‹ La Grande dévoteChapitre 4 sur 7 · LA (illANDK UKVOTE · texte numérisé non relu

LA (illANDK UKVOTE

— Je VOUS laisse ma sœur ; ne lui prophéii-<v. p:is plus (le in;il qu'à moi.

La comtesse de Soissons s'approcha.

— Eh bien! lui dit la Voisin, m'appoi Lez-\'Mi~ <•♦- ((ueje vous ai demandé?

— A peu près; voici d'aboid un mouchoii*. une chemise et deux paires de bas qui appartiennent à Sa Majeté.

— Cela ne suffit pas.

— Voici un col, et... lit-elle mystérieu-eineui. une boucle de cheveux et des roj^nures d'onjrle-.

— Très-bien.

La comtesse de Soissons tirait de dessous sa robe une petite fiole, dont le contenu était d'un rouvre sombre.

La Voisin eut un frisson.

— Du sang du roi ? fit-elle.

— Oui répondit l'ancienne maîtresse royale, (jui était pâle comme une morte ; le roi a été malade v. il a fallu le saigner, ce sang est bien de Sa Majesté.]

— Madame, cela vous coûtera cher; mais voi< i un philtre qui vous fera éperdument aimer de notre grand et puissant roi.

— Plus bas ! fit la comtesse de Soissons.

— Ètes-vous satisfaite <

— Oui; mais ce n'est pas tout encore : je veux être riche de mon chef. Mon oncle le cardinal a laissé, assure-t-on, une fortune immense. Mes sœursi sont plus riches que moi.... Me comprenez-vous?'

— Très-bien : vous voulez être la -seule héritière

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de Mazariri ? Il y a pour cola un moyen bien simple....

— Vous n'y pensez pas, madame ! s'écria la comtesse. Que mes sœurs vivent tant que le bon Dieu voudra; je veux être riche seulement.

Deux hommes entrèrent en ce moment ; la comtesse de Soissons disparut.

— A tout à l'heure, lui dit la Voisin.

Les deux hommes étaient : l'un, l'abbé d'Auvergne, l'autre, François-Henri de Montmorency-Boutteville, suivi d'une espèce d'intendant qu'on nommait Bonard. Pour tous deux, il s'agissait d'un héritage qui avait été soustrait ; et, plutôt que de recourir à l,a Justice, ils s'abandonnaient umî entier à la sorcellerie.

La Voisin leur dit à l'oreille :

— Promenez-vous dans la grande salle; il n'y a aucune crainte d'être reconnu. Vous êtes déguisés à merveille, et chacun ici a intérêt à ne pas divulguer les secrets d'autrui'.

— A minuit, messeigneurs.

Et elle se promena lentement avec une l'emme qui paraissait être jeune et belle, à en juger par la grâce de son attitude et le charme de sa voix.

— Madame, disait cette jeune femme, promettezmoi que vous ne tenterez rien contre le cœur du roi ; c'est tout ce que j'exige de vous.

— Si Sa Majesté daignait m'écouter, je lui prouverais comme quoi ce cœur si volage jusqu'à ce jour peut lui appartenir tout entier.

.'i4 r.A (ÎHANDE DKVOTK

— Mai'ie-Thérése no peut-être fière d'un arnour qu'elle-mAiiif' n'aiiiait pas fait naître.

— Mais si Sa Majesté se voitcoinplêtementdélaiHsé(3 'i

Je prierai Dieu, niadaine.

- — Vous êtes une sainte, dit la Voisin, et Je vous Jure que ce philtre que je vous propose et que vous refusez si noblement, personne autre ne l'aura.

— Merci, cette seule crainte a pu autoriser la démarche que, ce soir, je tente près de vous.

La reine de France, aussi méconnaissable que les autres personnages qui encombraient les appartements de la Voisin lit signe à deux femmes qui l'accompagnaient qu'elle était prête à s'éloigner, et prit congé de la magicienne qui la reconduisit jusqu'au seuilde la porte. La Voisin dit à la marquise de Montespan, qui l'abordait alors:

— Votre règne est bien fini, madame.

— Il ne m'aimera donc jamais plus^ répondit celle-ci avec tristesse.

La Voisin s'était laissée entraîner derrière les tentures noires, où une autre femme lui disait :

— Il me faut un poison plus violent, entendezvous ? plus certain surtout !

— A qui en voulez-vous donc cette fois, madame la duchesse !

— Sait-on quels sont vos ennemis, et n'est-il pas prudent d'avoir par devers soi une arme quelconque ?

