CENT MILLE FRANCS
à relui qui prouvera que notre marchandise se vend meilleur marché dans un autre magasin.
Cependant, le public, qui ne comprend pas toutes les grandeurs d'âme, est surpris du silence obstiné que M. Limayrac continue à garder au sujet des cent mille francs. On disait même hier, dans les cercles, que mardi à minuit M. de Riancey n'avait encore rien reçu. Tel que nous connaissons M. Limayrac, cette accusation ne peut être que mensongère. Si M. de Riancey n'a pas encore reçu les cent mille francs, c'est qu'ils sont déposés chez an notaire. Toute la question est de savoir lequel. En tout cas si. ce qui arrive quelquefois, te calomnie disait vr.ii, il v aurait pour M. Limayrac un moyen de tenir sa parole sans écorner sensiblement son budget ; ce serait de porter les -, -m railla francs ù destination, et d'aller immédiatement après,
i \ uiiA *di nom m i ■
sr i.tnv nis. pire au bureau • aliii de railr
me ptuvre, inc partie de ee qu'il aurait donné a
leui en ch< i.
qui, vêtus de costnm< s d< tance, iraienl •• la
principales mairies murmurer d'une Toixcneyrol i-i.ii.v pitié d'i ii pau de lamiUe qui u'a pas
mangé depuis l'année dernii
Peut-être récupéreraitriJ ane respectable portion de la sommi i ■ eat mauvais, mais 11 i pouf loi ôTétre
le seul.
13 août 1866.
Toute la semaine, l'ange de la faillite a plané sur nos têtes. Ce n'est pas la Belgique qu'on a annexée à la France, mais la France qui s'est elle-même annexée à la Belgique. Des journaux spéciaux parlent continuellement de notre prospérité finan cière. Je suis fondé à croire que la prospérité financière d'un pays se mesure au nombre de faillites qui s'y déclarent. Plus on dépose de bilans, plus le pays est heureux. Or; comme jamais les syndics provisoires n'ont autant travaillé, il est certain que nous devons être, cette année, infiniment plus heureux que l'année dernière, ce qui ne nous empêchera probablement pas, au train çlont va le chemin de fer du Nord, d'être encore plus heureux l'année prochaine.
Les revues de fin d'année ne devraient avoir d'autre préoccupation que l'actualité la plus palpitante. Eh bien, vous verrez que pas un auteur ne songera à donner à la faillite un rôle digne d'elle. Les trois-quarts du temps tout le génie des vaudevillistes se borne à dire à une jeune fille, innocente, quoique ayant figuré au procès des douze vieilles femmes du mois dernier :
— N'oubliez pas que nous sommes dans l'Ile de la Parfume Irie, «.'t que vous jouez le rôle du Savon noir.
Ils pourraient cependant trouver dans les récents dés le prétexte d'une scène bien autremenl originale. La Faillite (.•h robe vert pomme (les faillis ne vivent guère que d'espérance . appuyée d*un bras sur sa sœur la Banqueroute, et de l'autre sur son petit cousin le Concordat, viendrait devant la rampe amuser le public par des promesses fallacieuses, tandis qu'on verrait passer dans le fond du théâtre des hommes mystérieux qui, armés de sac> de nuit et cachés dans de fausï barbes, cingleraient vers Bruxelles.
Un monsieur délabré viendrait alors reprocher à la Faillite de l'avoir ruiné1, et lui demanderait les moyens.de sortir de cette horrible situation, en lui ehantant sur un air de Barbe-Bleue, ces paroles qui y sont également :
Madame, madame, Plaignez mon tourment, etc.
— J'ai trois filles, répondrait aiorsia Faillite à ce gémissenr : la première s'appelle cinquante pour cent. Elle est grassouillette, dodue, elle a la jambe ronde, la poitrine garnie, et peut faire parfaitement le bonheur d'un homme. La seconde s'appelle vingt-cinq pour cent. Elle est moins forte et moins plantureuse ipie son aînée ; mais enfin, avec de l'ordre, en mangeant peu et en vous couchant de bonne heure afin de vous lever pins tôt, vous pourrez encore joindre les deux bouts. La troisième est rachitique, tousse beaucoup, crache énormément, surtout en liquidation, et ne peut rien prendre, sans le rendre quelques heures après C'est cinq pour cent qu'on la nomme. Laquelle des trois veux-tn épouser !
— Cinquante pour cent, l'adorable cinquante pour cent ! s'écrierait le monsieur délabré.
