‹ La grande crise, romanChapitre 20 sur 41 · LA GRAÎ^BE CRISE · texte numérisé non relu

LA GRAÎ^BE CRISE

Sur les cinq maisons, quatre étaient inutilisables ; la cinquième était naturellement occupée par ce «bon vieux» commandant-major.

Quand ils sont obligés d'avoir des rapports avec les pékins, ces braves fossiles se haussent immédiatement au ton acrimonieux et follement autoritaire que leur semblent autoriser soixante ans d'âge, dont quarante de servitude militaire. Aucun esprit de conciliation, aucune atténuation, aucun adoucissement dans les ordres ; aucune fermeté non plus ; mais des colères, des menaces, des vexations. Seuls, les logeurs de Sa Grandeur attachée au rivage, habituellement riches et égoïstes, ont droit à toutes les .plus avantageuses dérogations.

Parmi les autres, une coalition se forme vite contre « monsieur le major )> qui n'est pas même un médecin militaire ; mais on n'attaque pas de front ; chacun biaise avec le règlement, grâce à la complicité des autorités civiles qui en ont ellesmêmes assez du bonhomme.

Les lits d'officier disparaissent, les espaces disponibles se resserrent, et les cantonnements se raréfient.

Bien entendu, M. le major du cantonnement n'est pas même au courant ; eu bien il ne se souvient plus, car il n'a pas attendu la guerre pour faire de l'amnésie. Quand un bataillon arrive, harassé, muni d'un ordre d'installation, il se heurte à des conflits impossibles.

L'habitant dit en pleurant : « Je ne peux rien ;

LA GRAND e"'cRISE.

j'ai dû tout rayer des contrôles de la mairie ». Le major rétorque : « Il n'y a rien de rayé, je n'ai pas souvenance d'avoir accepté cette radiation.

— Alors ? demande le poilu.

— Eh bien ! mettez ces gens-là en prison, et installez- vous à leur place. »

Comme le poilu préférerait cent fois coucher sur la route que d'exercer la plus petite fonction policière individuelle, alors qu'il y a pour cela des gendarmes qu'il est loin de porter dans son cœur, il abandonne la lutte et se résigne une fois de plus en haussant les épaules : « C'était écrit ».

Il n'y a rien à faire, parce qu'il n'y a rien de fait.

Ah! cousine, qui délivrera notre France au sol trop riche, de son incomparable collection de fossiles, de ces zoolithes pétrifiée en pleine vie et en plein exercice de leurs illusoires fonctions au service de la patrie en danger? Renvoyez-les dans leurs foyers en les dédommageant magnifiquement par l'octroi de ce laconique diplôme : « Mort pour la France ». Donnez à des officiers vraiment fatigués ou blessés, ayant au moins trente mois de front, ces postes reposants où ils s'ingénieront à se rendre utiles. Car, la misère et les nécessités leur ayant donné l'esprit pratique, ils s'efforceront civilement et habilement de ne pas laisser les pauvres diables du front se heurter à une porte obstinément close lorsqu'ils viendront délasser un moment leurs membres fatigués et reposer leur tête vacillante.

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