ÉPILOGUE
de belles œuvres, c'est-à-dire, d'au moins trois cents tableaux et de grand nombre d'esquisses, le tout très digne de demeurer.
M. Lemoine s'intéressait vivement au progrès des arts en notre province, et de fait il y a progrès. Sans nommer aucun de nos artistes vivants, pas même M. Charles Huot, des écoles spéciales tenues par des laïques ou des communautés religieuses, car chacune a la sienne ; la création d'un Institut supérieur des Beaux-Arts ; des sociétés animées du plus beau zèle, à Montréal, à Québec, presque partout ; des expositions fréquentes et vraiment remarquables, des prix d'encouragement fondés par l'Etat lui-même, le goût de plus en plus accusé chez nos compatriotes pour les choses et les œuvres du terroir, la concurrence de plus en plus nécessaire, aux yeux de plusieurs, avec l'importation du dehors — en quoi peut-être on exagère, car tout le monde a besoin de tout le monde et surtout de plus fort que soi : tout cela et autres choses trop longues à dire, sont des signes d'une vie artistique devenue avec le temps un besoin du pays, im niveau social à atteindre, sans quoi, et il s'en trouve pour le craindre, nous ne serons toujours, au regard des autres peuples, que les " immortels " Peaux-Rouges de M. Barrés !
Seulement, et reconnaissons-le sans trop de peine, H nous reste beaucoup à faire, beaucoup d'abord à apprendre. Quand nous disions que " l'art ne s'apprend pas," on sait que nous prenions le mot plutôt dans le sens qu'on lui donne assez souvent de sentiment, intuition,
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perception du Beau, et non d'exécution extérieure, de réalisation sensible du beau entrevu. L'éloquence non plus ne s'apprend pas, mais une science qui s'appelle la rhétorique peut être d'un grand secours même à elle, et même aussi la remplacer au besoin, un besoin hélas ! trop fréquent pour ne pas dire presque général. De même, il y a une technique de l'art, le long apprentissage — relisez Cennino Cennini (p. 227) ; — une science à acquérir correspondant aux sujets à traiter, surtout s'il s'agit de sujets religieux. Et par exemple, quoiqu'il nous en coûte, un grand maître, Hippolyte Flandrin, n'aurait-il pas profité à relire son catéchisme ou l'Evangile avant de peindre son Noël de Saint-Germain des Prés (\'ierge couchée comme une malade, stigmates ordinaires de la maternité, etc.) ? Tel autre n'aurait-il pas gagné à savoir que l'Homme de Douleur " affermissait sa face " {firmavitfaciem suam) ; qu'il ne fut jamais, pas même au jardin de l'Agonie, le Christ langoureux, atterré, désespéré d'Ernest Renan ? Et que de Saint Jean tout féminins, doucereux, blonds, frisés, à j>eau blanche et satinée et peut-être parfumée, lui que Notre-Seigneur surnommait Boanergès, " le Fils du Tonnerre ! " Que de saints tous pareils, c'est-à-dire tous égalements banals ou niais, parce qu'on ne s'est pas donné la peine de les étudier, de chercher leur caractéristique, leur personnalité propre ! Que de conventions traditionnelles, d'éternelles rapsodies, de contresens parfois exaspérants !
Etudions donc, ceux au moins d'entre nous qui aspirons au grand art, à l'art religieux. Un mot de notre Vin-