‹ La grande bohêmeChapitre 27 sur 38 · I. ^ GRANDI HOHI -I I ttl · texte numérisé non relu

I. ^ GRANDI HOHI -I I ttl

Quand il a épuisé les nombreux plaisirs que la Prance peut offrir, il passe en Angleterre, ou il recommence sa vie de l ne. Notei qu'il esl dispensé de rendre les dîners qu'on lui . .1 que toutes les (êtes auxquelles il assiste sonl pour lui des spectacles gratis, n se trouve, de droit, raccommodé avec les plus acharnes de ses adversaires, car il en esl de la royaul ■ omme de la littérature : moins on i de succès pinson a d'amis, tfais l'énorme supériorité qu'il possède sur ses confrères c'esi qu'étant détrôné il n'a plus à craindre qu'on le détrône. I! dit : C'est une affaire laite, je n'ai plus la moindre inquéitude sur mon avenir qui me tourmentait si fort avant les derniers événements.

Puisque les tètes couronnées ne cessent de répéter que le pouvoir est un fardeau, elles doivent être bien lu-un d'être allégées d'autant, et de pouvoir entrer dans la vie privée légères comme un jockey quand il vient de déposer le plomb réglementaire.

Tout ce que je dis là ne s'adresse, bien entendu, en aucune façon au prince de Giouy-Chanel, qui ne peut pas être considère comme un roi détrôné, puisqu'il n'a jamais trôné nulle part. D'ailleurs, ce monarque de table d'hôte, qui passe son temps;! prier, parlettresaffranchies, l'empereur d'Autriche de vouloir bien lui remettre la Hongrie avec tontes ses dépendances, se trouve dans une situation réellement exceptionnelle.

Si, d'ici à quinze jours, il n'est pas remonté sur le pavois de

s. 's pères, il ne pourra plus régner qu'à la Cour d'assises. C'est, je crois, la première fois qu'un homme bit cette déclaration devant un tribunal :

— Monsieur le président, je suis accus.'' d'escroquerie; niais,

comme au premier jour je dois ceindre le diadème qui me rendra inviolable, je demande la remise à huitaine.

— Sire, lui répond eu d'autres termes le président, que Voire Majesté me permette de lui taire observer que, sachant à quel point l'argent «-st i,- nerf de la guerre, elle s'est livrée

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dans ces derniers temps aux plus incroyables tripotages. Je suis donc dans la douloureuse nécessité de passer outre, el avec tôttte la Considération que je dois à un souverain aussi légitime, de vous appliquer quelques respectueuses années de prison.

11 appartenait à ces temps excentriques de nous donner de pareils spectacles, il est vrai que le prince de Crouy-Chanel aura toujours la faculté de se regarder comme un condamné politique, retenu dans les fers par la Sainte-Alliance. Personne alors ne l'empêchera de rendre des ordonnances, d'élaborer des lois sur la presse et même de distribuer des décorations hongroises aux dentistes qu'il daignera honorer de sa confiance. Si c'est inutile, ce sera au moins original. Nous avons eu des décrets datés de Moscou; ce sera la gloire de notre époque d'inspirer des décrets datés de Mazas.

Théodore Barrière l'a bien compris lorsque, dans la lettre placée en tête du Voyage autour du demi-monde, le nouveau et très-amusant volume de M. Victor Koning, l'auteur des Jocrisse* de l'amour, dit brusquement à notre collaborateur :

« Qui êtes vous* pour que j'écrive une préface à votre livre ? Avez-vous été seulement condamné à mort?

Si jamais le prince de Crouy-Chanel met au monde un volume, il aura certainement droit à une préface; car, et ceci n'est point une basse flatterie, un homme qui flotte ainsi entre la couronne de Hongrie et les galères, vaut bien un condamné à mort.

