‹ La grande bohêmeChapitre 33 sur 38 · LVII · texte numérisé non relu

LVII

l'teiul.re 1866.

Toul en plaignant sincèfcmenl l'infortuné caissier do Sous- Comptoir des chemins de fer, je regrette qu'il naît pas i

rence attaché ;i la caisse du Soleil. Voila un homme sur qui l'opération dite de l'avance eût <'té facile a pratique ne lui aurait pa> plus tôt demandé Cinquante trams pour une partie de campagne qu'il tous eut probablement répondu comme u prince de Crooy-Ghanel :

— Cinquante iraiir». C'est bien peu, vuule/-\nu^ tr-is millions?

Il taut avouer que le libraire Dupray de la Maliérie et le [Minée de foony, qui descend d'Arpad, ont été heureusemeni inspirés en s'adressent à an caissier >u- cette pète; il est clair que le-- chemins de ter n'en contiennent pa> déni comme celui-là. un comprend à la rigueur qu'un homme, dan> le but de satist'anv ses propres passions, dévalise la eeJSSC dont I' v gneUT l'avait tait le gardien; mai- qu'il detrui>e tranquillement sa réputation, sa liberté et >on honneur pour entretenir les

prétentions d'un fils d'Arpad au tronc de Hongrie, voilà qui bouleverse toute vraisemblance. On ne s'imagine pas ce paifre

M. Bertliomé, regardant tranquillement ses associés dépenser huit mille francs pour des dîners auxquels il n'était jamais invité ; tandis que toute sa distraction, à lui, consistait à compter et à ranger dans un tiroir, par ordre chronologique, les reçus que son prince et son libraire lui faisaient à tour de rôle.

Du reste, il faut rendre justice à ce caissier, qui est à blâmer, mais qui est encore plus à plaindre; jamais employé n'eut plus d'ordre dans le désordre. Ce n'est pas un homme qui détournait l'argent par à peu près. 11 ne dit pas :

— J'ai pris dans ma caisse environ trois millions, ïl dit :

— J'ai pris trois millions deux cent quatre vingt-treize mille cent soixante-sept francs.

Et il ajoute :

— Quatre-vingt-un centimes.

Ces quatre-vingt-un centimes font même rêver involontairement. Ordinairement les emprunteurs procèdent par sommes rondes. On ne s'explique pas qu'un fils d'Arpad vienne tenir à un caissier ce langage extravagant :

— Vous m'avez déjà fourni plus de trois millions pour m'aider à reconquérir le trône de mes pères, prêtez-moi encore les quatre-vingt-un centimes qui me manquent et je rentre demain dans ma capitale.

Ce qu'on s'explique encore moins, c'est que le caissier les ait donnés. Personne ne peut répondre de soi; dans la situalion de M. Berthomé, j'aurais peut-être prêté les trois millions, mâWdéfiant comme je me connais, il me semble que les quatrevingt-un centimes m'auraient fait ouvrir l'œil.

Au résumé, cet employé à quatre mille francs, qui trouvait moyen de subventionner des monarques en disponibilité, que pouvait-il espérer au cas même où le prince de Crouy-Chanel serait arrivé à ceindre son vieux front de la couronne de Hongrie? Tout au plus rentrer dans l'argent du Sous-Comptoir, et

I \ «.H \ MU BOHI m encore ! Mus le fond d€ SOD affaire, c'était CC fantastique dtOS

i « - • l D • - 1 imiis umona tanl a marcher. Lorsque le président des - l'a int< • e sujet, si m heu de montrer l'ahu-

rissemenl du désespoir, le pitoyable Berthomé avait voulu prendre une attitude, il aurait pu répondre :

— Vous me demandez ce que j'espérais dans tout ceci : je l'ignore. Mais comme je vois qu'aujourd'hui les affaires nui réussissent le mieux soûl celles qui ne reposent absolument sur non; comme roua avei h la Bourse cinquante valeurs i dont personne ne pourrait expliquer le sens ou donner la raison il être, j'ai t'ait comme tout le monde, je me suis jeté dans l'inconnu. Les prétentions du prince de Crouy-Chanel ne valent pas grand'chose, mais elles valent bien les Sablonnieres du grand Sahara et les Betteraves artificielles, dont vous avez

peut-être des actions dans votre poche.

