‹ La grande bourse et les petites boursesChapitre 7 sur 20 · SCÈNE Vlll · texte numérisé non relu

SCÈNE Vlll

Les mêmes, FRANÇOISE.

FRANÇOISE; entrant arec des actions.

J'ai du Crapouillard ! j'ai du Crapouillard !

AMKN.VÏDE.

Ah! enfin, vous voilà donc? d'où sortez-vous? mademoiselle, et me direz-vous pourquoi rien n'est encore en train pour le dîner à deux heures?

FRANÇOISE

Le dîner?,. Vous croyez peut-être que je vais aller au marché, que je vais salir mes doigts à faire la cuisine... plus souvent!

AMÉNAÏDE

Plus souvent ?

FRANÇOISE

Le marché, fi, donc! la cuisine fi, donc! la domesticité, fi donc! non non, je vais être riche, cossue, distinguée... j'ai eu des actions de la société Crapouillard et compagnie...

TOUS

Des actions Crapouillard!..

FRANÇOISE

Un nouveau chemin de fer de Périgneux à Carcassonne, en passant par Landcrnau, avec embranchement sur Villers-Cotterets.

ROBIN

La magnifique affaire.

FRANÇOISE

Air De Marianne.

Je ne veux plus être servante.

AMÉNAÏDE

Vous devez m'accorderhuitjours.

FRASÇOISE.

Je fournirai ma remplaçante.

Et de ce pas même, je cours

Trouver Denyse,

Une payse.

Avec Jeanu'ton Qu'est aussi d'mon canton ;

Bonn's et gentilles

Ces deux jeun's filles

Quittent l'pays Pour servir a Paris.

Or nous aurons, chacun la nôtre, Chacun la nôtre ; c'est au mieux !

Vous choisirez l'une des deux.

Et moi, jeprendrai l'autre.

Comment? ma bonne qui prend une bonne.

ROBIN

Elle a raison ; ça me décide à prendre un portier. -O siècle de progrès : siècle étourdissant! c'est que c'est vrai! voilàoùnous allons, nousironsmême plus oin,.. il n'y a plus de raison pour qu'on s'arrête.

Air : Adieu je vous fuis, bois charmant.

Chacun veut briller, s'enrichir.

On joue, ou spécule, on raisonne, Chacun veut se l'aire servir.

GOBERGEOT.

Mais nul ne veut servir personne.

Quand les valets seront ctiangés En niaitrcs uristocratiques.

Je vois les maîtres obligés De leur servir de domestiques.

FRANÇOISE

Écoutez donc, chacun son tour.

GOBERGEOT.

En attendant le vôtre, Françoise, vous porterez cette lettre, à mon chef de bureau au ministère.

FRANÇOISE

Merci, et la Bourse qui ouvre à une heure.

GOBERGEOT.

Ah! pourtant...

Ne vous fâchez pas, j'vas porter vot' lettre à l'une de mes deux payses... pourvu quevot' commission soit faite...

GOBERGEOT.

Sans doute... 'ah! avant de partir viens ici, et vous aussi M. Piobin, et toi aussi, ma femme... je vous ai réunis pour vous demander un renseignement. TOUS, formant un petit groupe.

Parlez.

GOBERGEOT.

C'est au sujet du nouveau banquier chinois.

ROBIN

M. Fich'ton-kan et compagnie.

AMÉNAÏDE; à part.

Dieu! saurait-il?..

GOBERGEOT.

Vous avez confiance, n'est-ce pas?

TOUS

Si nous avons confiance...

GOBERGEOT.

C'est que voyez-vous, c'est entre ses mains que j'ai versé mes dixièmes.

AMÉNAÏDE

Comment, mon ami, vous avez versé...

GOBERGEOT, à part.

Aïe! aïe! (hatit.) Oui, une avance que j'ai demandée sur mon traitement, (à part.) Si elle savait qu'il s'agit de son cachemire.

ROBIN

Certainement, j'ai confiance... mais c'est égal, à votre place, moi, j'aurais pas versé.

' GOBERGEOT.

Pourquoi?

ROBIN

Parce que ça ne se fait plus., voyez plutôt, moi , j'ai trente actions de chemin du fer sur les toits...

FRANÇOISE

Sur les toits ?

HOBI.N.

Oui, de la coupole du Panthéon à l'Observatoire, avec embranchement sur les tours Notre-Dame'... Eh bien 1 je n'ai pas versé.

GOBERGEOT.

Et tu as eu les actions ?..

ROBIN

Sans doute.

Mv Du curé Patience (LoXsa Puget.)

Je vais vous enseigner

Cette méthode

Conimode, Je vais vous enseigner Le vrai moyen de gagner.

Pour spéculer loyalement Jadis il fallait de l'argent ; Mais il n'en faut plusaprésent.

L'argent n'est plus ce qu'on expose; Par un ingénieux moyen Gratis on augmente son bien.

Et maintenant sans risquer rien Ou peut espérer quelque chose.

Voilà comme on s'y prend,

C'est facile

Et c'est habile, "Voila comme on s'y prend Pour spéculer sans argent.

Vous écrivez j'ai des millions, Et, sans plus d'informations.

Mille promesses d'actions Sont toujours a votre service.

A la Bourse vous vous rendez, Ces promesses, vous les vendez.

Et sur leur gain, vous les soldez En empochant le bénéfice

Voila comme on s'y prend

Pour faire

Une bonne affaire, Voilà comme on s'y prend Four s'enrichir sans argent.

Les promesses du plus grand prix, Maintenant se donnent gi'atis.

Et jamais, on n'a tant promis Sans sortir un sou de sa caisse.

Oui, sans rien risquer maintenant D'une promesse on fait argent.

Et même quelquefois on vent La promesse d'inïe promesse.

Voila comme on s y prend

Cette méthode

Est commode Voilà comme ou s'y prend, Pour s'enrichir promptement.

TOUS

Voil^ comme on s'y prend, etc.

GOBERGEOT.

Diable: mais alors je me suis trop pressé.

FRANÇOISE

C'est égal, monsieur, fiez-vous au célèbre banquier chinois.

AMÉN.UDE.

Mais Colombe qui ne revient pas... Oh! décidément ce retard n'est pas naturel... il faut que je m'informe... que je sache... ( Elle va pour sortir, Colombe paraît au fond. )

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