Ma première idée, qui est toujours la bonne, avait été d'étudier le sujet du prix de Rome de cette année, Tliétis apportant à Achille les armes forgées par Vulcain, au point de vue de l'actualité. Les princes dépossédés qui jonchent en ce moment le continent européen, m'ont détourné de mon projet, et je ne sais plus du tout à quelle transition me raccrocher. Xous avons pourtant en littérature des exemples de transitions c lèbres. Une entre autres, que je n'oublierai jamais et qui Sera l'éternel honneur d'une revue des Délassements-Comiques

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ml Ernest Blum qui, depuis, i monté en gradi était j.* is, mi des auteurs. \ la suite d un défilé irès-mouvemi ■ nnpère s'écriail tout ï coup :

^sseï ; assez! je suis ahuri.

\ Ori, r ipliquait la tëe, c es! en Suisse; voulez-vous que mus y allions !

— Je veux bien, répondait le compère.

Le théâtre changeai! immédiatement el représentait la

Mettons donc sî vous voulez que tes élèves de Rome ont eu itte année comme programme Thétis apportant les armes par Vulcain au prince de Crouy-Chanel, et demandonsiiuis pourquoi !»• conseil de l'Académie des beaux-arts persiste faire croupir la jeunesse dans les fantasmagories mythologies. Pourquoi toujours la Belle-Hélène! Que l'Institut essaye lonc un peu de Barbe-Bleue. Ce système qu'un appelle classiiu»'. je n'ai jamais su pourquoi, attendu que la mythologie n'est [u'une variété de la féerie et que rien n'est moins classique ' ndrillon;ce système, dis-je, sert uniquement à parquer les élèves au milieu de personnages de convention, qui ne sont ni vivants ni morts, il en résulte que l'Acbilledu premier prix a les yeux noirs, les cheveux longs el nnteinl de Mexicain, tanbis que l'Achille du Ier accessil a les yeux bleus, les cheveux courts et le Iront peau de satin. En revanche, le second a oïtiv à nos yeux surpris un Achille aux yeux verts comme uur meraudeel au corps violet comme une améthyste. Si j'avais u l'honneur de concourir pour le prix de Rome, je me serais régalé de peindre un Achille avec un nez à la Roquekture, une bosse dans le dos et un œil plus petit que l'autre : el si, ce qui est probable, le jurj ne m'avait pas couronné à l'exclusion uV pus les autres, je i aurais sommé par devant les tribunaux de me prouver qu'en effet Achille n'était pas bossu el doué d'un fnez à 1 1 Roquelàure.

membres de l'Institut n'en savent pas plu

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moi sur Achille, qui n'a jamais existé, ils eussent été inévital blement condamnés, ce qui m'eût fort réjoui.

Sans demander à ces messieurs de taire peindre aux logistes des potirons en décomposition, il me semble qu'il serait tempJ d'initier un peu nos artistes à la vie réelle. Dès que ces courageux jeunes gens veulent représenter seulement un canonniei à cheval, il se voient obligés de recommencer leurs études de, fond en comble. Est-ce qu'il n'y a pas dans le moyen-âge et même dans l'histoire toute morderne des situations susceptible^ de remplir une toile. On croirait que l'Institut a peur que se; élèves ne remuent des idées. Il en faut cependant, et ce n'esi pas vous qui nous en fournirez, puisque vous n'en avez pas Quel inconvénient trouveraient les jeunes vieillards qui composent la section de peinture à ce qu'on donnât aux concurrents des sujets comme ceux-ci :

« Le neuf Thermidor. »

« Au fond, dans une tribune, M. Arsène Houssaye offre un verre de limonade à madame Tallien. »

Si vous craignez de réveiller les passions révolutionnaires, vous changez le lieu de la scène, et vous proposez ce programme :

« Abd-el-Kader ayant envoyé ses deux fils à Manille, ceux-ci font faire par leur interprète leurs sincères compliments mademoiselle Trombolina. »

Les époques et les personnages étant connus, au moins aurait-on une base pour apprécier la ressemblance et la couleur locale. Mais il faudrait pour cela chercher, s'ingénier, lire les journaux. Or, l'Institut ne lit pas les journaux, et il a peutêtre raison, car on n'y parle guère de lui que pour en dire pis que pendre.

xu

31 aortt 1866.

