LA CI)3TAG
De deux choses Irois : iron d'Estngaud p<
nifie 1 s gens d'un certain inonde, * t alors il ne ivste pins qu'à donner l'extréme-onction à une société où d'; imables escrocs joucnl ;i la Bourse des sommes qu'ils n'onl pas, el ner pa • d< s Femmes enl - i les différend - qu'ils se lr vont avoir à payer en liquidation. Du mom jolis
messieurs soi-t reçus dans les meilleures ; laisons, qu'ils pos- .• 3 . ileries de tableaux qu'on vicnl visil tleri-
nage, el qu'ils exercent môme une certaine influent
me publique, il n'y a pas deux partis à prendre : les gens non encore gangrenés n'ont plus qu'à faire un paquel de l< hardes et à s'expatrier, dussent-ils aller jouer de la guitare à
;■. dans les cal erts, à l'insl ; les guitaristes
l'Alcazar, qui sonl tellement Belges que tout Paris les prend pour des Tyroliens.
2° Ou le baron d'Estngaud est un personnage aristopluuesque, un type vivant el exceptionnel auquel l'auteur a voulu
li LA GRANDI: fcOHÊME
restituer sa véritable physionomie, el alors il fallait parsemer ce caractère de traits assez personnels pour que le public pût s'écrierde temps en temps : Oui, c'est lui! Mais, dans cette hypothèse, il est bien (''vident que la censure aurait immédiatement reconnu L'homme et qu'elle ne l'aurait pas laissé passer. Or, si la censure ne l'a pas reconnu, elle dont c'est le métier d'avoir l'œil ouvert sur les allusions et les personnalités, comment voulez-vous que je le reconnaisse, moi naïf?
H'1 Ou le iule du baron d'Estrigaud est une simple fantaisie, et la Contagion n'est qu'une pièce d'intrigue comme Michel /'< rrin et la Bergère de la rue Monthabor, et alors je suis surpris que M. Emile Aubier ait choisi pour figure principale un personnage qui devait fournir à sa comédie si peu de situations.
Dans le cas où M. Emile Augier aurait voulu peindre, ce que je crois, une des généralités de la vie moderne, il a, il me semble, manqué de fermeté et même de logique. Pour que d'Estrigaud fût vrai, il fallait qu'il fût vainqueur. Au lieu de voir au cinquième acte les honnêtes gens se retirer de lui, la pièce aurait dû se terminer sur son triomphe définitif. M. Augier nous montre un homme qui est arrivé par l'audace et par l'élégance. Ce roué, cet intrépide, cet irrésistible couronne son édifiée de fausse gentilhommerie par un mariage honteux avec une fille perdue, qui a commencé par se promener dans des terrains vagues et qui a fini par en acheter. Seulement comme le baron d'Estrigaud verrait son honneur de contrebande ruiné par le vandale d'une pareille mésalliance, il imagine la plus infernale des machinations. Blessé légèrement dans un duel, il se fait passer peur mourant, se marie in extremis avec celle qui doit l'enrichir, ci une fois que le notaire y a pissé", il laisse déclarer par son médecin que tout espoir n'est pas perdu et que le moribond de tout à l'heure pourrait bien être le millionnaire de demain matin.
Cette invention c-t très-ingénieuse, mais elle ne serait concluante que si ies autres personnages de la pièce en étaient
LA GRANDE BOHÊME Ifi
dupes jusqu'à la fin. Or, ce baron d'Ëstrigaud si intelligent, fti grand seigneur et si dipl maate est, au dénoûment, deviné et lé par un simple bourgeois qui débine le truc (argol de couli I s d'Ëstrigaud a une raison d'être à condition que l ri a ne triomphera pas. Si elle triomphe, il rentre dans la paliers d'industrie ordinaires, et des plus vulgaires proxénètes.
ntion de M. Emile Augiera été évidemment excellente, et son remarquable talent n'est même pas en cause dans le demi-four de la pièce de l'Odéon. 11 avait entamé un sujet, il fallait y enfoncer la plume jusqu'au manche. L'idée de M. Emile Angier était évidemment celle-ci : il y a en France un grand nombre de malhonnêtes gens qui vivent entourés d'honneurs, de richesses et de considération. Il n'a pas osé ajouter : qui meurent honorablement dans leur lit et qui ont beaucoup de monde à leur enterrement.
Ce sont ces n 3 qui Tout perdu. Je sais parfaitement
que M. Augier pourra répondre que s'il essayait de prouver au théâtre qu'un malhonnête homme réussit tout aussi bien qu'un homme rempli de probité, il n'y aurait pas dans les ministères assez de veto pour arrêter son manuscrit. Mais quand on ne peut pas Unir une phrase, il me parait bien inutile de la commencer. L'art dramatique est dans une situation telle que lorsque le public croit entendre un mot qui signifie quelque chose, il se dil immédiatement :
— Je me trompe, ce mut ne signitie rien, car s'il signifiait quelque chose on ne l'aurait pas laissé passer.
