i septembre
Tous les cinq ans on essaye de réhabiliter madame Lafarge. C'est périodique comme la précession des équinoxes. Ce mascaret quinquennal sévit en ce moment avec une grande intensité. Alexandre Dumas, qui est très-lié avec la famille de Marie Cappelle (avec qui n'est-il pas très-lié?) se dispose à nous donner dans les Nouvelles un récit du long martyre de cette réclusionnaire. Un autre journal quotidien fournit tous les jours j des documents à la réparation éclatante que l'on doit à l'intê] ressante captive; et je ne sais plus quel criminaliste prépare une brochure dans laquelle il établit que c'est M. Lafarge qnij| a voulu empoisonner sa femme, et que, n'ayant pas réussi dani son sinistre projet, il s'est suicidé pour échapper au désagrément d'une condamnation capitale.
Je n'ai jamais bien compris le respect dont a été entourée Ja personnalité de Mme Lafarge, pendant sa vie et après sa mort. J'ai étudié consciencieusement son procès dans les feuilles judiciaires, et je ne puis m'cmpèchcr de considérer cette victime comme la reine des coquines, sa culpabilité ne me paraissant
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< plus discutable que celle de Dumoikrd < lomn niirion tonte 5| dans on groupe d'amii
\ \ . / - \ .m- lu ses lettres! m< i pondil l'un d eux. Si vota ma lu attentivement ses lettres, mousseriez nme
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.r.ii cru d'abord que les partisans de Mme l il lient ceux
ii la croyaient innocente, mais i ontré, depuisi
ms tri - d'ailleurs, qui, tout «mi admettant qu'ellt
i empoisonner son mari, ne la considéraient pas orne
victime d'un mariage mal assorti.
i poques fixes de la (ami pelle
; résument dont
Quand une femme •> du style, <'ii«'a. dans une certaine mt'uv. ledroh de verser l'arsenic dans la tisane de son époux. N nbre d'autres ménag I en effet infusé ;i leurs sei-
- et maîtres des coliques de mi ans arrivera pi
kerainsi l'opinion publique; ma - ivaienl pas de style,
saintes lois du bon sens ont toujours décidé que pins nn ble était intelligent, moins il méritait d'indulgence. Il Eant joireque M" Lafargejouil du bénéfice d'un cuir particulier. — Kllr était adorée de son mari, c'est vrai, disent ses déliseurs; on taisait tout dans ta maison pour la rendre la plus eureuse des femmes, c est Incontestable. M i quel
oint nne Parisienne devail se trouver Isolée au tond du I.in, entre l«'s grands murs nus du château du Glandii l.i nudité des murs me parait la plus insuffisante rous, ou presque t"ii^. ;i nos débuts, alors que, selon R nous mai boucroutes |)<-u
Armes dans des chambres qui ne l'étaient pas davantaf ions avons habité entre des murs au moins aussi hun que ceux lu Glandier. Aucun ii<' nous cependant n'a songé, une minute,
indrer de substam a les aliments de
fopriétaire. El cependant parmi ceux-là beaucoup i ne Intelligence qui ne le cédait en rien a celle de M"* Lai
Ou me traitera peut-être d'original, mais je déclare n'avoir aucune sympathie pour les Indianas qui sont toujours dans le ciel, et ne redescendent sur la terre que pour y pétrir des galettes empoisonnées.
J'ajouterai qu'une femme condamnée injustement s'indigne ou se tait, mais qu'elle n'écrit pas ses Heures de prison. Je ne crois pas à l'innocence qui cherche un éditeur.
Mais il est dit que les hommes seront éternellement trompés par les femmes. Dans toutes les carrières, même celle du crime, l'opinion publique se laissera toujours séduire par les attitudes et les correspondances sentimentales. Si Mme Lafarge s'était contentée de nier sa culpabilité sans produire à l'appui de son innocence des fragments littéraires qui ne témoignent guère que de sa profonde rouerie, elle serait oubliée aujourd'hui, au lieu d'être offerte en exemple à suivre aux femmes de lettres qui s'ennuient dans leur ménage.
Les voleurs ne savent pas de quelles ressources ils dispose raient, si au lieu de demander brusquement aux passants 1 bourse ou la vie, ils les abordaient en leur présentant des considérations comme celles-ci :
— A.vez-vous lu le discours de Sénèque sur le mépris des richesses ?
— Non, monsieur, non. Pourquoi m'adressez-vous cette question à minuit et demi sur le boulevard extérieur ?
— C'est que Sénèque est d'avis que celui qui donne est aussi riche que celui qui reçoit. En conséquence, si vous vouliez bien ajouter une autorité nouvelle aux paroles de ce grand philosophe, en vidant vos poches dans les miennes, vous seriez aussi riche que moi qui deviendrais aussi riche que vous.
.Vu reste, Mme Lafarge n'a pas seule compris ces nuances dont elle a tiré si grand parti. En effet, qu'un homme vous dévalise la nuit sur la place de la Bourse, vous le faites arrêter; par les sergents de ville ; mais, si au lieu de vous attaquer! sur la place, il vous dépouille dans l'intérieur du monument,!
LA G !U m»i BOHI Ml
i\r midi .1 trois heures, alors vous le comblex de ca
uelquefois môme vous lui offlrei votre Bile, car tous les Lamiande ne sont pas aux Et its-Unis.
J'ignore si celui qu'on vient de ramener cellulairement à Paris irouvera autant de fanatiques que M Lafarge, mais ce laissier jurisconsulte paraît vouloir se défendre avec toute i '••que donne une conscience pure, Le côté comique de ce drame à triple serrure, c'est que l'accusé ne oie p;i^ le moins du monde avoir détroussé les caisses confiées à son honorabilité bien connue. H avoue tous les millions qu'on lui impute. Pour peu même qu'on l'en priât, il en rajouterait de sa poche. Nais plus il est coupable, plus il soutient qu'il doit être rendu à la liberté. El voici le raisonnement sur lequel il s'appuie :
— H y a en Amérique, dit-il, des lois concernant l'extradi- Ition. Or, j'ai été transporté en France sans que ces lois aient t '* 1 . ■ oIimtyits. Si mi n'observe pas les lois à mon égard, pourquoi veut-on que je les observe a l'égard des autres)
Il faut avoir le courage de le reconnaître, ce dilemme a quelque chose d'assez spécieux. En effet, ou Lamirande a été livré légalement et il a tort de se plaindre, ou il a été livré illégalement, et il a raison de réclamer,
Si l'Amérique a voté, à propos de l'extradition, des dispositions spéciales, c'est évidemment que ces dispositions lui ont paru ne essaires. Du moment qu'elles ne sont pas exécutées,
il était bien inutile, de les prendre .
Mais, répond l'opinion publique, justement alarmée par les trains de c lissiers qui s'organisent de toutes parts, les m ilfaiteurs ne doivent trouver de refuge nulle part.
C'est mon avis; mais alors remaniez vos lois d'extradition. Tant qu'elles subsisteront, vous êtes forcés de les suivre, Si un jeune conscrit tombé au sort refusait de se rendre sous les drapeaux sous le prétexte que la conscription est une loi douloureuse, qui gagnerait beaucoup à être remplacée par une bonne landwehr :
— Vous avez pent-ètre raison, objecterait-on au jeune conscrit; mais comme la conscription est actuellement en vigueur vous allez vous dépêcher d'aller rejoindre votre régiment, qui vous prépare une réception princière.
En fait de questions judiciaires, la meilleure fantaisie ne vaut pas la plus mauvaise loi.