Hon dernier article sur les détrônés de 1866 me va m mie lettre à cheval qui ne peut venir que d'un souverain mis à pied. Mon correspondant me reproche, avec une hauteur qui rappelle les derniers mâts de cocagne, de traiter arec ce sans-gène d'aussi grandes infortunes. le ferai d'abord remarquera l'anonyme à qui j'ai déplu que mon sans-gêne, à l'égard des princes d'Allemagne, est amplement justifié par le peu de ménagement qu'ils ont toujours mis à me ratisser mes florins chaque fois que j'ai eu le tort d'honorer leur roulette «le ma confiance.

Je ferai remarquer, en outre, que les situations qu'un est habitué à qualifier de grandes infortunes, me laissent extraordinairemenl calme. Quand j'apprends qu'une femme qui gagne trente-cinq sous par joui' est obligée de passer deux nuits sur quatre à travailler, mus (eu l'hiver, pour nourrir ses trois

.•niants, je m'écrie :

— Voilà une grande infortune !

Mais quand je vois de grosses larmes rouler dans les yeux .1.' ['Agence Havas parce qu'un monsieur, par suite de circonstances à aiguille, ne va plus toucher que deux cent mille francs

par an au lieu de trois cent mille qu'il percevait par mois, l'unique sentiment qui se fasse jour chez moi, c'est celui d'une hilarité prolongée.

Comment, d'ailleurs, voulez -vous que ces infortunes, dont la grandeur m'échappe, soient prises au sérieux par âme qui vive, lorsque toute la résistance du vaincu consiste à sauver d'abord ses bouteilles de vin, et la stratégie du vainqueur s'applique surtout à les prendre d'assaut et à les boire.

L'instance qui se poursuit en ce moment dans la gare de Strasbourg, au sujet des alcools du duc de Nassau, promet même d'égaler en intérêt le procès des Thugs. Si j'étais appelé à me prononcer dans cette affaire (pas celle des Thugs), je ne pourrais m' empêcher de reprocher au vainqueur son manque absolu de générosité. Prendre les Etat s d'un voisin, c'est grave, mais ça se fait, il n'y a pas à discuter les usages; seulement, après l'avoir mis nu comme un petit saint Jean, ne pas nième lui laisser le vin nécessaire pour noyer ses chagrins, c'est pousser le rigorisme à ses plus extrêmes développements. Si on lui demande le vin qui se trouvait clans ses caves au moment de son départ, et qu'il a envoyé en consignation à Strasbourg, dans l'intention possible de s'établir un jour à Bercy, il n'y a aucune raison pour que les commissaires prussiens ne lui adressent pas cette nouvelle réclamation :

— Quand nous avons pénétré dans votre salle à manger, nous avons parfaitement aperçu sur la table un restant de gigot, qui a disparu depuis. Veuillez nous le faire remettre avec le manche qui est probablement en argent, ou nous plaidons jusqu'à la consommation des siècles, des duchés et des gigots.

En attendant, le procès du gigot, nous avons celui des bouteilles de vin. Je serais assez curieux de savoir quels seront les moyens de défense du duc de Nassau. A sa place je déclarerais awlaeieuscment que ce sont mes bouteilles qui se sont enfuies de leur propre mou veinent, préférant l'exil à la honte d'être vidées par les annexionnistes. Walheureuseflieni la Prusse, pour

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i l'argument, serait capable de demander qu'on Ri

voler lea bouteilles de vin,

Si tel est, moncfr i mdant, l'ensemble des opérations

trous appelas de grande! infortunes, Il Tant que la sature

.m distillé a votre intention un triple extrait de sensibilité.

me rappelai ce jeune homme de la campagne qui, étant

voir le Chapeau de paUU (tltêHt, pleura almiid iiinieiil

tiit 1rs deux tiers de la pièoi , Quant on lui demanda les motifs de soi chagrin, Il répondit que l'entrée de Grassot avec rop petits lui avait causé une émotion extruordinaire, attendu qu'ayant lui-même les extrémités très sensibles, il ut- pouvait Toir, sans s'attendrir, quelqu'un souffrir des pieds. Si j'avais sur moi des compliments de condoléance, je les adresserais plutôt aux professeurs efc ►nie qui se voient

obliges, à la suite des bouleversements européens, de refaire continuellement leurs études et oellea de leun Je

■ l'Observatoire lui-même de me dire, à première réquisition, quelles sont maintenant les bornes de l'Autriche et celles

ii Bavière. le ne sais pas jusqu'à quel point les collégiens se aéraient pas en droit de refuser désormais d'étudier une

neequi change tous les jours, et d se truffer le cerveau d'un tas île noms propres qui disparais» ni dans la nuit.

