‹ La Grande dévoteChapitre 3 sur 7 · LA (îKANDIi DKVOKK · texte numérisé non relu

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(lu poison devenait idée fixe chez eH+', elle s'en servit pour tous ceux qui l'entouraient, s'associa à une société faisant métier de la chose, et poussa cette p;s.ssi()n si loin, qu'elle parcourait les hôpitaux, essayant ses poisons sur les malades, et en étudiant reflet sur leurs visages convulsionnés.

Antoine Gobelin, marquis de Brinvilliers, son mari, avait éié mestre decamp du régiment de Normandie en 1069.

O n ne sait vraiment encore commcmt cei homme échappa à la vengeance de cette femme et de son ainant. Les deux misérables comptaient-ils sur une fin fortuite?

« On ne parle ici, écrit madame de Sévigné le l^'"" mai 167G, que des discours et des faits et gestes de la Brinvilliers. A-t-on jamjiis vu craindre d'oublier dans sa confession d'avoir tué son père! Les peccadilles qu'elle craint sont admirables! Elle aimait ce Sainte-Croix, elle voulait l'épouser, et empoisonnait fort souvent son mari a cette intention. Sainte-Croix, qui ne voulait pas d'une femme aussi méchante que lui, donnait du contre-poison à ce pauvre mari, de sorte Qu'ayant été ballotté cinq ou six fois de cette sorte, tantôt désempoisonné, il est demeuré en vie, et s'offre présentement de venir solliciter pour sa chère moitié. »

« Gaudin de Sainte-Croix, dit Th. Jung, est un aventurier marié, puis séparé de sa femme, criblé de dettes, il fut enfermé une première fois a la Bastille, le 19 mars 1663. et en sortit le 2 mai de la

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mémo aiiaéo. il se retira en Angleterre, fit plusieurs voyages dans les Flandres el en Allemagne, s'y lia avec les médecins Glaser et Rabel, l'empoisonneur Eggidi, les Vanens, les Bachimont, les Gonnor, fit partie d'une association criminelle, en devint un des chefs, puis retourna à Paris, dont il fit le centre de ses opérations et de ses relations. Quant à Exili, ou plutôt Eggidi, c'était un gentilhomme de cette fameuse reine de Suède, qui avait souillé d'un uieurtro, à Fontainebleau, le foyer hospitalier de la France. Dès 1650, cet homme remplissait a Rome le rôle de sicaire et d'empoisonneur. Sa sœur était fille publique. >

La marquise de Bi'invilliers était pieuse, et ne manquait pas d'^vller à c;)nfesse et de communier. La confession la perdit; la justice fut instruite, et on l'arrêta à Liège, où l'on trouva dans un tiroir de son serrétairo une confession générale qui révélait le nombre fabuleux de ses victimes. Ses complices furent bientôt arrêtés comme elle, et ils étaient tellement nombreux, qu'on ne pût même tous les connaître.

Le comte de Soissons avait été aussi emporté en quelques jours, par une maladie si rapide, qu'elle avait laissé des soupç')ns. On racontait qu'à quelques lieues de là, la comtesse de Soissons, la deuxième nièce de Mazarin, Olympe Mancini, travaillait des poisons avec sa sœur, Marie Mancini, duchesse de Bouillon, et faisait partie carrée avec M. de Vend(")me et le duc de Villeroi.

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L'accusation d'empoisonnernfînt courait les ruoiles, et Marcilly écrivait à Louvois : « La comtesse est malade et accablée de fluxions. Le bruit qui s'est répandu quo M. le comte, en mourant, avait dit qu'il se croyait empoisonné, court toujours. 11 est ici un homme pris et convaincu d'avoir empoisonné sa femme, lequel, étant interrogé, par le lieutenant-criminel, dit que cela était vrai, et qu'il a jeté de la poudre blanche sur le visa^^e de sa femme, sur sa gorge et sur ses mains, et qu'il en a aussi mis dans son potage; et le pressant de dire pourquoi il a fait cela, il dit qu'il était amoureux de sa femme, et croyant qu'elle en aimait un autre, il alla touver une sienne amie, nommée dame Barbe, lui faisant des plaintes de sa femme. « Elle lui dit qu'elle lui donnerait une poudre pour s'en faire aimer, en la jetant sur elle et dans sa soupe, ce qu'il fit.

» Dame Barbe dit que cela est faux ; l'homme le soutient à dame Barbe, et dit force choses pour le prouver. Les juges sont fort embarrasés. Que faire à cet homme qui dit qu'il n'entendait pas fugue ? Cependant, la femme empoisonnée se mourait hier, et je crois à l'heure qu'il est. »

Mais l'impunité de ses crimes ne devait pas être de longue durée. A quelques années de là, on la retrouvait parmi les accusées de la Chambre ardente, à côté d'empoisonneuses avérées, telles que la Voiein et la Pilastre.