Hâtons-nous de le dire, nous autres qui n'aspirons à aucune couronne, comme il a été établi que l'accusé de Crouy-Chanel descendait réeUement des uns de Hongrie, il resuite de l'instruction et desdébats que l'héritier d'un trône peut n'être au résumé qu'un simple filou. Ce l'ait est a la t'ois très-désagréable pour les rois et extrêmement Batteur pour les tuons : mais, en

mot cas, il me parait avoir une importance qui n'échappera pas

.1 nos lecteurs.

Il est vrai que les princes du sang ou du non sang rentrent aujourd'hui dans le commun des mortels avec une facilite

extraordinaire. Ainsi tout récemment encore, le prince de Windisgraeti n'a pas hésité une minute à conduire à l'autel mie Tagtioni, première danseuse au théâtre royal de Berlin,

et on annonce qoe sous une autre latitude. Mlle Stella t'-ollas,

ti^éo^enne en cours d'alexandrins a Pétersbourg, est sur le

point de convoler avec' un autre prince très-riche 60 fourrures.

Un mariage avec une tragédienne parait encore possible. Pour un homme qui aune le songe d'Alhalie, il peut être

agréable de l'avoir toujours bous la main, mais de première

danseuse passer princesse, ce doit être là une mutation terriblement embarrassante. Je ne sais plus où j'ai lu l'histoire de cet ancien clown qui, h bout de ressources, avait accepté un engagement dans un théâtre pour jouer le rôle de Masséna dans Y Enfant chéri de la victoire.

— Venez me voir, disait-il avant la première représentation à ses camarades. Je crois avoir donné au personnage une physionomie toute nouvelle.

En effet, le jour de la première, à peine était-il entré en scène à cheval, à la tête de son armée, que ne pouvant résister à d'anciennes habitudes, il grimpa tout debout sur la bête, et fit deux lois le tour du théâtre en mimant un pas sur sa selle. Reprenant alors son commandement en chef, il harangua ainsi son armée.

« Soldats,

» L'ennemi voulait nous fermer les plaines fertiles de la Lombardie, {ici le général fait une culbute) mais votre patriotisme a triomphé de sa résistance. Sans vêtements et presque sans nourriture {seconde culbute) vous avez franchi des distances considérables, et l'heure du combat vous a trouvés plus dispos que des troupes fraîches. (Saut de carpe et imitation de la grenouille.) Gloire à vous, soldats, car bientôt... »

Vous comprenez que Masséna ne put en dire plus long, le délire des spectateurs l'avertit qu'il faisait fausse route, et il prit le sage parti de rentrer dans la coulisse, non sans avoir tourné seize fois sur lui-même.

Eh bien ! si j'étais le prince prussien Windisgraetz, ce à quoi je ne tiens pas, (on est si heureux quand on est Français), je craindrais continuellement que mon épouse n'eût de ces distractions bien naturelles, et que le jour où j'irais la présenter à M. de Bismark, elle ne se mît à esquisser un entrechat dans le salon de réception de ce premier ministre qui, comme on le

I \ t.ii \ MU. BOHÔMI

[ail est sévère unis injuste. Je ne sais quel effel i luirait

Lus la noblesse prussienne une jeune mariée qui danserai! le la* du Radi* noir, aox pelita lundis de sa majesté, mais I

patronnerai! difficilement cette nouvelle venu.'. exemples d'artistes Uni tragiques que chorégraphiques, entrant ainsi ni possession des plus grands nom- de l'Europe, tant du reste pleins d'enseignements. Les bons philosophes chrétiens (pu conseillent aux jeunes Rites de préférer le travail 1 1,, beauté et l'obscurité ;'i l'éclat <!«•- lumières reçoivent là un choc terrible. Nous avons eu des quintaux de romances oii des seigneurs déguisés montaient cinq étages et deux entresols pour aller dénicher «les orphelines qui élevaient leurs petits

