CHAPITRE Vil
par te haut et s'élargissent à leurs bases. Lorsqu'on vient du Sapjpey, cette ouverture ne s'aperçoit jguère qu'au moment où on y est arrivé. Oii attribue à saiiit Hugues la construction de la double porte bâtie dans cet endroit, ainsi que de la maison destinée à loger un gardien; et c'est là une des deux entrées principales du Désert.
Au sortir de cette porte , et après avoir ïnonté quelques minutes, on trouve sur la droite une petite chapelle dédiée au saint prélat que nous venons de nommer, et dont l'autel, qui est de pierre, porte cette inscription, en caractères gothiques, sculptée en ré- Uef et bien conservée : Initium termindrum et privilegioTum Domûs Cartusiœ. C'est devant cette chapelle qu'on laisse à gauche le chemin qui conduit au village de Saint-Pierre-de-Chartreuse, dont une partie des maisons est fort dispersée depuis le col d'Entrémont jusqu'au pied de la montagne de Chamechaude et jusqu'au col de Portes. Ces maisons groupées dans les arbres ou placées sur de verdoyants plateaux font éprouver, avec les moissons qui les entourent, une impression agréable , quand on sort de ce sombre Désert où l'on ne trouve ni champs cultivés, ni vergers, ni maisons d'habitation. Le paysage est pourtant toujours resserré et couronné de sapins et de rochers ;
156 LÀ GRANDE-GHARTREIJSE.
combien cette végétation nous parut belle ! Quelle fraîcheur dans la verdure ! Quelle délicatesse dans les nuances des teintes et des couleurs! Etonnés, ravis, il nous semblait voir l'univers sortir du chaos et étaler devant nous tout Féclat de sa primitive jeunesse.
» Voilà quels étaient sur nous les effets du magique aspect qui succédait à tant d'âpres tableaux ; ce contraste semblait être ménagé pour le charme de nos yeux, et cet horizon fait à souhait pour les reposer délicieusement. C'est là que les montagnes, sans perdre leur majesté, faisaient ressortir l'agréable variété de la plaine. La vallée de Graisivaudan nous semblait bien au-dessus des descriptions de Tempe et de Taygète. Nous ne pouvions nous lasser de contempler ces champs si riches, ces arbres couverts de fruits variés , cette belle rivière qui serpentait avec tant de grâce au milieu des prairies, ces coteaux qui, appuyant leurs croupes verdoyantes sur les flancs des montagnes, offraient dans leurs développements pittoresques là de charmantes retraites, plus loin des goi^es ou des enfoncements revêtus de taillis touffus ; enfin, ces torrents qui, se précipitant avec fracas du haut des glaciers, devenaient paisibles ruisseaux dans la plaine et semblaient se dépouiller de leur fureur pour apporter à Tlsère le tribut de leurs eaux.