— Même mortelle ?

— Sans doute.

— Les parlements n'ont pas pardonné à la marquise (le Brinvilliers, madame la duchesse de Courtras-Ruvif^ny ?

— Que me parlez-vous de cette femme !... Elle empoisonnait par plaisir. Moi je n'obéirai qu'à une nécessité.

— Vous me demandez alors quelque chose de terrible?

La dochesse de Courtras-Ruvi<^ny répondit par un signe d'impatience.

La Vigoureux prit un fiole qu'elle remit à la Voisin, qui la montra à la duchesse.

— C'est ma dernière, fit-elle ; elle sort du laboratoire de Glaser,etExili y a mis la main. Une goutte suffit, madame ; mais ne l'employez que contre quelqu'un qui ait sérieusement mérité votre colère.

— Me croyez-vous femme à vouloir me débarrasser du monde entier?

— Convenez que le pauvre duc est bien malade, fit la Voisin qui sourit ; cet homme-là se fatigue trop. Les charges de sa place ne lui laissent aucun repos, et l'ambition lui jouera un mauvais tour.

— C'est bien possible, fit la duchesse ; il n'y a moyen de rien vous dissimuler, la Voisin. Heureusement que toutes nous tenons un peu votre vie dans nos mains, et que vous êtes muette comme la tombe.

La Voisin s'inclina.

Une petite chienne, de race anglaise, que la

\'.\() \.\ (',H\S\)K Dl'iVOTK

(Juche-;se dissimulait sous sa mante se roidit, poussa nn niihlfî cri, fît tomi)a irianiiruH» sur le parqur^t.

— C'est bien, (it-elie; merci, vous ne m'avez p;t^ trompée, la Voisin.

— L'horrible femme ! pensa celle-ci ; heureusement que ce soir même j'attends la visite de ce cher duc de Coutras-Ruvi^my.

La duchesse tourniit à peine le flo> a la Voisin que le duc était devant elle.

— Ah ? c'est vous, monsieur le conseiller d'Etat : venez-vous me demander un poison bien violeni pour tuer quelques-unes de vos femmes ?

— Non pas, j'ai bien assez déjà de me mettre en garde contre la seule que je possède.

— Que voulez-vous, alors ?

— Un contre -poison certain,

La Voisin tendit au duc une fiole enveloppée dans un lambeau de toile gommée.

— Voilà, dit-elle ; une goutte dans votre verrre, et vous vivrez cent ans.

C'est bien certain, hein !...

— Soyez tranquille ; tenez, voyez ce chien : il est bien mort, n'est-ce pas ?

— Il en a ma foi ! bien l'air ; mais... je ne me trompe pas, s'écria le duc, c'est Jiska, la petite chienne que la princessse de La Trémoille a donnée à la duchesse de Courtras-Ruvigny ?

— Eh bien ! regardez fit la Voisin.

Elle prit la fiole, en fit sauter le bouchon, mouilla le bout de ses doigts et en frotta vivement le mu-

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seau (le la bète, qui ouvrit les yeux, fit entendre un léf^er grognement, et, après quelques secondes, bondit sur ses pattes et se secoua avec force.

— Duc, si vous vous sentez jamais, après un repas |)ar exemple, des faiblesses tlans les jambes et un engourdissement dans le cerveau, faites comme moi, mouillez vos doigts et frottez-vous les tempes... Le plus attrappé ne sera pas vous.

— Merci.

Onze heures sonnaient.

— . J'ai fort à faire jusqu'à minuit. Nous avons aujourd'hui la visite du diable et de hum d'autres ^^ens qui ne valent pas mieux.

La Voisin salua le duc et se retira.

Le salon dans lequel était entré le duc d'Orléans <'ontonait alors plus de vingt personnes. Soit maladresse ou chose prévue, les bougies s'étaient éteintes, et la vaste pièce n'était plus éclairée que par deux torches de cire que le nègre, agenouillé au seuil de la porte, tenait suspendues au-dessus de sa tète.

Les flammes jetaient des reflets bleuâtres sur les masques de velours. La fumée formait des nuages sombi'es. Hommes et femmes encapuchonnés se promenaient silencieux. On eut dit les personnages fantastiques de quelque légende allemande attendant le clair de lune et l'heure du sabbat. Il y avait là peut-être aussi les plus fous de la terre.

La Voisin, dans une autre pièce, était alors occupée. On no lui demandait rien moins, cette foife,

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