. dans nne mansarde. Les auteurs de ces poésies vantes devraient être condamnés pour Brasses nouvelles La vérité, c'est «in»' toute Femme qui ne cracherait passutunriche mariage a le plus grand tort d'attendre, a nurier des mouchoirs, qm'ua prince vienne l'arracher a ses pots de Beure at a h niins. Je le à\< «mi pleurant des larmes da sang et da gélatine, étant donné las nommes d'aujourd'hui, la première condition pour nne jeune fille qui veut arriver, c'est de se mal conduire.

La seconde condition, Cest d'entrer dans un théâtre, n'importe lequel, il est bien évident, an effet, que lorsqu'on se produit ton- les soin devant douze conta personnel ou i pras de chance de trouver un mari que lorsqu'on reste perpétuelle- Mal dlM un riuquirm.-. ru.' Samte-Opporlune. au tuiul d<- Il cour.

Mais ee moyen qui réussit quelquefois, comme le prouve le mariage de Mil.' Taglioni, est bien moins bot que le premier N'oublia pas que rien ne pose une femme comme une un raiae réputation, El maintenant si lasfillei pauvres s'ebetinent h rester honnêtes, lanf pis pour elles. J'aurai du iiioi!-ia>aii-

lactinn dr lom-avnir in.li.pircoiiscieucieUM'ineiil le plus court

chemin d'un point I un ratre

17 octobre 1866

Inondations, choléra, batailles rangées, pluies de sauterelles, tremblements de terre, accidents de chemins de fer, mauvaise récolte et fusils Chassepot, telles sont les sept plaies dont nous réglons actuellement l'addition. Ce serait à nous croire en Egypte, si nous avions des momies, et il est de plus en plus prouvé que nous en avons, seulement les nôtres sont vivantes et se promènent en paletots sur les boulevards.

Ce qu'on ne remarque pas assez, c'est le sang-froid et la sérénité des femmes au milieu de tant de désastres. Dans les moments les plus critiques, elles ne nous ont pas fait grâce d'une épingle à cheveux. Chez ces êtres vraiment supérieurs, le désespoir, l'allégresse, l'inquiétude on la sécurité se manifestent toujours de la même façon, c'est-à-dire par des toilettes à la dernière mode. J'ignore à la suite de quelle stupéfaction les bras de la Vénus de Milo lui sont tombés, mais j'ai eu peine à retenir les miens l'autre soir en constatant, à une première représentation, les changements survenus dans les costumes féminins. Le modeste Suivez-moi jeune homme et la simple Son-

i v GRANDI BOH I mi

nette de nuit ont cédé h pas au Cordon royal. Vous prenez une ii'iiiuii' il n'esi pas nécessaire qu'elle soil bonnéte . vous lin |Mss,v en bandoulière un rubto multicolore démesurément long, lequel va s'attacher sur le côté gauche (côté do portemonnaie) par une bouffette eu forme de cocarde.

\u premier abord, quand vnus apercevez dans son équipage ane déesse ainsi bigarrée, vous voua croyei en présence de quelque grand-croix de la Légion d'honneur, et roua vous diti s involontairemenl :

Tiens! Il pareil que le maréchal Bazaine esl revenu tin Mexique ri qu'il va passer une revue.

Bientôt, en entendant la déesse s'écrier, après vouaavoirjeté un coup d'œil indigné :

— Qu'est-ce qu'il a donc à me regarder comme ça, cette espèce de serin?

Vous reconnaissez que vous faisiez erreur et que vous avez loul bonnement affaire à une femme qui étrenne son cordon royal.

