à sa mère et à son frère, une guerre où il perdit la Bourgogne. Saint Louis na pour fils qu'un Philippe, Le Hardi à faire pendre son favori, Pierre de Brosse, pour avoir mal parlé de la reine; et à provoquer contre lui les Vêpres Siciliennes. C'est lui qui inventa les lettres de noblesse en faveur de Raoul, son bijoutier 1... Le bon Louis XII, n'eut pas d'enfant mâle; et il donna sa couronne à un gendre, François I^^, qui perdit tout, même V honneur, car il perdit les mœurs. Et les quatre rois
Grand, qui commença en Angleterre cette Histoire écrite, comme on a dit, avec du sang , n'eut pour fils qu'un Edouard surnommé le vieux, — Saint Edouard le Martyr... de sa belle-mêre , laissa le trône à nn usurpateur. — Saint Edouard le Confesseur, à un autre ; — Guillaume le Conquérant , qui mit à feu la France et l'Angleterre , à Guillaume le Roux, tué à la chasse comme une bête fauve. — Henri VII, le seul prince qu'on ait pu célébrer, eut pour fils cet Henri VUT , l'éternelle h»nte de l'humanité, et même delà royauté. La papiste Marie fut suivie de l'anti -papiste Elisabeth. Charles I r dégénéra en Charles II; Charles, en Jacques; Guillaume, eu rien ; Anne, en Georges; Olivier Cromwell , en Richard.
On voit, en Allemagne, après Othon l^r et le Grand son filsOthon II, surnommé \e sanguinaire ; — Après Henri IV, l'ancien et le grand (il se trouva en 62 l>atailles), un Henri Y le jevne , qui faisait consister Tempire à faire et défaire la papauté; — après Frédéric Birberousse, son fils Henri VI, surnommé le cruel; après l'élu Rodolphe d'FIapsbourg , Adolphe de Nassau , l'usurpateur; — et puis, de chute en chute , les Ferdinand, les Charles, et les François.
Marguerite de Suède la Semiramis du Nord, n'eut pour successeur qu'un petit neveu , Eric XIII; Jean, qu'un Christiern , surnommé /e cmeZ ; Gustave Vasa , qu'un autre Eric, mis en prison par ses frères ; Gustave-Adolphe, que Christine ; et Charles XH , qu'une Ulrique l
En Pologne (où Casimir, le grand conquérant de la Russie; et Sobieki , de la Turquie et le bon Stanislas, étaient des rois élus,) les rares souverains honnêtes qui laissèrent leurs enfants sur le trône , Casimir I^'' et Boleslas III , les eurent , 1 un surnommé le cruel ; et l'autre, fratricide et chassé.
En Russie, Pierre Ze Grand, et le cruel par excellence, le fut, comme Philippe II, jusqu'au parricide. Il donna le branle à une suite de Catherine Jezabel, et de Pierres malheureux.
En Espagne, Ferdinand le Grand, engendra Sanche ; Alphonse leSage choisit pour son héritier, un autre Sanche, fils dénaturé, qui le fil mourir de chagrin; Ferdinand IV, fut le père de Pierre-le-Cruel; Isabelle Ftrdinand , la mère d'une Jeanne dite la Folle; Charles-Quint , le père de Philippe H le parricide.
A Naples, les enfants de rois sont encore pires. On tombe des Conrad dans les Mainfroi; des Charles d'Anjou, frère de Saint-Louis, dans les J annes horribles.
En Portugal , Jean ]er. surnommé le Père de la Patrie , bâtard de Pierre le Cruel , laisse un Edouard inconnu ; Alphonse V, un Jean surnommé le Sévère , ou leCruel; Emmanuel le Grandy Jean IH;et enfin le duc deBragance, surnommé le Fortuné son fils, déposé pour son incapacité.
LA GRAISDE APOSTASIE
qui ie séparent d'Henri IV le firent encore regretter. Henri lé Grand, ou plutôt Henri IV,
Le seul roi dont le peuple ait gardé la mémoire,
n'eut qu'un fils, qui, sous le nom de Louis te Juste, passa son règne à faire la guerre à sa mère, et à laisser exécuter les grands par ses commissaires , c'est-à-dire par ses Richelieu. Et Louis XIII, qui méritait mieux d'être appelé Louis le chaste que Louis le Juste, laissa à son tour un autre enfant unique, qui devait, jusque dans sa vieillesse, scandaliser la France en-, core mieux que François F" -, qui ne fut appelé le Grand que par les gens de lettres qu'il avait rentés ; et qui livra la France pour la finir aux pires des princes du saJig et des rois: les roues d'Orléans !
Et en France, mieux encore qu'ailleurs, le roi ou le fils du roi chassé, lorsqu'il est à l'état de prétendant , est le pire des rois ou des héritiers de rois : car il est la visible ou la secrète cause, l'instigateur, le complice, l'auteur même, et seul, de toutes les prétentions, de toutes les espérances, de toutes les impatiences, et, à la fin, de toutes les insurrections secondaires-. et par conséquent de toutes les républiques; et surtout des violences et même des vengeances anticipées de leur terreur .
Sans l'indigne, Torgueilleux, l'aspirant, et l'apparemment perfide, frère aîné de Louis XVI, Paris n'eût jamais eu de Vhili^^e-Egatité ; sans le lâche et faux régicide d'Orléans, la France n'eût jamais eu de régicides vrais comme Maximilien Robespierre. — Et sans les deux branches desCapets, fugitives et courantes de cours en cours, cherchant, comme autrefois le dynastique Annibal, par tout le monde, et à tout prix, des ennemis, tour à tour aux Romains de la Constituante, de la Législative, de la Convention, du Directoire, les plus purs sangs de la France et de l'Europe (ceux qui se dévouent où qu'on dévoue), n'eurent pas coulé à flots, durant cinquante années, sur les champs de bataille, quand ce n'était pas sur les échafauds et jusque dans les temples du Dieu non sanglant !