Je crois que la dernière heure est venue pour les pièces bâtardes dans lesquelles les auteurs sont obligés d'acclamer de gros mensonges pour avoir le droit de lancer une toute petite vérité. La raison et le bon s nsnese coupent pas parla moitié. Les comédies dans le genre du Baron d'Ëstrigaud doivent rester en portefeuille jusqu'à ce qu'elles puissent voir le jour autrement que par une lucarne. Puisqu'il est impossible de tout
dire, mieux vaul renoncer à ces tentatives avortées dans lesquelles, si on ne ménage pas cenl mille chèvres, il est interdit de croquer un chou, fut-ce un chou de Bruxelles.
Ces observations que je crois justes, car si je ne les croyais pas justes je ne les aurais pas écrites, expliquent l'espèce do tangage qui agite d'ordinaire les salles quand on joue des ouvrages de cette nature. Dégagé des évidentes préoccupations politiques qui retiraient aux spectateurs nne partie de leur lucidité, le Baron d'Esîrigaud eût peut-être mieux réussi; mais je doute que le succès eût jamais dépassé un certain degré réaumur d'enthousiasme ou même d'estime. A part deux ou trois scènes violentes dont je me dispenserai de faire l'analyse, attendu que tous nos lecteurs en connaissent probablement déjà la substance. Ces cinq longs actes sont écrits sur un ton de marivaudage intime qui jure avec la hauteur des plafonds et la profondeur des décors de l'Odéon. Tandis que tout se passe en conversations spirituelles, la plupart du temps, mais enfin en conversations, le troisième plan du théâtre, silencieux et désert, a l'air préparé pour une invasion de cavalerie. On aurait fait, de temps en temps, passer un vaisseau dans le fond, que jonc sais pas si la pièce y aurait perdu.
Un des défauts de la pièce est de mettre en scène des percés tellement vicieux qu'on ne se rend pas toujours un compte suffisamment exact de leurs actions. Ainsi, au second acte, le baron d'Estrigaud reçoit, dans une des salles attenantes a sa galerie de tableaux, une jeune veuve qu'il courtise sans projet bien arrêté. Au moment ou il lui fait une cour tempérée, un domestique apporte le cours de la Bourse. Le baron s'est mis la veille à la baisse, la rente a monté de deux francs. Il perd huit cent mille franes sur l'opération. Il s'est ruiné. Alors, s:ms hésitation comme sans préambule, l'impudent baron complote d'épouser la jeune veuve qui est millionnaire.il se précipite à ses pieds et s'y traîne avec toutes les protestations de l'amour le plus compromettant. Son projet est de perdre de ré-
Plusieurs qui avaient changé de cavaliers m'oal rappelé involontairement le poulpe dont Victor Hugo nous a récemment donné une si magnifique description. Je supputai malgré moi le nombre de victimes qu'elles avaient bien pu faire dans intervalle de douze mois. Je me demandai avec une curiosité ni d'effroi au fond de quelle grotte elles cachaient les squelettes des gandins qu'elle avaient dévorés jusqu'aux os. Je songeai qu'une bonne parue de la jeunesse française est composée de fiers imbéciles, et une larme silencieuse coula sur ma joue brûlante.
Mais ce qui m'a surtout frappé dans la revue de cet escadron volant — volant tout ee qui lui tombe sous la main — ce sont les ravages que le temps exerce quelquefois d'une année à l'autre sur ces coureuses des bois. Bon nombre d'entre elles, qui Mûrissaient en 1865, paraissent avoir reçu en 1N6G cette sommation par -huissier que l'âge dépose un beau jour chez leur concierge, et que nous nommons, dans notre langage fantaisiste, le coup du lapin.
Si on me demandait une définition exacte de ee mot : coup du lupin, je ne pourrais pas la donner, mais j'ai remarqué que les mots que je ne comprenais pas étaient presque toujours ceux, qui rendaient le mieux ma pensée.
Ce fameux lapin a fait des siennes depuis la saison dernière : Une femme t'ait encore très-bien aux lumières. Ses épaules sont pleines, ses joues soutenues, ses veux limpides. Tout à coup, elle apparaît un soir, le teint plombe1, le nez tuméfié, les clavicules concaves et les paupières sanguinolentes. On s'interroge de tous côl
— Qu'a-t -elle ? Dieu ! comme elle est changée en peu de temps. 11 y a évidemment sous jeu quelques chagrins de lamille ou quelque désespoir d'amour.
