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.le suis devenu insensiblement le marquis de Bièvredela presse non cautionnée. Je se peu* plus déclarer dans Une chronique que je n'aime pas les ('pinards sans qu'on se demande dans les kiosques qui I sens es !hé penl bien renfermer cette affirmation hardie. < ta se dit tout bus :
— Epinards (st évidemment mis là pouf graine d'épin
ce qui signifie, es d'autres termes, qu'il n'éprouve aucune sym* patine pour nos héroïques soldats.
El >>i le lendemain |'al la chance de fencontrerun homme en place, il m'aborde avec ''es mots :
— Vraiment, vous aile* trop loin. Hier encore vous avez publié contre l'armée une véritable diatribe.
l'ai beau jurer su- la léte et sur le ventre des ambassadeurs japonais que les épinards sonl seuls en cause.
— A\ee e i qtfon ne TOUS roimail pa^, nie répond fflOfl interlocuteur avec le froid sourire dn sceptique. Dans oh moment comme celui-ci, vous Êtes bien botnme à parler légumi
Voilà ma situation ; elle esl horrible; mais la voilà. Je viens de lire dans une publication ravissante, éditée par Hetzel, le Magasin d'éducation et de récréation, un conte de fée adorable signé P.-.T. Stahl, et intitulé la Princesse Usée. Je consens volontiers à la raconter à mes lecteurs; mais la plupart d'entre eux ayant passé l'âge de la première communion, auraient le droit de réclamer une nourriture moins anodine. Des amis m'ont l'ait observer que ce qui me tuait c'était mon insupportable manie de dire ce que je pense. J'avais cru jusqu'à ce jour que sous peine de passer en jugement pour tromperie sur la nature de la marchandise, j'étais engagé dans un journal pour exprimer mes idées à moi et non celles des autres. Je me rappelle être entré un jour chez un quincaillier pour acheter un cadenas.
Il ne nous reste plus de cadenas, m'a répondu le quincaillier, mais si vous voulez louer une maison de campagne, nous vous en offrons une charmante dans les environs de Bellevue.
J'ai été fort surpris, et je me serais fait un scrupule de causer le même étonnement aux abonnés au Soleil en leur livrant tout le contraire de ce qu'ils venaient chercher chez moi. Mais on m'a fait- comprendre que le commerce des lettres n'était pas comme celui delà bonneterie, et qu'au contraire un écrivain était d'autant mieux vu qu'il servait au public une marchandise plus frelatée.
Mon Dieu! je ne suis pas autrement obstiné. Du moment que la vérité déplaît dans les kiosques, je me sens parfaitement de force à y substituer de gros mensonges. Le moment me parait d'ailleurs arrivé de me faire bien venir, comme on dit en français de cuisine. Un directeur de théâtre reprochait à un jeune auteur de ne pas avoir intrigué suffisamment sa comédie.
— J'ai dépensé tant d'intrigue pour la faire recevoir, répondit le débutant, qu'il n'en est plus resté pour la pièce.
Je vois clairement que ce garçon était dans la bonne voie, et je creuse déjà le plan d'un petit livre où l'art de réussir dans
i v Cl MIDI BOHI mi
le inonde sera traité soin tontes lesfeces, et que je destin mon usage personnel sons ce titre plein de promess*
LE MAN1 il. DE i;imi;k.\m.
i Si tous ira envie d'entrer en qualité d'employé dans un ministère, au bleu d'écrire la lettre d'us
Monsieur le Ministre, Ma famille, mes goûts, mon éducation, tout me pousse à solliciter de Votre Excellence une place de surnuméraire dans l'administration qu'elle dirige avec tant d'éclat. »
Vous sollicitez une audience du ministre lui-même, et une i uis son cabinet, vous lui tenei ce langage :
— Excellence, il y a un an bientôt, vous aviez bien voulu me (aire promettre une place. Q y a six mois environ, vous avei renouvelé cette promesse. Ne pensez-vous pas aujourd'hui qu'il ^ii possible de la mettre à exécution .'