Comme de nos jours, sans les doubles prétendants de la branche aînée et de la branche cadette des Bourbons; sans les triples et multiples prétendants de toutes les branches de Bonaparte, vous ne verriez point, ce que vous voyez déjà, la France aristocratique divisée en autant de grands partis qu'il y a de grands prétendants ; et la nombreuse France républicaine, en autant de grandes fractions qu'il y a de démocrates fameux ; et vous ne seriez pas tous les jours à la^ veille ou au lendemain d'une révolution.
Ainsi, la nature intime de la royauté est si malfaisante, aujourd'hui surtout, qu'on ne sait en vérité si elle fait plus de
DANS LE LIEU SAINT
mal, à elle et à tous, par sa présence que par son absenœ. Elle triomphe à le faire... par 'procureurs.
En ce sens, les procureurs des i^ois et les procureurs généraux par excellence, font les grands propriétaires et leurs journaux: car les journaux, en général, même à présent qu'ils sont nombreux et à vil prix, sont encore à l'usage des propinétaires exclusivement.
Lesgrands journaux anciens de Paris ;il yen al 2 ou i 3, c'està-dire, en dernière analyse, 12 ou 1 3 hommes.... et la plupart quels ! ) les directeurs vrais de tov^ les autres, sontle domaine de la grande et même de la moyenne propriété ; ils sont surtout le domaine de la royauté, ou des prétentions de royauté , lesquelles supposent toujours les plus grandes richesses.
Ils ne sont pas seulement le domaine, et, on peut le dire, l'apanage de la royauté, ils en sont encore les flatteurs et les esclaves. Vous les voyez (nous l'avons dit ailleurs), depuis bientôt cinquante années, les vrais Électeurs, les vrais Ministres, les vrais Députés ou Pairs, des branches aînée ou cadette. — Aujourd'hui, les vrais Représentants vrais Gouvernements provisoires, les vrais Chefs du pouvoir exécutif, les vrais présidents de la République de la France. — En possession, par eux ou les leurs, et par leurs flatteurs, exclusivement, avec la presse, le premier des ministères : — de toutes les places ; — de toutes les positions; — de tous les honneurs; — et, par conséquent, de l'énorme Trésor public , la plus grande, et la seule vraiment odieuse des Propriétés, car elle est quasi toute aux hommes publics^ et les pauvres inconnus n'y sont guère que pour mémoire.
Lorsque les douze ne sont pas les ministres et les favoris des rois, ils en sont les maîtres et les faiseurs. Seuls puissants de toutes les époques.
Et par conséquent, seuls causes de tous les abaissements et de tous les malheurs du pays.
Les derniers crimes enfin des rois, les plus anti-sociaux, et les plus inhumains de tous.
Si encore la royauté n'était tant d'abus et d'énormités que pour ou contre elle exclusivement! Mais (et cela réfute assez bien la seule raison sérieuse qu'on donne de la monarchie, et la seule objection faite à la république), voilà précisément que, si elle a un caractère propre, c'est celui de faire à l'infini des royautés, des principautés, des duchés, des marquisats et des comtés, àe?>noblesses, et par conséquent des orgueils et des primautés à sa ressemblance. En telle sorte, que les grands dignitaires les plus près du roi, et surtout s'ils sont prélats (Richelieu et Mazarin , par exemple) ne sont que les plus aveuglément dévoués et les plus serfs du roi ; les dignitaires du second ordre , les plus esclaves de ceux du premier. Et
ainsi de suite, de fil en aiguille^ jusqu'au dernier juge ou maire de village, qui se venge, on peut le dire, sur le dernier pauvre, de l'orgueil de son préfet ou du pédantisme de son procureur du roi.
En conséquence, ce n'est point 30 millions de citoyens qu'il y a dans telle monarchie absolue, ce n'est pas même 30 millions de sujets^ c'est encore moins 30 millions d'âmes pures et simples; c'est, à la lettre, tantôt 30 millions dV«ne5 damnées àw. prince , et tantôt 30 millions de petits rois absolus les uns des autres. Il ne saurait y en avoir plus (*), et y avoir pis, dans la plus mauvaise des républiques
(*) L'histoire entière est là, encore mieux que les passions de La Yicomterie, pour faire contraster la supériorité, toutes choses égales, des crimes des papes-rois, et des rois (le plus souvent ;?a;?ej), sur les crimes des républicains. Les premiers sont plutôt réfléchis et délibérés. C'est la Saint-Bartlielemi, par exemple. Ce sont encore les Vêpres siciliennes. Les autres sont plutôt de l'indignation et de Ja vengeance. Quand l'attentat est judiciaire et solennel, il est plutôt républicain : le jugement de Louis XVI et celui de Philippe d'Orléans. Les exécrahlGS jugements et morts par Commissaires, appartiennent presque tous à la royauté ou jà l'Empire (Bonaparte), et même au sacerdoce. (Le cardinal de Richelieu est riche de cette couleur et prince du sang par excellence).
Le républicain n'est jamais ronge que le monarque ne lui ait mis le poignard à la main... C'est le dernier Tarquin apparemment qui fit Brutus l'ancien, et le premier César (c'est-à-dire le mari de toutes les femmes et l'homme de tous les maris qui fit le dernier Brutus. Et, de nos jours même, la Terreur de la réaction des Bouille, etc., bien autrement que la justice des Gara% a fait nos septembre : Sicut rugitus Leonis, ità et terror régis. Prov. xxii, 2.