11 n'y a rien de tout cela. 11 y a simplement le lapin qui est venu et qui sans préparation, sans avertissement, sans miséricorde lui a donné le coup en question.
Je regret) e de ne pouvoir m' écrier comme le Corrége : « Kl
moi aussi je suis peintre ! » Il y aurait peut-être là l'idée d'un tableau de genre à la fois saisissant et instructif: Une femme est assise el pleure les yeux fixés sur une lettre dans laquelle l'homme qu'elle aime lui envoie un éternel adieu. Au fond un lapin entrebâille la porte et avance sa patte avec précaution vers l'infortunée, afin de lui donner, sans qu'elle s'en aperçoive, un grand coup sur la nuque.
Je livre aux méditations de M. Ingres ce sujet improvisé, et je suis convaincu que, traité avec intelligence, il aurait autant de succès que la plupart dos tableaux officiels.
Malgré ces inconvénients auxquels les femmes honnêtes ou non ne se soumettent qu'à la dernière extrémité, Longchamps nous prépare, assure-t -on, d'innombrables surprises. J'ai déjà du re^te, remarqué aux dernières courses de Vincenncs, que la coiffure des dames en vue est complètement transformée. Leurs cheveux, ou plutôt ceux des autres, leur tombaient d'abord dans le cou; ils remontèrent ensuite sur le haut de la tête, à ce point qu'on fut obligé de faire un grand trou dans les chapeaux, afin de laisser passer le chignon. Aujourd'hui il i st du dernier genre de laisser ses cheveux se répandre sur les épaules, sans peigne, suis épingles et sans filet, môme invisible. Vous vous rappelez tous, dans les anciennes gravures, Geneviève de Brabant nue comme un ver et utilisant sa longue chevelure au profit de la sainte pudeur. Voilà tout simplement la coiffure actuelle ; avec cette différence que celles qui l'arborent sont un peu plus velues à cause du préfet de police.
J'ai cru d'abord que cet étalage au grand jour de la publicité était une protestation contre l'effrayante invasion des fausses nattes. Des jeunes gens qui .fréquentent les femmes à qui on passe facilement la main dans les cheveux, m'ont assuré que ceux que j'avais remarqués étaient tout aussi faux que les autres, et qu'ils étaient simplement rattachés en dessous, de manière à ce qu'ils pussent se confondre avec le système capillaire de l'impétrante.
putation la riche marquis,', afin de la forcer à lui donner sa main. Eli bien! le public ne m'a pas semblé comprendre parfaitement les motifs de ce changement subit de mise en scène. C'esl seulement à la scène suivante que tout a été expliqué. Malheureusement an théâtre il faut, non que l'effet suive l'explication, mais qu'il la précède.
Deux, ou trois t'ois encore dans le ((jurant de l'action, on a de ces surprises. La clarté manque tljus certaines parties, et je n'ai pas retrouvé dans le Baron d'Eslrigaiulh netteté, la franchise de dialogue et la facilité de riposter qui. d'ordinaire, donnent une couleur particulière au style de M. Emile Augier.
On sent un homme de talent mal h. l'aise dans son sujet, car le titre la Contagion y est péniblement justifié, et il est facile de voir que c'est sur le type de d'Estrigaud que s'est porté tout l'effort de l'auteur.
Je ne suis pas assez feuilletoniste de théâtre pour donner mon opinion sur la façon don! l'ouvrage est joué. Je n'ai d'ailleurs pas à parler des acteurs puisque je n'ai pas raconté h pièce. Tout ce que j'ajouterai à cette étude à vol d'oiseau, c'esl qu'il y avait un grand nombre d étudiants dans la salle et un [tins grand nombre encore sur la place; qu'ils ont prouvé par leur attitude qu'ils sont amis de ce qui est vraiment beau et à l'abri, eux du moiiis, de la contagion morale dont nous souffrons. Allons! Allons! nous sommes probablement encore destinés à voir de grandes choses.
23 mars 1866.