— Tu t'en ferais mourir! répliquerait la Faillite; je t'offre cinq pour cent ; et estime-toi encore bien heureux, car je l'ai sou-
20» LA l'.RANDK BOHÊME
vent refusée à des gens qui valaient mieux que toi. Quant à mes deux autres tilles, cinquante et vingt-cinq pour cent, je les montre quelquefois, mais je ne les donne jamais.
Après ees paroles mémorables, le décor changerait brusquement et représenterait le bal des faillis, qui se terminerait par des flammes du Bengale et des différences à la Bourse.
Les auteurs n'en continueront pas moins à représenter le Savon noir dans l'île de la Parfumerie, sans vouloir comprendre que si cette fameuse prospérité financière ne s'arrête pas, un jour viendra où tout le monde aura fait faillite, et quand un commerçant persisterait payer ses règlements à bureau ouvert, on se répétera autour de lui en le regardant d'un œil plein de défiance :
— Voilà cinq ans qu'il est établi, et il n'a pas encore déposé son bilan une seule fois ! Cet homme doit être une canaille.
Le seul avantage incontestable des dernières catastrophes, c'est de rendre les jeux de Bourse de plus en plus impraticables. Aujourd'hui, quand vous perdez on vous prend votre argent, et quand vous gagnez on ne vous paye plus. Quelque place qu'un homme occupe* parmi le» potirons de son époque, il lui est impossible d'accepter une cote aussi mal taillée. Vous. renonceriez promptement à toucher les cartes si, chaque fois que vous proposez un écarté, votre adversaire vous répondait :
— Je ne demande pas mieux, seulement je vous donne d'avance ma parole que, quoi qu'il arrive, jamais vous ne toucherez un sou de moi.
J'ai relu ces jours passés Mer cadet. Ce prétendu faiseur est tout bonnement un saint. Si nous étions des gens de cœur, nous fonderions en son honneur une chapelle expiatoire, oii nous irions à tour de rôle lui demander humblement pardon de la mauvaise réputation que nous avons tous contribué à lui faire. Aujourd'hui, quand un brasseur d'affaires manque de trois millions, c'est à peine si l'on dit qu'il est embarrassé. C'est seulement à vingt millions de déficit qu'il se décide à
I \ ..!; \ \hi BOH I II
asserl l'étranger, et encore, ace chiffre-là, il envoie à son
en le chercher sa quelle de hillard.
ore combien de tempe dnrefi cette situation, votât je oute que la saisie du matériel de l'agence dee Poules la m"
|itie sensiblement. L'agence «ùi été Interdite dès l'année Aer
'Ëi^iv que le banquier l)enecliau\ n'en eût pas moins emporte Sa queue île billard. Essayer de sauter la lOCiété 60 suppnli.iul les poules à eeul BOUS, C'est tenter de gttérlr une sciali-
que avec mi cataplasme de mie de pain. Quand vous aurai empêché un collégien de perdre quinze francs dana sa foura la dignité nationale n'en sera pas relevée de beaucoup. Ces innocentes concessions à l'opinion publique effrayée, rappellent les économies des jeunes dissipateurs oui oui des appartements de *>. ooo francs, des femmes de 90,000, des chetaus de 1,800 ei qui, deux fois par an, se couchent à neuf heures du soir
ïilin de ne pis user de huui:
Lefl plaies financières et autres de la société moderM demandent à être brûlées non à l'alun, mais, au vitriol. La peutêtre gît li Muse du demi-succès de la nouvelle pièce de madame George Sand ei de son fils Maurice : les aVw Juan ie Vous n'ignorons pas qu'il y a des villages, et nous admettons parfaitement que ces villages contiennent des don Juan, mais nos idées sont ailleurs. La saison des Gnampi est pasi Le peu de Berrichons que nous fréquentons encore, sonl des paysans tellement pervertis qu'ils en remontreraient aux eitai ■ s. Les mots du terroir tels qu'à fa Wtpfiéê et à la fwoywre uni été- -/M! raleinent remplacés par: et tà«fl$UffOnn< Boute pas du désordre que ceel ta «eur! a apporté dans do* liabitudes de famille. Les passions calmes et les effet don»
Ibnt maii l' nant partie du musée Campana. Il nous fam actuel' ement des situations qui tuent « inq spectateurs à la mir Les Don Juan de village n'en renferment pas moins plusieurs scènes charmantes qui eussent certainement porte but é - individus moins pressés d'aller savoir ce que la rente lai>ail sur W
boulevard. La partie roussie de l'ouvrage a du reste été attribuée par tout le inonde à madame Sand, et M. Sand le fils a naturellement encaissé toutes les observations et tous les reproches. Ce résultat était indiqué d'avance. Il y a môme dans la conduite de M. Sand une preuve d'amour filial dont peu d'hommes me paraissaient capables. Supposez que demain Victor Hugo consente à l'aire un drame avec moi et que ce drame se trouve être un chef-d'œuvre, il est bien clair que Victor Hugo en aura toute la gloire et que les plus indulgents croiront faire beaucoup pour moi en me disant s'ils me rencontrent :
— Vous avez eu une fière veine de vous trouver dans cette affaire-là.
