ÉPILOGUE
les Hospitalières, l'Evêque, le séminaire seront-ils moins zélés, moins artistes que le menu peuple ? Qui ne connaît cette lettre du Père Lallemant à un peintre de France, où il lui décrit par le menu le dais qu'il \oudrait avoir pour son maître-autel de Notre-Dame de Recouvrance ? Il le veut, on s'en souvient, " peint sur de la toile," avec "quelque belle invention de pentes pour mettre à l'entour de même nature de toile peinte avec de belles figures, fleurons ou moresques avec têtes de chérubins ou autres inventions qu'il laisse à son industrie et désignation. " Il en est là déjà, parce déjà aussi, depuis longtemps, on l'a bien vu, le pays en est aux choses d'art, Les Pères Pierron, Rasle et Laure sont eux-mêmes des sculpteurs.
Au témoignage du Père Leclerc, le franciscain Luc Lefrançois est " un peintre excellent. " Les Ursulines et les Hospitalières font de la peinture, de la dorure, de la broderie, des ornements sacrés ; ce sont les grandes artistes de l'époque. Le Journal des Jésuites nous apprend que " la Mère de l'Incarnation.employa presque tout le carême (de 1646) à peindre deux pièces d'architecture pour accompagner le tabernacle de la paroisse. " Sans être un praticien et comment le .serait-il ? Monseigneur de Laval, en 1668, fonde à Saint-Joacliim une école d'arts et métiers, et l'on a conservé les noms des premiers profes.seurs ou " maîtres-sculpteurs: " Michel Fauchois, Genner, Mallet, Jacques Leblond, ce dernier continuant d'exercer son art même après son élévation au sacerdoce. Gracieux renseignement fourni par le chanoine de Latour :
" Cette année 1665, les enfants du petit séminaire, qui étaient en grand nombre, eurent la dévotion de travailler à l'autel et au retable de la chapelle de la Sainte-Famille. Ils y réussirent : On est adroit en canada, et Dieu sans doute bénit leur zèle. Ce qu'il y eut de bien singulier, leurs études n'en souffrirent pas ; elles ne furent jamais plus florissantes*. "
Peut-être leur travail avait-il été dirigé par M. Hugues Pommier, un prêtre venu au Canada avec M. de Bernières, et qui d'après un récent historien de Mgr de Laval, M. l'abbé Scott, " était un artiste dans le genre du frère Luc chez les Récollets."
Une autre école des beaux-arts aurait été ouverte à Montréal quelque temps plus tard par les frères Charron. Beaucoup plus tard encoi'e,un autre de nos évêques, Mgr Dosquet, se donnait la peine d'apporter d'Europe avec lui un beau tableau, une Nuit de Noël de Stella, aujourd'hui à l'Hôtel-Dieu. Avant qu'un incendie le détruise comme ceux de la chapelle du séminaire, de Sainte-Anne de Beaupré, de la basilique de Québec, recueillons l'inscription qui se lit au revers :
"Ce tableau sans prix nous a été donné par Mgr Pierre- Armand Dosquet, évoque de Québec, en l'année 1735 qu'il passa en France. Il l'avait apporté d'Italie et il lui fallut une permission expresse d'un cardinal pour le sortir de Rome parce qu'on ne laisse point passer des pièces de cette beauté dans d'autres états... "
Près de cent ans après, les bonnes soeurs Hospitalières ont toujours le même goût des choses d'art. Quand l'ab-