Les c iirses de Vintennes el l'étang du Bois de Boulogne on: cela de particulier qu'à chaque nouveau printemps on y retrouve celles que nous appelons les femmes de l'année dernière. Quelques-unes onl déjà repris leur service, et lancenl sur les jolis messieurs en jaquette des regards qui ne sont pas
• entièrement dégelés. Rien n'est curieux, pour l'homme naturellement méditatifeomme ces fluctuations de la galanterie, L'une qui, il y a douze mois à peine, se promenait seule, en robe de foulard, sur le gazon des contre-allées, se dorlote aujourd'hui en robe de velours dans une bonne calèche, en compagnie de madame sa maman; car beaucoup d'entre elles qui, au printemps dernier, étaienl orphelines, se sont p iyé dans l'intervalle une maman sur leurs économies, et quand nous avons eu
availleurs de l nous avions depuis longtemps déjà
la mère de la travailleus
D'autres qui, au contraire, inauguraient le printemps dernier par les boucles d'oreill longu - con i des cordons de
ttes el par sang de bœuf, onl subi les chance i
mauvaises du baccaral de l'amour 1 1 s'exposent aujourd'hui à l'intempérie du mois de mars les oreilles nues el les ép, aies faiblement couvertes
Gegem (Turc dil queue de cheval paraît dei Kre
utopie1 pour les jours de courses suc toute l'étendue du terrisi, M. je me plais à espérer que «'«t hommage rendu à lie al in' sera i<- dernier. Si les Femmes avaient réellemeni loutc la finesse qu'elles se vantenl de posséder, elles se , aes depuis longtemps que la passion furibonde Français |» mr les chevaux leur a tait le plus grand tort. Il n'y a pas aujourd'hui une beauté, fût-elle du premier degré, qui puisse lutter contre Vaueresson et Fitz-Australian. La femme entretenue sera avant peu de temps, remplacée parle ..il entretenu. An lieu donc de venir apporter l'autorité «le leur maquillage aux luttes courtoises de ces animaux si dangereux pour elles. i,- pins vulgaire bon sens leir conseillait
rester Chez «Iles 1rs jours de courses, et de ne pas «' muer.
par ; sence sur le turf, un attrait de plus à des combats
doiii elles ne sont pas l'enjeu.
Il se perd à chaque steeple chase d<s sommes fabuleus qu'elles auraient eu tout intérêt à diriger versleurs caiss s. Leur conduite était loute tracée : Quand elles ont vu «pie les chevaux commençaient à leur damer !«■ pion, elles n'avaient qu'à se réunir, surtout maintenant «pie les coalitions sont autorisas, et, par les serments les plus solennels, elles se seraient engagées à ne jamais reparaître sur la piste.
Com ne la culture du cheval est au résumé une affaire de pure vanité, au bout de quelques mois, les hommes s.- trouvant >eiils en tète à tète avec leur, «•talons, auraient compris qu'ils jouaient un jeu de dupes et les Femmes auraient alors dicté leurs conditions.
Au lieu d'organiser ce sage complot qui assurait leur prépondérance, elles ont misdehors leurs plus scintillantes par d'acier, et leurs boucles de ceinture les plus extravagantes, et dlcs arborent la coifFure queue de chenil pour aller voir l'argent de la France, cet argent qu'elles ont quelquefois tant de 'pou loutir «luis te gouffre des poules à vingt
francs. ï! ne leur reste plus guère qu'une ressource aujourd'hui^ c'est de disputer la place aux chevaux en essayant de courir efles-mêrnes. Puisqu'il est convenu que la course améliore,! je ne vois pas pourquoi on ne l'appliquerait pas à nos cocottes qui ont tant besoin d'être améliorées. !1 est certain que l'enceinte du pesage offrirait une extrême animation le jour où on prendrait M"eCoraà quatre contre un, et oii on apprendrait que M"8 Finette est tombée les quatre fers en l'air un peu avant le poteau d'arrivée
Mais je m'aperçois que je traite là des questions demi-mondaines et indignes d'un chroniqueur qui se respecte. Il est vrai que les nouvelles manquent. Havas-Bullier, à quoi diable pensez-vous ? On nous avait promis des ; hoses excessivement palpitantes, et rien n'aboutit. C'est tout ou plus si, de loin en loin, on parle un peu de la Butte-aux-Gailles. Et encore, n'ose-t-on rien écrire à ce sujet, de peur de recevoir immédiatement une rectification. Car, veuillez en prendre note, l'humanité est ainsi faite : si vous dites de quelqu'un qu'il a un grand talent et que c'est le plus honnête homme que vous connaissiez, jamais il ne réclame, même quand il sait que ces assertions sont complètement erronées.
J'invoque la bonne foi de mes confrères. Ont-ils jamais reçu par ministère d'huissier une lettre dans laquelle un monsieur leur disait :
« Vous prétendez que je jouis dans mon département d'une excellente réputation et que ma fortune est bien acquise. C'est rreur, je suis un homme complètement taré et c'est à - que j'ai pu me créer une petite aisance.
» Je vous prie, et au besoin je vous requiers, d'insérer cette rectification dans votre prochain numéro. »
ez le droit de mentir tant que vous dites du bien is, en revanche, la vérité vous est interdite quand vous voulez en dire du mal. C'est une compensation.
sn Hun
Ou un journal est grand ou il est petit. Aux grands journaux m reproche de détourner le citoyen des choses qui l'intén pur Le jeter dans les théories politiques. Aux petits journaux * reproche de démoraliser les sociétés en remplaçant la poli-
ique p ir des anecdotes et des nouvelles à la main. Il faut pourtant qu'une porte soit ouverte ou fermée, et si un journal n'est pas grand, il ne lui reste guère d'autre ressource que celle l'être petit; à moins toutefois que nous ne remplacions 1rs pands el les petits journaux par les journaux moyens. El en- .,„v, comme la démoralisation serait probablement la o trouverait-on des orateurs pour prouver à l'Europe attentive si la fondation du Soleil qui a fait perdre à Napoléon I"r ;oo.
