‹ La Grande-Chartreuse, ou, Tableau historique et descriptif de ce MonastereChapitre 51 sur 93 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

> En continuant notre route, nous arrivâmes sur les hauteurs de Montfleury, ancienne maison de Do-« minicaines (1) : c'est de là qu'on voit les montagnes dû Triève se développer dans une perspective lointaine, et qu'en même temps on découvre Grenoble.

> Cette capitale du Dauphiné est adossée à une montagne peu élevée, et traversée par l'Isère; de fort jolies promenades font le charme de ses environs. Du côté où nous nous trouvions, nous avions devant les yeux rile-Verte ou les glacis , prairies parsemées de bosquets de haute futaie et s'étendant sur les bords de la rivière; plus loin, le Cours, grande allée à quadruple rang d'arbres , bordée par de jolis canaux d'eau courante et se prolongeant jusqu'au pont de Claix , dont nous apercevions la voûte hardie, jetée sur le Drac par Lesdiguières.

» C'est dans cette direction que se présente un des plus beaux amphithéâtres de collines et de montagnes que l'on puisse voir après la perspective du lac de Genève. Le moment où nous le contemplâmes nous le montra sous l'aspect le plus favorable. Le soleil

(1) Aujourd'hui cette maison est occupée par les dames de Saint- Pierre , qui s'adonnent avec succès à Péducation des jeunes personnes.

était près de se eoucher , et les collines composant le premier plan du tableau projetaient de longues ombres sur le côté opposé, où elles formaient dégradations de teinte mollement nuancées. Au-dessus, les montagnes du Monestier et le mont Aiguille , se découpant en formes bizarres sur les premières collines, élevaient leurs masses plus sombres. Enfin, les pics décharnés de TObion se perdaient dans un lointain vaporeux.

» Mon imagination s'élançait avec vivacité à travers cet horizon si vaste et si varié dans ses aspects. Pourtant, en approchant de Tlsère, j'aimais à y reporter mes regards; j'aimais à considérer les saules 6t les peupliers de ses bords répétés dans ses ondes, et de temps en temps, j'admirais, au-dessus des^ riants coteaux de la rive gauche, ces cimes couvertes de neiges perpétuelles , où roulaient çà et là quelques nuages qui les voilaient tour à tour de leurs flottantes draperies , et bientôt laissaient à découvert leur édatante blancheur, dorée des derniers rayons du soleil.

> Tout entier au charme de nos sensations, il nous semblait que nous venions de quitter le Sappey, et déjà nous étions aux portes de Grenoble... »

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