‹ La grande artisteChapitre 12 sur 21 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

quand il y aura de l'or ou de l'argent, faites-en votre profit, ou, pour parler comme elle, toujours si académique, " mettez-le dans vos poches !

Nous aurions fini, mais à lire M. André Pératé résumant les pertes artistiques de sa patrie, jusqu'aux dernières, les plus cruelles parce que les plus récentes, on croirait voir la France pleurer, et la France qui pleure doit être si belle que nous voudrions recueillir ses larmes comme nous voulons ici écouter les re^-ets de l'un de ses fils les plus nobles et les plus aimés.

En 1920 :

" Il fut un temps où la France était illuminée de se3 verrières ; les plus modestes églises laissaient filtrer jusqu'à leur tabernacle im rayon de paradis, et dans les grande? cathédrales, toutes les splendeurs du ciel accueillaient et appelaient l'âme fidèle. Suit la descTiptioii des sujets de ces vitraux, puis :

■' Que nous reste-t-il de tous ces trésors ? Les hommes se sont acharnés à les détruire. Au seizième siècle, la fureur des calvinistes iconoclastes, au dix-huitième l'inintelligeu- <îe du clergé, puis la rage révolutionnaire ; au dix-neuvième la manie dévastratrice des restaurateurs. Et puis l'invasion allemande est venue ; de simples et délicieuses églises au.c bord de l'Oise et de la Marne ne sont plus que gravats ; et les vitraux de Saint-Quentin, de .Solssons, de Corbeil, de Reims se sont émiettés sous le choc des torpilles *."

En 1921 :

" Le nombre de nos églises d'autrefois fut incalculable. La France en était couverte. Pas un village, si modeste qu'il fût, où ne se dressât le pieux et charmant clocher qui appelait leB âmes, où le Saint vénéré n'eût son image peinte svu quelque muraille ou étiacelantc de cbrté dans le vitrail d'une

fenêtre. La rage des iconoclastes s'est abattue sur tout le pays, a brisé les statues, les vitraux ; a surtout, et c'est la perte la plus effroyable, anéanti l'immense trésor de notre orfèvrerie religieuse dont le peu qui subsiste encore suffit à prouver l'incomparable beauté, et comme, après de tels orages, nous nous reprenions enfin, avec un souci tardif de notre patrimoine, à restaurer, à cultiver le jardin de la Ijeauté française, la dernière et monstrueuse invasion nous a surpris^."

L'éternelle Usure lente des années, insanité hu-

recommenceuse maine, œuvre de Satan et de ses adeptes en ce triste mondé : c'est trop peu pour décourager " l'éternelle recommenceuse " qu'est l'Eglise catholique. Au surplus, s'il est permis de le répéter encore, l'art luimême ne meurt pas, ne peut pas mourir, pas plus que l'amour inné chez l'homme du Bon et du Beau. Si, comme le bon Homère, " il dort quelquefois {quandoque boniui dormitat Homerus), c'est d'un sommeil réparateur, et quand il se réveille, c'est pour reprendre l'œuvre commencée, refaire l'œuvre détruite, au lieu de pleurer Ksur des ruines; faire encore mieux, monter plus haut, grandir toujours selon cette loi de pi ogres imposée à tout être et à toute chose d'ici-bas : Crescite.

Ai)rès les chambrettes des catacombes, les basiliques constantiniennes ; après les timides plafonds de bois, incendiés l'un après l'autre, les audacieuses voûtes en pierre, voûtes en berceau, voûtes plus parfaites en croisée d'ogive ; après l'architecture à fleur de terre, l'architecture à fleur de ciel. Et de même, après la peinture qui se cache sous terre, la mosaïque à fond d'or où étincèlent sous le grand soleil de Dieu, les images du Christ, de la

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