Mais il y a une autre nature de crimes, bien autrement effroyable et funeste, parce qu'elle est plus hypocrite et moins connue (elle est quasi consciencieuse!) Nous voulons parler des guerres. C'est par elles que, dans les siècles les plus pacifiques, les peuples et les familles sont, à la lettre, décimés. Et qui oserait nier, sans nier l'histoire des rois, écrite même dans les cours, qu'ici les rois soient les coupables ou les complices exclusivement?
Quanta la corruption, elle est tellement propre à la monarchie, que Montesquieu lui-même, courtisan et pensionné du Régent et de la Pompadour, en fait, sous le nom d'honneur, le principe même de cette nature de gouvernement. Les savants savent qu'il y avait autant de foi et de grandeur dans les anciennes républiques de la Sparte de Lycurgue, et mêmede l'Aihènesde Solon,dans larépublique romaine des Fabricius et des Ginoinnatus, qu'il y eut d'incrédulité, de lâcheté, de cruauté dans la royauté des Philippes de Macédoine , et dans l'empire des Crassus et des Lucullus, des Pompée et des Octave ; autant d'héroïsme dans les républiques italiennes du moyen âge, que de volupté dans les duchés qui les ont remplacées. — Et tout le monde sait encore mieux qu'il y a plus de fidélité catholique dans les petits, et même dans les grandes démocraties d'Amérique (/a i^publigue du Paraguay, admirée par Montesquieu lui-même, fut longtemps une sorte de paradis sur la terre), qu'il n'y en a guère en Italie, en Espagne, en France ; plus, en Autriche et en Prus'^e ; et point en Russie; et que les cantons cal vinistes de la Suisse pauvre, sont autant catholiques, par inconséquence, que les cités de Turin, de Gènes, de Milan, de Florence, de Naples, et surtout de Rome, sont protestantes, à force de libertinage et de cupidité.
El il y a aussi dans les premières autant de paix, autant de joies de famille et de villages, que de troubles et d'ennuis dans les autres. « A Copet, nous rions, disait >lme ISecker; à Paris, nous pouvons à peine sourire. » — Je ne sache pas d'éloge plus vrai de Genève que « Il y a des tempêtes dans ce verre d'eau >», de Voltaire,
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La monarchie est, en effet , la pire de toutes les républiques, la déguisée et l'hypocrite.
Impuissants à faire aucune sorte de bien vrai, à prévenir aucun mal considérable, les rois n'ont guère que le mal en leur puissance.
Le pouvoir politique, OMld^royauté^ orgueil incarné; Xd^propriéte, avarice incarnée, causes premières de la Luxure, etc., et de toutes les sortes de luxe, fléaux par excellence, suscitent, rendent nécessaires tous les autres fléaux : les procès , pires que les duels; Id. justice, pire que les procès; les armées, pires que les guerres; les monopotes, les enrichissements, pires que le Yol; le luxe, pire que la misère ; la souffrance universelle, pire que le choléra; et finalement les schismes, pires que les philosophies ; le faux christianisme, pire que le judaïsme ; le sacerdoce salarié, ou indifférent, pire que l'apostat ; la papauté reine, pire peutr-ètre que la papauté libertine ; et la paix, pire que les révolutions.
A toutes ces lois, et à tous ces faits, on est rigoureusement amené à dire que les plus larges républiques, ne faisant que rendre les amas d'or et d'orgueils plus difficiles, et même impossibles, seraient véritablement les meilleures , si elles étaient sérieuses.— Les républiques d'Amérique elles-mêmes, ne sont guère que des monarchies anglaises retournées. En France, la république de 1848-30 estencore mieux un royaume (il n'est pas même déguisé) qui attend des rois, lesquels seront déguisés comme elle. Et l'Esprit- Saint l'a caractérisée, et
pour se venger d'un pays qui n'adorait point h Ferney V adorateur delà Pompadour d'un roi ; et qu'on ne pourrait pas dire de la répiihliqxie de Saint-Marin^ le pUis ravissant point de vue et le lieu le plus pacifique de toute l'Italie-
(') C'était dans le sentiment de quelques-unes seulement de nos grandes vérités et de nos grands faits d'histoire, que le plus grand homme assurément et le plus autorisé de l'Église catholique... Pie Vll enfin (que Pie IX l'a nommé son zmmor^eZ /7afron, n'a pas craint de composer et de publierez Cathedra, la plus remarquable apologie qui puisse se concevoir d'une république, même sociale.
v Gmelia del cittadino cardinale Chiaramonti , vescovo d'Imola, ora sonwio pontefice Pio FII, diretta al popolo délia sua diocèse, nella repiihlica Cisalpina, nel (jiorno del santissimo natale, Vanna 1795. — Homélie du citoyen cardinal Chiaramonti, éuêque d'Imola, actuellement souverain pontife Pie Fil, adressée au peuple de son diocèse, dans la république Cisalpine, le jour de la naissance de J.'C., Van 1795. Imola, de l'imprimerie de la nation, an vi de la liberté ; — réimprimé à Come, chez Charles-Antoine Ostinelli, an viii: — trad. en français, par M. Grégoire, ancien évêque de Blois.. Paris, Egron, 1814; in-8, (première édition française); — troisième édition, avec le texte italien en regard, Paris Baudoin frères, 1818; in-8.