Je n'ai certainement pas reçu du ciel la mission de relever toutes les banalités écloses cette semaine sur ce sujet ; mais je me demande pourquoi ou nous accuse constamment de nous nourrir de scandale. Ko admettant (pie nous soyi us réduits, faute de timbre, à nous ingurgiter eu effet cette nourriture d'ailleurs indigeste, il est certain que si la petite pr<
nourrit de scandale, c'est qu'il y a des scandales, si vous entrez dans une auberge cl que vous demandiez pour votre déjeuner un salmis de bécasses, il esl évident qu'on pourra vous le servir à la condition seulemenl qu'il y aura des bécasses dans la maison.
Il \ous répugne de nous voir nous nourrir de scandale-: très-bien : empêchez alors les gens de nous scandaliser. Au lieu de donner dix mille francs par mois à des Gotons qui seraient déjà trop chères à cent sous par jour; au lieu de risquer sur un coup de carte la fortune de quatre ou cinq familles; même Benoîton : au lieu de payer cinquante mille francs pièce drs chevaux qui s.' cassent les deux jambes à leur premier steeple-chase; que les Français, sans prendre absolument la soutane de l'abbé Liszt, rentrent dans la vie possible, cl nous pourrons encore nous nourrir de pommés de terre frites, mais nous ne pourrons plus nous nourrir de scandale.
Nous sommes, par état, les historiographes de la société au milieu de laquelle nous vivons. Si elle est scandaleuse, tant pis pour elle. Je ne peux pourtant pas, dans le but de faire plaisir à un député départemental soutenir que Mlld Sucre d'Orge est une honnête fillequaud ses amants sont en si grand nombre, que chacun d'eux pourrait être condamné pour association de plus de vingt personnes; je ne vOUx pas non plus m'extasier sur la probité du banquier un tel, puisque tout le monde sait qu'il a place'' toute sa fortune en Angleterre depuis la rupture du traité d'extradition.
Si personnellement encore nous donnions les exemples du qu'i n incrimine dans nos articles; mais il faut reconnaître que nos scandales, à nous, affectent un caractère bjen anodin. En faisant mon examen de conscience, je me suis rap-, pelé être monté jeudi dernier au foyer des artistes du Païais- Ko\al, oii j'ai fait compliment à M11, Relier sur la fraîcheur de toilettes, .le ne pense pas qu'il y ait dans cette démarche une menace contre la société. Or je serais très-surpris si nos
confrères do petit format avaient des délits plu reprocher.
Après la question des journaux, a reparo celle des théâtres, et il a été généralement convenu que les pères ne pouvaient plus >• mener leurs filles, Je vais dire aux pères une chose qui va peut-ôlre les étonner :
— Vous oe pouvez pas mener vus filles au théâtre, eh bien! ne les y menez pas.
si. pour sauvegarder l'innocence des jeunes filles, on doit jouer des pièces où il sera prouvé que les enfants naissent dans le cœur des salades et que M""' Dubarry était simplement la sœur de Louis XV, j'aime autant Guignol qui a au moins pour lui de rosser le commissaire. Vous voulez mener vos filles au théâtre, laites alors un théâtre pour elles. Le Demi-Monde est une comédie très-remarquable ; il est clair cependant que Dumas fils, en l'écrivant, n'a jamais eu l'intention de la dédiei aux demoiselles de son temps. Un homme qui s'écrie avec u\\ • noble indignation :
— Nous ne pouvons pas mener nos filles au théâtre! ne me parait pas beaucop plus extraordinaire qu'un autre homme qui dirait :
— Nous ne pouvons pas mener nos filles au bal d'Âsnières ni au jardin Bullier.
On ne peut pas plus obliger le théâtre moderne à se mettre au niveau de l'intelligence et de l'éducation des jeunes filles, qu'on ne peut nous forcer à faire de la tapisserie ou à broder mouchoirs de batiste. Il y a du reste une épreuve bien facile .:: tenter : que l'honorable moraliste qui se plaint de ne pouvoir mené.' ses filles au spectacle, bâtisse un théâtre spécial destin ! à la jeunesse féminime, qu'il y joue des pièces dans des données comme celle-ci.
