‹ La grande duchesse. Comédie-vaudeville en un acteChapitre 5 sur 19 · LES MÊMES. FERDINAND · texte numérisé non relu

LES MÊMES. FERDINAND

*FERniNAND , sans être vu.

Un préjugé me lie Et s'élève entre nous ; Je donnerais ma vie Pour être égal à vous, Oui , je donnerais ma vie Pour être égal à vous.

MATHÉUS

Ah ! quel plaisir extrême Son cœur éprouve ici , De voir celui qu'elle aime , ENSEMBLE, s Si près d'elle, aujourd'ui.

VALENTINE

Quelle surprise extrême !

11 revient aujourd'hui; Cornent celui que j'aime Se trouvc-t-il ici?. . .

FERDINAND , entrant.

Valentine , je vous revois enfin, on ne m'avait donc pas trompe'; vous êtes maintenant attache'e à la Cour de la granfle Duchesse.

VALENTINE

Mais comment avez - vous pu vous introduire dans ce Palais ?

MATHÉUS

Par la fenêtre , Mademoiselle , et c'est moi qui la tenais ouverte; u oi , Mathéus Colombus , un philosophe ,un sage , être force' de faire la courte e'chelle aux amours , mais il le fallait pour le soin de votre réputation , et la tranquillité de ma propre conscience.

AIR : Amis , voilà la riante se/naine.

Pour protéger vos vœux et votre flamme , Au repentir , je m'expose aujonrd'ui ; Mais vos chagrins ont su toucher mon âme , Je me suis dit : soyons coupable aussi.

( il )

La faute est faite, ch bien , avec courage , Moi , d'un gros tiers , je prétends me charger; Quand ou est trois, ei qu'ensemble ou partage , Le poids , du moins , en paraît plus léger.

VALENTINE

Ah! M. Mathéns, vous avez autant de bonté que de sagesse.

MATHÉUS

Ne me dites pas de ces choses-là dans le moment où je maudis ma faiblesse. . . ne me faites pas rougir à mes propres yeux , je vous en prie ... et songez plutôt à me répondre avec franchise. . . vous aimez Mademoiselle?

FERDINAND

Oh ! pour la vie.

MATHÉUS

Bien. Pourriez-vous être heureuse sans Monsieur?

VALENriNE.

Jamais !

MATHÉUS

Très-bien . . . c'est justement pour nous entendre làdessus , que j'ai fait venir ici Monsieur par un chemm si inusité chez les philosophes. . . Mademoiselle de Padzi est d'une naissance illustre , elle vient d'être honorée d'un nouveau titre ; vous n'êtes qu^un simple officier, à la suite du duc de Parme, probablement sans famille, puisque vous n'avez pas jugé à propos de nous la faire connaître. Eh bien ! le conseil que j'ai à vous donner , c'est de vous oubh'er l'un et l'autre , le plutôt possible.

FERDINAND

Ah! Valentine, vous connaîtrez trop tôt l'obstacle qui nous sépare... si je parlais, ce serait encore augmenter nos chagrins. . . aussi je venais vous adresser une dernière prière... le devoir m'ordonne de rester au Palais, tant que le neveu du duc de Parme y fera son séjour ... de grâce, évitez sa présence. . . car si vos yeux rencontraient les siens , notre malheur serait encore plus grand.

VALENTINE

Que voulez-vous dire , je ne puis vous comprendre?

MATHÉUS , à part.

Ni moi non plus. . . voilà encore un langage auquel jç n'entends rien. . . et cependant je sais huit langues.

UN HEYDUQUE , annonçant.

La grande Dnchesse !

MATHléuS.

Mon élève ! voilà précise' nent l'heure de son petit lever... vite , vite , monsieur l'officier. . . fuyez de ces lieux , vous connaissez le chemin.. . et épargnez du moins la réputation d'un philosophe. ( // l'entraîne.)

FERDINAND

Adieu , Valentine , souvenez -vous de ma prière. {Il sort.)

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