‹ La Grande encyclopédie (volume 2)Chapitre 101 sur 633 · TONGA · texte numérisé non relu

TONGA

au S.-O.; et appartiennent à la chaîne de la Nouvelle- Zélande, avec le groupe intermédiaire de Kermadec. On distingue, au double point de vue géologique et orographique, deux séries parallèles, l'une occidentale, la moins importante, composée d'îles élevées, volcaniques, parfois à volcans actifs, l'autre orientale, d'îles basses, coralhgènes, parfois avec lagon, et d'une multitude d'îlots et de récifs. Géographiquement, on les partage en trois groupes : septentrional, de Vavao; du milieu, de Hopaï; méridional, de Tongatabu. Toutes ces îles et hauts fonds sont reliés par un plateau qui émerge en divers endroits et que les naturels appellent Hallola-Comei, Le fond s'élève ou se déprime sous l'action de volcans sous-marins. D'une manière générale, dans cet ensemble d'Iles, les forces volcaniques et les altitudes diminuent de l'O. à l'E. et du N. au S. Dans le groupe septentrional, on voit d'abord les rochers déserts de Fanua-Lai on Amargur a (ait., 183 m., 55 kil. q.), dont un volcan fit une terrible éruption en 1846, qui réduisit l'île en débris et projeta au loin des cendres, et au S. -E. Taku, de moindres dimensions; plus loin, dans la même direction, est l'île principale Vavao ou Hafoulou-Hao (ait., 150 m., 145 kil. q.), une foule d'îlots et de récifs coralliens l'entourent et sont disséminés au S., ce qui n'empêche qu'il y ait eu de récentes éruptions dans l'île ; Neiafu est sa capitale, où se trouve une des résidences du roi ; c'est aussi le meilleur mouillage de l'archipel, il est bordé par 5 petites îles ; la superficie des îles alentour de Vavao est de 42 kil. q. Au S.-O. est l'île volcanique de Laté, cône de 546 m., dont une éruption éclata en 1854 (16 kil. q.).

Le groupe de Hopaï (68 kil. q.) comprend une quarantaine d'îles madréporiques et, à l'O., deux îles volcaniques, Kao (1.524 m., 11 kil. q.) et Tafoa (854 m.) : volcans actifs; au S. sont les sous-groupes des îles Kotu (10 kil. q.), des îles Namuka (37 kil. q.) et un bon port ; diverses petites îles. A l'O. senties îles volcaniques: Falcon, ou plutôt son emplacement, car, d'apparition récente (1881), elle est déjà engloutie ; Honga-Tonga (150 m.) et Honga-Hopaï (122 m.). — Enfin le groupe de Tonga-Tabu est le plus important. L'île de ce nom est la plus grande (430 kil. q.) de l'archipel, elle est plate, avec quelques collines de 30 m. au plus; elle renferme la capitale de l'archipel, résidence habituelle du roi indigène, et qui est en même temps un port. A 15 kil. S.-E. est une autre grande île, celle à'Eua (174 kil. q.), offrant des ait. de plus de 300 m., avec un îlot rocheux ; Rallau ou Katto, à une petite distance de sa pointe S. Au S.-O. de ce groupe et de tout l'archipel est Fîle Pylstaart ou Ata (355 m., 2, 7 kil. q.), volcanique ; découverte par Tasman en 1643, et appelée par lui Middelburg.

Les saisons, aux Tonga, ne sont pas aussi tranchées qu'elles le sont d'ordinaire dans les contrées tropicales. 11 pleut toute l'année, l'humidité est extrême en général, et il y a de fortes rosées. La chaleur est tempérée par le vent. La température moyenne est de 24" à 25'* ; et, dans la saison des pluies, on observe parfois 32** à 36^*. Il fait plus chaud à Tonga-Tabu qu'à Vavao. Dans la saison sèche soufflent les alizés, de l'E. -S.-E. au S.-E.; dans la saison des pluies (novembre-avril), ce sont les vents d'O., N.-E. et N. ; le N.-O. est accompagné de violentes rafales ; dans cette même saison apparaissent les cyclones, principalement dans les groupes volcaniques. Les tremblements de terre sont fréquents.

Les îles volcaniques de l'O. sont boisées ; un riche humus s'est formé le plus souvent, reposant sur une couche d'argile. Une belle végétation les recouvre, et les indigènes ont pu y créer des plantations. Cependant, les ruisseaux y sont rares, et l'on ne trouve que de l'eau saumàtre rassemblée dans de petits étangs ou au fond des puits. L'eau des pluies est recueillie dans des citernes. La flore, pareille à celle des Viti ou Fidji, a toutefois un caractère indien plus prononcé. Comme dans les archipels polynésiens, il existe des cocotiers en grand nombre, arbres à pain.

fougères arborescentes, palmiers (4 espèces), etc. — La faune indigène ne possède, en mammifères, qu'une espèce de rat et de chauve-souris. Les Tonganais ont toujours eu des porcs ; mais le chien leur est venu des Fidjiens ; aujourd hui ils ont reçu les principaux animaux domestiques d'Europe. Les espèces d'oiseaux sont nombreuses, entre autres les pigeons et les perroquets. La classe des insectes est pauvre en espèces, les moustiques et les fourmis pullulent.

La population de l'archipel, au recensement de mai 1897, était de 20.917 hab., ce qui donne une densité de 21 ; on comptait 479 étrangers. La population indigène est en voie de décroissance. La moitié se trouve dans le groupe de Tonga-Tabu. Il est plusieurs îles inhabitées. Les Tonganais sont de race polynésienne, la nuance de leur peau est claire. Ils sont apparentés aux Samoans, dont ils descendent et par lesquels ils ont été envahis. A leur tour, ils ont émigré aux Fidji, dont les habitants, au commencement, les saisissaient et les mangeaient, et sont parvenus, grâce à leur supériorité guerrière, à s'y établir et même à y dominer. Dans les îles Tonga (et Samoa), presque tous les hommes sont des athlètes de belle prestance, à chevelure noire ondulée, au regard fier, d'ailleurs gais et confiants, d'où le nom d' « amis » donné par Cook. Leurs femmes sont belles et gracieuses, aux traits du visage variés ; celles de la caste noble sont presque blanches, et fort civilisées. L'anthropophagie, jadis pratiquée exceptionnellement, a disparu. La nourriture est principalement végétale et ichtyique ; le kava, fort répandu, est aujourd'hui en partie remplacé parle vin. Le tatouage n'est plus usité. Les maisons, longues et basses, sont faites de palmiers et de pandanus. Les Tonganais sont des agriculteurs excellents et cultivent le Piper methysticum (pour le kava), igname, bananier, cocotier, arbre à pain, mûrier (pour étoffes), tabac, maïs, caféier, cotonnier, etc. Ils sont également pêcheurs, navigateurs, et les meilleurs marins de l'Océanie. Fort industrieux, ils tissent leurs étoffes, tressent leurs filets, construisent leurs canots ; ils extraient l'huile de coco. Les armes anciennes ont été remplacées par les fusils et les haches. Bien que les liens du mariage soient lâches, les femmes sont respectées et n'ont à faire que les travaux domestiques. La religion était celle des autres Polynésiens ; les Tonganais sont convertis au christianisme depuis 1830.