Ce besoin qui' les dames semblent éprouver, cette année, de obier a la reine Victoria ne laisse pas que d'être inquiétant pour l'avenir. Il est probable que l'année prochaine ell sayeront de ressembler à l'empereur de Russie et qu'elle mettront des épaulettes «ii i n' tin pour aller aux courses de printemps. Elles se trouveront à la tin de la saison devoir vingt-cinq mille francs de plus a leurs couturières, mais que voutez-vousl leur manière de souscrire pour les inondés

Il est vrai que l'inondation nous envahit tellement qu'il devient impossible d'y suffire. Quand ce ne --ont pas les eaui de la Loire, de la Bièvre nu de la Marne, ce sont les réclames, les concerta eu les chaosona nouvelles qui noua Inondent. Cette semaine, il j a eu un débordement formidable produit par les noms des cent soixante-seize mille candidats au titre de surintendant général de- théâtres, que la mort de M. Baccfochi laissait vacant. Pendant quatre jours d'une crue formidabli

noms, qui augmentaient à vue d'œil, couvraient déjà le re*-dechaussée et le premier étage de nos principaux journaux, et nous parlions d'aller rédiger nos articles sur les toits les plus élevés, après avoir enlevé les meubles, lorsque la nouvelle se répandit que la surintendance allait être supprimée. Je prie énergiquement mes lecteurs de ne pas me demander en quoi consistait cette place, qui avait, été créée parce qu'on la jugeait indispensable, et qu'on supprime aujourd'hui parce qu'on la trouve absolument inutile.

Je n'avais jamais bien compris, pour ma part, en quoi consistait l'intendance générale des théâtres. Je me le suis fait expliquer, et après la démonstration la plus précise je n'ai pas compris davantage. Il était évident, en effet, que puisque les théâtres sont libres, un surintendant général des théâtres n'avait pas plus de raison d'être qu'un surintendant général de la boulangerie. Les nécrologues n'en ont pas moins écrit que le défunt remplissait ses délicates fonctions avec un tact extraordinaire. Puisque personne ne sait au juste quelles étaient ces fonctions, comment sait-on qu'elles étaient délicates ? On conviendra, en outre, que puisqu'elles étaient devenues inutiles, attendu qu'on les supprime, il n'était pas très-difficile d'y montrer du tact.

Nous avons ainsi un certain nombre de places tout aussi nécessaires, dont les titulaires passeront aux yeux de la postérité la plus reculée pour avoir possédé les précieuses qualités qu'on vante chez feu le surintendant général des théâtres. Qu'on me nomme inspecteur du mouvement perpétuel, ou archiviste du naufrage de la Peyrouse, et je m'engage à déployer dans ces délicates fonctions un tact véritablement hors ligne.

Il n'est pas très-surprenant, du reste, qu'il se crée ainsi des emplois dont quatre ans plus tard on reconnaît la parfaite superfiuité, dans un pays où les opinions les mieux assises paraissent elles-mêmes atteintes de la danse de Saint-Guy. A coup sûr, je ne veux pas batifoler avec les questions politiques : un instant ! Eh! là-bas!... Seulement qu'on me permette de

i \ GRA M'i i.miii.mi.

i appeler qui* i enfance et celle de tous les hommes de ma

génération. s'esi p Imirer des vers qui

\ . >. : u< iit a la Grèce luttant

roture les Turcs, aujourd'hui toutes I i publique?

■ ■ a que la Grèce lotte de nouveau i notre les I nn ni la moindre attention. t.Vst le progrès.

.r.niiMiN peut-être fait relâche cette semaine, li en lisant pai hasard une affiche annonçant la rente après décès «1rs auto plies app iitenanl à Roger de Beauvoir, je n'avais ont ru. in otome une voix secrète me crier lout à coup :

— Poète, prends ton luth.

