‹ La grande bohêmeChapitre 5 sur 38 · I. \ t.i; LNDE BOHÊME · texte numérisé non relu

I. \ t.i; LNDE BOHÊME

i ouroù la claque sera vôritablemenl abolie sur le cou nenl européen, nous verrons des femmes extrômemeni su prises; niais hâtons-nous de le dire, je connais, ou plutôl jei vante de ne pas connaître des ho murs politiques qui ne si n pas moins étonn is.

lu uni I

Je reviens de Londres où j'étais allé en compagnie de phifcurs honnêtes gens rendre les derniers devoirs à une honnête pmnif. dans l'acception la plus rare du mot. De ceux qui, il ra quelques vingt ans, avaient arrondi leur bras sur leur œur - n promettant fidélité, soumission, dévouement, il n'en estait qu'une partie. Les autres, ayant changé la direction le leur gratitude, étaient restés à Paris. C'est bien natu- 0!... Mais permettez-moi de ne pas insister.

Ce qui m'a surtout frappé dans les rues de Londres c'est

.iliscmy d'hommes décorés. J'ai raconté à plusieurs gentlemen

» trois mille cinq cents travaux d'Hercule auxquels les

t anuellement pour infiltrer dans leur

pionnière cette petite rougeole. 1K ont eu l'air de ne miprendre un mot à ce que je voulais leur diri infirmé dans l'idée que chaque pays a ses mœurs, s lionnes et les mauvaises; c'est nous qui avons les

ment remarqué au musée Tussaud que parmi les

tnporlées par l'Angleterre et dont les noms sont

écrits sur les murs, se trouvait la bataille de Ligny. Toutes le:' histoires de France prétendent que les Français ont gagné I bataille de Ligny. D'un autre côte, les histoires d'Angleteffl

soutiennent que se sont les Anglais. Au fond, la question n'; qu'une médiocre importance, attendu que le nom du vainques ne modifie en rien le chiffre des morts.

Avoue/, cependant, qu'il est bien dur, quand un homme a été (''levé dans l'idée que nous avons gagné la bataille de Ligny, d'apprendre tout à coup que nous l'avons perdue. Ce sont là de ces secousses dont on se remet difficilement. 11 y aurait à prendre, dans ces cas-là, qui sont nombreux, un moyen terme, ce serait de décider que nous en avons gagné chacun la moitié.

Si un Allemand m'affirmait aujourd'hui -que nous avons perdu la bataille d'Austerlitz , j'hésiterais avant de lui donner un démenti. Quand on gagne une bataille, on devrait prendre un brevet.

Je m'étais sérieusement promis de courir, dès mon arrivée à* Londres, les marchands de tableaux et de leur enlever quelque Léonard de Vinci ou au moins un bon Corrége, dussé-je le payer trente-sept francs. Mais quelle ne fut pas ma surprise en tombant du premier coup sur un Enlèvement de Pvoserpin& que j'avais poussé huit jours avant à l'Hôtel des ventes de Paris Le tableau avait été adjugé à un autre moyennant cent cinquante francs et des centimes. Le marchand me le fit quatre cents livres sterling, ce qui prouve que, pour les Anglais, ce n'est pas seulemenl le temps, mais encore la toile qui est de l'argent.

Gel Enlèvement de Proserpine inaugura pour moi une série de désillusions artistiques, car je reconnus à d'autres devantures un grand nombre de peintures que j'avais vues traîner pendant des mois dans les salles de la rue Drouot, où mon portemonnaie va quelquefois promener ses rêveries.

Ainsi m'ont été expliques les mystères de cette industrie qui

consiste à acheter certains tableaux qui se payenl très-bon marché à Paris et à aller les revendre très-cher à Londres, où on fait alors provision de peintures dépréciées en Angleterre et encore à la mode parmi nous.

C'est du libre échange.

La saison des ventes commençant à Londres vers le mois de juin, c'est-à-dire au moment où finit celle de Paris, beaucoup de spéculateurs pratiquent ce travail exclusif, et il faut admettre qu'ils s'en trouvent bien puisqu'ils n'y renoncent pas.