L'archipel formait déjà, à le fin du xviii® siècle, un Etat unique, gouverné par un roi absolu, avec un régime féodal de nobles et du commun peuple, et, en outre, les esclaves. Il y avait aussi un souverain spirituel, le lui- Tonga, sorte de mikado, que l'on n'approchait qu'en rampant. L'ancienije dynastie ayant été renversée en 1800, le chef de Hopaï réussit à réunir tout l'archipel sous sa domination. Sous l'influence des missionnaires et des colons, le nouvel Etat fut transformé constitutionnellement; le roi, assisté d'un conseil privé, partage son pouvoir avec une assemblée législative composée moitié de la noblesse héréditaire, moitié de membres élus par le peuple. Le pouvoir exécutif a à sa tête un « premier » ministre, qui est également le président du Parlement. Le pouvoir judiciaire est exercé par des cours de justice, dont les membres sont choisis parmi les nobles, chefs de district. Le premier roi, dans cet Etat politique, fut George I®^ Tuabou, mort le 18 févr. 1893, à l'âge de quatre-vingt-dixsept ans. Il a eu pour successeur son arrière-petit-fils, George Taufaahau (né le 18 juin 1874), qui a pris le nom de George Tuabou II. Le « Premier » actuel est Josateki Toga. Le pavillon des Tonganais est rouge, cantonné à l'angle supérieur, près de la hampe, d'une croix rouge sur un fond blanc. Des traités d'amitié ont été conclus avec l'Allemagne, lel^^nov. 1876, la Grande-Bretagne (29 nov. 1879), et les Etats-Unis d'Amérique le 1^^ août 1888. Le gouvernement allemand qui, en avr. 1886, avait conclu avec la Grande-Bretagne un traité où les deux puissances s'engagèrent à respecter la neutralité des îles Ton-

TONGA — TONK

ga, y a renoncé le 19 déc. 4899, et l'Angleterre a placé ces îles sous son protectorat. Les sujets britanniques sont soumis à la juridiction de la cour du Tonga pour offenses contre les lois tongiennes, tels que délits de douane, taxes, quarantaine, police locale ; sous les autres rapports, ils relèvent de la juridiction du haut commissaire des îles occidentales du Pacifique (institué en 1897). A Texception d'un petit nombre d'Européens employés dans les douanes, l'éducation et le service médical, tous les fonctionnaires du royaume sont Tonganais. Il est interdit aux étrangers de devenir propriétaires fonciers dans l'archipel. C'est dans la résidence royale oflicielle, à Nukualofa, que se trouvent le siège du gouvernement et les consuls de différentes puissances. Dans les dernières années du règne de George F^, l'autorité était en réalité aux mains du missionnaire wesleyen Baker, dont les intrigues amenèrent une sorte de schisme religieux. La plupart des indigènes ont été instruits dans les écoles des missionnaires et savent lire et écrire.

Les monnaies sont anglaises, allemandes et américaines : on compte en dollars et en shillings. Les poids et les mesures sont anglais. Les ports et mouillages sont assez nombreux, grâce aux récifs qui abritent les côtes, tout en rendant la navigation difficile. Des feux ont été établis : à Vavao, dans le port de Néiufu et à Nukualofa. Des lignes de navigation régulières existent pour Auckland, Sydney et les Fidji. Le jaugeage des navires entrés en 1898 a été de 81.000 tonnes, dont 74.888 1. pour les navires anglais. Les importations étaient, en 1898, de 879.000 fr. Les exportations étaient de 986.600 fr., en grande diminution depuis l'ouragan de 1896 et la sécheresse de 1897.

L'Angleterre en absorbe environ les deux tiers, TAllemagne le reste. On exporte surtoutdu coprah (740.000 fr.) ; on importe des étoffes et produits alimentaires. Les revenus de l'Etat, tirés des droits d'entrée, de la capitation et des fermages, sont de 500.000 fr.

L'archipel des Tonga fut découvert en 1643 par Abel Tasman, qui vit les îles méridionales. Cook y vint en 1773, puis, en 1777, il y séjourna quatre mois et donna une description détaillée des îles des Amis. Les îles septentrionales ne furent aperçues qu'en 1781, par l'Espagnol Maurelle. Ch. Delâvaud.

BiBL. : Mariner, Accoiinl of Uie nation ofthe Tonga Islande, 1818. — Lawry, Friendly and..., a missionnary Visita 1850. — The Criminal and civil code of the Kingdom of Tonga ; Auckland, 1891. — A. Monfat, les Tonga ou Archipel des Amis ; Lyon, 1893. — The Colonial Office List,

TONGAREYA.Ile de Polynésie (V. Manahiki).

TONGARIRO. Volcan de Nouvelle-Zélande {\ . ce mot).

TON G KING TcHENG. Ruines chinoises (V. Ningouta).

TONGOUSE (V. TouNGOusEs).

TON GRES (flamand Tongeren). Ville de Belgique, ch.-l. d'arr. jud. et adm. de la prov. de Limbourg, à 20 kil. S.-S.-E. de Hasselt, sur le Geer, affl. de la Meuse; 9.500 hab. Stat. du chem. de fer de Liège à Eindhoven et tète de ligne vers Saint-Trond. Athénée royal. Collège épiscopal. Tanneries, huileries, poteries, tuileries, brasseries. Sources d'eaux minérales. L'église collégiale de Notre-Dame a été commencée au iv® siècle ; reconstruite en 1240, elle ne fut achevée qu'au xv« siècle. Elle possède une statue de la Vierge antérieure au xiii« siècle, un beau retable et de splendides dinanderies. Le trésor contient des merveilles d'orfèvrerie religieuse. Le cloître, de style roman, est remarquable. Le Béguinage a bien conservé son caractère. On a érigé une belle statue de bronze à Ambiorix, chef des Eburons, célèbre par la lutte qu'il soutint vaillamment contre Jules César. Nous devons citer aussi un curieux spécimen de l'architecture militaire du XIV® siècle : la porte de Visé. Les ruines des anciens remparts romains s'étendent depuis le Geer jusqu'à la porte de Maastricht, sur une longueur de 4.600 m. ; ils sont construits en pierre, épais de plus d'un mètre, et reliés par des tours. Des fouilles pratiquées assidûment ont mis au jour de

nombreuses antiquités romaines et franques, et le plus ancien tombeau chrétien connu en Belgique. Près de l'enceinte romaine se trouve la fontaine de Pline dont les eaux minérales étaient déjà exploitées avant l'ère chrétienne.