€ Léocadie, âgée de seize ans et demi, a un perroquet trris avec lequel elle a été élevée et qu'elle affectionne absolument comme s'il était de la famille. Un jour le perroquet disparait
16 LA GRANDE BOHÊM I.
tout à coup. Démarches, n de toutes sortes, promesse -
réitérées de récompenses honnêtes, rien n'y fait. Enfin, à la
ne quatorze, an moment ou l'intérêt est sure* ité au pins liant point, Léocadie apprend par le concierge (rôle comique) que c'est la bonne gui avenduleperroquel gris, après avoir pris la précaution de le teindre en vert pour dérouter les soup-
Voilà certes un ouvrage dramatique à la représentation duquel un père, si rigide qu'il soit, pourrail mener ses filles, Sou, , is oublient trop, c'est qu'un directeur
i pudibond pour jouer des pièces de ce calibre, verrait au
il de quinze jours la faillite venir prendre possession de soi! contrôle.
Si la littérature dramatique est faite pour les jeunes filles, il
en doit être de même delà peinture. Alors j'ai le droit d'être
suiv is que, puisqu'on a tonné toute la semaine contre les
urnalistes el les auteurs, on n'ait pas profité de l'occasion
ir sti pnatisi r les : aucun scrupule
d'exposer sous le nom de Venus, Diane chasseresse et autres divinités mythologiques, mais indécentes, des nudités qui, chose révoltante, obtiennent quelquefois la première médaille.
• suis laissé dire que le salon de cette année serait plein de ces sujets, devant lesquels les pères n'oseront pas mener leurs filles. Si nous sommes pris réellement de cet accès de pudeur fo idroj inte, ayons au moins lecouragede notre chasteté, sclaronsparunplébisciteYrael'An^fc'gu^deM. Ingres, aujourd'hui sén Mée dans le jardin du Luxembo comme attentoire aux bonnes mœurs el à la vertn des jeunes
llli: .
Voilons sous une imi lense feuille de rigne toutes les Vénus du ritien, el d imolisssons à coups de marteaux les trois quarts des antiquesdu Louvre, donl le marbre sera converti en de&le cheminé
i v (,ii \ H DE ".'iin i
M. Ingres el le Titien ne s'étant jamais inquiétés de ce que les jennes tilles pourraienl penser de leurs tableaux, je ne
pourquoi M. Barrière el •!. Sardou s'inquiéteraient d< qu'elles pensent de leurs pièces. Remarquez que si le tii iâtre entrait réellement dans la voie virginale qu'on lui indique, ci qui oui demandé cette réforme seraient les premiers attrapés; car il est fâcheux d'avoir à le constater, la tartuferie qui a <li-— paru à peu près complètement de i religion a été en grande partie transportée dans les mœurs.
i. académie de musique a aujourd'hui le droit do choisir son répertoire 1 1 ses chanteurs : elle peut, si Ihjii lui sembli senter de grands opéras à l'usage des demoiselles. Nous vérron ce tille lui durera la subvention. En attendant, la direction doil être quelque peu embarrassée de la liberté qu'on lui rend. Il n'y avait peut-être qu'un homme qui ne la demandait pas. et c'est précisément à celui-là qu'on la donne. Ce qui ne peul manquer de refroidir les compétiteurs de M. Perrin, cesonl les 500,000 francs à déposer pian- le cautionnement. Du moment où le directeur de l'Opéra administre à ses risques et périls, les 500,000 francs se trouvent naturellement risqués, il en résulte que les gens très-riches pourront seuls aspirer à la direction de l'Opéra. Or si la richesse ne fait pas le bonheur, elle ne fait pas davantage l'intelligence. Généralement quand?un homme sérieux se met à la tête d'une grande affaire, c'est pour acquérir la fortune qu'il n'a pas el non pour manger celle qu'il a. Si en dirigeant l'Opéra il faut s'exposer a absorber le capital i!e 25,000 francs de rentes p iu ■ en g igner annuellement 18,000, je ne vois pas un est la spéculation,
Le titre de directeur de l'Opéra est incontestablement trèsagréable à porter, ma s cinq cent mille francs ne sont pas désa blés non plus. Il y a ceci :> craindre, c'est que par la canicule de juillet, au moment où le soleil entre dans le Lion el où t us les amateurs de musique sont aux bains de mer, le directeur, voyant s, !,■ niveau de ta Seine, ne n -
LA 'Il INDE UOIII M i
prenne ses cinq cenl mille Francs en déclarant qu'il rentre dans 1 1 vie pri\
L'Opéra se trouverait alors sans directeur, ce qui livrerait te corps de balli i à des fantaisies inénarrables. Le sculavantage qui, à mon avis, résulte pour M. Perrin du nouvel ordre de choses, c'est que quand V Africaine ne fera plus d'argent, i! pourra reprendre la Biche au Buis.