J'avais déjà lu des détails instructifs sur les mille et un métiers inconnus auxquels a donné naissance la multiplicité croissante des ventes artistiques, dans l'excellent livre d'un collectionneur très-connu. 31. le docteur Lachaise. le Manuel de l'Amateur de tableaux. Il y a, en effet, pour l'homme jaloux de se composer une galerie, à passer un baccalauréat qui devient de plus en plus difficile. Il est évident que le nombre des amateurs augmente tous les jours, mais il n'est pas moins évident que le nombre de tableaux anciens ne peut pas augmenter, puisque ceux qui les ont laits sont tous morts, à commencer par Raphaël, que son amour pour la Fornarine conduisit au tombeau.

Quelque barbares que soient souvent les amateurs, ils ne pouvaient raisonnablement couper en morceaux des Paul Véronèse, des Titien ou des André del Sarte pour les débiter ensuite par portions. Mais puisque tous les tableaux vrais étaient placés, il a bien fallu se décider à en fabriquer de faux. C'est à quoi on est arrivé facilement. Le besoin de posséder dans sa collection son petit chef-d'œuvre a conduit l'acheteur aux coq-à-1'âne artistiques les plus extraordinaires. Les médecins aliénistes savent seuls combien est mince la cloison qui sépare le collectionneur du monomane. Pendant huit années consécutives, l'hôtel des Ventes a été fréquenté par un homme très-distingué, doM les manières étaient d'une affabilité parfaite, et dont la conversation était charmante. Tant que vous causiez théâtre, politique ou littérature, tout allait bien: mais dès que tous a1 diez

I \ GH \ M»! BOHI >ii

la qaeslioD darl . il \ lit mystérieusement dans le

i tirant tout .1 coup un ruban bleu complique d'une boucle en m

R l— il, quelle trouvaille! le m

Dusommerard nu- la payerail des millions, ci je l'ai eue pour

immc insignifiante.

i; ih : ci qu'est-ce m

— Comment : w>u mnaisseï l la ceinture >i<' \ is!

pour ne pas p l'exaltation ce cerveau

dé, mais lui continuait en étalant lisition :

— J«' siiin d'autant plus beureux d'avoir mis la main su

eux, que j'ai achète dernièrement <lans une vente après décès, le carquois de l'Amour, et que l'un ne va pas sans

1 au :

Un autre jour «mi l'apercevait pontanl comme un enragé sur une n ieille lame mangée de rouille que Je m 1 crieur promenait île.

— Que diable fen i-vous de cette Ferraille ? lui demandait-on. i épondait-il en m1 lei specta-

U urs es : il y a

je la cherche. Eli hap

Cet avait Uni p h' ser un cabinet dont rien

n'approchait comme fantastique. Quand les objets mai ■ i i> et palpai fui manqué, il avail pris au sérii ai les

métapho es <■!! usage dans notn l ingue imagée, 1 1 à ceux qui allaient le voir, il montrait avec un sérieux comiqu quoique attrist

i / | olie, qu'il e à un

qui os ni e au cou d

\le de l'Anonyme, qu'une marchande à la toilo fie, irésor qu'elle lit Uni par lui

I \ ..Il \ MU Itulll Ml

le temps i i. expliquait le propriétaire, les défaut»

nve (te plus à son authenticité d'ailleurs Inde.

3 Le manteau de* nuits, qu'il avait en a très-bon compte dans im solde et qu'il mettait sur le même rayon que le fameux voile cité plus haut.

; Le* degrés du aime. C'était, i son dire, mie des pièces i. v plus importantes de sa collection. Il avait couru, pour l'acquérir, Pais et les département^. Je savais qu'ils existaient, racontait-il volontiers, puisqu'un poète adit :

aiiim .|n 1 1 rerti ta erin

Enfin, grâce an ciel, |'ai mis la main dessus au moment où je désespérais d'arriver ;ï les découvrir.

Il avait ainsi d'innombrables objets de, toute nature auxquels il donnait les attributions les plus impré\ nés, comme une branche de chêne <i i avait appartenu à Varbrt de la science du bien et du mal, ainsi qu'un verre d'eau puisé dans le terrent i ■ plaisi

honorable insensé a depuis quelque temps disparu do caansérail de la rue Drouot. Qu'est-il devenu? Des gens qui i ollectioQ, prétendent qu'il a été renconlern i rement en Allemagne en train de Qaarchander le rade Sisyphe; on se tenait a deux francs cinquante.

ies bibelotantes n'ont pas un caractère aussi irai selle dont nous parlons, mais pour être moins amu*

ns réelles. Le nouveau vo- Iniii m publie - / C'est à lui

maintenant d< le pas tomber dans les panneaux,

surtout les panni Le Manuel de Vamateur de to-

urs, mais ce qu'il faudrait pour lesguérii ci n'est pas on livre, c'est an miracle.