« Sur la traduction française, une en allemand parut à Sulzbach ; une en anglais, à Philadelphie, l'an 1817; et, en 1820, une nouvelle traduction en cette langue, a été insérée dans V Orthodox Journal, — A l'édition anglaise de Philadelphie, fut jointe, en regard, une traduction espagnole, par M. Roscio, citoyen de Venezuela, avec une préface. Une autre traduction espagnole de l'Homélie a été publiée à Madrid, en 1820, avec des notes, par D. Rodriguez Buron. » (V. la Biographie de Pie VII, par M. Mahul... qui fut depuis le plus fameux et le plus fâcheux préfet de Louis-Philippe).
même nommée , dès il y a 4000 ans : Idolorum poientise cleptitantes volunt... claudere ora laudantium te, Domine.., ut preedicent carnalem regem. Ester. XIY.
S m Des malédictions des envahissements du sacerdoce ]iisqu à Jésus-Christ.
Si elle est la royauté ordinaire (*) quelle ne doit pas être l'anormale, l'étrange, la pontificale, la religieuse ?... c'est-àdire toujours la contradictoire, et souvent l'hypocrite ! car la religion n'est que la raison, et la royauté est la force ; la première est toujours la paix ; la seconde est au besoin la guerre.
La religion est la petite part, et même la moindre, ou la nulle; et la royauté est de prime abord, la part grande, et souvent la part du lion.
C'est à la papauté-royauté, plus particulièrement, qu'irest départi, par la nature même des choses, c'est-à-dire par Dieu lui-même, de produire les vocations sacerdotales intéressées ; le sacerdoce, plus intéressé encore ^ les hérésies, pires que le libertinage; et, à la fin, la Grande Apostasie, pire que toutes les hérésies, et tous les crimes.
Etcommela rehgion en tout, et ici surtout, précède toujours la politique, c'est à la papauté royale seule qu'il est donné, dans le principe, de cumuler les deux puissances; puis, d'instituer la seconde sur une seconde tête (Saiil , pontife et roi, fit le premier roi) ; de susciter, d'exciter, de confirmer, d'exagérer, et d'immortaliser les abus delà royauté et de la propriété ordinaires. L'une est à l'autre, selon la comparaison d'Isaïe, ce que le serpent est au basilic (le nom même des rois): de radice colubri egrediluî' regulus. XIV, 29.
Les prêtres et les rois ne difierent guère que du plus au moins. Et c'est la raison du sacre des uns et des autres, et des empiétements perpétuels des uns sur les autres; et aussi de leurs intelligences et de leurs conjurations contre les peuples. Selon ces paroles énergiques du prophète par excellence: Reges terrœ cùm illâ (Babylone magna) fornicati sunt. Apog.XYIII, 3.
Et Dieu dit aux uns comme aux autres: Audite hoc sacerdotes ; et Domus régis auscuitatCy quia vobisjudicium est. Osée, VL Et avantOsée, Job glorifie le Dieu qui dit au roi : apostat ! et nomme les chefs des peuples : impies ! qui dicit i^egi apostata ; qui vocat duces impios, XXXIV, 18 ; le Dieu qui renie le tyran , l'ennemi du pauvre : nec cognovit tyrannum^ cum diseeptaret contra pauperem; et le destine à une fin prématurée *. subito
(*) L'Evêqiie courtisan du Tillet l'a prouvé, en voulant ou paraissant te nier, dans ses Actions des Pontifes comparées a ctUes des Princes .. paient.
r>À^'S LE LIEU SÀÎIST.
mori>?î/2/r. Plus profond encore, Ezéchiel, donne aux mauvais rois, le nom même du démon : Dragons. XXIX, 3.
La royauté et la richesse [rex^ riche, et même rouge sont radicalement synonymes) ; et les riches mêmes, plus orgueilleux que les roi5, se sont crus et sont appelés comme Di^î^j?^ divites) : les riches surtout, lorsqu'ils sont appelés à la pauvreté par le sacerdoce, étant des cinmes primitifs, et même continués, doivent être, et sont en effet des 'peines, et, comme nous disons sans le savoir, des triples charges, d'esprit, de cœur, et de corps; mais aussi, et principalement, à^s charges d'âmes, comme on dit encore,sans y penser assez !
Ce senties malheurs, quand ce ne sont pas les crimes, du monde, les crimes par excellence de lèze-hommes, delèze-nations, delèze-Dieu, les seules majestés. Si Dieu a eu quelque chose en horreur après l'enfer, c'est cela.
Les prêtres et les lévites, les décimateurs {q\ii semblent avoir donné leur nom à la tyrannie, et même à la cruauté) furent incessamment, et plus coupables, et iplus tourmentés.
Dieu les avait prédestinés au malheur et au châtiment, par ce qu'il les avait prévus au péché à priori. Ecoutons, tour à tour, leur père, et leur patriarche Jacob ; et leur législateur Moïse, dansleurs revues prophétiques des douze. Et d'abord, la souche sacerdotale était divisée en deux [Simcon etLévi), comme pour indiquer sa division spirituelle. Ensuite, elle sortait d'une seconde femme (*) (Lia). « Siméon et Lévi^ frères cadets de Ruben, instruments de carnage et de destruction, iievoiii divisés ei dispersés. » (Ce sont, en effet, les deux r^mplacés par deux autres /rère^, enfants de Joseph : Ephraïm et Manassé, )
Et Moïse, admirable commentateur de la Genèse dans la Genèse, et assez bonjuge en cette matière, car il était de la tribu de Lévi, dit : « Les mam5 de Juda combattront pour Israël : » (Moïse met en première ligne, à la place de la tribu de Siméon et Lévi perverties, celle du Juda, que Jacob avait semblé ne mettre que la troisième). « Lévi, à mon Dieu, offrira de l'encens dans votre fureur ; que ceux qui te haïront, tombent sans pouvoir se relever : » trait éminemment prophétique de la haine immortelle du prêtre; mais aussi de ses duretés de cœur, et trop souvent de ses indifférences et de son incrédulité coupables : Aaron, et même Moïse, frères, de la tribu de Lévi, eux-mêmés accablés de miracles 'publics et personnels , reculèrent devant la /bi de la terre promise; et ils méritèrent de mourir à sa porte.