Histoire. — L'ancienne Aduatuca Tungrorum date probablement de l'époque de César ; on a prétendu qu'elle fut bâtie sur l'emplacement de la fameuse Aduatuca. Sous l'empire d'Auguste, elle se trouvait dans la seconde province germanique. Saint Materne vint y prêcher l'évangile sous le règne de Constantin. La ville fut dévastée par Attila, par Clovis, puis par les Normands. L'empereur Othon la donna à Notger, évêque de Liège, et elle appartint à la principauté épiscopale jusqu'à la fin de l'ancien régime. Elle subit de nombreux sièges, notamment en 1672, en 1677, en 1703, en 1792 et en 1794. Dépeuplée par la peste en 1401 et en 1553, elle fut en grande partie détruite par l'incendie en 1677. — Les armoiries de Tongres sont : D'argent à une hamaide d'or, accompagnée de neuf pièces de vair^ quatre rangées en chef et cinq en pointe, Vécu ayant pour timbre une couronne d'or et pour cimier un cygne naissant, colleté d'une couronne d'or. E. H.

TONGRIÊN (Géol.)(V. Oligocène).

TONGUE. Rivière du dép. de V Hérault (V. ce mot, t. XIX, p. 1141).

TON I LA. Ville ruinée du Mexique, Etat de Chiapas, à 8 kil. E. d'Ococingo ; buttes funéraires, sculptures.

TON ILS (Les). Com. du dép. de la Drôme, arr. de Die, cant. de Bourdeaux ; 105 hab.

TONIQUE. L MusiouE. — C'est le nom de la corde principale qui établit le ton général du morceau. Toutes les pièces de musique finissent sur cette note que la mélodie, il est vrai, ne contient pas toujours comme note finale, mais qui se trouve au moins exprimée ou fort rarement sous-entendue comme basse de l'accord parfait qui le termine toujours. Tout autre conclusion ne donnerait point l'idée d'achèvement, et le morceau resterait en quelque sorte suspendu, genre d'effet qui peut être d'un usage fréquent dans la musique dramatique où la nécessité d'enchaîner différentes scènes entre elles autorise cette licence. Mais si un pareil morceau vient à être exécuté séparément dans un concert, il faut nécessairement en modifier la conclusion pour que l'effet satisfasse l'auditeur. La tonique, entendue seule, n'exprime point le mode. C'est la tierce, majeure ou mineure qui l'accompagne, seule ou faisant partie d'un accord parfait qui permet de caractériser le mode auquel appartient le morceau.

II. Thérapeutique. — Médicaments destinés à « rendre de la tonicité aux tissus », à relever l'action vitale des éléments anatomiques ou à donner plus de force à l'organisme. Ce sont des réconfortants qui doivent activer la nutrition, reconstituer les fonctions assimilatrices et exciter la circulation capillaire. Leur action physiologique n'est en réalité pas bien définie, selon Manquât. On les distingue généralement des stimulants qui ne détermineraient qu'une excitation passagère, tandis que les toniques, agissant plus lentement, auraient une influence plus durable. Suivant Luton, leur classification peut se réduire à deux groupes : les analeptiques, reconstituants ou fortifiants, qui rendent au sang les principes réparateurs organisables et sont des agents de calorification, comme les aliments, les ferrugineux, etc. ; les névrosthéniques, toniques du système nerveux par l'intermédiaire duquel ils agissent sur la nutrition, parmi lesquels on comprendra les agents physiques (chaleur, électricité, magnétisme, etc.), les dynamophores (quinquina, fer, noix vomique, ergot de seigle, digitale, amers, etc.), les excitants (vin et alcooliques, café, thé, kola, ammoniaque, essences et substances aromatiques, éther, hydrothérapie, etc.), qui conviennent dans les cas de collapsus, et les astringents. D^ V.-Lucien Hahn.

TONK. Ville de l'Inde, ch.-l. d'une principauté musulmane du Radjpoutana, à 120 kil. E. d'Adjmir, sur la r.

TONK - TONËÏN

dr. du Banas ; 40.000 hab. La principauté, morcelée en six fragments, a 6.500 kil. q. et 350.000 hab., dont 300.000 Hindous. Elle fut fondée par Emir Khan, chef de bandes à la solde du Maharate Holkar, dans les premières années du xix® siècle.

TONKA (Bot.) (V. Coumarouna).

TON Kl N. Colonie française d'Asie, formant une partie du gouvernement général à'Indo-Chine (V. ce mot) et le N. de l'empire d'Annam. Le Tonkin est compris entre la Chine au N. (prov. de Kouang-toung, Kouang-si et Yunnan), la Haute-Birmanie (anglaise) à l'O., le Laos et l'Annam au S., la mer à l'E. — Le nom de Tonkin est celui qui désignait la capitale (auj. Hanoï), qualifiée de Toung-King, capitale occidentale, par opposition avec Si- King, la capitale orientale, fondée en 1400 et aujourd'hui ruinée . Les Annamites appelaient le Tonkin région d u Nord , Bac-Ki, ou route extérieure, Dang-Ngoaï. — La frontière chinoise commence sur le golfe du Tonkin vers 21° 33' lat. N., à Fembouchure du bras N. de la rivière de Monkaï, laissant à la France l'Ile Traco et toutes celles situées à rO. de ce méridien (105*^ 4'riong. E.); se dirigeant vers rO., la frontière suit la rivière de Monkaï, les monts Phan-chân, franchit à la Porte de Chine la route de Hanoï à Loung-tcheou et se dirige vers le N.-O. jusqu'à la limite du Yunnan, puis vers l'O., selon un tracé assez accidenté, où elle coupe les principaux cours d'eau et atteint à Laokaï le fleuve Bouge; elle le remonte, durant 60 kil., jusqu'à Longpo (22«50'lat.N.), traverse à Muongté la rivière Noire et, par le pays de Sipsong, se dirige vers le Mékong ; la ligne de partage des eaux de ce bassin forme à peu près la limite entre les résidences françaises du Tonkin et du Laos. La limite entre le Tonkin et l'Annam (prov. de Than-hoa) suit à peu près la crête N. de la vallée du Song-ma, pour atteindre la mer au 20^ lat. N. — La superficie du Tonkin ne doit guère dépasser 100.000 kil. q.; les évaluations de la population varient de 7 à 15 millions d'hab.; on peut admettre le chiffre de 10 millions.