.1 .h pris non iniii, et voici ce que )<■ crois devoir formuler par la bouche de cet instrument

Depuis plusieurs années, la passion autographique a sensiblement reculé ses frontières. Les amateurs ont d'abord cherché des lettres de \ auban, de Ronsard et dn conseiller de Tuou, mais comme le conseiller de Thon n'a écrit qu'un certain nomlire de lettres, quand elles ont été toutes emmagasinées, il a bien fallu se rejettersur des morts plus récents, comme Kléber, le préskieni Pasquier on lord Seymour; [mis foute de mon

-1 rabattu saur lee vivants, comme Jules Janin, Edmond About,

Paul de Saiiit-Nirliii'. d'Knnen , Clairville. Siraudiu. VOUS, moi,

tout le Bonde. Tous les jours vous ouvre/ des eatalof d'autographes, portant en regard de chaqn des pria

Idonl quelques-uns sont assez humiliants : \ i K) George Sand a M. Clarence, artiste de t*Odéon. — Lettre extrêmement curieuse dans laquelle le grand écrivain expliqua i l'artiste qu'il faut absolument un fauteuil a roulettes pour la pièce de François le Champi [alors en répétition. « Bocage, dit en terminant M Sand, ne vaol pas eoopren- . dre l'importance capitale de ce fauteuil à roulettes; tâcha donc

de le convaincre. ■ Pria I M

\ 174. Lattre très-6pirituelle de M. Charles tfonselat a son tailleur qu'il appelle le« Phidias do pantalon. » . 1 »

N° 318. Billet à ordre signé Privât d'Anglemont, avec le protêt y attaché » 75

En général, nous qui montrons nos forces dans les journaux ou dans les livres, nous n'arborons aucune prétention littéraire dans notre correspondance. Il n'y a, en effet, aucune raison pour que nous prodiguions gratis à nos tapissiers ou môme à nos amis des mots qui peuvent nous être payés très-cher par nos éditeurs. C'est pourquoi, quand on a écrit simplement à quelqu'un :

« Mon cher,

» Je pars ce soir pour la campagne, voulez-vous remettre notre rendez-vous? »

11 est parfaitement désagréable de voir ce billet, dépourvu d'artifice, lu et commenté parles habitués de l'hôtel des ventes qui se disent entre eux :

— Ces gens de lettres ne sont déjà pas si forts. Il me semble que j'en écrirais bien autant.

Il nous arrive également, dans nos jours de bonne humeur, de laisser aller notre plume à toutes les folies qui lui passent par le bec. J'ai reçu dernièrement, de ce grand fantaisiste qui a fait du nom de Gham la personnification de la vraie gaieté, une lettre que je transcris textuellement :

« Monsieur Rochefort,

» Depuis que je vous ai mis dans vos meubles, vous semble/ m' éviter. Venez donc passer la soirée chez moi, vous me servirez de repoussoir. *

» Celui à qui vous devez tout,

» Cham. «

Je suppose que de mains en mains cette invitation tombe dans celles d'un commissaire-priseur, il est évident que je

I V GR VM'I l.ulll \||

ipperai pas aux réflexions malignes de la partie bornée du public.

Voyez-vous, se hâteront de dire tes gens qui prennent tout an sérieux, ces écrivains son! tous les mêmes. Ce monsieur Rochefort esi oblig • d'aller quémander un mobilier chez ses amis; et il bal croire que ce n'est pas le seul sen ice que lin ail rendu M. Cham, puisqu'il a soin * i « * lui rappeler qu'il lui doit tout.

Je ne pourrais cependant pas courir dans les groupes, pour expliquer à des gens vieillis dans le commerce, qu'entre nous ces lettres fantastiques ne tirent pas du tout à conséquence, et que je n'aurais pas été plus surpris si Cham m'avait appelé i monsieur le maréchal ■ ou « madame h princesse, i

J'estime donc que mettre ainsi aux enchères les plus intimes lambeaux de l'existence des hommes de lettres, c'est dép isser par trop les bornes de la familiarité, Je ne demande pas que la vie privée des personnagi connus soit absolument murée, mais je voudrais qu'on y mit au moins un petit entourage.