Ce fut, on peut le dire, en expiation du péché originel du léviiisme^ que fut suscité le dernier et le premier Lévite par
(•) Les deux bien- aimés et heureux, Joseph et Benjamin, furent les seuls enfants de la première femme véritable ; Rachel,
excellence : saint Jean- Baptiste^ lequel était de la famille d'Aaron,
Lorsqu'Aaron est fait grand-prêtre, il est dit au consécrateur : t Vous lui attacherez la lame à la tiare^ pour la porter au front; et il portera dès-lors toutes les iniquités d'Israël... Ligabis laminam et erit super tiaram , imminens fronti pontificis. Portabîlque Aaromniquitates eoriim. Exod. XXVIII, 37, 38; XXIX, 6.
Toute l'histoire^ de Juda et d'Israël , et surtout dans les Prophètes, est pleine du type et de l'application de la loi divine de la toute-puissance exclusive du plus grand prêtre pjour le bien et pour le mal ; et de sa plus grande disposition libre pour celui-ci que pour l'autre ; mais aussi de la plus grande malédiction de Dieu.
Le plus grand des seize prophètes , parce qu'il est plus particulièrement l'historien de tout ce qui Favait précédé, et le prophète de tout ce qui devait le suivre, Ézéchiel, dit aux prêtres de la race de Lévi (hormis à ceux de Sadoc), ce5 paroles terribles : « Ils porteront la peine de leur iniquité; ils ne seront plus que les portiers du temple : Janitores portarum. Ils égorgeront pour le peuple les bêtes des sacrifices. Oui , parce qu'ils sont devenus pour mon peuple une occasion de crime : in offendiculum iniquitatis, j'ai juré contre eux qu'ils n'approcheront point de moi comme prêtres. Je les destine à faire dans mon temple les services les plus bas: m omni ministerio . LXIV, ^1-14.
S' élevant plus haut, et particularisant mieux , Ezéchiel figure, caractérise, et maudit visiblement le prêtre mondain , l'évêque-prince et le Pape-roi , dans sa parabole du roi de Tyr. Les formes et les paroles de l'ancien prophète sont tellement sacramentelles, qu'elles sont visiblement le type de celles du nouveau. La chute du roi de Tyr dans le 28^ Chap. d'Ezéchiel, et la condamnation de Babylone au 18« de saint Jean , sont toute une. Confrontez. Le roi et la ville sont encore plus religieux qu'ils ne sont politiques.
Un roi ordinaire ne dirait jamais : « Je suis Dieu, et je suis assis sur la chaire de Dieu au milieu de la mer (la mer est toujours la figure du monde ; et le roi des navires représente assez bien le maître des barques et des pêcheurs.)... Dev^ ego sum^ et in cathedrâ Dei sedi in medio maris. Et Dieu ne dirait jamais à son prophète de dire à un roi comme il y en a tant: «Vous étiez le sceau de ma ressemblance: Tu signaculum similitudinis ; plenus sapientiâ , etc. 4 2. Vous avez été dans les délices du paradis de Dieu; votre vêtement était enrichi de toutes les sortes de pierres précieuses, etc. Vous étiez ce chérubin qui étendiez vos ailes , et qui protégiez les autres. Je vous ai établi sur la montagne sainte de Dieu : Tu cherub
DàKS le lieu SAÎiST.
extentus, et protegens^ et posiii te in monte sancto Dei. 4 4 Vous avez violé votre sainteté par la multitude de vos iniquités : In iniquitate negotiationis tuœ poUuisti sanctificationem tiiam, 4 8. Je ferai sortir du milieu de vous un feu qui vous dévorera , et tous les peuples en seront frappés d'étonnément : Omnes qui viderint te in Gentibus obstupescent supeî^ te : niliiti factus es. 1 9.
Mais , comme la vérité , ici , est immense , et que , sur elle devait reposer, on peut le dire , toute la théologie , toute i'église, et tout le monde , l'Esprit-Saint a donné à tous les autres prophètes, sans exception, aussi bien qu'à Ezéchiel, la mission de la dire , de toutes les façons.
Isaïe montre le sacerdoce roi maudit , et dans le roi de Tyr l'chap. XXIII); et surtout dans le Sobna Préfet du Temple, habitant dans le tabernacle , et s' élevant un palais sur un lieu élevé : Qui habitat in tabernacido, . . prœpositwn Templi,. . Excidisti in excelso, etc., XXII. io-16. Et la honte de la maison du Seigneur : Ignominia domiis Domini, 18. Il le montre transporté comme un Coq , couronné de maux , déposé ; et sa tunique , sa puissance , et ses clefs passant à un autre , qui sera le père de la cité sainte: De ministerio tuo deponam te. 4 9. Induam Eliacim tunicâ tuâ , et potestatem tuam dabo in manu ejus; et erit quasi pater babitantibus Jérusalem, Et dabo clavetn, etc. 20-22.
