CHAPITRE lY
tien de la discipline et de la régularité dans tout Tordre , et très-secondairement seulement du temporel de chaque maison. Saint Bruno qui domine de dessus son piédestal la salle capitulaire et tous les Généraux placés autour du plafond , ainsi que nous l'ayons vu , semble être là pour dire aux Prieurs : Veillez à ce que Ton conserve toujours dans l'Ordre l'esprit de vos pères.
Da NoTice el de la Profession.
Quand un sujet demande à entrer dans l'ordre , il est examiné avec soin; et si l'on reconnaît en lui des marques de vocation , et qu'il réunisse en outre les conditions requises, on le met en cellule. Une des principales de ces conditions est de pouvoir être promu aux saints ordres, auxquels tous les religieux de chœur sont destinés; et c'est pour cette raison qu'on est dans l'usage de ne recevoir aucun sujet qui n'aurait pas fait ses classes de latin et même un cours de philosophie.
Dès qu'il est en cellule , bien qu'il ne soit encore que postulant , le nouveau reçu garde les observances et assiste à tous les offices en habit séculier et couvert d'un manteau.
116 LA GIUlira-€BARTKEUSE.
Lorsque pendant ce temps de la première ëprettve, qui est d'un mois environ , il a montré un véritable zèle pour le genre de vie qu'il désire embrasser, il est proposé à la communauté pour la prise d'habit Si la majorité des suffirages a été pour son admission, après une exhortation sur les obligations de l'état dont il Ta faire un essai , on le revêt de l'habit de l'ordre, et il commence son noviciat, qui est aujourd'hui de deux ans.
Pendant toute la durée de cette seconde épreuve , il est spécialement dirigé par le maître des novices , qui le porte aux vertus qui font le vrai chartreux.
Plus le temps de la profession approche , plus on sonde ses dispositions ; et quand après de sérieux exa* mens on croit qu'il a une vocation réelle , un mois environ avant la fin du noviciat, il demande comme une grâce à tous les religieux assemblés au chapitre d'être admis à la profession. S'il a été reçu, et qu'il renouvelle la même demande à deux autres reprises différentes , il prononce ses vœux à la m^»se conventuelle d'un jour de fête.
Nous avons assisté une fois à cette cérémonie, dont les prières sont très*belles et qui offre des détails pleins d'intérêt. Il y a surtout un moment fort touchant : c'est celui où le novice fait le tour du choeur ,
GQAPITRE IV. m
s'agenouille devant chaque religieux, et lui dit, d'une voix émue» en baisant le bois des stalles : Ora pro me, pater^ prie? pour moi, mon père.
Voilà le novice devenu religieux. Exposons maintenanties devoirs qu'il a à remplir , en mettant sommaiirement sous les yeux du lecteur les observances de l'ordre qui vient de le recevoir au nombre de ses membres.
Principales Obsenanees.
Les chartreux étant tout à la fois cénobites et solitaires , nous allons les considérer sous ces deux rapports.
Gomme cénobites, ils se réunissent tous les jours à l'église pour la célébration de l'office divin. Les jours ordinaires ils s'y rendent trois fois; dans la nuit pour chanter les matines de l'office canonial, le matin pour la messe conventuelle , après laquelle ils se retirent dans les chapelles particulières pour y dire ou servir une messe basse , et le soir vers les trois heures pour vêpres. Mais les dimanches et fêtes, tout l'office divin se chante à l'église. Les jours fériaux, les vêpres sont suivies de l'office des morts , qui se psalmodie.
lis LA GRANDË-GHARTREUSE.
Les dimanches et fêtes ils premi^ait leur repas au réfectoire) où Ton fait toujours une lecture, et oà il n'est du reste jamais permis de rompre le silence.
Us se réunissent une fois par semaine pour le spo' dmefUf ou promenade, qui dure environ trdus heures.
Enfin il est loisible à chacun d'assister les jours de fête à une récréation en commun.
Ces adoucissements accordés par la règle servent à la dilatation du cœur , par le doux épanchement que permettent la charité et l'union firaternelle. Il est inutile d'observer que les statuts interdisent les jeux, la musique et tout ce qui est contraire à une yie d'o^ raison et de recueillement.
Comme solitaires, les chartreux passent tout le reste du temps dans leur cellule , où ils ne reçoivent personne sans permission , et d'où ils ne sortent que pour se rendre à l'église, aux heures des oiËLcea seulement, ou chez le supérieur, quand quelque chose de nécessaire ou d'important les y appelle.
Or voici ce qui occupe le chartreux dans sa sditude. Outre les parties de l'ofiice canonial qui ne se chantent pas à l'église, il a encore à dire en«particulier l'ofiice de la sainte Vierge ; et le temps assez court que lui laissent de libre la récitation de ces divers