Le pays se divise en deux parties : le Delta, plaine alluviale de 15.000 kil. q., qui dépasse à peine le niveau de la mer, et la région montagneuse du Haut-Tonkin qui l'entoure au N. et à l'O. — La plaine à laquelle on donne Te nom de Delta, parce qu'elle est essentiellement formée du delta où se confondent les embouchures du fleuve Bouge et du Thaï-binh, commence à la frontière annamite, embrasse la basse vallée du Daï avec la ville de Ninh-binh, celle du fleuve Bouge en aval de Hong-hoa, puis le delta proprement dit jusqu'au pied du massif de Dong-trien. L'aspect est celui d'une plaine horizontale où émergent seulement quelques anciens îlots rocheux, aujourd'hui monts de la Pagode (260 m.), des Pachydermes, de l'Eléphant (160 m.), etc. Cette plaine est découpée en damier par les arroyos aux eaux limoneuses et occupée par les rizières parsemées de bouquets de bambous. Le fleuve Bouge, qui entraîne annuellement 2 milliards de m. c. d'alluvions, refoule rapidement les eaux du golfe ; Hong-yen, actuellement à 60 kil. dans les terres, était port de mer au xvii^ siècle; Hanoï, qui est à 150 kil. de la mer par le fleuve, se trouvait au bord il y a 1 .200 ans, et le niveau du sol n'y est que de 4 m. au-dessus de celui des marées. Les digues, dont les habitants ont bordé les cours d'eau, en limitant au lit le dépôt des alluvions, en ont exhaussé le fond, si bien que les rizières voisines sont maintenant en contre-bas. — Le Haut-Tonkin est divisé par le fleuve Bouge en deux parties : celle du N., qui prolonge les massifs du Kouang-si et dont les sommets de grès et de schiste ont des pentes assez douces, revêtues d'herbes, est souvent nommée région des plateaux; celle du S.-O., prolongement du Yunnan, comprend des massifs calcaires abrupts et est revêtue d'épaisses forêts, d'où la qualification de région forestière. Dans l'orographie générale, on a cru pouvoir discerner plusieurs alignements se succédant parallèlement à la côte, c.-à-d. en

(.RANDK ENCYCLOPÉDIK. — XXXI.

arc de cercle, du N.-E. au S.-O. Le premier est représenté par les îlots rocheux de la côte, île de la Table (397 m.), de Kebao (405 m.) et se termine à la montagne de l'Eléphant ; le second va du mont Nouidok, près de Monkaï, aux Sept-Pagodes, le long du delta ; l'ait, y atteint 1.200 m. ; ce sont les monts de Yenton, de Dongson, des Noui, de Kaytram. Un troisième alignement va du Maouson (1.200 m.), sur la frontière chinoise (près de Langson), à Thaï-nguyen, traversé par les cols ou Deo Kouan et Van et longé par le chem. de fer de Phulangthuang à Langson. Plus au N. sont le massif longtemps inabordable du Yenthé, les monts de Caobang, d'autres qui dépassent 2.000 m. au S. du lac Babé, les chaînes de Kaomaï, entre la rivière Claire et le Song-chaï, et de Konvoï, entre le Song-chaï et le fleuve Bouge. — Dans la région forestière, au S.-O. du fleuve, dont l'ait, moyenne serait de 1.500 m., on distingue le pays muong et le Sip-song-chan-thaï, séparés par la rivière Noire. Le pays muong, très tourmenté, s'abaisse progressivement à mesure qu'on s'écarte du Yunnan : de 2.000 m. à la frontière, à 1.500 m. au plateau deThoulé (en face Yenbai), à 1.250 m. au mont Bavi, au delà du défilé de Chobo, creusé par la rivière Noire, à 400 m. à la Grande Dent, près de Ninh-Binh. Le Sip-song-chan-thaï offre un spectacle analogue ; les passes vers le Laos sont assez rares et difficiles.

La côte a un développement de 400 kil., en négligeant les indentations secondaires ; basse et marécageuse le long du delta, elle se relève à l'E. de la presqu'île de Doson et de l'île de Cacha et présente des falaises à pic où s'ouvrent quantité de criques précédées d'archipels rocheux et d'écueils ; ces milliers de rochers de toute forme et d'aspect très pittoresque, sont disposés selon les axes anticlinaux de chaînes soulevées à l'époque secondaire ; ils servaient de refuge aux pirates que les Français ont fini par extirper et abritent toujours une population de pêcheurs; les îles sont couvertes de forêts et peuplées d'animaux sauvages, comme le littoral voisin. Partant de la frontière chinoise, reportée à l'O. par la cession à la Chine de Paklong, nous rencontrons ïile de Traco et les îlots des Lionceaux en face de Monkaï, Ja longue île de Kersaint, l'île triangulaire de Kebao (gisements houillers), abritant la rade de Tien-Yen, l'île de la Table, l'archipel et la rade très sure de Fitz-Long, la passe étroite par où l'on accède à la baie d'Along, parsemée d'îlots de calcaire gris ; au N. de celle-ci, la baie de Hongay ou Port-Courbet, le futur grand port militaire de la France dans ces parages ; ces trois baies de Fitzlong, d'Along et de Hongay communiquent aisément avec le delta tonkinois. Au S. est la grande île de Cac-ba, creusée à l'E. parle profond havre de Port-Bayard; au S.-E. et au large sont les hautes îles Norway et, au milieu du golfe, l'flot de Bachlongvi. — Le rivage du delta commence au canal de Lach-huyen entre l'île de Cac-ba et une autre; mais ses alluvions sont encore encadrées de rochers abrupts jusqu'à la presqu'île de Doson (dominée par le grand Mirador, 131 m., et le petit Mirador, 75 m., que précède l'ilot de Hondaou surmonté d'un phare puissant) ; au delà viennent déboucher, par de nombreux bras ou koua (cua), le Thaï-binh et le fleuve Bouge : on en compte six pour le Thaï-binh (Lachhuyen, Nam-trien, Cam, Lach-traï, Vanonk, Taï-binh) ; les quatre premiers aboutissent à la baie de Doson ; puis se présentent le Dienho, embouchure du canal des Bambous, et les cinq koua du fleuve Bouge (Traly, Balai, Halan, Namlaï et Namdai). Ces douze bouches, reliées les unes aux autres par de nombreux bras latéraux ou arroyos, permettent à la navigation locale de communiquer aisément avec la mer et, par les baies bien abritées du N. du delta, de conduire les barques et jonques derrière l'écran des îlots jusqu'à la frontière chinoise. Les côtes basses du delta se prolongent jusqu'à 20 kil. en mer par des bancs de vase et de sable fréquemment déplacés et arrêtant les grands navires ; à marée basse, les barres sont infranchis-

safeles. Les fleuves liébouehant àms h mv s^rs qu^ rien les protège, leurs eau^ cljgrgée^ de limm et é^ sable m^t brusquement en coutact avec }e courant de h marée auquel le voisinage du détroit d'Haïnan dap^ lequel il se ppéeipite ou d'où il vient fait prendre une direction parallèle à la (îôte. La mousson qui suif; égalenient la dipeistion du littoral concourt à arrêter le courant du fleuve ; les matières en suspension se déposent et forment les barres qui en obstruent l'entré^. Les bouches du fleuve Rouge et les deux bouches méridionales du Thaï-binh sont inipraticables aux navires de mer ; celles qui aboutissent à la baie de Doson ouvrent passage au^ bâtiments à marée haute : le Koua-Cam jusqu'à Haïphong, malgré une barre de 2'^\80 en vase; le Nam-trien et le Lach-huyen jusqu'à Kouang-yen, malgré des barres de 3^\50| les baies profondes et sûres sont au N. de l'île de Cac-ba. Le grand port commercial, établi d'abord à Haïphong, devra probablement être reporté vers la baie d'Along et Port-Courbet que favorisent encore les charbonnages de Hongay.