Les indulgents auront raison , et plus ils auront raison, plus ma position sera fâcheuse. Si M. Maurice Sand a appuyé de son nom celui de son illustre mère à seule fin d'attirer à lui l'orage en cas de succès contesté, il a réussi probablement au delà de ses espérances. Si, au contraire, il comptait sur la moitié du triomphe en prenant la moitié de l'affiche, il a fait un raisonnement essentiellement faux. La pièce fûtelle jouée trois cents fois, M. Maurice Sand n'en gagnerait pas un demi-mètre de valeur dans l'opinion du monde. En dehors, du reste, de l'immense disproportion qui existe entre l'une et l'autre comme situation littéraire, je trouve pour ma part un côté légèrement ridicule dans cette collaboration d'une mère et d'un fils. On a une peine extrême à se représenter celui-ci discutant avec celle-là sur la nécessité de faire entrer Delannoy par le côté cour plutôt que par le côté jardin. On se figure mal un homme reprochant à sa mère non de l'avoir trop gâté dans son enfance, mais d'avoir compromis le succès d'une œuvre commune, en persistant à maintenir la scène IV.
Le travail en outre doit être extrêmement ardu et pointilleux. Une mère ne peut se donner tort devant son fils, et la plus incroyable force d'esprit ne suffirait peut-être pas pour qu'elle consentit à s'avouer vaincue. Le fils pourrait immé-
I \ 1.1; \ mu. BOHÉMI
diatemenl profiter de c< lie con cession pour faii [lier à
s, mère qu'il a toujours eu la mftmc pénétration d'esprit el quelle avail bien tort de le g mderétanl p lit lorsqu'il mangeait les abricots avant qu ils fussent mûrs et les raisins quand ils et lient encore verts.
Entre bous, je erains que M. Maurice Sand ne Cas* Hausse route en essayant de continuer ainsi une dynastie aussi difficile à fonder en littérature qu'en politique. Deaâandei aSoulouque, ii Maximilien,età la plupart des souverains. M Sand avait débuté par des tableaux, et surtout des dessins d'illustrations qui furent assa remarqués. Quel mauvais conseilUux, pour parler un peu berrid a pu le détourner de cotte voir qui paraissait m bien être la sienne! Si j'étais le fils du Titien, je me ferais peut-être littérateur; mais quand on est le fils de G Sand. on ne saurait trop saisir L'occasion de se faire peintre.
XXXYIl
18 août 1866.
Si «les cinq cent mille cantates, qui nous rendront à jamais ridicules, il était sorti seulement un vers remarquable ou seulement une phrase musicale un peu réussie, je comprendrais qu'on persistai dans un exercice profitable à l'art français. Mais aujourd'hui, qu'après bien des expériences réitérées, il est bien et dûment établi que les auteurs et compositeurs les plus appréciés perdent subitement leurs facultés quand ils s'attaquent à la poésie officielle, je trouve que choisir dans l'année un jour spécial, pour étaler aux yeux du peuple, ce que nous avons de plus mauvais comme rime, de plus maigre comme pensée et deplusinsupportable comme musique, est un singulier moyen de célébrer une fête nationale.
Par respect pour ceux mêmes que nous voulons chanter, il m emble qu'il serait urgent ne rayer lacantate du programme de nos réjouissances. Si j'étais à la tête d'une grande nation, rien ne m'humilierait coin c d'être obligé de me dire que les poèmes du Chalet, du Pré aux Clercs, du Domino noir, ont inspiré à mes compositeurs ordinaires des partitions adorables, et que les hémistiches sondés eu mon honneur n'ont jamais pu
i \ t.i. \ mu. i lOHI Mt
►quw « 1 11 « * d'affreuses doubles-croches, l. » hommes d'1 ([in connais** ut k» c eur huinai r ils l'a> ii< ni bit, ooi
tséque l'infériorité des cantates sur lei iulr< s m< n
tenait en p irtie au module des médailles offe U
• erchnent. I e* récompcns 's onl donc été revues 1 1 considérablement augmentées. Rien n'j a Fait. On a même remarqué qn plus la médaille était lourde, plus la musique él dl difficile à digérer.
si j'étaia sûr d'enfanter une œuvre de la valeur de la fcfar-
..'.//>■(■ nu Mulement du Chant du départ, je me jetterais 5
pa pardi dans la cantate. Mais toul en consentant .i pat pdir un flagorneur, il me sourirait munis d'être en outn
mime un ramolli. De plus, on ne sait pas asseï que «•< -
Mrs, quoique éminemment fugitives et anti-révolutionnaires, passeatcoaame les antrea ouvrages dramatiques devant la Commission d'( \;uin'ii dont 1rs membres sont salariés par l'État-
Tool mol tiède, tout alexandrin ï double entente est coupé ou redressé séance tétante.