Si le lecteur daigne nous suivre dans une petite

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maison, basse d'étages et misérable d'aspect, du vieux Versailles, il verra comment opérait la Voisin, cette empoisonneuse célèbre du grand siècle dont il ne faut pas trop arracher le voile, et il apercevra la comtesse de Soissons venant solliciter le poison.

C'était dans une rue longue et étroite, parallèle à la rue du Jeu-de-Paume, et que l'on nommait déjà la rue des Récollets, que cette maison se trouvait. On l'apercevait en entrant du côté des bâtiments royaux. Les tenêtres, toujours hermétiquement fermées, ne révélaient rien du dehors. Les murailles étaient jaunes et sombres. Une petite porte bâtarde, seul« entrée du réduit, ne s'ouvrait jamais de jour, et après le coucher du soleil ne répondait encore qu'au huitième coup d'appel. La porte, entr'ouverte, ne donnait passage qu'à une seule personne à la fois et se refermait d'elle-même aussitôt. L'étranger entré dans la place se trouvait dans une complète obscurité et avait à suivre un long corridor et deux étages à monter avant d'apercevoir la moindre lumière. Arrivé devant une deuxième porte, il frappait à nouveau et recommençait quinze fois; puis un rideau tiré derrière une petite grille se soulevait mystérieusement.

— Qui va là? demandait-on.

Si la réponse n'était pas satisfaisante, le rid(;au retombait sans pitié. Dans le cas contraire, une autre interrogation était faite.

— Que voulez-vous ?

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— Savoir.

— Avez-vous peur de la mort?

— Non.

— C'est ici l'antro (In la science univer.selle et le sépulcre des vivants... Entrez.

La porte glissait lentement. Une torche de résine vous guidait à travers des pièces tendues de drap noir et servant à diverses cérémonies du cuire <liabolique.

Soudain, un immense rideau se déchirait sous vos yeux, et vous vous trouviez dans une vaste, pièce, éclairée par cinq lampes d'argent retenues à la voûte du plafond par des torsades de soie.

Aux quatre angles de la muraille brûlaient douze l'ierges autour d'un carcueil recouvert du drap mortuaire. Sur un autel élevé dans la partie la plus obscure, les images ^sacrées, le calice, la croix, jusqu'aux Évangiles et aux chandeliers d'or, étaient retournés à l'envers. Sur un buffet qui disparaissait sous les cornues, les alambics/les fiolçs, les grimoires et tous les appareils alchimistes, une flamme violette s'échappait d'un vase profond -comme une corne, évasé comme une coupe et reposant sur un trépied tordu. Au pisd de l'estrade, trois squelettes étaient agenouillés dans l'attitude de la prière, et Ton entendait leurs os qui claquaient.

A part ce bruit étrange, tout faisait silence, et on n'eût pas dit que quatre personnes habitaient ce ténébreux réduit. Elles étaient à demi effacées par

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d'épais rideaux, qui leur dérobaient la partie du visa^^(i que laissait entrevoir le masque.

Dans l'ombre, et plus éloignées du milieu de la chambre, se tenaient deux de ces personnes. C'étaient deux hommes, deux prêtres : l'un se nommait d'Avaux et l'autre Lesage.

Les deux autres, deux femmes, assises dans de grands fauteuils, paraissaient moins se dérober aux regards de ceux qui entraient. L'une se dérangeait souvent pour l'autre, qu'elle sei'vait ave^* beaucoup de respect.

La dernière seule élevait la voix et répv)n(lait à (jui venait interroger la science de l'inconnu et acheter la poudre de succession. De ces deux femmes, la première était la Vigoureux; quant à la prétresse du temple, elle n'était autre que la Voisin, que nos lecteurs doivent se rappeler avoii* l'encontrée déjà à Versailles, dans cette fameuse nuit de bal masqué de la marquise de La Vieuville.

La Voisin, prévenue de la visite de quelques grands personnages, était depuis quatre heures à son poste. Il s'agissait, pour plu'^ieurs. des plus hauts intérêts, et celle-ci n'avait garde de manquer l'occasion d'empocher les pistoles et d'augmenter sa popularité. Jamais, du reste, ses affaires n'avaient pris une aussi large extension.

Il était alors neuf heures du soir. Le nègre qui gardait la deuxième porte entendit frappei* les (juinze coups de rigueur et souleva le rideau noir frangé d'argent terni qui dissimulait le guichet.

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— Qui Vil la.' cria-t-il,

— Un adepte.

— Qu(î voulez-vous?

— Savoir, maroufle, si le diable est aussi laid que ta piteuse personne.

— Avoz-vous pour de la mort?

— Mordieu ! si J'avais peur de la mort, je ne viendrais pas m'exposer à mourir de rire à la vue de ton bouffon visage.

— Entrez, monseigneur.

Celui que le nègre venait d'appeler monseigneur se précipita à l'intérieur, et traversa sans trébucher les différentes pièces qui précédaient la chambre noire. Comme il est facile de le deviner, c'était un habitué de la maison et un gentilhomme qui payait gros les révélations et les philtres.

— Ohé ! la Voisin î cria-t-il en entrant, c'est aujourd'hui le 13 et un vendredi; tu m'as promis de me montrer le diable, et je viens faire sa connaissance.