On vous répondra, il est vrai, que mais éviterions tous les émeuts que je signale, si nous n'écris ions que des lettres susceptibles d'être lues et appréciées par tout le monde, et que I hommes ne subissent guère que les cens iquences de leurs fautes. Rien de plus juste, j'en conviens. Unsi, Louis wi avait un moyen bien -impie de ne pas monter sur l'échafaud, c'était d'abour la peine de mort; et les collégiens, dont les larmes, .-m moment tin renouvellement de l'année scolaire, n'ont pas peu contribué à compliquer les inondations, n'auraient pas la douleur de rentrer dans leurs lycées, s'ils avaient eu le COU-

1*3 rester pendant les vacances. Ces sanglots universels constituent , d'ailleurs, la plus sévère condamnation de cette chose contre nature qui s'appelle l'internat. Les externes voient

arriver sans le moindre effroi le premier octobre, les interne^

se rouirent sous les meubles paternels, et dans quelques famil-

i est forcé d'appeler des sergent s-de- ville qui se voient

266 LA GRANDE BOHtiMK

souvent refuser par les jeunes belligérants une capitulation même honorable.

Pourquoi celte résistance? C'est que la vie de collège est factice et antirationnelle. Ce système inexorable, qui met trente entants, à peine échappés aux caresses passionnées de leurs mères, sous la surveillance d'un seul pion qui ne les connaît ni ne les aime et dont l'unique besogne est de leur dire de temps en temps :

— Belavoine, vous causez, vous serez privé de sortie dimanche... Pastoureau, apportez-moi ce que vous tenez-là dans votre main... Vous ne voulez pas l'apporter?... Pastoureau sera en retenue jusqu'à ce qu'il ait copié seize fois le second chant de l'Enéide.

Ce système, dis-je, ne fera jamais de nos collégiens que des abrutis ou des révoltés. Ceux qui ne s'y aigrissent pas s'y aplatissent, et je suis convaincu, quant à moi, que nous devons en grande partie aux habitudes correctionnelles invétérées dans les lycées, d'avoir une France composée presque tout entière de pleutres ou d'enragés.

Imposer à un garçon de treize ou quatorze ans, neuf heures par jour du silence le plus absolu, n'est-ce pas aller contre la volonté de Dieu qui a fait si déliée la langue de l'enfant ? et le priver de sortie, c'est-à-dire lui enlever le seul bonheur qui lui reste au monde, celui d'aller passer son dimanche chez lui avec ses parents, parce qu'il aura dit tout bas à son camarade :

— J'ai perdu mon porte-plume, veux-tu me prêter le tien ? N'est-ce pas bouleverser chez l'enfance toutes les idées de

justice et d'humanité, en disproportionnant sans mesure la faute et le châtiment? Je ne dis pas qu'il serait bon de laisser les adolescents tenir des discours politiques au milieu des classes, ou verser de l'huile de pétrole dans les encriers de leurs professeurs. Je ne dis pas non plus qu'il est facile de substituer la tendresse des mères à la sévérité des pions; tout ce que je veux

i \ i.i; \ \ m nom mi

établir, c .si que le régime de l'internai i des eûtes véritablemeni sinistres, ei que parmi ceux qui onl ans claquemurés dansun collège, U n eu est pas un, peut ôtre, qui n an gardé de cette prison préventive le plus insupj

ble convenir.

12 oclobre 1866.

Vous voulez bien me demander, Madame, pourquoi mon article de dimanche dernier était à la fois si court et si énigmatique. Ah ! madame ? le vieux refrain qui dit « le travail c'est la liberté » aurait dû au moins faire une réserve pour le travail des journalistes qui est précisément tout le contraire. Comme dans toutes les maisons de pure tolérance, la cloison qui sépare les choses qui nous sont permises, de celles qui nous sont défendues est extrêmement mince. Or il parait que j'avais défoncé la cloison dans un alinéa oii je traitais de matières qui, à mon avis, cependant, étaient bien moins économiques que les fourneaux qui portent ce nom. Il s'agissait des souscriptions ouvertes en faveur des inondés, mais mon ami et rédacteur en chef m'a fait comprendre que, dans le moment même où l'on faisait un procès à un confrère pour avoir discuté le droit des pauvres, il était assez imprudent de discuter les devoirs des riches.

— Voyez vous-même, m'a fait observer mon rédacteur en chef, pour laisser passer votre article tel quel, je crois qu'il faudrait d'abord se soumettre au timbre et déposer un cautionnement de trente mille francs. La main sur la conscience.