— Avec quoi fiu'tes-vous rim r France î vous demande la commission.
— krta touffrance, répondez-vous, je suppose.
—C'est Impossible, répond la commission, de toute éternité France a rimé avec espérante. Arranges-vous pour que cette rime s'emboîte, ou nous interdisons votre machine. Rfaintenanl
qiel rs[ le mot qui COnvsponil a invtirèsï
— lu'ijretï.
— .huilais <ir la \ir. Noua voua permettons congrès, ogres, et même engrais. Quand a rsgrets, n'j comptes pas.
L'inspiration, qui est fantaisiste avant tout, i accommode mal iir ce baceal rare il è i-courtisannorie, et voila pourquoi les cantates que nous avoua entendues hier, valaient juste autant que rriirsdr l'an passé, lesquelles m valaient rien du lotit comme rriies de l'année d'avant.
Toutes I rcantates, du reste, n'uni pas été n k i en réserve
pour le 16 août. On en chante depuis quelque temps un grand nombre en l'honneur de Jeanne d'Are dont l'enthousiasme rouennais veut absolument racheter la tour.
En devisant l'autre soir avec Jules Noriac, nous nous demandions ce qui serait advenu si, au lieu de poignarder Marat, Charlotte Cordav s'était laissé séduire par les charmes de sa conversation, et avait fini par lui offrir sa main. Je me demande aujourd'hui, oh serait l'auréole qui entoure cette bergère si, au lieu de naître à Domremy, sous Charles Vil, elle avait vécu au dix-neuvième siècle. Tous les matins, vers les sept heures, j'entends passer sous mes fenêtres, à la tête de son troupeau, une petite fille qui vend dulait d'ânesse aux égrotants du quartier. Qu'elle aille un jour trouver le ministre de la guerre, et qu'elle lui tienne ce langage insalubre :
— Votre Excellence serait bien bonne de me faire parler au souverain. J'ai depuis quelque temps des voix qui me conseillent fortement de lâcher mon lait d'ânesse pour me mettre h lit tête d'une armée avec laquelle j'irais annexer les frontières du
Rhin. i
Vous n'aurez pas la mauvaise foi de le mer : cette pucelle de Belleville serait reçue avec tous les égards qu'on doit à la clémence et envoyée d'urgence dans l'asile que M. de Riancey va prochainement "faire bâtir avec les cent mille francs de M. Paulin Limayrac.
Nous retombons peut-être en enfance, mais a l'heure où j'écris nous ne sommes plus des enfants. Le moment est venu de déchirer les voiles, et de demander aux apparitions fantastiques leurs passe-ports et leurs extraits de naissance. Jeanne d'Are gardant ses moutons dans les plaines de Vaucouleurs, et n'ayant jamais lu, puisqu'elle ne savait pas lire, l'école du fantassin non plus que celle du cavalier, il est certain que l'idée de faire lever aux Anglais le siège d'Orléans ne pouvait surgir dans son cerveau que si elle était hallucinée ou inspirée de Dieu. Si vous admettez l'inspiration divine, rien ne prouve que la petite
I \ i. It \ \ni BON i. \l I.
RI le aux ftncsses, dont je parJe plus haut, ne sera pas inspirée i^.tlfiiifni, ft vous devez, en conséquence, sous peine de vous «i.-jiip'r. lui nuiiier une armée pour conquérir le Rhin, comme ctiiiiics vu ma con6é une à Jeanne d'Arc pour expulser les Allais du territoire. Gagne, le bon prophète, qui courl les |l>iircau\ de journaux en tournant sur lui-même, se dil aussi Inspiré de Dieu. En songe-t-on plus a le nommer souverain- [Miitiir m i emplacement de Pie IX ! N< us avons vu quelq fois des individus bien cocasses élevés à d'importantes Tonclions, mais jf ne crois pas encore Paulin Gagne unir pour le souverain pontificat.