Hydrographie, Le Tonkin est essentiellement formé dea bassins du fleuve Rouge et du Thaï-binh. En dehors, on ne trouve que le cours supérieur du §ong-ma, petit fleuve annamite ; ceux du Song-bang-kiang (rivière de Caobang) et du Song-ki-kong (rivière de Langsop), qui passent bientôt en Chine où ils se réunissent avant de se déverser dans le Si-Kiang ; enfin les petits fleuves côtiers de Monkaï, Tien^yen, Kouang-^yen, -^ Le fleuve Rouge ou Song-Koî, né au Yunnan, aborde le Tonkin à Longpo et lui appartient tout entier à partir de Laokaï ; il des-^ eend de nombreux rapides et se grossit de petits torrents dans la régioi^ montagneuse et forestière ; entré en plaine, il reçoit à Hong^hoa la rivière Noire ou Nam-rté qui vient du Yunnan, passe à Laïcbau, traverse le pays muong et se replie vers le N. par le défilé de Chobo ; un peu plus bas, le fleuve Rouge absorbe la rivière Claire ou Tsin-ho, son grand affluent de gauche, qui, |iée au Yunnan, arrose Hagiang, et reçoit à Tuyenrquan le Song-Cram, et en aval le Songrchaï(dr.). En aval de Son-kaï le delta commence au Loc-nanh qui joint le fleuve Rpuge au Thaï-binh ; plus importantes sont les communications établies par le canal des Rapides, et plus bas, par le canal des Bambous, Le fleuve Rouge se bifurque presque aussitôt, détachant vers le S. le Daï qui va droit à la mer par Ninh?-Binh ; le bras principal, que des canaux trapsvejpsaux joignent au Paï, passe à Hanoï, Hong-yen, Nam^dinh et se divise en quatre autres bras. — Le Thaï-binh ou Song-Kan, né au N. de Thaï-nguyen, se divise en deux bras aux Sept-Pagodes : celui du N., appelé Song-Kinh-taï, passe à Haïphong et finit par trois embouchures, relativement profondes et accessibles, Lach-huyen, Namtrien et Cam; celui du S., qui conserve le nom de Thaï-binh, finit aussi par trois bouches, mais obstruées par des barres. — La partie des deltas voisine de la mer est basse et fertile ; la crue an^ nuelle des rivières y est peu sensible ; les eaux fluviales sont refoulées journellement par la marée qui, montant de 3 à 4 m., en décuple la masse et les rend non potables ; les digues qui bordent le fleuve sont peu élevées et nécessaires seulement contre les grandes marées ; mais à mesure qu'on remonte le fleuve, et dès Hanoï, l'influence de la marée s'efface ; les digues s'élèvent et s'élargissent, à peine sufiisantes pour contenir les hautes eaux de la crue d'été ; le fleuve monte de 6 à 8 m. dans ses deux crues de fin mai et surtout d'août- septembre, le courant acquiert une force torrentielle, s'écoulant avec une vitesse de 8 à 40 kil. à l'heure ; les eaux s'étalent au loin. L'inégale vitesse de ces courants charriant du sable déplace les barres et le chenal (lequel ne disparaît jamais aux plus basses eaux) et augmente les difficultés de ia navigation.

La grande importance du fleuve Rouge tient à ee qu*il forme une voie d'accès directe vers le Ypnnan et l'intérieur de la Chine. Toutefois, la navigation en est assez incommode (cf. la brochure éd. à Vknpr. nationale en

4695 par l^ li^ut, Escande). hm vapeurs n§ remontent pratiquement que jusqu'à Yenbaï et ThaurKouan; en amont est pn escalier de 35 rapides, à peu près infranchissables aui basses eaux durant trois moi§!, le tirant d'eau s 'abaissant parfois à 0^\§0 ; aux hautes eaux qui noient ces obstacles, le courant prend une vitesse nioyepne de 5 nœuds, souvent dépassée, et pvée ainsi ^^e autre difficulté. Une société de touage à vapeur sur chaîne moujllée essaie de les vaincre. Les barques indigènes ne calant pas plus de 0,40 et jaugeant i$ à 15 tonnes remontent facilement au delà de la frontière, mais très lentement.

Le fleuve Rouge a, surtout dans sa partie moyenne, le défaut d'être d'une profondeur variable et de déplacer fréquemment son lit. Des affluents du fleuve Rouge, la rivière Claire et la rivière Noire, seules navigables, sont comme lui coupés de rapides ; on ne peut remonter pratiquement la rivière Claire que jusqu'à Tuyen-quan, la rivière Noire que jusqu'au défilé de Chobo; toutefois, les pirogues vpnt, sur Tune et l'autre, jusqu'au voisinage de la frontière de Chine, Le Thaï-^binh n'est navigable que jusqu'à Thaïnguyen; encore les canonnières tirant i"',50 doivent-elles s'arrêter au port fluvial de Rac-niqh.

Le climat du Tonkin est généralement plus salpbre que celui du reste de l'Indo-Chine, mais la chaleur y est très forte dans la saison des pluies et nécessite une hygiène très stricte ; en revanche, la saison fraîche dure plusieurs mois, d'octobre à mars, avec la mousson du N.-E,, la température vaîie alors de -f-iO^ à -j^W avec une moyenne de -^ 18° à Hanoï ; elle se relève en avril et durant l'été, saison pluvieuse réglée par les moussons du§.-0., la moyenne dépasse ri- 28° ; les pjuies sont le plus abondantes en août, parfois 100 miflim- en vingt-quatre heures. Leur hauteur totale est dé 1.600 millim. à Haïphong et 1.800 à Hanoï, dont 100 à 200 pour l'hiver (nov. à mars), il pleut cependant en hiver un jour sur deux, mais c'est une petite pluie fine, d'ailleurs fort désagréable. Le paludisme est relativement bépin dans le delta ; en revanche, les régions boisées sont très malsaines à cause de la fièvre et de la dysenterie qui déciment aussi bien les indigènes que les Européens.