lu ministre a toujours promis un grand nombre de places. il se dit : i Tiens! il paraît que j'en ;ii t'ait espérer une àce monsieur, » et dans la crainte de passer pour un homme léger, il la lui donne, après lui avoir répliqué gracieusement :
— le ne fous avais pas oublié, j'allais même vous écrire.
ii«v de roua taire recevoir un vaudeville en un acte, gardez-vous^le le déposer naïvement chez le directeur, qui ut- le lit pas ou uni le t'ait examiner par un galfîUre. Allez simplement le trouver et dites-lui avec tontes les apparences d'une violente colère :
— Monsieur, j'ai déposé chez rous, il j i six mois, le manuscrit d'une comédie en cinq actes, dont le sujet est textuellement celui de Nos bon* Villageois, la nouvelle pièce de M. Sardou. H est évident, pour tout homme impartial, que vous avez communiqué mon oeuvre .1 M. Sardou, qui se l'est appropri hu reste, ce n'est pas la première Un< que vous vous livrez .1
ce commerce. Aussi mon intention est-elle devons citer devant les tribunaux, en détournement de manuscrit. Je demande vingt et un mille francs de dommages-intérêts, à moins que vous ne m'offriez une compensation immédiate, comme par exemple de me recevoir mon petit acte, le Nouveau Britannicus, que j'ai écrit en collaboration avec Bourtibourg, un homme inconnu, mais plein de talent.
3° Au cas où vous craindriez que, malgré cette manifestation comminatoire, le directeur refusât obstinément le Nouveau Britannicus, changez vos batteries, et, vous présentant a lui d'un air dégagé, annoncez-lui que sur le conseil d'Emile Augier vous lui apportez un acte dont le succès n'est pas douteux.
— Au reste, ajouterez- vous, ne vous inquiétez pas des petites imperfections que vous pourriez y trouver, Dumas fils m'a formellement promis de revoir la pièce et d'y donner un dernier tour de main.
4° Si vous convoitez les faveurs d'une de ces créatures délicieuses sous tous les rapports et spécialement sous les rapports intimes, faites semblant de la regarder comme une honnête femme. Même quand vous liriez écrit sur son chapeau : petite dame prenant des voyageurs en route, abondez dans son sens lorqu'elle vous raconte qu'elle va tous les samedis au faubourg Saint-Germain faire un bésigue avec la comtesse de B.., et que, pas plus tard que le matin même, l'ambassadrice de Norwége (sa camarade de pension) lai a dit à déjeuner :
— Ma chère, je ne sais pas oii tu prends ton ballon, mais tu en as comme pas une.
5° Quand vous tenez une idée susceptible de tenter un de ces gros capitalistes qui n'ont rien dans les mains, mais qui ont quelque chose dans les poches, ne commettez pas l'imprudence delà lui développer sans autre préambule. Commencez votre explication par le prologue suivant :
— Vous m'avez parlé l'autre jour d'un projet merveilleux. J'y ai songé depuis, eî je crois qu'en l'améliorant dans le sens
LA GRA mu: BOHÊME
lue je vais indiquer, il y a lonl bonnement sa fortune à faire, ste, je n'ignore pas que l'idée vous appartient, et si je l'ai mproioiiilic, c'est qu'elle m'a pain exellente.
s vous ivei formé le noir dessein d'emprunterde r u quelqu'un, n'allez pas crier misère à sa porte, en vous plainani de la difficulté de parvenir. Déboulez un matin chez lui >ul effaré, frappez-vous la tête contre le bois deson lit, puisanloncez lui que nous aviez cent cinquante nulle francs p i in-/ le banquier Denéchaud, el que la fuite subite de celui-ci vous met momentanément dans le plus cruel embarras.
al on homme qui es) parvenue placer cent cinquante nulle francs quelque part inspire toujours une certaine considération.