\u fond, personne en France ne croit que Jeanne a reçu de Dieu l'unir.' d'aller combattre les Anglais. Pour admettre ces relations internationales, entre la créature et son créateur, il nous faudrait voir de nus propres yeux l'ordre en question, signé par le Seigneur lui-même; et, encore, demanderionsnous que la signature fût légalisée.
Incontestablement, rien n'est poétique comme celte jeune Bile allant se jeter aux pieds du roi de France, qui la reçoit; ce qui, entre parenthèses, ne se ferait plus aujourd'hui, souverains étant devenus inaccessibles depuis que tou hommes sont égaux. Malheureusement pour le côté gracieux de la légende, la médecine, la science el le bon sens rangent tout simplement Jeanne d'Arc dans la catégorie des hallucii ordinaires. Je suis allé un jour à la Salpétrière el j'j ai assisté à une fête de famille qu'on y donne ions les ans et qui B'appelle le bai iet folles. Parmi les aliénées, dont quelquesunes paraissaient plus raisonnables que moi, on m'en a montré Km certain nombre qui avaient des voix absolument comme la jviergede Domremy. J'ai lu récemment un livre remarquable intitulé : La Folie lucide, dont l'auteur est le docteur Irélat, le savant aliéniste;le cas de Jeanne d'Arc s'y retrouve à chaque Voltaire, qui a eu le grand tort d'écrire contre elle un poème insupportablement bête, a tout du sur la paysanne e
Vaucouleurs excepté la seule chose qui pût véritablement nuire à a mémoire, c'est-à-dire la vérité.
Entraînés par l'exaltation de cette jeune délirante, les Français d'alors, moins roués que ceux d'aujourd'hui, ont cru voir distinctement le doigt de Dieu sur cette bergère, cl, comme rien. à la guerre, ne vaut la confiance, si ce n'est cependant le fusil à aiguille, ils ont accompli des prodiges. Mais de même qu'un visionnaire n'a pas la responsabilité morale du mal qu'il fait, de même il est injuste et môme dangereux de lui tenir un compte trop sérieux des grandes choses que le hasard peut l'amener à accomplir. Le culte exagéré de Jeanne d'Arc est périlleux jusqu'à un certain point en ce qu'il représente, en somme, la glorification de la crédulité d'une époque, ainsi que l'encouragement à l'illuminisme et aux maladies mentales.
Rachetez, si vous voulez, la tour de Jeanne d'Arc (moi je n'en suis pas) ; mais rachetez-la au même titre que vous rachèteriez la tour de sœur Anne ou celle de madame Marlborough.
Peut-être dans le cours de cette discussion historico-médicale ai-je froissé quelques opinions, maison a si souvent froissi'' les miennes qu'il est bien juste que je me venge sur celles des autres.
\ Wlll
Chacun prend son indignation oii il la trouve : j'ai bondi comme nn cheval de ateeple-chase à la lecture d'une note onctueuse publiée par la plupart des journaux, et annonçant qu'en Faveur des ervicee rendus au catholicisme pu M. de Montnlembert, aujourd'hui très-malade, nn bref spécial vient d'tocorder à mademoiselle de Montalembert, refigieuac recluse an Sacré-Cœur, l'autorisation de sortir une fois par êemame^mr aller voir son père.
On ajoute que cette faveur est sans précédent, et que mainte famille a déjà sollicité en vain la permission de taire sortir d'autres jeunes recluses pour les conduire au lit de mort de
leurs parents.
Voici donc qui esl bien entendu; nous avons en France des
malsons spéciales oh on enseigne aux jeunes tilles qu'un des moyens les plus sûrs de plaire à Dieu, c'est de laisser mourir Mm père comme on chien, sans même chercher h savoir a'il snocombe i nn anévrisme ou à nue fluxion de poitrine.
Toutefois, quand le moribond i rendu an catholicisme des services ûgnatés, h supérieure do couvent dit ilademoisaUe :
— On consent à ce qu'une fois par semaine nous vous rendions aux séductions de la société. Allez voir mourir monsieur votre père, et. tâchez de ne pas prendre trop de plaisir à cotte distraction toute mondaine.
Une histoire à ce propos :
Il y a quelques années logeait dans ma maison un brave maître d'écriture, l'honneur de la calligraphie. Malheureusement si l'honneur est une île où l'on ne peut pas rentrer, rien n'est plus simple que d'en sortir. Sa fille qu'il adorait, faillit avec un Don Juan, non de village, mais de boutique, et le résultat de cette faillite se manifesta par l'apparition soudaine d'un joli petit enfant, né beaucoup plus viable que la plupart des drames de la saison.
