TROIS GUERRIERS
Sur ce fer, devant Dieu, nous jurons à nos pères, A nos épouses, a nos sœuis,
A nos représentants, à nos fils, à nos mères D'anéantir les oppresseurs.
Les rois survécus au chant de leur départ ^ pour être proclamés magnanimes par les sénats de leurs enfants , ne semlilent plus destinés qu'à l'aveu de leur défaite dernière, dans leur testament dicté sur leur lit de mort en terre étrangère. Au commencement de la séance, il avait étédonné lecture de la réponse faite par Charles Albert :«...La nation peut avoir eu des y^ois meilleurs ^ue moi; mais aucun ne l'a autant aimée. Pour la faire libre, indépendante etgrande, j'ai fait tous mes efforts; mon intérêt personnel n'a jamais pesé dans la balance des intérêts publics. J'ai cherché la mort et je ne l'ai pas trouvée. La divine Providence n'a pas permis actuellement la réalisation de la ré^^énération italienne. J'ai la coniiance qu'elle ne sera que différée,...»
élu , et le Seigneur ne vous entendra point, car c'est vousmêmes qui aurez demandé un Roi.» I. Rois. VIll, 1-18.
Il faut sans doute des Rois, comme il faut des hérétiques pour éprouver les fidèles; des Papes, des Evêques et des Curés, indifférents et apostats, pour éprouver les te?n^to appelés à leur obéir;.... il faut des Rois, et des Rois sacrés (l'Ecriture le dit en propres termes) pour venger les crimes: Qui ungis reges, ad pœnitentiam» Eccti, XLVÏÏI ; comme il faut des fléaux publics pour expier les crimes publics et généraux, et des maladies particulières pour réparer ou prévenir les infractions privées. Et le Roi-prophète Fa dit magnifiquement dans ces paroles, dont chacune est une pensée, du Psaume 9^ que les Pères ont appelé le chant des pauvres, car ce sont eux qui crient à Dieu : « Donnez des Rois et des lois aux riches, à fin de leur apprendre qu'ils sont des hommes comme nous: Constitue, Domine, Legùfaforem super eos (le Psaume 65^ dit encore mieux : Super capita), ut sciant gentes quoniam homines sunt. »
Plus éloquent, plus énergique, et plus profond encore, dans' le Psaume 1 08 : « Seigneur, donnez-leur pour souverain un Pécheur; que sa prière elle-même soit un péché; et (comme s'il se fût agi déjà d'un Pape-prince) que son épiscopat luimême (et à plus forte raison sa principauté) lui soit enlevé:
Constitue super eum Peccatorem Et oratio ejus fiât in pec-
catum Et Episcopatum ejus accipiat alter. »
Et qu'est-ce donc, en dernière analyse, que cette royauté tant désirée, et tant glorifiée par ou pour les Papes comme sauvegarde de l'Eglise?... Tous les soucis, tous les embarras, tous les obstacles, toutes les craintes, toutes les impatiences ; en
attendant toutes les haines, et à la fin tous les complots
Le plus grand Roi, et le meilleur Roi du monde, n'a guère de plaisir vrai que celui qui devrait le faire trembler: celui de donner une place ou un honneur. Car il ne saurait y avoir de place, qui ne soit une charge; et il est permis de penser qu'il n'y a nul honneur sans une passion du Roi qui le donne (*), et une du sujet qui le reçoit. Et voilà pourquoi le plus grand et le meilleur Roi du monde ne saurait faire ici un satisfait qu'il ne l'achète au prix horrible de mille mécontents, de cent jaloux, et de dix indignés au moins!
Si tel est à cet égard le sort d'un Roi ordinaire, quel ne sera point celui d'un Roi papal?
De tout quoi il résulte que, s'il n'y avait aujourd'hui qu'une haine, qu'une horreur, qu'une abstraction profondes et universelles, ce seraient celles de la royauté légitime. Elles sont
(*) Seulement, il est remarquable que, toutes choses égales, le Roi de Rome est moins juste et moins honorable que les autres Rois; et que les barons du pape et ses décorés, à l'étranger, sont presque aussi ridicules que ses soldats.
DANS LE LIEU SAINT
au fond de toutes les âmes des prétendus sujets, et jusque dans celles des princes prétendus. A la première manifestation à leur fenêtre , les plus antiques Rois titulaires (*) sont les premiers à s'abandonner. S'il leur vient une occasion ou une velléité de revenir, c'est de la façon efféminée ou ridicule, de par leurs femmes ou leurs marâtres. Les prétendants ne sont plus guère que des amateurs. Et telle est leur simplicité, qu'ils passeraient, de grand cœur, tous, par une élection, dans les 900, pour venir dévorer Leur règne d'un moment.
Si telle est l'indifférence des Rois pour la royauté, quels ne sont pas le mépris ou la haine des peuples , et même des partis royalistes, pour elle ? Ils n'y voient plus , comme en eux, qu'une immense hypocrisie.
La royauté dynastique est donc devenue C^"^), et sera à jamais, une immense impossibilité.
Dieu ne la veut plus que comme fléau...
Mais la royauté démocratique n'en sera que plus sûre plus inévitable, plus absolue.
C'est-à-dire, que le premier et le seul titre à la royauté sera désormais, et à jamais, ce qu'on appelait jadis.... F L/52^77xe~ îion.
Selon cette loi prophétique , un Bonaparte a quelques chances de monarchie viagère : un d'Orléans, n'en a qu'une; et le duc de Bordeaux (*^**), point.
Ledru-Rollin, et surtout un inconnu encore, en ont davantage.
{*)... On prête à Louis-Philippe lui-même le iiiot: Les Ca/^efj seraient-ih devenus les ra/you5?
(**) Du moins jusqu'au icmps de l'avénement miraculeux d'un Roi miraculeux, dont Dieu seul a le secrtt. Apec, xxi, 24. (V. le Livre d'Or).
(*'*) Les majorités, étant, comme propriétaires, plus é^^oïstes, et même plus corrompues que jamais, le Suffrage universel^ tout à fait i^nioré de ses auteurs (Genoude et Lamartine), devait enfanter un Roi, c'est-à-dire une Souris
A la Montagne, seule, laborieuse, et même rigide, il sera donné d'engendrer une vraie République,
(****) La plus grande preuve, à la portée des lecteurs de romans, que Dieu m veut pas, se trouve dans tous les Dieu le veut de M. d'Arlincourt.
C'est M. le vicomte, Solitaire^ qui est ici le Dieu unique. ^
Ces messieurs crient Place au droit!
Il n'y a plus de place que pour le devoir.
f^s flatteurs sont les Régicides par excellence.