— Si vous n'avez rien à lui demander, monseigneur, c'est inutile; le diable ne se dérange pas pour une curiosité.

— Mordieu! mais j'ai beaucoup à lui demander : d'abord, si mon second mariage est aussi bon que le premier ?

— Vous avez beaucoup perdu en perdant Henriette d'Angleterre, monseigneur.

— Soit, mais je voudrais savoir si je suis aimé de la princesse palatine ?

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— Pas plus que de la sœur du roi d'Auji^leterre.

— Ah !... Et si ces deux filles qvii accompagnent le comte de Guiche en Allemagne sont les enfîints de ce comte de Guiche ?

— Oui, monseigneur.

— Et de Henriette d'Angleterre?

— La science reste sourde à cette demande. Le duc d'Orléans frappa du pied avec colère.

— Mais le diable, le diable m'instruira, mordieu!

— Le diable n'a pas besoin de se gêner avec vous; il est de vers amis.

— Puis, fit Monsieur qui se rapprocha de la Voisin et lui parla à voix basse, je voudrais savoir -^i Sa Majesté mon frère a de longs jours à vivre ?

— Le roi enterrera tous ses sujets, monseigneur.

— Alors ce n'est point généreux à lui de ne pas me laisser un peu régner en son lieu et place, puisqu'il est toujours sûr de reconquérir le pouvoir.

— Et que voulez-vous encore?

— Un secret pour gouverner mon frère. La Voisin se leva, frappa trois coups secs de sa

îaguette dans les feuillets d'un livre cabalistique, mis sembla prêter l'oreille à un bruit sourd qu'on mtendait derrière les tentures.

Le duc d'Orléans commençait à pâlir.

— N'ayez pas peur, monseigneur, dit la Voisin ; î'est la messagère de la Mort qui vient ^'avertir lue Satan ne pourra se mettre à vos ordres qu(» )our le deuxième quart de minuit.

Le duc regarda, et vit quelque chose de noir et

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d'horrible qui volait lourdement .m-dus-us de sh tAte, et qui vint se poser sur l'épaule de la Voisin. C'était une chauve-souris de la pire espéra, doiii les ailes, d'une envergure extraordinaire, batt.iiem Tair avec opiniâtreté.

— J'attendrai, dit le duc d'Orléans, se ca^hani U visage de ses mains.

Une porte s'ouvrit devant at dernier, qui entr^ dans une longue pièce tendue de draperies d'or el étincelante de lumière.

Si ce n'eût été quelques attributs de magie et de sorcellerie qui décoraient les panneaux (U les voussures des portes, ou eût pu se croire à cent lieue* de la chambre noire et plut'>t dan< une des brillante? salles du Louvre qu'au seuil de l'antre de la mauricienne.

Monsieur n'était pas au bout de la pièce, quil était rejoint par le marquis de Beuvron, le capitaine d'Aubigné, le comte de Vardes et par troi^ ou quatre personnages enveloppés de grands manteaux et le visage masqué. En ce moment, la Voisin causait avec animation avec le maréchal duc de Lu^xembourg, à qui elle proposait un pacte avec le diable pour faire marier son fils avec la fille de Louvois le ministre le mieux en cour.

— Nous verrons, dit le maréchal en souriant; mais il n'y a vraiment que le diable qui pourrait Taire ce mariage-là.

fît il s'éloigna.

Deux femmes, a^^ant bien soin de veiller à leurs

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iiia^iiues ot, ÙPi ramener sur le Iront la (lentell(i ih^ leurs capuchons, s'approchèrent de la Voisin.

— L(;s deux sœurs ! iit Vigoureux à l'oreilh» de Lesage.

— M(îsdam(;s la duchesse de Bouillon et la comtesse de Soissons ! dit la Voisin en s'inclinant.

— Chut ! lit la comtesse.

— Mesdames, je suis à vos ordres.

— Ma sœur, reprit la comtesse, désire que vous lui tiriez son horoscope. Elle ne voulait pas venir; c'est moi qui suis parvenue à l'y décider.

— Vous avez bien (ait, madame; la duchess(» (U Bouillon n a rien à redouter de nos révélations.

La Voisin étala les cartes devant elle et remplit d'eau trois verres de cristal ; puis avec sa baguette, elle frappa à coups redoublés sur la chauve-souris, qui prit la fuite et tournoya autour des lampes en poussant des cris aigus.

— Le dial)le n'aura pas bvmu jeu dans votre vie, madame, dit la Voisin: il y aura de la considération pour vous jusqu'au dernier jour.

Elle prit la main gauche de la duchesse, et en suivit méthodiquement toutes les lignes.

— (rrandeur. prospérité, fortune, lit-elle; vous êtes bien la nièce du grand Mazarin.

Elle ajouta quelques mots à voix bas^e. et la duchesse de Bouillon, laissant tomber dans les mains de la Vigoureux une bourse pleine d'or, s'éloigna vers la porte de sortie en disant :

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