30 mars H
Longchamps, la semaine sainte, la cherté du poisson ei l.i rsion prochaine de M . Guizot, tels sont les faits qui se partagent la situation. Quoique au premier abord ces questions Remblenl très-disparates, le monde a fini par les amalgamer de m ii a en faire un tout fort présentable. Les mod s nouvelles, jelles que jupes courtes, demi-bottes s'arrêtant à la naissance lu mollet, cheveux dans te dus et chaînes Benoiton s.' marient très-bien avec les sermons du père Félix et les adorations perpétuelles. L'espèce de Ramadan que nous travi ps ns au milieu larmes et des c meerts, d< s génuflexions cl des promenades au bois de Boulogne, rappelle vaguement ces tables d'h d'Allemagne où l'on fourre des confitures de groseille dans i, ■tricots de mouton.
Une honnête bourgeoise, même de celles qui pratiquent, i e se fera, par exemple, aucun scrupule d'utiliser la passion de Noire-Seigneur au profil de l'anse du panier, et après avoir ichetê une barbue quarante sous, de la taire payer six fram son mari sous prétexte qu'il j a eu très-peu d'indulgen relie année. Pour les capitulations de conscience, nous n'avi ps nos pareils, en religion, en morale et en politique,
Je pense que les catholiques, amis de M. Guizol père, ont choisi cette semaine de préférence à toute autre pour répandre dans les masses le bruit de la prochaine abjuration de ce célèbre protestant, qui n'a jamais beaucoup aimé les protestations, à en juger par l'accueil qu'il faisait, étant au pouvoir, à celles qu'on lui adressait. M. Guizol a soixante-seize ans et, pour peu que l'idée de changer de religion lui soit venue à dix-neuf ans et demi, il faut reconnaître qu'il a pris tout le temps de se décider. Ou ne l'accusera pas de pratiquer le système des abjurai ions spontanées. Ce que je craindrais néanmoins dans sa position, c'est que le publie ne se lit cette réflexion à peu près inévitable :
— Voilà soixante-seize ans que M. Guizol vit dans la religion réformée. Aujourd'hui il reconnaît qu'il s'est trompé et il entre dans la religion catholique. 3Iais puisqu'il s'est trompé pendant soixante -seize ans, qui me prouve qu'il ne se trompe pas encore?
Il me semble qu'un homme de la valeur de M. Guizot doit éprouver quelque embarras à répondre à la foule :
— Eh bien ! oui, je me suis laissé égarer toute ma vie par le nommé Luther, qui a abusé de ma crédulité et de mon innocence. Tout ce que j'ai dit et fait jusqu'ici n'a pas le sens commun, permettez-moi de passer à autre chose.
L'étonnemeni de la foule cessera comme par enchantement
le jour oii elle saura toute la vérité, c'est-à-dire que les hommes
politiques n'ont jamais eu et n'auront jamais d'autre religion
Ile dont ils ont besoin pour le triomphe définitif de leurs
idées gouvernementales.
On nous apprend au collège que la religion est la question par excelli nci . et à peine entrés dans la vie nous voyons continuellemenl des -eus qui sacrifient les intérêts d'en haut à ceux d'en bas. n en esl des hommes politiques qui passent d'une religion à un • autre selon qu'ils ont ou qu'ils n'ont pas besoin de taire entrer le pape dans leurs petites combinaisons, comme
i. \ GRANDE i-.iuii.Mi: ;i
des gens de lettres ou des pianistes qui prennent la soutan tant que les éditeurs les poursuivent en leur demandanl des romans ou des symphonies, ils pensent à tout, excepté h se tlllv lon urcr. Un beau jour ils s'aperçoivent que leurs volum s restent bien longtemps à l'étalage et que la seconde édition eni pas vite. I rin les envahit el ils se font prêtres.