.l'anime l'antre leur à la même table qu'un petit garçon qui mil eu a sa pension le prix d'histoire et de géographie. ( ette haute distinction lui avait été accordée a la suite d'une

position remarquable où il avait décrit à une demi-lieue près, l'étendue des Etats qui composaient la Confédération germanique, les productions, les mœurs, les délimitations territoriales et, je crois, les BOBUI des BOUVeNLUS gouvernant les-

dits Etats. Quand j'ai apprise cet intelligent petit bonhomme qu'il n'y avait plus de Confédération germanique et que le duc

v . iu était a Strasbouif en trais de eoUer ^on vin. il s misa pousser des cris effroyables. U était convaincu qui

.OiiiiMsitK.ii allait être déclare.', par le COftSei] académique,

nulle et non avenue, et quoi que nous ayons fait pour le rassurer, dès qu'on sonne, il s'imagine que ee sont les Prussiens qui viennent lui reprendre son prix.

Cette situation est du reste, à peu de chose près, celle de Richard Wagner qui. ne sachant plus à quel pays il appartient, se décide, assure-t-on, à se réfugier en France où il doit revenir prochainement armé de son Lohengrin qui sera vraisemblablement joué cet hiver à l'Opéra. Richard Wagner, qui a été jadis condamné à mort en Saxe comme conspirateur, a été exécuté à Paris le soir de la première représentation du Tannhanser, mais j'ai toujours eu l'idée que cet égorgement servirait un jour de pendant à l'affaire Lesurques , et que la réhabilitation n'était pas loin. Mme de Metternich , dont on décrit constamment les robes dans les journaux, a seule protesté contre le tumulte, et je suis convaincu que son courage dans cette circonstance lui sera compté au jour du jugement beaucoup plus que ses toilettes. En effet, j'ai entendu en Allemagne plusieurs morceaux détachés de celte partition sitôt livrée aux étrangleurs de l'Inde, et tous m'ont paru excessivement remarquables. Je ne parle pas de la fameuse marche qui est un chef d'œuvre reconnu, coté et contrôlé, ce qui est déjà bien joli après une chute, étant donné tant de succès dont il ne reste . rien du tout. Mais si vous faites observer à ces êtres insupportable qu'on nomme des dilettanti que telle partie du Tannhauser est très-belle et que telle autre n'est pas mal non plus, il vous répondent volontiers :

— Je ne dis pas non, il y a un superbe quatuor à la 7e scène, l'air de bravoure a un caractère tout à fait grandiose et le finale du troisième acte a une tournure magnifique, mais l'ensemble est impossible.

Ce qui me laisse croire que, malgré l'impression première des dilettani m qursiion qui ont sifflé Guillaume Tell et chuté la Traviata, Richard Wagner pourrait bien être un musicien d'un ordre supérieur, c'est que je connais peu d'opéras dans

I \ GRANDI BOHI mi

l< «quels "ii poisse signaler plus de quatre ou cinq beaux mor-

m\. Wagner s'a pas seuletnenl mes sympathies parce qu'à

me époque ou tant de musiciens ><nii décores, ç i vous change

ii d'en voir un condamné ;i mort, non; laissa bouillir le

mouton, comme disent les gens mal élefés, il est Irès-possible

[que le Lohengti* déchire d'un Benl coup d'archet tontes les

caricatures qui ont circulé sur le Tannkauter. ren serais,

quant ;i moi, d'autant plus heureux que ce sérail pour mes

concitoyens la deux cent mille et unième occasion de répète]

h n<- mus qu'une cluse, c'est nue je ne sais rient «lu Irère

ite, l*in?enteur du palais de cristal.

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