‹ La grande bohêmeChapitre 3 sur 38 · I \ CB INDE BOHEME · texte numérisé non relu

I \ CB INDE BOHEME

: liste qui, ne l'oublions pa . compte M. Patin parmi ses membres :

Messieurs, je succède à un écrivain dont le talent m'a toujours para absolument nul et dont le caractère n'est pas beaucoup plus recommandable. Ma loyauté se refuse faire un éloge qui sortirait non du cœur, mais des lèvres. En revanche, j'ai mon concierge dont je suis très-content, et si vous voulez bien lo permettre, je vais vous en parti r on peu. Né vers la fin de 181!). il montra tout jeune de grandes dispositions a balayer les escaliers...

La première condition de L'éloge, c'est la sincérité. <>n a dit souvent que l'Académie était un terrain neutre. C'est avec ces bonnes formules qu'on bouleverse toutes les idées reçues. Je comprends qu'on entre dans une place grâce à une capitulation, mais pas une capitulation de conscience.

11 est vrai que le jour oii l'Académie laisserait à ses élus la bride sur le cou, on entendrait de jolies choses, et on arriverait forcément à interdire les injures publiques au moyen d'un arrêté comme en a pris M. le préfet de l'Ain, qui vient de détendre expressément aux conscrits de son département de porter des rubans multicolores à leurs chapeaux en signe d'allégresse, et de manifester leur joie d'une façon bruyante.

<>u se rappelle l'ordonnance du maire de Croissy, près l! »ugival, qui enjoignait ans baigneurs de se mettre à l'eau en costume complet (je n'ai jamais su au juste si c'était un costume de sénateur ou d'officier de marine . L'arrêté du préfet de l'Ain n'est pas moins surprenant. Peut-être même l*est-il davani Voici, je suppose, un malheureux jeune homme qui amène lenuméro3. Son père, sa mère, ses sœurs et jusqu'à ses besti iux, tout le monde dans la maison s'arrache les cheveux de désespoir. Quanta lui, il se voit déjà traversé d'outre en outre par une baïonnette russe OU ÊLUChé comme une betterave par un sabre autrichien, il pleure; il trempe des mouchoirs à carreaux; il enfle avec le contenu de ses yeux tous les ruisseaux du voisina

C'est alors que le préfet le fait venir et lui dit : — Je sais tout : Vousavezeu le numéro 3, et votre intention esl de donner un grand retentissement à la satisfaction que vous ouvez de cette heureuse chance. Je comprends votre ail « ; sse, mais je vous défends de la manifester. Soyez joyeux, mais intérieurement. Félicitez-vous. Seulement, lâchez que tout se passe eu famille. Au premier lampion que vous allumez, pour rce beau jour où nous avez amené le numéro 3 (qui plaît aux dieux . je vous fourre en prison jusqu'au moment oh vous irez lindre votre régiment. Passer sept ans à se promener de rnison en garnison on à aller tirer des coups de fusil sur des -eus qui ne parlent pas voire langue, c'est incontestablement le comble du bonheur. Néanmoins, je ne veux pas vous -voir profiter de ce que vous êtes heureux pour troubler la paix publique.

L'ironie esl une arme terrible entre les mains d'un fonctionnaire. Le jour où étant allé à l'hôtel de ville de Paris plonger m i main dans l'urne j'ai amené le numéro 24, j'aurais été bien surpris si on m'avait interdit de me promener dans les rues avec des Heurs sur mon chapeau. Une combinaison favorable m'a empêche de faire partie de cette belle armée française où je n'aurais d'ailleurs donné peut-être d'autre exemple que celui de la désertion. .Mais j'engage devant M. 1 • préfet de l'Ain ma parole d'honneur panachée que si à la suite de ce glorieux numéro 24, "ii m'avait pi , au bal masqué déguisé en Pierrot, j'aurais refusé sans l'ombre d'un regret.

Il est heureux que le préfet de l'Ain n'ait pas tourné ses

idées du côté de la magistrature. Le jour où, sur la réponse du

jury, il eût été, comme président de cour d'assises, obligé de

lamner un homme à mort, il esl probable qu'il eût ajouté,

dans l'intérôl de la paix publiqu

— Mon ami, vous allez porter ; ni ii votre tête sur

l'échafaud. Tout ce que je vous recommande, c'est pendant le peu de jours qui vous restent à vivre de ne pas vous laisser

LA CB INDE BOH i.Mi: n

aller à une gaieté excessive. Ne vous levez pas la nuit pour vous livrer a des danses joyeuses donl le brait pourrait réveiller les prisonniers d'à côté, Amusez-vous gentiment à des travaux d'aiguilles ou à des jeux permis comme Cache-Tampon et quelques autres.

Peut-être, après tout, ce que je considère comme on acte de haute naïveté, est-il un acte de haute diplomatie. Si c'est pour leur persuader que tomber au sort est le dernier mot de la félicité humaine que le préfet de l'Ain défend les réjouissances publiques aux conscrits, je n'ai plus qu'à m'incliner en priant saint Talleyrand de veiller sur moi du haut du ciel, qui n'est probablement pas sa demeure dernière.

Le département de la Seine n'est pas, il faut croire, de la i e politique du département de l'Ain, car il y avait des conscrits de toutes couleurs au steeple-chase de Vincennes de dimanche passé. Henri IV voulait que le peuple eut la poule au pot. Il n'a encore nue la poule aux courses. Il y avait sur la pelouse jusqu'à des filants, dont plusieurs ont perdu des sommes considérables. Mon excellent confère Charles Joliet, raconte dans le Charivari que les Anglais nous accusent de maquiller nos bébés. Il ajoute, du reste, que les Anglais ne se trompent pas. J'ignore à quels phénomènes de maquillage a pu assister Charles Joliet, tout ce que je puis affirmer, c'est que je connais à Paris une petite tille de six. ans à qui madami mère a fait mettre des fausses dents pour cacher les brèches laissivs par la chute dents de lait.

Le faux râtelier pour entants eu bas âge ne pouvait appartenir qu'il notre époque. Quant aux fausses nattes, il y a longtemps que sous ce rapport les petite- demoiselles de huit ans et moins n'ont plus rien à envier à leurs mamans.

Il n'y a guère eu France que deux, façons d'élever les enfants : dans les cl isses pauvres on les bat, ce qui est un crime et une bêtise, puisque tout en les battant on leur enseigne qu'il ne faut pas battre les autres. Un père qui forcerait un

i. LA GR \.M)i: BOHÊME

secrétaire devant son fils après lui avoir appris que voler est

une action honteuse. De sciait ni plus illogique ni plus coupable qu'un homme qui frappe un enfant.

Dans les classes fortunées OU ne bat pas les enfants, niais on

leur met du rouge, du blanc, du noir, des faux cheveux et des fausses dents.

Entre le premier étal de choses el le second il y aurait peutêtre une moyenne à trouver.

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