Isaïe annonce encore la royauté du prêtre et sa chute dans son chapitre (le XXYIII^ ) de: Malheur à la couronne d'orgueil ! et à ceux qui habitent au haut de la vallée grasse . Vce coronœ superbiœl ebriis Ephraïm , qui erant in vertice vallis pinguissimse ; au prêtre et au prophète sans connaissance dans l'ivresse qui les possède ; qui n'ont connu ni la prophétie , ni la justice ; et dont les tables et les maisons regorgent de luxe : Sacerdos et propheta nescierunt prse ebrietate, nescierunt videntem , ignoraverunt judicium. Omnes enim mensae repleta3 sunt vomitu. etc.. 7-8.
Jérémie est ici plus énergique encore , et surtout plus persévérant qu'Isaïe: caria Jérusalem, qui lui fait en un sens plus d'horreur que Babylone , c'est le sacerdoce tout entier perverti . «Les pasteurs ont été les premiers violateurs de mes commandements :les prophètes ont prophétisé au nom de Baal. C'est pourquoi j'entrerai en jugement avec vous , dit le Seigneur : Et tenentes legem nescierunt me, etpastores prœvaricati sunt in me : et prophetœ prophetaverunt in Baal. Proptereajudicio contendam vobiscum, inquitDominus. II , 8,9. » Tous les prêtres s'étudient àl'avarice, depuis le prophète jusqu'au prêtre tous ne pensent qu'à tromper : A minore usque ad majorem omnes avaritiae student : et a prophetà usque ad sacerdotem cuncti faciunt dolum. VI, 4 3.
La GKàNBE APOSTA^iË
Les princes ne sont que de l'airain et du fer, et ils se sont corrompus : 0/?i?2e^ principes ambulantes fraudulenter,
et ferrum : universi corrupti sunt. 28.
Et de ces paroles , les chapitres VIII , IX , XII , XXIII, etc., plus particulièrement, sont autant de commentaires terribles !
Daniel , plus historique , annonce et dénonce expressément le Pape-roi , à la fois , et dans la petite corne devenue grande contre le midi , contre l'orient , et contre toute puissance : CornuxinummodicuTn : est factum est grande contra meridiem, et contra orîentem, et contra fortitudinem. VIII, 9;— et dans cette puissance à laquelle il sera donné de faire comme cesser le sacrifice perpétuel à cause des péchés des hommes : Robur datum est ei contra juge sacrificium propter peccata ; et qui fera tout, et réussira en tout : etfaciet et prosperabitur. 12 ;
— et dans ce souverain qui aura l'impudence au front et V intelligence des affaires , et dont la puissance sera plutôt dans les autres qu'en lui-même : Et post regnum eorum , cum creverint iniquitates , consurget rex impudens facie , et inteliigens propositiones. Et roborabitur fortitudo ejus , sed non in viribus suis.'l'^^ 4.
Les petits prophètes , aussi grands que les autres , expriment aussi bien la papauté-reine et ses malheurs :
Osée la présente, tantôt sous la figure de la prostituée Gomer, et de son bâtard Jézrael ; de sa bâtarde : Lo-Rucama ; et de son bâtard : Lo-Ammi : ou ISon mon peuple : (Chap. 4 .)
— Et tantôt , vSous la figure des Ephraïms , les adorateurs des veaux dor..,, et dont le Seigneur dit : « Je serai pour eux comme un léopard sur le chemin de l'Assyrie, etc., Qu'est devenu votî^e roi'i Qu'il vous sauve maintenant avec vos villes et vos ministres ! car vous avez dit : Donnez-moi un roi et des princes ; Vbi est rex tuus'i Maximè nunc salvet te in omnibus urbibus et judices tui , de quibus dixisti : Da mihi regemet principes, XIII, 7, etc. Je vous ai donné un roi dans ma fureur, et je vous l'ôterai dans ma colère: Dabo tibi regem in fvrore meo , et auferam in indignatione meâ... « l'Iniquité d'Ephraïm est organisée , et son péché est un péché mystérieux : Colligata est iniquitas Ephraïm , absconditum peccatum ejus. XIII.
Le Dieu d'Amos maudit le Pharisien de Damas : Et couteramvectem Damasci. Et il exterminera [ex^ves^ion de Saci) l'habitant du champ de l'idole : Et disperdam habitatorem de cumpo idoli (on dirait le champ d'huile et le Capitoiel ) Et celui qui tient le sceptre du dôme du monde : Et tenentem sceptiiÂm de dorno^ etc. I, 5. Et les enfants d'Ammon qui se sont sacrifiés. Les enfants, etpar conséquent les mères, deGrtlaad (on dirait les derniers Gaulois du dernier Capitole). Eo quod dissecuerit prœgnantes Galaad ad dilatandum terminum suum. 43...
ÎDANS LE LIEU SAIÎST.
Àmos annonce encore, pour les maudire, les grands de Sion, qui mettent leur confiance dans la montagne de Samarie, et qui entrent avec pompe dans la maison d'Israël: Optimates capita populorum, ingredienies pompaticè domum Israël. VI, i ; lesquels ont auprès d'eux un trône d'iniquité, dorment sur des lits d'ivoire, etc., et mangent l'agneau : Qui appropinquatissolio iniquitatis; qui dormitis in lectis eburneis, et lascivitis in stratis vestris ; qui comeditis agnum, 4; qui chantez les Psaumes de David : Qui canitis ad vocem psalterii; sicut David putaverunt se habere vasa cantici. 5; qui êtes insensibles à l'affliction de Joseph: Et nihil patiebantur super contritione Joseph. o....Je déteste, ditle Seigneur, l'orgueil de Jacob, et ses palais: Detestor ego superbiam Jacob, et domos ejus odi. — 8 ; et il répondit: Cet ordre de choses est fini: car il a donné ses ordres, et il ruinera la maison la plus grande , et ébranlera la plus petite : Et respondebit : Finis
est Ecce dominus mandabit, et percutiet domum majo-
rem ruinis, et domum minorem scissionibus. \ 1 , 1 2.