13 avril 186(i.

Il parail que M. delaRounal D'encouragé paslesjeunesgens,si nous en croyons une lettre officielle Je regrette de ne plus être tout à fait assez jeune pour pouvoir encore être encouragé; mais il faut reconnaître que les jeunes gens de leur côté n'encouragenl pas beaucoup M. de la Rounat, puisqu'ils perdenl rarement une occasion d'aller en choeur siffler ses pièces.

D'un autre côté, la lettre adressée an directeur de l'Odéon a le tort grave de ne pas spécifier au juste à quel âge an auteur a le droit d'être encouragé. M. Emile Àugierest après M. Prévost

Paradol le plus jeu les académiciens. En jouant la Contagion,

M. de ii liiHin.it a parfaitement pu croire qu'il encourageai! un jeune auteur, et, s'il s'est trompé, ce ne doit être quede quelque mois. Franchement, quand le signataire du Fils de Giboyer est venu lui offrir le manuscrit de sa dernière comédie, qu'eût pensé le public de M. de la Rounat s'il avait répondu :

— Je n'ai absolument rien dans mes Cartons, el votre pièce m.' sauverait la vie, mus je crains que vous ayez passé. l'âge, et ''ii vous jouant, j'aurais l'air de vouloir encourager un homme qui n'est plus tout à fait jeune. Veuille/, «loue porter

I v ..i; wiu BORl Ml ;i

I ontagwn ailleurs, nu Gymnase par exemple, où les comédies sonl jouées sans distinction d'âge ni même d<

Il cvi probable qu'an lieu de la lettre qu'il a reçue, le directeur de l'Odéon en eûl essuyé une autre où on Ini auraii demandé de quel droi! il s>i permettait de refuser M. \ académicien! auteur d'un grand nombre d'ouvrages a su officier de la Légion d'honneur. Quoi qu'il eût fail dans cette occurence, M. de la Rounat était sûr de recevoir une lettre. I.

leole questi si de savoir si celle qui lui eûl été adn

pour avoir refusé le Contagion, eûl <;té plus désagréable que celle qu'il a empochée pour l'avoir jouée, On connaissait le revers de la médaille. Nous savons aujourd'hui à quoi nous en tenir sur le revers de la subvention.

Si c'est vraiment pour encourager les jeunes auteurs que l'Étal accorde annuellement cent mille francs à l'Odéon, il faut avouer que la lettre à M. de la Rounal arrive bien tard, car je connais beaucoup de jeunes auteurs qui, après quarante ans d'une lutte opiniâtre ont atteint les limites de la plus extrême vieilles.,' sans avoir pu parvenir à être encouragés. M. de la Rounat luiayant été décoré, il y a deux ans, pour sa gestion directoriale, se taisait ces douces réflexions tout en allumant s n l'eu du soir avec les manuscrits des jeunes auteurs précités :

— Je n'ai jamais encouragé le moindre jeune homme et on me décore. Il est clair que c'est une foçon de me remercier d'avoir encouragé les vieillards. Continuons dans cette voie.

Au moment où le directeur de l'Odéon cherchait des centenaires pour leur demander des pièces, on lui apporte, sans qu'il l'ait demandée, une œuvre que le nom seul de l'auteur le dispensait de lire. On ajoute à cette munificence l'envoi d'un acteur aira . à qui une faveur spéciale permet de passer les ponts. La subit le premier soir les chances défavorables du roulis populaire, et immédiatement M. de la Rounat, qui est pour si peu de chose dans si réception, et pour rien dans son ins reçoit une lettre où on lui reproche de ne pas encourager les

ta i \ <i)t \M'i: B0HÊM1

jeunes auteurs. Ce sera éternellement la faute à Gringalet.