I \ GRA NDI BÔHI W\

-vous que l'alinéa en question vaille trente mille francs :

— Non, lui dis-je, succomlumt li l'évidence, il n'en vaul pas

plus de ili\-liuil nulle.

— Modeste et pas de talent I s'écria mon rédacteur en i bel en dm tendant la m. un. voilà qui est rare !

On lu donc mon article sur un in sortant des ateliers de Procuste, <•«■ célèbre ébéniste, et Nélaton vint procédera l*amputatioo qui lui supportée, «lu reste, avec le plus grand courage. Il en est résulté que ma dernière chronique boitait visi blement, mais mieux vaut encore marcher sur une seule jambe que d'être étranglé comme les sept journalistes de Madrid.

D'ailleurs, le jour où la petite presse nous manquerait pour corriger !<•> mœurs it<i<ii<i<> ,nous pourrions toujours nous rabattre sur la chanson, que les récents dîners du Caveau sem- Uent vouloir (aire reverdir. Les journaux ont raconté, comme la chose la plus naturelle du monde, qu'à la dernière agape on a chanté quarante chansons. Tous plus ou moins, dans les

dures .'preuves de |,i vie. nous avons appris la patience, mais

il faut ôtre juste . quarante chansons de quatre couplets en

.ne chacune, nous donnant cent suivante couplets, c'est

plus qu'un homme des zones tempérées ne peut en supporter

On un seul dessert. Le ni ireelial N'ey. qui reçut sans pâlir douze

balles dans la poitrine, derrière le Luxembourg, a l'endroit même

OU tut établie depuis, sous le nom de jardin Huilier, une chapelle expiatoire, le mareelial Ne\ lui-même n'aurait pas .)>■

1er en (ace ces cent soixante couplets, et il eût probablement demandé à ce qu'on remplaçât les quatre-vingts derniers

par deux, plats au Choix.

Je serais désolé, quant a mm de verser la moindre goutte

d'absinthe dans le verre de Panard où les membres du Caveau

puisent leurs inspirations, mais il m,' semble que jamais heure

ne tut moins propice pour ressusciter la chanson. Jusqu'ici, les chansonniers uni exclusivement célébré le vin, la gloire el l'amour. Comme vous seriei dans le vrai aujourd'hui en faisan)

rimer Lisette avec chambrette et taudis avec paradis ! Le seul moyen d'être compris par les masses, ce serait de chanter Vénus sous la forme d'une pieuvre qui, ayant rencontré un jeune crélin, lui raconte qu'elle l'aime pour lui-même, mais que s'il veut la mettre dans un mobilier en damas de soie bleue, ce sera pour elle une occasion de rompre avec son passé, en revendant les meubles qui lui avaient été donnés par un autre, et qui d'ailleurs commencent à se faner.

Au deuxième couplet, les fournisseurs viendraient apporter leurs notes au jeune crétin qui s'apercevrait qu'il n'a plus un sou pour les payer.

Au troisième couplet, la famille du jeune crétin ferait arrêter la femme pour avoir abusé des passions d'un mineur.

Voilà pour l'amour : Quant au vin qui, du reste, a été insensiblement remplacé par l'absinthe, le vermouth ou le vespetro, on sait que nous en aurons très-peu cette année, et pour ce qui est de la gloire, il est probable que nous n'en aurons pas davantage

Restait encore le genre Béranger, mais s'il existe aujourd'hui en France un chansonnier qui aspire au titre flatteur de « poète national », je l'engage fortement à se renfermer en lui-même. Je crois qu'il en coûterait un peu plus cher pour écrire en 1866 ce que notre prétendu poète national écrivait en 4820. Le monsieur qui nommerait, comme il le faisait, les ministres en toutes lettres, et qui commencerait ainsi une ode (toutes les chansons de Béranger sont des odes) sur l'air : A la façon de Barbari.

Écoute, mouchard, mon ami, Je suis ton capitaine,

s'exposerait à des funérailles moins belles que celles de l'ami de PeiTotin, tant il est vrai qu'on admire volontiers chez un mort ce qu'on ne supporterait pas une minute de la part d'un vivant.