Il y a aillai dans mon Manuel de Vinirigani une 411 iranlaine •'articles qui suffisent largement à édifier le bonheur de celui lui voudra se donner la peine de les apprendre par cœur. Quanta il moi je suis résolu, à partir d'aujourd'hui, à n'avoir plus dans
la vie d'autre guide-âne. Mes lecteurs sont avertis maintenant ju'il n'y aura plus un mot de vrai dans ce «jue je leur dirai à 'avenir. C'est à eux désormais à prendre des Inlbrmationsdans 5 bons endroits.
Francfort, 12 septembre.
On me dira que Latude était un petit capricieux; qu'il n'aimait pas son intérieur; qu'il ne pouvait seulement pas rester vingt ans dans la même prison sans déménager à la ficelle ou plutôt a l'échelle de cordes. Je sais qu'en effet cet homme est devenu célèbre par son ingratitude envers ses différents propriétaires, mais je ne puis m'empêcher de l'imiter de temps en temps. Au moment où mon rédacteur en chef me croit bien tranquillement chez moi occupé à moraliser les masses, il apprend tout à coup que je me suis évadé sous un costume de lancier prêté par M. Godard, aéronaute dont le ballon l'Aigle a tant de peine à voler de clocher en clocher jusqu'aux tours de Notre-Dame.
Ce besoin annuel de clef des champs s'étant, la semaine dernière, emparé de tout mon être, je pris le parti d'émigrer à Coblenlz, Ems, Wiesbaden et les environs. Je ne me fais aucune illusion et je n'espère pas que le gouvernement m'accordera, à, mon retour, un milliard d'indemnité ; mais quand je ne retirerais de cel exil volontaire de huit jours que la satisfaction d'avoir contemplé l'armée prussienne dans l'exercice de ses fonc-
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lions, j€ suis sur qu'on ne din pas de i que je n'ai rien ap-
pria ci rien oublié, si ■ e n'est pourtant une brosse .1 1 bapeau que j'ai laissée, à Francfort, sur la cheminée de ma chambre d'hôtel.
L'Allemagne a en ce moment L'aspeci d'un collège a la rentrée des classes. <»n rencontre ;i tontes les gares des hommes .le tons les tges, vêtus de inniques conlenr cataplasme et coiffés de bonnets ii«' drap, à l'allure peu guerrière. Ce sont des sol il. lis qui gagnent leurs foyers. A parler franchement, c'est tout ce qu'ils paraissent avoir gagné à la dernière guerre. Dans le , où n«»iis étions installés, Hippolyte Cogniard, Sirandin .1 Hun. entra, quelques heures avant Cologne, un de ces honnêtes fantassins delà landwehrqui ont quitté leurs boutiques 1 seule tin d'aller se taire tuer pour le roi de Prusse. La conversation que j'entamai avec ce militaire à lunettes bleues et a col rabattu aurait un grand succès dans nne pièce de Labiche.
— Que pense-4-on, dans l'armée, de votre fameux comte de Bismark? lui dis-je en m'apercevanl qu'il articulait le français.
— Ah ! monsieur, me répondit-il, c'est notre Dieu.
— Mais, repris-je, il me semble que l'année dernière, vous ne pouviez pas le souffrir.
— C'est vrai; eh bien, maintenant iious l'adorons.
— Alors vuus êtes des idiots.
— Vous savez, monsieur, un n'a pas toujours la même opinion.
— Vous aimez dune la guerre '.'
— Onl Dieu non. Vous comprenei je mus marié, qu'est-ce que ma femme serait devenue si j'avais été lue!
— Mais si vous n'aimez pas la guerre, pourquoi aimez-vous aujourd'hui le comte de Bismark qui l'a dite!
— Ah! vous sav<
— Kl si vous aimez le comte de Bismark, pire qu'il a tait la
guerre que vous n'aimea pas, s'il recommençait une guerre
nouvelle, vous l'aimeries encore bien davantaf
— Oh! ci non, par exemple, il faudrait repartir.
— C'est-à-dire que tant que le comte de Bismark vous a laissé tranquillement chez vous avec votre femme, vous l'avez eu en horreur, et depuis qu'il vous a donné Tordre d'allervous faire massacrer pour lui, vous le portez dans votre cœur ?