Le pauvre père, en proie au plus violent désespoir, mit, d'une main, l'enfant en nourrice, et, de l'autre, plongea sa fille mineure dans un couvent. Mais cet acte de haute tyrannie n'empêcha pas le malheureux professeur de dépérir a vue d'œil. C'est au point qu'un des locataires et moi nous allâmes trouver le commis quem nuptiœ demonstrant, et avec une éloquence que je tiens en réserve pour les jours où je serai membre du Corps législatif, je parvins, mon voisin aidant, à le convaincre de la nécessité où il était d'accorder à cette famille en pleurs (y compris le petit, qui criait toute la journée) une réparation... par les armes, à la mairie de son arrondissement.
La jeune fille sortit du couvent, épousa son vainqueur; l'enfant devint légitime comme un Bourbon, après avoir manqué de vivre bâtard comme un Clemenceau, et l'aventure finit par un bénissage général. <
Tout ce que je vous raconte-là se relie à ce qui précède, en ce que, le jour de la noce, la mariée, qui avait dix-huit ans à peine, me donna sur son séjour au couvent des détails qui coïncident parfaitement avec la défense faite aux jeunes filles d'assister leurs pères moribonds. La première recommandation que lui fit la supérieure, ce fut d'oublier à tout jamais et
, M Jamais ehereoor i revoir cet enfcnt Brait d'une faute
LJt devait maudire les causes et les effets. La pau
m qui s'était laissé séduire d'autant plus Jacdemenl
leiSt plus innocente, essayait, o^s Kespoir d'obte^k
lal-don céleste, de pensera tout au monde, excepté à son bébé.
elle avait beau se frapper to tète contre les mu* dte
Lrrissail une idée fixe : tétait d'embrasser son peut e de ^Tcomment U était soigné en nourrice. Tems les jnaUn
l((Ule 1;l nuit, persuadée, d'après ce qu'on lui répét . u con nueUement, onUle aggravait considérablement sa bute; en
pSnta^
lettre, se levait quelquefois de son banc pour aller dire a la
bonne sœur : . , f -,
Ma mère, je vois que je suis une criminelle tout i ta t
rll(llll.de: plus je vais plus mon petit me trotte dans la
WU- il faut en effet, que vous ayez une natuw exceptionnellemcnt perverse, répondait la supérieure. Dites énormément M*,, et vous verra que ces idées coupables vous passeront
1,1 ''"faii'î^ idées coupables ne passèrent pas, et la mariée, en achevant son récit, m'avoua que ce qui la réjouissait sptoalemcnt, dans son mariage, c'est qu'elle aurait désormais le droit ,1,. pensera son enfent sans offenser Dieu.
,v<t alors que, me déguisant en missionnaire, je lui racontai , mon tour que Dieu D'est pas aussi inintelligent que le supposent les gens qui font profession de le servir. Jetai eme la nature est une bonne grosse mère, qui n'entend pas malice et qui ordonne a Mutes les femmes de penser k leur progéniture, quelque Olégitime qu'elle soi! d'affleurs. J osai prendre surmoi de lui assurer que ces prétendus repentirs qui consistent a abandonner les pères qui meurent et les enfants qui viennent au monde, étaient aussi désagréables au Seigneur que
les sacrifiées humains ci les auto-da-fé d'autrefois. Et je pensai que si nous envoyons souvent des Français prêcher dans les pagodes chinoises, nous aurions bien besoin que quelques Chinois vinssent prêcher de temps en temps dans les couvents français.
•4 août 1866.
collégiens d'aujourd'hui sont décidémenl plus heureux que BtU H mon temps. Voila qu'on les conduit aux bains de Mf, quand O'tSl tout au plus Il (Ml nous conduisait aux bains
le baignoire (omis ablutions par an. jugez dans quel étad m
trouvaient oui qui étaient généralement privésde sortie). Une
récente circulaire autorise iiiaintenaiit les proviseurs a envoyer sur ks bonis de l'Océan, pendant les vacances. Les âèVCS non réclames par leurs parents. Gens dont la santé est délicate, ajoute la circulaire, pourront même ail. r achever leur année scolaire dans les Pyrénées, dans l'Auvergne et en Suisse.