Flore, Faune, Ethnographie (V. Asie).

Géogiîâphie politique, -t— Le Tonkin est administré par un résident général dépendant du gouverneur d'Indo- Chine ; il réside à Hanoï qui est la capitale locale, Le Tonkin se divise en M provinces ; à la tête de chacune est un résident civil français qui centralise le service financier et est, pour l'administration indigène, assisté d'un gouverir neur annamite de 1'® ou de â® classe (tongdoom thuanphu). Les 24 provinces sontBac-mn^, Haïdz>uongy Haïphong, Hanam, Hanoï, Honghoa, Hong-yen, Muong, ^afwdinh, Ninh-binh, Kouang-yen, Sontaï, Vinh^yen, Thaïbinh, Thaï-^nguyen, Sept-Pagades, Monkaï, Langson, Caobang, Hagiang, Laokaï, Yenbaï, Tuyen-quan, Yanbon. Les 15 premières appartiennent au Delta ; noupi avons mis en italique les noms des plus peuplées. Les principales villes : sont Hanoï, la capitale, avec 15Q.0O0 hab.; Haïphong (15.000 hab.), le port du Tonkin; Nam-dinh (30.000 hab.); Bac-ninh (8.000 hab.), centres commerciaux du Delta ; Sontaï (10,000 hab.); Hong.yen (lû.OOÔ hab.), entre Hanoï et Haïphong ; Quang-ye'n, sanatorium du Tonkin avec la plage de Doson ; puis, sur la frontière, Ijingson et Laokaï. Le Tonkinois, plus grand et plus ro-r buste que le Cochincbinois, a plu d'activité et d'initiative ; les Chinois jouent ici un rôle bien moindre qu'en Cochin-^ chine, l'élément indigène résistant à leur infllti^atian. Au N. vivent en grand nombre les Thôs, que l'on rapprocha des Khmers, et les Nongs, voisins du type chinois, et, vers le haut des montagnes, les Méo, que l'on rapproche des Miao-tse de CJiine ; sur la rivière Noire, les Muongs et les Pon-thai, qui se regardent comme autochtones. -^ Dans le Delta, ou vit la grande masse de la population, on parle annamite (Y. Annam et Am}- On compte environ 400.000 chrétiens ; comme en Chine et en Annam, les re-

TONiaN -- TONUEU

ligions sont le bouddhisme, le confucianisme et le ciUte des ancêtres, qui coexistent sans difficulté. La famille est la base de l'organisme social ; la polygamie est admise. La population est laborieuse, sobre, douce, polie, assez gaie; l'instruction y est très répandue. Le nombre des Européens n'atteint pas 2.000.

Géographie économique. — Le Tonkin est un pays agricole ; sa richesse tient aux admirables cultures du Delta ; c'est une vaste rizière qui donne deux récoltes par an ; la surface totale cultivée étant de 1.500.000 hect., le riz en occupe un million et produit annuellement une moyenne de 32 millions de quintaux. Puis viennent la canne à sucre, le mûrier, le coton qui est de bonne qualité et qu'on s'efforce de développer, le ricin, les légumineuses, y compris celles de France (patate, igname, taro, pois, haricots, etc.), l'aréquier, le bambou, qui rend des services de toute sorte et se voit partout, ûans le Haut- Tonkin, les forêts abondent en bois de fer, d'ébène, de rose et de santal, que le développement des routes permettra d'exploiter ; on y récolte du caoutchouc de lianes, de l'indigo, du tabac, du café ; le thé est jusqu'à présent de qualité imparfaite ; on y cultive le riz de montagne dans des champs semblables à nos champs de blé ; les céréales d'Europe réussissent bien. La sécurité assurée par le gouvernement français permet de prévoir une grande extension des rizières, auxquelles la Chine ouvre un débouché illimité ; la population, menacée par les pirates et brigands, s'est entassée au centre du Delta ; toute la zone extérieure est à remettre en valeur ; l'opération qui s'offre aux capitaux des colons français est très simple : contrat de métayage avec les Tonkinois, dont on établit un groupe de familles, en leur fournissant des bêtes de labour, faisant l'avance d'instruments et, au besoin, de vivres et payant l'impôt ; après la récolte, ils remboursent sans intérêts ces avances ; le Français a la moitié de la principale récolte, celle d'automne ; les métayers, l'autre moitié et toutes les récoltes secondaires. La bête de labour et de trait est le buffle dont on compte plus d'un million ; il existe aussi des bœufs, beaucoup de porcs, de poules et surtout de canards. Le poisson abonde dans les rivières et sur les côtes et joue un grand rôle dans l'alimentation indigène.

Les richesses minérales sont appréciables ; les alluvions argileuses du Delta fournissent une excellente terre à briques, tuiles et poteries; au N., affleurent des terrains houillers que l'on rattache, soit au rhétien, soit au carbonifère ; ils reposent sur des calcaires cristallins gris noirs, bien stratifiés, et sont recouverts d'argiles versieolores. Le terrain houiller, dont l'aspect se rapproche de celui des terrains du Gard, forme une longue bande de 6 à 12 kil. de large et 1.000 m. d'épaisseur qui s'étend depuis l'île de Kebao jusqu'aux Sept-Pagodes et Bac-ninh, en passant par le N. de la baie de Hongay ; l'exploitation des mines de Kebao a été suspendue en 1898 ; celles de Hongay donnent de bons résultats ; c'est un charbon anthraciteux, brûlant assez difficilement, et qu'en général la marine mélange de charbon gras. On en exporte plus de 200.000 tonnes par an. Les gisements reconnus sont estimés à plus de 12 milliards de tonnes. Au-dessous du terrain houiller sont des roches dévoniennes d'une puissance de plus de 2.000 m., schistes et grès renfermant de nombreuses veines métallifères, en particulier dans la prov. de Thaï-nguyen, Tuyen-quan, Hong-hoa et Langson. On exploite des mines d'or (assez pauvres), d'argent, de fer dont les minerais, d'une teneur de 45 à 55 %, sont souvent accumulés en masses énormes ; on trouve aussi du cinabre, du cuivre, du plomb, du zine, de l'antimoine, et l'on espère en tirer plus tard des résultats sérieux. Le calcaire carbonifère donne de belles pierres à bâtir ; on exploite le marbre à Keso, sur la r. dr. du Dai ; des salines existent au bord de la mer, dans la baie d'Along, à Tien-yen, etc. — V industrie est peu considérable ; les indigènes suffisent à peu près à leur propre consomma^ tion par l'industrie domestique et la main-d'œuvre locale ;

ils fabriquent leurs briques et tuiles, une chaux excellente avec les coquillages, taillent adroitement la pierre et le marbre, sculptent en plein bois, font leurs meubles, les cloches, gongs, parasols, éventails, nattes, sabres, poteries, faïences et porcelaines, etc. Les Français font de la chaux, du sucre, de l'alcool, du savon, de la glace, travaillent les métaux, construisent des navires (à Haiphong).