v ia place du bon Dieu, je ne serais pas très-flatté de n'amener ainsi ii moi que les gens qui ne trouvent pas mieux. Ah! si on venait m'apprendre que le lendemain d'un grand succès Emile Ugier a pris la résolution d'entrer au séminaire et de s'y consacrer au Seigneur, je reviendrais sur mes idées a Quelles à ce sujet, mais tant que je n'aurai pas eu devant les yeux an de ces exemples de vocation foudroyante, je persisterai a croire, en appliquant ma manière de voir a M. Guizot, que i de notre monde qui le quittent pour entrer dans les ordres, copient involontairement ces vieux garçons qui se décident a se marier, alors seulement que les femmes des autres leur ont donné un congé définitif, et qu'ils ont besoin d'avoir une femme à eux pour soigner leurs rhumatismes. La inversion de M. Guizot, qui est rest ; le plus convaincu irotestants jusqu'au moment ou il a eu besoin de se foire catholique, aura peut-être un jour une raison d'être, en ce qu'elle permettraà l'ancien ministre de se mêler au débat (foi a lieu en ce moment dans les sphères théologiqnes a propos de divers pas delà Bible. Il parait que, de temps immémo- ,•!;• rs fourmillent dans les traductions de ce fameux
vin ut illustré par Gustave Doré. Et ce sont pré
ment les s qu'on u >us a appris à admirer depuis notre
enfance qui se trouvent bouleversés de fond en dans
les interprétations des novateurs. Ainsi cette phrase de l'Ecriture : « On ferait plutôt passer un chameau par le trou d une aiguille... » nous avaii toujours été vantée comme une image dune grandeur incomparable. Au fond,dèsla class me,
Même division, je trouvais cette hyperbole pou harmonieuse
et parfaitement ridicule. Seulement je n'en disais rien de peur d'être privé de sortie, et je me reprochais même quelquefois dans le silence de mon pupitre mon esprit de libre examen.
Aujourd'hui des savants versés dans les langues mortes viennent tout exprès de Mésopotamie pour nous dire :
— Français, on vous trompe : le traducteur de la phrase en question a commis le plus grossier des contre-sens. La véritable rédaction est celle-ci : « On ferait plutôt [tasser un câble par le trou d'une aiguille. » En effet, le mot chameau était insensé, le mot cable est très-logique.
•le partage absolument, quant à moi, l'opinion de ces Mésopotamiens ; mais si « chameau » est insensé, pourquoi, depuis des années, me répète-t-on que « chameau » est sublime. Et mes remords? qui me payera les souffrances morales qu'ils m'ont fait subir? J'avais donc raison quand je repoussais comme triviale l'image de ce chameau passant par le trou d'une aiguille. Mais si j'avais raison, pourquoi me privait-on de sortie chaque fois que ma précoce intelligence tendait à se manifester? Ce qu'il y a de plus triste dans l'histoire de ce chameau et de cette aiguille, c'est qu'elle jette un grand trouble dans les âmes les plus fermes. Elle nous prouve ce que nous devrions savoir depuis longtemps, c'est-à-dire que notre existence se passe à admirer des choses dont nous devons rire quelques années plus tard, et à fouler aux pieds ce que nous sommes destinés a chanter sur la lyre à sept cordes dans un avenir plus ou moins long. On ne se fait aucune idée du nombre de grandes choses et de grands hommes devant lesquels nous nous prosternons actuellement et dont le souvenir seul nous fera haus ser les épaules dms quelques années, que dis-je?peut être dans quelques mois d'ici, oh! laissez-moi croire que ce sera dans quelques mois!
C'est probablement à cette pensée philosophique que nous devons la croisade qui s'organise en ce moment contre la claque. Les théâtres en mal de pièces nouvelles poussent maintenant
e respect envers le publie jusqu'à faire annoncer que cette insituiiou d'admiration officielle sera désormais supprimée. Il est ertain que le spectateur parisien est devenu peu à peu assez atelligent pour qu'il soit inutile de lui faire souligner les pasremarquables d'un vaudeville en un acte par des mesàeurs mal mis, qui ont souvent le tort grave de lutter par des parfums à l'ail et à l'éehalotte contre le patchouli des premières loges.
Du moment que le public a pris le parti de siffler lui-même 1 n'a pas besoin que les autres applaudissent pour lui. En outre, » criant : bis! pendant que vous restez calme, un claqueur Mis tlit implicitement :
— Quel crétin vous laites de ne pas comprendre que celle vi'ne ls( admirable et provoque l'enthousiasme de tout homme intelligent.
Or, il est toujours désagréable d'être traité de crétin quand, on a déjà donné sept francs au contrôle. Mais la claque qu'où va se décider à abolir est encore la moins dangereuse de toutes et nous serions trop heureux, sous le beau ciel de France si ■s les claqueurs étaient dans les stalles de parterre. Hélas! hélas île cri de : « A bas la claque ! » si énergiquement formulé I la première du Baron d'Estrigaud par la jeunesse deFOdéon aurait une signification bien autrement douloureuse et devrait aire rentrer en eux-mêmes les applaudisseurs de toute nature. flpyez-vous que nos gandines auraient fini par tenir les femmes iionnêtes en échec sans l'armée de petits jeunes t eus en gilets ftolletés qui leur font escorte? Interrogez à la fois le claqueur m a applaudi le drame d'hier et le fils de famille qui applaudi) la cocotte d'aujourd'hui : l'un et l'autre veus répondrait probablement :
— C'est ce qu'il y a de plus méprisable au monde.
Avee cette différence que le claqueur sait ce que lui rapatrient ses applaudissements, tandis que le fils de famille ignore
• lui enfilent les siens.