— Vous savez, monsieur, on n'a pas toujours la même opinion.
Je n'ai jamais pu arracher une autre conclusion à cet héroïque époux. L'Allemagne est, du reste, en ce moment, le pays oii l'on entend le plus d'énormités. Quand nous sommes arrivés à Francfort, nous avons trouvé le général prussien Manteufl'el en train de passer une revue. Le corps d'occupation était en grande tenue; officiers e! soldats portaient fièrement ce casune pointu qui a la forme d'un appareil à gaz.
— On leur fait faire des manœuvres tous les matins, nous dit notre hôtelier du ton le plus naturel, d'abord pour effrayer la ville, et ensuite parce que ce sont ces régiments-là qui sont destinés à marcher un jour sur Paris.
Je crois, du reste, que dans le pays on ne serait pas fâché de voir les Prussiens marcher sur Paris, ce qui les obligerait à désemplir un peu Francfort. Tous les hôtels sont criblés de militaires plus ou moins gradés. Un instant nous avons cru qu'on allait en fourrer dans nos malles. Décidément, la gloire est une denrée bien encombrante.
C'est seulement à Wiesbaden, l'ancienne capitale de l'ancien . duché de Nassau que nous avons retrouvé l'élément parisien. Là, le zéro à cheval reprend tous ses droits, quoique l'ancien souverain ne soit plus qu'un zéro à pied. Les vieux châteaux d'alentour ont dû jouer énormément à la roulette. Car ce ne sont plus <pie des ruine?.. Outre les petites Parisiennes connues qui foui payer vingt-cinq mille francs une mèche, de leurs faux cheveux, nous remarquons quelques jeunes filles anglaises d'une beauté frénétiqui .
( le qu'il y a d'insupportable chez les Anglaises, meditliip-
i \ ..ii \ mu nom m
• Ile 11'. h finis* ni plus.
til il.- vititi r un u u i Hun i. d'Allemagne doni plusieurs oui une.
lut— il in faire l'aveu ? - <>iu il faul « l'.iv. u —les
lions, sont des le onze heures i iniouil
sur un nnld «lu plus i.c.ui vert ni sons l< - esp ni s
Le imnc des pauvn - istamment alimenté par un
rite qui ne - pas el les sermons s') résument unir
nient a erei :
— Messieurs, faites votre jeu ! le jeu est lait, messienrs.
Ii s portent en langue canonique le nom d s le casino de Wiesbaden diffère du CasuxH i, qne les femmes viennent d : ma le premier
tootee qu'elles onl péniblement gagné dans le second. ainsi qne nous voyons perdre en douze minutes vingtiiiillt- francs par une vieille rouée qui n'aja-
sou à un paui pais m'empécher de ■ soi I ainsi
son argent, sur le monsieur qui le lui donne el but les familles malheureuses qu'on aurait pu t (an-
notante loris. Cependant, je ne suis u là pour
m'attendrir, je m'amuse à étudier l -s sombina
: senl qui ail découvert un sj te pour j foors est un petit vieillard qui vient tous les matins au tapis avec an .'il range en b
oirnne - ôt avant que le coup - i is une li'
int poliment :
— Monsieur, eur eu me payant m'avez rends un Lhaleret je ne joue qne des pièces di
irai
Le cru pier vend le thaler que lui tend le faux joueur et l'échange contre le- cinq francs demandés. Or le thaler ne valant qae trois franc, soixante-quinze centimes de notre monnaie, c'est vingt-' mq sous que le petit vieillard gagne de temps en temps, ^ans jamais rien mettre sur le tapis.
Vous con: icLrez peut-être ce travail comme une simple filouterie, jene dis pas non, mais il fautêtre indulgent, les temps sont durs, et, d'ailleurs, quand on songe aux cinq millions emportés par l'abbé Glergeau, on se sent disposé à traiter le petit vieillard de Wiesbaden comme la crème des honnêles gens.