Zacharie, plus prophète encore de la Grande Apostasie, la décrit tour à tour, d'abord, dans la chute des cèdres, aux cris des chênes de Basan, et des ^apm^fragiles : cecidit cedriis, etc. XI, 2 ; aux cris surtout àes Pasteurs , dont la magnificence vient d'être dévastée: Vox ululatus pastorum , quia vastata et magnificentia eorum. 3. Car ils vendaient les brebis d'occision, en disant: Béni soit le Seigneur, nous sommes devenus riches: Et vendebant ea, dicentes: Benedictus Dominus, tes facti sumus. 4. 5. Et voilà que je les livre entre les mains de leur Roi : Ecce ego tradam in manu Régis sui. 6. Et je vous paîtrai moi-même. Pauvres de mon troupeau: Et pascam pecus occisionis propter hoc, ô paiiperes gregis, 7.
On lit dans Zacharie l'histoire avant coup, abrégée, mais sublime, de nos milliers de pasteurs nouveaux, qui, au lieu de donner à Dieu, se donnent à euxles brebis les plus grasses, sans excepter celle que Judas, tout apôtre qu'il était, livra pour,trente pièces d'argent: Etappenderunt mercedem meam triginta argentées Et carnes pinguium comedet, XI, 16.
Mais Zacharie avait la mission, plus grande encore, de peindre, et de la façon à la fois la plus typique, la plus énergique, la plus perso'nnifiée même, toute la papauté, sa décadence, et sa transformation, depuis Je^z^^ jusqu'à saint Pz^rr^, et depuis saint Pierre jusqu'à Pie IX: « Et le Seigneur me montra le grand-prêtre Jésus, debout devant l'ange de Dieu à sa gauche, et Sataii à sa droite pour lui livrer combat: » Et ostendit mihi Dominus Jesum Sacerdotem Magnum stantem coram angelo Domini : et Satan stabat a dextris ejus ut adversaretur ei. III, 1 . Et le grand-prêtre était couvert de vêtements sales : Et erat indutus vestibus sordidis, 3. Et l'ange dit
50 LA GRAî^DE APOSTASIE
à ceux qui étaient debout devant lui : « Otez lui ses vêtements sales, » et au grand-prêtre : Je vous ai dépouillé de votre iniquité (il était donc couvert d'iniquités l) , et j'ai changé votre vêtement. 4. Et il dit: Placez-lui... (selon Sacy une tiare!) sur îatête: Et dixit iPonite cidarim mundam super caput ejus. Et l'ange contestait avec le pontife, en disant: Voici ce que dit le Seigneur des armées : « Si vous marchez dans mes voies vous aussi vous serez le juge de ma maison, etc. : >» Et contestabatur angélus. 6. Heec dicit Dominus exercituum : Si in viis meis ambulaveris , et custodiam rneam custodieris. 7. Ecoutez grand-prêtre, vous et tes vôtres, parce qu'ils sont destinés à être LA FIGURE DE F AVENIR: Voici que je vais appeler mon serviteur Orient : Tu et amici tui, qui habitant coram te , QUIA VIRI PORTENDENTES SUNT. Ecce enim ego adducam servnm meum Orientem. 8. Car voici la pierre à sept yeux que j'ai donnée devant le grand-prètre : je la taillerai moi-même, dit le Seigneur, et j'effacerai en un jour l'iniquité de cette terre (ce mot terrœ illius a des sens profonds) : Et auferam iniquitatem terrée illius in die unâ. 9.
(Et c'est après cela que Zacharie décrit successivement le chandelier d'or à sept lampes, portant deux oliviers que l'Apocalypse nomme les deux témoins du Seigneur; et le livre volant destiné à répandre Terreur sur toute la face de la terre ; et les quatre chariots correspondants aux quatre bêtes de l'Apocalypse : le premier, à chevaux rowo;; le second, à chevaux noirs allant à l'aquilon; le troisième, à blancs; le quatrième, à tachetés et vigoureux, allant au midi).
Et Zacharie termine son 4 4^ et dernier chapitre par ces paroles superbes: « Et alors il n'y aura plus marchand dans la maison du Seigneur des armées: Et non erit mercator ultrà in domo Domini exercituum.
Et le dernier des prophètes, à plusieurs égards le plus important, Malachie (.... VAnge malédicteur et salutaire du Seigneîi7^)/seïnb\e n'avoir pour mission (et saint Jérôme le déelare) que la flétrissure du sacerdoce qui allait finir, et l'effroi, et par conséquent aussi la flétrissure, de celui qui devait le remplacer. Il annonce les apostats sous la peau d'Esaii; et tout d'abord leur fin : Et posui montes ejus in solitudinem , et hEereditatem ejus in Dracones deserti. 1,3. — Leur pire péché consiste à paraître se plaindre à la société de l'indifférence religieuse qu'ils ont seuls causée : « Ils demandaient en quoi ils avaient déshonoré la table du Seigneur? In quo polluimus te? in eo quod dicitis : Mensa Domini despecta est. 7.