Le commerce extérieur représente pour 1899 et 1900 environ 55 millions par an dont 16 1/2 d'exportations et 38 1/2 d'importations. Le Tonkin exporte du riz, du poisson salé, du charbon, de l'huile à laquer, du caoutchouc, etc. ; il importe des tissus, cotonnades surtout, des métaux, des vins et liqueurs, du sucre, de l'opium, des farines et pâtes, des objets manufacturés. Ce commerce se fait par le port de Haïphong. — Les voies de communication sont, en premier lieu, les cours d'eau dont il a été parlé. Les routes sont généralement des pistes en terre, d'ailleurs fort praticables ; la plus importante était la route mandarine qui, venant de l'Annam, passait par Ninh-binh, Hanoi", Dac-ninh, Langson et la Porte de Chine ; on a multiplié les routes et les pistes, en particuculier dans la région montagneuse ; les cours d'eau sont franchis à l'aide de bacs à péage, La construction de chemins de fer a été entreprise : le premier, de Phulang-thuong à Langson (100 kil.), ouvert en déc. 1894, était à voie de 0^^,60 ; le prix en est inconnu, sa comptabilité ayant donné lieu à d'invraisemblables abus ; on le transforme en voie de 1 m., type adopté pour le Tonkin, et on l'a prolongé jusqu'à Hanoï, en franchissant par de grands ponts le Thaï'binh, le canal des Rapides et le fleuve Rouge. Sous l'énergique impulsion du gouverneur Doumer, on a construit, à partir de 1899, le ch. de fer de Haïphong à Hanoi et Laokaï, lequel sera prolongé jusqu'à Yunnan-sen, devenant la grande voie de pénétration vers le Yunnan et le Ssétchouen, tandis que le ch. de fer de Langson prolongé desservira le Kouang-si ; une autre voie se construit de Hanoï à Nam-dinh et à Vinh, joignant le Tonkin à l'Annam. Le Tonkin est en communication régulière avec la France par la ligne des Messageries maritimes de Marseille avec annexe de Saigon à Haïphong. H existe 84 bureaux télégraphiques et 50 bureaux de poste.

Histoire (V. Annam).

Golfe du Tonkin. — Golfe de la mer de Chine, compris entre 18° et 22° lat. N. ; ouvert au S. ; il s'enfonce entre la Chine méridionale et l'Indo-Chine, borné à l'E. par l'île de Haïnan et la presqu'île de Leïtchéou, au N. par la côte du Kouang-toung, à l'O. par la concavité de la presqu'île indo-chinoise; sa largeur est de 300 kil., son périmètre cotier de 1.250 kil. environ; la profondeur varie de 20 à 100 m. ; le littoral est rocheux et très découpé, excepté le long du delta tonkinois et dans la partie qui s'étend au S. Les marées se succèdent de vingtquatre heures en vingt-quatre heures, la durée du jusant et du flot étant très inégale ; il n'y a deux marées par jour qu'aux mortes eaux ; la hauteur moyenne de la marée est de 2"", 50 à 3 m. ; les plus fortes sont en juin et en décembre. La navigation est assez dangereuse à cause des hauts fonds multipliés près des côtes, de la violence des courants, des typhons et des brumes très épaisses de novembre à avril. A. -M. B.

BiBL. : Le bureau topogr. militaire d'Info- Chine a dressé des cartes du Tonkin au 500.0û0e et au 1.000.000«, des cartes provinciales au 200.000'». — On trouvera dans Revue mstrit. et colon,, 1S66, et Revue géogr., 1883, des bibliographies du Tonkin. — V. aussi Annuaire de Vlndo-Chine^ les Statistiques colonialesy les notices publiées à l'occasion de l'Exposition d'Anvers (1885) et de celles de 1889 (assez bonne) et 1900 (médiocre). — BouïNMS et Paulus, l'Indo-Chine française, 1885, t. II. —< Baudens, Deux années au Tonkin, 1888. — Lanessan, Vlndo-Chine, française, 1889; la Colonisation française en Indo-Chine; 1895. — Petit, le Tonkin; 1892.

TONLt-SAP. Grand lac du Cambodge (V. ce mot).

TONLIEU. On appelle tonlieu, telon, teloneum, tall, toluetum, telleonum, lallonarum, en provençal

TÔNLIEU — TONNE

tolieu, un droit prélevé sur les marchandises du commerçant voyageur à l'origine. Ce mot de tonlieu, de T£Xa>v£iov, douane, a pour racine le mot grec qui signifie impôt. Le teloneum ou tonlieu dérive du portorium romain. Ce droit de portorium ou portaticus était un droit de port ou de porte à l'entrée des villes ; c'est encore avec ce caractère que se présente le droit de tonlieu, dès que nous l'apercevons à l'époque franque.

Un capitulaire de 80o, cap. 43, déclare qu'il convient « que les anciens et justes tonlieux soient toujours exigés des marchands, pour les ponts, les navires et les marchés. Quant aux nouveaux et injustes tonlieux qui sont ceux que l'on perçoit en faisant tendre des câbles (en travers des rivières), ou lorsque l'on passe avec des navires sous les ponts, ou tous autres semblables tonlieux pour lesquels on ne prête aucun recours effectif aux voyageurs, l'on ne doit pas les exiger. » Et deux ans auparavant un capitulaire de 803 avait déclaré qu'il ne fallait exiger le tonlieu que là où il y avait à traverser une rivière sur un navire ou un pont. « Il ne faut pas exiger le tonlieu, déclare également un capitulaire de 849 là où ni une rivière, ni un marais, ni un pont, ni rien de semblable n'existe où Ton puisse exiger un juste tribut. »

On voit très bien l'origine du tonlieu : c'est une redevance que Ton paie au créateur du pont, à celui qui a établi un bac pour le passage, une écluse pour le bateau, mais entre les mains des comtes, des potentiores galloromains et des barbares puissants, ces droits sont perçus injustement. On les exige in média via, comme l'indique le capitulaire de 819, lorsque les navires passent sous un pont, ou même lorsqu'ils se trouvent au milieu de la rivière ou près de la rive pour la nuit. On les exige partout, sur les chemins, au milieu des bois ou de la campagne, ou bien l'on force les voyageurs à passer sur leurs ponts alors qu'ils auraient pu passer ailleurs . Les rois francs s'efforcent vainement de prévenir ces abus, ils défendent d'établir de nouveaux tonlieux (cap. de 803). En 757, Pépin, en 789, Charlemagne, en 823 et 829, Louis le Débonnaire, ordonnent aux missi de faire des enquêtes sur les injustes perceptions, aux comtes de dénoncer les coupables ; on promet à tout dénonciateur la moitié des 60 solides d'amende auxquels les coupables seront condamnés : rien n'y fait, la multiplicité de ces capitulaires montre le peu d'écho qu'ils trouvaient chez les fonctionnaires.