C'esl peut-être également à [a Contact ion que les auteurs dramatiques ,* donl la position esl m précaire, devront des changements radicaux qu'ils attendaient toujours, ce qui prouve iin'ils n'arrivaient jamais. Il s'agirait de l'abolition de la censure préventive, qui serait remplacée par la censure répressive, ensure préventive n'a de raison d'être qu'autanl qu'elle prévient au théâtre, par de sages coups de ciseaux, les scandales mi les pugilats. Or, il esl incontestable que, depuis quelque temps surtout, les premières représentations sont dos champs de bataillé. Henriette Maréchal, Didon, la Contagion et plusieurs autres ouvrages auxquels la politique n'était pas étrangère ont tranformé en tribune aux harangues les salles où on les a représentés.

La c insure préventive n'a donc rien prévenu du tout. Il ne tant pas lui en faire un crime : quand les plus forts se trompent sur le sort probable d'une pièce et l'accueil que doit lui faire, le public, il n'y a rien de surprenant à ce que la censure coupe mi mot qui aurait passé sans encombre, ci en autorise un autre qui provoque dans l'orchestre îles cris de chacal enrhumé.

On a pensé avec raison que puisque la censure préventive n'arrêtait pas les orages, autant valait faire rentrer les ailleurs dans le droit commun. Le théâtre est une industrie comme une autre ; or, quand je me fais servir un grog dans un café, le maître de l'établissemenl n'a pas l'habitude de prier une commission composée de six membres, de ^vouloir bien analyser ma consommation.

Que penserait-on en Europe d'un pays dont lis citoyens seraient tenus d'aller tous les matins trouver le commissaire de uer, afin de lui dem mder si la couleur de |< il - gants n'i si pas de nature a troubler la paix, publiqi hn ipe de leur gilet est sujette à retranchement.

l.e jour où le limonadier en question nu1 sert un grog compliqué de vitriol nu d'acide sulfurique je dépose ma plainte au

net, île même que le commissaire de police me fait arri de me r dans les rues -

i vêtement, sous le prétexte que la chaleur m'est contra Le théâtre est l image de la société. I>u moment que la sose passe de censure préventive, pourquoi le théâtre en t-ii pourvu? A toutes les premières un substitut du procureur impérial aurait sa place au balcon, et si la pièce contenait nne atteinte quelconque aux lois qui nous gouvernent, Panleur subirait les peines portées contre ceux qui commettent un délit quelconque, c'est-à-dire qu'il pisserait devant ses juges naturels, et que tlembours et scènes scabreuses seraient confisqués pour être déposés au greffe.

Il est nécessaire de faire justice quand le crime est c nstaté. Mais décapiter un individu avant qu'il l'ail commis m'a toujours paru abusif. Le décapiter après est déjà une chose très-grave. Du reste, ce que beaucoup de gens et en particulier les auteurs ignorent complètement, c'est que leurs ouvrages ne sont pas le moins du monde garantis par l'autorisation de la ceniaus 1 1 grande revue du Châtelet, la Lanterne Magique1 au t\>'<ivr du café chantant établi l'été dernier sur le terre-plein du Pont-Neuf, la statue équestre d'Henri IV se retournait tout à coup, Le seul roi dont le peuple ait gardé la mémoire (g qui est peu flatteur pour les antres) descendait de son cheval de te, et, armé de son sceptre comme d'un archet de cher d'orehi stre, il accompagnait le quadrille d'Orphée en battant

] ne d - le plus ou moins de goût de cette situa-

. qui, d'ailleurs, taisait beaucoup rire: mais \\ est certain i - e par e, puisqu'elle s'est re-

uite au Châtelet pendant cinquante représentation* consécutives, k la cinquante et unième, M. Etonner, le même qui ; donné tant de fo d'honneur que la situation de

l'Empire du Mexique lente, étant venu voir la pièce

ava mauvais qu'on fit d'un Bourbon le confrère d'ArbaE n

M 1. \ CR wm: BOHÊME

d'OIivici plaignil amèrement de ce sacrilège qui

lendnil à enlever au p ;uple le n • >ur ses souverains.