A lepoque où je D du gTOC par la racine, je n'aurais
pas li.-ite : j'aurais tait infuser dans ma timbale des pièces de Cinq et de di\ ct'iilimes, jusqu'à ce qu'il s'ensuivit le \erl-de-
Irif nécessaire pour mettre mes jours en danger, afin d'être
expédie mourant sur Ktretat ou Cabourg-Dives. .l'aurais avale
les cailloux pu comme le Grand-Hôtel dans l'espérance de
faire croire que j'avais la pierre, et qu'il n'était que temps •''' nie jeter dans un wagon en partance pour Vichy : j'ignore M
LA GR \M»i; BOHÊME
les collégiens de la génération actuelle auront cette énergie; niais, nombre de prisonniers simulant la folie pour se taire li-
\ il esl a craindre .que les collégiens n'inventent des ma-
-, et au besoin ne se les donnent, pour avoir le droitd'é-l changer contre la plage de Trouville la cour de leur collège] qui n'est au résumé qu'une variété désagréable deSainte-Péla-
pulsque le travail y est obligatoire, il est certain que les spectacles de l'Océan ne peuvent que solidifier la santé souvent délabrée des collégiens de Paris ; mai>. à côté de ces spectacles-là, les bains de mer en fournissent d'autres qui presque tous gâteront le moral plus qu'ils ne rétabliront le physique. En coudoyant au Casino d'Étretal les demoiselles qui changent quatre fois de toilette dans la journée, qui portent des chapeaux de sergents aux gardes et des cannes de fermiers généraux, les élèves de cinquième se croiront en pleines Métamorphoses d'Ovide. Mais comme la jeunesse parisienne s'apprivoise facilement, il est probable qu'ils essayeront peu à peu de se mettre au diapason normal qui règne sur les côtes de France, et après avoir laissé partir des petits Vert- Vert, le proviseur verra rentrer des Fanfan Benoilon.
Il est fâcheux qu'on n'ait jamais su au juste quelle maladie guérissaient les eaux de Bade; les lycéens se seraient tous précipités comme un seul homme sur la roulette, d'autant plus que Bade est à trois pas de la Suisse, qui est comprise dans le programme. Je suis, du reste, assez surpris que cette république n'ait pas été interdite à nos jeunes malades. L'auteur de la circulaire n'a probablement pas songe que la confédération helvétique est, depuis Guillaume Tell, inondée de journaux dont les moins subversifs suffiraient à empoisonner une âme
lise, -le supplie les autorités de mon pays, au nom de et qu'elles nui de plus et de moins cher, de ne pas souffrir qui des lectures dangereuses pervertissent des jeunes gens élevésjusqu'ici avec tant de sollicitude dans le respect de ce qui es1 méprisable et dans l'amour de ce qui est odieux.
I v CftAM ni BOHI II
iuc je souhaite, quant i moi, c'est que i ette lie mesure de salubrité boom bu td attrait .1 dos différents
si pratiqu
; inde comme une 1 1 famille d'j rester
i.j ans. Peut-être après avoir ainsi étudié la
les premières pages de Burnouf, serait-il mûr en sor-
111 pour !'■ choix d'une épouse qui ne le forcera pas .1 plaider
1 séparation dès la seconde année. Car avec la pluie de sau-
relles, il parait que la séparation est en ce moment ce <im
hit avec le plus d'intensité.
J ai cansé tout an an aliéné dont la folie avait an
kractère tout spécial d'originalité, il s'imaginait que ses deux burnous ii<- pouvaient p.is vivre ensemble. Vainement, «Ii^.hi - 1. je t. lis ions mes efforts pour les raccommoder, ils passent leur fuips à se battre dans ma poitrine, ce qui me cause des dou- Lurs Intolérables. Le poumon de droite entendrait peut-être maisil n'j 1 rien ï ftdre avec le poumon de gauche, qui ^1 en étal continuel d'insurrection.
] Quand nous nous séparâmes, il me remil une pétition adi • m ministre de (a justice, et dans laquelle il demandait <]u<' si kux poumons lussent autorisés a plaider en séparation pour ■compatibilité d'humeur. Je lui promis de hâter de tuuto mes ■ma la solution de cet intéressant procès; nous nous quittance dans les meilleurs termes, et, depuis ce moment, il lu mus les matins la Gtuette da Tribunaux pour tacher de do ses deux poumons viendra bientôt.
J-' me suis rappelé cette éti n voyant dernière-
ii< ni qu'un magistrat constatait avec les marques do plus pro knd regret qu<' Paris était la ville de France, et même dn
• . où l'on se séparait le i»luv Ce berceau de la civil - I rne fournit à lui seul plus de séparations de corps que Inquante départements réunis. Et les hautes cl ment,
fcsiste l'impitoyable statistique, h » trois quarts da contingent Quelques personnes s'étonneront de ce total, réellement
--'is LA GRANDE BOHÊME
ljitanl ; elles auront bien torl : (|iiaiul on songe aux mille el un
occasions journalières, qui font qu'à Paris, lorsqu'un honun< possède une fej»me, il n'a plus qu'une idée, c'est de la quitta pour tu choisir uni' autre, on est surpris au contraire qui lej quatre-vingt-neuf départements puissent suffire à battn en brèche !<• chiffre des séparations parisiennes.