I \ i.l; WIU. IOH&MI 571

Au moment oii on reparle de supprimer le sifflet, ceci prouve qu'il faudrait, pour être équitable, snpprimer aussi l'applaudissemeot. .Mais, c'est une chose remarquable que les homn

ptenl toujours le jugement du public quand il leur est t nro r.ihic ci qu'ils le récusent énergiquement dès qu'il leur est contraire. Voyez par exemple le gouvernement français. On dit qu'un coup de siffiel est une chose inconvenante et brutale. Il rsi certain que si, dans un salon du faubourg Saint-Germain, au lieu de discuter l'opinion de votre Interlocuteur vous lui exprimiez la vôtre en soufflant dans une clef, vous passeriez pour un individu incorrectement élevé. D'autre pan, quand le poème monsieur exprime une idée qui cadre avec les vôtres, si vous iiKiiiiiiv sur votre chaise en criant à tue-tôte : bravo! bis! et en le rappelant comme Lrfonl ouPradeau, vous ne vous fieriez pas une réputation beaucoup meilleure.

Mais au théâtre, OÙ tout est convention, il faut de toute né-

< « — it - adopter une formule de satisfaction et de, mécontentement. Admettons que le sifflet soit définitivement aboli, les spect items seront donc obligés de demander l'un après l'autre au contrôle l'adresse de l'auteur et d'aller lui dire à domicile :

— Monsieur yotre pièce m. i déplu pour plusieurs motifs que

je vais prendre la liberté de VOUS expos, t. I Vous a\e/ eu tort de donner autant de développement aux Coliques dont le jeune

premier souffre pendant trois actes; 2° les maui de cœur du

second tableau ne me paraissent pas suffisamment justifiés;

.;■ les crampes d'estomac...

— Pardonl se bâterait d'interrompre l'auteur froissé dans ses convictions, il j avait hier quinze cents personnes dans la salle, si elles viennent toutes m'adresser leurs observations j'en ai jusqu'à l'année prochaine.

On a soutenu qu'à la suite de coups de sifflets reçus en pleine poitrine, de malheureux c imédiens s'étaient quelquefois lii à des actes de désespoir. Ce sont là des faits très-douloureux; mais si le publie sccueillait tous les acteurs de la même façon,

le désespoir serait pour ceux qui ont du talent, ce qui serait encore plus douloureux. D'ailleurs, le théâtre n'est pas un salon, mais un tribunal.

Admettons qu'un juge dise à son accusé :

— Mon bon ami, vous êtes coupable depuis les pieds jusqu'à la tête; mais comme je ne voudrais pas, par une condamnation brusque, vous causer des émotions trop violentes, soyez donc assez aimable pour m'indiquer par quel moyen nous satisferons aux justes exigences de la société, tout en ménageant votre nature délicate et nerveuse.

Il y a des sommes énormes à parier que l'accusé répondrait :

— J'ai tué mon père et ma mère, c'est incontestable. Il faut un exemple. Envoyez-moi passer trois mois à la campagne.

Personne ne doute que si on leur avait demandé leur avis, La Pommerais aurait aujourd'hui une position magnifique, et Mme Lafarge, au lieu de faire retentir la presse de ses gémissements d'outretombe, se montrerait tous les dimanches aux courses en ceinture Benoiton.

Il me paraît bien difficile d'introduire maintenant au théâtre le régime parlementaire déjà si mal vu dans les autres régions. Aussi l'art de tout concilier se résumera-t-il toujours à ceci : laisser faire aux gens ce qu'ils veulent. On ne se doute pas des simplifications qu'on obtient par ce système. Certes, je crois être exempt d'ambition personnelle. Mais on viendrait me chercher à ma charrue, que je mets quelquefois avant les bœufs, pour m'offrir le trône de Nassau, que je l'accepterais peut-être, ne fût-ce que pour promulguer la constitution suivante, élaborée un jour entre amis dans le tumulte du cabinet :

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