Le lendemain, ordre fui em oyé au directeur el aux auteur que Henri IV nedescendil pas de son cheval el n'aceompa^nàt pas le quadrille iïQrphée. Les auteurs se soumirent. A leur place, voici ce que j'aurais répondu :

La censure préventive fonction m vertu d'une loi à

laquelle perso i au monde n'a le droil de se, substituer,

pas même M. Rouherqui, en sa qualité de ministre, n'étanl responsable ni de ce qu'il dit ni de ce qu'il fait, sérail bien aimablede me laisser tranquille. La censure préventive a autorisé notre Henri IV à descendre de son cheval : il continuera à en descendre.

El j'aurais pi ddé jusqu'à la cenl quatre-vingtrseizième génération, el j'aurais inventé des conseils d'Étal pour déposer l'afr faire à leurs pieds. Mais j'ai remarqué qu'en France si nous savons très-bien faire valoir noire fortune, nous ne savons pas du lOUl iaire valoir nos droits...

\n momenl où je me disposais à entrer dans le cœur de la question, on m'apporte on numéro, déjà âgé de quinze jours, du journal ['Union, dans lequel M. Mac-Sheehj reproduit une de mes causeries sur la nouvelle traduction de la Bible où le mol • câble » a été substitué au mot de « chameau » dans une parole de l'Écriture. M. Mac-Sheehj abuse de ce que je ne sais pas l'hébreu pour me reprocher vivemeni mon impiété. Il m'accuse d'être « la grimace i\r Voltaire. » Si j'aime mieux être la grimace de Voltaire que le sourire de M. Mac-Sheehy, c'esl mon affaire.

Il ajoute que les rédacteurs du Soleil sont de « tristes farceurs. Lemotesl inconvenant, même dans un journal catholique, où les grossièretés vonl leurtrain. ÛuandM. Mac-Sheehy le que l'eau <\<> la Salette guérit 1rs lombagos, arrête les pituites < i fui pousser des cheveux sui les genoux les plus rebelles, je ne me permets pas <u- le traiter de farceur. S'il veul

I \ m; \ mm: BOHÊME

reconnaîtra cependant q dp. il.

lx \.u,i i ncore > ssay< p, comme nous le faisons, de dire h vérité en riant, que de débiter sérieusement des folies. Je mus loin de soutenir que M. Afac-Sheehj soil un aigle, mai! taand il proclame les vertus détersives de la Salette, ji Convaincu qu'il est trop intelligent pour penser un mol qu'il écrit.

J'admets très-bien que M. Mac-Sheeh) cite toul au long Les articles quand il en manque pour son journal. Je suis môme

Ehatouillé dans mon ; ur-propre de cette préférence. M

■ a tort, c'est quand il les accompagne de réflexions blessantes. On peul s'étonner de cette façon de pratiquer l'hospitalité, surirai quand on songe que M. Mac-Sheehy porte un nom écos-

'20 avril 1866.

Entre autres manies, non po dons celle de l'élevage : nous «'levons des chevaux, nous élevons des lapins, nous élevons des écureuils. Ce à quoi nous pensons moins par exemple, c'est ;i élever nos entants. Quand notre levrette a mis lus, nous entourons la mère et les petits des soins les plus assidus: il n'y a pas dans la maison assez de coton pour capitonner le nid des nouveau-nés, et s'ils en exprimaient le moindre désir nous irions chercher pour les sustenter ''es bavaroises, au café d'en face.

Si le médecin, après une nuit d'angoisses, vient enfin annoncer a l'époux que sa femme l'a rendu père, les choses se passenl autrement. On va au bureau de la rue Sainte-Appoline choisir dans un tas de femmes de la campagne mne paysane qu'on ne con tait ni peu ni prou, on lui mel l'enfanl dans les bras, I ■ tout dans un wagon en partance pourPithiviersou Condé-sur-Noireau, et quand huit jours après, les amis delà famille viennent demander à voir si le petit ressemble. à son papa, on leur répond :

— Il est en nourrice.

i \ GRANDE BON I HE

Seul fois sur dix, avant la fin do premier mois, alors qui les

Lrents se deman lenl déjà s'ils feront de leur héritier présomp

mi ambassadeur, il eçoivenl une I< tire

i conçue :

Monsieur, madame,

el que je vous annonce qne le petit Etienne est

■nbé dans le feu. Pendant que je I ier Bes langes « l« ■ \ ;m i

h cheminée il a roulé 'laus les cendres. Quand je l'ai retiré il était

omeda charbon de terre. Je lui ai fourré li lôte dans l'eau,

■o lui ai l'ait avaler de la camomille, rien n'y a fait.

fez-moi douze lianes pour l'enterremenl de ce pauvre chéri, ■ recommande à vous si vous en avez un autre.