« Vous ne m'offrez que des hosties malades ; et encore
sont-elles le fruit de votre cupidité : Et intulistis de rapinis claudum. 13 , etc. » — « Prêtres, si vous ne voulez pas m'écouter, dit le Seigneur des armées, je vous enverrai l'indi-
DÀKS LE LIEU SAINT. 81
gence forcée, au lieu delà pauvreté volontaire; je maudirai vos bénédictions ; je vous jetterai au nez la houe de vos sacrifices : 0 sacerdotes, si nolueritis audire... Mittam in vos egestatem, et maledicam benedictionibus vestris. Ecce ego disperdam super vultum vestrum stercus solemnitatum vestrarum, etc. II, 4-3. » — Et enfin : «Mon Ange purifiera , comme l'argent au feu, les fils de Lévi : Et purgabit filios Levi, et colabit eos quasi aurum. III, 3. » — Eii quoi , diront-ils, avons-nous péché? — dans les Dîmes : In quo configimus te ? In clecimis, 8.
Les Machahées eux - mêmes flétrissent les apostats contemporains et futurs, dans la fin tragique de tous les Antîochus ; ^ — du Grand -Prêtre Alcime , le destructeur du temple et de l'Ecriture. IX, 54; — de Simon, le prince des prêtres et le prétendu souverain pontife éternel ; Summum sacerdotem in cBternum. XIV, 35, 41. Riche et enrichissant beau-père d'un gendre qui voulait être roi, et dont il est dit : Et habebat argentum et aurum muttum. Erat enim gêner summi sacerdotis. Etexaltatum est cor ejus etvolebat obtinere regionem. XVI, 4 i-1 3. — Le Simon, non-seulement richissime : Et vidit gloriam Simcnis , et claritatem in auro et argento, et obstupuit. XV, 32 ; mais encore ivrogne : Et cùm inebriatus esset Simon, et filii ejus. 16. Et, en cet état, et à cette faveur, massacrés tous ensemble par le gendre !
Et puis, car la Grande Prêtrise n'en finit pas de ses destinées d'apostasie et de damnation , après Simon ^ c'est un Jason, achetant la grande sacrificature au prix d'environ six cents talents d'argent, etc. Liv. II, ch. IV, 8, 9. Aprês/aso?z, un premier ministre de Séîeucus, homme doré par excellence, Iléliodore, tombé mort dans le temple où il aUait prendre For. Liv. II, ch. III, 27. Et, en définitive, un aspirant à être Grand-Prêtre par surcroît, Nicanor , disant, nouvel Antioc Mis-Dieu : « Et moi aussi, je suis puissant sur la terre : Et ego potens sum super terram. XV, 5.
Et le meilleur juge àe\d.Boyauté, le Propliète-Roi, c'est-à-dire le Prophète quoique Roi, David, a consacré, précisément ses premiers chants, à flétrir tous les ensemble, comm.e les causes des révolutions des peuples; et les derniers, à les enchaîner : Quare fremuerunt gentes?... Astiterunt Reges terrce, et principes in unum, adversùs Dominion et adversm Cliristum ejus..,, — Et gladii a!ligandos reges! ! !
Le Sage, roi aussi, Salomon, a fait, dans son premier ouvrage, les Proverbes, et en quatre versets, l'histoire et la destinée des rois , les premiers apostats laïques : « L'homme apostat , c'est l'homme vain par excellence ; il se montre , il avance avec une bouche corrompue; ses yeux appellent; il écrase de son pied; il parle de son doigt; il organise le
mal ; il divise pour régner. Mais sa fin viendra tout d'au coup: Homo apostata , vir inutilis; graditur ore perverso ; annuit oculis, terit pede, digito loquitur ; machinatur malum; et omni tempore jurgia seminat. VI, 12.
Et le même Sage, et dans sa Sagesse même, était chargé de prophétiser sa terrible destinée de double Roi, et celle de tous les Rois, et surtout des doubles Rois ses successeurs, dans ces terribles paroles, à jamais fameuses : les Rois, royalement coupables, seront tourmentés royalement : Audi te ergô, Reges, et intelligite... Horrendè et citô apparebit vobis : quoniam judicium durissimum his, qui prsesunt, fiet. Exiguo conceditUF misericordia • Potentes autem Potenter tormenta patientur. Vï, 6, 7.
Le Nouveau Testament, si supérieur à l'Ancien ; et l'Apocalypse, la dernière parole, et par conséquent la plus sublime de l'Evangile , semblent n'avoir de Malheurs et de Yœ que contre les princes : Vce duces cœci ! XXIII, i6. — Saint Jean caractérise et flétrit d'un mot, non-seulement la royauté, mais les Rois, en les confondant avec la Grande Babylone et la Grande Prostituée; et même avec les démons : Spiritus démonîorum. XVI, 14 ; avec le Dragon, avec la Bête , etc., en les mettant à leur suite, afin de les châtier (parce qu'ils ont combattu contre Dieu : Cum quâ fornicati sunt, reges terrae, etc. XVII, 2; XVIII, 3.) ensemble : Et y'\à\ Bestiam et Reges terrœ, etc. XIX, i9.
Par les plus illustres Rois, apprenez à les connaître tous! A tel ou tel (c'est-à-dire à Louis XVI, ou à un miracle) près, un Roi bien organisé n'est guère humble que par orgueil (*);
(*) Le Chant âu dépari des peuples... contre les rois, n'est ressuscité à tout moment, et n'est immortel, que parce qu'il y a encore plus de vérité que de poésie. (Qu'est-ce que f>eWr pour rimer avec 7nourir ?) . . . . „
Tremblez , ennemis de la France !
Rois ivres de sang et d* orgueil !
Le peuple souverain s'avance;