Voici, on effet, par quel mécanisme, admirable dans sa simplicité, les hautes classes l'on 111 i sscn t les trois quarts ci- dessus vises : Un jeune homme demande la main d'une jeune fille qui a une dot. Une fois le mariage conclu, le mari se sert de la doi(i do sa femme pour eu entretenir d'autres, et quand la dot est mangée on se sépare. Ce n'est pas encore la province qui pourrait nous en remontrer à ce jeu-là.
Quelquefois le jeune homme a la fortune, et il épouse une tille sans dot, qui le trompe avec un photographe, et la séparation n'en est que plus urgente. Car si vous avez étudié le problème toujours palpitant de l'égalité entre tes hommes, e'esl surtout, vous devez le savoir, dans les questions d'amour qu'elle apparaît. Là est la revanche du pauvre et l'humiliation de l'aristocratie. Quand vous voyez passer en daumont une de ces femmes pavoisées, que leurs suivez-moi jeune homme n'empêchent pas dètiv suivies par des vieillards, soyez sûr que sur ^on parcours se trouve un apprenti mécanicien ou un ouvrier serrurier qui peut se dire :
— Cette demoiselle diamanlée qui laisse les barons dans l'antichambre et à qui les ducs payent tribut, comme aux temps féodaux, j'ai fait autrefois battre son cœur, aujourd'hui glacé comme le club des patineurs, ,1'ai cueilli son premier baiser Mie sa lèvre qui est devenue une plate-bande; elle a failli avaler en mon honneur un dnni-sriier de laudanum, et peut-être! cette heure me regrettM-alte «corn.
C'est triste ou plutôt c'usl juste, il faut que les jolis gandins s'hahituenl à cette idée qu'ils ont les détritus des amours les plus plébéiennes, ej qu'ils sont h-s Lamartine d'Bhrîre» qui, na-
la un I *l)l Btl tient qaotidiennemeni rossées par des l •
Oui, moococodès, sois bien persuadé qoeeelleque tu entoures
i respects et de cachemires; celle pour qui tu rédiges toute
journée des billets a ordre ei a désordre, le jour où elle ren-
intrera i«- 1*« m voyou, qui a le premier dénoué son foulard, elle
lâchera avec un entrain sans p. uni pour aller raviver avec
i quelques souvenirs du passé. L'amour n'es! pas comme la
m. il a «le- effets rétroactifs.
(".rit. rence t'humilie n'est-ce pas? tu te répètes que
'est impossible; que le tourneur en cuivre n'est pas b
sont «-H deuil et que les tiens nagent dans le
ne tu chantes B -Bleue et qu'il en est a peine à Fol-
ut pat qu*n aille. Toutes ces considérations m' l'empécheni
iv d'être le très-humble serviteur «lu tourneur en cuivre ou
-■ tout autre journalier. Ainsi tu as mené récemment ta folle
naît', s i ii avant-scène la reprise de SalvaUn ';■ ta et tu
es inquiété pendant tout le spectacle <i itation mal
[>ntenue. Tu t'es sans doute imaginé m111' ses coups >\ oeil ar-
el ses sourires incendiaires étaient destinés a Mélingue?
Tu te trompais, frère, ils s'adressaient au marchand depro-
27 août 1866.
Si j'étais roi, je voudrais être détrôné. Je ne connais pas d< position plus charmante que celle d'un monarque qui, fore* par l'armée ennemie d'abandonner son royaume, prend juste U temps de réunir un estimable magot, et va ensuite promenei dans les pays voisins une infortune à la Daumontet une misèw avec écurie, remise et livrée orange.
Tous le plaignent et tous devraient l'envier. On l'invite- î dîner dans les cours étrangères, et, en le voyant redemande! du perdreau, on dit qu'il supporte noblement ses malheurs. L( soir, il a la faculté d'aller entendre, au grand Opéra de la capitale où il campe, de l'excellente musique dans une avant scène des premières louée spécialement pour lui; et les journaux de la localité lui consacrent des entre-filets dans cr genre :
« Le prince, récemment déchu, de Babouiningcn, assistai! hier à la première représentation d'Un pied dans le crime, spirituelle comédie de MM. Labiche et Adolphe Choler.
Le prince de Baboniningen, qui parle parfaitement le français, a donné plusieurs fois le signal des applaudissements. >