Votre nourrice dévouée,

Fille Bampbiquet.

Le nombre des enfants qui tombaient dans le feu augmentant tous les jours, quelques personnes se sont décidées à fonder une société destinée a surveiller les nourrices et à les em- Mener d'alimenter quelquefois leurs nourrissons avec du pain de munition ou des betteraves crues. Sur cinquante mille enfants, on a calculé qu'il eu mourait environ vingt-deux mille en moins de cinq ans entre les m tins » eampagnardes, qui

aiment l'enfance surtout pour le sucre et le savon qu'elle leur ne.

!' i fois le nourrisson en réchappe mais il rentre dans sa famille ;i l'état de phénomène, c'est-à-dire avec les jambes tordues et la taille déformée, comme si depuis sa naissance on l'avait kl coucher dans un cor de chasse. Qui sait si le rachitisme qui envahit notre jeunesse, et qu'il est si facile de constater chez nus gandins les plus à la mode, n'a pas pour cause principale le manque de soins dont leurs premières années ont eu à souffrir?

18 l. V GRANDE BOHÊME

Ki comme en somme il est difficile de trouver l'âme d'un Romain dans le corps d'un ouistiti, c'est encore au pain de muni* tion et ;i la betterave crue qu'il faut s'en prendre si l'espoir de la patrie est aujourd'hui composé d'êtres difformes, vêtus de petits paletots étriqués qui les l'uni ressembler à des porte-ci^ gares, et mettant tout leur bonheur à vieillir sur la paille comme les nèfles jour la fille naturelle de quelque concierge.

\ux courses de dimanche dernier, par exemple, j'ai entendu, à propos do femmes, entre quatre jeunes gens à filets décolletés, une conversation que ces infortunés n'auraient jamais tenue s'ils n'avaienl pas été mal on nourrice.

J'ai raconté ailleurs l'histoire de ee riche agent de change qui, étant allé promener son petit garçon récemment revenu de nourrie.', l'ut fort surpris de le voir lui quitter la main, entrer d ms une nuir, poser sa easquette par terre, et entamer la romance des Feuille'* mortes. Informations prises, l'agent de change ne tarda pas à savoir que, dans le but d'augmenter ses émoluments, la nourrice louait le pauvre petit à des pauvres qui l'envoyaient mendier et chanter toute la journée, et le ramenaient le soir après lui avoir confisqué sa recette.

C'est donc une idée excellente que celle d'instituer une surveillance sérieuse sur les nourrices qui détériorent la jeunesse au lieu de la renforcer. Il est même assez surprenant que nos différents gouvernements n'aient pas pris cette initiative et l'aient ainsi laissée à une société particulière; car, enfin, ces enfants, c'est l'avenir de la France. Il est vrai que nos gouvernements ont toujours été tellement occupés de leur avenir à cu^ qu'il leur restait bien peu de temps pour s'intéresser à r. lui des autres.

Les anciens élevaient des temples aux grands hommes inconnus c'est-à-dire a tous ceux qui. par une circonstance fortuite, avaient disparu de la surface du globe avant d'avoir donné la noie de leur talent, de leur intelligence ou de leur génie. J'ignore combien les nourrices actuelles suppriment annuelle-

ment de grands hommes futurs, maisilfeul croire qu'elles en exterminent beaucoup, car il nenous en reste guère.

Il est vrai que quelquefois les hommes se découragent avant L'heure el en arrivenl à se supprimer eux-mêmes; comme ce jeune peintre qui s'est brftlé La cervelle ces jours-ci en apprenant que sos deux tableaux avaient été refusés par le jury. M est probable que le jury lui-même recevra le contre-coup de cette mort douloureuse. On dit déjà que les deux tableaux étaient très-remarquables. Il est certain que les jurys de peinture se sont quelquefois montrés d'une inintelligence et d'une mauvaise loi merveilleuses. On reste confondu quand on songe que nos deux, plus grands paysagistes, Théodore Rousseau et .Iules Dupré, dont les œuvres se couvrent d'or aujourd'hui, ont été exclus du salon pendant quinze années consécutives.