Ces fonctionnaires étaient souvent des fonctionnaires spéciaux attachés au roi ; c'étaient les employés ou « telouarii » que le capitulaire de Villis de 800 range dans les ministériales. Ils étaient sous les ordres des comtes ou d'autres personnages puissants. Un capitulaire de 844 dispense de payer certaines personnes, neque a comité, neque a junioribus, aut ministerialibus ejus. Dans le cas où le marchand n'aurait pas voulu payer, l'on aurait usé de contrainte à son égard pour le forcer à solder le prix coutumier. Quelques personnes étaient exemptes du tonlieu en vertu de faveurs royales, c'étaient d'abord les pèlerins se rendant à Rome (cap. de 757 et 775). Cette exemption de tonlieu fut accordée, en 844, par Charles le Chauve, aux Espagnols, et nous voyons dans une formule de Lindenbrog un modèle d'immunité en faveur d'une église dispensant ses missi de payer le tonlieu partout où ils iraient trafiquer.

Avec le capitulaire de 820, nous remarquons une tendance à restreindre davantage le nom de tonlieu au droit prélevé sur les marchandises dans les foires et marchés. C'est le sens le plus général que nous retrouverons au mot tonlieu pendant la période du moyen âge.

A cette époque, le droit de tonlieu est encore perçu par les rois, mais généralement sur leurs domaines (Luchaire, Inst, mon. sous les Capét., I, pp. 97 et 98). Ailleurs, les seigneurs se sont emparés du nouveau droit et en ont fait un droit seigneurial (V. Droits seigneuriaux, t. XIV, p. 4413), ou même on leur en a fait une

concession (Preceptum de Pépin de 759 en faveur de l'abbaye de Saint-Denis, Fagniez, I, p. 47).

En même temps, le terme technique de tonlieu tend de plus en plus à se restreindre au droit perçu sur les marchés et foires et à se confondre en partie avec les ventes. Les droits perçus à la porte, sur le pont, sur la route, prennent fréquemment les nouveaux noms de portage, pentenage, péage. On perçoit le tonlieu sur les marchandises les plus diverses, selon les coutumes : grains, bestiaux, draps, huiles, poteries, fruits. Ces droits entravaient considérablement le commerce, les populations s'efforcèrent de les racheter ou de les convertir en un droit payable une fois par an. Ces rachats devinrent de plus en plus fréquents, et Ton peut dire qu'à la fin de l'ancien régime, les droits de tonlieu étaient considérablement diminués et ne se percevaient plus guère que dans les villes où se tenaient des marchés importants. Ces droits disparurent à la Révolution (V. Droits SEIGNEURIAUX, t. XIV, p. 4443). E. Champeaux.

BiiîL. : Die (le Trévoux, v" Tonlieu. — Ducange, v» Teloneum. — Bordier, les Droits de justice, dans Bibl. de l'Ecol. des Charles, 2" édit., IV, pp. 206 et suiv. — Clamageran, Hist. des impôts en Fr.,t. I, p. 268. ~ DeppiNG, Introd. au livre des arts et métiers. — Glasson, Hist. du dr. et inst. de la Fr., II, pp. 359, 360 ; VI, pp. 36, 37. — HuvELiN, Essai hist. sur le dr. des foires et marchés. — Leroi d'OzEMBRUNE, Sur l'art. 54 de la coutume du Boulenois. — Pastoret, Préface du recueil du Louvre, p. 50. — Seignobos. le Régime féodal en Bourgogne, p. 233. — VuiTRY, Etudes sur le régime financier de la France, p. 336.

TONNAC. Corn, du dép. du Tarn, arr. de Gaillac, cant. de Cordes; 272 hab.

TONNAGE (Navigat.) (V. Jaugeage).

TONNAY-Boutonne. Ch.-l. de cant. du dép. de la Charente-Inférieure, arr.de Saint-Jean-d'Angély ; d. 040 hab.

TONNAY-Charente. Ch.-l. de cant. du dép. de la Charente-Inférieure, arr. de Rochefort, sur la Charente, en amont de cette ville ; 4.462 hab. (2.482 aggl.).Port de commerce où peuvent accoster les navires de 2.500 tonnes; on y embarque les eaux-de-vie et l'on y entrepose le sel destiné à l'intérieur. Constructions navales, serrurerie, pépinières. Eglise du xii"^ s. remaniée au xiv^ ; ruines d'un château du xvii«. Ancienne principauté de la famille Mortemart.

TONNE. I. Métrologie. — La tonne métrique ou tonneau de mer est l'unité de poids employée dans le commerce des transports. Elle équivaut à 40 quintaux métriques ou 4.000 kilogr. Le tonneau de jauge, adopté comme unité de volume pour le jaugeage officiel des navires, équivaut à 2»^%83 ou à 400 pieds cubes anglais. Le tonneau d'arrimage ou tonneau de fret, qui est le volume moyen occupé à bord par un poids de 4 .000 kilogr. de marchandises encombrantes, mais légères, équivaut à 4»i^440 (42 pieds cubes dans l'ancien système de poids et mesures). Dans la plupart des pays étrangers, il existe, sous les noms de tonne, tonneau, ton, tun, toende, etc., une unité de poids du même ordre que notre tonne métrique, mais de valeur différente là où le système métrique n'est pas en usage. C'est ainsi qu'en Angleterre et aux Etats-Unis, la tonne de 2.240 livres {long ton) équivaut à 4.046^§,0475, et la tonne de 2.000 livres (short ton) à 907^^8,1853. Lettonne d'or a longtemps été, en Allemagne, une somme de 400.000 thalers (370.000 fr.) et, en Hollande, de 400.000 florins (210.000 fr.).

IL Malacologie. — Les Tonnes (Dolium), Mollusques Gastéropodes ordinairement de grande taille, sont caractérisés par une coquille subglobuleuse ou oblongue, mince, ornée de côtes transverses et de couleurs vives. Ouverture très grande, échancrée, à bord externe simple, parfois dentelé; columelle calleuse; pas d'opercule. Les Tonnes vivent dans toutes les mers à une certaine profondeur.

m. Marine. — Grosse bouée en tôle ou en bois, de la forme d'un tonneau, qui indique la direction d'une passe, un banc, un rocher, etc. Elle est, d'ordinaire, tenue

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