‹ La grande bohêmeChapitre 2 sur 38 · I. \ (il; VNDE BOHÊME · texte numérisé non relu

I. \ (il; VNDE BOHÊME

Nombre de mes concitoyens, je le suis, ont toujours de côté un bâton «if cire ronge ou bleue (la couleur n'a aucune im tance destiné à leur flamber la plante des pieds pour le ca improbable où un quart d'heure après leur mort, ils seraient encore en vie. Je leur passe cette faiblesse qui ne faîl de mal à personne, si ce n'est à la plante de leurs pieds; mais je crois que les seules inhumations précipitées dont on doive se garer sérieusement, sont celles qui ont lieu dans l'ordre intellectuel ou moral.

Je pournis citer par centaines les ouvrages de toute sorte, partitions, comédies, livres et opéras, inhumés précipitamment à leur entrée dans le monde, quoiqu'ils fussent nés non-seulement viables, mais centenaires.

Le publie, dont l'intelligence ne saurait être suspectée, puisqu'il n'en a aucune, a enterré vivants le jour de la première représentation, les Saltimbanques, qui en ont rappelé depuis et n'ont guère été joués plus de cinq cents fois :

Guillaume Tell, dont je ne vous chanterai pas le trio, attendu que je suis tout seul, et que d'ailleurs vous le savez probablement par cœur;

La Traviata, h laquelle tout le monde aujourd'hui va pleurer après avoir commencé par y rire;

Les Burgraves, Lucrèce Borgia, et tant d'autres chefsd'œuvre d'Hugo qu'on a conduits si injustement au cimetière au moment de leur apparition. et qui aujourd'hui feraient crouler sous les bravos les salles où on les représenterait.

Voilà les vraies inhumations précipitées qu'il serait nrgent de prévenir. Croyez-vous que ce serait une mauvaise loi Celle qui interdirait à tout journaliste d'écrire un article sur une pièce avant de pouvoir justifier qu'il est ail ; la voir au moins six fois. Il est vrai que les journaux finiraient par manquer terriblement d'actualité, et comme ils n'en ont déjà pas trop, ils arriveraient à ne plus en avoir du tout.

Puisque nous traitons des enterrements et (\c> bâtons de

cire quis'j rattachent, je crois remplir un devoir en mentionnant la mort de l'un des deux rois de Siam. Deux rois, c'est beaucoup, quand on songe que certains pays trouvent que c'est déjà trop d'un.

I. 'histoire, imparfaitement connue d'ailleurs, du royaume de Siam, ne dit pas s'ils régnent tous les deux ensemble, ce qui amènerait de graves complications, attendu que si un condamné à mort est gracié par l'un et qu'il ne le soit pas par l'autre, il tant donc que l'infortuné se résigne, à être excuté a moitié. Peut-être aussi ont-ils chacun leur semaine, ou le second roi est-il la simplement comme monarque de rechange pour les jours où le premier va dîner en ville. Dans tous les cas, le rnélier de courtisan doit être, dans ces contrées asiatiques, hérissé de difficultés et de déceptions. En courbant le front devant le roi numéro 1, on s'expose à montrer le dos au roi numéro 2. Il ne suffit pas, comme chante, aux Variétés, Grenier dans Barbe- Bleue, qu'un bon courtisan

Courbe son échine Autant qu'il la peut courber.

E ore faut-il qu'il la courbe dans le sens voulu.

16 mars i-

Ed appelant à elle M. Prévost-Paradol qui est jeune, qui esi indépendant et qui a beaucoup de talent, l'Académie française a expié bien des élections coupables. Aussi croyons-nous devoir la remercier en l'avertissant qu'elle va se trouver, d'ici à -peu de jours, dans le plus cruel des embarras. C'est, assure-t-on, M. Henri Martin qui doit hériter du fauteuil del'ainé il. > trois Dupin. Car Dieu lit trois Dupin et se reposa. Certes la nomination de M. Henri Martin ajoutera un lustre réel à la gloire des Quarante, qui sont rarement plus de trente-neuf, unis ont-ils suffisamment réfléchi à la position désagréable qu'ils créenl quelquefois à leurs élus en les forçant à taire IVsseurs ?

obligation de vanter après leur mort des gens qui, de vivant, vous ont été peut-être antipathiques, doit empoisonner la bienvenue d'un grand nombre de récipiendaires. M. Henri Martin, qui a écrit des livres et signé des articles où il exprime des idées diamétralement opposées à celles qu'a soulenues M. Dupin, va se trouver dans cette alternative souverainement fâcheuse on de désavouer les croyances de toute u

vie ou de manquer à toutes les convenances académiques en débl itérant contre celui auquel il succède.

S'il risque la moindre concession aux idées politiques de feu l'aîné tirs Diip h. ceni mille voix lui crieronl en même temps :

- Prends garde ! tu désertes ton drapeau.

uc «traire, en retraçant la vie decel homme qui a laissé, comme présidenl de la chambre des députés, de si honteux souvenirs, M. Henri Martin se croit autorisé à quelques rélicences, l'Académie l'interrompra par ces mots :

— Pardon, monsieur Henri Martin, vous êtes ici pour faire l'éloge de M. Dupin et non pour le traîner sur la claie.

Si encore, comme M. Ampère, M. Dupin avait jeté dans la circulation quelques tragédies en vers de six. pieds, le récipiendaire aurait la ressource de se rattraper sur les alexandrins ; malheureusement, en dehors de la politique, il ne reste guère à vanter chez M. Dupin que la grosseur de ses souliers. Je n'hésite pas ;t déclarer que ce sujet est indigne de M. Henri Martin.

Reste, il est vrai, l'aptitude singulière qui portait M. Dupin vers le calembour; mais je me représente difficilement un homme sérieux, venant devant un aréopage vêtu d'habits h collets verts, raconter que M. Dupin a le premier trouvé la différence qui existe entre un tigre et une pomme cuite, et que M. de Salvandy lui ayant un jour demandé quels étaient lesdépartements oii le beurre était le moins employé, l'ancien défenseur du maréchal Ney répondit immédiatement :

— Aisne, Aube. Eure».

11 y a donc dans cet impôt forcé et obligatoire de l'éloge quand même, une sorte d'attentat à l'indépendance de l'académicien élu. S'il faut absolument que le jour d'une réception l'Académie entende un éloge, au moins celui qui doit le prop devrait-il avoir le droit de choisir son homme. Un récipiendaire obtiendrait peut-être un succès énorme si, au lieu d'explorer la vie privée de son prédécesseur pour y découvrir nu beau tr.ui. il s'exprimait ainsi devant cette assemblée au-

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