11 est (''vident, d'autre part, que si tous les tableaux devaient être reçus, il deviendrait superflu de nommer des juges pour les examiner. Peut-être les deux toiles en question étaient-elles excellentes, mais peut-être aussi étaient-elles détestables. En conscience, les artistes chargés de prononcer sur le sort des œuvres qu'on leur adresse, ne peuvent demander avant de formuler un jugement :

— Croyez-vous que si nous refusons ce tableau l'auteur se brûlera la cervelle?

Reste le salon des refusés, dont on a l'ait l'essai deux années de suite, et qui, reconnaissons-le, n'a donné que des résultats impossibles à décrire.

Si rien n'est affligeant pour un peintre comme de se voir invité à aller reprendre ses tableaux dont le jury ne veut pas, rien n'est humiliant comme d'entendre le public rire aux larmes devant une peinture sur laquelle on a pâli pendant six mois.

Je nie rappelle, et tout le monde se rappelle avec moi, une toile de huit mètres de large représentant des chevaux de toute espèce, dont les uns étaient violets, les autres citron, les autres

90 l. A GB INDE BOHÊM E

vert bouteille. Jamais on n'avail réuni sur de simples chevaux amant de couleurs de rarc-en-ciel. J'en rois encore un. assis m prenne' plan, avec des repentirs qui lui tombaient le I du poitrail, et les jambes de devant croisées comme s'il faisait do la tapisserie. On bo donnait randei-vous devant ce m otesque dont l'effet était Irrésistible.

Franchement, si le peintre s'est quelquefois trouvé là pour contrôle!' l'attitude des populations, il a dû bien Bouffrir, el les occasions d'en finir avec la vie ne lui ont certes pas manqué. I.e jeune artiste qui n'a pu supporter l'idée d'être refusé par le jury n'aurait probablement pas supporté davantage celle d'ôl 'e vilipende par le public. Quand on a assez d'énergie pour se brûler la cervelle (certains philosophes prétendent que c'est un acte de lâcheté, mais o'en croyez pas un mon, à plus furie raison a-t-on trop de cœur pour se voir exposé entre deux caricatures dans une salle expressément recommandée aux mauvaises plaisanteries des visiteurs.

Quoi qu'il en soit, lejurj se trouve, à l'égard de cet infortuné jei homme dans une position extrêmement difficile. Le

seul moyen d'eu sortir, c'est. ;'| mon avis, de P( '-ser\e|' 1111 COIII

spécial où seraient exposés d'autorité ie deux tableaux, sur le cadre desquels on inscrirait courageusement cette mention :

CES DEUX PAYSAGES AYANT ÉTÉ REFUSÉS l'Ait LE JURY

l'auteur s'est brûlé la cervelle.

Le public déciderait alors à qui incombe réellement la responsabilité de cette triste aventure. Il est vrai qu'en peinture si ks jurés se trompent quelquefois, bous o on • ajouter que le

publie se trompe tOUJOUJ

il avril 18C6.

b&t ii nent i de I T ion! à peine ébauches

ci déjà, sons i marteau dei charpentiers, les rivalités s'agitent. Ce sont les photographes qui ont ouvert le feu. lu des lenrs ayant obtenu, à l'exclusion de tous, le droit de reproduire les objets exposés, une formidable protestation est partie des trois mille chambres noires qui épouvantent Paria depuis quelques années. On s'est écrit des lettres, on l'est renvoyé des démentis, on s'est dit enfin des mots pleins d'aigreur el de collodion.

Cette tempête dans un objectif n'est cas précisément de mon - ri. Il m Hil.iui permis de m'étonner qu'an nao-

iih'i. i on abolit le monopole des Petites-Voitures, on

établ i elui des photographes. Ceux à qui j'ai fait part

de c i laquelle, 'ans ma fatuité, j accordais quel-

valeur, m'eut répondu que 1rs photographes évincés mal venus a se plaindre, attendu que cette autorisation spéciale ! ! disputée par soumissions cac letées, et que si Sf. Pierre Petil l'a obtenue, c'est que la redevance qu'il s'est enga|

Page 1