CHAPITRE V
Exempt de toute ambition pour les chaires, il n'envie que les vertus de son état et l'avantage d'être le plus^ humble sans néanmoins chercher à le paraître , et borne ses prétentions pour ce monde à qua« Ire murailles pendant sa vie et à quelques pieds de terre après sa mort. En un mot, libre de toute crainte et de toute espérance humaine , il fait un saint usage du présent et vit sans projets pour l'avenir; et s'éle^ vaut au-dessus de tout ce qui est terrestre et sensible, il ne soupire qu'après l'éternité , à laquelle sa vie est une continuelle préparation par une suite de saints exercices dans lesquels il persévère jusqu'au dernier soupir. C'est alors que parvenu au terme de son pèlerins^e , il remet en paix son ame entre les mains de son Créateur , et s'endort paisiblement du sommeil du juste.
Il est bon de remarquer que tout ce qu'on vient de lire est comme calqué sur la règle, en telle façon que presque tout y correspond à un article des statuts , dont le numéro est cité en marge dans le petit écrit qui a fourni ce chapitre et que nous avons reproduit à peu près dans son entier.
Ce chapitre et le précédent ont exposé l'intérieur comme l'extérieur de la vie des religieux chartreux. Si l'on désire maintenant connaître les raisons pour
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lesquelles leur ordre n'a jamais eu besoin de réforme (1), c'est surtout parce qu'ils ont constamment vécu dans un grand éloîgnement du monde, et qu'ils ont toujours évité avec le plus grand soin de faire des changements notables à leurs premières constitutions.
La maison et ses habitants ainsi connus, il reste à jeter un coup-d'oeil sur l'ensemble du Désert, à visiter les deux chapelles qui s'y trouvent , et , pour les personnes qui en ont le temps et qui s'en sentent le courage, à faire la montée du Grand-Som. Aussi est-ce là ce qui va remplir le chapitre suivant
(1) Cariusia nunquàm reformata , quia nunguàm deformcUa , a dit un auteur étranger à Tordre.
GHAPITRB 11.
Tne générale da Béserl. Course anx chs^es de Sotre-Dame de Casalftis el de sainl Bruno. Ascension an Grand-Som.
Lorsque vous serez sorti du monastère et que vous serez monté dans la prairie qui le domine, regardez autour de vous pour vous rendre compte du plan général de la partie du Désert au milieu duquel il est
situé. On y retrouve la forme d'un amphithéâtre
oblong et irrégulièrement ovale. Le sol du côté du midi est d'un niveau bien inférieur ; il va ensuite s'élevant peu à peu et se termine par des mamelons étages en quelque sorte les uns au-dessus des autres , jusqu'au lieu où se trouve placée la chapelle de saint Bruno. Un peu plus haut, le vallon est borné par des rochers escarpés qui l'entourent de toutes parts. A son autre extrémité , dans le bas , coule le torrent du Guiers-Morty qui traverse le Désert depuis la porte
du côté du Sappey jusqu'à celle du côté de Saint-Laurent-du-Pont. Ce torrent prend sa source dans les montagnes qui dominent Saint-Pierre-de-Chartreuse. On le nomme Guiers-Mort, parcç que, dit-on, dans des années de très-grande chaleur, il est arrivé quelquefois que son lit est resté entièrement à sec.
L'extrémité du Désert du côté du nord est limitée par une montagne appelée le Col , au sommet de laquelle s'étend une prairie émaillée , au mois de juin , de mille fleurs diverses. La montagne du Col est commandée sur la droite par le rocher de Bovine ou Bovinant , et sur la gauche par celui d' Aliénard. Du côté du levant, le point culminant de ces chaînes dentelées qui se dessinent sur l'azur du ciel est occupé par le pic du Grand-Som , la plus élevée de toutes les montagnes qui entourent la Chartreuse (1). Du côté du midi, au delà du torrent, on aperçoit de loin la jolie bergerie de Vallombretfy placée au milieu d'une prairie en pente douce , et plus haut la montagne appelée Charmanson , dont les hauteurs sont occupées par de beaux pâturages. Enfin vers le couchant, dans les replis du mamelon couvert de bois qui est en face
(1) Le Grand-Som est à 1800 mètres au-dessus du niveau de la mer.